- Speaker #0
La nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. Cette déclaration, inscrite dans le préambule de la Constitution de 1946, induit une première forme de droit à un logement, avant d'être consolidée en 1995 par une décision du Conseil constitutionnel qui affirme que la possibilité de disposer d'un logement décent est un objectif à valeur constitutionnelle. Sans suivir la loi Besson en 1990 et la loi Dallot en 2007, droit au logement opposable, qui engage l'État à une obligation de résultat dans sa mise à disposition d'un logement pour tous. Mais avec 350 000 personnes dans la rue en 2024, selon le 30e rapport annuel du mal-logement, ces engagements successifs ne suffisent manifestement pas et le logement ressemble aujourd'hui plus à une marchandise qu'à un bien social. Avec Renaud Paire, vice-président de la métropole de Lyon depuis 2020, délégué à l'habitat, au logement social et à la politique de la ville, et Nicolas Maire, directeur général adjoint chez Attico Conseil, cabinet de conseil spécialisé dans l'habitat, Nous nous posons la question de la place de l'habitat dans les politiques publiques actuelles et à venir. Bonjour à tous les deux.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #0
Alors sans être nécessairement arc-bouté sur la constitutionnalisation formelle du droit au logement, devrait-il, selon vous, être placé plus au cœur des politiques publiques de nos territoires qu'il l'a été jusqu'ici ? Renaud Perrin.
- Speaker #1
Écoutez, d'abord vous avez rappelé les textes fondamentaux, et notamment la loi Besson qui a été véritablement un accélérateur. Constitutionnaliser, ce n'est jamais forcément la seule solution. Non pas que j'y suis opposé, ça peut toujours faire avancer les consciences. Vous savez, on a constitutionnalisé en 1848 le droit au travail, ça n'a pas empêché le chômage. Non, ce qu'il faut, c'est absolument convaincre. Convaincre que le logement n'est pas un bien. Que le logement n'est pas un bien marchand, que le logement c'est un droit. Et donc, il faut convaincre chacun et chacune. Les gouvernants, encore. Quand je vois que nous faisons tout... dans certains gouvernements passés, pas si lointains que cela, pour faciliter les expulsions locatives. Mais sait-on ce qu'est une expulsion locative ? Sait-on qu'en expulsant un locataire qui ne paye pas, certes, nous lui empêchons toute forme d'intégration ? C'est un exemple, parmi d'autres, de la nécessité de convaincre chacun, chacune de nos concitoyens que le logement n'est pas un bien, que c'est un droit fondamental et que pour cela, Nous devons nous battre, nous devons convaincre de la nécessité de nouvelles formes de propriété, nous devons convaincre de la nécessité de formes de politique publique régulant un marché du logement totalement débridé aujourd'hui.
- Speaker #0
Nicolas Maire, j'imagine que je prêche un convaincu quand je dis que le logement doit être un bien social plutôt qu'une marchandise.
- Speaker #2
Évidemment, je souhaiterais rappeler aussi quelques chiffres clés sur la question du logement et de l'importance du logement justement. la nécessité de l'intégrer aux politiques publiques. Aujourd'hui, le logement, c'est 3,2 millions de personnes qui n'accèdent pas au logement de manière satisfaisante. On parle évidemment des personnes qui n'ont pas de logement. Il y a également des personnes qui vivent chez un tiers. Il y a des personnes qui souffrent de mal logement. Et donc, c'est un sujet qui est extrêmement important et qui doit être au cœur, finalement, de l'attention des politiques publiques et des politiques de manière générale. Évidemment, ne pas avoir de logement ou avoir un logement qui est insatisfaisant, entraîne un blocage des parcours individuels. Par exemple, la question des étudiants. Il faut savoir que 20% des étudiants aujourd'hui qui ont fait une demande de logement au CNUS ont renoncé à étudier dans la ville dans laquelle ils souhaitaient étudier faute de logement abordable. On voit bien qu'il y a une vraie difficulté liée justement à cette catégorie de population. Deuxième sujet, comment accéder à un emploi aujourd'hui quand on ne peut pas se loger à proximité de cet emploi ? Et donc il y a un vrai sujet également lié au logement, des emplois clés qui permettent de faire vivre la ville. Et donc c'est un vrai sujet aussi au sein notamment des métropoles. Dernier point, mais qui est aussi un point qui est extrêmement important, c'est la question du lien entre la santé et le logement. Un chiffre notamment de l'OCDE donne à voir que 130 000 décès estimés sont associés à des conditions de logement inadéquates chaque année en Europe. Et donc on voit bien que la question du logement est centrale, aussi bien pour des questions d'emploi, de famille. de santé et également d'études de manière générale.
- Speaker #0
Renaud Perre, nous sommes à Lyon, chez vous, pour enregistrer cette conversation. Entre l'impulsion nationale et la mise en œuvre locale, quels peuvent et quels doivent être peut-être le rôle des collectivités locales dans le déploiement de ces politiques en leur sein ?
- Speaker #1
Une collectivité territoriale aussi importante que la métropole de Lyon, elle agit. Et elle agit au quotidien. Pour vous raconter un tout petit peu, en quelques secondes, minutes, ce que nous avons fait, moi je suis arrivé en tant que vice-président avec un engagement quantitatif, un chiffre. Celui... de desserrer la pression. Quand nous sommes arrivés aux responsabilités, il y avait déjà, c'est à peu près malheureusement la tension que nous connaissons aujourd'hui, 9 à 10 demandes de logement social pour une seule qui aboutissait. Donc j'avais fixé un objectif. Simplement, on s'est confronté à une crise du logement sans précédent. Il y avait déjà le ralentissement en 2020 de l'offre des permis de construire pas délivrés, une offre qui ralentissait. En 2022, elle s'est percutée, cette première dimension de la crise de l'offre, à une crise de la demande. Et par les coûts de construction, par les taux d'intérêt qui ont flambé, les acquéreurs potentiels se sont détournés de l'acquisition. Et donc, il y a eu crise de l'offre, crise de la demande, et donc une réalité absolument terrible pour le logement. À ce moment-là, j'ai transformé ma mission, d'une certaine manière, en gestion de crise. Oui, nous sommes allés inventer des solutions auxquelles nous n'avions pas pensé jusqu'alors. Aider à la surélévation des logements locatifs sociaux, en finançant mieux les bailleurs sociaux. Évidemment, trouver des financements, notamment pour financer justement les logements sociaux familiaux. Donc, majorer les aides à la pierre, pour répondre concrètement. Ça s'est accompagné de modifications du plan local d'urbanisme, en incitant, avec des secteurs de mixité sociale. à la production dans toute la métropole de logements locatifs sociaux. Et puis, il a fallu gérer même la crise et l'urgence. Et c'est un plan d'urgence que nous avons déployé en 2023 à travers une enveloppe de 10 millions d'euros qui a permis de faire quoi ? De subventionner les bailleurs sociaux pour que, face à des opérations où les biens n'étaient plus commercialisés, les bailleurs sociaux puissent racheter la part non commercialisée. Pourquoi ? Pour faire venir la crue. Parce que moi, je sais. qu'un logement produit égale 2,4 emplois dans tout le secteur du logement et du BTP. Donc un logement empêché, c'est autant d'emplois menacés. Et donc il fallait absolument, en termes économiques, en termes sociaux, pour la qualité de vie des Grands Lyonnais et des Grands Lyonnaises, faire un plan d'urgence. On en a fait le bilan il y a quelques semaines. C'est 7000 logements qui ont été débloqués grâce à ce plan d'urgence métropolitain. Vous voyez, on agit, mais on ne peut pas... Tout faire tout seul. Je le dis, pendant très longtemps, il y a eu une absence de politique de logement au niveau de l'État. Cette absence de politique de logement, cette entrave notamment à l'action des bailleurs sociaux, est une véritable erreur économique et sociale pour la cohésion de notre pays. Et je crois qu'il faut agir. Je pense que la ministre l'État le fait très clairement. On a parfaitement conscience et qu'en plus, elle obtient des premiers résultats. Cela ne suffit pas pour le moment. Il faut absolument agir, voire favoriser une nouvelle décentralisation de la politique du logement. Mais ça, on répondra, je vous le rassure, toujours présent pour agir encore plus et avoir plus de moyens.
- Speaker #0
Nicolas Merche, chez Attico Conseil, vous envisagez comment le rôle des collectivités locales dans la mise en place et le déploiement des politiques du logement ?
- Speaker #2
Le premier élément qui me semble important de dire, c'est que la collectivité, elle a pour... mission, je dirais, et ce au regard des différentes missions qu'on peut réaliser auprès d'elles, de recueillir et comprendre les besoins. Et aujourd'hui, les besoins sont très évolutifs, interstitiels, et répondent à des parcours de vie qui sont de plus en plus fractionnés. On peut, par exemple, évoquer la question des seniors, la question des étudiants, les familles évidemment monoparentales ou les familles recomposées. Et donc, une nécessité de construire une offre de logement. qui puissent répondre à la diversité des parcours de vie et résidentiels sur le territoire. Deuxième élément peut-être qui me semble important, c'est évidemment définir des orientations politiques, stratégiques, mais qui se déclinent d'un point de vue très concret et opérationnel, en lien avec les acteurs. Et donc de ce point de vue-là, dans la démarche que nous accompagnons auprès de la métropole de Lyon, c'est ce que nous trouvons particulièrement intéressant, c'est de pouvoir réunir les acteurs autour de la table, notamment... de sorte à ce que les orientations politiques se déclinent de manière concrète à travers des actions, et qu'on puisse ensuite suivre ces actions de manière très opérationnelle pour en évaluer les effets.
- Speaker #0
J'évoquais en introduction l'ampleur de la crise, je me permets de partager avec vous quelques chiffres complémentaires, toujours issus du 30e rapport annuel du mal-logement qui est paru en janvier 2025. 2,7 millions de ménages en 2024 demandeurs de logements sociaux, contre 2,1 millions seulement entre guillemets en 2017, et puis 84 000 logements sociaux financés en 2024, là aussi seulement entre guillemets, contre 124 000 en 2016. Et si on élargit un peu le spectre... L'Union sociale pour l'habitat estime à 518 000 le besoin annuel en logement d'ici 2040, mis ou remis sur le marché. Mais en 2024, seulement, là aussi, encore une fois, entre guillemets, 330 400 logements ont été autorisés à la construction. Une baisse de 12%, un peu plus de 12% par rapport à 2023. Quels sont, selon vous, les fondements de cette situation, dont la dégradation semble même s'accélérer ? Comment, en d'autres mots, en sommes-nous arrivés là ?
- Speaker #1
On en est arrivé là, mais c'est le début de notre conversation. Parce que le logement est considéré comme un bien marchand. Parce que le logement est confondu avec le profit. Quel est le point commun ? Entre... Je mesure ce que je vais dire, je vous assure, et là je vous vois trembler, mais je le dis quand même. Entre un marchand de sommeil qui est à la garde de la part d'yeux, vient rabattre, vient chercher les plus démunis, pour leur dire, j'ai la possibilité de t'offrir un toit. En tout cas, de te faire payer un toit. Un... Un promoteur qui va aller après trois visites d'un promoteur sérieux qui aura travaillé avec un propriétaire et qui aura travaillé à un projet, mais un concurrent qui passe quelques semaines après en promettant la lune. Eh bien, le point commun, c'est qu'on pense que le logement, ça a été pendant des décennies, depuis les années 90, une source de profit à deux chiffres. En fait, c'est ça quand même le vrai, vrai problème. Et donc, il nous faut changer. de regard, de nous dire que ça n'est plus possible. Donc, ça suppose plein de choses. Nicolas l'a dit. En fait, la politique du logement, pourquoi elle est si essentielle ? Parce que le logement, c'est l'émancipation. C'est donc un outil social majeur. Le logement, c'est un levier du développement économique. Aujourd'hui, une partie de nos entreprises, mais même de nos administrations, n'arrivent plus à recruter. à cause du logement. Vous évoquiez, Nicolas, la question notamment des étudiants, c'est un exemple, mais la question du salarié qui ne vient plus s'installer à Lyon, dans la métropole de Lyon, parce que le logement est trop cher, c'est une réalité également. Et puis c'est enfin, le logement pose la question de la transition écologique. Quand je vois des familles qui partent à 50, 60 kilomètres de la métropole de Lyon, alors qu'elles continuent, notamment pour les actifs du ménage, à travailler dans la métropole de Lyon, on a une question... écologiques. Tout cela nous appelle à avoir des solutions, très clairement. Parmi ces solutions, il faut se poser la question de la valeur du foncier, j'y reviens, et c'est une dimension majeure. On ne la réglera pas seule dans le périmètre de la métropole de Lyon. C'est là où je vous dis que nous avons besoin véritablement de poser des questions dans ce pays autour du logement comme un droit.
- Speaker #0
Nicolas Maire, c'est la financiarisation du logement qui est responsable de tous les maux. dans les fondements de cette crise ?
- Speaker #2
Je ne sais pas si c'est uniquement la financiarisation, mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que le logement est devenu un bien spéculatif. Ce bien spéculatif, il s'inscrit dans un marché qui est en très forte tension. Ce marché en très forte tension, il s'est créé à travers notamment une démographie qui s'est renforcée très fortement, puisqu'on était 60 millions en 2020, 68 millions en 2024, donc 8 millions de plus d'habitants. donc forcément une tension plus forte sur les territoires, et notamment les territoires de métropole. Je pense qu'il y a aussi un lien très fort avec l'attractivité des métropoles, et donc aussi avec un modèle de développement des territoires français qui rend les métropoles extrêmement attractives et qui, je dirais, vide presque une partie des territoires. Et donc peut-être un sujet aussi à réfléchir, le développement des territoires de manière un peu différente. et à réfléchir avec ce développement des territoires, la question des mobilités, de manière aussi un peu différente.
- Speaker #0
Repenser le développement économique des territoires, c'est une des clés de cette crise, Renaud Perre ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, il faut inventer les formes de coopération. Oui, nous avons un vrai défi, qui est celui notamment de la revitalisation des centres-bourgs, qui est celui de la coopération, et non pas de la compétition ou de la concurrence entre une métropole et les centres-bourgs environnants. Je pense à Saint-Vallier, dans la Drôme. pour vous montrer que ça sort des frontières départementales. Je pense évidemment à l'Arbrel, à Tarare dans le Rhône. Je pense aussi à la Plaine de l'Ain. Je pense à une partie de la Saône-et-Loire et aussi de l'Ardèche. Donc, vous voyez qu'on a une aire urbaine qui est de 4 millions d'habitants. La métropole a un rôle à jouer, notamment pour la politique du logement. Mais ça veut dire un territoire équilibré. Et ça, pour le moment, nul ne l'a inventé aujourd'hui. Et c'est un vrai défi que nous avons. Et ce défi, c'est celui que nous devons relever dans les prochains mois, les prochaines années, pour que notre métropole de Lyon ne ressemble pas à la région parisienne ou à des métropoles européennes qui sont arrivées aux limites de leur développement et notamment, quand je dis les limites, notamment pour la qualité de vie de leurs habitants et de leurs habitantes.
- Speaker #0
On reste dans la métropole lyonnaise. Vous avez initié, Renaud Paire, une action d'envergure. dont la méthode est détaillée dans un livre blanc, le livre blanc de l'habitat. Le lien d'ailleurs de téléchargement est dans la description de l'épisode pour ceux qui souhaitent s'y plonger. Vous avez souhaité, dans ce livre blanc, à l'occasion de ce livre blanc, rompre avec les méthodes habituelles en remettant l'habitant au cœur de la réflexion politique. C'est une démarche de décentralisation, le mot a été prononcé plusieurs fois. Ici, elle est poussée à son paroxysme. Pourquoi est-ce qu'il vous semblait indispensable de suivre ce mode opératoire ? Est-ce parce que, selon vous, les politiques publiques sont déconnectées du réel jusqu'ici ?
- Speaker #1
C'est un constat multiple en 2020 ou 2021 qui me fait conduire à la préconisation d'un livre blanc. D'abord, il faut bien le dire, c'est le Covid, c'est la crise sanitaire. Et vous vous souvenez, tout comme moi, que la crise sanitaire a marqué, a témoigné ou a mis en relief les inégalités dans notre pays. C'est sûr que de vivre la crise... sanitaire, la pandémie et le grand confinement, quand on a une maison avec un grand jardin, ça n'a rien à voir avec la famille qui vit dans un T3 dans un immeuble qui n'a pas d'extérieur. Donc, on sait très bien que cette crise a accéléré le rapport au logement et au mal-être dans le logement. Et c'était un point qui était pour moi essentiel. Deuxième aspect, pour être tout à fait honnête avec vous, C'est aussi de faire le constat de l'élection de 2020. L'élection de 2020, elle est singulière. Elle se prend la campagne municipale de 2020 et le vote se fait dans un contexte totalement déboussolé, on pourrait dire. Et avec une participation très faible, assez faible. Et donc, de se dire qu'on partait pour six ans, mais qu'on ne pouvait pas prétendre que la légitimité du suffrage suffisait. Voilà, pour le dire très clairement. Donc, il fallait repartir de la parole habitante pour ces deux. pour ces deux motifs. Donc, qu'est-ce qu'on a fait ? On a fait des entretiens approfondis avec des habitants et habitantes de quatre quartiers différents. On les a écoutés. On a fait des entretiens longs. On a recueilli cette parole. Puis après, on a réuni tous les habitants qui avaient été interrogés ici, à l'hôtel de la métropole, pour les faire réagir à leur propre parole. Et de là est parti un diagnostic terrible. Le logement, que l'on vive dans une ZAC, dont... de centre-ville ou en tout cas du 7e arrondissement ou que l'on vive dans un quartier populaire, le logement était vu comme un facteur d'enfermement. Voilà le mot qui est revenu. Il fallait donc faire des préconisations et comme je vous l'ai dit plus précédemment, j'avais une feuille de route qui était plutôt quantitative, avec un objectif chiffré. Je ne pouvais pas passer à côté de ce mot, enfermement. Il fallait donc... Mettre en place des préconisations, des politiques publiques capables de donner de la liberté aux habitants et aux habitantes et de les reconnecter à leur habitat, à un habitat transformé évidemment.
- Speaker #0
Ce mot d'enfermement, Nicolas Maire, il résonne pour vous aussi dans votre approche chez Attico ?
- Speaker #2
Le logement n'est pas uniquement lié à l'espace logement, mais c'est bien plus large. C'est lié également évidemment à l'immeuble, au quartier. à la ville et à son rapport à l'ensemble de ces espaces-là. Et donc le Livre Blanc aussi a pour objectif de remettre le logement au cœur du quartier, au cœur de la ville, et de travailler sur ces liens-là. Donc ça, c'est extrêmement important. Peut-être deuxième élément, je me permets, sur le Livre Blanc, c'est la méthode qui a été aussi mobilisée et donc l'accompagnement que nous avons délivré au sein d'Atico. C'est une méthode qui vise vraiment, évidemment, à associer les habitants et puis à associer les acteurs au sens large. Et donc, on le voit bien, il y a différentes typologies d'acteurs qui sont associés. Les bailleurs, les collectivités, les promoteurs, les syndics, les associatifs également. Et donc, l'idée, c'est de pouvoir vraiment les mettre autour de la table, de sorte à croiser les regards sur les attentes particulières de chacun et de pouvoir les mettre en responsabilité. pour porter les 20 actions du Livre Blanc. Et donc, il y a un vrai enjeu de gouvernance de cette politique publique et de pilotage réellement des objectifs qui y sont liés.
- Speaker #0
C'est ça qui change fondamentalement Renaud Paire dans le mode opératoire, c'est cette nouvelle façon de gouverner la politique du logement.
- Speaker #1
Moi, ce qui me motive le plus, lorsque nous nous réunissons avec Nicolas, qui suit cela, pour Attico, qui suit le Livre Blanc, c'est cette capacité qu'on a à parler à plusieurs. Vous avez une variété d'acteurs intéressés par cette question. du rapport à l'habitat. Et ça nourrit des propositions. Parce que si ça n'était que la méthode, d'une certaine manière, on dirait, c'est très bien, vous faites plaisir entre vous une fois ou deux fois ou trois fois par an, mais ce n'est pas ça. Qu'est-ce qu'on a porté ? On a porté une idée un peu folle, une bourse au logement. Au moment où, là, le déménagement dans le parc social est complètement enquisté, parce qu'il n'y a pas assez d'offres, eh bien, on s'est dit, on peut peut-être aller un peu plus vite. Lorsqu'un bailleur dit « Tiens, moi j'ai un T4 qui se libère ici et je sais que mon confrère a un ménage qui veut venir sur mon territoire et qui a besoin d'un T4 » , c'est quelques dizaines de logements. Je veux dire, il ne faut pas non plus… Mais c'est redonner de l'espoir quand même sur la possibilité. C'est créer la pièce en plus, sans dire qu'on va rentrer dans de l'habitat participatif. Tiens, il nous manque la chambre d'amis. Comment on va pouvoir demain, dans nos opérations d'aménagement ? Mettre dans des fiches de l'eau l'idée qu'on a besoin, précisément dans un nouvel immeuble, d'avoir tant de chambres d'amis. On l'imagine ensemble. C'est évidemment le rapport à l'espace vert. C'est l'accès au droit. Et on est en train d'y travailler en ce moment en se disant mais ce n'est pas possible la politique de l'habitat. C'est tellement complexe. C'est tellement jargonnant. Comment on fait pour que l'habitant, le citoyen, la citoyenne... puissent s'y retrouver et avoir des lieux, des maisons de l'habitat où elle pourra et il pourra avoir accès à toute une série d'informations. C'est ça que nous sommes en train de travailler en ce moment. Donc vous voyez qu'on n'est pas en train de promettre autre chose que des choses que nous savons faire, d'une certaine manière, de remettre de la proximité, de refaire que l'habitat soit effectivement un élément sur lequel on reprend prise. Parce que c'est ça quand même. L'enfermement, c'est de se dire qu'en fait, on subit. On subit une crise qui est probablement une des plus graves que nous ayons eu à traverser depuis des décennies, depuis que nous sommes nés. Mais reprendre prise, reprendre la main, c'est ça qu'on essaye de faire. C'est un début. Tout ne sera pas malheureusement contenu dans les conclusions et les politiques publiques que nous aurons initiées à partir du Livre Blanc. Mais nous espérons que nous changerons les pratiques et que nous changerons les pratiques des bailleurs sociaux parce qu'il y a besoin d'en changer certaines. Que nous changerons les pratiques de certains promoteurs, que nous changerons les pratiques de certains aménageurs. Pourquoi ? Parce que nous l'aurons décidé ensemble. Et qu'ils sauront qu'ici, à Lyon, nous arrivons à inventer une nouvelle manière d'aménager, de construire, de parler avec nos locataires du parc social.
- Speaker #0
Au-delà de cette consultation qui, on l'a compris, est atypique dans sa méthode, comment est-ce qu'on entretient la flamme ? C'est-à-dire, comment est-ce qu'on maintient un dialogue ? constants pour ne pas retomber dans cette distance entre l'habitant et la politique du logement ?
- Speaker #1
Eh bien ça, c'est toute la force, je le dis, et je le dis non pas parce qu'on fait ce podcast ensemble, je crois que je l'aurais dit déjà, c'est toute la force d'Atico. C'est-à-dire d'abord cette constance et cette capacité quand même à nous, d'abord nous le souhaitons, mais avoir nos réunions régulières, mais de parvenir à comment les uns et les autres y contribuent à part égale. Parce que si c'était que le vice-président de la métropole qui dit je veux, Il y a très peu de chances que ce soit, il faut être quand même assez honnête en la matière ou assez lucide, il y a peu de chances que ce soit suivi des faits. Là, c'est tout le monde qui y contribue. Donc, il y a cela et puis il y a un événement que nous espérons tenir en 2025, revenir devant les citoyens. Parce que le logement, quand même, au-delà de notre livre blanc, le logement, dans les dernières années, est devenu un sujet de préoccupation. Il l'était déjà, vous allez me dire. Mais il est formulé maintenant dans les enquêtes d'opinion. Les citoyens, les citoyennes françaises et français disent c'est pour nous un des grands sujets de préoccupation, un des trois. Et ça veut dire une chose, ça veut dire qu'il faut absolument que nous débattions. Le problème du logement, c'est son caractère hermétique. Cette politique publique est très technique d'une certaine manière. Nous devons trouver la voie, c'est bien un des objectifs de l'année 2025, pour débattre avec les grands lyonnais et les grandes lyonnaises de la politique du logement à la lumière des premiers résultats. résultat du Livre Blanc. Mais on sait que lorsqu'on va se confronter à la parole, se reconfronter à la parole habitante, peut-être que de nouveaux chantiers vont se dessiner.
- Speaker #0
Nicolas Mer, vous prenez le compliment. Est-ce qu'il y a une méthode à Tico ? Est-ce que vous pouvez nous la décrire ?
- Speaker #2
Je pense que l'esprit, c'est surtout de faire d'intérêts qui sont parfois divergents, des convergences. Donc de bien comprendre aussi les attentes et les besoins de chacun des partenaires pour voir quel est finalement le chemin qui va permettre de créer de la convergence entre eux et de répondre à des objectifs communs. Donc ça, c'est un premier élément, c'est plutôt l'état d'esprit dans lequel on est. Et puis effectivement, il y a une méthode. qui est clair et qui permet à intervalles réguliers de suivre les objectifs qui sont fixés, fixés à chacun des partenaires, qui sont partagés avec la collectivité.
- Speaker #0
Une dernière question avant de nous quitter. On est dans un podcast du groupe 7 dont la dimension est évidemment d'accompagner, de conseiller. J'aimerais vous demander quel est le meilleur conseil qu'on vous ait jamais donné ? et qui vous habitent encore aujourd'hui, que vous souhaiteriez partager avec ceux qui vous écoutent ? Renaud Père.
- Speaker #1
Précisément, je crois que le meilleur conseil qui m'a été donné et qui finalement fait partie maintenant de ma culture, c'est que la complexité est une opportunité. C'est-à-dire que le fait que le monde est complexe, soit on l'ignore, et soit on réduit cette complexité à une vérité et on se trompe. et on va dans le mur. Soit on se dit, mais c'est tellement complexe qu'il faut prendre le plus possible les avis, les opinions des différentes parties prenantes, des différentes personnes qui contribuent à cette dimension complexe. Et je crois, très honnêtement, que c'est ce que nous faisons avec le livre blanc. C'est-à-dire, cette question, d'abord de se confronter à la parole habitante. Ce n'est pas parce qu'on nous dit que le logement est le lieu de l'enfermement qu'on va baisser les bras. On va prendre la parole habitant. Et puis, on va aller se confronter à toutes celles et tous ceux qui, depuis des décennies, font la même chose. Et en leur disant, peut-être qu'on peut faire un pas de côté. Et ensemble, on peut peut-être transformer le rapport à l'habitat. Je crois que c'est la méthode que je développe dans ma politique du logement, ici, à la métropole de Lyon. Mais c'est la méthode que nous développons ensemble dans le cadre du Livre Blanc.
- Speaker #0
Nicolas Maire, un conseil qui vous a marqué et vous accompagne encore aujourd'hui ?
- Speaker #2
Moi, je dirais, sans écoute, on ne peut pas agir. Et donc, ça rejoint également ce qu'évoquait Renaud Père. C'est qu'il est nécessaire de pouvoir écouter, comprendre, s'approprier les vues, les positions de chacun pour pouvoir agir de manière concertée.
- Speaker #0
Merci beaucoup à tous les deux pour cet échange. Je rappelle que Renaud Père, vous êtes vice-président de la métropole de Lyon depuis 2020, délégué à l'habitat, au logement social et à la politique de la ville. Nicolas Maire, directeur général. adjoint chez Attico Conseil, cabinet de conseil spécialisé dans l'habitat. Merci encore à tous les deux. Histoire de territoire est un podcast du groupe 7 et on se retrouve très vite pour de nouvelles histoires de territoire. Au revoir.