Speaker #0La vieillesse, c'est pas pour les mauvaises. Bette Davis. Laurence Bisang, dans Générations. Janvier, c'est parti, en route pour une nouvelle année où tout est possible. N'est-ce pas ? Ah, vous en doutez ? Ah, le doute. J'ai personnellement toujours douté et je doute encore. Le temps et l'âge n'émoussent rien. Il me semble que je me promène toujours avec autant de points d'interrogation. Au fond, ils ne me pèsent pas, ils m'enveloppent, me protègent peut-être, et me portent en avant, je pense. Et si j'en crois Charles Bukowski, c'est positif de douter. Attention, je le cite: "Le problème avec le monde, c'est que les gens intelligents sont pleins de doutes, alors que les imbéciles sont pleins de certitudes." Point. Bien contente de douter, alors. Et depuis mon plus jeune âge, en fait, déjà. À l'école, par manque de travail, probablement. pas du tout perfectionniste, je l'avoue, alors jamais vraiment prête et voilà, pleine de doutes. J'ai beaucoup misé sur le hasard, tomber sur une bonne question, avoir une inspiration suffisante pour improviser le cas échéant. Quand je prépare une émission de radio, il y a toujours un moment où je me disais, allez, c'est bon, j'en ai assez là. Mais avec toutefois cette question au-dessus de moi, ai-je suffisamment bossé ? Ai-je assez de matière pour poser les bonnes questions ? On verra, quand la vérité sera là, je peaufinerai pendant le direct ou l'enregistrement. Et c'était ma façon de faire. Au bout du compte, ce côté non bétonné et perfectible me permettait paradoxalement de mieux réagir, rebondir, d'être spontanée. J'ai connu une femme artiste, artiste peintre, ma belle-mère en l'occurrence, qui a laissé environ 400 tableaux après sa mort. Des portraits, des nus, des paysages. Elle a fait très peu d'expositions. Elle ne souhaitait pas exposer, au fond. Elle disait que ses œuvres n'étaient jamais terminées. Quand l'artiste s'est-elle... Quand l'artiste sait-il que sa création est achevée, complète ? Le doute fait partie de l'acte créateur, peut-être ? J'en reviens à mon questionnement du début. Doute-t-on plus ou moins en vieillissant ? Je doute qu'il y ait une réponse précise. Oui, évidemment, c'est malin. Je dirais que les expériences de nos parcours n'apportent pas forcément de certitude. Ou bien ? Voilà, encore un doute. Petit à petit, on construit sa vie. Même avec des doutes, on grandit, on avance, on apprend. Ah oui ! Apprendre, ça, ça peut dégager les doutes. Comme le disait Bruno Solo dans le numéro de Générations de novembre dernier, "apprendre, c'est plus joyeux que savoir". J'aime beaucoup cette idée. Donc très banal, très humain de douter. Et comme le disait Pline l'Ancien au premier siècle déjà, la seule certitude, c'est que rien n'est certain. Et le mot de la fin à Voltaire, voulez-vous ? "Le doute est un état mental désagréable. Mais la certitude est ridicule." Alors quels que soient les doutes que vous allez rencontrer, je vous souhaite une très belle année 2026.