Speaker #0Alors, tu as gagné ? Il a fait quoi comme résultat ton copain ? Avec tout ce que ça nous coûte, j'espère au moins que tu prends du plaisir. Eh bien, je crois qu'il n'existe pas de phrase parfaite. En revanche, il existe une intention que l'on peut faire passer. Les mots des parents deviennent souvent la voix intérieure des enfants. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue. dans la tête. Je suis Sébastien Dallet-Letra, préparateur mental spécialisé dans l'esprit du risque. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow. Et ces instants suspendus, le coup devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche. On part à l'intérieur. Salut ! Aujourd'hui, j'ai encore eu envie de faire un épisode qui s'adresse aux parents en premier lieu. Évidemment, vous pouvez l'écouter même si vous ne l'êtes pas, parce que s'il vous parle, vous devriez probablement le faire écouter à vos parents ou à des parents de jeunes sportifs que vous pourriez identifier autour de vous. Alors pour cet épisode, je vais commencer avec cette question. Est-ce qu'il vous est déjà arrivé, après une compétition de votre enfant, de lui demander « Alors, tu as gagné ? » ou peut-être « Il a fait quoi comme résultat ton copain ? » Ou encore, avec tout ce que ça nous coûte, j'espère au moins que tu prends du plaisir. Alors, si vous reconnaissez dans une de ces phrases, j'ai envie de commencer par vous rassurer. Vous n'êtes pas un mauvais parent, au contraire. Je suis convaincu que toute cette phrase part d'une bonne intention. Parce qu'elle montre votre implication à travers ces questions. Vous cherchez probablement à comprendre, à encourager, à soutenir, à aider votre enfant à progresser. Et c'est justement parce que votre intention est belle que j'ai eu envie d'enregistrer cet épisode. Pas pour vous dire ce qu'il faut dire ou pas dire, mais pour vous expliquer comment le cerveau d'un enfant interprète parfois nos mots. Et je l'ai dit dans l'épisode précédent, mais je dis nos mots parce que je suis aussi parent et que je m'inclus dans cette façon d'agir. Donc il faut comprendre qu'en préparation mentale, une notion est essentielle, surtout si on s'intéresse aux neurosciences. Notre cerveau ne traite pas nos intentions. Il traite l'expérience émotionnelle qu'il vit. Et parfois, entre ce que nous voulons dire et ce que notre enfant ressent, il existe un monde. Alors j'aimerais commencer par une idée simple. Les neurosciences nous montrent que notre cerveau ne mémorise pas tous les événements de la même manière. Les expériences qui nous provoquent une émotion forte sont beaucoup plus susceptibles d'être consolidées par la mémoire. Des régions comme l'amygdale, qui participe au traitement des émotions, et l'hippocampe, qui intervient dans la consolidation des souvenirs, jouent un rôle essentiel dans ce processus. Autrement dit, c'est pas seulement ce que l'on entend qui reste, c'est surtout ce que l'on ressent. Et d'ailleurs, ça me fait penser à une citation que j'aime énormément, c'est une citation de Maya Angelou. C'est une écrivaine, poétesse, actrice afro-américaine. Et elle a dit cela. Les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais ils n'oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir. Et je trouve que cette phrase, elle prend une dimension encore plus forte lorsqu'on parle d'un enfant. Parce qu'avec le temps, votre fils ou votre fille oubliera probablement beaucoup de vos phrases. Il se souviendra peut-être plus exactement de ce que vous lui avez dit après cette compétition. Mais en revanche, il se souviendra très longtemps de ce qu'il a ressenti à vos côtés. Il se souviendra des émotions qu'il a ressenties. Est-ce qu'il s'est senti accueilli, soutenu ? Est-ce qu'il s'est senti comparé, écouté ou jugé ? Et c'est précisément là que tout commence. Parce qu'en effet, les enfants n'entendent pas toujours nos mots. Ils cherchent et enregistrent inconsciemment ce qu'ils disent d'eux. Quand un enfant entend une phrase, son cerveau ne fait pas uniquement une analyse des mots. Il cherche leur signification. Il essaie de répondre inconsciemment à une question. Qu'est-ce que cela dit de moi ? Et cette nuance, elle change tout. Parce qu'à travers ces mots, un parent peut vouloir encourager, alors que le cerveau de l'enfant entend une pression. Le parent peut vouloir comprendre, et l'enfant peut ressentir lui un jugement. Encore une fois, ce n'est pas une question de bonne ou de mauvaise éducation, c'est simplement le fonctionnement normal de notre cerveau. Et on peut illustrer tout ça avec la phrase probablement la plus répandue qui doit être « Alors, tu as gagné ? » Comme ça, elle paraît totalement anodine. Et pourtant, imaginez qu'elle soit la première question qui revient après chaque compétition. Que comprend progressivement le cerveau ? Pas forcément « mes parents veulent savoir comment s'est passée ma journée » , mais plutôt « le résultat est la première chose qui compte » . Et petit à petit, une association peut se créer. Être reconnu, dans le sens d'être considéré, est associé, voire même dépendant, d'obtenir un bon résultat. Et ce n'est pas une phrase qui va créer cela, c'est sa répétition. Et on le sait, le cerveau adore les répétitions. Parce qu'à force, elles deviennent des règles, des normes. Et ce sont ces règles qui construisent peu à peu les croyances. On peut aussi parler maintenant de cette phrase-là, celle qui dit « Il a fait quoi comme résultat ton copain ? » Cette phrase, pareil, paraît elle aussi très naturelle. Mais elle attire immédiatement l'attention vers les autres. Et or, plus un enfant apprend à mesurer sa valeur en regardant les autres, plus il risque de devenir dépendant de la comparaison. Et en préparation mentale, l'objectif c'est justement de construire autre chose. Une confiance qui se repose sur la progression, sur le processus, et pas sur le classement et le résultat. Parce qu'il y aura toujours quelqu'un de plus rapide, de plus fort, de plus technique. Et donc si la confiance dépend des autres, alors elle sera toujours fragile. Et puis, j'ai aussi parlé plus haut de cette phrase, celle qui dit « avec tout ce que ça nous a coûté » . Et je pense que c'est probablement la phrase la plus douloureuse. Pas parce qu'elle est méchante, mais parce qu'elle est souvent prononcée dans un moment de fatigue. Parce que les déplacements, le matériel, les inscriptions, les week-ends, l'organisation familiale, tout cela représente un investissement énorme. Et parfois, ça sort et on dit « avec tout ce que tu nous coûtes » , etc. Et le parent, en fait, parle de son épuisement. Mais le cerveau de l'enfant entend parfois autre chose. Il entend « je dois mériter tout ce que mes parents font pour moi » . Et à partir de là, la culpabilité gentiment s'installe. Le plaisir laisse progressivement sa place à une obligation. Et lorsqu'un enfant pratique pour rembourser une dette imaginaire, le plaisir disparaît souvent. Et je l'ai déjà évoqué, mais c'est quasiment impossible de faire des résultats, et surtout de durer, sans ressentir le plaisir de pratiquer. Alors à ce stade, il y a une idée que j'aimerais vraiment que vous reteniez. Les mots que votre enfant entend aujourd'hui deviendront souvent les phrases qu'il se dira demain. Imaginez-le dans 10 ans au départ d'une compétition importante, ou d'un examen ou de son premier entretien d'embauche. La petite voix qu'il entendra dans sa tête ne sera peut-être plus la vôtre, mais elle aura probablement été construite à partir de milliers de mots entendus pendant son enfance. C'est exactement ce que nous observons en préparation mentale. Des sportifs qui se disent « Je vais encore décevoir, je ne suis pas à la hauteur, je dois absolument réussir. » Ces phrases, elles ne sont pas apparues par hasard. Elles se sont construites petit à petit, au fil des expériences, au fil des émotions, au fil des mots. C'est pour cela que j'aime dire cette phrase. Les mots des parents deviennent souvent la voix intérieure des enfants. Je la trouve à la fois belle et pleine de responsabilité. Pas une responsabilité qui fait peur, mais une responsabilité qui donne du pouvoir. Parce que si nos mots construisent, alors nous pouvons choisir de construire des fondations solides pour nos enfants. Parce que notre objectif premier devrait être d'aider nos enfants à se construire une identité plus forte que les résultats. C'est probablement le point le plus important de cet épisode. Votre enfant ne doit jamais avoir l'impression que sa valeur dépend de son classement. Parce que le classement change, le résultat change, la performance change. Mais son identité, elle doit rester stable. Quand vous dites « J'ai adoré la manière dont tu t'es battu aujourd'hui. Je suis fier de ton courage. J'ai vu que tu n'as pas abandonné. » Vous ne valorisez plus un résultat, mais vous valorisez une manière d'être. Et c'est exactement cela qui construit une confiance durable. En faisant quelques recherches pour illustrer cet épisode, je suis tombé rapidement sur le travail de Carol Dweck, la psychologue américaine, qui a écrit « The Growth Mindset » . Ses propos vont clairement dans ce sens. Lorsque les retours portent sur les efforts, les stratégies ou la capacité à apprendre, les enfants développent plus facilement une motivation durable et une meilleure tolérance à l'erreur. Alors, je ne vais pas vous laisser comme ça et je vais répondre à cette question que vous devez vous poser depuis le début de cet épisode. Alors... Qu'est-ce qu'il faut dire à nos enfants ? Eh bien, je crois qu'il n'existe pas de phrase parfaite. En revanche, il existe une intention que l'on peut faire passer. Et c'est celle-ci. Ce qui m'intéresse, c'est toi. Pas seulement ton classement, pas seulement ton résultat. Non, toi. Alors, au lieu de demander « Tu as gagné ? » , ben, essayez peut-être... Comment tu t'es senti aujourd'hui ? Qu'est-ce qui t'a rendu fier ? Qu'est-ce que tu as appris ? Ou même simplement, raconte-moi ta journée. Parce que ces questions ouvrent un espace. Elles montrent à votre enfant que vous vous intéressez à sa personne, avant de vous intéresser au résultat. Alors en conclusion, j'aimerais terminer avec une idée toute simple. Les enfants oublieront peut-être beaucoup de nos phrases. Mais ils n'oublieront presque jamais ce qu'ils auront ressenti à nos côtés. Et je crois qu'au fond, c'est cela le rôle d'un parent. Être cet endroit où un enfant sait qu'il peut revenir. Après une victoire, comme après une défaite. Après une erreur, comme après une réussite. Et sentir que rien d'essentiel n'a changé. Parce que votre amour, lui, n'a jamais dépendu d'un résultat. Et je suis sûr que c'est cette sécurité qui lui permettra un jour d'oser davantage, de prendre des risques, d'apprendre de ses erreurs et de se construire une confiance qui ne vacille pas au moindre échec. Alors si cet épisode vous a parlé, partagez-le avec d'autres parents de jeunes sportifs. Parce que nous avons tous déjà prononcé certaines de ces phrases, moi le premier. Et ce n'est pas une raison de culpabiliser. C'est simplement une invitation à mieux comprendre le fonctionnement du cerveau de nos enfants pour les accompagner avec encore plus de justesse. Et si vous souhaitez aller plus loin... Moi, j'accompagne des jeunes sportifs et leurs familles en préparation mentale afin justement de construire une confiance qui ne repose pas uniquement sur les résultats, mais sur une identité solide et durable. Parce qu'au fond, les plus belles performances naissent souvent dans un environnement où l'on se sent aimé avant d'être évalué. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieure. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, N'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance mentale dans les sports de glisse. D'ici là, transforme ton esprit et garde le chaud.