Speaker #0Salut à tous, j'espère que vous allez bien et bienvenue dans Inbox, votre émission où je vous raconte et vous partage mes mille et une vies. Alors ça fait vraiment longtemps et franchement je suis trop ravie, je suis contente de pouvoir vous retrouver avec ce nouvel épisode. J'espère que vous allez bien et que la vie est douce. Alors, on peut se demander où j'étais passée. Eh bien, j'étais là, je suis toujours là. J'essayais juste de ne pas sombrer de mon quotidien et d'éviter de glisser tout doucement vers la dépression. Plus de 300 candidatures envoyées et autant de refus possibles. Et à côté, les cases se vident, les jours avancent, les mois passent et tu te sens figé. immobile comme si tout échappait sauf une chose postulée encore et encore. Tu n'as que ça à faire et tu dois faire ça. C'est la seule chose qui dépend de toi. D'un autre côté, tu te demandes si tu ne devrais pas un peu plus profiter de cette période. Je ne sais pas si vous, de votre côté, vous y arrivez pour les personnes qui sont dans cette situation. Mais moi, j'ai du mal. Et puis, il y a ces fameuses questions qui reviennent tout le temps. Moi, je les appelle les questions qui fâchent. Alors tu en es où dans tes recherches ? Est-ce que ça avance ? Est-ce que t'as postulé là-bas ? Est-ce que t'es sûre que ton CV, il est correct ? Nanani, nananère, tout un tas de questions. Mais bon, spoiler alert, non, je suis toujours en recherche d'opportunités. Donc j'ai beau changer mon CV mille et une fois, actuellement, je suis toujours en recherche d'opportunités. Concernant Inbox, Concernant notre émission, je me demandais quels sont les sujets que je pouvais aborder. Mais de quoi pourrais-je bien vous parler en fait ? Alors que j'ai littéralement des épisodes près déjà écrits sur la notion de la femme forte, sur les relations amoureuses, sur l'envie de poursuivre ses études ou pas, sur tout un tas d'autres sujets. Mais sans vous mentir, je n'avais pas la force, pas l'énergie et franchement... vous l'auriez sans doute perçu. Vous auriez perçu cette tristesse dans ma foi, cette fatigue. J'aurais parlé par automatisme et peut-être avec un peu de nonchalance. Et ce n'est pas ce que je transmets au quotidien dans cette émission. Mais que dire ? Je peux vous dire qu'il s'est passé tellement de choses ces derniers mois. De nouvelles rencontres, j'ai été en salle de sport. Ah oui, il faut m'applaudir, j'ai été en salle de sport. Je peux vous dire, pour la petite histoire, au lycée, quand il s'agissait de faire du sport, moi ma note maximale, c'était 2, 3, 4. Du coup, j'ai été en salle de sport deux fois par semaine. J'ai travaillé sur Excel, j'ai poursuivi l'écriture de mes scénarios. J'ai été à la foire, je suis sortie, j'ai été au cinéma, j'ai présenté Inbox lors d'un sport. Speech Atelier France Travail et j'ai franchement apprécié. En gros, je peux dire que j'ai essayé et j'ai tenté de prendre du temps pour moi. Et par-dessus tout, je me suis rendue à ma remise de diplôme. Et depuis, je peux vous dire que j'ai cette fameuse réflexion qui revient à chaque fois. Pourquoi j'ai tant de mal à voir mes progrès ? Je ne suis jamais satisfaite de ce que j'accomplis. J'ai toujours l'impression qu'il manque un truc. en... petit quelque chose qui viendrait enfin valider mes efforts. Et là, je me demande, mais pourquoi je ressens ça en fait ? Mais d'où ça vient ? D'où ça peut venir en fait ? Pour nous mettre dans le contexte, j'ai été récemment diplômée. Souvenez-vous, je vous en avais parlé dans l'épisode du CDI que j'avais entamé mon deuxième master. Master ! J'ai enfin eu ce bout de papier. Et pour l'occasion, je m'étais joliment apprêtée. Mais vraiment quoi ? Je crois que j'en avais besoin. J'avais besoin de voir ce joli visage sous fard à paupières, blush, eyeliner. Mais plus que ça. J'avais envie de me voir dans cette fameuse toge. Celle que j'avais eu à enfiler il y a déjà 3 ou 4 ans je crois. Je voulais me mettre sur mon 31, mon 32, mon 33, 34, 35. Peu importe le chiffre, j'avais envie de me sentir bien et fière. Après tout, j'ai eu un bon moment. Je récupérais tout de même le fruit de mon travail. A ce que je sache, l'obtention de son diplôme est un jour important dans la vie d'un étudiant. C'est important, c'est le fameux jour. Et c'est ce que je pensais ressentir jusqu'à un certain moment. En m'habillant et en me préparant, j'étais tout d'abord excitée, heureuse. Et puis petit à petit, ce truc est revenu. Ce truc que je ressens tout le temps, que je n'arrive toujours pas à comprendre. pas à nommer. Je ne sais pas, c'était une sorte de malaise. Et je peux vous dire que cette sensation de malaise, de mal-être, revient de façon cyclique, quelle que soit la situation. Et pourtant, je crois, c'était mon jour. Ce n'était pas mon mariage, mais c'était mon jour. Et c'est censé être le fruit de mon travail. Je récupérais le fruit de mon travail. mais est-ce vraiment un exploit ? Étudier, est-ce vraiment un exploit ? Tout le monde peut le faire, et ça c'est ma réflexion, tout le monde peut étudier. D'autant plus que toute l'année, je me suis sentie à côté de la plaque. À l'école, en entreprise, et très souvent dans ma vie personnelle. Sans oublier ma soutenance avec cette note médiocre que j'ai eue. Donc j'avais l'impression de... Comment dirais-je ? Je peux vous dire que... J'avais l'impression d'être, je ne sais pas quel mot employer, mais j'avais cette impression de ne pas le mériter. Alors, comment reconnaître un accomplissement quand on ne s'est jamais senti légitime à le vivre ? Peut-être ai-je cru que ce nouveau diplôme allait m'offrir une sorte de délivrance, une reconnaissance, une sorte de soulagement symbolique. J'ai très souvent eu l'impression d'avoir eu à appuyer sur replay. J'ai souhaité refaire une année de plus afin de pouvoir faire mieux que l'année précédente, mais in fine, la sensation est identique. Le nouveau diplôme a le même goût que le précédent. J'ai reçu autant de félicitations que de refus de candidature. Je pouvais ressentir la fierté de mon entourage, de ma famille et de mes amis. Là où moi je ne voyais rien, je ne vois rien, ils ont vu la réussite au diplôme. Mais quelle dissonance ! Qu'est-ce que j'aurais voulu ressentir ? Ah, peut-être de la vraie fierté. Qu'est-ce qu'on appelle vraie fierté ? Même, je ne sais pas, je ne sais pas quoi vous dire. Pour dire vrai, qu'est-ce que je considère comme un vrai accomplissement ? Je vous parlerai de gagner les JO, d'avoir le prix Nobel de la paix, être major, décrocher le job tant qu'on voit été, écrire un livre à succès, rien que ça. Donc, vous imaginez un peu comment je perçois les choses. Et je peux vous dire que je crois. Non, je place très souvent la barre, voire la barre très très, voire trop haute. J'ai une vision assez élitiste de la performance et des résultats, comme si je vivais pour les caméras. Lol, mais pas tant que ça en fait. Dans ma tête, le progrès n'a de valeur que s'il est exceptionnel. Du moins, c'est ce que j'ai appris, c'est ce qu'on m'a transmis parfois, sans le dire explicitement. J'ai grandi avec l'idée que pour qu'un accomplissement. Quand il devrait, il devait être visible par tous, difficile, validé et incontestable. Il fallait que ce soit grand, impressionnant et applaudi. Genre, c'est-à-dire, on doit savoir que je suis un transpiré sain et larme pour en arriver là. Et je me rends compte aujourd'hui que mon éducation, mon environnement, il n'est pas quelque chose, il est pour beaucoup. Quand j'étais petite, en grandissant, j'entendais... Ces phrases, certaines phrases, et je peux vous dire que ces phrases-là, beaucoup l'ont entendue comme moi et à plusieurs reprises. Tu as eu combien de moyennes ? Et les autres ? Mais les autres ne sont pas vos enfants. Si tu veux réussir dans la vie, il faut être parmi les meilleurs. Je ne demande pas, je ne dis pas que se contenter du minimum est mal ou bien, mais tout dépend de la personne que tu as en face de toi. Ton enfant... Cette personne est une aide différente des autres. Peut-être qu'il n'aime pas la concurrence, il n'aime pas être dans un environnement concurrentiel. J'ai entendu, tu es l'aîné, tu as le devoir de bien faire. Ah oui ? Et à côté de ça, tu avais toutes ces autres petites phrases sur l'apparence et la réputation. À savoir ? Fais bonne impression. À qui ? À qui je dois faire bonne impression ? Des gens chez qui je ne bois même pas le café ? Que vont penser les gens ? Tu dois nous représenter dignement. Eh bien dis donc, avec tout ça, si je devais vous traduire toutes ces phrases, je dirais que ta position dans un classement, ton résultat et surtout ta validation, la validation extérieure compte bien plus que les efforts que tu pourras fournir et surtout que ton accomplissement n'a de valeur que si quelqu'un d'autre te le confirme. Alors forcément quand je fais un pas en avant, quand je progresse, J'ai du mal à le voir parce que dans ma tête, ce n'est jamais assez. Parce que j'attends encore un regard, une voix, une accolade, quelque chose ou quelqu'un qui dirait « Là oui, là tu as réussi. Ah oui, oui, oui, tu es ma personne, tu as réussi. Ah oui, oui, oui, je suis fière de toi. Ah oui, oui, oui, c'est toi la machine. » Voici pourquoi je me suis effondrée à la sortie de ma remise de diplôme. J'ai pleuré comme une madeleine. Pas à cause du stress, pas à cause de la fatigue, mais parce que je n'avais pas mes parents à mes côtés. Vous me direz, c'est normal de ressentir ça, ou peut-être pas. Mais moi, dans ma tête, j'avais cette pensée, ah Seigneur, c'est donc ça que tu me réserves à chaque accomplissement. Ce sentiment de solitude, l'impression d'avoir un vide, pas de bras tendus, personne pour me sauter au cou et me dire que je suis fière de toi. Et pourtant, je n'étais pas seule. J'y étais avec mes petites sœurs. Elles étaient là, sincèrement heureuses pour moi. Mais je ne voyais pas ça. J'avais toujours l'impression qu'il me manquait quelque chose. A vrai dire aussi, sur les morts, je suis aussi un peu ingrate. Sans oublier que ce diplôme, je l'ai fait pour moi. Je ne l'ai pas fait pour mes parents. Je ne l'ai pas fait pour mes petites sœurs. Je l'ai fait pour moi. J'ai intégré ce master. pour répondre à un besoin professionnel pour ma réussite personnelle et professionnelle. Et pourtant, je ne me suis même pas validée moi-même au départ. Je n'ai même pas su me dire, tu l'as fait, tu es allée jusqu'au bout. Voilà quoi. Et ça, je l'ai déjà dit, j'ai grandi comme ça. Et ce n'est qu'aujourd'hui que je commence à ouvrir les yeux sur tout un tas d'autres choses, sur tout un tas de choses. Je suis vraiment exigeante avec moi-même, voire pas. Trop. J'estime tout le temps que je n'en fais jamais assez. J'ai un besoin de contrôle sur toutes les situations. Et malgré ça, il y a toujours quelque chose qui manque. Je me concentre sur ce qu'il reste à accomplir et non sur ce que j'ai déjà traversé. Je suis un peu comme une barre de téléchargement. Je vise les 100% en oubliant qu'il y a déjà eu 20, 30, 40, 50% de faits. Je sais que le chemin est lent, voire sûr, parce que je me suis accordé le droit de vérifier le chemin que j'allais prendre. Après 20%, c'est 30%, après c'est 40% et ainsi de suite. Mais je n'ai jamais appris à appuyer sur pause ou à regarder en arrière. N'en parlons pas de la douleur du parcours. Pour moi, elle est tout à fait normale. Je vais te dire, si tu veux quelque chose, c'est normal que tu aies mal pendant un certain temps. Vois quand il n'y a pas de douleur, quand il n'y a pas de difficulté. Je trouve ça anormal même. Pour moi, c'est comme si je sais que mon parcours sera rude. À la limite, j'attends la douleur avec impatience. Mais la joie de l'effort accompli, je peux vous dire que je ne l'ai presque jamais vraiment vécu. Peut-être en grandissant, quand je passais mon certificat d'études primaires. ou peut-être un brevet en troisième année. Mais à partir de là, juste après, pour moi, ça ne comptait pas. Le reste, c'est OK, c'est fait, on passe à autre chose. On parle de célébrer ses réussites, ses efforts, ses accomplissements. Mais qu'est-ce que c'est vraiment ? Je vous prends un exemple, plusieurs exemples. Pour mon bac, je suis rentrée à la maison, j'ai annoncé la nouvelle à mes parents, puis j'ai regardé la télé. C'était sans oublier la boîte de nuit juste à côté qui donnait une soirée dédiée aux bacheliers. La bonne blague. Pour ma licence, je suis rentrée à la maison. Encore une fois, j'ai fait mes valises pour me rendre à l'aéroport afin de poursuivre mon master à l'étranger. J'ai pas eu le temps de redescendre, on va dire ça comme ça. J'ai enchaîné et enchaîné et ainsi de suite. Pour mon premier master, j'ai fait un resto avec des amis. Et je peux vous dire que ce n'était même pas mon idée. Moi, je voulais juste rentrer chez moi. Voilà comment je célèbre mes réussites. Ou à défaut, je poste une story vite fait et puis voilà, c'est oublié, c'est posté, c'est oublié, c'est envoyé. Je ne m'arrête jamais et je passe directement à la suite. Et sans blague, sans vous mentir, j'ai déjà commencé les recherches pour le prochain défi, pour le prochain objectif. En fait, et là je me rends compte qu'il y a clairement un problème dans cette manière de vivre ces étapes, pour ma part, dans cette manière de vivre mes étapes. Et je crois qu'il est temps de changer ça et surtout de marquer le pouce bleu. Et pourquoi pas ? Souviens-toi quoi ! Souviens-toi de la SNCF et de ses retards. souviens-toi du train de 18h qui t'a fait rentrer à minuit passé souviens-toi de ce bus raté et de cette marche sous le froid en larmes sans manteau digne de ce nom souviens-toi de cette voix au téléphone de cette personne qui t'a tenu jusqu'à la maison souviens-toi des sacs de course de la Croix-Rouge souviens-toi de la joie d'avoir pu te payer ton premier abonnement wifi souviens-toi de tes anniversaires passés seuls mais pas sans valeur souviens-toi de ton 11 mètres carrés Souviens-toi. de tes nuits blanches, de tes nuits de révision et des rencontres que tu as eues sur le chemin. Souviens-toi des moments où tu pensais lâcher prise. Souviens-toi de Canva, toutes les présentations que tu as eu à faire. Souviens-toi de PowerPoint, souviens-toi d'Excel, souviens-toi de ChatGPT. Souviens-toi de la logistique pour caser tes révisions entre deux jours en entreprise. Souviens-toi des pauses d'aile où tu étudiais au lieu de manger. Souviens-toi de celles et ceux qui te disaient, t'inquiète pas, ça va aller, tu vas réussir. Je suis obligée de lister tout ça pour donner de la valeur à mon diplôme, pour me rappeler que ce n'est pas une chose anodine. Je ne veux pas me réveiller un jour avec 10 diplômes, 10 000 efforts et aucun souvenir d'avoir été fière de moi. Célébrer ses réussites aussi, ce n'est pas juste faire la fête, ce n'est pas juste poster une story, c'est s'arrêter un moment. Ce que je fais avec cet épisode, c'est regarder le chemin et se dire tout simplement, j'ai tenu bon. j'ai avancé et je mérite de le reconnaître. J'ai voulu revenir sur la plateforme avec cet épisode pour vous partager ces quelques mots, mais aussi des mots parfois silencieux que nous pouvons vivre réellement au quotidien. On ne prend pas le temps de célébrer les grands comme les petits moments. On ne prend pas le temps de célébrer nos efforts. Et c'est bien dommage. Pour conclure, franchement, je suis contente. de vous retrouver et je pense que vous allez peut-être entendre beaucoup de mes mimiques tout le long de l'épisode. Je suis contente de vous retrouver avec cet épisode et je vous dis à lundi prochain. Parce que oui, je serai là avec un nouvel épisode. Je vous dis bisous, merci pour tout. Bisous à vous et passez un bon week-end.