- Speaker #0
La famille, elle est universelle, mais chacune possède son mythe, ses secrets et nous marque de son empreinte indélébile. Au fil des ans et des générations se transmettent des histoires qui valent bien les meilleures séries Netflix. Voici une nouvelle histoire de famille authentique et passionnante. Bonjour Lou !
- Speaker #1
Bonjour Elodie !
- Speaker #0
Merci beaucoup de me faire confiance pour me raconter cette incroyable histoire de famille qui au croisement de l'histoire de France... d'une belle histoire de femme.
- Speaker #1
Exactement, merci beaucoup de m'accueillir.
- Speaker #0
Est-ce que pour commencer tu peux présenter ta famille ? De quel milieu tu viens ? De quelle ville tu viens ? Qu'on comprenne un petit peu le contexte.
- Speaker #1
Tout à fait ! Donc moi je m'appelle Lou Aké Delépine et du côté de ma maman, donc toute l'histoire se situe de ce côté là, on vient à la fois de Belgique et de Paris, donc de Bruxelles et de Paris. Moi je suis professeure de théâtre, scénographe dans le milieu artistique Et dans ma famille, il y a eu beaucoup de métiers différents et vraiment plein de milieux différents. Donc on est assez disparate dans tout ça. Institutrice, modiste, lingère, comptable... Il y a vraiment eu plein de métiers différents. Tous les métiers que je viens de citer, c'est tous les métiers de cette lignée de femmes dont on va parler, qui remontent donc à mon arrière-arrière-grand-mère.
- Speaker #0
Il y a des personnages importants. On va pouvoir donner rapidement les noms puisqu'ils vont être le fil rouge. de ton récit. Pour donner le contexte actuel, tu es une fille unique. Tu as deux parents qui sont séparés mais qui s'entendent bien.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Et ensuite, tu as des origines belges mais françaises. Mais l'histoire dont on va parler, elle se passe à Paris.
- Speaker #1
Elle se passe à Paris avec des correspondances aussi en Belgique. Donc il y a quand même cet aller-retour là qui se fait. Ma mère Lydie et mon père Jordi sont de Paris. Et si on remonte un petit peu au-dessus pour refaire ce fil rouge, la mère de ma maman, Micheline Aquet, nommée Michou. Je pense qu'on peut l'appeler un peu Michou pendant toute cette histoire parce que c'est vraiment le surnom qui revient le plus. Elle est née en Belgique, à Hucle, dans un arrondissement de Bruxelles et a vécu par contre à Paris et dans les alentours de Paris toute sa vie. Ensuite juste au-dessus, il y a sa mère qui s'appelle André Georges, qu'on retrouve souvent sous le nom de Mémé dans toutes les lettres. Sa sœur, donc la sœur de André, qui s'appelle Marguerite, de son nom de jeune fille, Marguerite Georges, qui elle aussi a vécu à Paris et qui est maudiste. Et leur mère, qui s'appelle Joséphine Anne Georges-Rolin, qui est elle aussi sur Paris et lingère. Et donc tout le côté belge vient plutôt du côté de leur père, donc du père d'André et Marguerite, qui s'appelle Maurice Georges et qui lui a vécu et resté en Belgique.
- Speaker #0
D'accord, donc le couple est séparé ? Séparément ?
- Speaker #1
Exactement. Donc en fait André et Maurice ont vécu ensemble en Belgique. Je crois qu'ils sont revenus en France à un moment donné. Mais il y a eu une séparation et en tout cas une partie de la famille est restée en Belgique et une partie est restée en France. Je sais pas exactement de où est partie la séparation, s'ils étaient en Belgique ou s'ils étaient en France, mais en tout cas la séparation s'est faite.
- Speaker #0
Alors là on est à peu près à quelle époque pour redonner le contexte parce que c'est plutôt avant-gardiste de se débarrer ?
- Speaker #1
Oui effectivement. Et bien on est dans... les années 1920, voire même un peu avant, puisque ma grand-mère naît en 1929 et elle a deux grands frères, Jacques et André. Donc on est dans ces alentours-là.
- Speaker #0
Donc là, on a posé le cadre avec les personnages principaux. Il y a eu un élément déclencheur de cette histoire, parce qu'en fait, toi t'es hyper jeune pour t'intéresser à tout ça. Il y a eu un moment où... Allez, vas-y, je te laisse me le dire. Qu'est-ce qui a été l'élément déclencheur de cette recherche historique ?
- Speaker #1
Donc ma grand-mère, en 2017, a 88 ans. Donc là,
- Speaker #0
Michou.
- Speaker #1
Michou, exactement. Michou a 88 ans en 2017 et part en EHPAD. Ma mère, donc Lydie, décide de vider l'appartement qu'elle a à Anthony et donc démarre tout un travail de tri des affaires et de replonger dans tout cet appartement qui est rempli d'affaires à non plus finir.
- Speaker #0
Toute une vie en fait ?
- Speaker #1
Toute une vie parce que ma mère a vécu là-bas avec son père et sa mère, donc avec Jacques et Micheline, Michou. Et il n'y a jamais eu de déménagement depuis la naissance de ma mère. Et au moment de vider les affaires de la chambre, bien sûr tout ça s'est fait avec le consentement de ma grand-mère qui était d'accord pour vider l'appartement et pour que ma mère trie aussi toutes ses affaires. Donc au moment de vider les affaires de la chambre, elle vide aussi les deux petits tables de nuit et dans une des tables de nuit, elle trouve une lettre, une lettre de sa grand-mère à elle donc de André-Georges, mémé, destinée à ma grand-mère.
- Speaker #0
Michou.
- Speaker #1
Michou, exactement. Et cette lettre est datée du 18 au 24 août 1944. Donc, la semaine de la libération de Paris.
- Speaker #0
C'est incroyable parce que vraiment tout à l'heure en préparant l'épisode, j'ai recherché les dates exactes. Et si on regarde sur Wikipédia, les dates quand vous mettez « Libération de Paris » , c'est 19 au 25 août 1944. C'est-à-dire qu'on a même légèrement avant, mais on a surtout le direct de cet événement historique. Alors, je suppose que la curiosité a été plus forte ?
- Speaker #1
Oui, largement ! Ma mère a immédiatement ramené la lettre, on l'a lu ensemble. Elle ne l'a pas lu avant toi ? Elle l'a lu avant moi. Clairement elle l'a lu avant moi et avant nous parce qu'en fait elle nous l'a partagée, à mon père et à moi. Et c'est en famille, en trio, qu'on a plongé dans cette histoire. C'est mon père qui avec aussi un peu ce recul a tout de suite pris l'ampleur de cette lettre et l'a scannée. en premier, donc le scan que là on a aujourd'hui c'est le scan qui a été fait en 2017 par mon père dans la précipitation de se dire il faut absolument garder une trace de cette lettre dans l'état dans lequel elle est là maintenant. Et on s'est dit que cette lettre allait rester et qu'il fallait en faire quelque chose et ça a permis aussi de commencer tout un travail aussi avec ma grand-mère de discussion, de découverte, de plongée dans l'histoire de la famille.
- Speaker #0
Alors avant d'aller dans la lecture de cette lettre, pour ceux qui nous écoutent et qui ne voient pas la version imagée, on va dire, la table est remplie de lettres anciennes. Il y a même un petit badge au nom de Micheline Lermisieux, des dessins, c'est incroyable, et des photos. Je vous mettrai le tout sur la page Instagram du podcast, des photos d'époque,
- Speaker #1
des photos de communion, des photos de... des collières...
- Speaker #0
Vraiment toute la vie d'une famille à l'époque. Alors, on va pas faire durer le suspense plus longtemps. Lou,
- Speaker #1
est-ce que tu peux lire cette lettre qui a près de 80 ans et qui a été écrite du coup par ton arrière-grand-mère ? Donc je prends la version réécrite à l'ordinateur. Et pour donner un tout petit détail en plus, c'est qu'elle est datée du 18 au 24 août 44. Et en la relisant et en comprenant aussi les différents événements dont la lettre parle, on s'est rendu compte qu'en fait elle allait bien au-delà et qu'elle allait jusqu'en septembre. Mais vous verrez aussi dans la lecture comment elle est découpée, ce qui fait qu'on s'est dit qu'elle était un peu plus longue que juste août.
- Speaker #0
Donc là cette lettre, elle est d'une mère À sa fille. Sa fille, elle a quel âge ?
- Speaker #1
Elle a... Alors en 39, elle a 10 ans.
- Speaker #0
Elle a 15 ans donc, si elle est née en 29.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et donc cette dame a deux autres fils.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Dont on parlera un petit peu plus tard. Et c'est pour donner le contexte puisque ça va être très important.
- Speaker #1
Exactement. Semaine du 18 au 24 août 1944. Ma petite Michou, je pense à toi beaucoup car je m'ennuie d'être loin de toi pendant les heures que nous vivons en ce moment. Le travail est arrêté car depuis huit jours déjà, il n'y a pas de métro. Je faisais le chemin à pied, soir et matin, et étais très fatiguée. On annonce les anglo-américains autour de Paris. Aussi, les Allemands qui sont encore dans Paris sont en rage et se promènent dans les rues avec leurs tanks, en tirant à tort et à travers. La résistance s'est formée et se défend. Il y a des barricades à tous les carrefours. Et c'est avec risque qu'on circule dans les rues. Je suis angoissée et j'étouffe de voir tout cela et d'entendre le canon qui sonne sans arrêt. Je descends voir de temps en temps ce qui se passe jusqu'à l'avenue d'Italie. Il y a malgré tout un peu de gens dehors. Tout le monde est triste et on regarde avec anxiété tous ces pauvres jeunes gens qui circulent dans les autos, sur les marchepieds, chemise ouverte, nus tête, fusil ou revolver à la main et qui à chaque instant passent dans les rues en trombe, en criant « Rentrez chez vous ! Cachez-vous ! Les voilà ! » Alors, en une seconde, La rue devient déserte, et l'on entend la fusillade entre ces brutes de boche et la riposte bien maigre de ces braves hommes qui n'ont pour eux que leur courage et leur foi d'en finir avec cette engeance exécrée. Mercredi, jeudi, le canon qu'on entend au loin n'arrête pas. Nos amis sont paraît-il aux portes de Paris. D'heure en heure on les annonce : à Juvizy, Orly, Choisy, Champigny, Lailé Rose. L'espérance renaît et jeudi, à 6h, les agents de police, qui étaient en civil depuis 8 jours, sortent et passent rue de Tolbiac habillés avec leur uniforme. Ils vont, paraît-il, au devant des soldats du général Leclerc qui attendent pour rentrer à la porte d'Italie. Il sera 9h et presque nuit quand ils rentreront. Et quoique la foule se soit portée avenue d'Italie, Mamine et moi y étions. Nous ne les verrons pas car il n'y eut que quelques voitures qui prirent les chemins les plus courts. Seulement le lendemain, vendredi 25, jour de Saint-Louis, dès 9h du matin, ce fut un défilé sans arrêt. Les gens hurlent de joie, pleurent et rient en même temps. J'ai passé ma journée dehors, on respire mieux. Maintenant qu'on a pu leur serrer la main et les embrasser, car ils ont été embrassés. Je suis presque heureuse, car je me dis que maintenant, je vais pouvoir aller te chercher. Hélas, toute cette semaine du 28 août au 1er septembre se passera pour moi encore dans l'angoisse car on ne sait plus rien et je pense que ma Michou va se trouver dans la bataille huit jours, dix jours comme cela. Et puis, ta petite lettre du 1er septembre vient me tranquilliser. Je voudrais partir tout de suite et je ne le peux pas. Après information à droite et à gauche, il n'y a rien à faire. Je dois attendre mais que c'est long. La deuxième petite lettre est bien arrivée. Moi, je n'ai même pas eu l'occasion de te faire parvenir un petit mot. Aussi, ma petite Mimi, je t'assure que dès que je le pourrai j'irai te chercher. J'attends encore jusqu'à lundi prochain. Ce sera le 18. J'espère que ça ira déjà un peu mieux. J'ai hâte de te revoir et t'embrasser, ma chérie. Et ce qui m'ennuie, c'est qu'on n'a même pas pu te faire parvenir tes cartes de pain et de viande. Heureusement que je te sais avec Mlle Musson, car je me ferais rudement de la bile si c'était autrement. J'ai reçu cette semaine une lettre de Dédé, datant du 15 juillet. Il est toujours plein de courage et attend la fin. Alors ma chérie, tu vois ? Qu'il va falloir travailler ton anglais ? La saison scolaire qui va s'ouvrir au mois d'octobre sera celle de la paix. Il n'y aura plus de crainte, plus de tristesse, plus d'angoisse. Tous les écoliers et écolières de France travailleront avec courage et ardeur. Tu en fais partie ma chérie, et je pense que tu feras double effort pour rattraper le temps perdu. A bientôt Mamichou. Tous les baisers de ta maman, de Mamine, et ma reine également.
- Speaker #0
On est des frissons.
- Speaker #1
Oui, moi aussi. Et les larmes aux yeux, bien sûr, comme à chaque fois.
- Speaker #0
C'est fou parce que c'est tellement juste, c'est tellement intense en même temps. Donc elle a envoyé sa fille en dehors de la capitale pour la protéger, je suppose aussi pour qu'elle puisse mieux se nourrir.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Elle a deux autres fils.
- Speaker #1
Ouais, Jacques et André.
- Speaker #0
Donc elle parlait de Dédé.
- Speaker #1
Et André.
- Speaker #0
Est-ce que tu sais... Que devenait André à ce moment-là, avant qu'on rentre un peu plus peut-être dans l'analyse de cette vie, même peut-être post-guerre ?
- Speaker #1
Oui. Donc Jacques et André étaient donc eux en Belgique parce que quand les parents se sont séparés, la fratrie a été séparée. Donc ma grand-mère est restée à Paris avec sa mère et les deux frères sont partis en Belgique ou en tout cas restés en Belgique avec leur père Maurice.
- Speaker #0
À Paris, elle vivait de quoi ?
- Speaker #1
Donc mon arrière-grand-mère André, du même prénom que son fils André... Donc, mémé vivait et était institutrice. Et avec quelques recherches très récentes, donc je suis encore un peu dans le flou, en 1938-1939, je pense qu'elle était encore en Belgique, que sa fille était déjà plus à Paris mais à la campagne, là où elle avait été envoyée à Mouy, et qu'elle tentait coûte que coûte de revenir à Paris. Et pour ça, elle travaillait en tant que sténographe, secrétaire, caissière pour construire un dossier qui lui permettait de rentrer à Paris.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Tout ça, c'est assez récent. C'est en refouillant des lettres qui sont encore réapparues là récemment. Donc les dates sont floues, mais en tout cas, elle a été institutrice. Ça pour sûr pendant très longtemps. Et elle vivait avec sa sœur et sa mère, donc Mamine et Marène, qu'on entend à la fin de la lettre, qui, elles, étaient modistes et lingères et avaient leur propre magasin qui s'appelait Saint-Amand. Précisément, tac, hui. rue Chevaux-la-Garde dans le 8ème à Paris.
- Speaker #0
Oh, classe !
- Speaker #1
Voilà. Donc elle vivait de ça.
- Speaker #0
Ok. Et comment elle s'est retrouvée à Paris pendant la libération alors ?
- Speaker #1
Elle a réussi. Donc ça, j'ai retrouvé un document qui justement préparait son dossier pour pouvoir rentrer sur Paris, donc rentrer en France. Donc elle a réussi à revenir en France pour vivre avec sa mère et sa soeur.
- Speaker #0
D'accord. Donc là, elle vivait visiblement, tu me disais, quartier Tolbiac, Place d'Italie.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Où elle a vraiment vécu en temps réel la libération de Paris. Que sont devenus ses deux fils après, si on fait un petit bond dans le temps ?
- Speaker #1
Du coup, oui, je n'avais pas répondu à ta question juste avant. Jacques et André ont été enrôlés ou en tout cas embarqués dans les services de travail obligatoires allemands en étant en Belgique. Et ils ont perdu leur trace l'un de l'autre.
- Speaker #0
Ils ont été séparés.
- Speaker #1
Oui, ils ont été séparés. Jacques a été envoyé quelque part, André à un autre endroit. Et dans toutes les communications qu'on a retrouvées, malheureusement on n'a retrouvé que celle d'André. Donc il n'y a eu aucune communication de la part de Jacques envers la famille. Il a été porté disparu après la guerre et on ne l'a jamais retrouvé.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui, on ne sait pas ce qu'est devenu cet homme.
- Speaker #1
Exactement. Jacques a été porté disparu, mort à la guerre, mais on ne sait pas où du tout. Est-ce qu'il est resté en vie ? Est-ce qu'il a refait une vie ailleurs comme certaines personnes ont dû ou pu faire ou n'avaient que ça à faire parce qu'ils ne pouvaient pas revenir chez eux, dans leur famille ? C'est possible. En tout cas, l'histoire s'arrête là, en tout cas de notre côté. Et André, lui, a été libéré. On a même eu dans certaines lettres la confirmation qu'il a essayé de s'évader. Sa tournure est assez belle. Une tentative d'évasion avortée, il en parle dans ses lettres. Donc ce n'est pas grâce à une évasion qu'il est revenu en tout cas, mais c'est à la fin de la guerre qu'il a été libéré.
- Speaker #0
D'accord donc il est resté quand même de nombreux mois voire des années. Je crois que... Il y a un des documents que tu as amenés qui est juste incroyable. Donc comme tu le disais, c'est une espèce de formulaire qu'on pliait pour le transformer en lettres avec les tampons allemands, avec cette écriture gothique rouge. Et donc c'est écrit au crâne papier et moi c'est ce qui m'a marquée avant qu'on ne démarre : c'est l'écrit. Le moral, pas trop attaqué malgré 32 mois, 25 jours de captivité.
- Speaker #1
Ouais. Et ça, je crois que celle-ci, elle date de 1943 encore, donc la guerre n'est pas finie.
- Speaker #0
Et là, il y a l'adresse du coup, 169 rue de Tolbiac, dans le 13e.
- Speaker #1
Exactement, elles habitaient pas très loin du magasin.
- Speaker #0
D'accord. Donc André finit par rentrer, pas de nouvelles de Jacques, ta mamie revient à Paris.
- Speaker #1
Oui. Donc en fait, effectivement, toute l'histoire... De cette lettre, il est né du fait qu'on s'est rappelé en tant que famille que ma grand-mère était à la campagne, donc à Mouy, pendant toute la durée de la guerre.
- Speaker #0
Et pourquoi ce lieu ?
- Speaker #1
Alors, par des connaissances de connaissances, la famille connaissait une dame nommée Denise Gaudry, qui était la surveillante générale du collège de Mouy, et qui, pour accueillir ma grand-mère, qui n'est pas allée à l'internat, mais est allée dans la ferme du frère de la cuisinière du collège.
- Speaker #0
Ok, oui, vraiment le réseau pour le coup.
- Speaker #1
Voilà, c'est exactement ça. Et donc c'est la famille Musson qui a accueilli ma grand-mère dès 38-39 jusqu'à après la guerre. Je crois qu'elle y est restée même jusqu'en 45. Elle est revenue plus souvent après la guerre à Paris, mais elle a fini ses études en tout cas au collège de Mouy.
- Speaker #0
D'accord, bon, c'est que ça devait être un cadre plutôt épanouissant. Ta grand-mère, elle n'en avait jamais parlé à sa... fille, ou même à toi, de cette période, de ce qu'elle avait vécu ?
- Speaker #1
À moi, non. Jamais. À ma mère, si. Je sais qu'elle savait qu'elle était à la campagne pendant la guerre. Mais les discussions n'étaient jamais vraiment allées dans tout ce témoignage, refouillé tout ce qui s'était passé. Et c'est vraiment au moment où on est tombé sur cette lettre que là, on est allé chercher aussi les souvenirs de ma grand-mère. On ne peut pas laisser ça disparaître. Ma grand-mère était quelqu'un quand même de pas timide, mais très réservé, très pudique. Il y avait une démonstration d'amour énorme. C'était vraiment pas la pudeur qui empêche de dire je t'aime, vraiment pas.
- Speaker #0
Une retenue ?
- Speaker #1
Ouais, une retenue.
- Speaker #0
C'est un milieu social de classe moyenne ?
- Speaker #1
Oui, elles ont toutes un peu travaillé pour avoir leur reconnaissance dans la vie de manière très dure aussi. Et je pense que mon arrière-grand-mère, André, mémé, était très dure de part sa formation et de son travail d'institutrice, mais aussi du vécu. Et donc il y avait quelque chose d'une structure qui était maintenue. Ils ont monté en classe sociale parce que Joséphine, Anne, Georges, Rolin, Mamine, l'arrière-arrière-grand-mère, étaient lingères et avaient réussi à trouver un filon où elles faisaient les trousseaux. - Des filles pour les mariages ? - Ouais, mais pour des familles riches.
- Speaker #0
Et donc ça, ça les aurait enrichies ?
- Speaker #1
Je pense que ça, ça les a enrichies et en fait le magasin aussi a engendré toute une... Une recluture. ...clianté, une clientèle un peu plus bourgeoise...
- Speaker #0
D'ailleurs avoir son propre magasin à Paris c'était quand même...
- Speaker #1
J'ai retrouvé il n'y a pas longtemps l'acte de clôture de Saint-Amand, ils ont fermé l'année de ma naissance.
- Speaker #0
Mais ça est resté... hyper longtemps en fait.
- Speaker #1
Hyper longtemps. 1997, ça a été revendu, ça c'est sûr, mais c'est resté saint-amant "Maman Boutique". Je ne sais pas pourquoi est-ce que ça a changé. Ça, ça fait partie de ce que je suis en train de plonger pour voir qu'est-ce qui est devenu du magasin. Et aujourd'hui le magasin est encore un magasin de vêtements, mais avec un autre nom.
- Speaker #0
C'était des femmes entrepreneuses qui ont monté cette boutique. Donc en effet on est parti d'une lingère qui faisait les trousseaux vers un business qui a grossi, de la ouvrir une boutique, pouvoir en vivre...
- Speaker #1
Accueillir aussi le métier de sa fille qui était modiste, donc qui faisait des chapeaux. Donc elles ont combiné lingère et modiste.
- Speaker #0
Synergie parfaite.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Ta grand-mère quand vous êtes allée l'interroger elle se souvenait de tout ? Elle avait encore toute sa tête ?
- Speaker #1
Oui. Ça a été à coups de plusieurs rendez-vous parce que tout ça a mené à un projet mais le fait est que c'était pas tout de suite. Il a fallu creuser petit à petit.
- Speaker #0
Bah oui.
- Speaker #1
Sortir aussi les photos de notre côté.
- Speaker #0
Et réactiver vraiment les souvenirs, la mémoire.
- Speaker #1
Ouais c'est ça.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui est ressorti qui n'était pas dans la lettre ? Quels souvenirs elle t'a partagé ?
- Speaker #1
Tellement d'anecdotes, tellement de moments de vie en fait. De ces moments de vie aussi au collège, à la campagne. De ses amis. Je crois qu'il y a un moment donné on a retrouvé une petite lettre que j'ai là, mais je ne sais plus exactement laquelle c'est. De ses ami.e.s qui s'appelle Michel Alexandre. Et au moment où on lui a demandé "Qui est Michel Alexandre ? " il nous aurait dit c'est ma meilleure amie. Et elle est passée à autre chose. Et nous, on était un peu sidérés de se dire ok, donc raconte-nous plus de cette meilleure amie. Et elle nous a raconté un peu, mais vraiment très vite fait, son histoire. Et c'est après un deuxième rendez-vous, on est revenus sur Michel-Alexandre et où elle nous dit au détour d'une façon, oui, mais de toute façon, Michel-Alexandre, elle était un petit peu mise à l'écart. Elle n'était pas au milieu de tout le monde dans le groupe amical. et on lui demande : "Mais pourquoi ? Comment ça se fait ? " Et il nous sort : "Ah bah parce qu'elle était juive et qu'elle était cachée." Et vraiment, ce qui nous a marquées c'est que c'était pas la première chose qu'elle nous a raconté sur cette... - C'est pas ce qui la définissait. - C'était tellement pas ce qui la définissait ! Et ma grand-mère a mis une deuxième fois à des mois de décalage pour nous raconter ça et nous dire qu'effectivement oui dans le... Au collège de Mouilly, elle était un peu mise à l'écart parce qu'elle était cachée, parce qu'elle n'était pas censée être là et qu'elle était juive et que sa famille était elle-même bloquée à Paris. Donc c'était extrêmement lourd de toute l'histoire et de ce que nous on sait. Mais pour elle, c'était un souvenir joyeux d'une meilleure amie qui a fait toute sa scolarité avec elle et dont on a retrouvé des petits mots qui finissent par « ta meilleure amie qui t'aime » .
- Speaker #0
En fait, elles ont vécu toutes les deux à distance de leur famille. Certes, l'une devait se cacher vraiment pour sa vie, l'autre était peut-être plus là pour des raisons de sécurité aussi, mais j'ai envie de dire que beaucoup partageaient à cette époque-là. Est-ce que tu penses qu'à l'époque, elles avaient conscience que ta amie était en danger, et qu'elle était cachée ?
- Speaker #1
Je ne pense pas. Malheureusement, les discussions autour de toute cette amie, on n'a pas eu le temps. de plonger encore plus dans cette histoire. Et donc, j'ai pas pu avoir plus de ces souvenirs et de ces sensations. Et c'était très difficile d'aller vers ces sensations, d'aller comprendre ce qu'elle ressentait, elle, à la campagne, de voir s'il y avait de la peur, du manque de sa famille. Enfin, le manque de la famille, ça, il écria dans les lettres. On l'a retrouvé entre sa tante, ma reine, qui lui envoyait des lettres, et sa mère. On sentait bien le manque. Mais... On a eu un peu de mal à aller chercher les sensations, de savoir si c'était complètement innocent. Elle y était quand même à partir de ses 9 ans, donc c'est quand même très jeune. Et je ne suis pas sûre qu'elle ait eu d'emblée toute la lourdeur de la guerre en étant elle-même éloignée. Et de parler lettres aussi, je pense que sa mère, sa tante, sa grand-mère l'épargnaient beaucoup de ce qui se passait à Paris.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Mais du coup, on avait du mal à... aller chercher les sensations, elle, de comment on se sentait sur tout ça.
- Speaker #0
Oui, là c'est très factuel ce qu'elle raconte. Est-ce que tu aurais d'autres petites anecdotes ?
- Speaker #1
J'ai mis tes notés... Ah oui ! Alors cette anecdote-là... Donc au collège de Mouilly, elle logeait chez les Musson, donc le frère de la cuisinière du collège. Ils s'appelaient... Je n'ai plus leur nom, de monsieur et madame Musson, qui avaient deux enfants. Josette et André, encore un André, et un chien, et donc toute une ferme avec des lapins, plein d'animaux. Et ma grand-mère nous a raconté une fois cette histoire d'un petit lapin dont elle s'est occupée pendant longtemps et qui a, au grand bonheur de tous mais à son grand malheur à lui, servi de dîner de Noël. Une année.
- Speaker #0
Je l'ai senti.
- Speaker #1
On le sent venir généralement. Mais qui a permis une grande fête pour un Noël. qui malheureusement a donné sa vie pour ça, mais en même temps a permis aussi un repas joyeux qu'elle nous a raconté. Mais c'est vrai que la manière dont elle nous le racontait, de ce petit lapin qu'elle avait vu grandir, dont elle s'était occupée, et qui un jour avait fini sur la table, était source d'éclats de rire et un peu d'horreur chez nous. Petite anecdote comme ça. Et puis après, il y a aussi les anecdotes à chaque fois qu'elle revenait, parce qu'elle revenait de temps en temps à Paris. À chaque fois, elle faisait des photos sur... Les Marches de la Madeleine. Et c'est là où on a retrouvé un petit album dans lequel mon arrière-grand-mère avait gardé des photos d'année en année, de ma grand-mère qui grandit et qui est devant les marches, enfin sur les marches de la Madeleine.
- Speaker #0
Ouais, on voit que c'est quasiment exactement la même place à chaque fois.
- Speaker #1
Exactement la même place, la même posture, et on voit la mode changer un peu : "ma grand-mère grandir", bien sûr. Et je crois que la dernière elle est de 45 donc après la Libération ? 44.
- Speaker #0
Donc on a 1939, 1943, 1944.
- Speaker #1
Et il y en a une autre, alors que je n'ai pas là, qui est de 45 et où on voit qu'elle a vraiment beaucoup plus grandi.
- Speaker #0
Alors tu disais que tu avais interrogé ta grand-mère pour un projet.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et ça recoupe un peu ma question suivante qui est, qu'est-ce qu'on fait quand on a une histoire qui a autant de potentiel, qu'on a autant de détails, qu'on a des personnages hyper attachants ? Tu aurais voulu l'écrire, cette dynastie de femmes, cette plongée dans l'histoire ? Tu ne peux pas... Ne pas en faire... Alors, outre ce podcast, je crois que tu avais une autre idée.
- Speaker #1
Oui. Plus qu'une idée, c'est une idée qui a abouti. En 2017, quand ma mère partage cette lettre à mon père et à moi, mon père, avec le recul qu'il avait lui sur l'histoire familiale, a tout de suite dit « il faut qu'il se passe quelque chose » . Alors ça ne s'est pas fait tout de suite, mais il m'a dit « Lou, en étant dans le milieu du théâtre, il faut que tu t'en empares, il faut que quelque chose se fasse avec cette lettre, quelque chose s'écrive, qu'on plonge. » Que ce soit une histoire fictive autour ou que ce soit la réalité, il faut que cette lettre existe dans le milieu de l'art aussi.
- Speaker #0
Que ce soit un témoignage.
- Speaker #1
Oui, que ce soit un témoignage mais qu'on le transforme aussi et qu'on puisse l'apporter à d'autres. Autrement que juste en étant une lettre qu'on va lire dans une exposition.
- Speaker #0
Un énième support quoi.
- Speaker #1
On s'y tient, un support vivant porté en plus par la famille, ce serait vraiment le meilleur moyen. Des années sont passées. Et en 2024, un peu avant 2024, mais 2024 était les 80 ans de la libération de Paris. Et donc un peu avant 2024, rebelote, mon père est venu à la charge en disant « Là, il faudrait vraiment qu'un projet se fasse ! »
- Speaker #0
La voix de la sagesse.
- Speaker #1
Exactement. Avec l'accord bien sûr de ma mère et l'enthousiasme de toute la famille, je me suis mise à me dire « Ok, le projet va exister, mais je voudrais qu'il y ait quelqu'un d'autre qui rentre aussi dans ce projet pour avoir un regard un peu extérieur. » qui écrit et à qui j'ai demandé, si elle était d'accord, d'écrire le spectacle à partir de cette lettre. Et donc a démarré là tout un projet de rencontre avec ma grand-mère et avec Justine, qui est venue et qui a posé des questions à ma grand-mère, qui est allée fouiller dans toute cette histoire, avec ce regard un peu extérieur et avec cette nouveauté où nous, il y avait des histoires qu'on connaissait par cœur, et donc on n'osait même plus demander à ma grand-mère. Donc elle, avec cet œil neuf et cet œil aussi qui cherchait À la fois la chronologie, à la fois les points d'ombre qui pouvaient rester des coins d'ombre pour laisser la fiction prendre part, est venue chercher dans les souvenirs de ma grand-mère, dans les sensations, a essayé d'aller chercher tout ça. Et donc elle a écrit, avec mon aide la dramaturgie, une pièce qui s'appelle « Ma petite Michaud » , qui a été montée, qui a été lue devant ma grand-mère, à Saint-Aubin-sur-Mer, là où elle était, en Ehpad, devant toute une communauté à la fois de familles amicales qui nous connaissaient et qui connaissaient la famille, qui connaissaient ma grand-mère, mon grand-père, et qui ne connaissaient pas cette histoire, qui sont venus voir à la médiathèque de Saint-Aubin-sur-Mer. Ce projet ensuite on l'a mis en scène et on l'a joué au Festival du Saul en septembre juste après. Donc on l'a lu en août et on l'a joué en septembre. Donc ma grand-mère, qui est décédée cette année, en 2025, a pu voir le spectacle et a pu valider aussi tout ce qu'on a écrit, donc on lui avait fait aussi une copie du texte Quand on lui avait signé et on a une petite photo, je crois que je l'ai là.
- Speaker #0
Je vois où on la mettra aussi,
- Speaker #1
où elle tient fermement le texte. Exactement. Et il y a Justine et moi autour d'elle qui l'entourons. Il y a aussi une petite photo de le jour de la représentation avec mon père, ma mère, donc Lydie, Jordi, Justine et moi.
- Speaker #0
Une autre famille, en fait. C'est marrant parce que tu parlais de la meilleure amie de ta grand-mère, à quel point elles étaient du coup inséparables. Et en fait, au final, l'histoire se répète encore une fois avec Justine qui prend part dans cette histoire familiale. Ce n'est pas forcément aisé et en même temps, visiblement, quand on voit les photos où elle embrasse ta grand-mère au même titre que toi, je sens qu'elle a aussi trouvé sa place. C'est un super voyage dans le temps. C'est une façon d'incarner l'histoire, je trouve, qui est juste géniale. Parce que tous les passionnés d'histoire peuvent se rendre dans des musées, le musée de la libération qui est génial. Où tu as justement des objets qui vraiment te font voyager dans le temps. Mais de là à avoir tout le fil, toute l'histoire et toute une vie de famille, c'est d'autant plus fort. Bon, c'est un peu facile, mais j'allais dire, est-ce que ça t'a rendu fière ? Est-ce que ça t'a fait changer de perspective sur ton histoire de famille, ta famille ?
- Speaker #1
Ouais, ça m'a rendu fière de plonger aussi dans cette ligne de femmes fortes, indépendantes, qui... se sont à la fois battues pour leur indépendance, pour rester autonomes en termes de travail, mais aussi pour maintenir la sensation de famille. Et à la fois une sécurité et à la fois un épanouissement. Il y a mille choses qui m'ont fait du bien dans la découverte de cette histoire, mais dans la suite aussi. Dans le fait que cette histoire-là, elle nous a rapprochées, elle nous a permis de créer. Que Justine est faite et a fait partie de la famille en plongeant dans tout ce témoignage. que encore aujourd'hui, il y a des personnes de la famille belge qui n'ont pas pu voir encore le spectacle, qui nous posent des questions, qui m'ont encore donné d'autres informations sur la famille. Ça ne s'arrête pas ! Ça ne s'arrêtera pas et c'est ça qui est magnifique. Et en sortie du spectacle, j'ai une amie qui elle-même est la fille de la meilleure amie de ma mère, on se connaît depuis qu'on est née, qui a amené ses grands-parents voir le spectacle. Et qui sont sortis du spectacle en nous disant : Déjà un énorme merci, avec des larmes aux yeux. Avec Justine on était déjà bouleversés d'avoir pu présenter le spectacle. Et en plus de ça, de recevoir leur merci était magnifique. Et qui ont enchaîné en disant : "Nous aussi on a une lettre comme ça dans la famille, et on adorerait vous la partager."
- Speaker #0
Mais non !
- Speaker #1
Et à partir de là on s'est dit : "Ok, ce spectacle on a envie qu'il tourne donc il ne tourne pas encore, on a une création lumière qu'on voudrait faire parce que là on l'a fait en extérieur. Enfin on l'a fait dans un bateau mais sans création lumière, sans création sonore et tout. Il a encore une vie devant lui ce spectacle. Et en voyant ce micro témoignage à la sortie du spectacle, on s'est dit : "Ok, on a envie de rencontrer le public après, de voir aussi les histoires que chacun et chacune a envie de nous raconter."
- Speaker #0
Oui qui s'entremêlent au final puisque peut-être qu'un jour tu iras voir cette fameuse Michèle Alexandre ou en tout cas ses descendants. Peut-être que tu iras voir les descendants aussi de ceux qui ont hébergé ta grand-mère. Ça peut être une histoire sans fin. Est-ce que toi t'es prête à avoir ce rôle aussi un peu de l'historienne de la famille ?
- Speaker #1
Bah je sais pas si c'est... quelque chose sur lequel j'ai mis une étiquette, mais en tout cas c'est quelque chose qui fait partie de mon parcours artistique là. Et le fait est que ce parcours artistique a pris une place dans la famille, les deux se sont entremêlés et oui ça ne va pas s'arrêter là en tout cas. Et je sais qu'on aurait aussi envie de plonger dans l'histoire de la famille de Justine.
- Speaker #0
Ah ça serait une super croisée ! Est-ce que tu sais s'il y a de la matière sur la même époque ?
- Speaker #1
Même époque peut-être, mais en tout cas pas en France, en Pologne. En Pologne ? je ne voudrais pas dire de bêtises, à l'étranger, à d'autres endroits, mais une lignée de femmes fortes autant que celle de ma famille. C'est tout autant une histoire de mère, grand-mère, arrière-grand-mère qui ont été indépendantes et se sont soutenues et ont fait famille entre elles.
- Speaker #0
Bon, là on est sur la fin de la guerre, mais j'ai envie de dire que c'est aussi une chance et une fierté d'avoir ce témoignage, mais d'avoir le témoignage aussi qui montre qu'elles étaient du bon côté, entre guillemets, de l'histoire. On voit la lettre du grand-oncle qui dit qu'en effet il a voulu... On a cette enveloppe incroyable avec laquelle tu es arrivée au début, qui est une enveloppe qui a été censurée à l'époque par la censure nazie puisqu'il y a le tampon.
- Speaker #1
Avec marqué Geofnet, donc ça veut dire qu'elle a été ouverte.
- Speaker #0
Avec surtout un timbre à l'effigie d'un... Pour le coup c'est le roi belge je pense.
- Speaker #1
Je pense que c'était des timbres qu'ils s'envoyaient entre eux pour pouvoir permettre d'envoyer les lettres, c'est-à-dire que lui il n'avait pas de timbre.
- Speaker #0
Oui, il devait le mettre dans le pli précédent. Enfin moi j'avais jamais vu un tampon nazi en vrai sur un document. Et on voit qu'en fait le document est découpé. Il y a des coups de ciseaux. Je pense que c'était une petite carte illustrée visiblement. La fin, je vous la lis, c'est « Je vous souhaite une bonne santé avec l'espérance que la guerre finira bientôt et que je pourrai vous rejoindre » .
- Speaker #1
Et là en replongeant, je retrouve aussi des extraits où il parle justement de Jacques, son frère, qui l'appelait Jackie. Vous me demandez des nouvelles de Jackie, j'ignore où il est à 7h. Et c'est tout. Pour le moment, j'attends de ces nouvelles.
- Speaker #0
Est-ce que ce n'est pas une prochaine enquête pour toi ?
- Speaker #1
Peut-être, oui. Savoir où est-ce que Jacques a disparu. Je pense que ça permettrait aussi de reconnecter avec la famille du côté belge. Parce qu'avec cette séparation entre les frères et la sœur, qui n'était quand même pas banale d'avoir des enfants d'une même fratrie qui sont répartis entre deux pays différents. Il y a pas mal de choses qui se sont divisées. C'est-à-dire que moi, mon arrière-grand-père, j'en ai quand même très peu entendu parler, Maurice Lermusio, beaucoup moins qu'André. Donc peut-être qu'il y a quelque chose à aller fouiller aussi de ce côté-là.
- Speaker #0
En tout cas, c'est un super prétexte. Et est-ce qu'avant cette histoire, tu t'intéressais à ton histoire de famille ?
- Speaker #1
Un petit peu, mais du côté de mon père. Parce qu'en fait, il y a eu beaucoup de cousins et de cousines du côté de mon père qui ont fouillé, notamment une partie... Des cousins et cousines qui sont remontés jusqu'à Guillaume le Conquérant.
- Speaker #0
Ah oui !
- Speaker #1
Donc eux ils vont aller remonter loin, vraiment loin. Ou plutôt côté normand... Comme c'était un peu pris en charge par les cousins et cousines, moi j'ai donné ce que j'avais, ce que j'ai retrouvé de mon grand-père.
- Speaker #0
Tu t'es laissé porter ?
- Speaker #1
Mais je me suis un peu laissée porter de ce côté là. Mais de voir tout ça, ça m'a donné envie de faire la même chose du côté de ma mère du coup. Comme on est peu... Enfin ma mère n'a pas de frères et sœurs, elle a une sœur, une demi-sœur mais qui n'a pas d'enfants.
- Speaker #0
Ok, donc toi c'est ton espace ?
- Speaker #1
Je suis un peu solo à aller fouiller tout ça. À part si je me reconnecte avec des cousins et cousines belges qui ont envie de le faire. Mais pour l'instant je suis un peu solo sur tout ça.
- Speaker #0
C'est ta mission un peu ?
- Speaker #1
Un peu ouais. Mais que je prends avec plaisir, vraiment. Puis surtout de cette manière-là, la manière dont ça s'est fait, c'était tellement naturel. Aller poser des questions, faire des allers-retours. D'avoir Justine qui posait plein de questions aussi nouvelles pour nous. Mais tu vois, même l'histoire de Michel-Alexandre, l'anecdote encore plus folle, je ne l'ai pas mis là parce que c'était parler du projet avant de parler du projet. Mais c'est que la première fois où elle nous parle de Michel-Alexandre, c'est qu'on lui montre une petite lettre en disant « C'est qui ? » « Ah bah c'est ma meilleure amie, Michel-Alexandre. » Ok, incroyable. Je t'inécris deux, trois scènes en plus du spectacle. Et dans une des scènes, elle met en scène Michel justement en disant que sa famille est à Paris, elle est restée coincée. mais sans avoir l'histoire de sa famille. Et Justine, pour rajouter un peu de fiction, sous-entend que la famille est peut-être cachée, ou en tout cas a des problèmes à Paris. Mais elle ne l'écrit pas vraiment. La fois d'après où on reparle de Michel Alexandre à ma grand-mère, ma grand-mère nous sort : "Elle était écartée parce qu'elle était juive." Justine et moi, on tombe vraiment des nues en se disant : "Ok donc en fait tu as écrit quelque chose dont tu avais l'intuition et qui était complètement vrai." Et donc on y allait, et dans le spectacle, elle dit vraiment l'histoire de Michel Alexandre.
- Speaker #0
Bon, tu as la charge de l'histoire de ta famille et moi maintenant je te mets la responsabilité de retrouver.
- Speaker #1
J'adore. Ouais, ce serait génial.
- Speaker #0
Tu nous tiendras au courant.
- Speaker #1
Ouais, je te tiendrai au courant avec grand plaisir.
- Speaker #0
Avant de clôturer cet épisode, j'aime bien que mon invité apporte un mot de la fin. Est-ce que tu as quelque chose à nous partager ?
- Speaker #1
Je n'y avais pas réfléchi du tout, mais j'avais pris avec moi un peu par hasard tout à l'heure Un extrait de la pièce, qui est un texte que Justine a écrit pour que moi je parle à ma grand-mère. Est-ce que ça...
- Speaker #0
C'est parfait !
- Speaker #1
Mamie, nous lisons cette lettre comme tu as dû le faire il y a 80 ans. Les mêmes mots défilent sous nos yeux et bombardent nos têtes. Il y a des milliers d'histoires de guerre qui ne se terminent pas comme la tienne et celle de mémé. Des milliers et des milliers sont portés disparus, morts au front, morts dans les camps, Morts de faim et de froid, morts fusillés. Beaucoup n'ont pas eu de descendance. Pas eu d'enfants à élever, de petits-enfants à émerveiller. Beaucoup n'ont pas eu d'histoire à raconter, et beaucoup ont été oubliés. Alors mamie, nous lisons cette lettre, comme tu as dû le faire il y a 80 ans, pour ne jamais oublier. Merci Lou !
- Speaker #0
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