- Speaker #0
Si vous aussi vous avez l'impression de manquer de souffle dans un quotidien à mille à l'heure, si l'état du monde vous questionne et que vous avez envie d'explorer de nouvelles façons d'être au monde et de faire société, alors vous êtes au bon endroit. Bienvenue dans le podcast Habiter Poétiquement le Monde. Je suis Claire Barberis-Giletti et dans ce podcast, je pars à la rencontre des éclaireurs, des chercheurs artistes, explorateurs, thérapeutes, qui nous relient à la beauté du vivant et proposent des pistes concrètes, sensibles pour créer un monde où il fait bon vivre. En plus des interviews, vous trouverez sur ce podcast des capsules poétiques sous la forme de courtes lectures. Et si le podcast vous inspire, n'hésitez pas à en parler autour de vous, à le suivre sur les réseaux sociaux ou à me laisser un commentaire ou une note sur les plateformes. Belle écoute ! Bienvenue dans ce nouvel épisode où nous allons parler d'éros, d'érotisme, de force vitale, de sensualité et de ce que le capitalisme forcené fait à nos corps et aux vivants en général. Je poursuis sur la thématique de la présence à soi et au monde à travers le corps, une thématique que j'ai commencé à creuser cette année et qui me semble primordiale aujourd'hui quand on voit à quel point nos rythmes de vie mais aussi l'omniprésence des technologies, créent de la déconnexion avec le vivant. Je pense que ça nous coupe de notre puissance d'être et d'action. Et donc je cherche, depuis le début de l'année, à explorer comment est-ce qu'on peut retrouver notre agentivité pour nous-mêmes, mais aussi pour le monde qui nous entoure. Alors qu'est-ce que l'Eros a à voir avec Habiter poétiquement le monde ? En quoi est-ce que notre crise écologique peut être vue ? Comme le résultat d'une déconnexion profonde des humains vis-à-vis de leur éros. C'est ce qu'on va découvrir avec Thomas Recourt, thérapeute somatique et artiste, qui travaille depuis plusieurs années autour de l'éros, de la sexualité, du système nerveux, toujours en lien avec le vivant. Il accompagne individuellement et aussi collectivement à retrouver les chemins de son éros. Salut Thomas !
- Speaker #1
Salut Claire, merci pour cette belle introduction.
- Speaker #0
Alors pour commencer, est-ce que tu peux nous parler un petit peu brièvement de ton parcours et de ce qui t'a amené à travailler sur les roses et puis sur la sexualité plus particulièrement ?
- Speaker #1
Alors ouais, je suis toujours curieux de voir comment je vais t'en parler aujourd'hui, parce que c'est à chaque fois une improvisation de parler de mon parcours. Mais en tout cas, quand tu me parles des roses, pour moi, il y a vraiment un point de bascule dans mon parcours qui est au début de la trentaine, où je suis dans une période de... Ouais, de crise de vie, de vide de sens, de, je dirais pas quand même dépression, mais peut-être c'est pas très loin, en tout cas il y a un truc où je sais plus trop qui je suis, où je vais, et quel est le sens de ma vie et où est-ce que j'ai envie d'aller. Ça c'était du coup il y a une dizaine d'années à peu près, et en fait je rentre d'avoir vécu pendant plusieurs années en Amérique latine, où j'étais ma première vie professionnelle en partie, où je viens moi du monde plutôt du... de l'école de commerce dans mes premières études. Et ensuite, j'ai bossé dans l'entrepreneuriat social en Amérique latine. Et puis, je suis allé explorer ensuite plus des communautés, la permaculture, l'éco-construction, parce qu'en fait, je n'ai pas tenu très longtemps dans le monde de l'école de commerce, même si j'étais dans une niche qui était quand même assez chouette que l'entrepreneuriat social. Et puis, pour plein de raisons, j'ai été appelé à retourner sur les terres où j'ai grandi, l'Europe, la France. Mais ça a été un choc aussi de, « Waouh, en fait, qu'est-ce que je fais ici ? Qui je suis ? Je ne suis plus le même qu'il y a cinq ans quand je suis parti. » Est-ce que je suis d'ici ? Est-ce que je suis de là-bas ? Est-ce que je suis partout ou de nulle part ? Il y a beaucoup de questions. Et aussi, il y a des questions professionnelles. Qu'est-ce que je fais ici, en fait ? Le pro, mais pas que. Le pro, c'est quand même une des réponses de qu'est-ce que je fais ici. Et là, il y a un truc qui m'a remis les pieds à l'étrier de la vie ou qui m'a remis dans la vie. C'est vraiment le mouvement et la danse que j'ai découvert, vraiment plongé dedans à ce moment-là. Et je me suis bédé à ça vraiment à fond. Et la danse, ça a été le mouvement, ça a été un chemin de reconnexion aussi au mouvement de vie, à ma vitalité justement, à qu'est-ce qui me bouge, qu'est-ce qui me meut, qu'est-ce qui m'émeut. Et à mon corps, dans sa volupté, dans son plaisir d'être en vie, dans le plaisir d'être incarné. Et à partir de là, naturellement, ça s'est fait. J'ai mis à peu près sept ans pour me reconvertir entre le Thomas qui était entrepreneur, qui bossait dans l'entrepreneuriat social, et le Thomas plus thérapeute et artiste. Mais en tout cas, la danse, ça a été une voix vraiment forte pour ça. Et puis après, à partir de là, j'ai commencé à tisser des choses. Je me considère vraiment comme un chercheur. Donc, j'ai découvert aussi tout le travail du système nerveux. 7-8 ans peut-être, quand on ne s'était pas trop connu en France, en français. Mais dès que je découvert ça, j'ai senti que là, il y avait un truc vraiment important à comprendre. Donc aussi, j'ai intégré le système nerveux. J'ai intégré beaucoup de formations, d'approches aussi autour de l'énergie sexuelle, de Tao notamment. J'ai travaillé avec le système nerveux, le mouvement, la danse, les arts martiaux. Voilà, tout ça, ce que je propose aujourd'hui. C'est un peu un mélange de tout ça, mais avec ce fil rouge de qu'est-ce qui contribue à me sentir vivant. C'est peut-être ça une définition de l'héros, je m'avance un petit peu, mais c'est une façon pour moi de définir.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous parler un peu de ta pratique aujourd'hui ? Comment est-ce que tu accompagnes les gens, ce que tu proposes et ce que tu cherches pour toi-même ? Tu en as déjà un petit peu parlé.
- Speaker #1
Ouais, disons que moi, en tout cas, je suis parti dans ma pratique thérapeutique d'accompagnement plutôt du thème de... À la base, je parle du thème de la sexualité consciente. Parce que la sexualité, pour moi, c'était un endroit de rentrer directement dans une intimité hyper profonde. et hyper intéressante. Et puis, je vois qu'il y a tellement encore à la fois de sexualité partout, mais en même temps, un tabou énorme sur la sexualité, sur pouvoir poser des mots tranquillement, pouvoir échanger, parler de nos désirs, de ce qu'on aime, de ce qu'on n'aime pas. Donc, moi, je suis rentré par cette porte d'entrée dans l'accompagnement thérapeutique parce que ça me semblait super pertinent et intéressant de travailler avec cet endroit-là. Et pareil, à l'époque, il y avait peu de personnes qui travaillaient avec ça. Maintenant, il y a de plus en plus de sexothérapeutes et c'est super. Et au fur et à mesure que je déploie le thème de la sexualité dans mon parcours d'accompagnement, je me rends compte que la sexualité, c'est vraiment important et en même temps, c'est une toute petite partie. Et le plus grand de ça, pour moi, c'est les roses qui contiennent la sexualité, mais en fait, qui est qu'est-ce qui fait que je me sens en vie ? Qu'est-ce que c'est ma force de sensorialité, ma force vitale ? Et c'est aussi ce qui me fait me mouvoir dans le monde, en fait. Et je pense que... L'éros, il contient tellement de choses que je suis encore en train de le découvrir au fur et à mesure, et j'en parle de manière très différente finalement au fur et à mesure de mon cheminement avec. C'est une recherche en cours, comme j'aime bien dire, l'éros ou l'érotisme, qui pour moi peuvent être un peu des synonymes. Maintenant, en tout cas, le cœur de mon travail aujourd'hui, pour moi, c'est d'accompagner les personnes à se connecter pleinement à cet endroit d'eux-mêmes et d'elles-mêmes, parce que pour moi, c'est là qu'il y a la gentilité, comme tu as nommé ce mot, la puissance, la liberté. Le plaisir d'être en vie, le sens d'être en vie aussi. Parce que j'ai beaucoup cherché, et je cherche encore, c'est quoi le sens d'être dans ce corps humain, d'être incarné. Et je le trouve aussi avec ça. En fait, l'héros, c'est comme si c'est un mot qui vient, et un concept incarné qui vient réunir tellement de dimensions que moi, c'est depuis cet endroit-là que je choisis d'accompagner aussi. Parce que je vois aussi que c'est vraiment un nombre important aussi aujourd'hui dans le monde qui sont tellement coupés du corps pour plein de bonnes raisons. Et que c'est une façon de revenir au corps aussi par la joie, par le plaisir, par la sensorialité qui... qui me paraît désirable aussi, plutôt qu'ennuyeuse ou un truc qu'il faut se forcer. Pour moi, ce qui fonctionne ainsi, c'est d'amener les personnes vers des choses qui leur sont désirables, qui leur sont palpitantes, flamboyantes, qui vont leur donner le plus de vie.
- Speaker #0
Quand on pense à Eros, on peut penser à quelque chose d'assez philosophique, parfois un peu théorique, d'un concept. Toi, tu as une approche qui est très incarnée. Comment est-ce que tu rends ça tangible ? Ou plutôt, comment est-ce que tu permets de l'aborder de façon concrète, tangible ? Comme une réalité et pas comme quelque chose d'abstrait.
- Speaker #1
Oui, alors déjà pour moi, ce qui est important, ce n'est pas de le voir comme quelque chose hyper loin de moi ou inatteignable ou comme une figure mythique grecque. Ça peut donner des informations. Je t'aime bien parfois aller lire aussi la mythologie. Mais pour moi, les roses, c'est maintenant en fait. Il n'y a pas d'autre endroit que maintenant. Ils se trouvent dans le quotidien et dans les tout petites choses du quotidien. Et comme j'aime le dire souvent, ma voix, quand tu me poses cette question, ça me fait tout de suite redescendre aussi un petit peu plus profond dans mon corps, dans mon ventre, notamment une petite chaleur dans mon ventre. Je sens ma peau qui est là, c'est l'été, donc la température de l'air est plutôt agréable. Elle est douce en tout cas, elle est douce cette caresse de la température de l'air sur ma peau. Vu que je te parle et en plus je sais que je suis dans un podcast quand même, il y a mon cœur qui bat un petit peu, plus vite que d'habitude. Je sens le poids de ma langue dans ma bouche. Et ça, déjà, pour moi, c'est l'héros, c'est je suis en vie, j'ai un corps, je suis dans un corps, et ce corps, il me donne plein d'informations, et parfois, elles sont plus ou moins agréables, plus ou moins désagréables, mais en tout cas, c'est bien la preuve que je suis en vie et que ça pulse à l'intérieur de moi. Et du coup, pour moi, la porte d'entrée la plus rapide, c'est la sensorialité, et la sensorialité, ça consiste aussi à laisser remonter des informations, les sensations de mon corps, et à les considérer comme importantes, en fait, parce que... Beaucoup de personnes souvent me disent « non, moi je sens rien en fait » . En fait, c'est juste qu'elles ont l'impression que ce ne sont pas des sensations importantes. Souvent, quand on va un petit peu plus loin sur rien, « ah mais il ressemble à quoi ce rien ? » Ah bah là, c'est plutôt un peu... Il y a du chaud, puis là ça palpite un petit peu. Ah ok, donc il y a quelque chose. Donc c'est redonner de l'importance et remettre la sensation et la présence au sang. Et ça passe juste par cet endroit très simple du quotidien de là tout de suite. Comment il est mon héros ? Comment elle est ma sensorialité ? Et vers quoi elle a envie d'aller ? C'est des questions simples que je me pose moi souvent à chaque instant. Et le fait de goûter, ça amplifie. Si je mange quelque chose en... pensant à autre chose en regardant mon téléphone, je ne vais pas ressentir grand-chose. Si je pense à quelque chose en vraiment en prenant le temps de ressentir, j'amplifie en fait l'expérience. Et c'est ça aussi, on est des amplificateurs dans la connexion à nos sens.
- Speaker #0
On est, je pense, assez nombreux actuellement à être plus ou moins déconnectés, en tout cas pas totalement plein de possessions ou d'habiter vraiment pleinement notre héros. Il y a évidemment plusieurs causes, c'est multifactoriel. Qu'est-ce qui, selon toi, peut expliquer cette déconnexion ? Et si je te pose cette question-là, c'est aussi parce que j'ai l'impression qu'on peut vite avoir l'impression que c'est nous qui ne ressentons pas, qu'il y a un problème avec nous individuellement, alors qu'il y a quand même des explications assez systémiques, collectives, qui peuvent expliquer cette déconnexion.
- Speaker #1
Oui, merci d'amener à ce point-là. Déjà, en tout cas, comme point de départ, pour moi, c'est vraiment important d'arrêter de se considérer comme des problèmes. à résoudre ou qu'on fait mal quelque chose ou qu'il faudrait faire plus ci, plus ça, être plus productif, être plus ressentir. Parce qu'en fait, déjà, de se mettre dans cet endroit-là, de chercher à me corriger, à m'améliorer, à mieux performer, c'est vraiment aussi un endroit où je reproduis les mêmes schémas qui nous aliénent d'une certaine façon, qui sont les schémas capitalistiques. En fait, il faut toujours être au top, toujours être le mieux et toujours s'améliorer, faire mieux, etc. Donc j'aime bien plutôt partir, en tout cas si je regarde déjà l'individuel, de l'endroit de curiosité, de voir, ah ok, je fonctionne comme ça, ou là c'est difficile pour moi de ressentir, et d'avoir la curiosité de tirer ce fil, qu'est-ce qu'il y a derrière ? Ah, qu'est-ce qui se passe pour moi ? Et souvent, quand on regarde ça, on se rend compte qu'il y a des bonnes raisons qu'on ne ressent pas, parce qu'en fait, ressentir souvent, c'est dangereux, c'est associé à une histoire personnelle peut-être, c'est dangereux, mais aussi qui se tisse dans un tissu collectif d'un monde qui est plutôt... globalement designé pour qu'on ressente peu et qu'on soit plutôt des bons soldats au service de la croissance et du PIB. Je fais vraiment des grosses simplifications, on pourrait aller beaucoup plus en détail. Mais du coup, structurellement, en fait, on est quand même dans un monde qui est dans cet endroit de performance, de devoir toujours faire plus, d'être au rendez-vous, d'être un peu dans un été permanent qui ne respecte pas nos cycles, qui ne respecte pas, en fait, voilà, juste... ce que c'est d'être un être humain, et notre physiologie aussi, notre système nerveux. Et en plus, par rapport à l'héros, c'est au plaisir, au goût d'être en vie, à la force vitale. Il y a quelque chose qui a été fort coupé dans notre histoire, en particulier en Europe, c'est pas exactement ça, par exemple en Amérique latine, c'est ça que j'aimais, parce qu'ils ont un contact plus direct aussi avec le vivant, avec la terre, avec les peuples premiers qui ont moins été détruits et exterminés. génocidés comme on a eu le cas en Europe où on a été complètement coupés à l'époque de l'Inquisition et je pense avant de la sagesse qu'on avait de connexion à cette force vitale. Et du coup, on a cet héritage d'un Occident chrétien, mais pour aussi complexifier un petit peu plus, qui dit le corps est un péché, la sexualité est un péché, il ne faut surtout pas s'y relier. Et ce qui compte, c'est uniquement de se laisser s'élever spirituellement et l'amour spirituel. Donc on a une coupure à cet endroit-là. Je pense qu'il est encore fort présente. aussi en nous et qui nous empêche aussi de... Enfin, en tout cas, qui est un frein au fait de relier ces différentes parts de nous. Voilà, un petit tableau que je peux dresser, mais n'hésite pas si tu veux qu'on zoome sur quelque chose.
- Speaker #0
Oui, ça me semble intéressant de zoomer justement sur les effets du capitalisme aujourd'hui sur nos corps, sur nos psychés. En préparant cette interview, je me demandais si on pouvait aller jusqu'à penser que le système capitaliste a intérêt à ce qu'on soit coupé de notre vitalité. Bon, il ne s'agit pas du tout de s'inscrire dans des théories du complot, je ne suis pas du tout là-dedans. Mais en tout cas, d'être assez au clair sur ce qui se passe en fait, ce qui fait perdurer ce système-là et son extrémisme, on va dire. Curieuse de t'entendre là-dessus, je ne sais pas si ma question est assez précise, mais...
- Speaker #1
Ouais, ça me paraît super clair. En tout cas, pour moi, il n'y a pas de doute que oui. Je pense vraiment que c'est difficile. Je n'ai pas envie de prendre un exemple parce que ça risque peut-être d'aliéner des versettes, mais en tout cas, moi, j'ai déjà été dans ces situations-là, j'ai déjà été... Pas longtemps, mais par exemple, j'ai fait une école de commerce, j'ai bossé six mois dans une grosse entreprise en stage. Et en fait, à cet endroit-là, quand j'étais là, ce n'était pas possible, pour moi en tout cas, d'être en alliance, en respect de ma sensibilité, de mon héros. et d'être dans ce gros truc-là qui m'aliénait complètement de ça. Il y avait comme une contradiction. Pour moi, si on se reconnecte à notre force de vie, à notre puissance vitale, on retrouve beaucoup plus de liberté, de pouvoir, de choix et de joie. Et ce n'est pas compatible avec beaucoup des choses que l'on nous propose, parce que c'est actuel, beaucoup des métiers, beaucoup des façons de faire, des façons de collaborer. Donc il y a clairement une incompatibilité. entre habiter pleinement ma joie et ce que je suis, ce qui ne veut pas dire que j'ai des responsabilités, que je suis... Enfin, ce qui ne veut pas dire que je suis irresponsable et que je pense qu'à moi, en fait, c'est pas du tout ça. C'est comment je peux, en fait, imaginer un monde qui prenne soin du vivant en moi et du vivant à l'extérieur. On voit que c'est pas le cas aujourd'hui, on est dans une crise et il y a une claire incompatibilité, en fait, de contradictions. Et je pense qu'on est obligés d'éteindre des parties de nous. vraiment importante pour nous suradapter. Et c'est ça ce qui se passe aussi, c'est que pour pouvoir vivre dans ce monde, être dans ce métier, être dans ce style de vie, si urbanisé, bétonné, il y aurait plein d'exemples possibles à prendre, je suis obligé, c'est une réaction intelligente, que d'éteindre des parties de moi pour pouvoir en fait moins sentir et du coup être possible de vivre dans ce monde tel qu'il est. Mais c'est de la suradaptation.
- Speaker #0
Ça nous coupe une partie de notre vitalité, de notre joie, de notre sensérialité, comme tu disais.
- Speaker #1
C'est un mécanisme de défense, en fait. C'est un mécanisme de défense. Je dois faire mourir ces parts de moi à l'intérieur parce que sinon, ça ne fonctionne pas. Sinon, il faut que je fasse effondrer des choses. Et c'est là aussi que se reconnecter à l'éros, à la force vitale, à la joie, ce n'est pas toujours confortable. Parce que peut-être que ça demande que dans ma vie, je fasse des choix. qui vont faire effondrer, qui vont faire se transformer des choses qui sont plutôt confortables, qui me donnent plutôt une sécurité dans le sens sécurité financière, sécurité matérielle. Mais si vraiment j'écoute cet endroit profond de moi, probablement il y a des choses parfois dans ma vie qui vont être inconfortables à lâcher, à transformer et qui vont me mettre dans des endroits d'inconnus en fait. Et c'est aussi ça qui est contenu dans la force de l'héros, c'est l'inconnu, c'est... faire effondrer ce qui n'a plus lieu d'être plutôt que de rester dans des choses confortables.
- Speaker #0
Tu le disais en présentant un peu ton parcours que tu t'es beaucoup intéressé aux questions de permaculture, d'éco-construction. Comment est-ce que tu vois le lien entre la crise écologique actuelle et la déconnexion de notre héros globalement ?
- Speaker #1
Je vais y répondre. Je pense que peut-être certaines personnes le verront que c'est une réponse un peu innocente et naïve, mais moi je tiens à cette façon de voir les choses aussi. Déjà, pour moi, cette crise actuelle, c'est une déconnexion profonde des grands principes du vivant. Le vivant, il fonctionne selon certains principes. Par exemple, un des principes, c'est la circularité. C'est que rien ne se perd, tout se transforme. Et nous, on est dans tout le contraire de la circularité. On est dans l'extraction jusqu'à épuisement des ressources. Et ensuite, les ressources en plus qu'on les utilise, elles ne peuvent même pas se transformer. Elles, ça devient des déchets. On a créé un concept qui n'existe pas dans la nature. C'est quelque chose qui... qui est là, qui ne va jamais se dégrader, jamais renouer le sol. Donc en fait, on est profondément coupé des principes du vivant, parce qu'aussi on est profondément coupé de notre sagesse intérieure, parce qu'en fait, nous sommes le vivant. Il n'y a pas de différence entre la nature et les humains. D'ailleurs, juste le fait de dire la nature, c'est comme si on se mettait à l'extérieur, alors qu'en fait, on fait partie de la nature et du vivant. Du coup, cette coupure profonde de notre... héros dans le sens de la sagesse aussi de notre corps, et le fait qu'on est complètement aussi coupé des principes vivants, et du coup il n'y a plus de lien et d'interdépendance qui se créent, c'est comme si on s'imaginait qu'on pouvait être complètement indépendant. Et puis peut-être pour complémenter cette idée-là, c'est que j'aime bien ce... j'en parle dans une retraite que je propose, cette vision d'arrêter de voir la terre comme une mer, la terre-mer, on dit dans certaines traditions. Je pense que c'est une très belle image. Mais en même temps, nous, on considère peut-être la terre-mer, et encore, dans le capitalisme, on ne parle pas de terre-mer, on n'est pas assez dans la spiritualité, mais imaginons que c'est comme si c'était une mer, mais on est des enfants complètement indociles qui veulent juste extraire jusqu'à ce que cette mer soit complètement épuisée. Et du coup, pour moi, il nous manque cette connexion aussi d'amour à la terre, de revoir la beauté du vivant, retrouver une capacité d'émerveillement. une capacité de me laisser toucher par juste la grâce d'un coucher de soleil, juste la complexité de ce qu'il y a sous nos pieds, juste dans une cuillère à café de terre, tout ce qui se passe en termes de vie, ou la complexité d'un art, la complexité du vivant, et comme c'est magnifique. Donc se reconnecter aussi à ça, forcément ça nous donne aussi plus envie d'en prendre soin et de le préserver. C'est comme... Un des chercheurs, je lisais un bouquin sur les baleines, c'était dans les années 70 où les baleines étaient vraiment en danger de disparition. Et il y a un chercheur qui a enregistré le chant des baleines et qui a créé un album CD et qui l'a diffusé un peu dans le monde entier pour nous sensibiliser la population à regarder les baleines, comment elles chantent, comme c'est magnifique. Pour aussi nous donner envie peut-être de nous émerveiller, de les aimer et d'arrêter de les exterminer en fait. Je pense qu'on peut... retrouver tout ça avec l'ensemble du vivant, retrouver l'émerveillement pour les essences d'arbres qui nous entourent, savoir comment elles s'appellent, comment ils s'appellent ces arbres, on ne sait plus nommer et reconnaître la nature autour de nous. Et ça passe du coup par quelque chose d'intellectuel, mais ça passe avant tout par du ressenti, se laisser toucher. Et c'est la clérosie déjà aussi, de se laisser toucher par la beauté d'un instant. C'est profondément érotique, dans ma vision en tout cas.
- Speaker #0
Il y a une question que j'avais envie de te poser, avec un petit peu plus de friction peut-être. Il y a un an, j'ai interviewé une autrice militante écologiste qui s'appelle Corinne Morel d'Arleux. Je ne sais pas si tu connais, elle a écrit un bouquin qui s'appelle « Alors nous irons trouver la beauté ailleurs » qui est paru aux éditions Libertalia, qui est un très bel essai. Dans cette interview, à un moment donné, elle me dit une phrase qui m'a vraiment marquée. elle me dit hum tu sais Sans animosité, mais elle me dit, il ne suffit pas qu'on fasse des bains d'arbres pour régler la crise écologique. L'enjeu, il est tel. Ça m'a pas mal questionné sur mon positionnement. Quel regard, toi, tu portes sur le militantisme aujourd'hui ?
- Speaker #1
Merci de poser ça. Écoute, je suis d'accord en tout cas avec cette affirmation qu'il ne suffit sûrement pas de faire des bains d'arbres. Moi, je dirais que c'est important que chacun et chacune trouve sa place là-dedans. Comment je veux être en résistance par rapport au narratif qui ne nous convient pas et par rapport à l'histoire globale ? Et je pense que chacun, chacune trouve sa place. Il y a un certain siècle militantiste, plus d'aller dans la rue, de faire des actions. D'autres, c'est avec des bains d'arbres. Et je pense qu'aussi, il y a une valeur dans chacune de ces actions, parce que ce qui est important à un moment, c'est de collectivement commencer à se raconter notre histoire et agir différemment. Savoir ce sur quoi je peux agir, ce sur quoi je ne peux pas agir. Parce que pour moi aussi, c'est vraiment important de ne pas non plus sombrer dans un défaitisme, un pessimisme. Le monde va mal, encore plus aujourd'hui, en juin 2026, c'est vraiment l'état du monde. Politiquement, à plein d'endroits, on commence à atteindre des profondeurs que je ne pensais pas qu'on pouvait atteindre. Mais pour moi, le militantisme, ce n'est pas de sombrer avec le monde, c'est de rester aussi vibrant et pleinement vital pour rester à la place que moi j'ai occupée. Et moi, j'ai beaucoup d'empathie et de soutien pour les actions militantistes, même plus frictionnelles, qui vont, par exemple, tout ce qui était contre les béga-bassines, etc. Je pense que c'est nécessaire. Et en même temps, ce n'est pas l'endroit où je suis maintenant, où j'agis personnellement. Mais en tout cas, je continue à rechercher sur comment on peut faire un peu plus se retrouver les actions militantes et les pratiques somatiques et comment, si, il peut y avoir plus de soins, d'écoute aussi du corps, parce qu'en fait, il y a aussi les mêmes choses. ça se reproduit partout, mais notamment dans le militantisme il y a les mêmes difficultés de burnout de déplacement de soi de pas d'écoute de ses limites, de ses besoins et du coup voilà je me demande comment on peut joindre ces endroits là plutôt que de séparer et en même temps pour moi si c'est vraiment important de pas avoir une spiritualité complètement perchée de ouais on fait des calences d'arbres et la vie est belle et tout ça, mais une spiritualité qui soit ancrée dans la réalité du monde et ce qui passe avant tout une spiritualité ancrée ça passe par ancrée dans mon corps, ancrée dans mon ressenti. Parce que si je suis pleinement relié à ce que mon corps aimait et perçoit, en fait, il y a quelque chose de l'ordre... Voilà, ça, c'est ma vérité. Je suis à l'écoute. Je suis à l'écoute de comment je suis touché, comment j'ai envie d'agir. Je ne sais pas si j'ai vraiment répondu à ta question. Si ça ne te satisfait pas, tu peux me dire.
- Speaker #0
Non, non, si, si. Merci beaucoup pour cette réponse. C'était très bien. Je n'entendais rien de particulier, j'étais juste curieuse d'avoir ton avis sur ça, parce que j'avoue que j'avais été assez frappée quand elle m'avait dit ça. Enfin, frappée. Je me suis dit, ah tiens, c'est intéressant, ça m'avait donné du grain à moudre. Ouais,
- Speaker #1
je pense que c'est vraiment des questions importantes à tisser et à garder en tête. Comment on crée cet autre monde qui n'existait jamais ? Comment on y contribue chacun ?
- Speaker #0
Dans ta pratique, tu proposes pas mal de pistes, de voies d'exploration pour renouer avec son héros. Quel chemin ça peut prendre ? Par où est-ce qu'on commence ? Peut-être une question un peu annexe pour éclairer celle-ci. Comment est-ce qu'on sort un peu de ce rythme effréné, ces to-do listes interminables, cette production, toutes ces injonctions dans lesquelles on est forcément pris et qui peuvent faire que l'héros vient, ou la reconnexion à l'héros, à la vitalité, elle vient tout en bas de la to-do liste et donc elle ne remonte jamais vraiment.
- Speaker #1
Pour moi, c'est sortir les roses de la to-do liste, si je reprends ta métaphore. Les roses, ce n'est pas la to-do liste, c'est la façon de faire la to-do liste. C'est la base, c'est ce dans quoi je baigne. Et après, à partir de là, je peux faire plein de choses différentes et être en action avec ma to-do liste. Et pour répondre très concrètement, ça a un petit peu croisé avec ce que j'étais dit avant, mais pour moi le... plus simple, c'est de ne pas forcément se rajouter à des nouvelles pratiques. On se dira il faut que je fasse tous les jours une heure de ci, ensuite une heure de ça. Bon, pour certaines personnes ça fonctionne et ils ont l'espace, mais beaucoup d'entre nous, nos agendas sont déjà tellement, tellement, tellement blindés que ça ne va pas tenir longtemps, une pratique de discipline que je rajoute. Première étape, c'est comment dans ma vie existante, je peux déjà trouver des espaces pour me ressentir, être en présence avec moi. Pour certains, personnes que j'accompagne, certaines personnes que j'accompagne, ça peut être super efficace, par exemple, de mettre une cloche qui sonne toutes les heures ou toutes les deux heures, juste pour se rappeler. Vas-y là, prends trois minutes pour respirer, ressentir ton corps. Peu importe ce que tu es en train de faire, tu fais une pause. Tu te forces à la pause et tu prends ce temps de pause juste pour respirer, te ressentir, peut-être regarder par la fenêtre et voir comme... te laisser tousser par la lumière du moment où on trouvait de la beauté. Pour d'autres, ça va être juste, ok, on réveille, plutôt que de sauter du lit, est-ce que je peux prendre juste un temps pour me sortir les draps sur ma peau, peut-être prendre un temps de connexion avec mon bassin, avec ma présence, peut-être s'intégrer à cet endroit-là. Pour d'autres, ça va être vraiment plus prendre des temps aussi de repas, ou de boissons, boissons chaudes, est-ce que je trouve cet espace pour ça ? Et puis ça va être aussi juste d'intégrer, de trouver comment j'intègre dans ma vie déjà ce truc-là, je vais au boulot à vélo, est-ce que je peux vraiment aussi prendre ce moment comme un ça, c'est comme un endroit de... une expérience sensorielle. Après, je suis au taf, est-ce que au taf aussi, je peux garder un... J'aime bien dire qu'il y a toujours une partie de mon attention à l'intérieur, est-ce que c'est possible. Et quand j'oublie ça, de revenir à cet endroit-là, je ressens toujours au moins quelque chose de mon corps, même si je suis en train de parler, même si je suis en train d'écouter. Et c'est là le plus dur, c'est là l'exercice le plus dur, c'est quand je suis en relation souvent, on se perd long dans l'autre et du coup on oublie qu'on a un corps on oublie qu'on a des sensations mais est-ce que je peux rester chez moi, est-ce que je peux rester à la maison le plus longtemps possible ou le plus de fois possible dans mon quotidien et quand j'oublie ça quand je me rends compte que là en fait ça faisait 10 minutes, 2 heures, 3 heures que j'étais plus du tout en train de me ressentir, bah juste c'est un moment super fertile parce que c'est un moment dans lequel je peux rechoisir de relaisser la sensation être importante dans mon vécu et retrouver cet endroit là pour moi c'est vraiment hyper simple et hyper complexe, mais c'est vraiment dans tous ces interstices. Et après, peut-être une autre étape, ça serait de dire comment je peux designer ma vie pour qu'elle soit plus kiffante, plus joyeuse, plus vibrante. Et ça, ça peut être très joyeux de dire, ok, le matin, j'aurais besoin plus de faire ci, de faire ça. En fait, dans l'espace que j'ai de choix de ma semaine, parce que parfois il est un peu restreint aussi, si on a des horaires fixes, etc., mais comment je peux designer Une vie qui soit plus agréable, plus kiffante, comment je peux être créatif là-dessus, tester des choses. Et puis après, bien sûr, comme fond, c'est toujours trouver... Mais ça, ça vient un peu tout seul, en fait. Si je me reconnais plus à mon ressenti, etc., je vais voir que j'ai besoin peut-être de plus de repos, je vais voir que j'ai besoin de ralentir, ou je vais voir que je vais toujours très vite, et que ça commence à me fatiguer. Donc pour moi, cette base-là que j'ai nommée, elle permet après peut-être de changer des choses, et de faire d'autres choix. De dire, ah, plutôt que de mettre tout ça dans la soirée, je vais mettre qu'une de ces trois choses. Je ne vais faire qu'une seule de ces trois choses, mais je vais le faire plus lentement, plus tranquillement. Et ça, ça prend du temps, et puis c'est un chemin infini qui se redéfinit à chaque fois.
- Speaker #0
Habiter poétiquement le monde, pour toi, ça ressemblerait à quoi ? Ça peut être tout comme réponse. J'ai quelqu'un qui, une fois, un poète qui m'a donné juste des sensations, une couleur, des mots un peu en vrac. Ce n'est pas obligé d'être une réponse rationnelle. Ça peut être un peu tout ce que tu veux.
- Speaker #1
OK. J'aime bien cette question, je me la suis jamais posée de cette façon. En tout cas, quand je me relie au mot poésie ou à poétiquement... Moi, c'est un endroit...
- Speaker #0
C'est comme si ça met dans un espace de permission. Pour moi, la poésie, c'est une permission d'un certain décalage avec la bonne pensée ou la façon de faire ou une permission d'être d'une extravagance, la permission d'être un peu plus moi ou en tout cas plus dans mon originalité, ma propre créativité. Une permission aussi, parce que dans la poésie, par exemple, pour moi, il y a la permission d'utiliser des mots et de leur changer le sens, ou même de créer des nouveaux mots, de jouer avec les sons. Pour moi, dans la poésie, il y a vraiment cet endroit de permission à ma vitalité. En fait, pour moi, c'est très relié à l'héros, mais d'ailleurs, je propose une retraite avec un ami qui est poète, où on croise justement l'héros et la poésie, et je vois vraiment, en fait, des liens directs. La poésie est super érotique dans mon point de vue. Déjà juste de nommer et de laisser la bouche sentir l'essence est hyper fort. Mais c'est comme si pour moi la poésie elle vient mettre des mots. Du coup quelque chose qui est un peu rationnel. Parce qu'il y a des mots, il y a du mental, il y a des mots. Mais en même temps en connectant avec une écoeur complètement subjective et complètement onirique. Donc elle vient faire vraiment un pont pour moi entre l'expérience vécue charnelle. et plus l'expérience partagée, oralisée, l'expérience mentale. Donc, habiter poétiquement le monde, c'est ça, c'est donner la permission de vibrer, de vibrer vraiment ce que je suis. Et je pense que c'est une ordonnance vitale pour chacun, chacune d'habiter poétiquement le monde. Il faudrait qu'il y ait un ministère d'habiter poétiquement le monde dans le prochain gouvernement.
- Speaker #1
Je peux peut-être leur écrire, proposer ma candidature. En tout cas, magnifique réponse. C'est très beau d'associer la poésie avec la permission. Je ne l'avais jamais vue comme ça, pas directement, et je trouve que c'est une très belle réponse. C'est quoi ton lien avec la beauté ?
- Speaker #0
La première chose qui me vient, c'est un souvenir. Je me souviens, j'étais avec une pote, ça fait une quinzaine d'années, qui venait d'avoir une paration difficile. Et la première chose qu'il disait, c'était de lui dire, d'avoir des choses belles, d'avoir du beau. Je pense que c'est pour toi le beau, si c'est un concert. d'aller dehors, si c'est... Voilà, trouve du beau. Et ça me fait penser à ça, parce que pour moi, le beau, c'est... ou la beauté, c'est un indispensable, en fait, de l'être humain. C'est une nourriture essentielle à notre être. De voir du beau, de ressentir du beau, de se laisser toucher par la beauté, et de voir la beauté. Et d'avoir cette capacité d'émerveillement, encore. Comme si tu voyais ce truc-là pour la première fois. Parce que c'est la vérité, en vrai, je vois ce truc-là vraiment pour la première fois. Il y a toujours des nuances qui changent, des lumières différentes ou une qualité dans la présence qui est différente. Et donc pour moi, la beauté, c'est encore une fois un indispensable, mais c'est aussi une porte d'entrée pour me laisser toucher. Et me laisser toucher, c'est laisser aussi rentrer, laisser rentrer les sensations, laisser rentrer les résonances. Et c'est aussi, c'est profondément érotique dans le sens, c'est me laisser vibrer avec mon environnement. Et ça aussi, du coup, me laisser toucher, c'est trouver une place aussi dans l'environnement dans lequel je suis. J'aime beaucoup ce penseur, dont j'ai oublié le nom, mais je pourrais le retrouver, qui dit que d'ailleurs, les humains et les humaines, on est les seuls dans le vivant, selon lui, qui ont une capacité de recul, c'est-à-dire que l'arbre, il est pleinement arbre, mais il n'a pas cette possibilité de se dire « ok, je suis un arbre, du coup, je fais partie » . Juste, il ressent, il est pleinement dans le présent. Nous, les humains, on peut ne pas être dans le présent. Et on peut être aussi pleinement en admiration, en contemplation d'un arbre et en contemplation de sa beauté. Et lui, il partage que c'est littéralement ça, notre rôle en tant qu'humain humain, c'est de voir la beauté autour de nous. Et il explique que quand on voit la beauté d'un arbre et qu'on contemple un arbre, en fait, il se passe une réaction aussi chimique pour l'arbre. Je ne sais plus exactement ce qui se passe, pour avoir le détail, mais en gros, il y a un truc qui fait que ça lui donne aussi de la vie, de la vitalité. Il le ressent littéralement. Et donc, j'aime bien voir les humains et humaines comme notre rôle sur Terre, c'est de voir la beauté, de la reconnaître et d'en prendre soin aussi, c'est-à-dire de la cultiver. On est des paysans de la beauté, paysannes de la beauté.
- Speaker #1
Paysans, paysannes de la beauté, c'est chouette ça. Alors, ma dernière question, elle sera plus en lien avec la sexualité, parce que tu travailles beaucoup avec ça. On en a assez peu parlé dans cette interview. En quoi est-ce que la sexualité, ça peut soutenir notre vitalité et nous aider à nous relier aux vivants ?
- Speaker #0
Wow ! C'est vital. Oui, c'est bien qu'on parle un peu de sexualité, c'est important. En tout cas, la façon dont je vois et j'aime partager... La vision de la sexualité, c'est une sexualité qui va profondément recharger et profondément revitaliser. Comment une sexualité peut être rechargeante et vitalisante ? C'est une sexualité qui prend le temps de se ressentir, qui prend le temps de l'intime. L'intime dans le sens de vraiment la connexion nue et vulnérable avec moi-même, peut-être avec l'autre personne avec qui je suis. Et l'énergie sexuelle, c'est une énergie ultra puissante, qui est vraiment, on peut la ressentir dans notre corps, souvent elle est... un petit peu forte, elle se concentre au niveau du bassin et des parties génitales. Et on a deux options avec l'énergie sexuelle, ça va être soit de la décharger, de la faire sortir, parce que ça nous envahit, c'est presque trop, et du coup on a besoin de s'en décharger. C'est ce qui se passe dans quand même beaucoup de sexualités encore aujourd'hui, j'ai l'impression. C'est comme ce trop-plein qui m'envahit, et c'est très pulsionnel, c'est très animal pulsionnel. Mais aussi, ça crée quand même des sexualités souvent rapides, un peu basées sur l'adrénaline, sur l'intensité de « waouh, on est là ensemble et c'est un moment hyper fort » . Mais où il y a quand même peu de place à détente, au ressenti, etc. Et du coup, la vision que je propose, c'est plutôt de voir cette énergie sexuelle comme « parfois, je vais faire un enfant, donc là, c'est important qu'elle sorte, notamment pour les hommes. Mais quand je ne fais pas d'enfant, est-ce que je peux utiliser cette énergie sexuelle qui est hyper puissante pour venir nourrir tout le reste de mon corps ? » tous les autres niveaux de mon corps. Et là, il y a des pratiques très concrètes de circulation énergétique, de la faire circuler dans le corps, de sentir comment elle peut venir nourrir, et plutôt que de la faire sortir, de venir nourrir profondément ma vitalité. Et c'est très criant, notamment pour les hommes, que se produire tout ce qui est nécessaire à l'éjaculation dans le corps, ça demande beaucoup d'énergie. Du coup, éjaculer, très clairement, c'est faire sortir de l'énergie. Et ça se ressent très concrètement pour les hommes. de souvent après j'écule, il y a une baisse de l'énergie, envie de dormir, ça se ressent dans les jours qui suivent. Donc pour moi, c'est vraiment un chemin de comment la sexualité, elle peut venir nourrir cet endroit profond de ressourcement, de détente, de connexion à cette intimité, connexion à cette sensorialité hyper forte, à mon héros aussi d'une façon hyper vibrante, et comment ça peut venir irriguer tous les champs de mon être. Et là, je crois que c'était ça ta question. Ça devient vraiment une sexualité qui revitalise et qui donne beaucoup d'énergie et de joie pour se déployer dans le monde.
- Speaker #1
Ça demande du coup de sortir effectivement d'un certain nombre de scripts, y compris, tu en parlais, celui de la rapidité, mais aussi parfois d'une forme de performance ou d'objectif qui est conscient ou inconscient, qui est plus ou moins présent, on va dire, dans le champ, mais qui demande là encore... d'inventer une nouvelle façon d'être et d'être ensemble.
- Speaker #0
Ouais, c'est vraiment ça. Très bien résumé, ouais. En effet, qu'on le veuille ou non, on est tous et toutes très influencés par cette autoroute, quoi. De préliminaire, pénétration, en tout cas pour les hétéros, préliminaire, prélétation, orgasme souvent plutôt de l'homme. Et en fait, dans tout moment de sexualité, il y a cette sorte de pression à l'orgasme. Et en fait, du coup... de s'en libérer, ça devient une grande liberté. Ça ne veut pas dire que l'orgasme n'est pas expérimenté, au contraire, mais qu'il y a plus de ce que je peux ouvrir le champ et vraiment, en fait, me rencontrer et rencontrer l'autre, plutôt que de nous auto-objectifier vers un résultat qu'on va chercher absolument, et plutôt de rencontrer le présent et la vérité de nos corps qui se rencontrent.
- Speaker #1
Tu parlais de circulation d'énergie, c'est vrai qu'on peut avoir tendance à penser que c'est un peu perché, ce truc. Un peu ésotérique, alors qu'en fait, dans certaines traditions, notamment taoïste, qui est une tradition millénaire, je crois, c'est pratiqué comme quelque chose orienté vers la santé et le bien-être.
- Speaker #0
Oui, c'est ça que j'aime beaucoup avec les taoïstes, c'est qu'ils sont très pratico-pratiques. La sexualité, ce n'est pas un tabou ni quelque chose de bien ou de mal, c'est juste une pratique qui permet de se relier à cette... puissance qu'est l'énergie sexuelle, et du coup en effet, si je le m'y réelie d'une façon vertueuse, à rester en meilleure santé et en meilleure vitalité. C'est vraiment comme ça qu'il l'aborde. Et vraiment, c'est très concret qu'on voit l'énergie sexuelle, et c'est avant tout c'est pas éthéré, c'est vraiment une sensation dans le corps. Je pense que tout le monde connaît cette sensation. Qui peut être parfois peut-être plus connue sous une forme de pression, un truc de une surcharge. Ça c'est déjà de l'énergie sexuelle. Et puis tout simplement, l'énergie, elle est partout. Il suffit de se fouetter les mains et ensuite de les éloigner un petit peu et de sentir que cette boule d'énergie, là, tu vois, je l'ai entre mes mains. Je veux dire, elle est là, quoi. Il y a un magnétisme. On ne peut pas la nier de toute façon. Et c'est pareil dans nos corps. qui n'ont fait que juste de l'énergie, qui vibrent super rapide et qui se transforment en matière.
- Speaker #1
Merci beaucoup Thomas, on arrive à la fin de cette interview.
- Speaker #0
Merci à toi Claire, merci pour l'invitation et pour ce beau podcast qui réunit des pensées diverses sur ce joli thème. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Et pour en savoir davantage sur tes propositions, il y a ton site internet thomarecours.com et aussi ton compte Instagram sur lequel tu es très actif. Et puis tu organises très régulièrement des retraites. dont notamment Earth Lovers dont tu parlais cet été et je mettrai les liens dans la description de l'épisode si c'est ok pour toi
- Speaker #0
Ouais avec plaisir Merci beaucoup