- Speaker #0
C'est tellement viscéral, c'est une histoire de vie ou de mort. Je prends ma voiture et je débarque chez elle et je sonne. Et en fait, elle ouvre la porte et je lui balance en pleine gueule. Bonjour, je viens vous voir à propos d'un bébé que vous avez mis au monde le 27 juin 1967. Et elle me regarde, elle me dit oui.
- Speaker #1
Quelle famille n'a pas sa légende ? Cette histoire qu'on glisse sous le tapis depuis des générations. Parfois si rocambolesque qu'elle en est à peine croyable. Histoire de famille, ce sont des destins improbables, des secrets, des choix, parfois emportés par la grande histoire. Anonymes ou personnalités, tous ce livre s'infiltre à mon micro et nous remontons ensemble le fil de leur récit pour voir ce qu'ils laissent en nous et comment chacun écrit la suite. Voici un nouvel épisode. Bonne écoute ! Le 27 juin 1967, Martine naît sous X, d'une mère de 15 ans, s'en suive des mois dans un orphelinat. Et le 24 décembre 1967, Martine devient armelle de thé, du moins pendant 40 ans. Est-ce qu'on peut parler d'un conte de fées ?
- Speaker #0
Bien sûr. Je pense que ça démarre très mal. Et après, oui, ça se transforme en la plus belle promotion sociale dont quelqu'un peut rêver.
- Speaker #1
Est-ce que vous pouvez nous reposer le contexte de votre enfance et de comment vous avez appris que vous aviez été adoptée ?
- Speaker #0
Alors je l'ai toujours su parce que papa et maman avaient été accompagnés par des psychologues qui étaient plutôt en faveur de parler à l'enfant très jeune. Et donc papa et maman le soir nous racontaient des histoires et souvent après nous avoir lu une petite histoire dans un livre, ils nous racontaient leur histoire personnelle. Et ils disaient qu'ils étaient un papa et une maman canard, qu'ils avaient beaucoup d'amour à donner et qu'ils avaient... Pas la possibilité d'avoir d'enfants et qu'en se baladant, ils avaient découvert qu'un petit bébé signe qui était tout seul et que ce petit bébé signe, c'était moi, qu'il m'avait accueilli. Et ils avaient l'image des animaux et je trouvais ça absolument super. Donc en fait, je ne peux pas vous dire, il n'y a pas eu une date précise. Et j'ai toujours su que j'avais été adoptée. Ils ne disaient pas le mot abandon, adoptée.
- Speaker #1
Vous étiez dans une famille nombreuse, vous aviez combien de frères et sœurs ?
- Speaker #0
Alors, on va dire qu'elle peut paraître aujourd'hui nombreuse parce que nous sommes trois. J'ai une grande sœur, un grand frère et moi, je suis la petite dernière. Mais ce n'était vraiment pas nombreux parce que papa est né de 11 enfants et maman est née de 10 enfants.
- Speaker #1
Juste pour revenir sur les parents, on vient de quel milieu quand on parle de la communauté ?
- Speaker #0
Quand on parle de la famille T, c'est la jolie aristocratie française. qui date du XIe siècle, qui est ce qu'on appelle une noblesse de robe, c'est-à-dire que c'est une noblesse qui vient de votre exercice professionnel. C'était des juges, c'était... Et maman, qui est née Suzanne de Crécy, alors elle c'est une famille encore plus vieille. Je crois que les premiers Crécy, on en retrouve en Bourgogne au VIIIe siècle, et c'est ce qu'on appelle la noblesse d'épée, puisqu'ils étaient chevaliers du roi et ils étaient là pour défendre le roi.
- Speaker #1
On vous a transmis cet héritage aristocratique ?
- Speaker #0
Oui, énormément. J'aime beaucoup dire que mes parents avaient cette vraie noblesse magnifique et la noblesse du cœur, qui est cette noblesse où on est gâté et on doit se tourner vers l'autre. La noblesse d'âme et de cœur. Ce n'est pas un rang social, ce n'est pas un statut, ce n'est pas un moyen d'exploiter les autres, c'est vraiment la noblesse chevaleresque comme on voit dans les films.
- Speaker #1
Et quelles sont les relations dans la famille ? Donc vous avez un frère et une sœur, eux sont les enfants biologiques ?
- Speaker #0
Non, maman n'a pas pu avoir d'enfants.
- Speaker #1
Du tout ?
- Speaker #0
Du tout. Elle a une histoire très particulière, elle aussi, mais je pense qu'on en reparlera après. Et on est tous les trois adoptés. On est des enfants comme tout le monde, mais il y a quelque chose que je remarque assez rapidement, c'est qu'on ne se ressemble pas et on a vraiment des caractères très différents.
- Speaker #1
Cette famille, elle ne vous cache pas du tout que vous avez été adoptée, vous grandissez en étant à l'aise avec cette idée. Est-ce que vous avez envie de rechercher vos origines ? Ou est-ce que votre, entre guillemets, nouvelle vie vous convient ?
- Speaker #0
Alors, c'est ce que je raconte dans mon bouquin « Merveilleux Abandon » , c'est que j'ai quand même un malaise au fond de moi. J'ai des réflexions quand je suis à l'école. Maman est grande, blonde, aux yeux bleus, papa a aussi des yeux bleus, il n'est pas blond, il est châtain clair. Moi je suis plutôt petite, à l'époque j'ai les cheveux foncés comme vous, j'ai les yeux noirs et je ne ressemble pas du tout à papa et maman. Et j'ai sept ans... Vous savez, cette tristesse d'un enfant qui se dit qu'il y a quelque chose qui fonctionne, parce qu'on s'aime, on a ce lien d'attachement très fort, mais vous ne ressemblez pas à vos parents. Et j'ai un cafard qui part, qui revient. Je suis un enfant petite, très discrète, qui n'ose pas parler, comme si j'étais habitée par la peur d'être envoyée d'où je venais. Et adolescente, je suis très en colère. Je suis très en colère parce que je comprends ce que ça veut dire d'être adoptée. Je pense beaucoup à cette maman qui m'a mis au monde. Je la fantasme. Et j'ai beaucoup de mal avec l'éducation corsetée de mes parents. Je suis en rébellion totale. Et je me dis, si j'étais restée avec ma mère, tout simplement, ce que je l'appelle ma mère, on ne me forcerait pas à être cette adolescente qui doit aller à la messe, qui va dans les rallies, qui est guide, qui est une adolescente. qui doit tenir dans un carré, et moi j'ai l'impression d'être un rang. Et donc j'ai une crise d'adolescence qui est très forte, et je termine en pension, parce que la relation avec maman est très délétère.
- Speaker #1
Avec votre père, c'est différent ?
- Speaker #0
Alors moi j'adore dire que j'avais un papa-maman, j'avais un père extraordinaire qui arrondissait les angles, la figure d'autorité c'était plutôt maman. C'était un vrai père qui n'avait pas besoin d'asseoir son autorité, on la sentait immédiatement, mais il nous ouvrait. au monde extérieur. Le foyer était tenu par maman, elle nous a construit une colonne vertébrale et papa nous a fait découvrir le monde. La première fois que je suis allée au cinéma, c'est avec papa, il m'a emmené voir les comédies musicales. Il avait un côté extrêmement artiste et c'est lui qui m'a rendue féminine. Il avait de la sévérité, mais tout en douceur.
- Speaker #1
Beaucoup de charisme, de ce que je comprends.
- Speaker #0
Oui, beaucoup de charisme. Maman aussi, maman était une femme extraordinaire. Elle s'appelait Suzanne, elle était grande, blonde, elle fumait sa cigarette. Mais elle était plus dans la force, elle était plus dans le devoir, elle était dans le dogme. Tout ce qui débordait, elle n'aimait pas.
- Speaker #1
Vous disiez donc, vous avez mal vécu le fait d'être adoptée. Vous aviez deux frères et sœurs également adoptés. Vous ne pouviez pas échanger avec eux sur ces difficultés ?
- Speaker #0
Ma sœur, elle était... J'ai beaucoup de tendresse pour elle, mais en tout cas... Je dirais comme ça, froidement, qu'elle était très autocentrée. Elle était l'aînée, elle était grande blonde, aux yeux verts. Donc il y avait aussi cette rivalité. Et j'entendais des phrases épouvantables parce que quelquefois on disait « Oh, Anne-Françoise, ça aurait pu être ta fille. » Sous l'expression, voilà. Versus Armel. Voilà, versus Armel, ou en tout cas, le vrai enfant. Puisque pour les gens, l'enfant naturel est le vrai. Nous, on est l'enfant de substitution. Mon frère, c'était un garçon. À l'époque, les hommes ne parlaient pas. Lui, il n'était pas adopté dans sa tête. Donc, on n'en parlait pas. Il avait sa bande de potes.
- Speaker #1
Aucun, à date, n'a cherché à faire la démarche ou les recherches que vous avez faites ?
- Speaker #0
Non, je suis la seule.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut parler d'un élément déclencheur qui vous a amené à passer de cette frustration à « j'ai besoin de savoir » et « j'ai besoin de rencontrer cette mère fantasmée » ?
- Speaker #0
C'est la naissance de mon fils Hector, le troisième, parce que j'ai trois enfants. Une aînée qui s'appelle Capucine, une deuxième qui s'appelle Zoé, et après un petit garçon. Et à la naissance d'Hector, je réalise en le changeant que l'histoire est bien plus compliquée que ce que je m'étais raconté dans ma petite tête, que j'avais vraiment vu que mon histoire féminine. Je n'avais vu que la lignée de femmes, des femmes qui mettent des femmes au monde. et moi, la femme. qui met encore des femmes au monde. Et puis en fait, quand je vois Hector, je me dis, mais il porte du masculin, que je porte aussi, et pour que je sois aujourd'hui devant lui, il a bien fallu qu'il y ait un homme dans cette histoire. Et là, en fait, il y a quelque chose d'abyssal qui me pénètre et qui rentre en moi, comme une espèce de trou encore plus grand, et je me dis, waouh, en fait, c'est bien plus compliqué. Et qu'est-ce que je vais raconter à mes enfants ? Et qu'est-ce que je porte, en fait ? Qui est ce couple ? Tout d'un coup, ça devient un couple. Ce n'est plus une mère qui m'a eue et qui m'a abandonnée. C'est vraiment un homme et une femme qui, en fait, sont responsables de ma naissance.
- Speaker #1
Est-ce que vous entamez directement des recherches, une démarche suite à ce défi ? Non,
- Speaker #0
parce que j'ai 28 ans, je suis jeune, je bosse, et puis je suis snob, et puis je suis très, comment dire... Vous savez, nous, les enfants... adoptés, on a un vrai conflit de loyauté avec nos parents adoptifs. C'est-à-dire que j'adore mes parents. Je me sens bien avec eux, même s'il y a eu la crise d'ado qui a entaché quelques relations, mais je prends tout ce qui va avec eux. Et je me dis, si tu vas chercher, c'est déloyal. Donc, je n'ose pas, mais comme les crises de cafards sont toujours là, je claudique sur une jambe, en fait. Je vois bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas et la vie va m'apporter sur un plateau la solution, puisque c'est une de mes cousines qui va me dire, tu sais, j'ai une de tes... Merci. cousine qui cherche à te joindre parce qu'elle voudrait adopter un enfant comme toi, tu sais, tu viens de la famille adoptive française. Et là, tout d'un coup, le monde s'éclaire et je me dis, ah, ça y est, je connais le nom de l'association. Parce qu'en fait, cette angoisse d'être déloyale avec vos parents fait que vous n'osez pas en parler. Et moi, je n'osais pas demander à papa et maman d'où je venais, de quelle association. Donc là, en fait, la vie m'apporte tout sur un plateau et c'est là où, en fait, j'ai 31 ans et je me dis, bah, allez, vas-y, Armel. On va voir ce qu'il se passe.
- Speaker #1
J'ai l'impression que votre père, de ce que j'ai lu, vous a aussi donné la fameuse autorisation, ou du moins l'énergie peut-être d'aller fouiller.
- Speaker #0
Il est profondément humain, il comprend qu'en fait les choses ne sont pas que dans le devoir, dans... la façon dont on doit se présenter, le milieu dans lequel on vit. Mais il comprend bien un moment que moi, avec la personnalité que j'ai, je suis artiste, donc je suis très sensible. Il y a vraiment à l'intérieur de moi quelque chose qui se pose beaucoup de questions. À côté, je suis journaliste, donc j'enquête. Et il me dit, mais en fait, je pense que si tu as besoin, fais des recherches. Il me le dit une seule fois, ça aura suffi. Je crois qu'il me l'avait dit quand j'avais 18 ans. Et comme j'ai ce... petite autorisation au fond de moi. C'est comme ça qu'en fait, je prends la décision. Une fois que je sais que je viens de la FAF, la famille adoptive française, je téléphone et j'ai rendez-vous. Et je me retrouve assise devant mon dossier et je découvre en fait, voilà, mon histoire.
- Speaker #1
Avant qu'on rentre dans la fameuse histoire, à quoi vous vous attendiez ? Qu'est-ce que vous espériez ?
- Speaker #0
Le meilleur, le plus extraordinaire. J'aurais voulu que ma mère s'assoie à François Sagan, Catherine Deneuve, la fille cachée d'une grande star. Voilà.
- Speaker #1
La réalité, elle est ?
- Speaker #0
Elle est très brutale. Quand j'ouvre le dossier à la FAF, je découvre que ma mère naturelle, ma maman de naissance, à 15 ans quand elle me met au monde, je vois qu'elle s'appelle Juanita. Donc, je comprends qu'elle est d'origine espagnole et qu'elle est née dans le 93.
- Speaker #1
Déjà, il y a peut-être des traits physiques qui commencent à s'expliquer.
- Speaker #0
Oui. En fait, on aimait beaucoup se déguiser et quand je reprends les photos, je réalise qu'elle me déguise en petite espagnole. Et je lui dis tiens, c'est intéressant. Elle-même, elle voyait bien que j'avais des attributs espagnols. En fait, un premier morceau du pulse que je peux emboîter. Après, il y a encore beaucoup, tant que je n'ai pas rencontré Juanita, il y a beaucoup de zones d'ombre et beaucoup de pièces du pulse qui me manquent. Mais physiquement, je comprends pourquoi j'aime le soleil, pourquoi je bronze en deux minutes. Pourquoi j'ai les cheveux hyper frisés et les yeux noirs ?
- Speaker #1
De là, vous n'êtes pas forcément obligé d'aller à la rencontre. Déjà, vous avez les premiers éléments de réponse. Je suppose que ça doit quand même perturber, mais en même temps apaiser. Comment vous vous sentez et qu'est-ce que vous décidez par la suite ?
- Speaker #0
Alors, ça perturbe énormément parce que je ne vous cache pas que quand vous apprenez, que vous lisez que votre mère a 15 ans, au moment où elle vous met au monde, là, vous vous dites « Waouh ! » C'est... C'est pas beau ? En fait, reprenez votre date de naissance. Je vous dis, je suis née en 67, donc on met un an en dessous, en moins, donc ça fait 66. On est dans des années où la libération sexuelle n'est pas encore là. Et on se dit, mais comment on a un enfant à 15 ans ? Comment ça se passe ? Pourquoi ? Et vraiment, moi, très vite, je sens à l'intérieur de moi, que ce n'est pas forcément une histoire d'amour. Donc, j'ai un retour en arrière. Je sais exactement très vite où est-ce qu'elle est, où est-ce qu'elle habite. Et en fait, je découvre qu'elle est à Sartrouville, qu'elle est femme de salle dans un collège. Et là, c'est la désillusion totale. Et pendant un an, je ne sais pas si je vais aller la voir parce qu'à l'époque, moi, j'habite à... à Meudon et quand on regarde sur la carte, il y a 10 kilomètres qui nous séparent. Et moi, c'est terrible pour moi de me dire que ce n'est pas Françoise Sagan ou Catherine Deneuve et que c'est une femme extrêmement simple.
- Speaker #1
Donc là vous découvrez la mère, est-ce que vous découvrez aussi une autre identité, un autre prénom, le prénom qu'elle vous avait donné ?
- Speaker #0
Alors oui exactement, vous avez raison, vous voyez je l'ai oublié, c'est que quand j'ouvre le dossier, je m'aperçois qu'elle avait demandé qu'on m'appelle Martine Patricia Dominique. Et en fait mes parents ont changé mon prénom, et ils m'ont appelé Marie-Armelle Noël Elisabeth. Et en fait sur le moment je n'en parle pas du tout à mes parents, et des années plus tard... Je poserais la question à papa s'il était au courant qu'on m'avait demandé qu'on me nomme comme ça. Et en fait, il n'était pas au courant. C'est-à-dire que l'association La Famille Adoptive Française n'avait pas passé le message. Donc, vous voyez, on nous vole notre vie, on nous vole notre prénom, on nous vole notre histoire. Puisqu'en fait, si elle n'avait pas écrit un petit mot, mon dossier, il est vide. Je suis pour moi, avant même d'ouvrir un dossier, je suis née sous X. Mes parents ne sont au courant de rien.
- Speaker #1
Donc elle a quand même fait une démarche là, pour vous donner une chance.
- Speaker #0
Elle a écrit une lettre, et je découvrirai d'ailleurs assez tardivement, juste avant d'éditer mon livre, je vais la voir, où là elle me racontera ma véritable histoire, qu'elle n'avait pas compris que j'allais être adoptée. Donc je pense que quand elle laisse mon prénom, c'est pour se dire, en fait on va mettre Martine. puisqu'elle m'appelle Martine Patricia Dominique on va mettre Martine en foyer ou dans une famille d'accueil ou chez une nourrice et puis quand je pourrai je viendrai la rechercher et c'est Martine en fait moi pendant tout ce temps où j'étais loin d'elle où j'ai été adoptée elle pensait à moi tant que Martine et moi j'étais Armelle mais en fait si vous voulez c'est là où on en vient à ce qu'on porte comme histoire et comment nos familles Merci. font aussi nous prègnent. Ce petit bébé, qui s'appelait Martine pour elle, il a toujours vécu en moi. Il a toujours été là. Je savais que j'avais quelqu'un en moi. J'avais ce petit bébé intérieur qui était vivant et qui ne demandait qu'une chose, c'était de revenir et de vivre. Donc en fait, le fait qu'elle m'ait donné un prénom, ça m'a marquée. Voyez ce que je veux dire ? C'est ça qui est très intéressant dans les histoires de famille, c'est qu'en fait, un prénom, ça va au-delà de l'identité, de la pièce d'identité. Ça a une puissance, ça représente quelque chose.
- Speaker #1
Et est-ce que vous vous êtes sentie Martine ? Est-ce qu'aujourd'hui, vous vous sentez plus Armel que Martine parce que l'usage, l'habitude ? Vous avez quand même appelé votre maison de production ?
- Speaker #0
Martine.
- Speaker #1
Martine Productions.
- Speaker #0
Oui, Alors, avant de découvrir que je m'appelais Martine, j'avais cette présence intérieure et j'appelais ça mon bébé intérieur. Et d'ailleurs, quelques fois, j'étais plutôt en colère, j'étais compliquée comme maman. Je disais quelques fois, je ne suis pas comestible et je partais me promener dans Paris. Et je sentais que j'avais une colère et que c'était vraiment ce premier bébé, en fait ce premier-né, cette personne que vous êtes et qu'on ne pourra jamais me raconter ou que vous, on ne vous racontera pas non plus. Votre mère ne peut pas vous raconter le fœtus que vous étiez. Il était là et il se battait en fait. C'est comme si on m'avait effacé. C'est comme si j'avais quelqu'un qui était derrière moi et qui était là. Et en fait, il y a un moment, c'est tellement douloureux que je décide d'être armelle de thé. Et je suis armelle de thé coûte que coûte. C'est-à-dire qu'en fait, nous, les enfants abandonnés et les enfants adoptés, on vous donne une identité, on vous efface tout ce que vous êtes avant. Et donc pour survivre... pour ne pas se noyer, si vous voulez, dans ce secret, vous décidez d'être la personne que vos parents adoptifs font de vous en vous reconnaissant et en vous donnant une identité. Donc en fait, pendant des années, je suis Armelle Duté. Je suis Armelle Duté, d'ailleurs mon bouquin « Mérieux Abandons » , je le signe Armelle Duté et j'aime être Armelle Duté. Mais j'ai toute une partie de moi qui est comme morte ou qui m'emmène dans la déprime, m'emmène dans la dépression, m'emmène dans les excès. j'ai quelque chose en moi qui n'est pas révélée. Ça, c'est une certitude. Mais je suis Armel Duté, pendant des années. Mais je vois bien que cette Armel Duté, c'est une bataille, que y a... C'est bizarre de le dire, mais qu'il y a une lutte interne. Et que j'ai bien conscience qu'avant d'arriver chez mes parents adoptifs, je suis quelqu'un. Mais ce quelqu'un, il est où ? Et il porte quoi ? On ne peut pas se dire que ça n'existe pas, et on ne peut pas me dire, mais non, en fait, Armel... Tu es née de Jean et Suzanne, comme si de rien n'était ? Non, je ne suis pas Jésus moi.
- Speaker #1
Vous digérez cette nouvelle ? Vous l'avez déjà un peu évoqué, vous avez quand même envie, besoin de retrouver Juanita. Qu'est-ce qui vous pousse à aller rencontrer cette maman ?
- Speaker #0
Oui, alors au départ, ce n'est pas une maman pour moi, c'est une femme qui m'a mis au monde et c'est comme une matrice. Mais comme moi-même, je suis maman, je prends conscience que ce qu'elle a dû vivre, ça devait être épouvantable. En fait, je réalise et je me dis, mais on ne va pas me faire croire qu'elle était le sourire aux lèvres au moment où elle m'a mis au monde et elle m'a abandonné. Donc, j'ai pas mal de compassion qui arrive, en fait, après toute la colère de l'adolescence. Et je me dis, je voudrais aller voir cette femme pour lui dire, un, c'est extraordinaire ce que tu as fait. Je suis heureuse d'être en vie et tu peux mourir en paix. Parce que tout d'un coup, vraiment, vraiment, avec mes enfants, je me dis, cette femme doit penser à moi. Je ne conçois pas que vous ayez eu pendant neuf mois un enfant qui comme ça, crac, en une seconde vous est enlevé, que vous arriviez à vous cliver et que vous n'y pensez plus jamais. Donc vraiment, mon premier moteur, c'est de voir cette femme pour lui dire « Tu peux mourir en paix, ce que tu as fait est un beau geste. » Et puis quand même derrière, très vite, c'est « Peux-tu m'expliquer comment tu t'es retrouvée dans cette situation ? Peux-tu me dire qui est cet homme ? » Et j'ai envie d'eux. de voir quelqu'un qui me ressemble. Parce que la problématique, c'est que en fait, au-dessus, personne ne me ressemble. Alors, ce qui est extraordinaire, c'est que mes enfants m'incarnent dans ce que je suis avant Armel Dete. C'est vrai que mes enfants, ils m'incarnent du bébé que j'ai dû être puisque, en fait, je n'ai pas de photo avant un an. Mais, j'ai besoin de comprendre pourquoi je suis arrivé sur Terre.
- Speaker #1
Alors, comment vous avez réussi à comprendre ? Vous savez où elle habite ? Comment, en fait, on va retrouver une femme qui pense à vous, certes, mais qui ne vous attend pas forcément, pour lui dire, en fait, je suis votre fille, est-ce qu'on peut parler ?
- Speaker #0
En fait, on écoute que soit. On est dans une urgence absolue. Moi, après avoir passé un an dans des bains bouillants, et après, parce que je fais une psychanalyse, la psychanalyste me dira qu'en fait, je me suis remis en état fétal. Donc, je suis dans mon bain terrorisé, je me dis, j'ai ma mère qui m'a mis au monde, enfin, j'ai cette femme. qui m'a mis au monde qui est à un quart d'heure en voiture. Et en fait, un matin, vous n'en pouvez plus. Moi, je n'en pouvais plus. Et je voyais bien que je me torturais, je me faisais du mal. J'étais vraiment... Alors, pas en dépression, parce que je n'ai jamais pris d'antidépresseur, mais c'était une lutte. Et donc, en fait, vous décidez de lever le secret. Et vous vous dites, j'ai besoin de savoir, parce que tant que je ne serai pas, je ne serai pas complète. Et ce trou noir que vous avez, Vous avez besoin de le remplir de lumière et vous avez besoin de combler ce vide. Donc en fait, un matin, je fais ce qui est interdit, parce que théoriquement, c'est la mère biologique qui doit être mise en contact avec l'organisme et donner l'autorisation pour qu'il y ait la rencontre. Et moi, en fait, je m'en fiche. C'est tellement viscéral, c'est une histoire de vie ou de mort. Je prends ma voiture et je débarque chez elle et je sonne. Voilà. Et en fait, elle ouvre la porte. et je lui balance en pleine gueule « Bonjour, je viens vous voir à propos d'un bébé que vous avez mis au monde le 27 juin 1967. » Et elle me regarde, elle me dit « Oui, pourquoi ? » Et je lui dis « Parce que c'est moi, je suis Martine. » Et je n'y vais pas par quatre chemins. Et en fait, ça fait vraiment partie de quelque chose qui pourrait paraître très théâtral. En fait, la situation est extrêmement violente. Et j'aurais beau venir avec un bouquet de fleurs, de toute façon, la situation est violente. Et j'ai été dans le plus sobre. J'ai été très calme. Il n'y avait pas de violence. Mais j'étais droit dans mes bottes et je demandais mon dû, en fait. J'ai demandé quelque part mon dû. C'est, tu m'as mis au monde, je suis une victime. Parce qu'à ce moment-là, il n'y a que moi la victime. Et j'ai besoin de réponses.
- Speaker #1
Est-ce qu'elle vous en donne ?
- Speaker #0
Alors, elle me fait rentrer. Elle a cette phrase extraordinaire qui me dit « Mais Martine, je n'attendais que ça, je n'attendais que toi. » Donc déjà, c'est formidable. Et après, non. Après, ce qui est très compliqué, c'est que je me fais déborder. J'ai 30 ans. Et alors, ce qui est dingue, c'est que je suis face à une femme qui a 15 ans de plus qu'à 45 ans. Donc déjà, moi, je suis très déstabilisée parce que ma mère adoptive, elle a 47 ans de plus que moi.
- Speaker #1
Ah oui, c'est les extrêmes.
- Speaker #0
Donc en fait, j'ai l'impression d'avoir ma sœur devant moi. Vous savez, c'est très troublant. J'ai l'impression qu'elle est à 45 ans, vous êtes jeunes. Donc physiquement, moi, je n'ai pas encore forcément de ridelle non plus. Et mon image maternelle, ce n'était pas du tout ça. Et je suis d'abord très dans l'expectative. Je la regarde, je la scrute de partout. Je suis plutôt dans l'observation physique. Je suis déconcertée par le lieu où je me trouve. Tout est moche, tout est à 100 lieux de ce que j'ai vécu. Moi, il faut quand même me remettre dans un contexte. Je vivais avec mes parents dans un appartement de 400 m² à Lyon. Vous voyez, je vis dans une jolie maison à Meudon. Enfin voilà, je suis ce qu'on appelle une jolie... Enfin, je suis bourgeoise. Je vis à l'ouest de Paris et là, j'arrive dans un monde que je ne connais pas. Et pour moi, c'est terrible ce que je dis, parce qu'aujourd'hui, je me rends compte que quelle petite pétasse j'étais. C'est humiliant. C'est humiliant. Et donc, j'ai ce regard très dissocié. Je suis très dissociée par rapport à ce qu'elle me dit. Je raconte très peu et très vite. J'ai un peu cette réaction de protection. Je me dis, oula, n'en raconte pas trop, tu ne sais pas qui est cette femme. En fait, j'ai un jugement de valeur parce qu'elle est simple. Je serais arrivée dans un appart du 16e, peut-être que j'aurais été... Oui,
- Speaker #1
ça vous aurait confirmé. Voilà,
- Speaker #0
exactement. Et en fait, elle ne me raconte pas grand-chose. Et je me rends compte assez vite que les trois heures de conversation qu'on a, elle cherche plus à savoir qui je suis. Parce qu'en fait, ce que je comprends, c'est que pour elle, Marty n'existe. Pour elle, le bébé qu'elle a mis au monde n'a jamais disparu. Et quelque part, je suis en elle. Quelque part, je suis un sujet dans sa vie.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Et moi... elle n'était qu'un mystère. Donc, j'ai besoin de découvrir le mystère. Elle, elle a besoin de découvrir la Martine que je suis. Et d'ailleurs, elle m'appelle Martine. Donc, on est complètement décalés. Et donc, moi, je pose quand même des questions. Et je vois que c'est très vaseux. Et je vois qu'elle me parle d'un Michel dont elle était très amoureuse. Elle me dit très vite qu'elle ne se souvient pas de son nom. Et donc, je n'obtiens pas beaucoup d'infos. Et moi, assez rapidement, je comprends que... Elle ne va pas m'expliquer les circonstances dans lesquelles elle est tombée enceinte, à part me raconter une histoire que je sens pas très honnête.
- Speaker #1
Ok, c'est ce que j'allais vous demander, c'est est-ce que c'est pas clair parce qu'elle ne s'exprime pas très clairement ou c'est parce que vous sentez qu'elle n'a pas envie de le raconter en fait ?
- Speaker #0
Oui, je sens très bien qu'elle n'a pas envie de le raconter, je sens qu'elle veut juste comprendre qui je suis, ce que j'ai vécu. Elle est très intelligente, elle est très percutante, elle est très éclairée. Mais je sens qu'elle n'a pas envie de me dire ce qui s'est passé. Et elle me raconte une histoire, parce que je vais la revoir plusieurs fois. Et à chaque fois, la version est différente. Donc en fait, j'en arrive à un moment très simple, où je dis à Juanita, écoute, soit tu me dis la vérité, soit on arrête de se voir. Et en fait, elle me redit encore des... Et je coupe les ponts. Au bout d'un an, je coupe des ponts parce que ça patauge en un semoule et je sens que je me fais plus de mal à aller essayer d'obtenir une information que je n'aurais pas. Au lieu d'être dans le pourquoi, j'essaye d'être dans le comment. Comment je fais avec maintenant cette réalité ? J'ai rencontré ma mère biologique, elle ne veut pas me dire la vérité. Je vois bien, parce que ça c'est quelque chose qui est complètement dingue. On fantasme le lien du sang. En fait, je ne peux pas lui dire je t'aime. Je ne peux pas... Comment voulez-vous récupérer 30 ans de vie ? On n'a rien à part... Oui, je me vois en elle.
- Speaker #1
Physiquement ?
- Speaker #0
Oui. Oui, et j'ai cette tendresse quand même pour elle parce que je sais qu'elle m'a mis au monde et qu'elle est allée au bout de sa grossesse. Mais je ne ressens pas grand-chose. Moi, ce que je trouve dingue, c'est que nous, les mamans... Quand on met nos enfants au monde, on a cet amour inconditionnel. Et l'enfant vous aime aussi. Moi j'ai bien vu, l'enfant qui naît, il est fait pour être l'enfant de quelqu'un. Et même physiquement, chimiquement, il a besoin de sa mère. Vous le laissez en bas de votre mort, il va monter, monter pour venir téter votre sein. Et il y a un truc qui est fusionnel. Mais quand il y a la séparation, puisque c'est ça moi, en fait si je lui pose la question, je lui dis « Juanita, est-ce que... » Quand tu m'as mis au monde, tu m'as pris dans les bras et elle me dit non. Et là aussi, tout s'éclaire, parce que je me dis, en fait... Comme on n'a pas eu ce moment, cette étincelle, ce premier regard, ce lien d'attachement, en fait, on est sèches l'une de l'autre. Mais il y a quand même cette chose incroyable qui est, je sens quand même qu'il y a cette tendresse pour elle parce qu'il y a ces neuf mois passés ensemble. Et il y a cette tristesse de dire, qu'est-ce que j'aurais aimé savoir l'enfant que j'aurais été avec elle, parce que ça reste quand même ma mère. C'est très compliqué quand même.
- Speaker #1
Avec qui vous partagez tout ça ? Parce que ça doit être tellement fort, tellement lourd. Est-ce que vous pouvez le partager avec vos parents adoptifs ? Est-ce que vous le partagez avec votre mari ? Avec vos enfants, ils sont trop jeunes ?
- Speaker #0
Non, je le partage avec un psy. Très vite, je sens que je suis un peu débordée, que ça me prend toute la tête, que ça me prend tout le cœur, que je grossis, parce que moi je suis quelqu'un qui, quand ça ne va pas, je garde, je garde pour me protéger. Et je me lance dans ce qu'on appelle une analyse freudienne. Donc l'analyse freudienne, c'est vraiment tout ce qui est psycho-névrose. Et je m'allonge une fois par semaine pendant sept ans pour partir à la psyché de moi-même. Je mets chacun à sa place, je me mets à la bonne place. Mais je dirais avec le recul... Aujourd'hui, que je ne suis jamais descendue à l'intérieur de moi-même. Je suis beaucoup restée au niveau psychologique, au niveau névrotique, et j'intellectualise tout avec cette thérapie.
- Speaker #1
Donc vous, vous avez deux mamans qui sont aux antipodes, en fait, l'une de l'autre. Il y a trois enfants, donc votre maman... Adoptive a eu trois enfants, vous avez trois enfants Il y a beaucoup de reflets en fait Vous devenez journaliste Comme par hasard j'ai envie de dire Vous êtes en quête de quelque chose Je veux comprendre les gens Comment vous arrivez à garder le cap dans tout ça ? Parce que vous devez Sans cesse avoir des signes
- Speaker #0
Je suis tiraillée C'est exactement ça, je suis tiraillée Et je me sens Comme quelquefois Destructurée Donc j'ai mon statut Merci. de Armel Dete. Je suis mère de trois enfants. Je suis mariée. En plus, c'est important pour moi parce que je suis mariée à l'église. Donc, je ne veux pas faire de sortie de route. J'ai pris un engagement, même si à des moments, c'est très compliqué parce qu'en fait, j'ai un mari que j'adore, qui est extraordinaire. C'est un rock, il a toujours été là. Mais on ne passe pas des heures à discuter. C'est cette génération où, d'hommes, il faut trouver des solutions. Dès que vous parlez d'un problème ou d'une émotion, on va trouver une solution. En fait, non, j'ai juste besoin d'être, comme on fait là, décortiqué et essayer de comprendre. Donc en fait, j'ai cette rigueur de vie, cette hygiène de vie où je suis Armelle Dete. D'ailleurs, je me présente. Armelle Dete épouse le Gabriel. Et à côté...
- Speaker #1
C'est votre identité.
- Speaker #0
Oui, c'est mon identité parce qu'il y en avait ras-le-bol de changer d'identité. Et à côté, j'ai... Ce côté complètement déstructuré qui est dans la nuit, ce côté complètement fou, ce côté complètement artiste, ce côté, on va dire, guerrière, et ce côté qui n'est pas du tout assumé et qui a envie de prendre place en moi. Et je fais extrêmement la fête. Je fume, j'essaye la drogue. Enfin, vous voyez, je suis comme double. Voilà. Je porte beau, je suis Armelle Dete et comme je suis très très très très névrosée de la blessure d'abandon, je ne peux pas m'abandonner à ma propre identité, je ne peux pas abandonner mon mari parce que j'ai pris un engagement, je sais ce que c'est que d'être abandonné et je ne peux pas abandonner mes enfants. Et la dernière petite couche c'est ce devoir de loyauté vis-à-vis de Jean et Suzanne Dete qui m'ont tout donné. Donc vous comprenez la difficulté, c'est que vous vous êtes construit un personnage. Vous vous regardez dans la glace et vous vous dites « oui, tu es bien Armel de Thé » . Et au fond de vous, vous savez que lors de cette coupure, lors de ce déraillement, vous avez laissé quelqu'un, on vous a effacé, mais il y a quelqu'un qui est là. Et cette personne qui a vécu neuf mois dans le ventre de sa mère, qui a été seule en orphelinat, et ce premier être, Il est là, mais il n'a pas de place.
- Speaker #1
Vous êtes double, mais j'ai l'impression que vous êtes divisé plutôt.
- Speaker #0
Alors, exact, peut-être. ça peut être divisé j'aime bien aussi cette image derrière, il y a toujours cette personne qui me suit, qui est invisible pour tout le monde,
- Speaker #1
mais qui est là pour moi c'est comme si vous aviez quelqu'un qui est toujours là et c'est marrant parce que vous dites je suis Armelle Dete, on dirait presque un personnage oui,
- Speaker #0
je me suis construit un personnage bien sûr je porte le chignon comme ma mère en fait En fait, pour être sûre d'être l'enfant de vos parents, quand vous êtes adopté, puisque vous ne pouvez pas jamais retrouver des ressemblances, que vous pouvez vous inventer plein de parents, il y a un moment où vous vous dites, soit je suis complètement dans le conflit, dans le rejet, je suis en réaction et je dis que non, je ne suis pas l'enfant. Soit vous êtes l'enfant et vous prenez les codes et vous vous fondez complètement dedans. Donc en fait, pour être l'enfant de mes parents, je suis Armelle Duté, donc j'ai tous les codes. J'ai tous les codes. Je suis de noblesse, de cœur, je porte les armes de mon père. Je suis aristocrate et je prends tous les codes de l'aristocratie. Mais j'ai ce côté rebelle. En fait, chasser le naturel, il revient au galop. Et la nuit, j'ai ce combat intérieur en disant, t'oublies quelqu'un, t'oublies une part de ta personnalité.
- Speaker #1
Dr J. Kirimistra. Voilà,
- Speaker #0
exactement.
- Speaker #1
Combien de temps ? Cette coupure avec Juanita dure ?
- Speaker #0
Elle dure longtemps, elle dure au moins 15 ans. Mais elle n'a jamais cessé de m'écrire régulièrement. Elle m'écrit à tous mes anniversaires. Et moi, je lui réponds jusqu'à un petit... Alors à l'époque, il n'y avait pas d'emoji, mais je lui dis merci. Mais elle, elle a toujours un tout petit geste. au moment de mon anniversaire. Donc c'est compliqué pour moi. Même un jour, j'étais quelque chose de terrible. Un jour, je me souviens, à l'époque, on habitait à Londres. Mon téléphone sonne et il y a tous les enfants qui sont là. Et j'entends sa voix qui dit « Bonjour, je voudrais parler à Martine. » Et là, en fait, je ne suis pas capable d'assumer ça parce qu'en fait, je préserve beaucoup ma famille aussi. Je ne leur raconte pas du tout ce que je traverse. Ils ne connaissent pas votre histoire,
- Speaker #1
vos enfants ? Oui,
- Speaker #0
mais je ne leur raconte pas par les hauts, par les bas. par lesquels je passe. Et j'ai cette phrase, donc le téléphone, elle me dit, je lui dis, ah non, vous devez, vous devez vous tromper de numéro. Et je lui raccroche le nez. Et quand je pense aujourd'hui à ce que j'ai fait, c'est d'une violence absolue. C'est d'une violence absolue. Donc en fait, c'est à la mort de maman que je me retrouve, je me souviens très bien, assise face à son corps juste avant la mise en bière. Et là, c'est comme si on la met dans son cercueil, le cercueil va se fermer. C'est comme si, en fait, il y a mon identité d'Armelle Dete. Il y a un bout de ce que je me suis construit comme personnage pour elle, pour me retrouver dans le regard de ma mère.
- Speaker #1
Donc Suzanne ?
- Speaker #0
Oui, Suzanne, qui va partir avec elle. Il y a toute son histoire qui part avec elle. Il y a tout ce qu'elle me fait porter, parce qu'elle, elle a eu une histoire hyper particulière. Elle a perdu sa maman à 13 ans. qui est morte en couche à la naissance du 9e ou 10e enfant. Et elle devient maman à 13 ans. À l'époque, elle est en pension. Son papa l'appelle. Et elle découvre arriver sur le pas de la porte de la propriété son père et qui lui dit « Ta mère vient de mourir. Nous passons à table et tu vas prendre sa place. » Donc une salle à manger qui fait je ne sais pas combien. Ils sont une trentaine à table. Et elle prend la place de sa mère. Et là, elle a 13 ans. Et elle devient la maman, du jour au lendemain, de tous ses frères et sœurs. Donc elle se sent, elle aussi, abandonnée. Vous voyez, en fait, ce qui est très intéressant dans toute cette histoire, c'est que j'ai une maman biologique, et ça on va en arriver à cette histoire que je découvre, elle était elle-même abandonnée. Ma mère perd sa mère à 13 ans, c'est comme un abandon. Et comme si la vie, en fait, ne fait que se répéter, quand un jour je discute avec maman, donc maman Suzanne, Elle me dira que sa propre mère, Henriette de Prendière, a été elle-même aussi orpheline, abandonnée, jeune. Et donc en fait, je réalise assez rapidement, une fois que maman part, puisque je me mets beaucoup à parler avec papa, la voix se libère, que je portais l'obligation aussi d'être cet enfant qui tenait debout, parce que maman elle vivait aussi beaucoup de deuil, maman elle avait aussi beaucoup de névrose, maman aussi elle avait beaucoup... beaucoup d'abandon dans sa vie. Et donc en fait, à 13 ans, elle devient la mère de ses frères et sœurs. Et à 18 ans... Elle tombe malade en pleine guerre, la Deuxième Guerre mondiale. Elle part à la montagne parce qu'en fait, elle a la tuberculose. Et elle en revient...
- Speaker #1
Stérile.
- Speaker #0
Stérile. Et c'est comme si elle était programmée pour être cette maman universelle. Et cette maman, puisqu'on l'avait déjà demandé à 13 ans, d'être la maman non biologique. de son frère et de sa sœur, en fait c'est ses frères et sœurs.
- Speaker #1
De jouer un rôle.
- Speaker #0
De jouer un rôle, et en fait ça va jusqu'au bout, puisqu'en fait elle va être aussi une maman non biologique pour ses propres enfants.
- Speaker #1
Mais l'histoire...
- Speaker #0
Ah mais l'histoire elle est costaud, c'est-à-dire que de chaque côté, vous voyez, on porte quelque chose dans la biologie, et moi je porte aussi quelque chose de lourd au niveau de l'histoire...
- Speaker #1
De l'acquis.
- Speaker #0
De l'acquis, de ma maman, qui en fait elle me demande aussi, pourquoi elle me demande d'être cette femme debout et pourquoi... pourquoi je m'oblige à être cette femme debout, je sens bien que c'est fragile aussi de son côté.
- Speaker #1
Donc, 15 ans avec des discussions, disons à sens unique avec Juanita.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Pourquoi vous vous renouez ? On l'a un peu dit, vous avez d'autres informations à un moment donné. Voilà.
- Speaker #0
En fait, après la mort de maman, c'est ce que je dis, maman Suzanne, donc vraiment ma maman, ma vie intérieure, ma vie... d'être enfant d'eux, est complètement endeuillée. Je ne suis plus l'enfant de ma mère. C'est ça qui est terrible. C'est-à-dire qu'à 38 ans ou 39 ans, comment je vais jouer le rôle d'Armel Dete ? Comment je vais jouer le rôle de cette fille parfaite qui se reconnaît que dans le regard de sa maman ? Puisqu'en fait, moi, je suis obsédée d'être la petite fille parfaite, la fille rêvée de ma mère. Donc, en fait... Je me retrouve un peu face à moi-même et je me dis, mais qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? On cherche tous à se reconnaître dans le regard de notre mère et dans le regard de notre père. Donc il y a papa qui est encore là, qui me fait encore, si vous voulez croire que je suis armée de thé, mais il n'y a plus maman et là je me retrouve sans modèle. Sans modèle et plus l'obligation d'être cette fille pour ma mère. Et là, qu'est-ce qui se passe ? En fait, il y a un moment, il y a l'autre image maternelle qui vient vous réveiller et qui vient la nuit, qui vient me réveiller, qui me dit « Est-ce que tu n'as pas quelque chose à aller comprendre auprès de cette maman ? » Parce qu'en fait, toute cette histoire, ça reste une histoire de femme et de maman. Et puis mes enfants me bousculent, ils sont adolescents, ils sont durs avec moi, je suis dure avec eux et je vois bien qu'il y a un truc qui ne va pas. Donc en fait, je me dis, tu as vraiment fermé la porte à quelque chose en toi en refusant de rentrer en relation avec Juanita. Et je comprends que c'était que de l'orgueil et qu'il faut que vraiment j'aille comprendre cette femme et que je mette de l'humanité en moi pour comprendre qui je suis.
- Speaker #1
Donc c'est vous qui revenez vers elle. Comment vous revenez vers elle ?
- Speaker #0
En fait, je l'appelle. Ce qui est extraordinaire, c'est que... Elle décroche tout de suite et elle me dit, écoute, on peut se voir. Donc, je la vois, je lui raconte que maman est décédée, mais on est toujours dans cette problématique. Elle n'arrive pas à me dire son histoire. Ce qui se passe derrière, c'est que papa décède. Là, il se passe dix ans où on se parle un petit peu, la relation est plus cool, elle me demande des nouvelles des enfants. C'est en pointillé, mais je donne un peu plus. Et papa décède. Et puis, ma fille Zoé, qui est mon portrait craché, avec qui on partage beaucoup de choses parce qu'elle est comédienne, elle est aussi autrice, elle fait pas mal de choses au niveau de la création, me dit, tu sais maman, j'aimerais beaucoup rencontrer Juanita. Et en fait, elle me dit ça au moment où je suis en train de finaliser mon livre. Parce qu'en fait, après la mort de papa, la boucle est bouclée. La succession est liquidée, comme on le dit chez un notaire. Et là, je suis face à moi. Je n'ai plus de parents d'images maternelles, paternelles. Je n'ai plus cette image sur laquelle je suis construite. Et je suis face à moi et je ne suis plus l'enfant de personne. Donc, je suis très libre. Et en fait, j'écris ce livre. Et en écrivant ce livre, j'ai tout un chemin intérieur. Et regardez dans vos rétroviseurs votre vie, vous comprenez. Je suis une femme qui, à l'époque, a 49 ans. Donc, j'ai déjà aussi une certaine maturité. Et en fait, Zoé, avec qui je partage tout ça, je m'aperçois qu'en fait, elle est héritière d'une histoire aussi. Donc, je lui demande d'illustrer mon livre. Et puis, on se met à travailler sur un projet de documentaire cette année. Vous voyez, ça date d'il n'y a pas longtemps. En janvier, on décide d'aller voir Juanita à Amber, là où elle habite. Et c'est là où la parole se libère et tout s'éclaire. Et elle me raconte pour la première fois mon histoire et les circonstances dans lesquelles j'ai été conçue.
- Speaker #1
La rencontre de votre fille avec sa grand-mère, c'est aussi le jour de la révélation, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui. Et vous voyez, c'est là où c'est très intéressant, c'est de se dire que tout ça est une histoire de fil, de filiation. Et je pense que quand Juanita a vu Zoé, il y a eu énormément d'émotions. Elle s'est mise vraiment... Les deux se sont mis à pleurer. Moi, j'étais là... De toute façon, on va poster tout ça avec Zoé dans les semaines à venir.
- Speaker #1
Il y a le teaser déjà qui nous fait pas mal. Voilà,
- Speaker #0
voilà. Mais il y a tout ce qui est autour, parce que le teaser, c'est... Et on s'assoit et je pense que Juanita, elle est comme moi, tout d'un coup elle réalise que son histoire m'a impactée et a impacté aussi sa petite-fille. Parce qu'elle n'a pas de petite-fille, elle a une autre fille qu'elle ne voit plus. Et tout d'un coup je pense qu'elle est face à cette réalité de cette jeune fille qui est là en larmes et qui lui dit très simplement... Tu sais Juanita, j'ai perdu ma grand-mère que j'aimais mais infiniment et j'aimerais savoir s'il y a quelque chose à faire ensemble et j'ai besoin de comprendre mon histoire moi aussi. Et en fait les choses vont être pour Zoé et aussi pour moi et je pense pour Juanita d'une brutalité absolue. Alors c'était très joli ce qu'elle nous avait mis des photos, elle nous présente les gens en disant voilà ton arrière-grand-mère. Et puis à un moment, elle me montre une photo, et puis elle me dit, ce monsieur, c'est ton grand-père. Et elle me regarde, je dis, mais pourquoi tu l'appelles monsieur ? Et là, en fait, elle me regarde, et elle me dit, en fait, elle m'appelle Martine, elle me dit, tu sais Martine, je ne t'ai jamais raconté les choses, mais j'ai été un enfant abandonné à 9 ans, et j'étais placée en foyer. Et je la regarde, je dis, mais... « Juanita, pourquoi tu ne m'as jamais dit ça avant ? » Elle me dit « j'avais honte » , parce qu'en fait le problème c'est la culpabilité, la honte. Donc en fait, Juanita a été abandonnée quand elle avait 9 ans. Elle me dira dans la conversation qu'elle a été abusée et qu'elle s'est aperçue après vers 14 ans qu'elle était enceinte et elle a donc quitté le foyer pour se protéger. Elle a cette phrase terrible où elle te dit « Je t'ai attendue seule dans un hôtel maternel car j'étais à la rue sans rien. » Et donc elle se tourne vers l'hôtel Dieu, qui à l'époque était une maternité tenue par des religieuses, pour me mettre au monde. Et en fait, elle est embarquée, je pense malgré elle, par la FAF pour me laisser. Mais je pense qu'elle n'a pas compris à ce moment-là que c'était une adoption. D'où, d'où en fait aujourd'hui je comprends le fait que j'ai été adoptée tardivement. Parce que je pense qu'ils n'avaient pas la FAF. Aujourd'hui ça a été fermé, parce qu'on s'est aperçu qu'ils avaient fait beaucoup de trafic d'enfants et beaucoup d'adoptions illégales.
- Speaker #1
Ils n'avaient pas les papiers en fait.
- Speaker #0
Ouais, ils n'avaient pas les papiers. Voilà. Mais bon, après moi vous voyez, c'est mon histoire. Elle est violente, elle est dure. Mais ce que j'aime beaucoup, c'est toujours se dire, arrêtons d'être obsédés par le pourquoi, c'est le comment. Donc en fait, quand même, les choses, à ce moment-là, c'est clair, je comprends ma colère, je comprends que ma conception, oui, à l'époque où je vais la voir, je suis toute guillarette, j'ai 29 ans, 30 ans, elle a 45 ans, elle n'a pas envie de me dire ça parce que je pense qu'elle a très peur que je lui tourne le dos et que je prenne très mal l'information. Et elle n'a pas tort parce que je pense que je l'aurais appris à 30 ans. Ça aurait été dévastateur. Je pense que de savoir que j'ai été conçue lors d'un abus, ça m'aurait dégoûté de moi-même. Et en fait, aujourd'hui, je trouve ça compliqué. Quelquefois, ça me rend triste. Mais j'aime bien dire, regarde, je suis pas mal quand même. Finalement, en fait, on n'est pas le résultat de notre conception. On porte des choses, ça c'est sûr, ça m'explique. pourquoi j'avais cette colère. Ça m'explique pourquoi mes enfants étaient colériques aussi. Et qu'il était temps de tout dire. Il était temps de prononcer des mots, même qui sont durs. Il était temps de donner la liberté. à chacun de nous de décider de ce que l'on porte avec joie, parce qu'on sait, ou de ce que l'on porte dans le secret qui nous mine et qui nous plombe. Et vraiment aujourd'hui, je sais à quel point cette parole, même dure, mais elle m'a libérée. Et oui, je suis conçue comme ça, mais j'en fais quelque chose, finalement, de lumineux. Et ça m'explique toute la noirceur que j'avais en moi. Je crois que quand tout d'un coup, on vous dit les choses, on vous dit ce que tu as vécu, ton disque dur, il est comme ça, on ne pourra jamais le changer. Mais tu en fais quoi ? Quel sens tu donnes à tout ça ?
- Speaker #1
Vous allez même jusqu'à dire « merveilleux abandon » .
- Speaker #0
Oui, mon bouquin, je l'appelle « merveilleux abandon » parce qu'on va être très honnête. Si Juanita me garde quand elle a 15 ans, je pars avec elle en foyer et je n'ai pas cette vie extraordinaire que mes parents m'ont offerte. Et quand je dis extraordinaire, On entend bien que ce n'est pas simplement le statut. J'ai été gavée d'amour, gavée d'amour. J'ai eu un papa et une maman, certes âgées, mais comme leur couple était fait, ils m'ont tout donné. En fait, j'ai été riche d'un statut social, riche d'une spiritualité, riche d'un niveau intellectuel, éducationnel, on va dire même de niveau scolaire. J'ai été optimisée. En fait, vous voyez, c'est comme si je suis augmentée par mon adoption. Je suis un enfant augmenté, parce que je pense que je serais restée au foyer avec Juanita, et c'est aussi tout mon combat aujourd'hui de dire que l'adoption peut être quelque chose d'extraordinaire, parce que quelquefois il y a des parents qui ne peuvent pas vous garder, ou des mamans qui ne peuvent pas. Mais ce n'est pas très grave, parce qu'elles ont chacune leur rôle, et j'ai un chapitre que j'adore qui s'appelle « Né de deux mères » . Et en fait, ce que j'aurais aimé, c'est que ces deux mères aient chacune leur place. Ce qui ne va pas, et ce qui ne va pas dans toutes les histoires de nos familles, c'est le secret. Et c'est de ça dont on meurt. Et c'est ça qui vous étouffe. C'est ça qui vous empêche de grandir dignement et avec liberté. Parce qu'en fait, vous portez en vous une histoire qu'on vous cache, mais vous le savez. Au fond de moi, on ne me l'enlèvera pas, cette proportion à m'autodétruire. Elle était dans les gènes de Juanita, parce qu'elle va me dire après, ça je ne l'ai pas mis dans mon livre, que sa propre mère a été abandonnée, et que ma grand-mère, enfin vous voyez, et qu'en fait on est une lignée de femmes maltraitées et abandonnées. Et qu'en fait moi mon rôle, c'était certainement de casser la chaîne, mais comment voulez-vous casser quand vous ne savez pas ? On ne peut pas, et on répète.
- Speaker #1
Et est-ce que vous estimez que vous avez réussi à la casser, cette fameuse chaîne ? Comment en fait on la casse ? En acceptant, en partageant l'histoire ?
- Speaker #0
En découvrant les secrets ? En ayant le courage de descendre, et moi j'adore dire ça, au plus profond de vous, là où vous êtes à 100% libre d'être qui vous êtes ? Je vais dire pour tout le monde à retrouver son petit bébé intérieur, c'est... Aujourd'hui, si je devais tout refaire, c'est de, nous parents, laisser notre enfant se découvrir lui-même et qui il est. Avec ce qu'on a à lui donner, mais qu'il fasse le tri et qu'il dise ça je garde, ça je ne veux pas. Et surtout, surtout qu'on essaye de ne pas l'abîmer en voulant lui projeter tout ce que nos familles nous ont projeté. Vous voyez, c'est cette chaîne qui n'en finit pas. Et aujourd'hui, je suis grand-mère, depuis six mois, d'un petit Georges absolument extraordinaire. Et vous pouvez passer à la joie que j'ai de le regarder et de lui dire, Georges, tout a été dit, toutes les chaînes sont cassées, tous les secrets sont levés, tu es libre d'être 100% à toi, nous avons réparé dans la douleur, mais tout est réparé. Voilà ton histoire, tu la connais, il n'y a plus rien de secret, et tu es libre. d'être qui tu peux être, puisqu'en fait, tu vas pouvoir beaucoup plus vite te connecter à toi.
- Speaker #1
Il y a un inconnu encore dans cette équation, c'est le père biologique. Qu'est-ce que vous avez décidé de faire de cette personne ?
- Speaker #0
Très bonne question. Je ne sais pas trop. Je pense qu'il est ce côté triste en moi. je ne sais même pas s'il sait que j'existe je pourrais faire un test ADN même si c'est interdit il y a des gens qui m'ont appelé c'est trop rigolo sur Instagram on a un test ADN prenez contact avec moi si vous voulez Je vais me laisser le temps. Déjà, aujourd'hui, je profite. J'aime ce côté, j'ai une expansion en moi-même d'être Armel Martine, Martine Armel. Et j'aime découvrir cette part indicible. Et déjà, je jouis d'être réconciliée avec ce moi intérieur et ce bébé intérieur. Et déjà, je suis dans la gratitude de ça. Et après... Ça m'apporte quoi ? Je ne sais pas. On verra. Peut-être que je reviendrai vous voir dans un an, dans deux ans, en vous disant ben voilà, ce qui s'est passé. Mais pour l'instant, je suis déjà dans la plénitude d'être enfin réunie, pleine et complète de qui je suis. Et puis de me dire, voyez, ça m'arrive à des moments de repartir dans ce côté armelle et je me dis, calme. Descends au fond de toi, va dans ton mystère et abandonne-toi dans la personne que tu es, qui est à la fois cette étiquette que tu t'es construite, mais à la fois cette part d'humanité qui est Martine. Et j'en ai fait un mantra qui pour moi est très important. qui est souvent le matin, parce que ça m'a révélé aussi ma part de spiritualité, ma part sacrée, parce que je crois que l'indicible fait partie de toute vie. Alors il y en a qui vont l'appeler Dieu, il y en a qui vont l'appeler Bouddha, et je dis Martine, donne-moi le don de m'abandonner à toi pour être 100% dans la renaissance de ce que nous sommes. Donc en fait, ça c'est ma prière personnelle, mais on peut dire, comment arriver, parce que c'était votre question, c'est trouver le don de se donner à soi 100% pour mieux renaître. Voilà.
- Speaker #1
Est-ce que ce n'est pas une belle phrase de fin ?
- Speaker #0
Oui, je crois.
- Speaker #1
Alors, un grand merci Martine Armelle. Voilà.
- Speaker #0
Merci beaucoup Elodie.