Speaker #1dit-elle dans un souffle avant de trottiner vers la sortie de l'église. Ses petites séances de confession lui faisaient un bien fou. Aujourd'hui, elle était bien contente d'avoir glissé subrepticement à M. le curé les pratiques indélicates de Georgette. Si tout le monde se mettait à planquer des pièces difficiles, on ne pourrait bientôt plus jouer. Francis se retrouva seul dans ce qu'il appelait son isoloir. Il aimait cet endroit, son odeur de vieux bois, cette cachette si paisible dans une église déjà bien silencieuse, une sorte de thébaïde qu'il retrouvait avec plaisir tous les vendredis. Ici, il était hors du temps. Ici, les menus tracas inhérents à son ministère disparaissaient. Depuis 300 ans déjà, le confessionnal recueillait les confidences de milliers d'âmes perdues venues recevoir l'absolution. Comme une éponge, le bois s'était, au fil des années, gonflé de péchés, de dénonciations et de basses calomnies. Son lustre patiné n'était que le reflet de la vanité des hommes qui passent et trépassent génération après génération, dans le tumulte dérisoire d'une vie consacrée à mentir et à tromper. parfois, quand le silence était trop pesant, il craquait, non pas sous le poids des vilainies, mais pour rappeler sa présence, sa force, et inciter les pénitents à davantage d'humilité. En vérité, le bois dont on fait les confessionnaux est tout aussi méritant que celui des cercueils ou des pipes. Comment le choisissait-on ? Coupait-on les troncs déjà insensibles aux attaques du temps, des mousses et des animaux levant la patte ? Certainement à une espèce rare dont on fait les flûtes, souple et accommodante. Le prêtre se passa la main sur le visage et ferma les yeux. Qui serait la prochaine pénitente ? La boulangère qui donne systématiquement les pains brûlés aux jolies femmes ? La mère chômergue qui jure à longueur de journée comme une poissonnière ? Il resta ainsi, plongé dans ses méditations, pendant une bonne demi-heure, quand une voix masculine le fit sursauter. « Pardonnez-moi, mon père, parce que j'ai péché. » Instinctivement, le père Francis essaya de reconnaître ce timbre, celui d'un homme de son âge, la petite quarantaine. Mais il eut beau chercher, cette voix ne lui rappelait personne du village. « Je vous écoute, mon fils ? » « Je viens me confesser, car je vais bientôt mourir. » « Le dessein de Dieu n'est pas aussi prévisible. » « Êtes-vous gravement malade pour proférer de telles paroles ? » « Je vais bientôt être assassiné. » « L'affaire de quelques jours ou semaines. » Le curé se trémoussa sur le banc. Voilà une entame originale. Il respecta les quelques secondes de silence nécessaires à ce que l'on attend de sa profession, mais enchaîna rapidement, mu par une vive curiosité. « Dans ce cas... » vous devriez aller voir les gendarmes. » « Je ne viens pas chercher de l'aide, mon père. Je viens me confesser parce que je vais mourir. J'ai péché. Pour cela, on va me tuer. C'est l'évidence. Je ne la nie pas. » « Aucun péché n'encourt cette prétendue justice humaine. Seul Dieu a le droit de reprendre la vie. Ayez confiance en Dieu. Rien ne lui est impossible. » L'inconnu ricana ouvertement. « Sauf le respect que je dois au monsieur sur la croix. Pour les gens qui me poursuivent, Tout est possible, mon père. Je l'écrins davantage que le jugement dernier. Vous écoutez Inky et Pete, ce livre, le podcast lecture en 15 minutes, à peu près, qui donne vie et voix aux premiers mots d'un livre et vous donne envie de découvrir les suivants. Ou pas. Je suis Mafalda Vidal, amoureuse des jolis mots et des belles histoires. L'incipit que vous venez d'entendre est celui de Abémus Piratam, écrit par Pierre Rofast, publié en 2018 chez Alma Editor et réédité en 2022 aux éditions des Forges de Vulcain. L'histoire de Abémus Piratam, c'est l'histoire de l'abbé Francis qui vit sa petite vie d'abbé dans un petit village où il ne se passe pas grand chose, si ce n'est quelques épisodes de triche aux scrabbles. Tout bascule le jour où un homme entre dans le confessionnal pour lui avouer ses crimes. Cet homme... C'est un hacker, un pirate informatique, donc il a vu et été complice de pas mal de trucs dans sa vie. Il ne sait pas trop par où commencer, alors l'abbé Francis lui suggère de passer en revue les dix commandements et de lui raconter au fur et à mesure s'il les a en frein ou non et comment. On va donc assister à une revisite des dix commandements sous la forme de dix petites histoires qui peuvent presque être indépendantes. Les points communs, d'abord... le hacker, qui a vécu toutes ces histoires, parfois en personne, parfois non, qui y est acteur ou spectateur. Chacune de ces histoires enfreint l'un des dix commandements. Des fois, c'est le hacker qui est coupable directement, parfois il est juste complice ou témoin. Autre point commun, la technologie et en particulier l'informatique. Dans toutes ces petites histoires, l'arme du crime, c'est l'informatique. Mais en vrai, cette informatique, ce n'est finalement qu'un savoir particulier. Un savoir qui donne du pouvoir, comme tous les savoirs. Maîtriser la technologie informatique, c'est avoir le pouvoir sur toutes les machines qui dépendent de cette technologie. Alors aujourd'hui, ça représente beaucoup de pouvoir. Mais finalement, c'est comme tout. Ça dépend du niveau de maîtrise, ça dépend également de comment on utilise ce pouvoir, ce savoir, et à quelle fin. Autre point commun, toutes ces histoires pourraient arriver. Et ça, ça fait peur. C'est même terrifiant. Abémous Piratam, c'est l'histoire d'un affrontement entre les traditions, donc un village de campagne, un clergé un peu poussiéreux, et la modernité technologique extrême. Et cet affrontement est jubilatoire. Le brave curé va aller vérifier chacune de ces histoires que son nouveau fidèle lui raconte. Mais il va le faire, comme la plupart d'entre nous. Il va aller sur son ordinateur, ouvrir son navigateur, taper les mots-clés dans Google. Et ça, ça laisse des traces. Traces que les poursuivants du hacker vont évidemment repérer et localiser. Et ça, c'est pas une bonne nouvelle. Ni pour le hacker, ni pour le curé, ni pour le village, ni pour nous. Finalement, ce domaine de l'informatique, c'est un peu le nouvel Eldorado des pirates. Un pirate informatique, ça reste un pirate. C'est donc un expert en dissimulation et en manipulation. Il y a une citation que j'aime beaucoup dans ce livre qui est très révélatrice. Il n'y a que trois types de pirates informatiques. Les jeunots qui apprennent, ceux qui croupissent en prison et ceux qui se font oublier dans un paradis fiscal. Donc quel que soit le type de pirate, ces gens sont des gens invisibles. Ce qui leur donne d'autant plus de pouvoir. Pierre Ausha travaille dans la cybersécurité, donc il maîtrise plutôt très bien son sujet. Et ça fait peur, on l'a dit. Ça peut aussi faire peur, parce que la majeure partie d'entre nous n'y comprend pas grand-chose. Heureusement, on n'a pas besoin de maîtriser le vocabulaire pointu des hackers pour lire ce roman. Et à la fin du roman se trouve d'ailleurs un glossaire qui, à lui tout seul, vaut le détour. Abémus Piratam est un rappel que les apparences sont très souvent trompeuses. et que finalement la vie n'est qu'un long piratage informatique. Une quête dans laquelle chacune et chacun d'entre nous se retrouve dans le rôle du pirate et doit déjouer les murs de protection, les pare-feux et parfois le système lui-même pour avancer. Si vous aimez les polars un peu détournés et infusés d'une bonne dose d'humour, si vous aimez l'informatique ou pas, si vous aimez réfléchir un peu, Alors, lisez Abemus Piratam de Pierre Rofast aux éditions des Forges de Vulcain. Merci de m'avoir écoutée jusqu'au bout. Si vous avez passé un bon moment, dites-le moi, dites-le aussi à votre plateforme d'écoute et n'hésitez pas à partager le podcast avec d'autres amoureux et amoureuses démons. A bientôt !