Speaker #0Mais le flot ne répond pas à la force. Il répond à une forme d'équilibre entre engagement et lâcher prise. C'est cet état où tu es totalement absorbé dans ce que tu fais. Il n'y a plus de lutte intérieure. C'est ce moment un peu magique où tu es exactement là où tu dois être. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre face des sports de glisse, celle qui se joue dans la tête. Je suis Sébastien Daletetra, préparateur mental spécialisé dans les sports de tennis. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, unité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow, et de ces instants suspendus où tout devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche, on part à l'intérieur. Pour cet épisode, j'ai eu envie de vous apporter un éclairage sur ce qu'on appelle le flow. Vous l'avez peut-être déjà ressenti, mais si la notion ne vous parle pas du tout, ben voilà de quoi on parle. Tu sais, il y a des moments où tout devient simple. Tu ne réfléchis plus vraiment à ce que tu fais, tu forces plus, et pourtant tout fonctionne. Comme si quelque chose en toi savait exactement quoi faire. Alors souvent on a la sensation que le temps ralentit, ou même disparaît complètement. Les gestes deviennent fluides, précis, faciles, et l'esprit se tait. En fait, tout glisse instinctivement. Peut-être que ça t'est déjà arrivé en faisant du sport, en jouant de la musique, en écrivant, en conduisant, ou même dans une simple conversation. C'est ce moment un peu magique où tu es exactement là où tu dois être. Aujourd'hui, on va parler de ça, de cet état qu'on appelle le flow. Le flow, c'est un concept popularisé par le psychologue hongro-américain Mihaly Csikszentmihalyi. Mais derrière ce mot un peu technique, là je ne parle pas forcément que du nom du psychologue, il y a une expérience profondément humaine. C'est cet état où tu es totalement absorbé dans ce que tu fais, où il n'y a plus de lutte intérieure, pas de je devrais, pas de et si je rate, pas de pensée parasite, juste l'action et toi dedans. Ce qui est intéressant c'est que le faux ne vient pas quand on force, il apparaît souvent quand on arrête justement d'essayer de tout contrôler, quand on lâche un peu le mental, et ça c'est déjà une première piste. La glisse intérieure elle commence peut-être là. Moi je me souviens de moments très précis. Quand je roulais en BMX, en trail, en champ de boss, pour ceux qui ne connaîtraient pas, je vous invite à jeter un oeil sur YouTube. Mais en gros, ce sont des boss engagés avec un appel, un trou et un atterrissage plusieurs mètres plus loin. Tu ne peux pas ne pas sauter le creux. Et l'idée, c'est d'enchaîner des séries de ce genre de boss. De l'extérieur, tout semble penser pour te faire mal. Il n'y a pas beaucoup d'issues si tu veux t'échapper. Et le graal, c'est de rouler tout ça sans frein. Et en plus, en général, c'est dans les bois. Avec parfois des arbres qui ont la fâcheuse tendance de vouloir traverser des lignes. Et bien, c'est dans ces endroits là où paradoxalement j'ai le plus souvent ressenti le flot. Parce que effectivement c'est dangereux, mais tu comprends aussi très vite que le seul moyen de ne pas te faire mal, c'est de t'engager pleinement. Pas de manière inconsciente face au danger, mais concentré et en faisant confiance à tes acquis et à ta maîtrise. Alors en général c'est vrai qu'au début c'est un peu chaotique, surtout quand tu ne connais pas la ligne ou que t'es froid. En fait, tu réfléchis trop, tu veux bien faire et tu subis le rythme des enchaînements plutôt que de l'utiliser à ton avantage. T'es dans une espèce d'anticipation mais contre-productive. Et ça, c'est la même chose quel que soit le sport ou l'activité que l'on fait. Quand tu joues de la musique, si t'es trop dans l'anticipation de la note d'après, ben soit tu loupes celle que tu devrais être en train de jouer, soit tu sors complètement du rythme de la musique. C'est pareil quand tu lis. Si tu veux trop anticiper, ben tu lis de travers. Tu te rends vite compte en arrivant au bout de la ligne qu'il faut la relire Parce que t'as la sensation qu'il t'a manqué un truc. T'arrives en bas de la page et tu lis « Paul marche dans la rue » . Et tu te dis « Ah bah merde, c'est qui ce Paul ? » Bah en BMX réel c'est pareil, sauf que tu peux pas vraiment revenir au début de la page. Et en général si t'en es là, t'es déjà par terre en train de vérifier que tu t'es rien cassé. Donc souvent au début t'es dans le sur-contrôle. Tu penses bien faire en voulant avoir un contrôle maximum sur la situation. Mais tout va de travers. En fait, tu envoies ainsi un signal inconscient à ton cerveau de danger imminent. Ce qui se traduit physiquement par une tension musculaire, ce qui, on l'a déjà vu, n'est pas compatible avec la performance ou en tout cas avec la réussite d'un geste technique. Et puis à un moment, quelque chose se relâche, je ne sais pas exactement quand ça va arriver, mais d'un coup, tout devient fluide. Les gestes, les sauts s'enchaînent sans effort, tu ne cherches plus à anticiper, tu réagis. Tu n'es plus en train de faire, tu es dedans. Et ce qui est fou, c'est que c'est souvent dans ces moments-là qu'on est le plus juste. Pas parce qu'on contrôle mieux, mais parce qu'on s'efface un peu. Comme si on laissait passer quelque chose. Et alors on peut se demander pourquoi on n'est pas toujours dans cet état. Pourquoi cette sensation restera ? C'est souvent parce qu'on fait exactement l'inverse de ce qui permet au flot d'émerger. On l'a vu, on veut contrôler, on analyse tout, on se regarde agir en permanence et surtout on se juge. Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je vais réussir ? Qu'est-ce que les autres vont penser ? Et petit à petit, on se crispe, le mouvement devient rigide, les pensées deviennent brouillons et la fluidité disparaît. Et dans l'exemple du BMX de tout à l'heure, c'est exactement ce qui peut se passer. C'est flagrant parce que la série de boss impose un rythme. Et tu ne peux respecter ce rythme qu'en étant dans la fluidité. Parce que la fluidité respecte le timing. Dès que tu rentres dans l'analyse, tu sors du moment présent. Ce qui décale ton temps de réaction de parfois rien du tout, mais juste quelques dixièmes. Mais ces dixièmes sont largement suffisants à te sortir du rythme. Alors ce n'est pas pour ça que tu ne peux pas réussir l'enchaînement et aller au bout de la ligne de boss. Mais ça rend très difficile l'accès à l'état de flow et au plaisir intense qui va avec. Puis il y a aussi la peur, la peur de se tromper, la peur de ne pas être à la hauteur. Alors on compense en forçant, mais le flow ne répond pas à la force. Il répond à une forme d'équilibre entre engagement et lâcher prise. Alors comment peut-on cultiver le flow ? D'abord la bonne nouvelle c'est qu'on ne peut pas forcer le flow, mais on peut créer des conditions pour qu'il arrive. D'abord par exemple il y a le niveau de défi. Si c'est trop facile tu t'ennuies et si c'est trop dur tu stresses. Le flot apparaît souvent juste entre les deux. Le flot arrive quand tu es bien ancré dans le présent. Si le défi est trop facile, tes pensées se promènent et se projettent parfois dans le futur ou le passé. Et à l'inverse, si le défi est trop grand, tu mets ton corps en état de tension, tu te crispes, et bien souvent tu rentres dans une boucle qui te mène à l'échec. Et ce n'est pas facile d'être ici et maintenant quand tu ressasses l'échec. Ensuite, il y a la tension. Et c'est lié avec ce que je viens de dire. Le flot demande une présence totale. Pas une présence tendue, mais une présence ouverte. Juste comme si tu étais entièrement disponible à ce qui se passe. Et puis il y a aussi le rituel. Entrer dans le flot, ça peut devenir une porte qu'on apprend à ouvrir. Ça peut être respirer profondément, mettre une musique particulière, s'isoler, ralentir avant de commencer. C'est des petits signaux qui disent à ton corps, tu peux y aller. Et enfin, il faut accepter de lâcher. Accepter de ne pas tout maîtriser. Parce que paradoxalement... C'est souvent là que tout devient plus juste. Ça me donne envie de te proposer une petite expérience que j'aime bien faire. Là maintenant. Si tu peux, va ralentir un peu. Ferme tes yeux et observe ta respiration. Sans la modifier. Concentre-toi juste sur l'envie de ressentir ce qui se passe. Porte ton attention sur l'air qui entre, puis sur l'air qui sort. Observe le chemin qu'empruntent ces terres à l'intérieur de toi. en entrant par les narines, en descendant au fond de ta gorge, pour ensuite gonfler tes poumons, ton ventre, et puis observe comment le trajet s'inverse pendant l'expiration. Répète cela pendant quelques cycles de respiration. Et puis, pendant quelques secondes, arrête d'essayer de bien faire. Laisse juste les choses se faire. Peut-être que tu sens déjà quelque chose qui s'apaise, un tout petit peu plus de fluidité. C'est subtil, mais c'est exactement de là que le flow commence. On pense souvent qu'il faut pousser plus fort pour avancer, mais parfois il suffit de pousser moins, de faire un peu plus confiance. Le flow n'est pas quelque chose qu'on attrape. C'est quelque chose dans lequel on mente quand on arrête de résister. Alors peut-être que cette semaine, tu peux tester ça, dans un moment simple, comme marcher, écrire, travailler, et te demander, et si je laissais un peu plus glisser ? Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance mentale dans l'esprit de Gnus. D'ici là, pense-en ton esprit et garde le chaud.