Speaker #0En fait, la frustration apparaît quand on se bat contre ce qu'on ne maîtrise pas. Parce qu'on ne souffre pas de la réalité, on souffre de l'idée qu'on s'en faisait. En fait, chaque minute passée à ruminer sur l'autre est une minute volée à ta performance. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue... dans la tête. Je suis Sébastien Daletetra, préparateur mental spécialisé dans les sports de glisse. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, unité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow, et de ces instants suspendus où tout devient simple, évident et naturel. Alors, respire, relâche. On part à l'intérieur. Pour cet épisode 7, j'ai souhaité aborder Un nouveau sujet tellement important dans notre quotidien de sportif, et notamment de sportif de la glisse, c'est celui de la frustration. Celle qui naît toujours d'un décalage entre ce qu'on attend et ce qui est. En fait, la frustration montre le bout de son nez quand la réalité ne coopère pas. Tu vois, à ce moment, en compétition, ou à l'entraînement, peu importe en fait, t'es sur le spot, t'avais tout prévu. Tu t'étais dégagé du temps, t'avais préparé le bon matériel. Tu avais la bonne énergie, dans ta tête, la session était déjà parfaite. Et puis, bah rien. Pas de vent, ou trop, pas de vagues, une neige lourde, transformée, voire même absente. La pluie qui rend la pratique impossible sur un skatepark, ou une piste inondée et impraticable par exemple, et bien elle est là. Elle arrive, silencieuse, la frustration. Parce qu'on ne souffre pas de la réalité. On souffre de l'idée qu'on s'en faisait. Alors, la frustration, c'est l'émotion qu'on connaît tous. La frustration anguisse, elle est intime, presque universelle. C'est ce moment où tu te dis, pourquoi aujourd'hui ? J'ai fait tout ce qu'il fallait. En fait, elle n'est toujours au même endroit entre ce que tu attendais et ce qui est là maintenant. Et plus cet écart est grand, et plus la frustration est forte. Je me souviens de cette session de surf, ici en Méditerranée. On n'a pas des vagues tous les jours, il faut dire ce qui est. Et là, j'avais repéré un créneau. J'avais checké les prévisions toute la semaine. Dans ma tête, ça allait être une top session. Et en arrivant, les vagues étaient petites, molles, irrégulières. Alors j'ai passé les premières 20 minutes à râler dans ma tête. Puis j'ai réalisé que je ne surfais pas vraiment. En fait, je comparais juste la réalité à ce que j'avais imaginé. Et quand j'ai lâché ça... J'ai commencé à jouer. Ce n'était pas la session de mes rêves. Mais j'en garde un super souvenir parce que j'avais réussi à m'adapter et à reprendre le contrôle de ce moment. Et j'avais le smile en sentant de l'eau. En fait, la frustration apparaît quand on se bat contre ce qu'on ne maîtrise pas. En windsurf, tu attends le vent, tu regardes l'horizon encore et encore, tu reviens à la plage, tu attends. En surf, tu scrutes la houle, chaque vague te donne de l'espoir, puis finalement elle ferme, elle n'arrive pas. En ski, tu montes au sommet de la montagne, plein d'envie, et la neige n'est pas celle que tu avais imaginée. En BMX, tu te sens prêt à envoyer la double sur laquelle tu doutais depuis quelques semaines, et tu sais que ça va être ce soir à l'entraînement. Et puis finalement, quand le soir arrive, t'as du vent de face, et ça devient impossible. En fait, ce qui est frustrant, c'est pas l'absence de vent ou le vent trop fort. C'est pas l'absence de vagues, ou de neige. C'est de vouloir que la réalité obéisse à ton plan. On a aussi souvent cette illusion du contrôle. On oublie parfois une chose essentielle. Les sports de glisse ne sont pas des sports de maîtrise totale. Tu ne domines pas l'élément, tu composes avec lui. Tu peux être prêt physiquement et techniquement, tu peux avoir fait le job comme on dit. Mentalement, tu es présent aussi, tu t'accroches au « ça devrait marcher, j'ai mérité cette session » . Mais la nature, elle ne fonctionne pas au mérite. Elle ne négocie pas et elle ne compense pas. Alors rapidement, tu ressens ce sentiment d'injustice. Peut-être même une perte de motivation. Tiens, d'ailleurs, si c'est le cas, c'est que tu devrais probablement aussi travailler un peu sur ce sujet-là. Et ça tombe bien parce que je parle de motivation dans l'épisode 6 de Glisse Intérieure. Alors je t'invite à aller réécouter ou à l'écouter si ce n'est pas déjà fait. En fait, il faut accepter que l'engagement ne donne pas toujours une récompense immédiate. Que la nature ne doit rien, elle n'est ni contre toi ni pour toi. Juste, elle est. Et plus on résiste, plus on s'épuise. Et puis la frustration ne reste jamais dans la tête. Elle descend dans les épaules, dans la respiration. dans la précision des gestes, en fait tu forces, tu anticipes trop et tu perds le timing. En sport, un mental frustré devient un corps rigide. Et un corps rigide t'empêche d'être efficace, d'être réactif, vif et alerte. Alors cette crispation se ressent sur tes actions, qui dégradent ton efficacité. Tu perds en fluidité, tu prends des décisions précipitées et tu sors de ton plan. Et de mauvaises actions entraînent de mauvais résultats. Ce qui n'aide pas à construire la confiance en soi nécessaire pour exploiter son potentiel. Alors, accepter ce qui est, relâche le corps avant même d'améliorer la technique. Et parfois même, la frustration ne vient pas de la météo, elle vient des autres. Des adversaires agressifs, imprévisibles, d'une priorité contestée, d'une décision d'arbitrage que tu juges injuste. Tu sens ton attention glisser loin de toi et loin de tes sensations. Et ça me fait penser à, disons, Paul, que j'ai accompagné. Et Paul en compétition, à chaque manche, son attention était ailleurs. Sur les autres riders, sur les comparaisons, sur certaines décisions qu'il trouvait injustes. Alors mentalement, il était partout, sauf là où il devait être. Et le résultat, c'est qu'au moment d'y aller, il n'était jamais complètement présent. Alors on a travaillé sur une chose simple. Accepter qu'il ne contrôlerait jamais les autres. Et le jour où il a vraiment intégré ça... Toute son attention est revenue dans son corps et dans ses sensations. Et ce jour-là, il n'a pas forcément gagné la compétition. Mais il m'a dit quelque chose de très juste. Pour la première fois, j'ai eu l'impression de rider à mon vrai niveau. Parce que ce qui est frustrant, ce n'est pas l'autre, c'est l'impossibilité de le contrôler. Tant que ton attention est portée sur l'autre, ton niveau chute, et plus tu te compares, et plus tu te perds. En fait, chaque minute passée à ruminer sur l'autre, est une minute volée à ta performance. Alors il y a un moment charnière, un instant où tu peux continuer à lutter ou décider de changer de posture intérieure. Ce moment où tu te dis « Ok, c'est comme ça » , ce n'est pas de la résignation, c'est de la lucidité. Accepter ne veut pas dire aimer. Accepter, c'est juste arrêter de gaspiller de l'énergie contre l'inévitable. Et quand tu acceptes, une nouvelle question apparaît. Qu'est-ce que ces conditions me demandent, là, maintenant ? Par exemple, s'il y a moins de vent, il te faudra plus de finesse. S'il y a moins de vagues que prévu, il te faudra plus de lecture, un meilleur timing, un meilleur placement. Si la neige est imparfaite, ça va te demander plus de créativité et d'adaptation. Si tu fais face à des adversaires forts, tu auras besoin de plus de présence, de lucidité et de stratégie. En fait, la frustration devient alors un signal d'ajustement et pas un obstacle. Alors, quand tu sens la frustration monter, tu peux essayer ces rapides exercices. Alors, commence par respirer un bon coup. Ça envoie à ton cerveau un signal qui dit « c'est le moment d'être présent » . Puis demande-toi simplement, en premier, qu'est-ce que je ne contrôle pas ici ? Qu'est-ce que je n'influence pas ? Ensuite, pose-toi la question de ce que tu contrôles encore. Et enfin... Où est-ce que tu choisis de mettre ton attention ? Et souvent, ça suffit à relâcher quelque chose. Tu peux aussi choisir de te répéter ces phrases de réalignement. Et je dis choisir parce qu'il est vraiment important de comprendre que ce qui change la donne en préparation mentale, c'est d'avoir intégré que ce n'est pas de la magie. Ce sont des actions contrôlées, intentionnelles, qui permettent de générer des changements. Cela demande donc de l'implication et de la rigueur. Donc, quand la frustration monte, tu peux te répéter « je choisis de m'adapter plutôt que de lutter » ou alors « ces conditions ne sont pas idéales mais elles sont les miennes » . Et puis, il est probablement aussi temps d'adapter son objectif figé du jour à une version plus ajustable. Remplacer « je veux réaliser ce move, je veux faire ce temps ou je veux tracer cette ligne » par « je veux rider juste, engagé dans ces conditions » . Parce que les meilleurs riders ne sont pas ceux qui ont toujours les meilleures conditions. Ce sont ceux qui savent faire quelque chose de juste avec des conditions imparfaites. La frustration disparaît quand on cesse de demander à la réalité d'être autre chose que ce qu'elle est. Et parfois, c'est précisément dans ces sessions frustrantes que se construit la vraie glisse intérieure. Moi-même, j'ai compris que la frustration venait surtout de cette phrase dans ma tête. Celle qui dit « ça devrait être parfait » . En fait, le jour où j'ai remplacé ça par « ok, c'est comme ça aujourd'hui » , tout a changé. Pas à l'extérieur, à l'intérieur. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieure. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance mentale dans l'esprit de Glisse. D'ici là, concentre ton esprit et garde le chaud.