Speaker #0Parce qu'à force de penser que progresser signifie avancer tout le temps, on finit parfois aussi par croire que s'arrêter signifie reculer. Vous n'avez pas besoin d'être au maximum tout le temps. Vous avez besoin d'être capable de traverser les différentes phases. Est-ce que votre objectif vous aide à avancer ? Ou est-ce que la manière dont vous pensez cet objectif vous met sous pression ? Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue Salut à tous ! Alors, cet épisode, il part d'une phrase que j'ai entendue encore cet été. et qu'on a déjà tous entendu cent fois et qui dit « Si tu veux progresser, il faut être régulier. » Et c'est vrai, c'est sûr qu'il faut travailler, qu'il faut répéter, qu'il faut s'entraîner, qu'il faut aussi parfois accepter de faire des choses qu'on n'a pas vraiment envie de faire. Mais en réalité, je commence à y voir un problème lorsque cette idée devient une règle absolue. Parce qu'à force de penser que progresser signifie avancer tout le temps, on finit parfois aussi par croire que s'arrêter signifie reculer. Et c'est exactement là que commence l'erreur. Parce que la progression sportive, c'est pas une ligne droite. Et parfois même, si ça peut nous sembler complètement incohérent, arrêter fait aussi partie de progresser. Alors aujourd'hui, j'aimerais qu'on parle de cette chose qui peut paraître assez paradoxale dans le sport, qu'on parle des pauses, qu'on parle des périodes où l'on s'arrête, des périodes où l'on pratique moins, des blessures, des vacances, des fins de saison, des moments où, volontairement ou non, On prend de la distance avec son sport. Parce que parfois ces périodes, elles nous font peur. On a l'impression de perdre du temps, de prendre du retard, de même peut-être perdre notre niveau. Surtout parce que pendant ce temps-là, les autres continuent et nous on s'arrête. Et forcément, gentiment, une petite voix peut commencer à apparaître. Et cette petite voix, c'est celle qui commence à nous dire « Je vais régresser, les autres vont me dépasser, je vais perdre mes sensations, je vais avoir du mal à revenir. » Et surtout, je n'ai pas le temps de m'arrêter. Et aujourd'hui, j'aimerais vous proposer une autre manière de regarder ces périodes. Et pour ça, j'aimerais vous parler d'un sportif que vous connaissez probablement tous, et c'est Léon Marchand. Après les Jeux Olympiques de Paris 2024, Léon Marchand se retrouve dans une situation assez particulière. Il vient de vivre quelque chose d'énorme, 4 médailles olympiques, 4 médailles d'or, avec l'exposition médiatique qui va avec, surtout avec les Jeux à la maison. Il a aussi dû apprendre à gérer une pression énorme avec beaucoup d'attentes autour de sa réussite au jeu. Il a vécu une année extrêmement dense. Et après tout ça, il a décidé de prendre du recul. Il a même renoncé au championnat du monde en petit bassin de Budapest qui avait lieu en décembre 2024, donc rapidement après les Jeux. Et ce choix, il n'est pas anodin. Parce que cette compétition aurait pu être l'occasion pour lui de terminer cette année exceptionnelle sur une nouvelle performance. il a choisi consciemment de ne pas y aller. Et surtout, quelques mois plus tard, il décide de partir en Australie. Pendant les premiers mois de 2025, il décide de temporairement donner moins de place à la natation. Alors, évidemment, il va s'entraîner quand même. Mais il va aussi vivre. Il va découvrir, faire du surf, assister à des événements sportifs, prendre de la distance, changer de cadre. Et surtout, il va prendre du recul. Il expliquera plus tard qu'après cette période hyper intense, celle des JO de Paris 2024, il avait ressenti un petit coup de mou au niveau de l'énergie et du mental. Qu'il n'avait plus vraiment envie de se lever le matin pour aller à l'entraînement notamment. Et cette phrase est super intéressante si on l'analyse avec le bon angle. Parce qu'on parle ici d'un champion olympique. Donc pas de quelqu'un qui manque de discipline. Pas de quelqu'un qui ne sait pas travailler. Pas de quelqu'un qui n'a pas d'ambition. En fait, Léon Marchand avait déjà démontré exactement l'inverse de tout ça. Et pourtant, à ce moment-là, il ressent le besoin de ralentir. De prendre de la distance. Et de remettre sa vie au premier plan. Et ce qui est encore plus intéressant, c'est ce qu'il dira après cette période. Parce qu'il a dit, la flamme est revenue, l'envie de nager est revenue, l'envie de compétition est revenue. Et donc finalement, cette pause n'avait pas du tout détruit son projet. Elle lui avait peut-être même permis de retrouver la raison pour laquelle il voulait continuer. Et je trouve que cette histoire, elle nous dit quelque chose de très important sur la manière dont nous pensons nos objectifs. Parce que, parfois, le problème ne vient pas de l'objectif en lui-même, il vient de la manière dont nous imaginons le chemin pour y arriver. Pour le comprendre, on peut prendre un exemple très simple. Vous vous dites, cette année, je veux atteindre tel niveau. Très bien, on pourrait dire, ok, vous avez défini un objectif clair pour votre saison. Mais inconsciemment, le souci, c'est que vous pouvez transformer cet objectif en une autre règle qui serait « Pour atteindre ce niveau, je dois progresser chaque semaine » . Et c'est exactement là que le problème commence. Parce que cette deuxième phrase, elle est beaucoup plus fragile. Parce que vous pouvez avoir une très bonne semaine, puis une mauvaise. Vous pouvez avoir une période où tout fonctionne, puis une période où vous avez l'impression de ne plus rien faire. rien à réussir. Vous pouvez aussi vous entraîner pendant trois semaines, puis vous blesser. Vous pouvez avoir prévu de rider tout l'été et finalement avoir besoin de deux mois de récupération. Vous pouvez faire une pause, perdre un peu de sensation, revenir et avoir l'impression d'avoir reculé. Mais est-ce que c'est vraiment le cas ? Et là, c'est indispensable d'apprendre à distinguer deux choses. Le projet et le chemin. Votre projet peut être stable alors que le chemin, lui, peut bouger. En fait, votre objectif peut rester le même, mais c'est votre manière de l'atteindre qui peut évoluer. Et ça, c'est quelque chose que je trouve particulièrement important pour nous les athlètes des sports de glisse. Parce que dans nos sports, nous sommes souvent très sensibles aux sensations. J'ai fait tout l'épisode 20 autour de ce sujet. D'ailleurs, si vous ne l'avez pas encore écouté, c'est peut-être le moment. Et on sait très bien qu'une journée, tout est fluide, le mouvement est naturel, on ne réfléchit pas, on est dedans. Et puis quelques jours plus tard, après une pause un peu plus longue, on remonte sur sa planche, son BMX, ses skis, et tout semble différent. Les sensations ne sont plus les mêmes, le corps répond moins bien, la confiance est différente. Et immédiatement on pense « j'ai perdu mon niveau » . Alors que très souvent vous n'avez rien perdu du tout. Mais vous êtes tout simplement en train de retrouver votre corps. Vos sensations, vos repères, votre confiance. Et ça peut parfois prendre un peu de temps quand on a coupé un certain temps. Et puis, il y a aussi une chose dont on parle beaucoup trop peu dans le sport, c'est le corps. Parce que parfois, il faut être honnête, on nous vend un peu du rêve et on voudrait tellement que le mental puisse tout résoudre. On parle de confiance, de motivation, de résilience, de gestion de la peur, de... de concentration. Et tout cela, c'est important. Mais le mental, il ne remplace pas la technique, il ne remplace pas non plus la récupération, il ne remplace pas le sommeil, il ne remplace pas la préparation physique. Et il ne répare pas tout seul non plus une blessure. Si votre corps a besoin de récupérer, il a besoin de récupérer. Et ça ne signifie pas que vous êtes faible mentalement, au contraire. Savoir écouter son corps peut être une véritable compétence sportive. Parce qu'être performant, ce n'est pas uniquement être fort mentalement. Il faut être capable physiquement, il faut avoir le niveau technique, il faut avoir les capacités énergétiques, il faut être suffisamment préparé et il faut que toutes ces dimensions puissent fonctionner ensemble. La préparation mentale ne remplace donc rien, elle vient compléter. Elle vient aider le sportif à mieux utiliser ses ressources. Elle vient fluidifier les interactions entre tous ces facteurs de la performance et du plaisir à pratiquer surtout. mais elle ne permet pas de contourner les lois du corps. Et parfois, justement, nous sommes incapables de nous arrêter seuls. Et c'est peut-être l'une des choses les plus intéressantes dans les blessures. Parce que quand une blessure arrive, évidemment, la première action... que l'on peut avoir souvent c'est c'est horrible je vais perdre mon niveau j'ai prendre du retard ma saison est foutue et attention je veux surtout pas minimiser sa une blessure ça peut être très difficile à vivre parce qu'elle vient interrompre quelque chose vous essayez de lancer vous avez un objectif, vous avez peut-être enfin trouvé vos sensations, et soudain, c'est stop, et vous avez l'impression d'être fauché en plein vol. Mais parfois aussi, une blessure impose une chose que nous ne serions jamais autorisés à faire seuls. S'arrêter. Respirer, récupérer, prendre du recul, regarder ce que l'on est en train de faire, et parfois même, se demander pourquoi on le fait encore. Et c'est là que j'aimerais faire une distinction importante, très importante même. Une pause ne signifie pas forcément abandonner. Une pause peut être une stratégie. Elle peut être choisie, elle peut être imposée, elle peut être nécessaire. Mais dans tous les cas, elle n'a pas obligatoirement besoin d'être considérée comme une rupture du projet. Elle peut être une partie du projet. Et c'est très différent. Regardez Léon Marchand. Il aurait très bien pu considérer sa période post-JO comme une perte de temps. Il aurait pu se dire, les autres s'entraînent, je dois continuer, je dois profiter de ma forme, je dois rester au sommet. Mais on l'a vu, il a fait un autre choix. Il a décidé de prendre du recul, il a renoncé à une compétition, il est parti en Australie, il a changé de cadre, il a remis sa vie au premier plan. Et pourtant, un an plus tard, il continue de performer au plus haut niveau. Et vous avez peut-être suivi ce qui s'est passé pour lui cet été au championnat d'Europe de Paris 2026. Alors qu'il arrive avec un programme réduit après une blessure aux inducteurs, il décroche quand même deux titres européens individuels. Le 200 m papillon. Et puis il décide de s'essayer sur le 400 m nage libre, puisqu'il a de la place dans son programme. Et parce qu'avec sa blessure aux aglutteurs, il ne peut pas faire de brasse, comme il l'avait initialement prévu. Et il décroche le titre européen, avec au passage le record de France. Évidemment, il ne s'est pas réveillé le matin en se disant « je vais faire du 400 m » . Il s'entraîne depuis quelques temps sur cette distance. Mais ce n'était pas clairement initialement le projet de ces championnats d'Europe. Mais il a su transformer cette blessure en une opportunité. Et en plus de ça, il obtenit aussi également une médaille d'argent avec le relais français du 4x200m NL. Alors là, évidemment, il ne faut pas tirer de conclusions simplistes. Je ne suis pas en train de vous dire « faites une pause et vous deviendrez meilleur » . Ça serait absurde. Mais ce que cette histoire montre, c'est quelque chose de beaucoup plus intéressant. C'est que prendre de la distance n'est pas forcément incompatible avec l'ambition. Prendre du recul ne signifie pas forcément renoncer à son projet. Et ralentir à un moment donné ne signifie pas nécessairement que l'on avance moins vite à long terme. Alors peut-être que la question à se poser n'est finalement pas « est-ce que je suis en train de perdre du temps ? » mais plutôt « est-ce que cette période est en train de servir mon projet ? » Parce que oui, on vient de le voir avec l'on marchand, une pause peut servir votre projet. Une récupération peut servir votre projet. Une blessure, même si elle n'a évidemment rien de souhaitable, elle peut vous obliger à repenser votre manière de fonctionner. Une coupure estivale peut vous permettre de retrouver du plaisir. Une période sans objectif peut aussi vous permettre de retrouver du sens. Et parfois, vous avez simplement besoin de ne rien chercher pendant quelques semaines. Et je pense notamment à tous ces sportifs qui, pendant l'été, culpabilisent de moins pratiquer. Ils voient les autres progresser, ils regardent les vidéos, ils voient les sessions. Et ils pensent, je devrais être à la salle, je devrais m'entraîner, je devrais préparer la prochaine saison. Mais peut-être que vous avez aussi besoin de vivre autre chose, de faire autre chose, de dormir, de passer du temps avec vos proches, de bouger autrement, de laisser votre corps récupérer. Et peut-être qu'en septembre, vous aurez moins de volume d'entraînement dans les jambes, mais davantage d'envie. Et cette envie-là, elle compte énormément. Parce qu'on parle souvent de motivation comme si elle devait être constante, comme si un sportif motivé était quelqu'un qui avait toujours envie. Mais ce n'est pas vrai, on en a aussi déjà parlé dans Glisse Intérieure. La motivation, elle fluctue. L'énergie fluctue, les sensations fluctuent, la confiance fluctue. Et votre capacité à accepter ces fluctuations fait aussi partie de votre construction sportive. Vous n'avez pas besoin d'être au maximum tout le temps. Vous avez besoin d'être capable de traverser les différentes phases. Et c'est aussi à ça que sert la préparation mentale. Alors à ce moment précis de l'épisode, il y a peut-être une autre question qu'on pourrait se poser. Quelles sont les attentes que vous avez placées sur votre progression ? Est-ce que vous attendez de progresser chaque semaine ? Est-ce que vous vous comparez à votre niveau d'il y a 3 mois ? Est-ce que vous considérez chaque semaine moyenne comme une régression ? Est-ce que vous vivez une pause comme un échec ? Est-ce que vous pensez que si vous ne pratiquez pas pendant 2 semaines, vous allez perdre tout ce que vous avez déjà construit ? Et surtout, est-ce que votre objectif vous aide à avancer ? Ou est-ce que la manière dont vous pensez cet objectif vous met sous pression ? Parce qu'un objectif est censé donner une direction, et surtout pas devenir une prison. Je vais vous donner un petit tips pour ça. Peut-être que cette saison, vous pourriez changer légèrement votre manière de mesurer votre progression. Au lieu de vous demander uniquement, est-ce que je suis meilleur ? Vous pourriez aussi vous demander, est-ce que je comprends mieux mon sport ? Est-ce que je connais mieux mon fonctionnement ? Est-ce que je récupère mieux ? Est-ce que je sais mieux reconnaître quand je dois ralentir ? Est-ce que je prends toujours du plaisir ? Est-ce que je sais revenir après une mauvaise période ? Parce que tout cela, c'est aussi de la progression. Et puis, il y a quelque chose que j'aime beaucoup dans l'exemple de Léon Marchand. C'est qu'il ne s'agit pas seulement d'une histoire de repos, il s'agit aussi d'une histoire de sens. Après avoir atteint quelque chose d'extraordinaire, il aurait pu continuer à courir immédiatement après le prochain objectif. Mais il a choisi de prendre le temps de digérer ce qu'il venait de vivre, de sortir du bruit, de retrouver une forme de liberté, et finalement, de retrouver l'envie. Je crois que c'est une question que beaucoup de sportifs pourraient se poser. Est-ce que je suis encore en train de construire mon projet ou est-ce que je suis simplement en train de courir après mon prochain objectif ? Parce que ce n'est pas du tout la même chose. Alors si vous êtes actuellement dans une période où vous pratiquez moins, ne vous précipitez pas forcément pour conclure que vous êtes en train de régresser. Si vous sortez d'une blessure, ne vous demandez pas uniquement combien de temps vous avez perdu. Demandez-vous aussi ce que vous pouvez reconstruire. Si vous revenez d'une pause estivale, ne cherchez pas forcément à retrouver immédiatement votre niveau d'avant. Laissez votre corps retrouver ses sensations, laissez votre technique revenir, laissez votre confiance se reconstruire. Et surtout, ne transformez pas votre retour en procès. Vous n'avez pas besoin de prouver dès la première session que vous n'avez rien perdu. Vous avez simplement besoin de recommencer. Parce que, au fond, vous n'êtes pas obligé de progresser tout le temps pour être en train de progresser. On le sait très bien. Si on dessinait une courbe... courbes pour illustrer la progression, il y aurait forcément des accélérations, des plateaux, des détours, des pauses, des blessures, des périodes où vous aurez l'impression de reculer. Et parfois, ces périodes seront simplement des parties invisibles de votre progression. Des moments où le corps récupère, où le cerveau assimile, où le sens revient et où l'envie se reconstruit. Alors la prochaine fois que vous aurez l'impression de perdre du temps, posez-vous cette question. Et si je n'étais pas en train de m'éloigner de mon objectif, mais simplement en train de préparer la suite ? Parce que progresser, ce n'est pas toujours accélérer. Parfois, c'est savoir ralentir. Parfois, c'est savoir même s'arrêter. Et parfois même, c'est accepter de ne pas savoir exactement quand on repartira, mais continuer à faire confiance au chemin. Et si vous êtes actuellement en pause, profitez-en. Vraiment, réparez votre corps, prenez de la distance, faites autre chose, retrouvez vos proches, retrouvez peut-être même la raison pour laquelle vous avez commencé. Parce qu'un sportif qui veut durer, il ne cherche pas à être à 100% toute l'année. Il cherche à savoir quand donner les 100% et quand il est temps de recharger les batteries. Et peut-être que cette pause que vous considérez aujourd'hui comme un problème sera justement celle qui vous permettra de repartir quand il sera temps avec davantage de fraîcheur, de plaisir et de sens. Et j'ai envie de terminer cet épisode simplement avec cette idée. Tu n'es pas obligé de progresser tout le temps pour être en train de progresser. Alors si tu es en pause aujourd'hui, ne culpabilise pas trop vite. Peut-être que tu n'es pas en train de perdre du temps, peut-être que tu es simplement en train de préparer la suite. Alors si cet épisode vous a parlé, n'hésitez pas à le partager avec un sportif qui a peut-être besoin, lui aussi, d'entendre qu'une pause n'est pas forcément un abandon. Et puis on se retrouve très vite pour continuer à explorer ce qui se passe dans la tête des sportifs de la glisse. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans l'espoir de Glisse. D'ici là, concentre ton esprit et garde le chaud.