Speaker #0Bienvenue sur mon podcast Glolistica. Je suis Gaëlle, naturopathe et esthéticienne, spécialiste des femmes afro-caribéennes. Je vous aide à vous poser les bonnes questions afin de vous révéler aussi bien sur le plan physique qu'émotionnel. Révélez votre glos intérieur. Ces épisodes traiteront de sujets sur la santé holistique, la beauté ou encore le développement personnel. Chaque semaine partira un épisode solo ou une interview d'un expert qui vous fera réfléchir sur des questions telles que Quelle est mon identité profonde ? Comment je retrouve un équilibre physiologique pour ma santé ? Comment me libérer émotionnellement d'expériences immunites ? Si vous êtes prête à prendre le pouvoir sur vous-même et à prendre la place pour vivre dans votre vie, alors vous êtes au bon endroit. Hello Nisika, le podcast d'Empuissancement des femmes afro-caribéennes. Hello, hello, bonjour à toutes. J'espère que vous allez bien, que vous avez passé une bonne semaine. Voilà, aujourd'hui on va rentrer directement dans le vif du sujet. C'est un sujet à la fois tabou, un sujet qui blesse, un sujet qui n'est pas accepté dans nos communautés. Un sujet qui fait mal. Donc je sais que je vais rentrer sur un terrain glissant, un terrain dangereux. Je risque de ne pas me faire que des amis en parlant de ce sujet. Mais j'assume totalement et je me dis que si ça blesse, c'est qu'il y a quelque chose derrière qui vient titiller et c'est ça qu'on doit aller chercher. C'est qu'il y a un impact, c'est qu'il y a une blessure et c'est ça qu'il faut réparer. Donc c'est important d'en parler. Donc aujourd'hui je vais vous parler de colorisme. Qu'est-ce que le colorisme ? Alors je vais vous lire la définition de Wikipédia sur le colorisme. Donc le colorisme c'est une forme de discrimination intra-communautaire qui se distingue du racisme même s'il en est issu. Alors pour moi clairement le colorisme c'est du racisme. On ne va pas se voiler la face, on ne va pas se mentir. Le colorisme, c'est clairement du racisme et je vais vous expliquer ma vision des choses. Donc déjà, le colorisme, il faut savoir que c'est dû aux conséquences du colonialisme, par le fait de vouloir écraser l'identité du peuple colonisé. Et ce, en établissant eux-mêmes des hiérarchies sur un peuple qui est déjà traumatisé, affaibli et dépourvu d'identité. Et alors moi, particulièrement venant de la Martinique, j'ai tenté de faire ma généalogie et lorsque je suis remontée trop loin dans le temps, Et là où ça commençait à toucher des ancêtres esclaves, tout simplement ils n'étaient pas inscrits sur les registres des mairies. Donc impossibilité pour moi de remonter à mes ancêtres esclaves. Donc ça souligne vraiment... l'impact du colonialisme et de l'esclavage sur les peuples et la destruction psychologique qu'elle a eue de génération en génération, puisque moi-même aujourd'hui, lorsque je cherche mes racines, je ne les trouve pas. Donc d'une part, je perds quand même une partie de mon identité. Et tout ça à cause de l'esclavage. Pour parler de mon expérience personnelle avec le colorisme, Moi le colorisme c'est quelque chose que j'ai connu depuis petite. De par mon enfance, il faut savoir que ma grand-mère est martiniquaise, elle est née là-bas, ma mère aussi. Moi je suis née à Paris, mais comme c'est ma grand-mère qui m'a élevée, j'ai vraiment baigné dans la culture antillaise, la culture martiniquaise, tout en sachant que ma grand-mère, lorsqu'elle est arrivée en métropole, après avoir eu ma mère, s'est mariée avec un métropolitain. Et ma grand-mère n'a pas eu une enfance facile, puisque la mère de ma grand-mère est décédée, ma grand-mère avait 3 ans. Et ce n'est pas son père qui l'a élevé mais plutôt la famille du côté de son père puisqu'il a dû partir à la guerre. Donc c'est son aïeul qui l'a élevé, c'est-à-dire son arrière-grand-mère. Et déjà à l'époque, son arrière-grand-mère lui inculquait des idées de colorisme. Ma grand-mère m'a toujours répété que son aïeul lui disait ne te marie jamais avec un noir. Les noirs, plus ils sont noirs, plus ils sont méchants. Et cette phrase-là, elle est d'une telle violence parce qu'elle te renvoie déjà non seulement à ta couleur, à ton identité et au rejet de ta couleur et de ton identité. Sachant que ma grand-mère était noire, que son aïeul était noir et en plus coulit. Et moi lorsque j'entendais cela, étant enfant, je me posais cette question. Mais pourquoi elle dit ça ? Parce qu'elle est noire en fait. Et pourquoi elle n'aime pas les noirs alors qu'elle est noire ? Donc moi déjà dans ma tête j'avais ce truc de me dire, déjà je ne comprends pas, pourquoi les noirs sont rejetés ? Pourquoi ce n'est pas bien d'être noire ? J'avais cette problématique dans ma tête d'enfant de 5 ans. Et puis je suis rentrée à l'école maternelle et on m'a inscrite dans une école privée. Et il faut savoir qu'à l'époque dans les écoles privées, donc il y a cela une trentaine d'années, et même si j'ai grandi dans une ville où il y avait énormément de mixité, il faut savoir que dans les écoles privées il n'y avait que des blancs. Donc j'ai vécu en plus le racisme de la part de mes camarades et de la part des enseignants. Alors comment j'ai réussi à me construire ? Au départ, c'est vrai que durant mon enfance, tout mon côté noir je l'ai rejeté. C'est-à-dire que je ne m'identifiais pas du tout au noir. Je ne voulais pas être mat de peau, je ne voulais pas bronzer, je ne voulais pas avoir les cheveux bouclés ni frisés. En plus, au niveau de mes jouets, toutes mes barbies étaient blondes. Et pour moi, plus les filles avaient la peau blanche et plus elles étaient belles, et plus elles étaient blondes et plus elles étaient belles. Et effectivement, lorsqu'en plus j'entendais dans ma famille, plus tard tu te marieras avec un blond aux yeux bleus, comme ça tu feras de beaux enfants. ça ne m'aidait pas du tout à me construire d'un point de vue identitaire. Et puis l'adolescence est passée par là, et là j'ai commencé à remettre en question mon éducation. Alors j'ai décidé d'aller vivre avec ma mère, et de faire ce que je souhaitais. Et c'est en vivant avec ma mère, que j'ai pu côtoyer des personnes de ma communauté, et je me suis fait des amis de toutes les communautés, de toutes les origines. Et là, j'ai vu que mon métissage était vraiment quelque chose qui était mis en avant. Que là, en fait, mes origines anti-aise, mon côté noir, il n'était pas rejeté. Mais au contraire, il était apprécié. Donc, c'est quelque chose qui m'a fait du bien déjà. Parce qu'à ce moment-là, j'ai commencé à m'aimer. Mais il y avait toujours ce truc de ça va, t'es métisse, t'es noir. Mais tu vois, t'es pas trop noir, donc ça va. Et ça, ça me dérangeait énormément. Je sais pas pour vous, je sais pas si vous avez déjà, si y a quelqu'un qui vous a déjà dit ça, mais genre les faux compliments du ça va, pour une noire t'es belle, t'as les traits fins et du autre t'es 15-16 ans bah tu sais pas en fait si tu dois prendre ça pour un compliment ou pour une insulte. Et puis lorsque je regardais la télévision, on voyait toutes les stars, celles qui étaient mises en avant, c'était des Beyoncé ! qui avait la peau claire, qui était blonde. Et puis à chaque fois, finalement, quand tu voyais qu'une femme noire était mise en avant, elle était claire. Il n'y a pas, elle était claire. Celle qui était mise en avant par rapport aux autres, eh bien, c'était la plus claire. Je suis désolée de le dire, malheureusement, c'était ainsi. Et puis malheureusement pour ma grand-mère, quand je me suis mis en couple pour la première fois, mon premier petit copain, il était sénégalais. Donc pour vous dire qu'elle était ravie, il n'était pas du tout blond aux yeux bleus, ce qui m'a valu six mois de non-communication avec ma famille. Et puis plus tard, quand j'ai commencé mon activité professionnelle, j'étais animatrice pour des marques de cosmétiques en pharmacie. Et j'ai notamment travaillé pour une marque de soins pour pommades à foncer. Une marque assez connue et on faisait énormément d'événements dans des salons, dans des rassemblements. Et je me suis rendu compte que le colorisme, il n'était pas que dans la communauté antiaise, notamment martiniquaise, mais qu'il existait également dans la communauté noire africaine. Alors pas aussi violemment, mais quand même, j'ai fait des animations dans des pharmacies où les femmes venaient et demandaient des crèmes éclaircissantes. En fait, les femmes, elles étaient intéressées par les produits qui permettaient d'unifier le teint, simplement si la crème permettait d'éclaircir la peau. Et elles étaient prêtes à utiliser des choses dangereuses qui pouvaient déboucher sur des cancers. Il y a eu énormément d'abus de préparation cosmétique à base de corticoïdes pour s'éclaircir la peau. malgré toute l'information qu'il y avait sur ces produits, sur les dangers, parce que finalement après on s'est mis à faire des événements pour aider et éduquer justement les femmes à ne pas s'éclaircir la peau, et à traiter simplement les tâches ou les cicatrices qui auraient foncé pour pouvoir simplement unifier leur teint. Et je me suis rendu compte que chez les noirs africains, le fait d'être clair... est considéré plus comme un symbole de richesse, de réussite, de beauté, tout comme les indiennes et les asiatiques, qui pour elles, le fait d'être claire et d'être blanche est un symbole de richesse et de réussite. Et pour la communauté antillaise, la communauté martiniquaise que j'ai connue, de par ma propre expérience, ce que j'ai pu ressentir, c'est qu'on va pas forcément... Si, on va mettre en avant quand même les personnes claires, Mais on va plus enfoncer les personnes foncées, c'est-à-dire qu'on va pointer du doigt le fait que tu aies un nez épais, que tu aies des cheveux comme ci, que tu aies... Voilà, on va te rejeter en fait pour ta négritude. Ce qui témoigne encore plus la violence de la blessure de l'esclavage. Et la communauté aussi dans laquelle j'ai pu ressentir le colorisme, c'est chez les maghrébins. Et je l'ai ressenti vraiment avec la même violence et la même douleur qu'on peut le ressentir chez les Martiniquais. C'est-à-dire qu'ils vont rejeter les personnes foncées ou plus foncées, les noires de là-bas, et ils vont mettre sur un piédestal les personnes blanches, claires, avec les cheveux fins, les yeux clairs. Et alors heureusement que les mentalités changent parce qu'aujourd'hui quand même, j'ai remarqué... que grâce à toutes les modes jamaïcaines et des îles plutôt anglophones, on eut beaucoup plus de facilité à accepter leur couleur noire et même à revendiquer leur côté noir et leurs origines. Et alors ce que j'ai pu remarquer aussi avec ma généalogie et avec les ancêtres que je connais, parce que ma grand-mère aujourd'hui est encore en vie, grâce à Dieu, et ce que j'ai pu constater c'est qu'il y a eu énormément de mixité. C'est-à-dire qu'on a eu aux Antilles même... Alors il y a eu de la mixité avec des bretons, de la mixité avec des gens de Bordeaux, de la mixité avec des Libanais aussi, des Indiens. Il y a eu énormément de mélanges, de mixité. Quand je dis Indien, je ne parle pas des autochtones parce que je n'en ai pas trouvé dans ma famille, je ne suis pas remontée jusqu'à eux. Et je n'ai pas retrouvé de mixité avec des ancêtres africains. En tout cas, ce que je sais, c'est que la lignée des femmes de ma famille a toujours cherché à éclaircir leur sang. Alors je ne sais pas si c'est propre à ma famille ou si c'est propre à la communauté antillaise de l'époque, en tout cas martiniquaise. Mais si vous, vous avez fait votre généalogie et que dans vos origines antillaises, vous avez pu retrouver des ancêtres esclaves ou des ancêtres autochtones, N'hésitez pas à me le faire savoir Qu'on puisse le partager, en discuter, soit sur les réseaux ou autre. Ce serait vraiment super enrichissant et intéressant. Ce que j'ai pu constater aussi, c'est que moi, je me suis forgé ma propre identité, mon propre avis, je me suis construit d'une certaine façon, mais cet impact de colorisme dans ma famille, il n'a pas eu d'incidence que sur moi. C'est-à-dire que l'esclavage, c'était à peu près il y a 150 ans, et aujourd'hui encore, on en ressent les blessures, on en voit les conséquences. Et ça amène à ce que d'autres personnes soient touchées par cette blessure et ne s'acceptent pas, n'acceptent pas en fait leur partie noire, leur négritude. Je ne parle pas des générations actuelles, des jeunes, mais je parle... On parle plus des personnes de la cinquantaine, soixantaine, aux parents, qui ont été exposés au colorisme et au racisme de façon beaucoup plus longue que nous. Donc c'est difficile pour eux de changer, de s'accepter, d'ouvrir les yeux et de prendre leur place tout simplement. Et ce qui est blessant quand même, même pour moi aujourd'hui, c'est lorsque je veux inscrire ma fille à l'école. Ma fille qui est afro-descendante va dans une école qui s'appelle Jules Ferry. C'est un exemple que je prends, mais bon, Jules Ferry, il prenait quand même la supériorité de la race blanche. Tout comme les collèges qui s'appellent Voltaire, tout comme on voit des statues qui sont érigées en l'honneur des esclavagistes. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, en fait, la réparation, elle n'a pas été faite. Mais alors... Pas du tout. On nous a dit, ouais, bon, vas-y, on te met un jour, abolition de l'esclavage, si ça te fait plaisir, c'est cool pour toi. Mais c'est même pas un jour férié, en fait. C'est même pas un jour férié. Non, non, on continue à te mettre des écoles. Tu vois, tu vas dans des écoles avec des noms d'esclavagistes. Sur le chemin, tu croises la statue d'un mec qui prônait la supériorité de la race blanche. Donc j'ai envie de te dire comment est-ce que tu veux pardonner, accepter et faire le deuil de tout ce qui s'est passé si le gouvernement lui-même ne fait pas face à ses actes et agit en conséquence. Et là je ne parle pas simplement de l'esclavage mais je parle aussi du colonialisme que ce soit dans toutes les communautés. Et pour conclure ce podcast... En fait, ce que je voudrais dire, c'est que c'est vrai que c'est blessant. C'est quelque chose au sein de nos communautés même auxquelles on a du mal à faire face, on a du mal à assumer parce que ça nous touche en fait. Et bien souvent, on est plus dans le rejet de ce qui est dit plutôt que dans l'écoute, dans l'acceptation et dans le fait de proposer des solutions. Et je pense qu'il n'y a qu'en parlant, en exposant les choses, en mettant en lumière l'impact historique de cette discrimination qui est basée sur les différentes nuances de peau, que l'on va pouvoir éduquer, sensibiliser le public, non seulement de notre communauté. mais aussi de la communauté blanche. Et enfin, prendre notre place, la place qui nous est due, la place au sein de la communauté des humains. Et je pense qu'il faut dire, vraiment, lorsque quelqu'un nous fait un faux compliment, ou quelqu'un qui nous dit quelque chose qui nous met mal à l'aise, il faut le dire, et il faut arrêter de se dire mais non, c'est bon, il n'est pas raciste C'est juste qu'il ne sait pas, mais en fait il faut l'éduquer parce que si personne ne l'éduque, il ne le saura jamais et ce malaise continuera à se perpétuer. Donc je vous invite vraiment à réfléchir sur vos comportements, le comportement de votre entourage et ensemble, créons un futur plus équitable pour tout le monde. Voilà, j'espère que cet épisode vous aura plu. J'espère qu'il vous aura parlé. Au moins, s'il ne vous a pas parlé, peut-être qu'il vous a titillé, qu'il a réveillé des blessures en vous. Si c'est le cas, n'hésitez pas à me le dire aussi. Le débat est ouvert. Et si cet épisode t'a plu, n'hésite pas à le partager, à me noter 5 étoiles sur Apple Podcasts et Spotify. Ça me permettra d'avoir une plus grande visibilité et je te remercie d'avance pour ça. Et sur ce, je te souhaite de passer une excellente journée et à bientôt pour un nouvel épisode.