Speaker #0Je n'ai pas envie d'aller à l'entraînement. En fait, en quelques secondes, on passe souvent d'une simple phrase à des conclusions très inquiétantes. Parce que notre premier réflexe, c'est souvent d'essayer de pouvoir remettre de la motivation. Alors que nous devrions peut-être commencer par comprendre pourquoi elle est partie. Nous répondons au comportement alors qu'il faudrait d'abord s'intéresser à l'émotion. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue... dans la tête. Je suis Sébastien D'Aletetra, préparateur mental spécialisé dans l'esprit du risque. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow et de ces instants suspendus où tout devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche, on part à l'intérieur. Alors aujourd'hui et pour continuer cette petite série consacrée aux parents, J'aimerais parler d'une phrase qui inquiète souvent énormément les parents justement. Une phrase qui parfois suffit à faire naître des dizaines de questions. Cette phrase c'est « je n'ai pas envie d'aller à l'entraînement » . Alors peut-être que votre enfant vous l'a déjà dite, peut-être même plusieurs fois. Et si c'est le cas, je suis prêt à parier que votre cerveau est immédiatement parti dans tous les sens. Genre, est-ce qu'il n'aime plus son sport ? Est-ce qu'il veut arrêter ? Est-ce que je dois le pousser ? Ou au contraire le laisser tranquille ? En fait, en quelques secondes, on passe souvent d'une simple phrase à des conclusions très inquiétantes. Et pourtant, aujourd'hui, j'aimerais vous proposer une autre manière de regarder cette situation. Si cette absence d'envie n'était pas le problème, mais simplement un message. Parce que lorsqu'un enfant dit « je n'ai pas envie d'aller à l'entraînement » , il ne dit pas forcément « je ne veux plus faire ce sport » . Et encore une fois, cette nuance change tout. Je crois que nous faisons tous cette erreur, moi le premier. Quand quelqu'un nous dit quelque chose, notre cerveau complète immédiatement l'histoire. C'est un fonctionnement tout à fait normal. Notre cerveau adore combler les informations qui lui manquent. Alors lorsqu'un enfant dit « je n'ai pas envie » , le parent entend souvent « il veut arrêter » . Mais l'enfant en réalité n'a jamais dit ça. Il a simplement dit qu'aujourd'hui, il n'avait pas envie. Et entre ces deux phrases, il y a finalement un monde. Parce qu'une émotion n'est pas une décision. Alors pour illustrer ça, on peut s'amuser à prendre cet exemple très simple. Combien de fois vous vous êtes vous levé un lundi matin en vous disant « Je n'ai pas envie d'aller travailler » . Et pour autant, est-ce que vous avez immédiatement démissionné ? J'imagine que non. Vous avez simplement ressenti une émotion passagère. Et bien chez un enfant, c'est exactement la même chose. Et ça peut partir d'un événement tout simple comme une compétition qui ne s'est pas passée comme attendu, une journée difficile à l'école, un manque de sommeil. Une fatigue accumulée, une dispute avec un copain, tout cela, ça peut suffire à faire disparaître momentanément l'envie d'aller à l'entraînement. Mais ça ne signifie pas nécessairement que la passion a disparu. Et d'ailleurs, j'aimerais vous proposer une idée. Parce que notre premier réflexe est souvent d'essayer de pouvoir remettre de la motivation. Alors que nous devrions peut-être commencer par comprendre pourquoi elle est partie. Imaginez que votre enfant ait de la fièvre. Vous pouvez agir pour faire baisser la température. Mais si vous ne cherchez jamais pourquoi il a de la fièvre, le problème reviendra. Pour moi, la motivation fonctionne souvent de la même manière. L'absence d'envie, la perte de motivation donc, est juste un symptôme, pas forcément la cause. Alors si nous voulons vraiment aider un enfant, nous devons d'abord comprendre ce que cette absence d'envie est venue raconter. Et très souvent, lorsqu'un enfant dit « je n'ai pas envie » , il essaie en réalité d'exprimer quelque chose qu'il ne sait pas encore exprimer avec des mots. Peut-être qu'au fond, il a peur de décevoir son entraîneur, peut-être qu'il se compare constamment aux autres, peut-être qu'il a perdu confiance, peut-être qu'il est simplement fatigué, ou qu'il traverse une période compliquée à l'école, ou encore qu'il a vécu une compétition particulièrement difficile. Le problème, c'est que l'enfant ne sait pas toujours identifier tout cela. Alors il résume tout en une seule phrase, « je n'ai pas envie » . Et nous, adultes, nous cherchons à répondre rapidement à cette phrase, sans aller chercher ce qu'elle cache. Et si on regarde tout ça à travers le prisme des neurosciences, comme j'aime le faire dans Glisse Intérieur, on comprend quelque chose d'intéressant. Notre cerveau cherche constamment à économiser son énergie. Et surtout, il cherche à éviter les expériences qu'il associe à une souffrance. Alors si depuis quelques semaines, chaque entraînement est associé à du stress, de la peur, de la comparaison, de la pression, ou des échecs à répétition, alors pour vulgariser, le cerveau produit naturellement moins d'envie. Ce n'est pas de la... La paresse, c'est un mécanisme de protection. Et je trouve que cette nuance est essentielle parce qu'elle change complètement notre regard sur le comportement de l'enfant. Et puis, lorsque notre enfant nous a dit qu'il n'a pas envie, je l'ai dit plus haut, nous avons souvent envie de répondre immédiatement. Et on lui répond des phrases comme celle-ci. Tu verras une fois que tu y seras. Tu t'es engagé. Tu ne vas pas abandonner pour si peu. Et là, encore une fois, l'intention est belle. Nous voulons aider. Mais parfois, nous répondons au comportement alors qu'il faudrait d'abord s'intéresser à l'émotion. Comme dans l'épisode 29 où je vous expliquais pourquoi le trajet en voiture n'était pas toujours le meilleur moyen pour débriefer une compétition, ici aussi, le plus important n'est peut-être pas de trouver la bonne réponse, mais plutôt de savoir poser la bonne question. Par exemple, au lieu de demander « Pourquoi tu ne veux pas y aller ? » , essayez plutôt « Qu'est-ce qui te donne le moins envie aujourd'hui ? » . Vous voyez la différence ? Cette question suppose qu'il existe une raison. Elle invite l'enfant à explorer ce qu'il ressent. Sans se sentir jugé, parfois il répondra, parfois il ne saura pas, et c'est normal. Mais cette question, elle ouvre une porte, alors que l'autre peut parfois la refermer. Après, bien sûr, ici, j'aimerais quand même apporter une nuance. Parce que tout ce que je viens de dire ne signifie pas qu'il faut systématiquement renoncer à l'entraînement. En psychologie, on sait que l'action précède souvent la motivation. Cela nous arrive à tous. On n'a pas envie d'aller courir, et puis finalement, on rentre une heure plus tard, heureux de l'avoir fait. Chez les enfants, c'est parfois pareil. Ils partent sans envie et reviennent avec le sourire. L'objectif n'est donc pas d'attendre que toute envie revienne avant d'agir. L'objectif est de comprendre ce qui se passe, pour savoir si cette absence d'envie est simplement passagère, ou si elle révèle quelque chose de plus profond. Parce que si, en revanche, cette perte d'envie dure plusieurs semaines, si elle s'accompagne de maux de ventre avant l'entraînement, de troubles du sommeil, d'une anxiété importante, ou d'une perte de plaisir généralisée, alors il est probablement temps de creuser davantage. Parce que si le message devient de plus en plus insistant, alors c'est évident qu'il mérite d'être entendu. Et j'aimerais terminer avec cette idée. Quand un enfant vous dit « je n'ai pas envie d'aller à l'entraînement » , il ne vous demande pas toujours de le dispenser d'y aller. Il vous demande parfois de vous intéresser à ce qu'il est en train de vivre. Et je crois que c'est toute la différence. Nous ne cherchons pas d'abord à remettre de la motivation, cherchons d'abord à comprendre pourquoi elle a disparu. Parce que très souvent, le problème n'est pas le sport. Le problème est l'expérience que l'enfant est en train de vivre autour de ce sport. Et lorsqu'on comprend cela, on ne cherche plus simplement à convaincre son enfant d'aller à l'entraînement, on cherche à l'accompagner. Et je pense que c'est là que commence vraiment le rôle d'un parent. Alors si cet épisode vous a parlé, n'hésitez pas à le partager à un parent qui pourrait en avoir besoin. Et si vous appréciez cette mini-série consacrée aux parents de jeunes sportifs, pensez à vous abonner à Glisse Intérieur. Les prochains épisodes continueront à explorer ces petits moments du quotidien qui, bien souvent, ont un impact immense sur la confiance, le plaisir et la progression de nos enfants. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans l'esprit de Glisse. D'ici là, concentre ton esprit et garde le feu.