Speaker #0Déjà, la peur de la chute ne vient pas de nulle part. Elle s'est construite, c'est le résultat de plusieurs facteurs. Plus tu veux éviter la chute, plus tu adoptes des comportements qui la rendent probable. Mais vouloir trop sécuriser, c'est parfois perdre la sécurité réelle. La peur de la chute, ce n'est pas un problème à éliminer, c'est plutôt un signal. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre face des sports de glisse, celle qui se joue... dans la tête. Je suis Sébastien Daletetra, préparateur mental spécialisé dans les sports de glisse. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, punité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow et de ces instants suspendus où tout devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche. On part à l'intérieur. Pour cet épisode, j'ai choisi de parler d'un sujet un peu plus précis qui revient presque tout le temps dans les accompagnements que je fais, c'est la peur de la chute. Parce que dans nos sports, souvent l'erreur se termine par une chute, et parfois cette chute fait mal. Et on connaît tous ce moment, celui juste avant de s'élancer, où il y a quelque chose qui se crispe. On sent son corps se figer un peu, parfois le souffle devient même un peu court, et c'est là qu'une image apparaît, celle de la chute. Et souvent... celle de la blessure qui va avec. Et à cet instant, ce n'est plus le mouvement qui guide, c'est la peur. Donc aujourd'hui, on va parler de ça, de cette peur qui veut nous protéger, mais qui parfois nous éloigne exactement de ce qu'on cherche. Si tu réfléchis un peu, c'est sûr que tu vas identifier un moment qui ressemble à ça. Peu importe le terrain de jeu, une pente, une bosse, une vague, bref, tu vas faire un truc que tu sais faire. Un mouvement que tu connais, mais aujourd'hui, quelque chose a changé. Peut-être que tu as fait une chute récemment, peut-être que c'est juste de la fatigue, peut-être juste une pensée en trop qui apparaît et qui s'installe. Et du coup, là, au moment d'y aller, tu hésites, tu ralentis, tu contrôles davantage, et paradoxalement, c'est là que tout devient instable et qu'inconsciemment, tu t'exposes. Alors, comment cette peur s'installe ? Déjà, la peur de la chute ne vient pas de nulle part. Elle s'est construite, c'est le résultat de plusieurs facteurs. Le premier, c'est le résultat d'une expérience, une vraie chute, une douleur, une blessure, une surprise. Et si notre ordinateur, qui est bien installé là-dedans de nos têtes, entre nos deux oreilles, sans vouloir briser le suspense, je parle bien de notre cerveau, il fait exactement ce pour quoi il est programmé. Il enregistre, il anticipe, et il veut éviter que ça recommence. Parce que oui, notre cerveau est notamment la partie ancestrale de celui-ci, aussi appelé le cerveau reptilien. a entre autres une fonction très claire, celle de nous protéger. C'est à lui qu'on doit la survie de notre espèce sur la planète. Alors pour nous protéger, il crée une alerte. On la ressent à travers une tension, une vigilance accrue. Et jusque là c'est sain, mais là où ça bascule, c'est quand cette vigilance devient dominante. Qu'elle ne s'active plus seulement en cas de danger réel, mais qu'elle crée une anticipation constante. En fait, tu ne réagis plus à la chute, tu vis dans sa possibilité. vers la possibilité qu'elle arrive. Chaque situation que ton cerveau analyse, comme une exposition possible à la chute, devient une mise en alerte, un danger. Et comme tu continues à pratiquer, si tu ne portes pas attention différemment sur ce truc-là, tu l'amplifies encore et encore. Et puis le paradoxe, c'est que vouloir sécuriser nous déséquilibre. C'est ici qu'il y a un paradoxe fondamental. Plus tu veux éviter la chute, plus tu adoptes des comportements qui la rendent probable. Pourquoi ? Parce que ton corps fonctionne sur la fluidité, sur l'engagement, sur le mouvement complet. Quand tu as peur, tu te crispes, tu ralentis au mauvais moment, tu hésites, tu coupes ton geste. Et en faisant ça, tu casses l'équilibre naturel. Tu ne laisses plus les choses se faire. Tu es dans le contrôle. Et le contrôle, dans des environnements dynamiques, c'est souvent ce qui fait tomber. C'est dur à accepter. Mais vouloir trop sécuriser, c'est parfois perdre la sécurité réelle. Je suis sûr qu'à nouveau, si tu cherches dans ta mémoire, tu peux identifier une situation où tu t'es exposé à une situation qui te fait peur. Par exemple, moi j'ai accompagné un athlète qui avait peur de sauter en BMX quand il y avait un peu de vent. Alors évidemment, avant de s'élancer, même sur une bosse qu'il connaissait ou qu'il avait déjà sauté 100 fois sans problème, donc avant de s'élancer, il regardait toujours les arbres autour pour essayer d'analyser la force du vent. Et quand il percevait une légère brise, automatiquement et inconsciemment, son cerveau passait en mode survie. Et lui, il reconnaissait très bien les signaux que lui envoyait son cerveau. La tension musculaire, le cœur qui accélère. Sauf qu'il ne savait pas que c'était normal. Alors ? Il s'est lancé quand même, mais pas avec les bonnes intentions. Avec celles de ne pas se blesser et pas celles de sauter. Le souci, c'est qu'avec ces intentions-là, on réagit physiquement, on crispe notamment son corps. Et quand on est en l'air et que le vent, c'est vrai, nous déstabilise, le seul vrai moyen de gérer la situation, c'est d'être souple et réactif. Et pas du tout crispé et raide. Alors le résultat, c'est souvent la chute. Ou si c'est pas la chute, c'est la grosse frayeur qui te fait dire « Je savais que je devais pas le faire, il y a du vent. » Et gentiment, sans te rendre compte, tu mets à jour ton programme d'alerte dans ton cerveau et surtout tu le renforces. Alors la vraie question devient « Comment sortir de cette spirale ? » Alors déjà, c'est pas en supprimant la peur. Ça c'est pas tout à fait possible. Pour une raison simple, c'est que la peur elle est utile parce qu'elle doit nous permettre d'identifier un vrai danger d'un danger plus subjectif. Et en plus, la peur, c'est une réaction physiologique ancrée en nous et nécessaire pour notre survie, on l'a vu. Mais par contre, il est possible, voire même nécessaire, de changer notre relation avec elle. Et pour ça, il faut notamment rééduquer l'attention. Quand tu as peur, ton attention se fixe sur ce que tu veux éviter. Donc la chute, l'erreur. Or, le corps va là où l'attention va. La clé ici est simple, mais puissante. Ramenez ton attention sur l'action et pas sur le risque. Par exemple, au lieu de penser à ne pas tomber, concentre ton attention à regarder la trajectoire. Au lieu de chercher à éviter l'erreur, concentre ton attention à sentir l'appui. De cette façon, tu redonnes une direction au corps. Tu occupes ton cerveau à se concentrer sur quelque chose de précis qui l'éloigne du programme initial. Tes pensées sont focus sur une autre tâche à accomplir. Ton cerveau est concentré à réaliser cette tâche, ce qui laisse moins de place, du coup, à la peur. Tu peux aussi réapprendre l'engagement de manière progressive. L'erreur classique, c'est de vouloir retrouver le niveau d'avant immédiatement. Mais en réalité, la confiance ne revient pas comme ça. Elle se reconstruit. Et pour ça, il faut revenir à des situations maîtrisées, répéter des réussites simples, accumuler des expériences positives. En fait, ce n'est pas du tout reculer, c'est plutôt reconstruire une base stable parce que la confiance, c'est de la mémoire positive. Et puis il faut aussi savoir accepter la possibilité de la chute. C'est peut-être la clé la plus difficile. Accepter que la chute fait partie du jeu. Parce que tant que tu refuses totalement cette idée, ton corps restera en alerte maximum. Mais quand tu intègres que tomber est possible et surtout survivable, quelque chose se relâche. Et c'est souvent là que la fluidité revient. Replonge-toi à nouveau dans ton parcours. Dans quelle mesure tu peux dire qu'à 100%, la situation... que tu crains t'emmène à la chute et à la blessure. Est-ce qu'il n'y a pas un pourcentage de chance même infime que cette affirmation soit fausse ? Et puis le danger c'est que tout ça t'éloigne de tes objectifs sportifs quand tu en as. J'ai suivi un athlète qui me disait, je veux monter sur les podiums à chaque course. Déjà on a retravaillé ses objectifs parce que cela ne me plaisait pas trop. Et je t'invite à écouter l'épisode 2 de Glisse Intérieure si tu veux comprendre pourquoi. Mais je lui dis, ok très bien, tu veux monter sur tous les podiums. Cette athlète me disait aussi, je ne prends pas de risque parce que j'ai peur de tomber et de me faire mal. Et du coup d'avoir une période d'arrêt et de ne plus progresser. Et de fait de ne pas pouvoir monter sur les podiums. Alors là, à première vue, tout peut paraître logique. Sauf qu'en retravaillant tout ça, il a aussi compris qu'en ne prenant pas de risque, il ne progressait plus vraiment. Alors qu'en agissant ainsi, en pensant se protéger, il s'est éloigné de ses rêves de podium. Alors en conclusion, la peur de la chute, c'est pas un problème à éliminer. C'est plutôt un signal. Mais comme tous les signaux, il peut devenir trop présent. Et dans ces moments-là, il ne s'agit pas de se protéger davantage. Il s'agit de retrouver le mouvement. Parce qu'au fond, ce n'est pas l'absence de chute qui crée la confiance. C'est la capacité à continuer à glisser et à avancer. Même avec la possibilité de tomber. Alors si cet épisode t'a parlé... Observe dans ta journée où tu ralentis par peur et demande-toi, est-ce que je me protège ou est-ce que je m'empêche d'avancer ? Merci d'avoir écouté Glisse Intérieure. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance mentale dans l'esprit de nous. D'ici là, concentre ton esprit et garde le chaud.