Description
On dit souvent que la Bible est un livre d'hommes. C'est faux. Elle contient près de 188 femmes nommées et un nombre bien supérieur encore de femmes sans nom dont les actes sont centraux au récit. Déborah — juge et prophétesse qui conduit Israël à la victoire. Marie de Magdala — première témoin de la résurrection, dans une culture où le témoignage d'une femme n'avait aucune valeur juridique. Et elle, la femme hémorragique de ce matin — sans nom, mais pas sans identité.
Douze ans de perte de sang. Dans la loi de Moïse, c'est douze ans d'impureté permanente. Elle ne peut pas entrer dans la synagogue, ne peut toucher personne sans les rendre impurs, est coupée de toute vie sociale, familiale, religieuse. Elle a tout dépensé en médecins. Elle n'a plus rien — ni argent, ni statut, ni communauté, ni nom dans le récit.
Et pourtant. Elle n'a pas de téléphone, pas de réseaux sociaux, n'a jamais vu Jésus faire un miracle. Elle a entendu des rumeurs. Et à partir de ces rumeurs, quelque chose en elle — quelque chose d'irrationnel, de plus grand que le raisonnement — lui dit : ean monon — si seulement je touche la frange de son vêtement, je serai sauvée. Pas guérie. Sauvée. Sōzō — le même mot que le salut éternel. Tout son être est engagé dans ce mot.
Jésus se retourne dans la foule. Il la trouve. Et avant tout, il dit tharsei — n'aie pas peur. Il voit sa peur d'abord. Puis thugater — ma fille. Le seul endroit dans tout l'Évangile où Jésus appelle quelqu'un ainsi. Devant toute la communauté qui l'a exclue depuis douze ans, il dit : tu appartiens à ma famille. Tu es fille du Roi des rois.
Et les derniers mots : hē pistis sou sesōken se — ta foi t'a sauvée. Au parfait grec — permanent, irréversible. Et le sujet : TA foi. Pas mon pouvoir. Jésus renvoie à cette femme ce qui lui appartient. Tu n'as pas besoin d'être pur, d'avoir un statut, d'être vu. Il suffit de tendre la main.
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