Description
Attention au premier réflexe : on se dit toujours facilement "je suis le publicain, pas le pharisien". Mais si on se croit facilement du bon côté — on vient de faire exactement ce que fait le pharisien. Cette parabole est un miroir. Les deux hommes sont tous les deux pécheurs. La différence n'est pas dans ce qu'ils ont fait. Elle est dans ce qu'ils sont au moment de prier.
Le péché en grec — hamartia — c'est manquer la cible. Un archer qui rate sa flèche. Et Jésus n'a pas de petits et grands péchés : le regard de convoitise c'est déjà l'adultère, la colère contre son frère c'est déjà le meurtre. Pas de hiérarchie. Ce qui veut dire qu'on n'a pas à hiérarchiser entre nous. Mon voisin, quoi qu'il m'ait fait, n'est pas plus grand pécheur que moi aux yeux de Dieu. Et l'histoire humaine nous apprend qu'en fonction des circonstances, chacun peut devenir le monstre qu'il redoute.
La prière du pharisien dit tout dans sa structure : pros heauton — il priait vers lui-même. Le pronom ego apparaît cinq fois en deux versets. Il ne demande rien. Il informe Dieu de ses mérites. Ce n'est pas une prière — c'est un rapport.
La prière du publicain est plus profonde qu'elle n'y paraît. Hilasthēti moi — sa racine c'est le hilastērion, le propitiatoire, le couvercle de l'Arche où le grand prêtre versait le sang à Yom Kippour. Ce publicain sans formation théologique demande exactement ce que Jésus va accomplir à la croix. Et il descend justifié — dedikaiōmenos — non pas parce qu'il a bien agi, mais parce qu'il est nu et vrai devant Dieu.
Et la conséquence logique de cette posture, c'est le pardon. Si je reconnais que je suis pécheur comme celui qui m'a blessé — si je reconnais que moi aussi j'ai besoin du pardon de Dieu chaque jour — alors comment pourrais-je le refuser à mon prochain ? Le pardon ne libère pas l'autre. Il me libère moi.
Retire ton masque. Descends. Et Dieu t'élèvera.
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