Speaker #0La stagnation, ce n'est pas toujours rester au même niveau. Parfois, c'est continuer à rider sans évoluer intérieurement. Ce n'est pas que tu n'évolues plus, c'est que tu n'explores plus. Le corps sait faire, mais quelque chose de l'intérieur freine. Et pourtant, ce plafond n'est écrit nulle part. Mais tu le respectes à la lettre. Bienvenue dans Glisse Intérieure, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue... dans la tête. Je suis Sébastien Daletetra, préparateur mental spécialisé dans les sports de glisse. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, unité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow et de ces instants suspendus où tout devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche, on part à l'intérieur. Pourquoi certains riders stagnent malgré un gros niveau technique ? Il y a un moment que beaucoup de riders connaissent. Alors je ne parle pas d'un crash, pas d'une grosse peur, non, mais d'un moment beaucoup plus discret. Tu rides bien, les conditions sont bonnes, ton corps répond, tout est là, tu as le niveau, les autres même te le disent, et pourtant, quelque chose ne progresse plus. Tu rides bien, mais tu rides comme d'habitude. Tu ne régresses pas, mais tu ne passes plus de cap. Comme si tu glissais sous un plafond invisible. Dans cet épisode 9 de Glisse Intérieur, on va parler de ça. Pas de technique, pas de matériel, mais de ce qui bloque quand tout semble déjà en place. La stagnation, c'est pas toujours rester au même niveau. Parfois, c'est continuer à rider sans évoluer intérieurement. Souvent, si tu y prêtes un peu attention, tu rides dans ta zone connue. Tu maîtrises, tu sécurises, tu évites inconsciemment certaines situations de vitesse, d'engagement, de créativité. En fait, tu ne subis pas la session, mais tu la contrôles. Extérieurement, ça a l'air solide. Intérieurement, ça tourne en rond. Tu vas avoir tendance à aller toujours dans les mêmes conditions de vent, par exemple. Celles qui te semblent confortables. Tu chercheras des vagues qui te rappellent celles dans lesquelles tu te sens bien. Tu feras toujours les mêmes runs au skatepark ou au snowpark. Toujours les mêmes lignes sur la piste de race. En gros, toujours le même style, le même timing, le même engagement. Mais avec peu de vraies prises de risques émotionnelles. Et c'est compréhensible parce que tu t'es déjà tellement investi pour en arriver là. Mais le souci, c'est que c'est peut-être là que quelque chose commence à se figer. Parce que tu sais exactement ce qui va se passer. Parce que tu ne te surprends plus. Ce n'est pas que tu n'évolues plus, c'est que tu n'explores plus. Le corps sait faire, mais quelque chose à l'intérieur freine. À ce stade, ce n'est plus le corps qui limite. Pas la technique, pas le physique, c'est le mental. Mais pas celui qu'on croit. C'est pas une peur frontale spectaculaire, c'est une retenue subtile et inconsciente. Tu pourrais t'engager un peu plus, mais tu ne le fais pas. Pas consciemment, mais juste tu ne le sens pas. Tu pourrais essayer autre chose, mais ton corps revient naturellement vers ce qu'il connaît. Et pourtant ce plafond n'est écrit nulle part, mais tu le respectes à la lettre. Et plus ton niveau est élevé, et plus tu as quelque chose à perdre. Perdre ta fluidité, ta constance, ton image, ton style. Et sans te rendre compte, tu commences à rider pour ne pas dégrader ce que tu sais déjà faire. Quand on débute, c'est facile, on accepte de tomber. Quand on devient bon, tomber devient un problème. C'est ce qu'on appelle le paradoxe du compétent. Plus tu deviens bon, plus tu as à perdre en tentant la prochaine étape. Le débutant lui tente sans peur parce qu'il n'a pas de réputation à défendre. Le rider confirmé lui a une image, un niveau connu de ses pairs, et passé au niveau suivant, c'est risqué de paraître nul à nouveau. Le rider cherche la progression mais protège inconsciemment ce qu'il a déjà construit. Alors plus ton niveau monte, plus ton ego devient fragile. Parce qu'à un moment, on ne fait plus que rider. On devient, on incarne ce rider qu'on imagine être. On va se répéter et s'identifier. Moi je suis plutôt fluide, moi je ne force pas, moi je suis propre, moi je suis technique, pas tel brûlé, moi je ride de telle ou telle manière. Et attention, c'est pas faux ! Mais ce n'est pas complet. Parce que, sans s'en rendre compte, cette identité devient une cage. Je vais prendre deux minutes ici parce que la notion d'identité est pour moi un pilier essentiel de la préparation mentale. Alors je voudrais éviter les confusions. L'identité, quand on se fixe, elle joue un rôle central dans la préparation mentale car elle influence profondément nos pensées, du coup nos comportements et nos performances. En effet, la manière dont une personne se définit, par exemple comme un sportif discipliné, un leader dans un sport co, ou apprenant, persévérant ? oriente inconsciemment ses choix et ses réactions face aux difficultés. En préparation mentale, il ne s'agit pas seulement de fixer des objectifs, mais de construire une identité alignée avec ces objectifs. Lorsqu'un athlète agit en cohérence avec l'image qu'il a de lui-même, il renforce sa motivation intrinsèque et sa confiance. A l'inverse, une identité limitante peut freiner la progression, même en présence de compétences techniques solides. Travailler sur son identité, ça permet donc de stabiliser l'engagement de mieux gérer la pression et de développer une constance dans l'effort. Car les actions ne sont plus seulement dictées par des résultats attendus, mais par la volonté d'être fidèle à la personne que l'on choisit de devenir. Alors pour continuer sur notre sujet, le problème s'installe quand ton discours interne commence par « Moi je ne suis pas » . « Moi je ne suis pas ce genre de rider » . Par exemple, je ne suis pas celui qui tombe, je ne suis pas celui qui tente, je ne suis pas celui qui se met en difficulté. C'est plus ton niveau qui décide, c'est ton identité. Parce que l'identité, elle rassure, elle donne une cohérence, mais le problème, c'est qu'elle réduit aussi l'espace d'exploration. Ce n'est plus ton niveau qui te limite, c'est l'idée que tu te fais de toi. Ce n'est pas que tu ne peux pas rider autrement, c'est que tu ne t'autorises plus à être maladroit. Et puis, le regard des autres peut aussi devenir un plafond invisible. La communauté te catégorise. Par exemple, lui, il est bon dans le vent fort. Lui, il n'a pas peur de sauter les gros zoubles. Et toi, tu intègres cette catégorie. Et sortir de ta case, c'est en quelque sorte déstabiliser l'ordre social. Inconsciemment, tu t'auto-limites pour rester à ta place. Moi, quand je faisais du BMX, j'étais arrivé à un moment où je ne voulais plus tomber ou du moins plus me faire mal. Je me suis convaincu que mon style à moi, c'était d'être propre, précis. Et aussi d'être celui qui ne prend pas de risques inutiles. Cette identité me donnait une cohérence. Je roulais de manière fluide, contrôlée, sans surprise. Les autres le savaient. Ils savaient à quoi s'attendre et moi aussi. Mais sans m'en rendre compte, ce n'est plus mon niveau qui décidait de mes choix. C'était mon identité. A chaque nouvelle figure, à chaque nouvelle boss, un peu plus technique, ce n'était pas une question de capacité, c'était une question d'image. Si je tente et que je tombe, ça ne sera plus cohérent avec qui je suis. Alors je restais dans ma zone. Je progressais, oui, mais seulement dans les limites. que mon identité m'autorisait. Elle me protégeait de l'échec, mais elle réduisait aussi mon espace d'exploration. Et je n'avais pas du tout conscience de tout ça à cette époque. Alors c'est sûr que maintenant, si je pouvais revenir quelques années en arrière, ou si je pouvais parler au moins de mes 20 ans, je lui expliquerais que j'aurais pu redéfinir qui j'étais. Que je pouvais devenir celui qui apprend, celui qui teste, celui qui accepte de tomber pour évoluer. Et ce n'est pas mon niveau qui aurait augmenté en premier. C'est mon identité qui se serait élargie et avec elle mes possibilités. Donc une fois qu'on a dit tout ça, il y a quand même une bonne nouvelle. Ce plafond n'a pas besoin d'être cassé, il a besoin d'être traversé. Et pour ça, tu n'as pas besoin de plus de courage ni plus de technique. Tu as juste besoin d'autorisation. T'autoriser à rider moins bien le temps d'apprendre, t'autoriser à être maladroit, parce qu'en effet à ce niveau-là, progresser demande souvent d'accepter de désapprendre. Et puis tu dois commencer par te poser des questions au lieu de chercher des solutions. Le but étant de t'autoriser à changer d'intention, mais pas d'objectif. Essaye de remarquer, de chercher ce qui te bloque en utilisant ce genre de questions. Qu'est-ce que je me répète dans la tête ? À quel moment je veux toujours reproduire ce que je sais faire pour me rassurer ? Qu'est-ce que j'évite systématiquement ? Qu'est-ce que j'essaie inconsciemment de rester ? Et si il n'y avait plus d'image à défendre ? Parce que la progression à ce stade demande plus de vulnérabilité que de performance. Elle demande à retrouver l'ouverture d'esprit du débutant. On l'a vu, celle où rien d'autre ne compte que la progression. Et celle qu'on illustre parfois par la phrase « le ridicule ne tue pas » . Alors si tu te reconnais dans cet épisode, ce n'est pas un constat négatif. C'est souvent le signe que tu arrives à un vrai passage. Tous les riders qui vont loin passent par là. Ce moment où il faut lâcher une version de soi pour laisser émerger quelque chose de plus grand. Un passage où la progression ne demande plus de pousser, mais de lâcher. Alors peut-être que ton prochain step ne ressemblera pas à une performance, peut-être qu'il ressemblera plutôt à un nouvel espace intérieur. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner. et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans l'esprit de Nix. D'ici là, prends soin de ton esprit et garde le chaud.