Speaker #0Pourquoi avez-vous commencé votre sport ? Parce que c'était amusant, parce qu'on adorait ça. Et pourtant, quelques années plus tard, le sport est toujours le même, mais le plaisir lui semble s'être gentiment éloigné. J'aimerais vous proposer une idée. Cette année, ajoutez-en un autre. Et ça pourrait être, qu'est-ce que je veux continuer à aimer dans mon sport cette saison ? Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre face des sports de glisse. celle qui se joue dans la tête. Je suis Sébastien Dalet-Ketra, préparateur mental spécialisé dans les sports de risque. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow. Et ces instants suspendus, le coup devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche. On part à l'intérieur. Mais alors ça y est, on est bien rentré dans le mois de septembre. Et je trouve que ce mois est souvent un mois particulier. Parce que les clubs rouvrent leurs portes, les entraînements reprennent, les calendriers de compétition commencent à sortir, alors logiquement on se fixe de nouveaux objectifs. On rêve d'ailleurs souvent d'une meilleure saison que la précédente. Et puis ces nouveaux objectifs, ça peut être l'envie de faire un premier podium, l'envie de rentrer dans une sélection, d'apprendre un nouveau trick, d'avoir un classement qui progresse. Et tout cela est parfaitement normal, parce que le sport a besoin d'objectifs. Il nous donne une direction, il nous donne aussi l'envie d'avancer. Mais aujourd'hui j'aimerais vous poser une question beaucoup plus simple. Une question qu'on ne prend jamais vraiment le temps de se poser. Et cette question c'est, pourquoi avez-vous commencé votre sport ? Allez-y, prenez quelques secondes, repensez à vos premières sorties, à votre premier BMX, à votre première planche de windsurf, à vos premiers virages en ski, à vos premières vagues en surf. Et je suis prêt à parier que votre réponse ne ressemble pas du tout à ça. L'idée c'était pas « je voulais absolument être sélectionné » ou « je voulais faire un podium » . La plupart d'entre nous, on a commencé pour une raison beaucoup plus simple. Parce que c'était amusant, parce qu'on adorait ça, parce qu'on avait hâte que le week-end arrive. Et pourtant, quelques années plus tard, il arrive parfois quelque chose d'étrange. Le sport est toujours le même, mais le plaisir lui semble s'être gentiment éloigné. Et en fait... Le sport n'a pas changé, mais c'est notre regard sur notre sport qui a évolué. On peut l'illustrer comme ça. Imaginez un jeune rider à 12 ans. Il passe 3 heures sur son BMX, il tombe, il recommence, il essaie un saut 20 fois, il apprend le manual, il passe par la peur, la frustration, la résilience. Et il fait pourtant tout ça avec un immense sourire et il rentre à la maison heureux. Et puis, quelques années plus tard, on retrouve ce même rider Toujours sur son BMX, sur la même piste, mais là il rentre frustré. Alors pourquoi ? Est-ce que le BMX a changé ? Non, je ne crois pas. Mais c'est bien son regard à lui qui a changé. Au début, chaque session était une découverte. Aujourd'hui, les sessions deviennent parfois une évaluation. On regarde le chrono, le classement, les autres, les réseaux sociaux. Et petit à petit, le plaisir laisse la place à l'enjeu. Et attention, je ne suis pas en train de dire non plus que l'enjeu est un problème. L'enjeu fait partie du sport, il nous pousse à progresser entre autres. Par contre, c'est quand l'enjeu est mal compris, mal utilisé entre guillemets, qu'il devient un problème et un frein. Et bien souvent les difficultés apparaissent dans notre pratique sportive lorsque le résultat devient la seule raison de pratiquer. Alors à nouveau c'est intéressant de comprendre ce qui se passe dans notre tête. Et les neurosciences nous montrent quelque chose de passionnant. Notre cerveau il adore apprendre, il adore progresser. Chaque fois que nous maîtrisons une nouvelle compétence, il nous récompense. Mais cette récompense fonctionne particulièrement bien lorsque nous sommes engagés dans l'action, pas uniquement dans le résultat. C'est d'ailleurs ce qu'expliquent très bien Edward Dessy et Richard Ryan dans la théorie de l'autodétermination. Ils ont montré que la motivation la plus durable, elle naît lorsque trois besoins sont nourris. Le premier, c'est d'avoir le sentiment de choisir ce que l'on fait. Le deuxième, c'est d'avoir la sensation de progresser. Et le troisième, c'est de se sentir appartenir à un groupe. Et quand ces trois éléments sont présents, le plaisir revient naturellement. Et avec lui, l'envie de continuer. Et à l'inverse, lorsque toute notre énergie se concentre uniquement sur le résultat, c'est souvent là que la motivation devient plus fragile. Parce qu'un résultat est quelque chose que nous ne contrôlons jamais totalement. Alors après avoir dit tout ça, je voudrais quand même clarifier quelque chose. Cet épisode n'est pas une critique de la performance. J'adore la performance, j'aime les objectifs, j'aime l'exigence, j'aime voir un sportif repousser ses limites. Mais le problème, à nouveau, ce n'est pas de vouloir gagner. Le problème, c'est lorsque gagner devient la seule chose qui donne de la valeur à notre pratique. On peut réussir une compétition sans vraiment prendre de plaisir. Ça arrive. On a pourtant la chance dans nos sports de glisse, d'action, de pratiquer des sports qui procurent des sensations fortes. Alors on pourrait imaginer que nous devrions toujours ressentir un certain plaisir à ça, j'imagine. Et pourtant, ce n'est pas toujours le cas. Et je ne parle pas ici des chutes et des blessures. Alors je disais qu'on peut gagner sans plaisir, mais il est très difficile de construire 10 ans de carrière comme cela. Et je parle de carrière dans le sens d'enchaîner des saisons, pas forcément d'être un athlète pro ou un compétiteur. Les sportifs qui durent, ceux qui traversent les saisons, les blessures, les échecs, les périodes de doute, ils ont souvent gardé quelque chose de très précieux. Ils continuent d'aimer profondément leur discipline. Pas tous les jours, pas à chaque entraînement, mais ils restent connectés à la raison pour laquelle ils ont commencé. Et ça me fait penser à cette phrase attribuée à Confucius. Choisissez un travail que vous aimez, et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. Et bien, même s'il est souvent simplifié ou discuté dans sa formulation exacte, l'idée reste intéressante. Lorsque le sens est profond, l'effort ne disparaît pas, mais il devient plus facile à accepter. Dans le sport, c'est exactement la même chose. Les entraînements restent exigeants, les douleurs existent, les remises en question aussi, Mais lorsque le plaisir est encore là, tout devient plus facile à accepter. Parce que tout cela retrouve un sens. Alors on peut se poser cette question. Est-ce que les champions aiment-ils toujours ce qu'ils font ? Parce qu'on entend parfois, les champions prennent toujours du plaisir. Je ne crois pas que ce soit vrai. Les champions connaissent aussi les jours sans. Les entraînements sous la pluie, la fatigue, les blessures, les doutes. Mais je crois qu'ils aiment profondément ce que leur sport représente pour eux. Ils restent connectés à quelque chose de plus grand que le résultat, à une sensation, à une progression, à une passion, ce qui leur permet de revenir encore et encore. Je pense vraiment que le plaisir est un indicateur à valoriser bien plus que le résultat. D'ailleurs j'aime bien cette image. Imaginez le voyant de carburant de votre voiture. S'il s'allume, vous n'arrachez pas l'ampoule, vous cherchez pourquoi le réservoir est presque vide. Le plaisir fonctionne un peu de la même manière. quand il disparaît, il ne faut pas simplement se répéter Allez, amuse-toi. Il faut se poser une autre question. Vous devez chercher à comprendre ce qui a changé. Et ça peut être plein de choses. Est-ce que je me compare trop ? Est-ce que je ne pense plus qu'au résultat ? Est-ce que je me mets une pression excessive ? Est-ce que je me suis éloigné de ce que j'aimais au départ ? Le plaisir est rarement le problème, il est souvent le symptôme. Et puis, vous connaissez probablement ce qu'on appelle le flot. J'ai fait l'épisode 14 de Glisse Intérieure autour de ce sujet. Alors si vous ne l'avez pas encore écouté, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Le flow, c'est cet état où tout semble fluide, où l'on agit presque sans réfléchir, où le temps semble disparaître. J'en avais parlé dans l'épisode 14, le psychologue Mi-Aïe, Chicks and Mi-Aïe, a consacré une grande partie de sa vie à comprendre cet état. Et il montre une chose fascinante. Le flow apparaît lorsque notre attention est totalement absorbée par l'action, pas par le résultat, pas par le regard des autres, pas par le classement. simplement parce que nous sommes en train de faire. Donc autrement dit, plus nous sommes obsédés par les conséquences, plus il devient difficile d'entrer dans cet état. Alors pour avancer avec tout ça, j'aimerais vous proposer une idée. Cette année, fixez-vous évidemment des objectifs sportifs. Ça peut être un chrono, un classement, une sélection, un nouveau trix, on l'a vu. Mais ajoutez-en un autre, un objectif que l'on oublie presque toujours. Et ça pourrait être... Qu'est-ce que je veux continuer à aimer dans mon sport cette saison ? Et prenez le temps d'y répondre. Parce que cette réponse influencera probablement toutes les autres. Et c'est aussi ça la préparation mentale. Parce que c'est vrai que quand on parle de préparation mentale, beaucoup imaginent immédiatement la gestion du stress avant une compétition. Alors bien sûr, ça en fait partie. Mais ce n'est qu'une petite partie. Notre mission consiste à aider les sportifs à retrouver du sens, à remettre les objectifs à leur juste place. à reconstruire une motivation durable, à retrouver un équilibre entre l'exigence et le plaisir. Parce que lorsqu'un athlète me dit « je n'ai plus envie d'aller m'entraîner » , je ne cherche pas immédiatement à le motiver, je cherche d'abord à comprendre ce qui a progressivement éteint cette envie. Et très souvent, en retrouvant le sens, la motivation revient quasi naturellement. Alors, j'aimerais terminer avec cette idée. Cette saison qui arrive, vous progresserez peut-être énormément, Vous connaîtrez peut-être de magnifiques réussites, vous vivrez aussi sans doute quelques échecs, et c'est le sport. Mais au milieu de tout cela, essayez de ne jamais perdre de vue ce qui vous a donné envie de commencer. Parce que la performance est une compétence et le plaisir est un carburant. Une victoire peut vous rendre heureux pendant quelques jours, un podium restera un beau souvenir, mais le plaisir de pratiquer, lui, peut vous accompagner toute une vie. Et je crois que c'est précisément de ça que se nourrissent les sportifs qui durent. Pas ceux qui gagnent une fois, ceux qui, des années plus tard, continue à avoir envie d'aller rider, à glisser, à skier, à naviguer, à progresser comme au premier jour. Parce qu'au fond, les plus belles carrières ne sont pas toujours celles qui comptent le plus de victoires. Ce sont souvent celles qui n'ont jamais perdu leur raison d'être. Et puis, si cet épisode vous a parlé, je vous invite à le partager à un partenaire d'entraînement, à un rider ou un sportif qui prépare sa rentrée. Et si en écoutant cet épisode... Vous avez réalisé que le plaisir a progressivement laissé sa place à la pression, que votre motivation s'est fragilisée, et vous avez parfois l'impression de pratiquer davantage pour le résultat que pour les sensations qui vous ont fait aimer votre sport. Alors, ne laissez pas cette nouvelle saison commencer exactement comme la précédente. Retrouver du sens, reconstruire une motivation durable, et remettre le plaisir au cœur de sa pratique, c'est aussi cela le travail d'un préparateur mental. Parce qu'au fond, Je ne crois pas que la préparation mentale serve uniquement à mieux performer. Je crois qu'elle sert surtout à permettre aux sportifs de continuer à aimer profondément le sport qui les a fait grandir. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans les sports de glisse. D'ici là, transforme ton esprit et garde le chaud.