- Speaker #0
Et bien bonjour à toutes et à tous, bienvenue pour ce nouvel épisode d'Innovation & Prospective Talk, deuxième épisode de cette série de l'été que vous avez la chance de pouvoir écouter sur ce mois d'août estival que nous vous souhaitons reposant après une année extrêmement dense. Alors dans le premier épisode, nous avons exploré... une idée, celle que l'IA générative ne transforme pas seulement ce que nous faisons, elle commence aussi à transformer la manière dont nous nous comprenons. Et donc l'idée, nous avons donc parlé dans ce premier épisode d'introspection médiée, d'introspection étayée, et de ce moment où l'IA devient presque le miroir de nous-mêmes et nous répond, reformule ou questionne, peut parfois d'ailleurs nous orienter dans notre rapport à nous-mêmes. Un épisode passionnant et lionel, nous partons cette fois sur une... deuxième partie pour aller un petit peu plus en profondeur dans ce sujet.
- Speaker #1
Et oui, aujourd'hui, après ce premier épisode que tu viens de résumer parfaitement, il faut l'écouter en replay, on retrouve Bertille Deliéguer, docteur en philosophie de l'esprit, spécialiste de l'introspection et de la connaissance de soi, et elle nous amène cette idée maintenant au travail. Ah, vaste sujet, pas pour parler évidemment de productivité ou de compétence, mais de quelque chose de plus intime. ce que l'on ressent face à un feedback difficile, une promotion qu'on hésite à accepter, un sentiment d'illégitimité parfois qui peut nous envahir. Et donc la question du jour, c'est quand on utilise l'IA pour comprendre ce qu'on vit au travail, est-ce qu'elle nous aide à y voir plus clair ? Ou évidemment, est-ce qu'elle rend nos émotions dans des cases toutes faites, du genre performance, potentiel, etc. Et bien c'est ce que l'on va voir aujourd'hui, et moi j'en profite pour poser la première question à notre invité. avoir parlé de l'IA comme transformatrice du rapport à soi. Qu'est-ce qui change quand on emmène cette introspection médiée dans le monde du travail ?
- Speaker #2
Merci beaucoup Lionel pour cette question. Je pense que ce qui change, c'est d'abord l'objet de l'introspection. Dans le premier épisode, on a vu qu'on parlait du rapport à soi en général et comprendre une émotion, clarifier un doute, mettre de l'ordre dans une expérience personnelle, c'était plutôt quelque chose d'assez général. Là ici, quand on la fait voyager jusqu'au travail, on déplace cette question dans un espace qui est beaucoup plus situé qu'est celui du travail. Et au travail, je ne cherche pas seulement à savoir ce que je ressens. Je peux aussi chercher à comprendre ce qu'une expérience dit de ma place, de mon rôle, de ma valeur, ou même de mes limites. Par exemple, si je sors d'une réunion avec un sentiment de malaise, c'était un peu l'exemple que j'avais repris pas mal de fois dans l'épisode 1, je peux me demander est-ce que j'ai été déstabilisée parce que je manque de confiance ? Est-ce que c'est un manque d'expertise de ma part qui a été reconnu ou détecté ? Et donc, c'est que l'IA, elle peut vraiment intervenir précisément dans ce travail d'interprétation que je fais de moi en tant que personne qui travaille dans... d'une entreprise particulière dans un cadre particulier. Demander à l'IA qu'elle m'aide à comprendre ce qui s'est joué dans une situation et alors elle participe à la façon dont j'interprète mon expérience professionnelle. Donc là, je dirais que l'enjeu de cet épisode, c'est vraiment de savoir si l'IA nous rend... C'est pas seulement de savoir si l'IA nous rend plus productifs au travail, justement, mais d'aller se demander comment elle transforme la manière dont on comprend ce que le travail nous fait vivre. Et du coup, c'est à ce moment-là qui nous intéresse.
- Speaker #0
Si on devait rebondir d'ailleurs sur ce que tu viens de dire, qu'est-ce qu'une situation de travail nous oblige finalement à nous interpréter ? Dans quel contexte est-ce que tu as ça ? Est-ce que tu aurais des exemples concrets qui nous amènent à nous interroger dans une situation professionnelle dans laquelle l'IA pourrait nous aider à mieux nous interpréter ?
- Speaker #2
Oui, ce qui me vient en fait, c'est qu'une situation de travail, elle est rarement seulement factuelle. Il y a presque toujours des situations qui sont chargées de sens. Ça peut être un retard sur un projet, même une remarque d'un client, un silence dans une réunion ou une promotion qui n'arrive pas. Et même, je pense à notre exemple, une responsabilité qui nous est proposée et puis qu'on décide d'accepter ou de refuser. Tout ça, ça devient matière à interprétation et aussi à introspection du coup. Et très vite en fait, cette interprétation, elle porte sur soi-même. On ne se dit pas seulement, il s'est passé ça, on m'a proposé ça. On se demande en fait aussi... Qu'est-ce que ça, ça dit de moi quand on me propose cette responsabilité ? Est-ce que je suis compétente ? Est-ce que je suis légitime ? Est-ce que je suis à ma place ? C'est toutes ces questions-là qui surgissent. Et c'est pour ça, en fait, que le travail est souvent présenté comme un lieu puissant de construction de soi. Il y a pas mal de théories de l'identity work ou de l'identity regulation qui ont montré que les organisations produisent des résultats, mais elles produisent aussi des modèles de personnes. On a le bon manager, le bon collaborateur ou le collaborateur engagé, le talent, l'expert, le leader qui est adaptable. Et on a plein de catégories comme ça, de modèles de personnes qui sont portés. être produit par les organisations. Du coup, si on réfléchit dans ce cadre-là à l'IA, ça veut dire qu'elle vient s'insérer dans un espace qui est déjà très normé et elle peut aider à clarifier ce qui s'y joue, mais elle peut aussi finalement réutiliser les catégories, qu'on dirait dominantes du monde professionnel pour interpréter l'expérience des gens qui l'utilisent en fait et qui viennent la solliciter. Donc je pense que ça... Oui, pardon.
- Speaker #1
Ça m'amène à poser directement cette question par rapport à ce que tu dis. Quand je demande à l'IA de m'aider à comprendre une difficulté professionnelle, qu'est-ce qu'elle risque de mettre trop vite sur mon compte personnel ? Qu'est-ce qu'elle risque d'interpréter trop vite ? Ou peut-être un biais qui permettrait d'aller un peu trop vite dans un raccourci d'analyse ?
- Speaker #2
Le risque principal, je dirais, c'est peut-être une individualisation ou une psychologisation. trop rapide de la difficulté qui est rencontrée par la personne qui sollicite l'IA pour mieux se comprendre au travail. Si on imagine une personne qui dit, par exemple, je ne sais pas, je n'arrive plus à suivre dans mon poste, il y a une réponse très rapide qui pourrait arriver du type tu dois travailler ta gestion du temps ou alors tu manques peut-être de confiance en toi, tu dois apprendre à prioriser. Et tout ça, ça peut être vrai, mais c'est qu'une partie d'analyse. Après, il y a le problème aussi... Il y a un problème qui peut venir du contexte. On peut avoir des objectifs contradictoires, un rôle qui est mal défini. Il y a aussi le manque de moyens. Il y a plein d'autres choses qui viennent interférer avec la manière dont j'arrive ou pas à gérer mon poste. Et donc, c'est très important parce que l'IA, elle va répondre sans avoir tous les éléments de contexte. Donc ça, c'est une difficulté, je pense, qui peut se présenter. Un risque de mal se comprendre. Puisque l'IA n'aura pas accès à un certain nombre d'informations nécessaires pour finalement interpréter le plus correctement possible la situation.
- Speaker #0
On voit bien effectivement que le sujet que tu soulignes est la formation de l'IA. Alors, ce n'est pas une question de modèle, c'est bien une version de contexte sur la connaissance de l'environnement, qui pourrait être aussi le fruit si on est sur une IA qui est purement partagée en interne. Voilà, l'amalgame de toutes les informations qui ont été collectées dans une IA compliant, c'est-à-dire régie par les lois de l'entreprise, entre guillemets, qui pourraient amener une forme du contexte. Si on est dans un contexte de transformation et que l'IA a été formée, c'est plus facile. Mais ce que tu soulignes là, c'est quand même qu'effectivement, on a un sujet de contexte et de compréhension pour que l'intelligence artificielle ou le modèle soit suffisamment câblé sur l'environnement professionnel pour ne pas associer forcément ce défaut à la personne ou le pistolet de la meilleure façon de faire la personne, comprendre dans un contexte qui est effectivement celui de l'entreprise. Et ça, c'est un sujet qui n'est pas ou peu réglé aujourd'hui encore, mais qui nécessite en tout cas qu'on s'y intéresse. Moi, la question que j'aimerais te poser en rebond à ça, parce qu'effectivement, on peut s'interroger sur soi-même, ça peut être des pistes d'amélioration et d'optimisation, ça peut être aussi le contexte qui nous impacte et qui fait qu'on va se poser ces questions. Je pense qu'il y a une dimension émotionnelle qui est si forte. dans la mesure où quand on est dans une forme d'introspection, de réflexion, l'analyse de soi, de ses émotions et tout ce travail que l'on doit mener joue un rôle important. Donc quel rôle finalement les émotions jouent aujourd'hui dans cette introspection médiée à l'heure de lire ?
- Speaker #2
J'ai un parti pris puisque ma thèse portait sur la compréhension des émotions, la connaissance des émotions. Donc forcément pour moi, en tout cas, je pense qu'elles sont centrales les émotions parce que souvent elles sont là pour signaler quelque chose ou signaler que quelque chose compte pour nous. Et au travail, on a tendance à les traiter plutôt comme des éléments secondaires. On dit, ouais, c'est de la fatigue, du stress, de la frustration. Mais on a des grandes catégories comme ça, on ne va pas forcément chercher plus loin. Et c'est comme si, souvent, quelque chose devait venir gérer ses émotions pour redevenir efficace. Et je pense qu'une émotion professionnelle, elle peut, au contraire, être un vrai indice de compréhension et aussi parfois d'efficacité, c'est-à-dire qu'on peut s'en servir pour être plus efficace. On a par exemple, si je dois donner des exemples, la frustration, elle peut signaler qu'il y a un manque de reconnaissance. Une colère, elle peut signaler une situation d'injustice. La honte, ça peut... Montrer qu'on a un rapport très exigeant à la compétence. Et voilà, il y a plein d'exemples d'émotions qui ont une vraie utilité, qui sont des signaux finalement qui peuvent permettre aux autres, mais aussi à moi-même, de me réajuster. Et appliquer au travail, je pense que ça veut dire que l'intelligence artificielle, elle ne devrait pas trop vite, comme je l'ai dit dans l'épisode 1, donner des... des interprétations, des hypothèses sur ce qui est en train de se passer. Pas dire tu es stressé ou tu as le syndrome de l'imposteur. Elle devrait d'abord aider la personne à explorer ce qui a été touché chez elle. Est-ce que c'est sa compétence ? Est-ce que c'est sa légitimité ? Sa place ? Son autonomie ? Et c'est là que l'introspection professionnelle qui serait médiée par l'IA, elle peut devenir intéressante. C'est-à-dire que l'idée, ce serait plutôt non pas de l'utiliser comme un diagnostic émotionnel, mais plutôt comme une vraie aide. à l'exploration de ce que l'émotion, elle révèle dans une situation donnée, dans une situation de travail.
- Speaker #1
Alors pour nos auditeurs, puisque tu ouvres la porte tout doucement, qu'est-ce qu'elle peut nous apporter cette IA lorsqu'elle nous aide à relire une expérience de travail difficile ? Les exemples que tu as donnés, comme le conflit, l'échec, le doute, la fatigue, la perte de sens, etc.
- Speaker #2
Oui, ça, on l'avait un petit peu évoqué. Je pense que la première chose qui me vient à l'esprit, c'est le fait que... L'IA, en tout cas l'introspection médiée par l'IA, elle peut apporter une forme de mise à distance avec ce que je suis en train de vivre. Quand on est dans une expérience qui peut être difficile, on est souvent vraiment pris dedans. Et donc on peut mélanger les faits, les émotions, elles se mélangent avec les faits justement, les interprétations, les anticipations, les suppositions aussi qu'on peut faire. Et le simple fait d'avoir à expliquer la situation à une IA, elle peut déjà aider à remettre de l'ordre dans tout ça. Si on prend par exemple un conflit avec un collègue, l'IA peut m'aider à distinguer qu'est-ce qui relève par exemple du désaccord, du désaccord de fond, et qu'est-ce qui relève du mode de communication par exemple. Qu'est-ce qui relève d'une attente non dite. Et dans le cas d'un échec aussi, on peut penser qu'elle pourrait aider à éviter de réactions opposées. C'est-à-dire soit je mets tout sur moi et je dis, c'est moi en fait, je ne sais pas, je suis nulle, incompétente, j'ai été mal compris, c'est de ma faute. ou alors tout mettre sur les autres. Je pense qu'elle peut aider, dans une situation de conflit, à finalement construire une lecture un peu plus équilibrée. Après, oui, il y a d'autres exemples qui me viennent à l'esprit, mais c'est vrai que c'est là où je vois le truc, la chose la plus importante, ce serait permettre une mise à distance avec la situation.
- Speaker #0
Il y a plein de cas où je pourrais l'appliquer, pour mes équipes notamment. Ça éviterait deux, trois conflits. effectivement c'est tout le sujet de la prise de hauteur qui est aussi qui est si important parce qu'on voit bien qu'un des sujets sur lequel je te rejoins parfaitement c'est notamment le fait de mieux comprendre ses émotions et par la compréhension de ses émotions comprendre comment on perçoit une attaque qui n'en est pas en réalité une parce qu'on attaque fondamentalement des valeurs on attaque des accords Toltec on pourra faire référence d'ailleurs à l'ouvrage en question c'est tous ces sujets là alors Au revoir. Moi, la question, c'est une fois que tu m'as posé ce constat-là, quand l'IA m'aide à traverser une difficulté professionnelle, comment est-ce que finalement je peux m'assurer que je ne perds pas la capacité moi-même à avoir développé ses propres mécanismes d'analyse ? Parce que ressentir une émotion, quoi qu'on en dise, on peut savoir si on est énervé, mais des fois, on n'est pas énervé. En fait, on se sent juste agacé. Et la qualification des émotions est déjà déterminante. Donc, comment est-ce que je peux m'assurer finalement que je ne perds pas ce mécanisme moi-même de me connaître et de m'analyser ?
- Speaker #2
C'est sûr que c'est un risque différent de celui qu'on vient d'évoquer, mais c'est un risque de ne plus savoir, finalement, le risque de perdre cette compétence-là. Parce qu'il ne s'agit plus de savoir s'il y a, elle se trompe sur moi, mais vraiment de savoir si à force de lui déléguer toujours ce travail-là de relecture des situations que je vis, est-ce que je garde l'habitude, moi, de le faire seule ? Et il y a des travaux assez récents en sciences cognitives qui décrivent ce phénomène-là. Alors, je ne me souviens plus du nom, mais je crois que c'est de Holodmine. Je pourrais retrouver, mais c'est un état où la disponibilité des réponses de l'IA, elle permet de contourner l'effort cognitif qui est nécessaire pour vraiment comprendre une situation. Donc, on garde l'impression d'être efficace. Mais le piège, c'est finalement l'autorité que représente l'IA après dans ce domaine-là, en fait. Elle répond toujours avec assurance et elle peut donner envie qu'on lui cède le jugement tout le temps. Pas seulement la première ébauche, mais c'est-à-dire que... tout le temps on fasse appel à elle. Et je pense que ça, quand on l'applique à l'introspection professionnelle, ça donne une question, enfin il y a une question qui doit se poser, c'est est-ce que je continue à me faire ma propre idée avant de lire ce que l'IA en pense ? Ou avant de commencer à me faire accompagner par l'IA sur ce sujet-là ou cette situation ? C'est d'abord se forcer à garder les premiers instants de réflexion sur la situation avec juste moi-même. Et je pense que ça...
- Speaker #1
Non, vas-y. Et peut-être que, justement, après avoir plusieurs fois fait cette démarche avec l'aide d'une intelligence artificielle, alors j'imagine que c'est une intelligence artificielle que l'on choisira personnelle. On va éviter de prendre celle qui est programmée et paramétrée avec les paramètres de l'entreprise. Je pense que les gens ne sont pas fous.
- Speaker #0
Ce serait génial pour le talent d'acquisition, l'évolution professionnelle. Big Brother, ils sont parmi nous.
- Speaker #1
Exactement. Mais on peut imaginer qu'à un moment, on se dise, dans un premier temps, on y va à petits pas. Dans un second temps, on s'aide peut-être à la facilité parce que finalement, les premiers pas, ces réponses nous ont satisfaits. Les réponses nous ont renforcées, nous ont grandis, nous ont permis peut-être. Mais c'est vrai qu'il ne faut pas perdre le fil. Donc moi, je reviens là-dessus. C'est tout. Toujours pareil, le risque, quel risque va apparaître quand les catégories, par exemple, la catégorisation que va proposer l'IA sont celles du monde professionnel, puisque de toute façon, on la sollicite dans le cadre professionnel. Et celle du monde professionnel, tel que l'engagement, le leadership, la performance, l'adaptabilité, le potentiel de chacun, quels sont les risques qui apparaissent quand justement l'IA comprend que c'est dans ce monde-là qu'on lui demande de réfléchir à ma situation, à mon vécu. Et à mon ressenti, encore une fois, c'est quand même ce que je lui ai écrit qu'elle interprète. On peut imaginer qu'on ne demande pas à une IA d'aller enregistrer, on va dire, une petite joute verbale avec des collègues ou une réunion dans laquelle on s'est trouvé mal à l'aise. On le fait à posteriori, donc on le fait avec nos mots.
- Speaker #2
Je pense que toutes les catégories que tu évoques, leadership, adaptabilité, potentiel, C'est des catégories qui sont puissantes parce qu'elles sont immédiatement compréhensibles dans l'entreprise. Mais elles ne sont pas neutres. C'est-à-dire que dire d'une personne, par exemple, qu'elle manque d'adaptabilité, qu'elle doit développer son leadership, par exemple, c'est pas seulement décrire ce qu'est la personne, c'est aussi la situer dans un espace de valeur professionnelle. Et le risque, en fait, c'est que l'IA traduise des expériences qui seraient assez singulières. dans des catégories qui sont déjà valorisées par l'organisation. Du coup, ça veut dire que finalement, c'est comme si on réduit un petit peu la singularité, la granularité aussi des expériences qu'on vit. Parce que finalement, on a des concepts tout faits et des catégories toutes faites. Et là, en fait, je pense aussi que si on prend un exemple, par exemple, d'une résistance d'une personne à un projet, on va dire que oui, c'est un manque d'adaptabilité de la personne, elle n'arrive pas à... finalement, à être assez souple pour changer et aller sur ce projet-là. Mais en fait, c'est peut-être aussi que ce projet-là, finalement, il y a peut-être une alerte métier, il y a peut-être des exigences de qualité qui ne sont pas celles que porte la personne. Et donc, ça peut être une résistance tout à fait légitime, finalement. Donc, ça, en fait, je pense qu'il y a vraiment un... on va dire une vigilance à garder par rapport à la manière dont elles sont construites ces IA-là en fonction de ces catégories et je pense qu'il y a une IA conversationnelle elle a un ton qui ressemble oui je m'arrête là parce que je veux m'engouffrer dans un autre sujet parce qu'effectivement l'habitude
- Speaker #0
pour tous ceux qui nous écoutent et pas forcément ceux qui nous voient c'est que quand vous travaillez avec Bertil, une idée en amène une autre, et une autre, et une autre. Bref, donc on est obligés au bout d'un moment de savoir s'arrêter. Parce que sinon, on pourrait développer pendant des années. Quoique le sujet est quand même passionnant, parce qu'il touche à la fois à l'humain, à l'humain dans le cadre de l'entreprise, donc sa performance, sa notion d'accomplissement également, qui sont des sujets de fond et qui démontrent qu'il y a aujourd'hui qui sert à l'introspection, notamment au travail, et pas forcément à la société. D'ailleurs, ça me fait remondir sur une question, c'est Merci. À quoi pour toi ressemblerait finalement une IA qui soutient vraiment l'introspection au travail sans transformer immédiatement l'expérience que l'on va avoir avec elle en diagnostic ou en évaluation ? Pour ne pas qu'on se retrouve avec cette notion aussi de surévaluation permanente de soi-même dans l'entreprise par une IA.
- Speaker #2
Je pense que c'est déjà qu'elle devrait poser des questions à en proposer des catégories. Une IA qu'on utilise au travail pour s'introspecter, Elle ne devrait pas commencer par dire « tu manques de leadership, tu es en perte d'engagement » , c'est un peu ce que je disais tout à l'heure. Elle devrait plutôt aider à explorer la situation, c'est-à-dire qu'est-ce qui s'est passé, qu'est-ce qui t'a affecté. Et je pense qu'elle devrait distinguer trois choses. Ce qui est de l'ordre de la description, l'hypothèse et puis l'évaluation. Quand elle te dit par exemple tu décris une situation là où tu as des objectifs contradictoires, ce n'est pas la même chose que dire tu gères très mal tes priorités. Ou de dire une hypothèse possible, c'est un problème de reconnaissance. En fait, je pense que ça devrait être très clair quand elle propose une description, une hypothèse ou une évaluation. Parce que ça n'oriente pas du tout la personne qui l'utilise de la même manière. Et je pense qu'elle devrait, bon après c'est déjà plutôt le cas, mais en tout cas elle devrait permettre aussi à celui qui l'utilise de contester ce qu'elle lui propose. C'est-à-dire qu'une bonne introspection médiée par IA, c'est une introspection qui engage l'esprit critique. C'est-à-dire que... Elle devrait pouvoir accepter qu'on dise non, ce n'est pas le mot qui correspond exactement à ce que je ressens. Je ne formulerai pas ça comme ça. Il devrait y avoir un espèce d'aller-retour un petit peu critique entre l'utilisateur et l'IA en elle-même. Donc oui, je pense qu'il y a vraiment une frontière qui devrait être préservée entre introspection et une forme d'évaluation. C'est-à-dire que ça doit être un outil qui est utilisé pour réfléchir sur soi-même, pas pour s'auto-évaluer au travail. ni un outil de profilage, par exemple. Je pense que c'est une condition essentielle pour que l'utilisateur puisse rester vraiment actif et puis sincère dans son rapport à soi-même et son travail de compréhension.
- Speaker #1
Oui, alors ce qui voudrait dire que sur le marché de l'introspection médiée, comme tu viens de décrire quelques limites qui pourraient être vraiment pertinentes, Il y a peut-être une place commerciale pour des développeurs qui développent ce type d'IA qui serait probablement beaucoup moins coûteuse qu'un psychologue, un psychiatre, qu'un bon ami ou qu'un collègue à qui on confie ses ressentis au travail. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que pour ouvrir ce que l'on évoquera la prochaine fois, je voudrais savoir qu'est-ce que cette introspection individuelle médiée par l'IA, qu'elle soit ultra spécialisée. ou complètement généraliste, selon celle que l'on prendra, qu'est-ce qu'elle annonce pour notre prochaine discussion sur le collectif et sur l'organisation ? Parce que forcément, si moi je me sers de ce type d'outil, quelle que soit sa puissance, quel que soit son talent, quelle que soit sa façon de m'amener à me re-questionner, me sur-questionner pour qu'elle puisse évaluer de façon la plus claire et la plus argumentée possible et émettre un avis, Kiss. que ça impacte dans, finalement, le collectif dans lequel je fais partie ou l'organisation dans laquelle je suis insérée.
- Speaker #2
C'est intéressant parce que je pense qu'effectivement, que ce soit le collectif ou l'organisation, l'organisation, elle produit aussi des récits sur elle-même. Elle se demande qu'est-ce qu'on sait faire, où sont nos compétences, quelles sont nos difficultés récurrentes, et puis aussi et surtout, je trouve, quelle valeur guide réellement nos décisions. Et l'IA générative, elle peut intervenir aussi à ce niveau-là, au niveau collectif, parce qu'elle agrège des documents, elle agrège aussi des retours d'expérience, des échanges, des incidents. Et je pense qu'une organisation, elle peut peut-être utiliser l'IA pour mieux se comprendre elle-même. Et si elle se comprend vraiment mieux, est-ce que grâce à l'IA... elle pourrait adopter la représentation, en fait, une nouvelle représentation, ou même, la question qui me vient, c'est plus en termes de risque-avantage, est-ce qu'elle va finir par se construire un récit d'elle-même à partir de ce que le système lui propose, ou est-ce qu'elle va continuer, finalement, à garder une forme d'autonomie aussi par rapport à ce qu'elle se représente d'elle-même. Et ça, je pense que... On a vu l'introspection individuelle, on a vu l'introspection professionnelle. Et là, on entre dans une question plus large, qui serait celle d'une réflexivité collective qui serait médiée par l'IA. C'est encore un changement d'échelle.
- Speaker #0
Ce sera un autre épisode, parce que sinon, on est reparti. Donc, ce qui nous fera ce troisième épisode de cette série, on vous rappelle Apple Podcasts, disons encore Spotify, pour vous annuler, pour vous abonner sur Innovation & Prospective Talk. Merci Berti, cette fois on a plongé un peu plus Lionel et moi même encore dans cette il y a au travers de soi de l'introspection, de la médiation un sujet sur lequel on ploguera les organisations pour ce troisième épisode qui sera tout aussi passionnant, merci à tous de nous suivre, toujours plus nombreux j'ai appris qu'on était le premier podcast à Madagascar en regardant les statistiques vous me demandez pourquoi, j'en sais rien technique, enfin premier podcast techno, j'entends par là alors effectivement, ce qui nous fait une petite fleur on se sent bien d'ailleurs, je vais à Madag pour mes vacances Merci. Lionel et moi, on dit tout ça, ça sent la vanille. Ça sent la vanille. On fera un Mada CES un an à la foulée, je pense que c'est bon, par la mer on y arrivera. En tout cas, voilà, donc effectivement, merci Bertille pour cet épisode. On se retrouve donc pour un troisième épisode sur lequel on ira un peu plus loin dans les organisations cette fois. Et puis en attendant, on vous invite à regarder le replay du premier épisode si vous ne l'avez pas vu. Et puis, on se retrouve très vite pour de nouvelles aventures. Et ce troisième épisode pour clore cette saison de l'été. A très vite. Merci, Léden. Merci, Bertille.
- Speaker #2
Merci beaucoup.