Speaker #0Générique Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Gendarme. Le podcast qui raconte les femmes, les hommes, les traditions, les innovations et les événements qui ont façonné l'histoire de la gendarmerie. Le 4 juillet prochain, le Tour de France s'élancera de Barcelone pour une nouvelle édition de la plus célèbre course cycliste au monde. Comme chaque année, les images du peloton parcourant montagnes, plaines et villages rappelleront combien la bicyclette demeure un objet profondément ancré dans notre imaginaire collectif. Mais derrière cette grande fête populaire, il existe une autre histoire. Une histoire peu connue. Une histoire qui unit depuis plus d'un siècle la gendarmerie nationale et la petite reine. Car bien avant les motos de la garde républicaine, avant les hélicoptères, avant les véhicules rapides d'intervention, des milliers de gendarmes ont sillonné les routes de France à bicyclette. Le vélo fut même durant plusieurs décennies l'un des principaux outils de la gendarmerie. travail de l'institution. Aujourd'hui, je vous propose donc de découvrir comment une invention née au XIXe siècle a profondément transformé le métier de gendarme. Une aventure faite d'innovation, de résistance, de progrès technique, mais aussi de passion populaire. Une aventure qui nous conduira des écuries de la gendarmerie à la grande boucle, des chevaux au vélo électrique. Voici l'histoire de la bicyclette en gendarmerie. Pour comprendre l'importance de la bicyclette dans l'histoire de la gendarmerie, il faut d'abord revenir à ses origines. Pendant des siècles, la mobilité de ceux que l'on appelle les soldats de la loi repose essentiellement sur le cheval. La marée chaussée de l'ancien régime est en effet une force montée. Ses cavaliers parcourent les routes du royaume, surveillent les grands axes et traquent les brigands. Lorsque la gendarmerie nationale naît officiellement à la Révolution française, elle hérite naturellement de cette tradition. Durant tout le XIXe siècle, le cheval demeure donc l'instrument principal du service. Il représente la rapidité, l'autorité et la capacité à intervenir loin de la brigade. Mais la présence du cheval dans les unités n'est pas exclusive. En effet, à partir des années 1830, les brigades à pied se multiplient progressivement. Dans les villes, les zones industrielles et certains territoires densément peuplés, le recours au cheval devient moins indispensable. La France change, les besoins évoluent et les progrès techniques s'accélèrent. Le chemin de fer réduit les distances, le télégraphe révolutionne les communications, puis arrive une invention dont personne ne mesure encore les conséquences, la bicyclette. A la fin du XIXe siècle, La bicyclette est bien davantage qu'un simple loisir. Elle constitue une véritable révolution sociale. Pour la première fois dans l'histoire, un individu peut parcourir seul plusieurs dizaines de kilomètres en quelques heures sans dépendre d'un animal. Le phénomène est spectaculaire. Partout en Europe, les clubs cyclistes se développent. Les courses attirent les foules. L'industrie du cycle explose. Les administrations observent attentivement cette... Cette nouveauté. Les militaires aussi. Rapidement, les qualités du vélo apparaissent évidentes. Il est rapide, peu coûteux, facile à entretenir, silencieux et autonome. Pour une institution comme la gendarmerie, les avantages sont immenses. Les premières expérimentations sont menées par la garde républicaine dans Paris. Les résultats sont encourageants. Le vélo permet de transmettre rapidement des messages. et d'assurer des liaisons efficaces. Le vélo commence à tracer sa route. Le 24 mai 1895 marque une étape importante. Une décision autorise officiellement les officiers de gendarmerie à utiliser un vélocipède dans l'exercice de leurs fonctions. Mais l'administration tient à préserver les apparences. Une condition est imposée. L'officier doit conserver son sabre lorsqu'il enfourche son vélo. Je vous laisse imaginer la scène. Le résultat devait parfois être sportif, compte tenu de l'état des routes à l'époque. Mais cette autorisation marque le début d'une nouvelle époque. Trois ans plus tard, un règlement officiel encadre le service vélocipédique. Puis, en 1899, plusieurs légions expérimentent les premières patrouilles cyclistes. Les résultats sont là encore encourageants. Les tournées deviennent plus rapides, les déplacements plus nombreux et les territoires mieux couverts. Le vélo... convainc progressivement, même si certains demeurent encore sceptiques. En effet, l'introduction du vélo ne fait pas l'unanimité. Dans les brigades montées, certains gendarmes considèrent la bicyclette comme une menace. Après tout, le cheval est bien davantage qu'un moyen de transport. Il est un symbole, il représente une culture professionnelle, une tradition séculaire. Pour beaucoup, remplacer le cheval est... par une machine semble presque sacrilège d'autres soulignent les limites du vélo les routes sont mauvaises les pneus sont fragiles les réparations parfois compliquées les côtes éprouvantes pourtant les arguments économiques pèsent lourd un cheval coûte cher très cher il faut le nourrir le loger le soigner l'entretenir une bicyclette en comparaison représente une dépense dérisoire Peu à peu, les responsables de l'institution comprennent que les deux systèmes peuvent coexister. Le véno n'est pas destiné à remplacer immédiatement le cheval. Il doit compléter les moyens existants. Mais en réalité, l'histoire est déjà en marche. En 1901, le ministre de la guerre décide de généraliser l'emploi de la bicyclette. Le modèle retenu est la célèbre bicyclette pliante Gérard, surnommée la Svelte. Conçue à l'origine pour les besoins militaires, elle peut être transportée sur le dos du fantassin. Sur le papier, l'idée paraît excellente. Dans la réalité, les gendarmes sont beaucoup plus réservés. Ils lui reprochent son poids et son manque de confort. Beaucoup préfèrent les bicyclettes civiles plus légères et plus maniables. Les débats qui agitent alors les unités rappellent ce que nous pouvons connaître encore aujourd'hui. Les utilisateurs veulent un matériel adapté à leurs besoins, pas seulement aux exigences théoriques des états-majors. Malgré ces critiques, le mouvement se poursuit. Une indemnité est même accordée aux militaires utilisant leurs propres bicyclettes. Le vélo entre définitivement dans la culture professionnelle de la gendarmerie. A vrai dire, la gendarmerie n'est pas la seule institution à succomber à la révolution de la bicyclette. À la belle époque, le vélo est partout. Il est bien davantage qu'un moyen de transport. Il symbolise le progrès, la modernité, la liberté de mouvement, bref, l'entrée dans un nouveau siècle. Dans les grandes villes, les classes aisées s'entichent de cette invention fascinante. Les hommes comme les femmes découvrent le plaisir de parcourir seuls plusieurs dizaines de kilomètres. Les peintres immortalisent les cyclistes dans les allées du bois de Boulogne. Des écrivains comme Émile Zola ou Alfred Jarry deviennent des adeptes convaincus du vélo-cypède. Même le célèbre préfet de police de Paris, Louis Lépine, est un cycliste passionné. Et comme beaucoup de grands administrateurs, il observe attentivement les évolutions de son temps. Or, à la fin du XIXe siècle, les gardiens de la paix parisiens effectuent essentiellement leur patrouille à pied. Mais le système présente une faiblesse. Entre deux passages dilotiers, certains quartiers demeurent momentanément sans surveillance, en particulier la nuit. Des délinquants organisés apprennent rapidement à exploiter ces intervalles. Le préfet Lépine imagine alors une solution simple, ajouter de la mobilité. Et cette mobilité prendra la forme d'une bicyclette. En 1900, Il crée les premières brigades d'agents cyclistes dans plusieurs arrondissements de Paris. Les résultats sont fantastiques. Grâce à leur rapidité de déplacement et à leur discrétion, ces policiers multiplient les arrestations et améliorent considérablement la surveillance nocturne. Très vite, l'expérience est étendue à presque toute la capitale. Les Parisiens leur donnent un surnom qui va même entrer dans la légende, les hirondelles. Le nom provient à la fois de la marque des bicyclettes utilisées et de leur silhouette caractéristique lorsque leurs pèlerines flottent au vent. Leur uniforme est en effet conçu spécialement pour cet usage. Casquette plate, jambières, vareuse adaptée à la conduite, revolver en bondoulière et même, comme chez les gendarmes, un sabre fixé au cadre du vélo. Patrouillant de nuit, souvent entre 9h du soir et 6h du matin, ces drôles d'oiseaux que sont les hirondelles deviennent rapidement l'une des figures emblématiques du maintien de l'ordre sous la Troisième République. En 1912, Leur effectif dépasse même les 600 hommes. Preuve que les forces de sécurité françaises ont pleinement compris les avantages de cette nouvelle technologie. Ainsi, qu'ils soient policiers ou gendarmes, les hommes chargés de la sécurité publique vivent alors la même révolution. Une révolution silencieuse, une révolution sur deux roues. Mais revenons à nos gendarmes avec une date majeure, 1903. Le journal Loto lance alors une compétition inédite, le Tour de France. A l'époque, personne n'imagine l'ampleur que prendra l'événement. L'organisation est complexe, les routes ne sont pas fermées, les spectateurs envahissent parfois la chaussée, les risques sont nombreux et la sécurité doit donc être assurée. La mission est confiée à la gendarmerie. Les gendarmes à bicyclette sont mobilisés sur l'ensemble du parcours. Ils surveillent les passages, maintiennent l'ordre, canalisent les foules, protègent les coureurs. L'expérience est un succès. Pour la gendarmerie, le tour devient même une formidable vitrine. Pour le vélo, c'est une consécration. La petite reine démontre publiquement, cette fois, ses capacités. Quelques mois plus tard... 200 bicyclettes supplémentaires sont mises en service dans les brigades. Le Tour de France a accéléré la modernisation de la gendarmerie. Pendant les années qui précèdent la Première Guerre mondiale, la bicyclette s'impose donc progressivement. En 1909, un décret présidentiel officialise définitivement son emploi. Les tournées cyclistes deviennent courantes. Les brigades à pied en sont largement équipées. Les militaires de la gendarmerie apprécient la rapidité de déplacement et le gain de temps est considérable. Les archives montrent que les discussions ne portent plus sur l'utilité du vélo. La question est désormais de savoir quel modèle utiliser. C'est d'ailleurs souvent le signe qu'une innovation a gagné sa place. Elle cesse d'être contestée pour devenir normale. Lorsque la guerre éclate en 1914, les qualités du vélo apparaissent avec encore plus d'évidence. Les gendarmes cyclistes transmettent les ordres, assurent des missions de liaison, participent aux services prévotaux et surveillent les voies de communication. Dans un conflit où les infrastructures sont régulièrement détruites, la bicyclette constitue une solution simple et efficace. Elle permet de se déplacer rapidement tout en restant discrète. Pendant plusieurs années, elle joue un rôle essentiel dans le fonctionnement quotidien des armées. Mais à l'horizon apparaît déjà une nouvelle révolution, le moteur. Les années 20 ouvrent une nouvelle page. Les premières motocyclettes font leur apparition. Elles offrent des performances inédites. La vitesse augmente, l'autonomie également. Les gendarmes découvrent de nouvelles possibilités. Avec l'attribution de missions liées à la circulation routière, les motos deviennent progressivement indispensables. Les brigades mixtes apparaissent, puis les unités spécialisées. Après la Seconde Guerre mondiale, le phénomène s'accélère encore. Les brigades motocyclistes se développent, les escortes officielles se professionnalisent. la gendarmerie entre pleinement dans l'ère de la motorisation la bicyclette recule mais elle ne disparaît pas totalement à partir de la fin des années le vélo revient progressivement dans les unités mais sous une forme nouvelle le vélo tout terrain le célèbre VTT. Les espaces naturels, les forêts, les chemins difficiles, les zones touristiques, autant de lieux où la bicyclette conserve des avantages incontestables, notamment au regard de l'essor des préoccupations écologiques. Puis viennent les vélos électriques, les cyclomoteurs électriques, bref, les nouveaux modes de déplacement. Ce retour est révélateur. Plus d'un siècle après son introduction, le vélo continue de répondre à certains besoins opérationnels, comme si l'histoire effectuait une boucle, une grande boucle. En regardant passer le Tour de France, nous apercevons aujourd'hui les motards de la garde républicaine. Nous admirons la précision de leurs escortes, leur maîtrise. Leur professionnalisme. Mais derrière ces images modernes se cache une histoire plus ancienne. Une histoire qui commence avec quelques pionniers hésitants sur leur vélocipède. Une histoire faite de curiosité, d'adaptation et d'innovation. L'histoire de la bicyclette dans la gendarmerie raconte finalement quelque chose de plus profond. Elle montre comment une institution plusieurs fois centenaire a su intégrer les progrès de son temps sans jamais perdre sa raison d'être. Servir la population. assurer la sécurité, maintenir le lien avec les territoires. Du cheval à la bicyclette, de la bicyclette à la motocycleste, du VTT aux mobilités électriques, chaque époque a apporté ses moyens de locomotion. Mais la mission, elle, est demeurée la même. Et lorsque le peloton quittera Barcelone cet été pour s'élancer sur les routes, il perpétuera, sans toujours le savoir, une histoire commune avec la gendarmerie, vieille de plus de 120 ans. une histoire écrite sur deux roues et à la force des mollets avant de nous quitter comme à l'accoutumée voici quelques références pour celles et ceux qui souhaitent approfondir l'histoire de la bicyclette dans la gendarmerie et plus largement celle des unités motorisées tout d'abord un ouvrage de référence celui de pascal bodonnet la gendarmerie et la bicyclette paru en au service historique de la gendarmerie nationale cette étude incontournable, retrace l'introduction du vélo dans l'institution, les débats qu'elle suscite et son emploi opérationnel jusqu'à la Première Guerre mondiale. Pour replacer cette évolution dans l'histoire générale de la gendarmerie, je vous recommande « Histoire et dictionnaire de la gendarmerie de la marée chaussée à nos jours » , paru en 2013 aux éditions Jacob Duvernay sous la direction de Jean-Noël Luc et Frédéric Médard. Cet ouvrage de référence que vous connaissez C'est tous désormais fidèles auditeurs de ce podcast, constituent aujourd'hui l'une des synthèses les plus complètes sur l'histoire de l'arme. Concernant les liens étroits entre la gendarmerie et le Tour de France, je vous recommande l'ouvrage de Jean-Paul Olivier, Les anges bleus du Tour de France, la gendarmerie dans la grande boucle, aux éditions LBM, et paru en 2009. Jean-Paul Olivier, figure bien connue du monde cycliste, revient sur... sur plus d'un siècle de présence des gendarmes sur les routes du Tour. Je vous recommande également les publications de la Société Nationale d'Histoire et du Patrimoine de la Gendarmerie, notamment un article intitulé « Des gendarmes très à cheval sur leurs bicyclettes » publié dans la revue Histoire et Patrimoine des Gendarmes. En ce qui concerne les policiers, je peux vous recommander le dictionnaire historique de la police de Jean-Marc Berlière qui vient de paraître. aux éditions Perrin. Enfin, pour les auditeurs passionnés d'histoire militaire ou de patrimoine cycliste, les collections du Musée de la Gendarmerie Nationale de Melun permettent régulièrement de découvrir l'évolution des moyens de déplacement utilisés par les gendarmes, du cheval aux véhicules les plus modernes. Merci d'avoir écouté cet épisode de Gendarme. Si vous avez apprécié ce voyage dans l'histoire de la gendarmerie, n'hésitez pas à partager cet épisode à vous abonner et à en parler autour de vous. Je vous souhaite un bel été, qui sait, peut-être à vélo, et vous donne rendez-vous à la rentrée pour une nouvelle plongée dans les archives et l'histoire de l'institution. D'ici là, prenez soin de vous et bonne route ! Générique