- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Horizon Golf, le podcast qui se place au cœur de la vie des affaires dans les pays du Vec. Cette région en pleine expansion, ancrée entre tradition et modernité, attire le monde entier. Côté business, qu'en est-il dans cet environnement si compétitif ? Quel est le parcours de ces Français et francophones qui nous occupent des postes à responsabilité ? Je suis Rosiane Oumibaud, avocate du métier, installée dans les pays du Golfe depuis bientôt 13 ans, où je mène. de nombreuses activités. Dans nos interviews, apprenons de ces femmes et hommes d'affaires vraiment sur le terrain et qui ont juste créé un chemin entre mythes et réalité. Abonnez-vous dès à présent et de nouveau, bienvenue sur Horizon Golf.
- Speaker #1
Vous écoutez ou regardez l'épisode 1 d'Horizon Golf, le podcast qui décrypte la vraie vie des affaires dans les pays du golf. Pour ce tout premier épisode et cette première interview, direction l'Arabie Saoudite. Au micro, Mohamed Dogmi, l'homme qui avait reçu carte blanche. Mohamed Dogmi est président d'un des fleurons économiques d'Arabie Saoudite, la société Al-Quraïf Petroleum. C'est un homme qui aime et sait relever les défis. Et dans cet épisode, on parlera de son parcours on ne peut plus international, des transformations extraordinaires que vit l'Arabie Saoudite. des réseaux d'affaires français et francophones, de la place des femmes, de compétitivité, de qualité et d'opportunités à saisir. Allons à la rencontre de ce parcours bluffant et de cette interview jonchée de conseils avisés qui ne manqueront pas de vous inspirer. Allez, on y va ? Yalla !
- Speaker #2
Bonjour Mohamed Dogmi et bienvenue sur Horizon Golf.
- Speaker #3
Bonjour Rosiane et merci pour l'invitation.
- Speaker #2
C'est mon plaisir, vraiment tous les deux on se tutoie. Parce que nous nous connaissons. Est-ce que tu pourrais te présenter et nous dire qui tu es ?
- Speaker #3
Très bien. Je m'appelle Mohamed Dogmi. Je suis le CEO d'une compagnie pétrolière en Arabie saoudite qui s'appelle Al Khouryaf Petroleum Company. Je suis Marocain d'origine, Français de nationalité. Je suis marié, j'ai deux enfants et je vis à Bahreïn depuis sept ans.
- Speaker #2
Depuis sept ans. Et tu... comment es-tu arrivé à Barlène et dans la région ?
- Speaker #3
C'est une très longue histoire, intéressante.
- Speaker #2
Tu vas nous raconter !
- Speaker #3
Non, donc pour recommencer un petit peu depuis le début, moi j'ai grandi en France. J'ai fait toutes mes études en France, je suis arrivé à l'âge de 7 ans en France. Et donc j'ai fait mes études primaires, collèges, lycées, normal.
- Speaker #2
Dans quelle région de France ?
- Speaker #3
J'ai grandi dans la région de Mulhouse, en Alsace. J'ai fait ensuite, je suis allé à Strasbourg pour le lycée. Et ensuite, j'ai intégré une école d'ingénieur à Toulouse, l'école d'aéronautique à Toulouse. Et ensuite, j'ai fait mon master en Angleterre. Et donc, après le master, j'ai essayé de trouver du travail en France. Malheureusement, à ce moment-là, l'industrie aéronautique... traversé une période difficile donc j'ai dû regarder à l'étranger. Et c'est là où j'ai commencé à postuler comme j'avais des relations en Angleterre, j'ai postulé en Angleterre. Et j'ai cherché des entreprises comme Rolls Royce, Engines, comme British Airways, etc. Mais ça n'a pas beaucoup marché et c'est là où j'ai commencé à regarder dans les compagnies pétrolières et services pétroliers. Et donc j'avais des entretiens avec Shell et j'avais un entretien très intéressant avec compagnie qui s'appelle Schlumberger. Et donc Schlumberger c'est quand même une grosse compagnie d'origine française, alsacienne. Ah, d'accord. Voilà, je vais vous le dire, retour aux sources si on veut. Et j'étais très attiré par cette compagnie parce qu'il y avait l'esprit d'aventure, l'esprit d'innovation, de technologie. Ils sont les pionniers dans le service pétrolier. Ils ont créé beaucoup d'industries dans l'industrie pétrolière. Et donc en discutant avec eux, ils ont apprécié ma candidature. Et mon premier job, c'était aux États-Unis. Donc lorsqu'on vous offre un premier job aux États-Unis, on ne dit pas non.
- Speaker #2
Ah non, on ne dit pas non,
- Speaker #3
c'est sûr. Et donc ça, c'était le début de mon expatriation.
- Speaker #2
D'accord. Et on est en quelle période, là ?
- Speaker #3
Quelle année ? On est en 97,
- Speaker #2
1997.
- Speaker #3
C'est là l'année avant-hier. Voilà. Et voilà, donc moi j'ai fait... pratiquement une vingtaine d'années, 21 ans pour être exact, avec Schumerger. Et ce que j'ai vraiment apprécié, c'était ce caractère expatriation, ce que j'ai trouvé aux États-Unis pendant quelques années. Et dans la culture de la compagnie, il y a cette volonté d'avoir une carrière internationale. Donc après les États-Unis, j'étais en Afrique. J'étais ensuite au Moyen-Orient. J'étais à nouveau en France, où j'ai travaillé pendant à peu près cinq ans. Et ensuite, j'étais en Asie du Sud-Est. Et après, on évolue dans la carrière avec différentes positions techniques d'abord, puis de management. Jusqu'à un certain niveau où j'étais vice-président sur le sommet RG pour la région Asie-Tousieste. Et à ce moment-là, des chasseurs de tête m'ont contacté pour reprendre une compagnie qui était en difficulté au Moyen-Orient. Et je pense que le fait que j'avais travaillé à Dubaï, à Abu Dhabi avant a fait que mon profit était intéressant pour eux.
- Speaker #2
D'accord, et c'est comme ça que tu es arrivé. Donc, tu es né au Maroc, tu arrives en France à 7 ans. tu grandis à Mulhouse, tu fais des études scientifiques dans l'aéronautique, tu cherches des opportunités professionnelles en France, c'est compliqué à cette période-là, mais avant de chercher une opportunité en France, tu vas en Angleterre pour étudier. Donc il y avait quand même déjà une ouverture, une volonté internationale.
- Speaker #3
Oui, c'était déjà un petit peu dans mon esprit, et c'était un avantage que l'école d'ingénieurs à Toulouse offrait. Pour les élèves qui étaient un petit peu méritants dans le top 10 en quelque sorte, avaient l'opportunité de faire leur dernière année à l'étranger. Donc il y avait des camarades qui ont choisi l'Allemagne, l'Angleterre ou les États-Unis.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #3
J'ai choisi les États-Unis.
- Speaker #2
Bon élève.
- Speaker #3
J'ai choisi les États-Unis. Pardon, j'ai choisi l'Angleterre. Et ça, c'est bien. Ça reste quand même dans le domaine aéronautique. Oui, oui. Donc, ça reste dans le domaine aéronautique. Mais ça m'a plu comme diversification, un double diplôme avec une université anglaise. C'est formidable. C'était formidable, exactement.
- Speaker #2
Et donc, ce diplôme, cette formation en Angleterre, tu entres dans le monde du travail avec Sean Berger, grosse société internationale qui encourage. la mobilité interne et internationale.
- Speaker #3
Exactement.
- Speaker #2
Avec un premier poste aux États-Unis.
- Speaker #3
Exactement.
- Speaker #2
Et tu restes combien de temps et où aux États-Unis ?
- Speaker #3
Alors, mon premier poste aux États-Unis était en Louisiane. D'accord. Dans une ville qui s'appelait Lafayette. Oh ! Voilà. C'est une expérience extraordinaire. Oui. Extraordinaire. Le choc des cultures, l'expatriation résumée dans un seul endroit. et ça s'est très très bien passé moi j'ai adoré ça les gens étaient merveilleux la cuisine fantastique et je dirais le travail en lui-même était passionnant parce qu'on se retrouve très très jeune à gérer des opérations dans le golfe du mexique sur des appareils de forage qui coûte plusieurs millions par jour donc c'était vraiment très enrichissant et je suis resté et Et très responsable, très très vite on prend des responsabilités avec cette compagnie. C'est presque qu'on vous lance dans la piscine et il faut apprendre à nager par soi-même. Mais c'est ça aussi le challenge. Et vraiment, je dirais aussi la philosophie dans cette compagnie, c'est « think or swim » . Donc c'était soit tu avances, soit tu sors.
- Speaker #2
Donc tu as avancé.
- Speaker #3
Tu dois avancer. Et je pense, je suis resté six ans. Six ans aux Etats-Unis. Six ans aux Etats-Unis. D'abord à Lafayette. C'était plus technique, opérationnel sur le terrain. Et puis, trois ans plus tard, j'ai été muté à la Nouvelle-Orléans. Et là, c'était plus un rôle de commercial et support technique. Donc, c'est là que j'étais beaucoup plus dans le bureau, en relation avec les clients directement. et en relation avec notre sens de recherche et de développement.
- Speaker #2
Parce que ton premier poste était en recherche et développement ?
- Speaker #3
Non, mon premier poste était ce qu'on appelait un ingénieur de terrain, donc très opérationnel, où je me rendais sur les plateformes, où on faisait toute la partie acquisition de données. Et c'était, je dirais, le boom de l'offshore dans le nord du Mexique. C'est là où les grandes découvertes de Exxon, de Shell, de BP avaient été faites. Là on rentrait vraiment dans ce qu'on appelle le deep water et c'était quelque chose de faire partie de ces projets-là. Donc c'était aller sur les plateformes, avoir tous les équipements de dernier cri pour faire l'acquisition de données qui permet d'évaluer le potentiel de ces réservoirs. D'accord.
- Speaker #2
Donc 6 ans à Lafayette, ensuite Nouvelle-Orléans.
- Speaker #3
3 ans à Lafayette, 3 ans à Réuniver.
- Speaker #2
D'accord, donc 6 ans au total aux États-Unis. Ensuite tu vas en Asie ?
- Speaker #3
Je vais en Afrique.
- Speaker #2
En Afrique, oui. Au Nigeria,
- Speaker #3
c'est ça ? Au Nigeria. Donc…
- Speaker #2
Combien de temps au Nigeria ?
- Speaker #3
C'était 3 ans et demi. 3 ans et demi, d'accord. 3 ans et demi. Là, c'était bien parce que j'étais déjà marié. Oui. De toute façon, je me suis marié aux États-Unis. Ah ! Donc là, mutation au Nigeria. et également une expérience fantastique. Je dis souvent à mes amis, le Nigeria, ça a été ma meilleure expérience professionnelle.
- Speaker #2
Ah, intéressant.
- Speaker #3
Exactement. Le fait d'avoir fait une expérience dans le Deepwater Offshore Golf du Mexique, ça m'a beaucoup servi au Nigeria, parce que là également, le Nigeria commençait les explorations offshore et avec les mêmes opérateurs. Donc, c'était toujours Shell, Exxon, Chevron. qui était là, Total également en France. Donc ça a permis de continuer un petit peu le développement technique. Et comme le Nigeria, c'est quand même un endroit où la communauté expatriée est très proche, donc mes clients étaient mes amis. Je les voyais au travail la journée, et je les voyais le soir au restaurant, au bar. Donc ça a permis vraiment de créer des liens très très profonds avec ces clients et de pouvoir innover. Au niveau de la technologie, on travaillait main dans la main. Ça a permis d'introduire de nouvelles technologies qui ont permis à ces compagnies-là de confirmer leurs découvertes et de nous, de notre côté, de publier des papiers techniques, de participer à des conférences, de promouvoir la technologie. C'est un point de carrière, c'était très enrichissant et ça a permis d'être plus visible dans la compagnie, d'être plus… proche aussi bien de la partie commerciale que de la partie R&D.
- Speaker #2
D'accord. Donc, États-Unis, Afrique, Nigeria, ensuite l'Asie, encore une autre expérience, j'imagine, et toutes ces expériences te préparent finalement à un atterrissage en douceur au Moyen-Orient.
- Speaker #3
Disons qu'après le Nigeria, j'étais en Afrique du Nord pendant à peu près trois ans également. Oui. Dans quel pays ? En Algérie. Mais l'Algérie était responsable pour l'Afrique du Nord. Donc il y avait la partie Tunisie, Algérie, Mauritanie. C'était l'Afrique du Nord en général. Et là, j'ai changé de la partie technique commerciale à la partie management. Donc ça faisait partie un petit peu des plans de développement qui avaient été mis en place par la compagnie Schumerger. Généralement lorsqu'ils arrivent à repérer quelques éléments qu'on appelle un petit peu au potentiel, il y a un plan de carrière qui est mis en place et ensuite ça se déroule au fur et à mesure. Donc là je prenais mon premier job de management, operation management, et voilà, donc ça m'a permis de me roder un petit peu. Et c'est après l'Algérie où j'ai été muté au Moyen-Orient. D'accord. Ma première expérience au Moyen-Orient.
- Speaker #2
Alors. Comment se passe l'arrivée au Moyen-Orient ? On arrive dans nos contrées.
- Speaker #3
Voilà, donc j'arrive à Abu Dhabi, où je suis en charge d'un centre de recherche et de développement.
- Speaker #2
On est en quelle année ?
- Speaker #3
2009-2010.
- Speaker #2
D'accord, donc juste pendant la période de la crise des subprimes, en fait.
- Speaker #3
La deuxième vague. Je dirais qu'on subissait les effets. de la crise de Sopran. Donc 2008. 2009, j'arrive à Abu Dhabi. D'accord. Il y a beaucoup de péripéties qui étaient là en ce moment, même avec, je dirais, la crise immobilière qu'il y a eu à Dubaï, etc. Absolument. Voilà.
- Speaker #2
Est-ce que c'est un impact sur votre activité ou pas nécessairement ?
- Speaker #3
Pas trop. Non. Parce que j'étais basé à Abu Dhabi et je dirais l'activité était très soutenue. Il y avait de gros développements au niveau des champs. aussi bien onshore qu'offshore à Abu Dhabi. Et moi, j'étais plus en charge de la partie recherche. Donc, il y avait quelques challenges au niveau des réservoirs du Moyen-Orient qui sont très différents des réservoirs qu'on a en Afrique ou dans le golfe du Mexique. En quoi ? C'est le type de roche. On parle de réservoirs classiques, sand, sandstone. en Algérie, en Amérique du Nord. Dans le Moyen-Orient, c'est plus des carbonates. Donc c'est une texture différente, c'est des propriétés différentes, donc ça demande une gestion différente.
- Speaker #2
Des modalités d'extraction aussi ?
- Speaker #3
Des modalités d'extraction, c'est toute la gestion du réservoir qui est différente. Et la technologie qu'on utilise pour les évaluations sont complètement différentes.
- Speaker #2
Est-ce qu'on travaille différemment aussi ?
- Speaker #3
Je dirais que les gros principes techniques, c'est les mêmes. Par contre, les outils qu'on utilise sont totalement différents.
- Speaker #2
Et les gens ?
- Speaker #3
Donc je dis, au risque de me faire haïr par les géologues, un géologue c'est un géologue. Un géofficien c'est un géofficien. Après c'est du traitement de données et la modélisation qui change. Mais grosso modo ce sont les mêmes principes qu'on applique. Simplement ce sont des comportements des réservoirs qui sont différents. D'accord. Je ne sais pas du tout.
- Speaker #2
C'est pardon.
- Speaker #3
Allez.
- Speaker #2
Et après toutes ces expériences à l'étranger, tu arrives à Abu Dhabi. Quelles sont tes premières impressions et combien de temps restes-tu à Abu Dhabi et comment est-ce que tu finis par changer d'entreprise et arriver dans l'entreprise dans laquelle tu travailles aujourd'hui ?
- Speaker #3
La première impression, c'est vraiment... l'émerveillement. On arrive dans un pays qu'on ne connaît pas du tout, qu'on n'avait jamais mis les pieds avant, et on voit comme ça bouge, comment ça s'est développé. C'est vraiment une grande surprise. Et surtout, on découvre un confort de vie qui est unique, avec des facilités, avec des... Une sécurité qu'on ne connaît pas ailleurs.
- Speaker #2
Alors juste pour resituer, Abu Dhabi, c'est un des émirats des Émirats Arabes Unis. Parce que nous, on en parle de manière très fluide, c'est une évidence. Mais en réalité, parmi nos éditeurs, certains sont dans la région et d'autres ne le sont pas. Et c'est des fois un petit peu difficile d'identifier qu'est-ce qu'un pays, qu'est-ce qu'un émirat, est-ce que le Qatar et Dubaï, c'est le même pays ? En fait, non. Donc, Abu Dhabi, c'est un des Émirats des Émirats Arabes Unis. Exactement. Tu es aux Émirats Arabes Unis, tu découvres ce confort, cette modernité, cette sécurité. Après, être passé aussi dans des destinations avec un mode de vie un peu plus classique, voire même un peu, je ne sais pas si on pourrait dire dangereux, mais avec un sens de la sécurité qui est tout à fait différent.
- Speaker #3
Oui, oui. Donc, le sens de, je dirais, le confort. la sécurité c'est vraiment le truc qui arrive le plus rapidement qu'on remarque. C'est une ville qui tourne 24 heures sur 24 et ça on se sent en sécurité. Ça c'est la première impression. Ensuite tu as tout l'aspect professionnel, les relations avec les émiratis, les relations avec la communauté expatriée qui est énorme dans ces pays là. Et c'est vraiment, je dirais par définition, un melting pot. On trouve toutes les nationalités à Abu Dhabi. Et donc, travailler avec des Australiens, travailler avec des Pakistanais, travailler avec des Américains, travailler avec des Français, c'est quelque chose qui devient totalement naturel. Et qu'on ne retrouve pas ailleurs. Moi, j'avais fait à chaque fois les États-Unis, le Nigeria. On travaille avec des locaux, beaucoup. Par contre, à Abu Dhabi, on se retrouve avec des locaux, mais énormément d'expatriés. Et là également, ça change un petit peu la façon d'approcher les choses, d'approcher son travail, d'approcher ses relations, qui à la fin est très enrichante.
- Speaker #2
Oui, parce que du coup, on est vraiment dans le cœur de l'interculturel, où tu arrives en terre étrangère, avec peut-être quelques points culturels communs, mais qui restent quand même assez différents, d'où tu viens très différent même. Et puis avec l'ajout d'autres profits, d'autres talents, d'autres régions du monde, est-ce que tu as des anecdotes peut-être, des situations qui te font sourire aujourd'hui ou qui ont pu être mémorables dans tes débuts justement en tant que manager aux Émirats arabes unis ? Et à Abu Dhabi, on est sur toi.
- Speaker #3
Donc avec certains émiratis, il y a eu quelques anecdotes qui font sourire maintenant. Mais disons que même si je parle un petit peu l'arabe et qu'eux parlent également l'arabe, il y a certains mots qui ont des sens totalement différents. Et par exemple, quand eux ils veulent, je dirais, te remercier, ils ont une expression qui dit « la hiértaq al-afya » . Mais comme moi je suis marocain d'origine et que je parle un petit peu marocain, la même expression au Maroc c'est plus ou moins « va en enfer » . C'est pas mal, c'est surprenant ! Avant que je comprenne que non, ça veut dire autre chose, ça crée des moments un petit peu cocasses. Ah oui,
- Speaker #2
c'est un peu délicat ! Déstabiliser un petit peu, on cherche l'ironie, on se rend compte en fait que non, ils sont très sincères. Et donc, non, intéressant.
- Speaker #3
Non mais c'est deux mots mais qui veulent dire totalement... Des mots... enfin, ils signifient quelque chose de totalement différent.
- Speaker #2
Ah c'est drôle. Et donc tu restes combien de temps aux Emirats Arabes ?
- Speaker #3
En fait, je reste pratiquement un an et demi à Abu Dhabi. Et après, à Abu Dhabi, je vais à Dubaï. D'accord. Ok.
- Speaker #2
Tu sens une différence entre les deux ? Oui,
- Speaker #3
oui. Il y a une certaine différence entre Abu Dhabi et Dubaï. Laquelle ? Abu Dhabi, c'est une ville qui est beaucoup plus orientée famille. Oui. Le rythme de vie est beaucoup plus zen. Alors que Dubaï, c'est beaucoup plus dynamique, c'est beaucoup plus... Comment dirais-je ?
- Speaker #2
C'est business oriented ?
- Speaker #3
Non, je pense qu'à Abu Dhabi c'est aussi business oriented, mais je dirais que c'est un petit peu ce qu'on appelle un fast pace. C'est-à-dire que tout se passe à une vitesse beaucoup plus importante et on le ressent très vite. Aussi bien, je dirais, au niveau du rythme de vie que du stress et c'est un peu plus vivant, c'est un peu plus jeune. C'est un peu plus… Ça c'est un petit peu les grandes différences d'Abu Dhabi par rapport à Dubaï. D'accord. Et après, chacun a ses préférences. Moi j'ai préféré Abu Dhabi. C'est beaucoup plus familial, on a eu beaucoup plus d'accès au parc pour les enfants. On avait, je dirais, un peu plus de temps les week-ends avec les enfants, etc. Alors que Dubaï c'était très très chaud.
- Speaker #2
Et combien de temps à Dubaï alors ?
- Speaker #3
Trois ans.
- Speaker #2
Trois ans, d'accord. Donc un total aux Émirats Arabes Unis de ?
- Speaker #3
Je dirais de 2009 à 2013. D'accord.
- Speaker #2
Ok.
- Speaker #3
Donc c'était une bonne expérience. Une bonne durée pour apprécier, pour vraiment avoir ses marques et faire le tour en quelque sorte. Et je pense que c'est ça aussi, c'est que lorsqu'on passe un peu de temps, on a le temps de sortir des sentiers battus. C'est-à-dire qu'au niveau des Émirats, comme tu disais, c'est plusieurs Émirats. Chaque émirat a ses spécificités. Donc, ça nous a permis de voyager, de découvrir les autres émirats. La Salchaïma, Sharjah. Tout ça, ce sont d'autres émirats qui ont également leur charme.
- Speaker #2
Leurs propres spécificités, nuances. Voilà.
- Speaker #3
Ça a permis aussi d'aller du côté de Oman, qui est également très différent.
- Speaker #2
Très différent. D'ailleurs, j'ai un épisode avec... un français d'Oman, donc ça va être aussi intéressant.
- Speaker #3
Donc tout ça, ce sont plusieurs petits pays en quelque sorte, l'un à côté de l'autre, avec leurs spécificités, avec leurs charmes, et je pense qu'ils méritaient de découvertes.
- Speaker #2
Tout à fait, je pense aussi, c'est d'ailleurs pour ça qu'on est là, pour explorer tout ça ensemble et détricoter un certain nombre d'idées préconçues ou même de clichés qui se confirment, tout simplement, qui correspondent à une réalité. Et là, tu es toujours chez Schoenberger à ce moment-là ?
- Speaker #3
Chez Schoenberger. OK.
- Speaker #2
Et comment est-ce que ça évolue ? Et au-delà de la carrière, si la carrière évolue bien évidemment, d'un point de vue professionnel, est-ce que tu penses que tes expériences précédentes t'ont préparé en fait à ce nouvel environnement ? à ton agilité dans ce nouvel environnement ?
- Speaker #3
Oui, je pense que chaque expérience vous équipe un peu plus. Et c'était une progression, je dirais, assez naturelle en quelque sorte. On passe du côté très technique, au côté technico-commercial, au management. Et puis après, ça devient un peu plus important. À Dubaï, j'étais le vice-président pour le Moyen-Orient. Donc là on a des responsabilités un peu plus importantes, plus stratégiques, où on interagit avec des personnages un peu plus haut niveau. A partir de là on commence à interagir avec des autorités locales. qui devient très important, et c'est surtout sur du moyen et long terme. Donc construire des relations, construire une vision et partager cette vision, faire des choix stratégiques, ça commence à devenir très important.
- Speaker #2
Et en occupant ces positions, est-ce que, bien évidemment, est-il bien nécessaire de rappeler que l'anglais est parfaitement parlé dans cette région du monde ? En tout cas, c'est la langue quotidienne.
- Speaker #3
C'est la langue du travail. C'est une question que j'ai souvent quand je voulais recruter une personne ou ramener une personne même de Choumerger ici. Je me dis, mais si je ne parle pas l'arabe, qu'est-ce que je fais ? Je dis, mais ce n'est pas nécessaire. La langue du travail dans le Moyen-Orient, que ce soit Abu Dhabi, Dubaï ou n'importe quel autre pays, que le Koweït ou l'Arabie Saoudite, la langue du travail, c'est l'anglais. Donc, toute personne qui maîtrise l'anglais peut très bien se débrouiller localement.
- Speaker #2
Est-ce que de ton point de vue et compte tenu de ton expérience et de ta connaissance de la région maintenant, puisqu'il y a une suite à l'épisode au passage aux Émirats arabes unis, est-ce que de ton point de vue, la maîtrise de l'arabe ou une connaissance de l'arabe est un point fort ou pas nécessairement ? Est-ce un point avantageux ou pas nécessairement ?
- Speaker #3
Je dirais faire attention. Ça peut être à double tranchant. Oui. Je pense que maîtriser l'arabe... c'est un plus, ce n'est pas nécessaire. C'est un plus parce que ça permet justement de peut-être mieux s'intégrer, ça permet peut-être de comprendre un peu plus les nuances, de comprendre culturellement les clients qui sont là. Mais ce n'est pas nécessaire. Ce n'est pas nécessaire. Le revers de la médaille, c'est que lorsque vous maîtrisez un peu l'arabe, On s'attend à ce que vous parliez tout le temps en arabe. Et bon, moi, j'ai grandi en France. Donc, ma maîtrise de l'arabe, elle est limitée. Donc, quelques fois, je me retrouve dans une situation un petit peu gênante où je ne comprends pas ce que le monsieur en face veut dire. Et je dois répéter deux, trois fois avant.
- Speaker #2
D'autant plus que les mots qu'il emploie peuvent avoir une...
- Speaker #3
Un sens diversité. Exactement. Donc, voilà. Il faut, je dirais, gérer ça.
- Speaker #2
D'accord. Si tu avais un mot pour qualifier, revenir sur ton expérience aux Émirats arabes unis, avant que l'on arrive à l'Arabie saoudite, tu nous raconteras comment est-ce que tu as atterri en Arabie. Si tu avais un mot, lequel est-ce que ce serait ?
- Speaker #3
Je dirais, c'est ouverture. Ouverture. Voilà, ouverture. Parce que Dubaï, c'est vraiment... Dubaï et Abu Dhabi et les Émirats en général, C'est vraiment un pays qui est très ouvert. Et on le voit aussi bien dans la rue, dans les restaurants, dans le monde du travail. Tu vis ta vie. Il n'y a pas de contraintes. Il n'y a pas d'obligations ou quoi que ce soit à ce niveau-là. Donc, ils ont une ouverture qui est phénoménale au monde. Ils acceptent tout le monde. Et tu vois ça dans un mall, tu as toutes les cultures avec leur tenue traditionnelle. Et tout ça cohabite d'une façon magnifique. Et pour moi, c'est parmi un des exemples qu'il faut s'en inspirer.
- Speaker #2
C'est intéressant. Mais c'est vrai que ces postulats historiques et sociaux sont aussi différents. Et donc, aux Émirats arabes unis tout particulièrement, le monde est là. Il y a plus d'une centaine de nationalités, comme tu le disais. Toutes les nationalités sont présentes dans ce pays. Et en particulier dans ces deux Émirats, Abu Dhabi et Dubaï, les gens viennent, s'y installent. Il n'y a pas nécessairement une volonté d'intégration, en fait. Ça ne fait pas partie du contrat social. Non,
- Speaker #3
mais il n'y a pas, je dirais, cette...
- Speaker #2
Non, il n'y a pas cette attente. Une attente de respect des mœurs locales, avec une ouverture particulièrement notable aux Émirats, une approche peut-être un peu plus prudente dans les pays voisins, dans le monde. Mais c'est vrai que quand tu parles des gens qui viennent avec leur tenue, On n'attend pas nécessairement de vous, de soi, qu'on s'habille d'une certaine manière. C'est un peu, venez comme vous êtes.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Mais c'est un respect, je dirais, tout à fait naturel. On se respecte comme personne. On respecte votre culture, vous respectez la nôtre. Et je pense que c'est un peu ça, je dirais, le contrat social. Il n'y a pas de code vestimentaire, il n'y a pas de limite. au niveau de ce que vous pouvez faire, ce que vous ne pouvez pas faire. Il y a, je dirais, toute la panoplie vis-à-vis des comportements, vis-à-vis des trucs. À partir du moment où on respecte la décence, à partir du moment où on respecte autrui, peu importe qui c'est, tout le monde vit, je dirais, en harmonie, en quelque sorte. Et même, je pense, au niveau local. des locaux, ils ne s'attendent pas à ce qu'on les émule, ou on fasse comme eux. Non. Voilà, du tout non. Ils savent très bien qu'ils viennent d'un monde qui est différent, ils sont dans un monde qui est différent, il n'y a pas cette attente.
- Speaker #0
Venez contribuer à l'essor économique, et puis ensuite...
- Speaker #1
Mais je pense que tu l'as dit exactement. Aujourd'hui, ce qui est valorisé, et c'est le cas aussi bien à Abu Dhabi... à Dubaï et ici en Zahir, c'est vraiment la compétence. On valorise la compétence, on respecte la compétence. Et ce que la personne apporte, que ce soit au pays, que ce soit à la compagnie. Et c'est ça qu'ils apprécient.
- Speaker #0
Alors c'est là où c'est particulièrement intéressant pour notre audience française et francophone. C'est dans un environnement aussi international, aussi diversifié, aussi dynamique. économiquement parlant, et sur d'autres volets d'ailleurs, comment est-ce que nous autres pouvons-nous nous distinguer de la concurrence qui est très forte, puisque le monde arrive ici, il y a l'Asie, l'Inde, la Chine, bien évidemment, les États-Unis et les autres, mais il y a aussi la jeunesse africaine qui arrive aussi, qui commence à être de plus en plus qualifiée, comment est-ce que nous autres, français et francophones, on peut faire la différence ? pour nager dans ces eaux ?
- Speaker #1
Moi, mon expérience, parce que j'ai eu des Français qui ont travaillé pour moi, j'ai eu des Américains qui ont travaillé pour moi, des Anglais, etc. Dans ces différentes positions, que ce soit le centre de recherche à Abu Dhabi, que ce soit lorsque j'étais en charge de la région Moyen-Orient à Dubaï, le système éducatif français donne des bases fondamentales extraordinaires. Et ça, je pense qu'il faut le mettre en avant. Il y a des bases fondamentales qui sont de très haut niveau. Et je pense que ça, c'est un point très fort de quelqu'un qui vient du système éducatif français et qui arrive au Moyen-Orient. Que ce soit au niveau de l'ingénierie, que ce soit au niveau du commercial. Il y a vraiment une compétence très intéressante et très forte.
- Speaker #0
Qui se matérialise comment concrètement ?
- Speaker #1
Lorsqu'on est dans la partie technique, c'est très clair. Que ce soit au niveau des projets qu'on fait, de la valeur ajoutée qu'on apporte au projet d'un point de vue technique, ça se matérialise très rapidement. Le niveau d'un ingénieur français ou éduqué en France qui a réussi, il se distingue par ces qualités-là. C'est-à-dire compréhension. des problématiques, modélisation, structuration de la problématique, type de solution qu'on apporte au projet, ça se voit très rapidement.
- Speaker #0
D'accord, donc notre formation est bonne.
- Speaker #1
Et ça, je pense qu'il faut le mettre en avant. La compétence des ingénieurs éduqués en France est très bonne. D'accord. Et ça, je l'ai vu. A ma entreprise, ok. Au niveau des commerciaux, là également, il y a vraiment une approche pragmatique qui est aussi valorisée. La partie contractuelle, la façon de faire des contrats, de répondre à des appels d'offres. Là également, il y a un petit génie qui est derrière. Et gagner des contrats, ce n'est pas facile. Par contre, s'il y a un petit peu cette finesse, cette compréhension. de ce qu'attend le client et pouvoir justement, comment dire ça, customiser les solutions. C'est ça qui fait la différence. Et je pense que là également, le système éducatif dans nos écoles de commerce, etc., c'est très très valorisé.
- Speaker #0
D'accord. Donc c'est plutôt encourageant comme feedback, puisqu'on a tendance à décrier un peu le système éducatif.
- Speaker #1
Oui, mais ça c'est un petit peu la montagne. C'est un petit peu comme si on se lâchait nous-mêmes. On se plagie. On se plagie nous-mêmes. Je pense qu'il n'y a pas lieu de douter de ça. Bien sûr, il y a toujours des améliorations à apporter, mais je dirais que les fondamentaux sont très bons. Et je pense qu'il faut mettre ça en avant. D'accord.
- Speaker #0
Et donc, fort de cette expérience d'encadrement des talents avec des provenances très différentes, aujourd'hui tu travailles pour Alcorayef, c'est bien comme ça, je le prononce bien ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et quelle est ta mission principale au sein de cette société ?
- Speaker #1
Bon, moi je suis arrivé il y a sept ans. C'était, je dirais, une mission impossible, vraiment, parce que la compagnie était en train de traverser une période très difficile, avec plusieurs années dans le rouge et une équipe en place qui n'était pas capable de retourner la situation. Donc à ce moment-là, les shareholders, les propriétaires de la compagnie ont décidé de vraiment faire table rase. et mettre une équipe en place avec du sang neuf. D'accord. Donc, ils avaient plus ou moins viré l'ensemble du management, du président, du vice-président, du CFO, etc. Et donc, ils m'ont ramené. Et moi, j'ai accepté avec la condition d'avoir carte blanche. D'accord. Parce que ce n'était pas évident de partir d'une compagnie comme Stumberger. à une renommée internationale très structurée où j'avais passé plus de 20 ans avec eux, faire un saut dans une compagnie locale avec très peu de connaissances, aussi bien des personnes avec qui j'avais travaillé que du pays.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il y a 7 ans, ça veut dire que tu arrives en 2017 en fait.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
En 2017, l'Arabie Saoudite n'est pas encore ouverte.
- Speaker #1
Pas encore,
- Speaker #0
pas du tout. Donc on n'a pas du tout la même version que celle à laquelle on assiste aujourd'hui. Comment ça se passe, toi qui viens du pays d'ouverture, dans les Émirats Arabes Unis, en Arabie ? Comment est-ce que ça se passe ?
- Speaker #1
Moi, j'avais eu une sorte de deal avec le chairman de la compagnie. Je viens avec une carte blanche. Et donc moi, en arrivant, je mets mon équipe en place. Je recrute mes éléments. certains sont français d'ailleurs, et d'autres personnes avec qui j'avais travaillé dans le passé, soit comme client, soit comme collègue, etc. Et très vite, on identifie les points faibles sur lesquels on peut agir très rapidement. Ça, c'est un petit peu classique. Quand on arrive dans une nouvelle compagnie, on fait ce qu'on appelle une évaluation, un assessment. et on identifie ce qu'on appelle les low hanging fruit. Ça on arrive à le faire très rapidement. Et au bout de six mois, on arrête l'effusion de sang.
- Speaker #0
Ah très bien !
- Speaker #1
Voilà, donc ça on met ça en place. De mon côté, on gagne en crédibilité avec nos shareholders. On gagne très vite en crédibilité. Et ça, ça permet justement de renforcer la collaboration entre l'équipe dirigeante et les shareholders.
- Speaker #0
Et dans ton recrutement, tu recrutes des femmes ou essentiellement des hommes ?
- Speaker #1
Au début,
- Speaker #0
comme tu dis,
- Speaker #1
en 2017-2018, la présence de femmes dans l'industrie est très limitée. Donc c'est surtout des hommes. J'ai recruté des anciens collègues en France, des anciens collègues aux États-Unis. Et puis je ramène d'autres personnes que j'identifie qui ont un haut potentiel. Et donc le train se met en marche, la transformation de la compagnie se met en marche, on fait quelques projets de restructuration, on lance de nouveaux projets, on lance une nouvelle stratégie et on passe dans le vert au bout de 18 mois. Bravo ! On passe vers le 18 mois et là, la mission que j'avais, c'est de retourner la compagnie et la préparer pour… une entrée en bourse, IPO. Ça, c'était ma mission. Tu avais une feuille de route ?
- Speaker #0
Est-ce qu'on t'avait donné une deadline ?
- Speaker #1
Initialement c'était 5 ans. J'avais un contrat de 5 ans plus ou moins avec voilà, je dirais transformer la compagnie, passer dans le vert et entrer en bourse. Donc on a exécuté la première partie transformation, retour dans le positif et l'entrée en bourse, je dirais qu'on était prêt à entrer en bourse en 2023, plus ou moins. 5-6 ans et je dirais à ce moment là il y a PIF, Public Investment Fund, qui est le fonds souverain saoudien, qui est très intéressé par la compagnie, par la transformation et qui identifie Al-Qurayef comme un futur champion national. Et donc ils décident de racheter 25% et d'injecter du capital dans la compagnie pour justement accélérer sa croissance.
- Speaker #0
Mais tout ça, c'est très récent.
- Speaker #1
Ça s'est fait, ils ont commencé la discussion, je dirais, fin 2022. Et ça a pris à peu près 12 mois, entre le moment où on a fait les premiers contacts, le moment où on a obtenu la première offre, la due diligence, jusqu'à la fin du deal.
- Speaker #0
Bravo, parce que tout ça, ça ne s'est pas fait sans travail à Charnel.
- Speaker #1
C'était, c'était. Et donc,
- Speaker #0
je pense que, oui.
- Speaker #1
Non, non, l'équipe a fait un travail extraordinaire parce que la due diligence avec PIF, c'est un full time job pour toute l'équipe. En même temps, on avait, je dirais, le day to day, plus la nouvelle stratégie qu'on a dû mettre en place.
- Speaker #0
Et alors, toi, dans ton activité, parce que... Il serait peut-être utile aussi que tu nous rappelles en quoi est-ce que le métier de Schlumberger est différent de celui de Alcorayef.
- Speaker #1
Ils ne sont pas très différents. Ça reste une compagnie de services pétroliers avec une partie service, une partie produit. Donc Alcorayef, c'est une compagnie, je dirais, beaucoup plus petite que Schlumberger avec un portfolio plus restreint. Mais je dirais que la méthodologie et le type de service produit sont très similaires. D'accord. Donc ça, je dirais que c'est la partie facile pour moi. OK. La partie facile, c'était vraiment que la compagnie de service produit de haute technologie. Ça, c'est ce que j'ai fait pendant 20 ans. Sur le fond, il n'y a pas de challenge à ce niveau-là. Le challenge, c'était beaucoup plus commercial. d'un point de vue commercial, avoir des contrats qui délivrent un profit. Et, comme tu l'as dit, la gouvernance. La gouvernance, je dirais, ils n'en avaient pas. Aussi bien au niveau de, je dirais, du corporate qu'au niveau du puba, c'est-à-dire au niveau d'avoir simplement des contrats avec nos suppliers. Ils n'en avaient pas. Ça, c'était, je dirais, le travail de fond. qu'on a dû faire pour arriver où on est aujourd'hui.
- Speaker #0
Et est-ce qu'on fait du business différemment ? Est-ce qu'on signe des contrats différemment aux Emirats Arabes Unis et en Saoudite ?
- Speaker #1
Non, je pense que chaque client, comme Aramco ou Adnok, ont leurs spécificités. Oui. Oui, ce ne sont pas les mêmes. Mais je dirais que les principes du contrat sont les mêmes. D'accord. Vous délivrez un service, vous êtes rémunéré pour ce service. Vous délivrez un produit. vous déterminerez pour ce produit-là, avec certaines conditions de performance, de fiabilité, de qualité. Ça reste la même chose. À la fin, si vous avez un produit de qualité, vous avez une bonne relation avec vos clients, il n'y a pas de raison pour laquelle ça ne marche pas.
- Speaker #0
Et ça, c'est une réponse d'ingénieur. C'est-à-dire que c'est la partie dry, d'un point de vue technique, je dirais. Mais là, c'est la... l'experte des relations publiques.
- Speaker #1
Mais tu as tout à fait raison. Tu as tout à fait raison.
- Speaker #0
Dans le monde humain et soft skills, est-ce que ça se passe de la même manière ?
- Speaker #1
Mais si tu n'as pas un produit de qualité, tu ne t'assoies pas à la table. C'est le B.A.B. du business. Tu commences par un produit de qualité. Et c'est ça qui te permet d'aller au niveau dessus, qui est la relation. Ok ? Et je te... dit les premiers 18 mois, mon focus, ce n'était pas le client. Mon focus, c'était en interne, avec la qualité, avec le manufacturing, avec le supply chain, avec les équipes d'ingénieurs derrière. Et je vais te dire, c'est ça qui a permis de passer du rouge au vert. Lorsque tu améliores ta fiabilité avec un rapport de 10x, tu multiplies, je dirais, ce qu'on appelle le run life, avec un facteur de 10, tu enlèves une grosse épine du pied. Mais multiplié par 10, ça m'a simplement permis d'être à égalité avec mes compétiteurs internationaux, comme Schlumberger, comme les autres. Donc ça, ça m'a permis de parler le même langage, d'avoir le même respect que ces grosses compagnies internationales.
- Speaker #0
Parce que la qualité est au rendez-vous.
- Speaker #1
Et ensuite,
- Speaker #0
ce qui fait la différence.
- Speaker #1
Ensuite, forcément, ça permet d'avoir une autre discussion. Ça permet, je dirais, de parler plus long terme, stratégie, alignement avec les visions 2030, etc., à très haut niveau dans ces compagnies. Mais si vous n'êtes pas crédible, si vous n'avez pas la qualité, vous ne pouvez pas avoir ces discussions.
- Speaker #0
Là, j'entends bien. Mais tu vois, ce qui m'intéresse encore davantage, c'est de voir avec toi que tu nous partages. la différence dans les interactions humaines entre signer un contrat, il n'y a peut-être pas de grande différence entre en Arabie Saoudite ou du moins dans ton industrie, mais aux États-Unis, en Algérie, au Nigeria, en Arabie, comment est-ce que ça s'articule ? Très différemment,
- Speaker #1
j'imagine. Non, ça c'est, apparemment, on change de continent, on change d'univers. Aux États-Unis, pour te dire, Les contrats, c'est au jour le jour. Il n'y a pas de contrat à long terme aux États-Unis. Votre contrat, c'est un mois. Et tout le monde est sur le même plan. Après, c'est d'autres facteurs qu'on rencontre. Donc ça, c'est une grosse spécificité. Au Moyen-Orient, les clients sont beaucoup plus fidèles. Aux États-Unis, c'est comme on appelle ça, « one pill at a time » . C'est-à-dire qu'aujourd'hui, je te donne un ordre, le mois prochain, je peux le donner à la compétition, s'ils sont moins chers d'un dollar. Donc ça, c'est le modèle aux États-Unis. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de contrat à long terme.
- Speaker #0
Mais culturellement, ça s'explique aussi, parce que dans la région, on apporte dans les relations humaines beaucoup d'importance à la fidélité.
- Speaker #1
Justement, ici, les contrats sont beaucoup plus longs. Et ça, je dirais que c'est une spécificité assez… Moyen-Orient, on a des contrats à 7 ans, à 10 ans. Et pourquoi ? C'est parce que le client cherche à construire une relation, beaucoup plus qu'une transaction.
- Speaker #0
Alors, je suis d'accord avec toi. Je rajouterais même qu'il y a aussi une stabilité dans la gouvernance qui le permet. C'est-à-dire que comme les rainmakers restent en place, ça permet de dérouler une vision de manière plus stable. que lorsqu'ils changent à des échéances un peu plus...
- Speaker #1
Je pense qu'ils ont plusieurs objectifs dans la façon d'avoir ces contrats, ce type de contrat. La gouvernance, c'est certainement un des objectifs. Je dirais, si c'était beaucoup de transactions, il y a toujours eu des risques. Alors qu'on a un contrat à long terme, c'est structuré, c'est vérifiable, c'est auditable, etc. Et c'est même bon. La deuxième chose, c'est qu'ici, le pétreux, c'est le nerf de la guerre. Donc, ils ne peuvent pas se permettre d'avoir des fournisseurs qui flanchent ou qui font faillite parce que ça remettrait en cause, je dirais, la pérennité de leur business. Donc, avoir une relation stable de confiance avec leurs fournisseurs, c'est extrêmement important. Et je dirais un troisième point, c'est que... C'est une industrie qui évolue, où la technologie est très importante. Et donc ça leur permet justement d'avoir des contrats sur long terme, de développer ou de co-développer des technologies qui arrivent à résoudre leurs problèmes, sans avoir à le faire en interne. Donc nous, dans notre travail de juillet, on a beaucoup de projets qu'on développe conjointement avec Aramco. Et ça permet justement d'avoir un co-funding. pour ces projets-là.
- Speaker #0
Et c'est intéressant parce qu'en plus, cette coproduction, cette co-élaboration de solutions, c'est une expérience que tu as vécue au Nigeria avec d'autres problématiques. Mais c'est intéressant de voir que ces schémas se reproduisent dans un environnement différent et puis avec une expérience aussi renforcée. Tu disais, le pétrole, c'est l'ère de la guerre. Cette région du monde est connue pour ça. Est-ce que c'est toujours aussi vrai que quand tu es arrivé ? Et comment est-ce que tu vois, toi qui es vraiment dans cette industrie, des perspectives de sortie progressive des énergies fossiles ?
- Speaker #1
Donc moi, comme je dis, ça fait sept ans que je suis en Arabie Saoudite et j'ai pu être témoin de cette transformation phénoménale du pays. Et je pense que maintenant, tu as d'autres pays. qui commence à émuler cette transformation. Le nouveau émirat au Koweït, il est dans la même approche, une sorte d'électrochoc pour le pays. Et donc c'est très intéressant de voir, je dirais, une expérience sociale à un niveau, à une échelle du pays. Parce que c'est vraiment une expérience sociale qu'on est en train de vivre.
- Speaker #0
contemporaine, d'être témoin de ça,
- Speaker #1
je trouve ça absolument passionnant. Et donc, la transformation, je la vois à des échelles et à des niveaux multiples. Je dirais le premier aspect qui est le plus visible pour moi aujourd'hui, c'est vraiment l'entrée des femmes dans le monde du travail. Pour te donner une petite anecdote, lorsque je suis arrivé... je voulais un peu de diversité, pour pouvoir recruter une femme, je devais lui fournir un bureau séparé. Ce qui était déjà un problème, parce que quand tu as un espace limité, tu ne veux pas forcément te permettre ça. Même au niveau de la fabrication de l'usine, du manufacturing, il fallait faire une ligne séparée, ce qui était quasiment impossible. Cinq ans plus tard, on est dans un open space. avec une mixité totale et au niveau de l'usine on a également des femmes dans la production quelque chose qui est phénoménal ça c'est le premier le premier aspect le deuxième aspect c'est au niveau des secteurs économiques je dirais l'ambition de diversifier l'économie elle est là c'est pas simplement des paroles Je sais que quelquefois, quand je discute avec des collègues en France, ils n'y croient pas. Ils viennent ici, ils vont y croire. Ils le verront et ils vont y croire. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, aussi bien au niveau du tourisme, le tourisme ici se développe à une vitesse phénoménale, les autres secteurs d'activité, que ce soit industriel, il y a une... une incentive qui est mise sur la table pour faire ou développer le manufacturing local. Nous, on est en train de faire ça, il y a des produits qui ont été fabriqués en Chine, qu'on fabrique aujourd'hui ici, soit nous-mêmes, soit avec des partenaires qui ont développé cette capacité. Donc le pays s'est transformé en un sort de... revendeurs qui étaient le modèle qui était là, des agents, des distributeurs en, je dirais, innovateurs, fabricants locaux. Et ça, ça se fait à une vitesse très accélérée. Il faut s'en rendre compte parce que c'était des acheteurs autrefois, ce sont des fabricants aujourd'hui et des compétiteurs demain. Voilà, ça se fait. Donc il y a une industrialisation du pays qui en marche et je pense que ça c'est quelque chose qui va en se renforcer.
- Speaker #0
Et cette émancipation du pétrole qui s'accompagne de changements sociétaux et donc de... de développement d'autres industries, notamment touristiques, mais aussi d'autres. Elle mobilise des talents locaux, mais est-ce qu'elle laisse suffisamment de place pour des talents étrangers ?
- Speaker #1
Je dirais que cette transformation est tellement intensive en ressources humaines que le marché... locaux, le marché local n'a pas suffisamment de talent pour répondre à ce besoin. Donc l'actualité c'est que ça nous cause des problèmes à nous. Lorsque je veux recruter des locaux, parce que j'ai quand même des obligations de saoudisation, je ne trouve pas ces talents, parce que la demande est telle. Donc ça laisse d'énormes marges pour des gens talentueux. de trouver du travail en armée saoudite et dans le moyen en général. Je dirais que le besoin en talent, le besoin en ingénieurs, en commerciaux est tel qu'il y a besoin d'abord d'expatriés déjà formés, déjà expérimentés qui sont là. Et je pense que le marché, on en a encore besoin pour plusieurs années à venir parce que même les Saoudiens qui arrivent ne sont pas suffisamment formés. Ils sont souvent très jeunes, donc ils ont besoin de coaching, ils ont besoin de formateurs, ils ont besoin de modèles en quelque sorte, de mentors pour pouvoir se développer eux-mêmes. Donc ça, je pense qu'il y a une opportunité au moins sur les prochaines années pour des talents expatriés. D'accord,
- Speaker #0
des talents plutôt qualifiés.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'il faut un minimum de compétences, il faut un minimum d'expérience. Mais ça ne veut pas dire que les débutants n'ont pas leur place. Non, au contraire. Je pense que les débutants qui sont assez switch-on, en quelque sorte, ils ont tout à fait leur place. Je t'avais mentionné que j'avais pris des stagiaires récemment d'écoles d'ingénieurs français qui ont pu rapporter énormément à l'entreprise, même au niveau stagiaire. Donc ça, je pense que c'est un truc qu'il faut apprendre à bras-le-corps.
- Speaker #0
D'accord, donc il y a de la place, mais il faut être formé et il faut avoir une envie d'apprendre. Et est-ce que tu aurais un conseil particulier, d'une part envers les professionnels qui seraient intéressés par la région, et d'autre part vis-à-vis des entreprises qui sont intéressées par l'export et qui souhaiteraient proposer leurs produits ou services ? parler de qualité et je pense que c'est important de souligner ça parce qu'il y a une concurrence féroce et qu'il y a une maturité aussi chez les donneurs d'ordre à identifier quels sont les produits qualité de ceux qui le sont moins. Mais est-ce que tu aurais des conseils pour ces deux publics ?
- Speaker #1
Moi le seul conseil que j'aurais c'est qu'il ne faut pas hésiter à démarcher. Il y a un réseau de francophones dans cette région qui est très solide. Aussi bien en Arabie Saoudite qu'à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats, il y a un réseau à travers les chambres de commerce, à travers l'Alliance française, etc. Il y a un réseau qui est très fort. Et le démarchage, c'est ce qui va permettre d'identifier ces opportunités et ensuite de construire une relation qui va ouvrir les portes ici. Pour donner une anecdote, sur les deux dernières années, j'ai pu ramener les entreprises françaises en Arabie Saoudite. On a pu établir des relations très avancées avec une entreprise qui est basée à Angoulême.
- Speaker #0
On ne fait pas plus français.
- Speaker #1
Il n'y a pas plus français. Mais c'est une entreprise qui a pignon sur rue en France, qui est très réputée à l'international, mais qui n'avait jamais osé venir ici. Je dirais que c'est même nous qui sommes allés la chercher. Je dirais que la guerre en Ukraine a fait qu'un de nos fournisseurs n'était plus disponible. Donc nous, on a fait la recherche. On a trouvé que cette compagnie à Angoulême avait les produits dont on avait besoin. On a établi des relations. On a fait des prototypes. Les prototypes ont passé tous les tests, ont été approuvés. Et maintenant, c'est à... Gros fournisseur.
- Speaker #0
Est-ce qu'il faut nécessairement passer par les organisations existantes, telles que les chambres de commerce, les clubs d'affaires, ou pas nécessairement ?
- Speaker #1
Je dirais que les chambres de commerce, les clubs d'affaires, c'est très bien. Il y a également ce qu'on appelle les expos et les conférences qu'il y a dans l'industrie, où on se retrouve pour quelques jours. Le prochain a lieu à Abu Dhabi. qui s'appelle Adipec, qui est l'un des plus gros événements dans le oil and gas au monde.
- Speaker #0
et qui permet vraiment de nouer des contacts. Donc, il ne faut pas hésiter à participer à ces événements.
- Speaker #1
Présentiels, rencontrer des gens.
- Speaker #0
Et aller chercher les compagnies avec lesquelles vous pouvez travailler. Mais je pense qu'également, faire appel à la communauté française déjà installée, ou la communauté francophone plus généralement, déjà installée dans le Moyen-Orient, ça ouvre des portes. Donc ça, je pense que c'est assez... C'est très important et nous, on est prédisposés à le faire.
- Speaker #1
Un petit mot de la fin après ce partage, ma foi, très généreux et instructif. Qu'est-ce que tu aurais envie de partager avec nos auditeurs ?
- Speaker #0
Ça, c'est une question assez ouverte. Non, je pense que c'est une région qui a mauvaise presse. où on entend beaucoup de négativité à travers les news, à travers les débats qu'il y a en France, mais qui mérite d'être découverte, qui a beaucoup à offrir, au-delà de ce qu'on peut penser. Ce sont des gens qui sont formidables, qui ont l'hospitalité. qui ont l'envie de collaborer, qui ont l'envie de connaître également. Et je pense qu'il y a beaucoup de business à faire.
- Speaker #1
C'est plutôt courageant.
- Speaker #0
Non, mais comme je dis, c'est vraiment une région qui mérite d'être mieux découverte, d'être mieux présentée et de changer un petit peu les stéréotypes. Les changements qui sont en train de se faire ici sont assez uniques. et qui ouvre beaucoup d'opportunités pour les gens qui sont prêts à écouter, à voir et à dépouvrir.
- Speaker #1
Et à contribuer aussi, à contribuer à ce que les visions posées par les uns et les autres deviennent réalité. Merci beaucoup cher Mohamed, ça a été un vrai plaisir de partager ce moment avec toi et restons en contact, à très bientôt.
- Speaker #0
Avec plaisir, merci Rosiane.
- Speaker #1
Merci à toi.