- Speaker #0
Bonjour, Karine Rouvier, je vous invite à venir passer un petit moment avec mon univers de femme chef d'entreprise. L'idée étant de vous partager les joies et les galères de l'indépendance financière des femmes. Je reste convaincue qu'à travers l'égalité homme-femme, pour moi c'est surtout l'indépendance financière qu'il faut absolument défendre. Et donc je vous emmène dans mon univers pour rencontrer des femmes indépendantes financièrement et peut-être un jour leur mari. Vous venez avec moi ? Bonjour Nathalie.
- Speaker #1
Bonjour Karine.
- Speaker #0
Merci d'être venu jusqu'ici. Alors je sais que toi tu n'es pas très loin. Champigny c'est quoi ? C'est une demi-heure de route ?
- Speaker #1
Oui c'est ça. Bon ça va. Si tout va bien.
- Speaker #0
On va parler de l'indépendance financière des femmes. Tu sais pourquoi je t'ai proposé de venir ?
- Speaker #1
Vaste sujet.
- Speaker #0
Vaste sujet. Au moins aussi militante que moi. Ça fait un moment qu'on se connaît. On est dans un réseau en commun. Ça fait longtemps qu'on se voit. Depuis, ça fait combien de temps ? 7 ans, 8 ans ?
- Speaker #1
7 ans, 8 ans, oui.
- Speaker #0
7 ou 8 ans.
- Speaker #1
Quand on est mon compte-cul.
- Speaker #0
Oui, je suis sûre. Tu as raison. J'ai besoin de te faire parler sur ta carrière de chef d'entreprise, même si je sais qu'aujourd'hui, tu es devenu une autre chef d'entreprise sous une autre forme. Ce que j'ai envie de mettre en avant, c'est ton aventure familiale et ton indépendance financière au milieu de tout ça, qui n'a pas été forcément toujours bien respectée, j'imagine. Donc, j'ai besoin qu'on parle un peu de ça.
- Speaker #1
Oui. Respecter si.
- Speaker #0
Respecter si, tu vas nous expliquer alors. Du coup je veux bien que tu nous expliques un peu ta carrière. On a un petit quart d'heure devant nous pour parler de ta carrière, de ton parcours. Et puis après on parlera un peu de questions un peu plus sympas.
- Speaker #1
Ça marche.
- Speaker #0
Je t'écoute.
- Speaker #1
Déjà pour démarrer ma carrière, ma carrière elle a démarré, j'allais dire quasi à ma naissance. Ah. Quand je suis née, ma mère était convaincue depuis 9 mois de grossesse qu'elle aurait un garçon.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Manque de peau, elle a eu une fille. et elle ne voulait pas de fille. Donc j'ai démarré ma carrière comme étant une affirmation que je suis une femme, mais que je ferais aussi bien qu'un homme. Et c'était très fort dans qui j'étais.
- Speaker #0
Donc il fallait que tu sois l'égal d'un homme en fait.
- Speaker #1
Y compris dans la cour de récréation, quand j'avais 8 ans ou 9 ans, et qu'on jouait à la Deli Dello, jeu qui n'existe plus beaucoup aujourd'hui, il fallait que je sois la première et que je cours plus vite que le garçon.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'ai fait une carrière scolaire assez rapide et j'ai eu mon bac à 16 ans. Et à 16 ans, j'ai...
- Speaker #0
Ah oh ? Comment ça se fait que tu as eu ton bac à 16 ans ?
- Speaker #1
Parce que j'ai sauté une classe à petit.
- Speaker #0
Ah oui, donc tu es meilleure que les garçons du coup.
- Speaker #1
Voilà, mais c'était important.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et quand j'ai eu 16 ans, j'avais passé pas mal de temps en tant que directrice de colo. Ah d'accord. J'ai démarré en tant que monitrice, puis rapidement on m'a donné la gestion de l'équipe.
- Speaker #0
Ton premier job c'était monitrice ? Oui.
- Speaker #1
Mon diétriste de colo, à 15 ans.
- Speaker #0
Avec la guitare et tout, le chant au coin du feu ?
- Speaker #1
Pas forcément, mais la voix, quand je demandais à 80 gamins de se taire, ils se taisaient.
- Speaker #0
Ah, ça y est, on voit tout de suite.
- Speaker #1
Et en fait, ça m'a donné envie, en accompagnant un certain nombre d'enfants dans leur souffrance familiale, ça m'a donné envie d'être psychologue pour enfants.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et là, de fil en aiguille, ce n'était pas assez ambitieux pour mes parents. Et donc, mon ambition de devenir psychologue pour enfants, ça a été non.
- Speaker #0
Non, tu ne fais pas ça.
- Speaker #1
Et j'avais 16 ans. À 16 ans, c'est difficile d'avoir une autonomie financière.
- Speaker #0
Oui, ça oui.
- Speaker #1
Et on dépend quand même des subventions des parents. Donc, quand on m'a dit, tu vas faire médecine pour faire psychiatre, j'ai dit, bon, allez, casse la mienne, je vais faire médecine pour faire psychiatre.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
En médecine, je me suis fait... Je vais rester polie, mais je me suis fait suer.
- Speaker #0
Donc t'as quand même passé ton bac, du coup ?
- Speaker #1
J'ai passé mon... Ah oui, j'avais mon bac à 16 ans.
- Speaker #0
T'avais ton bac, donc ensuite, tu rentres en forme de médecine.
- Speaker #1
Je fais médecine, je fais ma première année. Je me fais suer parce que je n'ai que de la physique, de la chimie, des maths, des choses qui n'étaient pas ma passion. Ma passion, c'était la psycho, il n'y en avait pas du tout. Je deviens la meilleure ou flipper au café d'à côté.
- Speaker #0
Tiens, ça me rappelle quelqu'un, ça. J'étais pas en médecine mais j'ai eu ça. Flipor et Babyfoot aussi, c'était pas mal aussi.
- Speaker #1
Mes manques de peau, ça sert pas beaucoup à faire sa première année, donc je rate ma première année. Je redouble, je fais ma deuxième année de médecine. Et là, à la fin de cette deuxième année de médecine, après un petit coup de collier en me disant quand même tu vas essayer de faire quelque chose, j'obtiens dentaire et donc je pouvais devenir dentiste.
- Speaker #0
D'accord, donc en fait tu es une dentiste inavouée.
- Speaker #1
Et là, non, pas in-and-away, mais refusé ou rebelle. Et donc j'ai dit non, j'arrête tout, je ne vais pas là-dedans. Donc je finis en bio, pour ne pas perdre toutes mes années. En bio, ce n'était pas du tout ce que je voulais non plus. Et donc là, j'ai eu une démarche qui est de me dire de la psycho au marketing. Finalement, il n'y a qu'un pas, puisque pour faire du marketing…
- Speaker #0
Alors un grand pas alors !
- Speaker #1
Un grand pas, mais que j'ai très bien vendu en école de commerce.
- Speaker #0
Tu es médecine, dentiste, et ensuite, ok.
- Speaker #1
Alors,
- Speaker #0
tu rentres en école de commerce.
- Speaker #1
Je rentre en école de commerce. Je leur vends le fait que de médecine au marketing, il n'y a qu'un pas. Ils achètent.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et je pars vers école de commerce. Je finis majeure en marketing de ma promo.
- Speaker #0
D'accord. Donc, tu as fait quoi comme école de commerce, du coup ?
- Speaker #1
Subdeco Amiens. Ça s'appelait à l'époque Subdeco Amiens. C'était la plus proche, ça permettait de revenir faire la fête avec les copains à Paris, donc c'était bien.
- Speaker #0
Ouais, c'était sympa quoi. Et du coup tu finis ton diplôme major de marketing ? Ouais. D'accord. T'avais quel âge là à cette époque-là ?
- Speaker #1
J'avais 20 ans, 21 ans.
- Speaker #0
Donc prête à y aller quoi.
- Speaker #1
Prête à y aller. Donc de là, je bosse directement en sortant de l'école.
- Speaker #0
Mais du coup là, avec ton diplôme de marketing, tu as définitivement enterré ton histoire de psycho. Ah oui, tu te dis j'ai décidé que ça faisait le pont, donc ça me va, je fais marketing.
- Speaker #1
Tout à fait. Ça me va, je fais le marketing.
- Speaker #0
On met ça dans la poche.
- Speaker #1
Et on ne met pas dans la poche, parce que pour bien vendre un produit, il faut avant tout savoir ce dont le consommateur, ou la personne, ou la cible à laquelle on va s'arrêter, a envie, et quels sont ses freins.
- Speaker #0
La plupart des gens... La psycho est dedans. La psycho est dedans,
- Speaker #1
parce que les bons marketeurs prennent en compte les besoins. de la personne à laquelle ils vendent. Et pas juste leurs envies. Les mauvais vont se dire, qu'est-ce que j'ai envie de dire ? Et qu'est-ce que j'ai envie de vendre ? Mais ce n'est pas ça qui est nécessaire.
- Speaker #0
Ce qui est important, c'est le besoin du client.
- Speaker #1
C'est le besoin du client. Et je suis parti là-dedans. J'ai commencé très rapidement en tant que responsable marketing dans une entreprise où j'étais rentrée pour faire complètement autre chose. Je leur ai expliqué qu'ils n'avaient pas de service de marketing, que le marketing, ce n'était pas du tout de mettre des allumettes. ou des briquets avec un logo, ça s'appelait juste « Je me fais plaisir » et que ça n'est pas du marketing. Et je leur ai dit « Écoutez, moi, je suis capable de vous créer votre service. »
- Speaker #0
D'accord. Donc, tu parles là-dessus.
- Speaker #1
Voilà. À 24 ans, j'ai été responsable marketing et j'ai créé le service de cette boîte.
- Speaker #0
Et à l'époque, du coup, tu es déjà indépendante financièrement avec ton salaire ? Totalement. Oui. C'est-à-dire que tu payes le loyer, tu payes le… Tout à fait. Tu as déjà ton compagnon dans ta vie ou pas ?
- Speaker #1
J'en avais plusieurs. Ah ok,
- Speaker #0
c'est parce qu'il est aujourd'hui alors. On ne va pas sortir des gros secrets alors.
- Speaker #1
Mais là on parle que d'autonomie financière.
- Speaker #0
Donc tu es autonome à l'époque.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Tu te prends en charge toi-même.
- Speaker #1
Et dans ma famille d'origine, je parle de ma grand-mère qui est arrivée en France, elle avait 17 ans.
- Speaker #0
Elle est originaire de quel pays ?
- Speaker #1
De Pologne.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Être indépendante financière était important.
- Speaker #0
Donc c'est ton héritage matriarcal ?
- Speaker #1
C'est un héritage matriarcal qui a été transmis, c'est important d'être indépendante.
- Speaker #0
Donc en fait elles n'ont pas attendu le MLF, les femmes de ta famille, elles se sont dit bien avant tout le monde, tu seras indépendante ma fille. C'était le cas de ta mère ?
- Speaker #1
Alors ça a été le cas de ma mère très très jeune et je pense qu'elle a... Elle a fait une erreur dans sa vie, ça a été à un moment donné, pour permettre à mon père de suivre sa carrière, elle a quitté son job.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et elle s'est, on va dire, entre guillemets, sacrifiée pour la carrière de mon père.
- Speaker #0
Elle a oublié l'adage de rester indépendante.
- Speaker #1
Et elle a oublié l'adage de rester indépendante, mais elle dirigeait, comment on appellerait ça, une société qui faisait de la manufacture de manteaux en cuir. Ma mère dirigeait une dizaine d'ouvrières.
- Speaker #0
D'accord. Donc, toi, ça a sauté de génération. Et puis, tu as vu ta mère qui avait…
- Speaker #1
Et toute petite fille…
- Speaker #0
Tu démarres en 10 ans, il faut que tu sois indépendante.
- Speaker #1
Ah, mais c'est… Et je transmis, ça se transmet. C'est-à-dire que ma fille qui va avoir 35 ans dans quelques mois, être autonome financière, financièrement, c'est important pour elle aussi.
- Speaker #0
C'est ça. Il me semble que j'ai transmis ça aussi. tu vois à mes enfants en tout cas ma plus grande fille oui pour le moment elle est là la plus petite allait aller moins en position aujourd'hui d'être là oui mais là le temps mais en fait je pense que ça fait partie de notre éducation ça fait partie de l'éducation et je pense que l'image de la mère et modélisante pour la petite fille aussi tout
- Speaker #1
à fait et donc moi j'ai vu aussi ma mère à un certain moment ne plus pouvoir décider de où elle va, de où elle fait,
- Speaker #0
et être dépendante.
- Speaker #1
Le fameux manque de choix.
- Speaker #0
Le fameux manque de choix quand tu n'es plus indépendante.
- Speaker #1
Voilà, et à l'époque de ce manque de choix, je devais avoir 15 ans. Donc juste après, j'arrivais au bac. Donc après, toute cette carrière m'a amené de directeur marketing. Très rapidement, au bout de 2-3 ans, j'ai été embauchée en tant que directeur marketing cette fois-ci. et membre du comité de direction de Kelly Service France, qui est une boîte de travail temporaire.
- Speaker #0
C'est vraiment que tu as vu que tu as utilisé le mot masculin quand même, directeur marketing. À l'époque, il n'y avait pas de directrice marketing. Si tu valais quelque chose,
- Speaker #1
tu étais directeur. Sur la carte, tu avais directeur marketing.
- Speaker #0
À l'époque, si tu voulais valoir quelque chose,
- Speaker #1
ton titre était masculin.
- Speaker #0
Tu étais directeur marketing,
- Speaker #1
tout à fait. Mais j'étais toute jeune, j'avais 28 ans, 26-27 ans. J'ai continué ce chemin jusqu'à un moment où... Après avoir accouché de ma fille, la boîte a été restructurée et le directeur commercial de l'époque a un peu magouillé pour prendre le poste de directeur général par derrière tout le monde.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je devais probablement le gêner. Et quand je suis revenue de mon congé maternité, mon poste avait changé.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et là, je suis devenue une lionne. Là, c'était insupportable. Et donc, très rapidement, je suis rentrée dans un combat avec cet homme. Oui. Et à ce moment-là est arrivé mon père qui venait de... d'une restructuration dans son entreprise et qui décidait de se mettre à son compte. Et qui est venu me chercher en me disant, Nathalie, j'ai besoin de quelqu'un au marketing et au commercial. Je crée ma boîte. Toi et moi, on fait un beau binôme. Moi, j'ai tout l'aspect juridique, financier, importation, logistique. Toi, tu as l'aspect commercial, marketing. Qu'est-ce que tu en penses ? Et là, il est arrivé pour moi comme le sauveur, quelque part, puisqu'en fait, j'étais en lutte. dans l'entreprise. Je me suis dit mon père, je le maîtrise depuis quelque temps quand même, donc je vais y aller. Et voilà comment on a créé ensemble, mon père et moi, en 1990-91, l'entreprise que j'ai ensuite dirigée pendant 35 ans.
- Speaker #0
Donc elle s'appelle comment cette entreprise ?
- Speaker #1
OZ International.
- Speaker #0
OZ International. Et qu'est-ce que vous y faisiez du coup ?
- Speaker #1
Quand on a démarré, on était importateur, distributeur de produits d'activité créative et artistique. Comme les feutres, la peinture, l'acrylique. En allant chercher dans le monde entier les produits qu'il n'y avait pas en France.
- Speaker #0
Avec une petite touche innovation à chaque fois.
- Speaker #1
Avec une touche innovation à chaque fois et avec pour moi énormément de voyages. grâce à cette entreprise j'ai partagé
- Speaker #0
le népal pour les papiers l'inde oui les états unis et puis c'est bien quand la boîte elle peut la chine façon que tu as un vrai un vrai justificatif pour voyager pour tes fournisseurs et en même temps te permettre de voir différentes cultures que c'est intéressant de voir voilà je
- Speaker #1
dois dire que d'ailleurs j'ai adoré travailler avec les femmes indiennes par exemple d'accord qui sont des maîtresses femmes dans le business. Et avec une vraie... authenticité et une vraie honnêteté. Et c'est assez fou d'ailleurs de voir que cette authenticité et cette honnêteté dans le même pays, dans la même culture, ne se représentent pas de la même façon quand on s'adresse à un homme qui, lui, s'adresse à une femme.
- Speaker #0
D'accord, oui. Ah oui, donc là, il y a vraiment...
- Speaker #1
Voilà, j'ai adoré tout ce que cette entreprise...
- Speaker #0
Moi, je connais mieux les femmes africaines. J'en ai croisé plusieurs fois dans les conventions des femmes chefs d'entreprise monde. Moi, elle m'épate à chaque fois, vraiment. Les cabrounaises et tout ça,
- Speaker #1
je les trouve incroyables.
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est des maîtresses femmes, en tout cas, je trouve qu'elles ont un vrai sens du business. C'est-à-dire, avec pas beaucoup, elles arrivent à faire beaucoup. C'est-à-dire qu'elles y mettent tellement d'énergie autour du pas beaucoup, que je les trouve absolument incroyables, en fait, vraiment. Je n'ai pas eu l'occasion de discuter avec des femmes d'Inde, mais vraiment, oui. Donc voilà, c'est... Est-ce qu'on nous voit comme ça, nous, les Françaises ? Parce que, tu vois, tu parles des femmes d'Inde, moi, je vois les femmes africaines. est-ce que de l'étranger, parce que toi t'as beaucoup voyagé est-ce qu'on nous voit aussi comme des femmes combattantes. Comment on nous voit en France ?
- Speaker #1
On est quand même le pays de Simone de Beauvoir, de Simone Veil. On nous voit quand même.
- Speaker #0
Simone Veil compte à l'étranger. C'est vrai ? C'est ton avis ? D'accord. J'avais pas vu ça comme ça.
- Speaker #1
On nous voit comme des femmes, alors toujours élégantes par contre, qui ont un cliché.
- Speaker #0
L'élégance parisienne.
- Speaker #1
Ils ont un cliché sur la française.
- Speaker #0
Donc quand tu te crois que t'as tous tes tatouages, là t'as un peu raté l'élégance parisienne. Mais oui, ça oui. Mais en tant que femme chef d'entreprise, est-ce que du coup on est regardé avec envie, avec jalousie ? Comment tu as ressenti toi ça ? Non,
- Speaker #1
je n'ai pas ressenti ni envie, ni jalousie, plus étonnement. Et dans certains pays, il est arrivé qu'on me dise « mais tu voyages seule, il est où ? » ton mari, j'ai dit à la maison, il fait la cuisine et l'aspirateur. J'adorerais dire ça. Mon mari, s'il m'écoute, n'aimerait pas mais en tout cas, j'adorerais dire ça.
- Speaker #0
Oui, mais bon, il faut bien qu'on joue sur quelques clichés quand même. Tout à fait.
- Speaker #1
Mais tu voyages seul. Moi, j'adorais voyager seul. C'était un moment de rencontre beaucoup plus fort qu'en voyageant. J'ai déjà voyagé avec... mes chefs de produits de la boîte. C'est différent la rencontre avec les gens dans le business. C'est différent quand on est seul.
- Speaker #0
Et du coup donc tu démarres cette aventure avec ton père, tu es déjà indépendante financièrement parce que tu avais un job. Donc du coup tu deviens salarié associé, comment ça se passe ?
- Speaker #1
Je deviens salarié et actionnaire et je fais confiance à 100 000 % à mon père qui me dit voilà je répartis l'épargne, je m'occupe de tout, je répartis les parts dans la famille, ne t'inquiète pas. Tu as des actions, ta mère a des actions, tes frères ont des actions.
- Speaker #0
Est-ce que tout ce petit monde travaille au départ dans la boîte ?
- Speaker #1
Au départ, non. Il n'y a que moi et mon père.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, ils sont actionnaires. En fait, tu bosses pour nourrir ta famille. C'est sympa comme idée.
- Speaker #1
Alors, ça, c'est un raccourci.
- Speaker #0
C'est un raccourci, mais… Est-ce que je vous voyais ? On est d'accord. Non, non, mais je suis un peu piquante exprès, mais du coup, souvent dans les entreprises familiales, quand on rajoute du monde qui ne travaille pas dans l'entreprise, alors que l'entreprise, on est clair que c'est un secteur géographique économique uniquement. Tout à fait. Ce n'est pas un secteur familial. Tout à fait. Les gens qui sont dedans sont censés ou apporter du business, des affaires, etc., en tout cas pour mériter de récupérer l'argent du capital. Je parle des entreprises familiales.
- Speaker #1
Au moins au début.
- Speaker #0
Au moins au début.
- Speaker #1
Pas forcément après par héritage,
- Speaker #0
mais au moins au début. Oui, je ne parle pas par héritage. Mais du coup, c'est assez surprenant qu'effectivement, tu te retrouves à la tête de l'entreprise. Au final, c'est toi qui es devenue la gérante.
- Speaker #1
Mon père a toujours gardé le titre de président directeur général, mais j'ai pris un mandat social et j'étais directrice générale.
- Speaker #0
Donc, c'est toi qui gérais la boîte en gros.
- Speaker #1
Tout à fait. Je gérais la boîte avec la difficulté de travailler dans une entreprise familiale dans laquelle au final tout le monde est rentré C'est-à-dire qu'à un moment donné, j'ai donc géré mon premier frère, puis mon deuxième frère, puis j'ai géré une lutte de territoire avec ma mère. Donc tout ça a été, je vais le dire, éprouvant familialement et émotionnellement.
- Speaker #0
Parce qu'en prime, il y a des vrais salariés dedans.
- Speaker #1
Tout à fait. Alors je ne sais pas si c'est en prime, mais il y a des vrais salariés.
- Speaker #0
Mais il y a des vrais salariés, enfin des vrais, il n'y a pas des faux et des vrais salariés. Tout à fait. Du coup, il y a des salariés qui sont venus au fur et à mesure, qui ont permis eux aussi à l'entreprise de croître.
- Speaker #1
Oui, puisque l'entreprise, quand je l'ai quittée l'année dernière, avait 32 personnes.
- Speaker #0
Voilà, donc on est quand même déjà dans une belle PME. Et à l'intérieur de ça, donc non seulement il faut gérer les gens, l'aspect social, etc. L'aspect économique, créatif, commerce, etc. Et au milieu de tout ça, gérer aussi les sujets familiaux.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, tu as vendu ta boîte. Enfin, tu as vendu, pardon, pas ta boîte, tu as vendu tes parts.
- Speaker #1
Voilà, mes frères ont racheté mes parts.
- Speaker #0
Voilà, tes frères ont racheté tes parts. A l'époque, quand toi tu dirigeais, est-ce qu'ils avaient des fonctions de direction eux aussi ?
- Speaker #1
Oui, il y en a un qui était directeur export et l'autre directeur marketing.
- Speaker #0
D'accord. Et sans traire des grands secrets, est-ce qu'ils avaient les compétences dès le départ pour y aller ou est-ce que c'est leur position familiale qui leur a donné cette place ?
- Speaker #1
Je dirais, pour répondre très honnêtement, les deux, mon capitaine.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est-à-dire que les deux... ont une école de commerce.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
L'un avec un MBA aux États-Unis et l'autre a le diplôme d'Odensia qui est quand même au niveau français, j'allais dire, une meilleure école que celle dont moi je suis issu.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, ils ont les compétences.
- Speaker #0
Ils ont les titres. Légitimes. Donc, tu ne t'es pas senti remis en question quand ils sont arrivés et qu'ils ont pris ces postes-là en fait.
- Speaker #1
Ah ben c'est moi qui les leur ai donnés, quand on m'a dit « ce serait bien que tu fasses rentrer ton frère » . Oui,
- Speaker #0
mais entre « ce serait bien que tu le fasses » et du coup je me retrouve en situation déséquilibrée parce que j'ai fait plaisir à ma famille. C'est pas simple en fait de faire plaisir à sa famille et en même temps de maîtriser cet outil économique qui doit quand même faire tourner tout le monde.
- Speaker #1
Tout à fait, tout à fait. Non, non, mais ils ont la légitimité pour avoir leur poste, ce qui n'empêche pas, légitimité ou pas, que… Ben, toi je veux dire qu'être manager, ça suppose des compétences. Oui. Ça s'y pose un échange et une compréhension des enjeux de chacun. Mais manager sa famille, c'est encore autre chose parce que ça rajoute d'autres enjeux.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et pour te donner un exemple, il n'existe plus dans ma famille de possibilité de dîner familial. Ça n'existe pas.
- Speaker #0
Ah d'accord. Donc il n'y a plus, par exemple, le soir de Noël, tout le monde se réunit, on est content.
- Speaker #1
Le soir de Noël ou l'anniversaire.
- Speaker #0
Non, ça n'existe plus. Ça n'existe plus. Maintenant que tu es sorti, tu es sorti du jeu, presque sorti, parce que je crois que tu y viens encore ponctuellement.
- Speaker #1
Je viens quand on a vraiment, quand on fait appel à moi, en me disant, il faut absolument que tu viennes.
- Speaker #0
D'accord, donc ça fait plaisir quand même.
- Speaker #1
Très honnêtement, je ne préférerais pas. Je préférerais...
- Speaker #0
Oui, mais pour ton égo, pour ta confiance en toi.
- Speaker #1
Mon égo, il est d'être satisfait d'avoir, encore une fois, par mon indépendance humanitaire, fait mes choix et que mes choix aujourd'hui me satisfassent.
- Speaker #0
On va parler de ça après justement. Donc là,
- Speaker #1
j'ai fait le choix. de prendre ma retraite à l'âge auquel j'avais le droit de le faire comme tout le monde et de préparer ma retraite pour pouvoir maintenir mon, encore une fois, mon indépendance financière. Je crois qu'elle est boulonnée au corps chez moi.
- Speaker #0
Donc qu'est-ce que tu as préparé du coup pendant, alors, 4 ans avant de partir, je crois que 3 ans avant de partir, tu as préparé ta sortie ? 6 ans, voilà, ça ne rigole pas ça.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
On a vu tout à l'heure Oujiatta qui a mis 3 ans à préparer le début de sa société. Toi, tu as mis 6 ans avant de préparer la sortie.
- Speaker #1
J'ai mis 6 ans à me dire, je vais prendre ma retraite quand j'en ai envie et quand je peux. Et je prépare une activité parce que je me connais et que regarder les fleurs pousser ou faire du tricot, ça n'est pas pour moi.
- Speaker #0
D'accord. Je te suis dit, moi j'ai plein de gens qui sont à la retraite, ils ne font ni l'un ni l'autre. Ils ne sont pas tous devenus chefs d'entreprise, mais ils ne font pas que ça. Mais donc, quand on est chef d'entreprise un jour, on l'est souvent toujours.
- Speaker #1
L'idée était de trouver une voie. Grâce au réseau APM et notamment le club d'entreprise APM Soleil Levant à Marne-la-Vallée, j'ai pu travailler, discuter dans ce qu'on appelle dans ce club des codev, c'est-à-dire des questions que l'on pose et sur lesquelles on a le regard et l'interaction de pair. J'ai pu travailler la voie. qui pourraient m'aller. Je me souviens d'un moment où j'avais dit, moi, je vais avoir une maison d'hôte et tout le monde m'a dit, mais non, tu vas te faire suer. Et j'ai réfléchi à mes rêves. J'ai réfléchi à mes rêves de gamine et je suis revenue à la psycho.
- Speaker #0
Et voilà.
- Speaker #1
Et là...
- Speaker #0
Voilà qui sort de la poche.
- Speaker #1
J'ai eu une femme coach et thérapeute avec qui j'ai beaucoup échangé et qui, elle, m'a dit, mais Nathalie, il n'est jamais trop tard. Alors, je lui ai dit, mais j'ai 55 ans. Enfin, il est trop tard pour aller à l'école. Elle me dit mais jamais !
- Speaker #0
Est-ce qu'à ce moment-là de ta vie, quelqu'un t'explique pourquoi tu ne vas pas y arriver ?
- Speaker #1
Personne ne m'explique pourquoi je ne vais pas y arriver parce que j'étais décidé.
- Speaker #0
Ah oui, donc tu n'as pas laissé les gens te le dire en fait ?
- Speaker #1
Je ne leur ai pas demandé leur avis.
- Speaker #0
Je pense qu'une fois qu'on est chef d'entreprise, on a compris que de toute façon, on est passé par tellement de hauts, de bas, etc. Au final, on aura beau t'expliquer pourquoi ça ne va pas marcher, au final, tu restes dans ton truc.
- Speaker #1
Par contre, il y a quand même des personnes qui m'ont dit « mais tu retournes à l'école ? » Tu vas y arriver, tu vas. Alors là, il suffit que tu me dises tu vas y arriver pour que je vais y arriver. Mais en fait, il y a eu un moment donné où c'est plutôt ma famille, ce que j'appelle ma famille cellulaire, c'est-à-dire mon mari et ma fille, qui m'ont dit mais est-ce que ça ne va pas te changer ? Est-ce que tu vas rester qui tu es ? Parce que psycho, voilà, peut-être que tu ne seras plus la même.
- Speaker #0
Peut-être que tu seras perché en fait. Ils n'ont pas compris que tu étais déjà perché. Voilà, nous sommes d'accord. Je pense qu'au fil du temps, on a vite fait de se débarrasser de cette espèce de peau où on demande toujours l'autorisation, on se demande si on a le droit ou pas. Je pense qu'une fois qu'on l'a enlevée une fois, on l'a enlevée pour toujours. Je ne sais pas si on l'a reconstruit, mais en tout cas, moi, comme toi aussi, j'écoute ce qu'on me dit, j'écoute les conseils, j'ai pris l'habitude d'écouter. Je demande leur avis aux gens, qu'est-ce que tu en penses, qu'est-ce que tu ferais, qu'est ce qu'on pense qu'à la fin je me dis je vais quand même faire comme je veux Mais je tiens compte quand même de ce que les gens me disent.
- Speaker #1
Je crois que c'est un point commun que nous avons, ma chère. On a deux, trois autres points communs.
- Speaker #0
Du coup, ton indépendance financière dans l'histoire, tu l'as toujours eue, que tu sois salarié, patron, quoi qu'il arrive, tu as toujours été indépendante financière ou il y a des moments où ça a été plus difficile que d'autres dans ta carrière ?
- Speaker #1
J'ai toujours été autonome financièrement. Après, je crois qu'il y a des moments dans ma vie, maintenant ça remonte un peu, mais il y a eu des moments dans ma vie où il y a eu des tournants. Il y a eu notamment le moment... où j'étais dans une situation personnelle qui faisait que je devais me séparer du père de ma fille. Et quand j'ai été voir à l'époque mon avocate pour le divorce, qui était une femme, elle me dit « Alors, vous avez un compte en banque ? » Je lui dis « Oui » . Elle me dit « Mais personnel ? » Je lui dis « Non, j'ai un compte joint. » Elle me dit « Alors, il faut vite aller ouvrir un compte en banque. » Et si vous vous remariez après ce divorce, gardez un compte personnel. Et alors là, je me suis dit, ah ouais ?
- Speaker #0
Belle idée !
- Speaker #1
Je savais que ma grand-mère avait été aux anges de pouvoir ouvrir un jour un compte en banque.
- Speaker #0
Mais tu ne t'étais pas dit que c'était fait pour moi.
- Speaker #1
Mais je ne m'étais pas dit qu'au moment où je me suis mariée, on a un compte joie.
- Speaker #0
Mais tu n'avais pas un compte en banque avant de te marier ?
- Speaker #1
Si, mais à partir du moment où je me suis mariée et où ma paye était mise sur le compte joie.
- Speaker #0
D'accord, tu t'es dit qu'on reste comme ça.
- Speaker #1
Je me suis dit qu'on reste comme ça.
- Speaker #0
Et donc du coup avec le divorce,
- Speaker #1
tu t'es retrouvé dans une situation complexe ? et que je mette ma paye sur ce nouveau compte. Et là, je me suis rendu… Je ne sais pas, je pense qu'il y a eu un déclic à ce moment-là et je n'ai plus jamais refait de compte joint.
- Speaker #0
Tant pis pour les suivants.
- Speaker #1
Ça a été blanc-noir. Ah oui, il ne faut pas ? Bon, alors il ne faut pas. Donc, ce qui ne m'a pas empêché, je veux dire, de pouvoir me retourner rapidement. parce que j'étais autonome financièrement.
- Speaker #0
Du coup, c'est là que je voulais peut-être reposer une question. À ce moment du divorce, je ne sais pas si tu as eu d'autres séparations dans ta vie ou pas, mais à ce moment du divorce, parce que là, c'est quand même des moments clés dans la vie d'une femme, d'un homme aussi, remarque, mais dans la vie des femmes, le moment de la séparation du conjoint, on sait que ça ne se passe pas bien, on n'a pas envie de vieillir avec lui. Là, s'offre le vrai choix, est-ce que tu as de l'argent ou pas ? Là, tu dis, tu n'avais pas d'argent, tu n'avais pas de compte. Du coup, aujourd'hui, comment est-ce que toi, à ce moment-là, combien de temps ça t'a pris de gérer cette situation ? Est-ce qu'en deux mois, tu avais bouclé le truc ? Ou du coup, ça t'a pris plus de temps ? Comment tu as géré ça ?
- Speaker #1
Boucler le truc, tu parles de la décision ?
- Speaker #0
C'est-à-dire avoir la capacité de choisir et de t'en aller en ayant de l'argent ?
- Speaker #1
En fait, ça a été instantané.
- Speaker #0
Parce que tu savais que tu avais un boulot et que tu pouvais rester un an derrière ? J'avais un boulot,
- Speaker #1
je savais que les banques allaient me suivre.
- Speaker #0
D'accord. Et que tu gagnais suffisamment ta vie pour réussir.
- Speaker #1
J'étais directrice marketing.
- Speaker #0
Donc, tu avais un salaire qui te permettait d'être autonome.
- Speaker #1
J'avais un salaire. J'ai été un peu révulsé quand j'ai dû louer un appartement et que mon salaire n'était pas suffisant pour garantir l'appartement. Donc, j'ai retourné voir papa pour demander la caution. Ça m'a rendu un peu folle. Donc, je me suis mis même un objectif en me disant, bon, alors combien il aurait fallu que j'aie ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
pour ne pas avoir besoin de la caution.
- Speaker #0
J'ai déjà fait ce type de cheminement moi aussi.
- Speaker #1
Averse, et c'était devenu un objectif. Mais oui, j'ai pris un appartement, et j'ai pris ma fille.
- Speaker #0
Et tu es restée autonome. Et je suis restée autonome. Et du coup, on est d'accord que cette capacité de choisir, elle est vraiment intimement liée à l'argent que tu avais de disponible.
- Speaker #1
Elle est une femme qui n'est pas indépendante financièrement, dans une situation de couple comme ça, et pour... dévoilé un peu plus, j'étais quand même dans une situation de violence.
- Speaker #0
Oui, d'accord.
- Speaker #1
Donc en fait, il fallait que je parte. Oui,
- Speaker #0
ce n'était pas juste un choix.
- Speaker #1
Ce n'était pas juste comme tu dis, bon, on ne va pas vieillir ensemble.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Non, c'était impossible. Je ne pouvais pas.
- Speaker #0
Il y avait une urgence.
- Speaker #1
Voilà, le père de ma fille avait levé la main sur moi. C'était impossible. Je ne pouvais plus partager quoi que ce soit. Donc, en fait, heureusement que j'étais autonome financièrement pour pouvoir décider de partir et de faire mon chemin. non
- Speaker #0
Donc oui, l'indépendance, c'est vraiment une clé d'ouverture des choix. Voilà,
- Speaker #1
dans certaines interviews de tes podcasts que j'ai écoutées, on parle souvent de choix. Et en fait, on a de choix qu'à partir du moment où on a les moyens de ses choix.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et l'autonomie financière fait partie du moyen de ses choix.
- Speaker #0
Oui, vraiment, ça en fait partie.
- Speaker #1
Il y a aussi la capacité de trancher et de se dire,
- Speaker #0
je veux… Je ne veux pas. Là, on revient sur la confiance en soi. On revient sur la confiance en soi qui est un autre levier,
- Speaker #1
mais qui est capitale.
- Speaker #0
Oui, je suis d'accord. Est-ce que je vais y arriver ? Ce n'est pas mon domaine, c'est plus le tien que le mien. Je ne suis pas thérapeute. C'est plus l'économie qui me dit comment est-ce que tu fais toi-même ton propre argent ? Comment est-ce que tu gagnes ta vie toi-même ? Comment tu arrêtes de penser que les autres vont te subvenir à tes besoins ? Pour moi, c'est vraiment essentiel. Il y a la confiance en soi.
- Speaker #1
Mais il y a aussi la solitude. Est-ce que j'assume d'être seule ? La solitude au sens, est-ce que j'assume d'être seul et d'avoir tout sur mes épaules à moi ou pas ?
- Speaker #0
Après on peut redéposer après quand on retrouve d'autres hommes mais bon.
- Speaker #1
Tout à fait,
- Speaker #0
ou pas. Ou pas d'ailleurs, t'as raison, on peut trouver quelqu'un d'autre ou pas. Aujourd'hui, donc aujourd'hui t'es devenu thérapeute, ça y est, t'as mis ta plaque à l'extérieur. Voilà, je suis psychothérapeute. Le jour où t'as mis ta plaque, tu l'as prise en photo, tu t'es dit quoi ? Non, j'étais très fière. T'es magique ou pas ? J'étais très fière,
- Speaker #1
c'était vraiment un chemin et c'était, voilà... 50 ans après.
- Speaker #0
C'est voilà papa, t'as vu ? Malgré tout,
- Speaker #1
je l'ai fait. J'ai fait mon rêve. J'ai réalisé mon rêve. Et oui, c'est une vraie satisfaction. Et aussi, pendant mes six années d'études, j'étais la plus vieille sur les bancs de l'école.
- Speaker #0
Oui, avec les cheveux blancs en tout cas. Avec les cheveux blancs. Dans la tête, non, mais dans les cheveux blancs.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Le regard que portent les gens quand tu étais chef d'entreprise, quand tu étais directrice générale de la boîte familiale, et le fait que maintenant tu sois thérapeute. donc toujours indépendante financièrement, mais du coup, est-ce que tu as l' L'image que les gens ont de toi a changé ?
- Speaker #1
Alors les gens c'est très vaste.
- Speaker #0
Parce qu'avant tu étais employeur, maintenant tu es devenu en quelque sorte libéral, c'est pas quelque sorte d'ailleurs c'est libéral.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
oui, oui. Donc est-ce que, oui les gens d'une manière générale, l'impression que tu as toi, est-ce que les gens te voient changer ? Alors ça peut être ta famille, ton boulot, les amis, mais est-ce que tu as l'impression que ça a changé ?
- Speaker #1
Alors je pense que les gens me voient changer, tu fais partie des gens qui m'ont connu sous une casquette et l'autre. Je pense que le fait de ne plus être chef d'entreprise, me permet déjà de ralentir, c'est-à-dire de goûter le quotidien et l'instant présent avec plus de sérénité. Pouvoir aussi me concentrer sur une chose et pas 52 000 à la fois.
- Speaker #0
Oui, ce qui est la casquette déjà d'entreprise.
- Speaker #1
Donc je pense qu'en résultat, je suis quelqu'un de plus posé et probablement plus apaisé.
- Speaker #0
Ça c'est pour l'attitude générale ? Par rapport à ta relation à l'argent, entre le salaire que tu avais avant en tant que directrice générale, et du coup, alors aujourd'hui tu as toujours ta retraite, mais ton complément avec la thérapie, enfin un thérapeute du coup, est-ce que ça, tu as l'impression que les gens ont changé d'attitude vis-à-vis de toi ? Je ne crois pas. Non ? Je ne crois pas. D'accord. Ton mari, enfin ton mari actuel, ton compagnon actuel, comment il voit ça ?
- Speaker #1
Avec, je pense, beaucoup d'admiration.
- Speaker #0
Carrément ? C'est beau.
- Speaker #1
D'avoir réalisé mon rêve et d'être retourné à l'école. C'est vrai qu'aujourd'hui finalement, mettre ma plaque à 63 ans en disant ben voilà j'ai un nouveau métier.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Je pense que oui, au début il était peut-être un peu inquiet. Ou sceptique. Je pense qu'aujourd'hui...
- Speaker #0
Sceptique ou inquiet ?
- Speaker #1
Sceptique non, parce qu'on est ensemble depuis plus de 20 ans.
- Speaker #0
Et il sait que tu allais y arriver en fait.
- Speaker #1
Et il sait que j'allais y arriver. S'il était inquiet, c'était plutôt de la façon dont ça allait se passer. Est-ce que j'allais rester la même ?
- Speaker #0
Et puis surtout, est-ce que ça allait te plaire ? Imagine que ça ne t'aurait pas plu. Tu sors tes vieux trucs de l'enfance, tu te mets ça sur la table 50 ans plus tard, tu as changé, tu as évolué, tu as fait plein d'autres choses, et tu te dis tiens, je vais refaire un truc que j'ai fait, qu'on m'empêchait de faire il y a 50 ans. Imagine, ça ne te plaît pas.
- Speaker #1
C'était une possibilité.
- Speaker #0
Tu l'avais envisagé quand même.
- Speaker #1
Que ça ne me plaise pas, oui. C'était une possibilité. Et c'est pour ça que pendant une petite année... J'ai fait les deux à la fois. C'est-à-dire que j'étais chef d'entreprise le matin et le midi. Et je quittais l'entreprise en courant pour voir mes clients à partir de 18h. Sur la thérapie de 18h, 19h, 20h.
- Speaker #0
Heureusement, tu ne t'es pas trompée.
- Speaker #1
Et donc, du coup, ça m'a permis de voir que j'aimais ça.
- Speaker #0
C'est chouette, ça. Si demain, tu deviens très riche. Alors, tu as déjà vendu tes parts. Mais si demain, tu as l'occasion de devenir très riche. d'être vraiment sans aucune difficulté financière, vraiment très à l'aise. Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu fais de manière générale ? Qu'est-ce que tu en fais ?
- Speaker #1
Je pense que si je deviens très très riche, j'organise un certain nombre de donations de par le monde dans les pays que j'ai adorés. Probablement un certain nombre de choses sur l'éducation des femmes. Et aussi probablement un accès... au niveau santé mentale et psychothérapie, un accès gratuit, mais uniquement aux femmes aussi.
- Speaker #0
D'accord. Donc tu ferais des consultations gratuites ?
- Speaker #1
Pas moi.
- Speaker #0
Ah, mais d'une manière plus large.
- Speaker #1
Mais j'organiserais de façon plus large des endroits sur lesquels les femmes harcelées ou vivant des violences sexuelles auraient un endroit pour pouvoir poser leur souffrance sans devoir forcément payer de l'argent.
- Speaker #0
C'est vrai. Mais il paraît que quand on paye, ça fait partie de la thérapie.
- Speaker #1
C'est vrai. Je suis d'accord avec ça pour un certain nombre de choses.
- Speaker #0
Jusqu'à un certain point, quoi.
- Speaker #1
Pas par rapport à des violences sexuelles.
- Speaker #0
C'est ce qu'on essaie de nous faire croire, en fait, c'est ça ? Voilà. D'accord. Et aujourd'hui, enfin là, je sors un peu du cadre, mais il n'y a pas de prise en charge aujourd'hui sur des femmes qui ont subi des violences sexuelles avérées. Il n'y a pas de prise en charge gratuite de ce type de problématique ?
- Speaker #1
Alors, c'est dans le milieu associatif aujourd'hui.
- Speaker #0
Il n'y a pas de vraie prise en charge. Même si tu as une condamnation, si tu as un vrai chemin légal, il n'y a pas derrière de prise en charge.
- Speaker #1
Si, mais c'est très compliqué.
- Speaker #0
C'est très compliqué, oui, c'est normal.
- Speaker #1
C'est très compliqué.
- Speaker #0
Il ne faut pas que ce soit accessible, sinon ce serait trop facile.
- Speaker #1
Et puis, comment on prouve qu'on a subi des violences sexuelles ?
- Speaker #0
C'est pour ça que je parlais dans… C'est vrai qu'on sort du cadre, mais…
- Speaker #1
C'est un parcours abominable quand même.
- Speaker #0
Je parlais plus par rapport à quelqu'un qui aurait déjà fait cette démarche par rapport à la législation, en ayant porté plainte,
- Speaker #1
etc. Alors,
- Speaker #0
la législation, il n'y a pas de prise en charge derrière.
- Speaker #1
Elle est théoriquement si.
- Speaker #0
Théoriquement, d'accord.
- Speaker #1
Théoriquement, si, mais c'est tellement oppressant que peu franchissent ce pas, en fait.
- Speaker #0
C'est un peu...
- Speaker #1
Ça se libéralise un petit peu, mais...
- Speaker #0
Je vais faire un parallèle qui est dans mon monde, mais qui n'est pas forcément à prendre au pied de la lettre. Les chefs d'entreprise, par exemple, qui sont en liquidation, qui liquident leur boîte, c'est un peu leur bébé, ils doivent faire le deuil. Il y a énormément de chefs d'entreprise qui sont dans une souffrance terrible. Et là, effectivement, en théorie, il y a une prise en charge, mais elle n'existe pas. Elle n'existe quasiment pas. Alors que là, c'est avéré. Quand tu es en liquidation, tu es en liquidation. Il n'y a pas de discussion.
- Speaker #1
C'est un deuil.
- Speaker #0
Effectivement, il y a des vrais sujets de société. La violence faite aux femmes, je n'ai pas de problème là-dessus. Mais il y a aussi le monde de l'entrepreneuriat. On a tendance à taper dessus à boulet rouge. Et là-dessus, il y a un vrai sujet aussi. Il y a quand même des vrais problèmes.
- Speaker #1
Et puis, dans le cas de l'entrepreneur que tu citais, tu as la souffrance. T'as la culpabilité,
- Speaker #0
t'as la confiance en soi, il y a un chapelet complet de sujets à traiter. Bon c'est pas le sujet mais c'est intéressant qu'on puisse en parler. Aujourd'hui qu'est-ce que tu dis à des jeunes femmes qui hésitent, qui se tâtonnent, qui se posent la question on y va, on y va pas, je deviens indépendante financièrement ou pas, c'est pas si important que ça en a l'air, si c'est important, qu'est-ce que tu leur dis à ces femmes-là ? Alors moi pour moi l'indépendance financière passe en théorie que par l'entrepreneuriat ? C'est-à-dire, même si tu es salarié, mais que tu ne touches pas assez de paye, ta paye n'est pas assez grosse pour moi, il faut déclencher l'auto-entrepreneur pour faire ne serait-ce que déjà les petits pas. Est-ce que toi, tu as un autre avis là-dessus ? Est-ce que tu dis qu'il faut tout de suite viser haut ? Comment tu conseillerais à une femme ?
- Speaker #1
Je dirais deux choses. Je dirais d'abord que l'autonomie financière, on ne peut pas dire, c'est pas si important que ça, c'est un peu comme si on disait, la colonne vertébrale, ça ne sert à rien, finalement on peut l'enlever Non, la colonne vertébrale,
- Speaker #0
elle sert à quelque chose.
- Speaker #1
Donc pour moi, c'est vraiment ça, c'est ce qui va permettre à une femme de pouvoir se tenir droite toute sa vie.
- Speaker #0
Droite dans ses bottes, oui.
- Speaker #1
Droite dans ses bottes, alignée aussi, on parle souvent du fait de l'alignement, alignée avec tes valeurs, ben voilà. Pour moi, c'est une colonne vertébrale et c'est capital pour pouvoir avancer dans la vie en ayant la capacité de faire des choix. Après, la psychothérapeute gestaltiste que je suis dirait aussi que faire des choix, ce n'est pas toujours facile. Et qu'on grandit de l'enfant à l'adulte par une forme de modélisation et d'exemple. Et je pense aussi qu'en tant que femme, le jour où on a une fille, montrer qu'on est autonome financièrement et ce que ça nous apporte est aussi quelque chose d'important.
- Speaker #0
Donc ça veut dire qu'il faut que les femmes soient indépendantes financières pour elles, mais aussi pour le modèle qu'elles représentent en fait.
- Speaker #1
C'est mon avis.
- Speaker #0
Pour l'héritage qu'elles donnent.
- Speaker #1
Tu m'engages que moi.
- Speaker #0
Oui, non, mais c'est pour ça que c'est intéressant, c'est un peu l'objet de ces podcasts. Donc c'est intéressant de se dire qu'effectivement, on doit l'indépendance financière, on se la doit à soi-même, mais on la doit effectivement en héritage et à nos filles, et j'ai envie de dire à toutes les filles qui sont autour de nous.
- Speaker #1
Et à la lignée que ça va représenter. Oui, je suis d'accord avec toi. Il y a ça. et je dirais aussi qu'il faut je dirais que ma vie aujourd'hui prouver qu'il ne faut jamais rien lâcher.
- Speaker #0
En fait.
- Speaker #1
Jamais lâcher ses envies, ses rêves. On lâche rien. Et que quelque part, je ne dirais pas que quand on veut, on peut, parce que c'est une erreur.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais je dirais que... Parce qu'on ne peut pas toujours. Mais je dirais que quelque part, vouloir fermement quelque chose, c'est déjà se donner tous les éléments pour y arriver.
- Speaker #0
ou j'ai envie de dire comme Sarah qu'on a reçu sur ce plateau aussi, oublie que tu n'as aucune chance.
- Speaker #1
C'est ça, mais ce n'est même pas oublier que tu n'as aucune chance, c'est tu as toutes tes chances parce que tu vas mettre en œuvre tout ce que tu as en toi pour y arriver. Et en fait, ce dont on n'a pas toujours conscience, c'est tout ce qu'on a en soi.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
C'est regarder déjà tout. tous nos atouts en se disant pas non mais ça tout le monde l'a,
- Speaker #0
non tout le monde l'a pas ça c'est un vrai sujet aussi ça les femmes ont souvent je vais pas faire des généralités mais on a souvent tendance à se rabaisser un peu à se sous-évaluer tout à fait je suis d'accord le mot de la fin, je te laisse la parole sur qu'est-ce que t'as envie de nous dire alors ta promo là je sais même pas si on a besoin de te faire de promo t'as déjà trop de clients je crois oui c'est un bon mot C'est pas ça que vous... On ne dit pas où tu exerces ?
- Speaker #1
On peut dire où j'exerce. J'exerce pour l'instant au Péreux-sur-Marne et peut-être un jour dans le Sud-Ouest, le jour où je lâcherai les amarres, j'allais dire, et où je partirai de la vie tumultueuse de la région parisienne, mais je ne suis pas encore prête.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Merci de cette interview.
- Speaker #0
C'est moi qui te remercie d'être venue.
- Speaker #1
Et merci de donner la parole à l'indépendante Merci. financière des femmes, je trouve que c'est important et c'est un beau geste.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci et bonne journée.
- Speaker #1
Merci.