- Speaker #0
Bien, bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur Innovation and Prospective Talk, le podcast sur lequel nous revenons sur les grandes tendances de la tech en provenance des plus grands salons à l'international. Nous avons la chance, Lionel et moi-même, de parcourir. Alors, qui dit 2026, dit intelligence artificielle. J'aimerais vous dire que c'est un nouveau mot, mais ça fait plus de dix ans que c'est l'année de l'IA. On souhaitait pour cette série de l'été revenir sur peut-être un angle un peu plus philosophique, un angle qui nous permet de réfléchir aussi à l'impact de l'IA dans notre quotidien et au rôle de l'IA, qui fait de plus en plus de choses à notre place et qui globalement nous aide à mieux comprendre et peut-être comprend peut-être mieux que nous ce qui fait que notre esprit critique et tous les sujets qui y sont liés laissent présager peut-être une nouvelle façon de réfléchir, d'interagir, d'agir à notre place. Et c'est un peu tous ces sujets qu'on va essayer de développer. Je vous rappelle, accessoirement, on se retrouve sur Apple Podcasts 10h en Corse, Spotify. Donc abonnez-vous. Et un épisode qui va être riche en grandes notions autour de l'IA, cher Lionel.
- Speaker #1
Oui, parce que l'IA, c'est l'IA qui agit. Parce qu'elle agit depuis surtout longtemps derrière nous, en tâche de fonds, en back-office. Et puis depuis 2022, elle agit sous nos petits doigts avec les Ausha divers et variés des différents moteurs et différents opérateurs de cette IA. mais en fait, elle... commence, et c'est bien le problème que l'on va essayer de soulever aujourd'hui, c'est qu'elle commence à nous aider à nous, nous prendre. Et pour ça, on reçoit Bertie Delieger, docteure en philosophie de l'esprit, spécialiste de l'introspection et de la connaissance de soi, et c'est elle qui va nous présenter un concept clé qui s'appelle l'introspection étayée. En quoi parler à une IA change finalement concrètement notre manière de nous connaître nous-mêmes ? avec ses bénéfices et ses risques. Et je pense que Mathieu, tu brûles de lui poser la première question parce que là, ce que je viens de dire, normalement, a suscité la question.
- Speaker #0
Bonjour Bertie, déjà ça nous fait super plaisir de t'accueillir sur Innovation & Prospective Talk.
- Speaker #2
Bonjour, merci beaucoup de m'accueillir, je suis ravie également.
- Speaker #0
Bon alors, bien sûr Bertie, on se connaît parce qu'on travaille ensemble quasi quotidiennement, on ne va pas le cacher. Moi, ça me fait plaisir de t'accueillir parce que c'est cet angle un peu philosophique qu'on aime bien avec Lionel aussi traiter, parce que quelque part, c'est tous ces impacts. Et dans la question, la première que j'aimerais te poser, c'est quand même qu'on est aujourd'hui, le rapport à soi, quelque part, au travers de l'IA. Il nous paraît aujourd'hui quelque part un peu décisif dans notre capacité à explorer tout ce que ça fait écho d'un point de vue philosophique sur l'être humain et l'IA, le rapport à la technologie. Mais aussi, quelque part, est-ce qu'industriellement, ça risque de changer quelque part le visage de l'humanité dans sa connaissance de soi, le rapport à soi, l'uniformisation qu'il pourrait y avoir peut-être derrière ?
- Speaker #2
Oui, alors c'est vrai que c'est un sujet qui m'intéresse beaucoup et que je trouve effectivement, comme tu dis, décisif, parce qu'il se situe à la frontière entre deux mondes qui, en fait, m'animent et structurent mon parcours, la philosophie de l'esprit d'un côté et puis l'innovation, plus récemment. Et donc, c'est vrai que j'ai travaillé sur des questions qui sont assez classiques. Comment est-ce qu'on se connaît soi-même ? Comment est-ce qu'on comprend ses émotions ? Ou est-ce que je sais immédiatement ce que je ressens ? Est-ce que j'ai besoin de nouveaux mots, d'autres récits pour mieux me comprendre, etc. Et comme responsable d'innovation, c'est vrai que je vois tous les jours l'IA générative et je constate qu'elle n'est plus seulement une technologie qui permet d'automatiser les tâches. Elle devient aussi un environnement de travail, un copilote et parfois même un interlocuteur finalement. Donc on l'utilise comme on sait pour rédiger, synthétiser, décider, préparer une réunion, structurer une idée. Mais ce qui m'a frappée plus récemment, c'est qu'entre ces deux dimensions, il y a une sorte de point aveugle. On parle beaucoup de l'IA qui transforme ce qu'on fait, mais on parle beaucoup moins de l'IA qui transforme finalement la manière dont on se comprend. Alors rapidement,
- Speaker #0
est-ce que tu pourrais nous parler de philosophie de l'esprit ? Parce qu'il y a des définitions quand même qui sont importantes quand on est dans la complexité naturelle des notions, j'aime bien dire. En termes de vulgarisation, tu entends quoi quand tu parles de philosophie de l'esprit ? On voit bien la connaissance de soi, c'est toujours le sujet, mais on va aborder Lionel à plein de questions également. Mais est-ce que tu pourrais définir un peu ce qui t'a amené à travailler sur ces sujets ? Et globalement, quelle définition tu donnerais à la philosophie de l'esprit dans le sujet qui nous anime ?
- Speaker #2
Oui, alors en fait, en philosophie, il y a plein de spécialités différentes. Tu peux faire de la philosophie des sciences, tu peux faire de la philosophie politique, de la philosophie environnementale, et il y a ce qu'on appelle la philosophie de l'esprit. En fait, ça s'intéresse à toutes les questions qui vont être liées à la conscience, au soi, à la notion de soi. La connaissance de soi, aux émotions, aux attitudes, aux croyances. En fait, c'est tout ce qui concerne finalement un peu, on pourrait même appeler ça parfois de la philosophie, de la psychologie. En fait, finalement, c'est toutes les questions qui concernent ce qui est lié aux états mentaux et à l'esprit en général.
- Speaker #1
Donc toi, tu nous dis, Bertie, que l'IA fait des choses à notre place, mais tu parles de cette IA. plus particulièrement qui nous aide à réfléchir sur nous-mêmes. C'est-à-dire qu'évidemment, si elle nous aide à réfléchir sur nous-mêmes, moi, ce que je traduis, c'est que finalement, elle rentre dans notre esprit. Et toi, qui es une chercheuse autour de notre esprit et donc de cette philosophie, concrètement, ça ressemble à quoi, cette IA qui nous aide à réfléchir sur nous-mêmes ? Comment on s'en sert ? Peut-être que je compléterais ma question, pourquoi ça arrive maintenant ? Parce qu'il y a des tas de choses qui nous aident à réfléchir sur nous-mêmes depuis que l'on écrit, depuis que l'on communique, depuis qu'on a inventé l'écriture, les livres, l'imprimerie, l'Internet. Enfin voilà, pourquoi maintenant ?
- Speaker #2
Alors, je vais répondre à la première partie de ta question, c'était un peu comment ça se passe ? Comment on fait pour finalement servir de l'IA ? Comment ça se présente ? Si je dois prendre un exemple, c'est par exemple, je sors d'une réunion un petit peu compliquée et je sens que ça m'a un peu tendue. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais je ne sais pas si je ressens un sentiment d'injustice ou alors peut-être un peu de colère. Mais en tout cas, je sais qu'il y a quelque chose qui m'a vraiment donné un peu un malaise. Et donc, je pourrais très bien ouvrir Copilote ou alors Tchad GPT ou peu importe, une IA générative et dire voilà ce qui s'est passé. Voilà ce que je ressens pour le moment et j'ai un peu de mal à définir ce que je ressens exactement. En tout cas, quel type d'émotion ça pourrait être et comment le gérer peut-être. parce qu'une fois que je sais ce que c'est, je peux m'en occuper. Et en fait, là, effectivement, l'IA, elle fournit des réponses. Et c'est ce moment-là qui m'intéresse, en fait. Et quand tu dis, la deuxième partie de ta question, c'était... Attends, j'ai un trouble. Pourquoi maintenant ? Je dirais que, comme tu l'as super bien pointé, on a eu toujours des outils qui nous aident à réfléchir sur nous-mêmes. On peut avoir le journal intime, on peut avoir le simple fait... de parler à quelqu'un qui nous est proche ou à un thérapeute ou peu importe. C'est-à-dire soit on a un tiers, soit on a un objet qui nous permet de poser nos idées. Mais en fait, pour moi, l'IA, c'est encore un outil différent qui va un petit peu plus loin parce que déjà, contrairement à, je sais pas, à un ami, à mon conjoint ou à mon collègue, l'IA elle est toujours disponible. Elle n'est jamais fatiguée pour parler et finalement elle n'est pas impliquée émotionnellement avec moi. Donc c'est hyper intéressant de parler à quelqu'un comme ça. Et en plus, elle utilise le langage. Un langage qui ressemble beaucoup au mien. Donc ça, elle me répond. Contrairement au journal intime qui, lui, ne me répond jamais. Ce qui est bien avec le journal intime, c'est que je peux retrouver ce que je pensais il y a un an, il y a trois semaines, comparer. Mais en fait, tout le travail repose sur moi. Avec l'IA générative, elle propose des choses, elle propose des hypothèses, des réponses. Et donc, c'est quelque chose qui vient un petit peu en plus.
- Speaker #0
C'est un peu la deuxième question qui est intéressante pour rebondir parce que ça va me permettre d'aller... Un petit peu plus loin dans cette notion, c'est de se dire, quand tu vas parler à une IA, tu parles d'introspection médiée. On peut revenir sur le bouquin qu'on a écrit, encore faut-il pour revenir, mais l'IA va y revenir elle toute seule. Ça veut dire quoi pour toi, une introspection médiée par l'IA ? Comment ça se passe quand tu parles justement de ce tiers qui n'est pas ton conjoint, qui n'est pas fatigué justement ? et qui peut quand même t'écouter, c'est quoi justement cette introspection médiée par l'IA ?
- Speaker #2
Ce que j'avais en tête la première fois où je me suis un petit peu posé ces questions-là, et que j'ai commencé à lire, il y a une littérature, une petite littérature émergente sur ces questions-là, mais quand je dis introspection médiée, c'est comme s'il y a quelque chose qui intervient, presque avec des intentions, dans tout ce processus de réflexion sur soi-même. C'est-à-dire que quand je m'introspecte sans l'IA... Et moi qui, comme je disais, fais tout le travail, c'est-à-dire que je me questionne, je me dis, tiens, là, je ressens ça. Est-ce que c'est de la colère ? Mais je compare, je fais des analyses conceptuelles, je me dis, est-ce que ça ressemble à la colère ? Est-ce que ça ressemble à plutôt un sentiment d'injustice ? Et du coup, je fais des comparaisons moi-même. Là, je dis que c'est médié parce qu'il y a quelque chose qui est extérieur à moi, qui intervient dans ce processus-là et qui va faire un peu de la médiation, vraiment, entre moi et ce vers quoi, et le résultat auquel je vais arriver, en fait, en termes de résultats introspectifs. Et donc... Ce qui est intéressant, c'est que je trouve que ça vient soutenir l'introspection, mais ça peut aussi beaucoup la structurer et même l'orienter. Et c'est ça qui, du coup, est hyper intéressant. C'est que quand je dis « je sors de cette réunion, je me sens hyper mal à l'aise et j'ai besoin de comprendre ce qui m'arrive » , l'IA va peut-être me donner des hypothèses directement. Et là où c'est intéressant, c'est est-ce qu'il faut qu'elle me donne des hypothèses ou est-ce qu'il faut qu'elle m'aide à construire mon parcours introspectif sans me donner des hypothèses tout de suite, sans poser tout de suite une orientation sur ce que je ressens.
- Speaker #0
Et tu ne ressens pas qu'il y aurait peut-être une orientation dans ce cas-là aussi, une normalisation des propositions ou des interactions, puisque il y a effectivement... Pour ceux qui font le test avec tous les artefacts de Claude, à l'évidence, Unia vous connaît très bien au bout d'un moment, voire mieux peut-être que vous-même. C'est intéressant aussi de faire ce parallèle avec peut-être cet univers médié en quoi aujourd'hui Unia répondrait peut-être plus au sujet, moins bien. Il n'y a pas un risque de normalisation quand même à un moment de la façon dont on traite soi-même les sujets qui nous arrivent et les émotions ?
- Speaker #2
Si, il y a ce risque de... En fait, on n'a pas mal parlé de standardisation des résultats, et je pense que c'est un petit peu le même risque qu'en fait avec l'introspection, c'est-à-dire que comme l'IA, elle fonctionne sur une base de données existante, et en plus, je pense, dans la manière dont je le comprends, c'est qu'elle utilise en fait ce qui revient au site plus régulièrement, et donc on a la possibilité... Enfin, en fait, ce qui risque d'arriver, c'est que la singularité... de nos expériences, elles soient finalement réduites à ce qui arrive le plus souvent aux personnes, aux gens. Donc ça veut dire que là où je pourrais avoir une belle granularité, si moi je m'introspectais moi-même en disant « En fait, c'est pas vraiment un sentiment d'injustice, c'est plutôt une colère très froide, je peux essayer de travailler les concepts comme ça » , l'IA me dira « Non, non, c'est un sentiment d'injustice, point barre, et c'est comme ça, comme ça, comme ça que tu peux le gérer » . Il y aura peut-être un petit décalage, ou en tout cas un appauvrissement des résultats introspectifs.
- Speaker #1
Dire qu'une IA, comme l'introduit Mathieu, qui nous connaîtrait mieux qu'on ne se connaît soi-même, c'est probablement une fausse piste, une fausse bonne idée. Donc ça veut dire que derrière tout ça, si j'ai bien compris, il y a un danger qui sommeille. Il est où ce danger de se confier justement, de confier notre... connaissance de nous-mêmes ou de ce que l'on ressent sur nous-mêmes à une machine, il est où pour toi le danger ? À titre personnel, évidemment, pour l'instant.
- Speaker #2
C'est un petit peu ce que je disais. C'est un des premiers risques que je vois, en fait, c'est figer une expérience qui serait encore ouverte. C'est-à-dire que parfois, c'est aussi, il y a quelque chose un peu de peut-être que c'est trop poétique, mais un petit peu de beau dans le fait de ne pas tout de suite savoir ce qui m'arrive et de pouvoir l'explorer un peu. C'est ce qui fait aussi la richesse de notre vie intérieure, c'est ce côté... pouvoir mobiliser un peu nos expériences en disant « Ah tiens, c'est marrant, finalement je me rends compte que là, c'était plus ça que je ressentais parce que je viens de vivre un truc similaire et ça me donne des informations. » Et donc là, en fait, si l'IA, elle peut être tentée de trop vite nommer ce que l'utilisateur vit, et du coup dire que c'est du stress, de l'anxiété, alors que ça peut être quelque chose de beaucoup plus riche. Et finalement, oui, comme je disais, figer l'expérience et peut-être même à terme remplacer complètement le travail introspectif par des étiquettes. des étiquettes très standards. Et donc, un autre risque que je vois, c'est plutôt la dépendance interprétative. L'idée que je vais remplacer le travail introspectif, c'est-à-dire que je m'habitue complètement à demander à mon IA non seulement de m'aider à penser, mais aussi me dire ce que je ressens. C'est-à-dire même me dire ce que je veux ou ce que je suis. C'est-à-dire, elle finit par construire une partie de mon identité. Alors qu'avant, c'était à ma charge, mais maintenant, elle participe activement à cette construction identitaire.
- Speaker #0
Donc, dans le sujet de dire que l'esprit critique serait d'une manière ou d'une autre en danger à l'heure de l'IA par une forme de normalisation des informations qui nous arriveraient, sur la dimension introspection que tu soulignes, finalement, c'est que ça simplifierait ou ça labelliserait peut-être trop nos émotions, quitte à supprimer progressivement ce qui fait la singularité de l'être humain et de la connaissance de soi. le processus plutôt que la finalité, où là, on arriverait à la finalité tout de suite. Donc, quelque part, ce chemin de construction serait détruit, quelque part. C'est globalement ça qui change dans la compréhension de notre introspection, au final ?
- Speaker #2
Oui, ça, c'est pour moi un risque, sauf si on l'utilise différemment. C'est-à-dire qu'il y a un risque, clairement, à utiliser l'IA quand on s'introspecte. si on ne la configure pas comme il faut. C'est-à-dire qu'on pourrait très bien dire à l'IA, se créer un agent ou peu importe, qui en fait prend le temps de me poser des questions plutôt que de me proposer des hypothèses de réponses. Et en fait, là, l'idée, c'est qu'elle m'accompagne dans l'exploration du coup de mon expérience. Et là, je pense qu'elle pourrait vraiment avoir une vraie utilité et que ça pourrait être quelque chose qui nous permet véritablement de mieux nous comprendre. L'idée, ce ne serait pas qu'elle me propose des pistes d'interprétation, mais plutôt qu'elle m'accompagne pour construire les conditions de cette interprétation de moi-même. Et là, c'est quelque chose que je trouve vraiment intéressant. Parce qu'elle permet de repérer des régularités aussi, comme tu disais, il y a la mémoire des conversations antérieures. Donc finalement, elle a des connaissances sur ce que j'aime, ce que je fais, sur mes tendances. Et donc oui, je pense que ça, si je lui donne plusieurs situations... Elle peut m'accompagner. Et si vraiment, je n'arrive pas à obtenir d'interprétations qui me satisfassent, eh bien là, on peut lui demander, OK, là, je suis prêt ou prête, tu peux me donner des hypothèses. Et je vois si ça colle à ce que je ressens. Donc, je dirais que ça peut être un bon partenaire d'exploration, mais ça ne doit pas être une autorité finale. Ça ne doit pas être quelque chose qui intervient de manière trop autoritaire.
- Speaker #1
Comment l'IA soutient-elle notre réflexion sur nous-mêmes ? Avant que Lionel rebondisse,
- Speaker #0
parce qu'il faut qu'il ait une autre question, il y avait un sujet, mais ça veut dire quand même, quelque part, dans ce que tu dis, il faut rester maître de ce processus, donc peut-être aussi le connaître, pour ne pas forcément dépendre de l'IA, parce que quand tu dis, effectivement, il faut quand même avoir du recul, etc., ça fait partie des éléments dont on n'est peut-être pas conscient au moment où on a besoin aussi de ce travail-là.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Et c'est vrai que moi, les premières fois où j'ai utilisé l'IA, justement pour réfléchir un petit peu à des questions émotionnelles et personnelles, en fait, en plus, comme on est dans un endroit de vulnérabilité, un petit peu, quand on parle de soi ou de trucs très personnels, je voyais qu'elle me donnait tout de suite des hypothèses en essayant de me rassurer. Alors que finalement, ce n'était pas de l'accompagnement forcément dans l'exploration. C'était plus non, mais tout va bien. Peut-être que c'est plutôt ça ou plutôt ça. Et oui, là, je trouverais que ce serait plus riche qu'elle se positionne autrement, ou qu'on la positionne autrement.
- Speaker #0
Et tu parlais, quand on a préparé l'épisode, tu parlais d'introspection étayée ou de scalefold introspection. Comment concrètement, aujourd'hui, il y a et soutient notre réflexion sur nous-mêmes ?
- Speaker #2
Alors là... Je pourrais distinguer plusieurs formes d'étayage. La première, alors ça va être un peu un gros mot, mais ce serait l'étayage phénoménologique. C'est-à-dire ce que je disais un petit peu, c'est-à-dire l'IA qui vient aider, un peu comme un échafaudage. Elle permet d'avoir finalement plusieurs entrées possibles. Et la première, ce serait aider l'utilisateur à revenir sur ce qu'il a vraiment vécu avant de le nommer. Par exemple, avec des questions comme « qu'est-ce qui t'a paru le plus marquant ? » « Est-ce que c'était plutôt une tension, une peur ou une irritation que tu as ressentie ? » Je suis un peu guidée la conversation. Quand je dis une introspection étayée, je pense aussi à un étayage qu'on pourrait qualifier d'attentionnel. Ça veut dire que l'IA pourrait aider à attirer l'attention de la personne qui l'interroge sur certains éléments. Avant de conclure trop vite, avant de tout de suite s'engager dans une voie d'interprétation. Après, c'est tout le travail conceptuel qu'elle peut m'aider à faire. C'est un autre étayage. Elle peut proposer des mots, elle peut proposer des distinctions, des catégories en fait. Mais elle laisse toujours l'utilisateur les accepter ou les refuser. Sans les imposer, tu vois. Et le dernier, ce serait ce qu'on pourrait appeler un étayage narratif. finalement, une fois qu'elle nous a aidés à faire tout ce travail un peu exploratoire, elle vient nous aider à relier les éléments entre eux. Parce que c'est pas toujours évident de le faire. Et ça, ça permet de donner du coup un peu plus de lecture sur l'expérience qu'on vient de vivre. C'est comme ça que, en tout cas, j'ai lu quelques-unes de ses idées dans la littérature qui émergent sur ce sujet-là. Et c'est vrai que c'est un petit peu cette idée d'échafaudage, en fait. On vient pas... tout construire, on vient faire au fur et à mesure, hop, on a quelques perspectives différentes, et puis ça se construit, voilà.
- Speaker #1
Pour nous, en tant qu'utilisateurs, j'espère que vous m'entendez après cette petite coupure, indépendant de ma volonté,
- Speaker #0
quel bénéfice... C'est le rapport montage.
- Speaker #1
C'est le rapport montage. Quel bénéfice, justement, suite à ce que tu dis, cette introspection intérieure, quel bénéfice peut-on, nous, en tant qu'humains, attendre de cette IA qui nous aide à penser... à nous-mêmes.
- Speaker #2
Oui, si je devais synthétiser ça, je dirais déjà, c'est l'aide à la reformulation. On n'a pas toujours les mots. C'est parfois pas toujours évident. On a, ça dépend un peu, mais on a des répertoires un peu lexicaux, parfois réduits, par rapport à la richesse de ce qu'on peut ressentir. Et des fois, on n'arrive pas à dire. Et l'IA, elle peut vraiment aider à mettre en mots, comme je dis, à distinguer, à clarifier. Un deuxième bénéfice, ce serait la mise à distance. Parce que quand on est pris par une émotion ou dans une situation, c'est difficile de se décoller de son expérience. Et je pense que le simple fait de devoir l'expliquer à quelqu'un, mais là, du coup, à l'IA, ça oblige déjà à reformuler les choses, à décrire. Donc, c'est déjà un premier pas introspectif. Et ça peut permettre aussi de créer un espace de recul, de mise à distance. Et puisque je reviens à l'idée de l'accessibilité, en fait, tout le monde n'a pas à portée de main un super ami prêt à écouter, un coach qui soit pertinent ou un mentor ou un thérapeute. Et voilà, l'idée de disponibilité, en fait, c'est quelque chose qui est offert par l'IA. Et donc, je trouve que c'est un premier niveau d'accompagnement réflexif qui est hyper intéressant et facile, en fait. Donc, ce n'est pas un substitut relation humaine. Je ne le vois pas comme ça du tout. mais euh Mais ça peut être un point d'entrée introspectif, surtout que parfois, on n'a pas envie de parler de certaines choses à son ami, à son collègue, mais on en a besoin quand même. Et du coup, ça peut être une belle voie d'accès introspective.
- Speaker #0
Ça me permet de rebondir sur une question quand même liée à la sécurité, aux données, en tout cas aux risques qu'il pourrait y avoir de se confier à une IA et de manière générale. C'est vrai que quand on pose les modèles qu'il peut y avoir, qu'ils soient asiatiques ou américains, c'est dans les fonds. côté français, c'est un petit peu autre chose. Est-ce que, d'une manière ou d'une autre, il y a un risque à se confier à une intelligence artificielle sur la compréhension de nous-mêmes, peut-être toutes les idées, les influences qu'il pourrait y avoir potentiellement sur un jugement, des actes qui pourraient en découler potentiellement, ce niveau de responsabilité à insuffler une action opérée et in fine par un être humain. Est-ce qu'il y a des risques que tu as pu identifier dans tes travaux, tes recherches sur ce sujet-là ?
- Speaker #2
Alors, je les ai identifiés en partie, mais je n'ai pas encore vraiment creusé sur ce sujet-là, comme je suis plutôt dans cette exploration de ce processus introspectif. Mais je dirais que c'est quasiment les mêmes qui nous travaillent sur les autres sujets concernant l'IA générative actuellement ou l'IA en général. C'est-à-dire qu'à partir du moment où on fournit de la donnée, et surtout de la donnée personnelle à ce point-là, pour moi, il y a des gros risques. que ça puisse être utilisé d'une manière ou d'une autre. à des fins peut-être pas mal attentionnées, mais en tout cas, je pense qu'il y a un risque de souveraineté à ce niveau-là. Oui,
- Speaker #0
la différence effectivement qu'au-delà de la formation des modèles que l'on contribue à faire très certainement dans notre approche quotidienne et professionnelle, là on touche au sacro-saint de la personnalité et de l'individu, de l'influence de la population avec et de la connaissance de soi, ce qui est quand même la singularité du cerveau de l'être humain, de sa complexité biologique.
- Speaker #2
Et oui, je pense... Alors après, j'ai envie de dire, il y a déjà nos données personnelles qui sont déjà utilisées. Moi, je vois par exemple, je me rends compte que si je parle de quelque chose en famille, avec des amis, avec mon conjoint, j'ouvre Instagram après, j'ai exactement ce qu'il me faut pour répondre à cette problématique, cette situation. Donc c'est déjà là. Mais je me dis qu'effectivement, si c'est en plus verbalisé de manière très claire et que ces données-là, elles sont accessibles, ah oui, oui, il y a un risque majeur en fait. Ça mériterait que si cet usage s'avère être de plus en plus présent, il y a nécessité de voir comment on peut se protéger face à ça.
- Speaker #1
Oui, et puis on pourrait se dire aussi que dans la façon dont l'IA est instruite, les biais qui ont été poussés, est-ce que quelqu'un, suite à ce que l'on vient de dire, je pose la question en l'air, non pas à toi, mais à ceux qui nous écoutent, est-ce que vous auriez envie... de confier vos pensées intimes à une IA chinoise ou à une IA payée et financée par Elon Musk. Voilà, bon, la question, on sait que la réponse est déjà dans la question. Une toute dernière question, si cette transformation du rapport à soi est déjà en cours dans la vie personnelle, puisque finalement c'est une observation que l'on fait au quotidien et que ça devient ce confident qui, après l'Internet que l'on avait dans notre poche, en minute. notre confident, notre psy, on a tout ça dans notre poche à travers les applications et notre smartphone. Pourquoi va-t-elle devenir un sujet important dans le monde du travail et dans le monde des organisations ?
- Speaker #2
Je peux répondre en disant que le travail, c'est un des lieux où on construit le plus fortement son identité. Au travail, on ne fait pas seulement des tâches, on se définit comme compétent ou pas, créatif ou non. leader, pas leader, débutant expert, etc. Et donc, on se raconte une histoire professionnelle sur soi-même, ce que je sais faire, ce que je vaux, ce que je peux devenir. Et l'IA générative, elle entre dans ces espaces-là. Parce qu'on peut commencer, par exemple, un ingénieur, il peut utiliser l'IA pour résoudre un problème technique, mais aussi pour comprendre pourquoi il bloque relationnellement avec son équipe. Un manager, il peut l'utiliser pour préparer un feedback, mais aussi pour réfléchir à son style de leadership. Donc, il va aussi donner des informations sur comment, ce qu'il préfère, ce qu'il n'aime pas, comment il procède d'habitude. Et du coup, on pourrait vraiment se dire que... Euh... que oui, ça va devenir un sujet organisationnel majeur aussi et que la question, ce ne sera pas seulement comment l'IA augmente la productivité, mais aussi comment elle vient transformer la manière dont les professionnels comprennent leur rôle, leurs compétences et puis leurs limites et leurs valeurs. Je pense que pour moi, c'est la prochaine étape de la réflexion. C'est passer de l'IA comme outil de travail à l'IA comme une médiation de l'identité professionnelle presque.
- Speaker #0
Ce qui laisse présager un deuxième épisode, si je comprends bien. Rendez-vous épris pour cette série, finalement, qui sera ponctuée de plusieurs épisodes. On a posé les bases et je pense qu'effectivement, au-delà du côté passionnant et excitant du sujet, on voit bien que les notions d'influence, de construction de soi, et encore pour des êtres humains normalement constitués de 25 à 45 ans, 55 ans, on arrive encore à avoir un passif, quelque part. Pour ceux qui sont nés dans l'intelligence artificielle, ça va changer quand même beaucoup de choses. Donc c'est aussi ce cheminement et la construction de l'être humain qui pourrait globalement être impacté. Quelle place dans l'IA et la médiation personnelle à l'heure des maladies cognitives et plus largement mentales qui se développent de plus en plus, qui nécessitent un accompagnement certain ? Est-ce que l'offre des soins, aujourd'hui officiellement biologiques, répond à ce besoin ? Je suis moins sûr. L'IA aura très certainement une place importante, ça fera l'objet du deuxième épisode.
- Speaker #3
Tout à fait.
- Speaker #0
On va y aller. Pas forcément, mais alors, merci Bertil. Je rappelle Bertil que tu travailles notamment sur tous ces sujets dans ton quotidien. Tu pourras peut-être d'ailleurs, la prochaine fois, nous parler aussi de la thèse. D'ailleurs, ce serait intéressant qu'on rentre un peu dans l'origine de ce qui t'a amené à réfléchir sur ces sujets. On se retrouve très vite pour un deuxième épisode sur cette série de l'été autour de l'IA et de soi, soit en tant qu'être humain. On vous rappelle que vous pouvez vous abonner sur Apple Podcasts, Deezer ou encore Spotify pour ne pas rater les futurs épisodes. N'hésitez pas également à partager cet épisode, à partager la bonne parole. Vous êtes toujours plus nombreux à nous suivre, on vous en remercie. En tout cas, c'est un vrai plaisir, merci de t'accueillir. Et puis Lionel, je note encore les questions précises et préparées, chirurgicales. Donc ce qui fait qu'on a tenu 30 minutes. Stick ! C'est exceptionnel comme quoi un épisode préparé est un épisode structuré.
- Speaker #3
On terminera par ça. Merci à vous deux.
- Speaker #2
Merci beaucoup, monsieur Le Niel. Merci beaucoup.
- Speaker #3
Salut.
- Speaker #2
Salut.