- Speaker #0
Je vois plein de choses dans le miroir. Je vois justement cette femme qui est elle-même, cette femme qui a les yeux qui brillent, cette femme qui est pétillante, qui est spontanée, qui est solaire, qui est heureuse de vivre, qui est pleine de projets, qui est tellement créative, qui a le cerveau qui bout tout le temps et qui ose être celle qu'elle est réellement. Ça, c'est ce que moi je vois de tout.
- Speaker #1
Streambox présente Histoire de femme avec Ivana Kriako.
- Speaker #0
Bonjour Jenna.
- Speaker #1
Coucou Amin.
- Speaker #0
Très bien, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Ça va.
- Speaker #0
Alors, tu es contente d'être dans ce beau studio Streambox ?
- Speaker #1
C'est la toute première fois que je fais un podcast, donc c'est super chouette et avec toi, ça me met à l'aise. Je suis à l'aise.
- Speaker #0
Alors, je vais directement rentrer dans le vif du sujet.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Est-ce que tu te souviens de la première fois dans ton métier quand tu étais ? petite fille, d'une remarque qu'on aurait pu faire sur ton physique ?
- Speaker #1
Honnêtement, moi, je suis quelqu'un qui... J'oublie assez vite.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, j'essaye de pas trop y penser ou pas trop retenir les commentaires. Donc, je pourrais même pas te dire. Le tout premier.
- Speaker #0
Alors, moi, oui. Moi, je m'en souviens très, très bien. Tu avais 14 ans à l'époque, je pense. En tout cas, pas beaucoup plus. Et tu étais... tu étais dans un concours international de mannequins. Et le directeur de casting t'a fait une réflexion en te disant « Écoute, Jenna, fais quand même attention parce que tu ne peux pas trop manger, parce que tu as pris un peu de poids. » Tu te souviens de ça ?
- Speaker #1
Non, je ne me souviens même plus de ça.
- Speaker #0
Donc, tu as vraiment zappé cet épisode. Moi, ça m'a marquée très fort.
- Speaker #1
Oui, je vois le concours que tu veux dire, mais je ne me souviens plus du mec.
- Speaker #0
Et donc moi, ça m'avait terriblement choquée parce que je me disais, comment est-ce qu'on peut faire ce genre de réflexion à une jeune fille de 14 ans qui est en pleine croissance et qui était à mes yeux, en tous les cas, parfaite. Mais je sais qu'à partir de ce moment-là, tu as commencé à faire très, très attention à ton physique, que ça devenait quelque chose d'assez problématique pour toi. Et qui pouvait même être dangereux, tu vois. Et puis par la suite, tu es partie travailler à 15 ans à Milan. Oui. Et comment tu as vécu cette expérience à Milan ?
- Speaker #1
C'était positif, mais aussi négatif. Mais positif dans le sens où j'ai vraiment appris à être autonome et de tirer mon plan. C'est juste pour dire, à 15 ans, je me souviens que mes copines, ils prenaient un bus pour la première fois et moi, je pouvais aller au casting, je pouvais prendre un avion toute seule, me gérer toute seule. Donc, ça m'a appris à être vraiment très indépendante. Et de l'autre côté, c'était dur parce que j'étais confrontée à plein d'autres filles, plein de mannequins. Comme tu dis, à 15 ans, tu te compares avec tout le monde. C'est encore un truc que j'ai maintenant, mais à 15 ans, c'était encore pire. Donc, oui, ça m'a appris des choses, mais ça m'a aussi... C'était une période qui était assez compliquée, parce que je me souviens qu'à un moment donné, tu es venue à Milan, parce que je ne mangeais plus rien.
- Speaker #0
Non, parce qu'on va revenir là-dessus tout à l'heure, mais d'abord, je voulais revenir sur le fait de cette dernière Fashion Week à Paris, cette année, a de nouveau créé énormément de polémiques, sur cet extrême maigreur de mannequin. Et je sais qu'il y a un moment où l'industrie a voulu changer ça. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'à un moment donné, il y avait plus d'inclusivité. Donc, il y avait de la place pour tout le monde. Des filles qui n'étaient pas size 34, c'est même pas 36, c'est plus 34, même 32. Les filles qui faisaient un taille 38-40, 40-42, avaient de la place aussi sur les podiums. Et c'est vrai que depuis quelques saisons, ça diminue. Ce qui est quand même assez dommage parce que justement, c'est chouette d'avoir une inclusivité de plein de femmes parce que les femmes ne sont pas que des tailles 32. Après, pour moi personnellement, je trouve qu'on ne peut pas faire du body shaming dans les deux sens. Donc une fille qui est mince, naturellement, elle aussi, elle a sa place.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
bien sûr. Mais je trouve que ça ne peut pas devenir le norme. de la beauté, d'être extrêmement maigre ou extrêmement mince. Pour moi, justement, la beauté de la femme, c'est qu'il y en a de toutes les formes, de toutes les ethnicités, de toutes les couleurs de cheveux, de personnalités. Ça, c'est justement la beauté de la femme. Donc, c'est dommage qu'il n'y ait plus cette diversité sur les podiums.
- Speaker #0
Oui. Et on sait aujourd'hui que, justement, Eh bien, on veut faire rentrer les femmes dans des cases. C'est un peu le thème aussi dont on parle ici dans ce podcast Histoire de Femmes, cette invisibilité. Est-ce que tu peux expliquer la raison pour laquelle les créateurs, les stylistes, veulent ce genre de femmes avec ce prototype de corps sur les podiums ?
- Speaker #1
Moi, je pense que principalement un couturier ou un designer, il veut que les vêtements soient en première place et pas personne. et pas la personnalité de la fille. Après, comme tu sais, moi, je n'ai jamais fité dans les critères des shows. Donc, moi, je n'ai jamais fait des grands shows de couturier ou de la fashion week. J'en ai fait, mais plutôt dans la lingerie. Donc, après, moi, je ne peux pas vraiment répondre à cette question parce que je ne l'ai pas vécu. Je n'ai jamais eu une conversation avec un designer. Mais moi, je pense que... qu'ils veulent vraiment avoir les vêtements en première place. Après, ce n'est pas pour tout le monde comme ça. Il y en a des créateurs qui aiment les femmes et qui veulent les mettre en avant, mais ils ne sont pas tous comme ça.
- Speaker #0
Et comment tu vis ce dictat de la minceur extrême au quotidien, ton quotidien ? Comment tu fais pour sortir de là et rester toi-même en fin de compte ?
- Speaker #1
C'est une question compliquée parce que... C'est quelque chose que j'ai depuis toujours en moi. Donc, indirectement, ça m'occupe sans que... Avant, c'était une obsession. Avant, je ne mangeais pas de pâtes, je ne mangeais pas de pain. Je faisais vraiment attention. Une fois que je mangeais quelque chose, j'allais faire du sport en extrême pour compenser. Maintenant, j'ai essayé de trouver un juste milieu entre... Faire du sport parce que ça me fait du bien et parce que j'aime bien faire du sport et c'est plus pour mon mental et qu'ils n'ont qu'à m'accepter comme je suis au lieu de vouloir tellement fêter dedans. Après, j'ai des jours avec et des jours sans.
- Speaker #0
Comme tout le monde. Par exemple,
- Speaker #1
demain, j'ai un shooting pour une marque de lingerie. Depuis vendredi, j'ai quand même fait attention pour ne pas déballonner. Je veux quand même me sentir bien. Je suis dans la lingerie pendant trois jours sur un set avec 20 000 personnes. Justement, je veux être fit, mais je veux être fit et pas être maigre. Je veux être bien dans ma peau et pas spécialement être pas healthy.
- Speaker #0
Ce qui fait ton succès, on va dire, tu es quand même très connue et reconnue dans ce métier depuis des années. Et justement, principalement dans le secteur de la lingerie, puisque tu es dégérie de très grandes marques de lingerie depuis plusieurs saisons maintenant. Et que justement, ces marques-là te choisissent parce que tu es une femme, une femme assumée, une femme forte, une femme vraiment puissante, avec tous les codes de la féminité dont on s'entend, c'est-à-dire que tu es vivante. Voilà. Et comment tu vis ça ? Est-ce que c'est pour toi quelque chose de réconfortant et de rassurant ?
- Speaker #1
justement, moi, j'adore travailler pour des marques comme ça parce qu'ils me veulent, déjà, parce que je fitte un peu dans leurs critères et qu'ils me voient comme la femme idéale. Donc, pour moi, c'est un confidence boost. Parce que du coup, je n'ai pas à jouer un rôle, je n'ai pas à me priver des choses. Parce que justement, pour eux, si demain, j'arrive là avec un paquet de cookies, ils vont être là, super, ils ne vont pas me priver de choses. Et justement, ils me voient comme... comme tu dis, quelqu'un de vivant, de positif, de sympa. Et ils me bookent aussi pour ma personnalité et pas juste parce qu'ils aiment bien mon look. C'est plus un total package pour eux.
- Speaker #0
C'est ton caractère et la personne que tu es. Et si je retourne justement un peu en arrière, cette période où tu étais à Milan, où tu m'envoyais très fièrement des photos de toi, des selfies, comme c'était l'époque où on commençait à faire pas mal de selfies. Où tu étais couchée sur un lit avec les côtes vraiment incroyablement marquées en me disant « Regarde maman, comme je suis mince ! » Et où j'ai directement pris un avion pour dire « On va aller manger ! »
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, on a été manger un steak après.
- Speaker #0
Tu vois, tu t'en souviens, c'était tellement important. Et où, je me souviens, j'ai essayé de te faire comprendre que justement, ce qui faisait ta particularité, c'était ta différence. Le fait que tu avais quelques centimètres en moins que la moyenne des filles qui étaient là. Et le fait surtout que tu étais sympa et souriante et que tu amenais des chocolats belges dans les agences italiennes. Tu te souviens de ça ?
- Speaker #1
Ça, je fais toujours.
- Speaker #0
Tu fais toujours.
- Speaker #1
Quand je vais à un job à l'étranger.
- Speaker #0
Et souviens-toi aussi que tu avais un grand t-shirt avec un smiley. Les filles étaient habillées tout en noir, vraiment le prototype du mannequin. Et moi, je t'avais dit, surtout, tu mets ton t-shirt avec ton smiley. Et quand tu rentres, tu es un vrai soleil. Et donc, c'était ça, cette force de ne pas te faire te fondre dans la masse et de rester toi-même. Aujourd'hui, si je te donnais un miroir, le fameux miroir, et que tu te regardes dedans, quelle femme tu vois ?
- Speaker #1
Moi, j'en vois deux, toujours. Je vois la personne que je veux que les autres voient et je vois qui je suis vraiment. Dans le sens où tu as Jenna, la mannequin, et tu as Jenna, la fille qui se compare toujours à tout le monde, qui a ses insécurités. Je pense un peu comme tout le monde, mais je vois deux personnes. Et j'aimerais en voir juste une, à un moment donné. Dans quelques années.
- Speaker #0
Quelle est celle qui prend le plus de place aujourd'hui ?
- Speaker #1
La deuxième.
- Speaker #0
La vraie Jenna ? Oui. La Jenna qui fait des recettes pour ses réseaux sociaux, qui adore cuisiner.
- Speaker #1
Oui. Oui, parce que j'ai été jugée depuis que je suis petite juste pour mon apparence. Et qui je suis est lié à mes looks. Et je suis beaucoup plus que ça. Je suis quelqu'un qui... Ok, cuisiner, je sais cuisiner, mais ça, je trouve chouette. Mais je suis quelqu'un de créatif, je suis quelqu'un d'empathique. J'ai beaucoup plus de qualité que juste être bien sur une photo. Et à un moment donné, au plus vieille que je deviens, au plus j'en ai marre, en fait, d'être tout le temps constamment jugée pour mes looks, pour mon corps, si mes cheveux sont bien, si ma peau est bien. J'en ai un peu marre de ça. Donc, c'est vrai que j'ai plus envie que... La deuxième Jenna, en fait, la vraie Jenna sort plus, mais après, c'est un peu compliqué parce que des fois, je suis en concurrence avec moi-même et en concurrence avec l'image que je veux que les autres voient.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu, quelle image il doit voir de toi ?
- Speaker #1
C'est pour moi une femme, une femme forte dans le sens où beaucoup de self-confidence. Quelqu'un qui rentre dans une pièce et que tout le monde voit. Quelqu'un qui est très, très, très indépendante.
- Speaker #0
Que signifie pour toi la beauté ?
- Speaker #1
Je n'ai jamais réfléchi à cette question. Après, juste quelqu'un qui est une belle personne, ça n'a rien à voir avec les looks. Ce n'est même pas un truc qui me vient en tête. C'est juste vraiment... Si tu es une belle personne à l'intérieur.
- Speaker #0
Alors on dit souvent, être belle, ça commence de l'intérieur. C'est un peu ça que j'avais envie de te faire dire en fait. C'est que quand on arrive à un certain âge, et aussi pour les femmes qui vont nous écouter, qui vont nous regarder, quand on arrive à un certain âge, finalement, ce qui reste, c'est ce qu'il y a à l'intérieur de l'enveloppe. L'enveloppe, ce n'est juste qu'une enveloppe qui change, qui évolue, qui suit des critères, qui suit des modes. Par contre, la personne que l'on est à l'intérieur, celle qui fait qu'on est une vraie belle personne, c'est ça qui reste en fait. Si aujourd'hui tu devais donner un message à la petite Jenna de 9 ans, qui commence sa carrière de mannequin, tu lui dirais quoi ?
- Speaker #1
Je pense que je dirais plus d'être elle-même et que... De toute façon, tu ne peux pas plaire à tout le monde. Donc, à un moment donné, fais vite à vie ce que tu as envie de faire et arrête de toujours vouloir être en compétition avec les autres. Arrête de toujours vouloir être la meilleure et donc, du coup, jamais être assez bien pour toi-même. Juste, vis ta vie, fais-le. Et on s'en fout de ce que les gens pensent. C'est plus facile à dire que vraiment.
- Speaker #0
C'est un fameux exercice. Et si pour conclure ce podcast, tu avais un message à donner aux femmes qui nous écoutent et aux femmes qui nous regardent, qu'est-ce que tu leur dirais ?
- Speaker #1
Là aussi, je dirais que c'est vrai qu'une fois que, le quote que je ne suis même pas moi-même, une fois que tu t'aimes toi-même, Tu peux donner de l'amour aux autres et tu peux te voir dans une autre lumière. Et c'est vrai que quand tu es dans ton lit de mort, quand tu es sur ton lit de mort, tu ne penses pas à ton beau brushing que tu as eu. Tu penses aux moments que tu as eu avec tes proches, tes moments de bonheur. Et ça n'a rien à voir avec les looks. En fait, on s'en fout un peu de tout ça superficiel, mais ça fait partie de la vie et ça fait partie de...
- Speaker #0
De ton job.
- Speaker #1
Chez moi, de mon job. Mais je pense juste que je dirais ça. C'est un exercice que je m'approprie moi aussi, mais de s'aimer à l'intérieur avant. Et puis après, le reste va suivre. Une fois que tu es bien avec toi-même, tu seras bien avec le reste. Mais ça, c'est un exercice.
- Speaker #0
Merci. d'avoir partagé ce moment avec moi d'abord, avec nous, ensuite. Je suis très fière de la femme que tu es devenue, de la femme que tu étais, de la petite fille que tu étais. Je suis extrêmement fière de toi. Et let's go. Continue ce match.
- Speaker #1
Merci maman. Merci Mabel. Streambox vous a présenté Histoire de Femme.