- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Inspiré. Aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir Jonathan Lauvert. C'est Jonathan. Bonjour. Tu es ancien sportif de haut niveau, tu as été champion dans cette discipline, tu es reconnu dans ce métier. Tu es aujourd'hui coach, tu es entrepreneur et ambassadeur environnemental. Je crois que je package complet. Avant de parler de ton parcours, qui est très long, et malgré ton jeune âge, puisqu'on a quasiment le même âge, chargé parce que tu as démarré très très tôt. Avant de commencer le parcours, j'ai une question que je pose tout le temps aux invités, c'est comment tu expliquerais ton métier de façon ludique à un enfant de 5 ans ? Si tu devais t'y prendre, comment tu ferais ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. En général, ce que j'aime bien dire, c'est que je suis un ancien athlète de haut niveau qui a fait de la voile, de la voile olympique. Donc c'est les petits bateaux, c'est ceux que tous les enfants vont... Certainement pratiquer quand ils font commencer. L'optimisme par exemple, c'est ce genre de bateau. Simplement pour les plus grands garçons et c'est les disciplines qui sont aux Jeux Olympiques. Et aujourd'hui maintenant j'interviens dans les entreprises pour aider les équipes à mieux travailler ensemble. Et l'idée c'est de leur donner des clés et toutes les petites astuces que j'ai pu développer tout au long de ma carrière de sportif pour les aider à être plus performants au quotidien.
- Speaker #0
D'habitude on parle de l'enfance des invités, ça dure 5-10 minutes parce qu'on démarre de l'enfance à aujourd'hui et ce qui a fait ce qu'ils sont aujourd'hui. D'habitude, ça prend 5-10 minutes. Là, toi, tu as démarré très tôt. Donc, ton enfance a été très largement inspirée et attirée par la voile. Tu as démarré, il me semble, dès l'âge de 7 ans, c'est ça ?
- Speaker #1
Absolument. Alors, moi, j'ai un parcours qui est assez original parce qu'en fait, je suis né à Metz, donc plutôt loin de la mer pour un marin. Et mon père travaillait chez Gaz de France. Donc, tous les 3-4 ans, on déménageait un petit peu partout en France. Et finalement, j'ai commencé la voile quand on habitait à Mâcon. Tu vois, vraiment en plein milieu de la Bourgogne, et en fait j'ai tiré mes premiers bords en optimiste sur la Saône. Donc à l'époque, je faisais plein de sports différents, les classiques, tu sais, de la natation, je faisais du foot, un peu tous les sports que tu peux trouver facilement à cet âge-là. Et puis il n'y en avait pas vraiment un qui me donnait vraiment envie de me dire, bon, j'ai trouvé ma voie, j'ai envie de continuer et de faire ça un peu plus longtemps. Et mes parents faisaient un peu de voile. Ils sont originaires du nord de la France, de Dunkerque et Valenciennes, et dans leur jeunesse, ils avaient pas mal navigué. Et c'est vrai qu'ils m'ont dit, compte tenu que t'es pas mal énergique, que t'aimes bien être dehors, etc., ce que tu pourrais peut-être essayer, c'est d'aller faire un stage de voile au petit club de la ville. Et en fait, c'est comme ça que j'ai débuté, que j'ai découvert l'activité. Et tout de suite, ça m'a plu d'être sur le bateau, d'être dehors, de pouvoir aller un petit peu où je voulais. Et surtout, après, ce qui m'a fait revenir, c'est les copains. Rapidement, tu te fais des copains, et c'est un peu comme dans tous les sports. T'es content de retrouver les copains le mercredi après-midi et le samedi. Et il y a aussi une autre dimension qui m'a toujours beaucoup plu dans la voile, c'est que chaque journée est différente. Et donc ça, c'était vraiment cool.
- Speaker #0
Tu te souviens de la première fois où t'as monté sur un optimiste à l'âge de 7 ans ? Sur la Saône, c'était en plus.
- Speaker #1
Je m'en souviens très bien. Alors en fait, en plus, à Mâcon, pour ceux qui connaissent, c'est plutôt une ville d'aviron. En général, sur ce genre de rivière, ce n'est pas très large, il n'y a pas beaucoup de place. Par contre, c'est assez long, donc pour l'aviron, c'est idéal. Et en fait, à Mâcon, il y a un espèce de petit port qui est le long de la rivière. Et finalement, quand tu débutes, tu navigues plutôt dans le port. Donc, tu n'es pas embêté par tout ce qui est péniche, etc. Parce qu'il y a pas mal de trafic maritime. Et ça peut être un peu impressionnant au début. Et puis, il y a aussi la dimension au courant. Des fois, tu te mets à l'eau devant le club. Et puis, quand tu ne sais pas très bien faire, rapidement, tu te retrouves... en bas de la rivière en direction de Lyon, donc ça peut vite être un peu intimidant. Et là, en fait, c'est génial parce qu'il y a comme un petit port, donc comme un petit bassin dans lequel tu es vraiment à l'aise. Et ça m'a permis de commencer là-bas en toute sécurité et d'être tout de suite vraiment dans le côté ludique de l'activité.
- Speaker #0
Du coup, c'était pas rien qui t'en piquait à ça un petit peu ?
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai. En fait, mon grand-père, il avait un bateau. Il habitait, comme je te disais, dans le nord de la France, à Valenciennes. Mais il avait un petit voilier de croisière qu'il avait mis en Hollande. Donc en fait, c'est vrai que pendant les vacances d'été, souvent on allait passer 2-3 semaines sur le bateau de mon grand-père. Alors c'était un petit bateau, il ne faut pas imaginer le yacht de luxe. On était plutôt sur un croiseur d'environ 9 mètres, tu vois. Donc c'était le camping à bord. Mais je garde de très bons souvenirs de ces moments en famille l'été avec mes parents où on partait 3 semaines dans les canaux en Hollande à explorer un petit peu. Donc c'était vraiment des moments sympas.
- Speaker #0
Tu parlais tout à l'heure d'optimiste,
- Speaker #1
qui est une catégorie de bateau, pour préciser justement pour les non-initiés ce que tu vas expliquer. Quelles sont les particularités de ce bateau ? L'Optimist, c'est le bateau que tout le monde connaît, qu'on voit dans tous les clubs de voile. Souvent, la voile, on imagine que c'est un sport de riche, entre guillemets, et que ce n'est pas forcément accessible. Et là, aujourd'hui, on est à Pau, et je suis sûr que très proche de Pau, il y a forcément un club de voile dans lequel tu peux faire un peu d'optimiste. Donc là, il faut vraiment imaginer que c'est la première discipline qui est accessible à tous. C'est le petit bateau carré qui ne ressemble à rien, entre guillemets, avec la voile. Tu sais qu'il y a une livarde, c'est cette petite partie en métal qui permet d'avoir la pointe sur la voile. Et en fait, c'est le bateau qui est extrêmement safe. On peut, quand on est tout petit, commencer à deux dans le bateau. Souvent, il y en a un qui dirige le bateau avec le gouvernail et le deuxième qui s'occupe de la voile. Et puis après, quand on grandit, on devient un peu plus autonome. Mais c'est vraiment le bateau que vous allez voir partout dans tous les clubs de voile. Donc, c'est vraiment la discipline par laquelle on commence.
- Speaker #0
C'est vrai que quand tu vois la forme du bateau, tu te dis, au niveau de l'aérodynamique...
- Speaker #1
Aujourd'hui, si tu regardes un petit peu la voile et tout ce qui se fait, maintenant les bateaux volent au-dessus de l'eau avec toute la dimension foil, qui a pris vraiment un essor incroyable depuis quelques années. Mais quand on commence la voile, on ne va pas se mettre à voler tout de suite. Donc en général, on commence par un optimisme bien stable. Et en fait, c'est ce que je dis souvent, moi j'ai une fille de 11 ans, elle navigue de temps en temps. Et tu vois, comme j'habite à La Rochelle aujourd'hui et que j'ai la chance, ils ont la chance les enfants d'avoir 15 jours de voile quand ils sont à l'école à La Rochelle. Donc tous les enfants de l'agglomération vont avoir l'occasion d'aller faire au moins une semaine de voile et de découvrir l'activité. Donc ça, c'est super. Et en général, la plupart, ils ne sont pas forcément super rassurés. Surtout quand tu navigues en mer, et ça dépend à quelle période de l'année, des fois, les conditions peuvent être un petit peu musclées. Et c'est vrai que l'optimisme, tout de suite, ça rassure. Parce que c'est super stable, il n'y a pas de soucis.
- Speaker #0
Il y a des lèches de 8 ans ? Tu changes de type de bateau ?
- Speaker #1
Non, non, moi, en fait, rapidement, comme c'est un petit club... Tu peux faire les premières compétitions très vite, donc ça c'est plutôt cool. Et alors c'est du matériel assez ancien, mais ce qu'ils appellent Optimis quand même en compétition. Parce qu'au début quand tu commences Optimis, souvent tu commences sur des bateaux qui sont en aluminium. Je ne sais pas si tu en as déjà vu, ça c'est pour les plus anciens. Parce que si on se rentre dedans ou alors qu'on se crache sur la digue, il n'y a pas de problème. Et après quand tu commences à monter un petit peu en compétence, tu passes sur des bateaux en fibre de verre.
- Speaker #0
En composite.
- Speaker #1
En composite et qui sont beaucoup plus légers, beaucoup plus maniables, etc. Et donc rapidement, j'ai pu avoir un optimiste de compétition et j'ai pu participer à mes premières compétitions. Et là, j'ai vraiment adoré le côté stratégie, le fait de jouer avec le vent, de jouer avec les adversaires. Et le fait qu'en fait, il y a plein de paramètres et ça, c'est hyper intéressant. Et donc rapidement, j'ai vraiment pris goût à ça. Et comme mes parents, comme je te disais tout à l'heure, faisaient un peu de voile, ils ont aussi beaucoup participé à ma progression parce qu'ils m'ont aidé à me déplacer sur les différentes épreuves. Et comme ça, j'ai pu participer au circuit national assez rapidement. Et après, circuit international. Et donc, en 1999, j'ai participé au championnat du monde en Martinique. Sympa. Sympa.
- Speaker #0
Les parents devaient être contents de t'amener.
- Speaker #1
Non, en fait, là, j'y suis allé en délégation. Donc, c'était les cinq premiers Français du classement national qui étaient qualifiés pour pouvoir participer au championnat du monde. Et en fait, là, on découvre ce que c'est un peu le fonctionnement, je dirais, équipe de France. parce qu'on avait un entraîneur, on avait un team leader qui s'occupait un peu de la logistique et de gérer les enfants. Et en fait, là, je suis parti en autonomie. Donc pour moi, c'était top parce que c'était la première fois que je quittais mes parents, première fois que je prenais l'avion. Et surtout, je savais que j'allais affronter les 150 meilleurs enfants de toute la planète. Et donc ça, c'est hyper grisant aussi parce qu'à cet âge-là, comme tu le disais tout à l'heure, il n'y a pas 50 disciplines. Entre 7 ans et 14 ans, quasiment tous les enfants de la planète font de l'optimisme. donc on se retrouve tous sur le même support donc ça c'était assez grisant
- Speaker #0
Et t'as retrouvé des potes parmi ton top 5 les 4 autres ou ça venait de partout en France ?
- Speaker #1
Alors ça venait de partout en France mais on va pas se mentir en général les enfants qui performent c'est souvent des enfants qui habitent au bord de la mer parce qu'ils peuvent naviguer plus régulièrement que les autres Moi j'étais un petit peu le profil atypique mais il y avait pas mal de gars du sud parce qu'à l'époque il y avait une très très bonne équipe avec un très bon entraîneur dans le sud au niveau d'Antibes Et après, il y avait tous les enfants de Bretagne, évidemment, et de la côte atlantique. Mais là, dans l'équipe, j'étais un peu le seul non-méditerranéen.
- Speaker #0
Et comment ça s'est passé, ce rassemblement, justement ? Parce que c'est un peu ta première grosse compétition, on peut le dire, avec l'étendard du drapeau de l'équipe de France dans le top 5 des jeunes. Donc ça doit être un moment unique, j'imagine. Oui, c'est ça. C'est là où tu commences à comprendre ce que c'est de porter les couleurs de ton pays.
- Speaker #1
C'est vrai que tu navigues évidemment pour toi, parce que c'est toi qui vas faire la performance, mais on avait cette dimension équipe. Et on savait aussi que dans ce championnat, ça c'était assez sympa, on avait une journée qui était dédiée à la course par équipe. Et donc là, on savait qu'on allait devoir concourir la France contre les autres nations. Et le but du jeu, en fait, c'est pour la faire très simple. C'est l'équipe de France, par exemple, avec trois ou quatre bateaux, qui va affronter l'équipe d'Argentine. Et celui qui a de l'équipe qui fait dernier, il sait perdre son équipe. Donc en fait, le but du jeu, c'est de se protéger, d'essayer de gêner les autres pour pouvoir avoir son équipe qui ne termine pas dernière.
- Speaker #0
C'est une vraie stratégie.
- Speaker #1
C'est une vraie stratégie. Donc là, il faut utiliser les règles, il faut jouer avec le vent, il faut réussir à se positionner par rapport aux adversaires, mais il faut aussi réussir à collaborer. Et c'est assez original parce que tout le reste de l'année, on navigue, je dirais, chacun pour soi.
- Speaker #0
C'est vrai que quand tu expliques comme ça, ça me fait penser un peu si on doit faire l'analogie avec le tennis, où c'est un sport très individuel, où chacun a son staff et quelquefois, ils ont 10-15 personnes autour d'eux, ils pensent toute l'année uniquement à l'individuel et à battre l'autre. Et puis, de temps en temps, ils ont ces rassemblements pour faire la Coupe d'Evisse en équipe nationale. Et là, c'est mettre l'individu au service du collectif.
- Speaker #1
C'est exactement ça. C'est vraiment la même dimension. On vient pour faire le championnat du monde pour avoir une perf individuelle. Et ils ont réussi à intégrer ça. Et ça crée vraiment une synergie et une dynamique assez sympa dans les groupes.
- Speaker #0
Alors, comment ça se passe ? Parce qu'à cette époque-là, tu as à peine 14 ans, entouré de 4 ados. Comment ça se passe ? Est-ce qu'il y a des frictions ? Est-ce que ça se fait en bonne intelligence ? Est-ce qu'il y a de l'ego aussi déjà peut-être ?
- Speaker #1
Non, là c'était vraiment une bonne de copains. En plus, ce qui était sympa, on avait une fille dans l'équipe qui marchait très très bien à l'époque. Donc ça permettait aussi d'avoir une certaine égalité. Donc non, ça c'était vraiment une bonne ambiance. Et puis on se voyait toute l'année. C'est un peu comme en tennis, tu le disais très bien tout à l'heure. Évidemment, on se connaît tous parce qu'on s'affronte à chaque fois sur les différentes compétitions. Et donc là, de se retrouver... On était tous hyper fiers d'aller au championnat du monde parce que c'est le Graal à cet âge-là.
- Speaker #0
Et quelle est l'émotion de toi, Germain ? Est-ce que tu te souviens de cette première compétition internationale ?
- Speaker #1
Moi, j'avais surtout les yeux qui brillaient. Tu vois, à l'époque, il y avait déjà un champion, un Italien, qui était un peu la référence dans notre sport. Il avait déjà gagné deux fois le championnat du monde, ce qui était assez unique parce qu'à cet âge-là, tu as tendance à grandir très vite. Donc, c'est dur d'avoir vraiment de la longévité. Souvent, tu viens, tu performes une année parce que tu as le gabarit idéal pour l'optimiste. puis très rapidement, t'es trop grand. Et lui, en fait, il avait réussi à performer très jeune et il n'avait pas grandi tout de suite. Donc, il a réussi à être champion du monde trois années d'affilée. Donc, c'était assez intéressant de pouvoir naviguer avec des champions de ce takami.
- Speaker #0
À ce moment-là, tu rêves déjà plus grand. Ça t'a donné du goût à la compétition ?
- Speaker #1
En fait, ce qui s'est passé, c'est que quand je suis rentré de ce championnat, moi, je savais que c'était la fin pour moi, que j'allais être trop grand, que je n'allais pas pouvoir faire une année supplémentaire en optimiste et qu'il allait falloir que je m'oriente vers une autre discipline. Et c'est vrai qu'en rentrant de ce championnat, comme tu le disais tout à l'heure, j'avais un peu goûté à ce frisson d'être dans une équipe de France. Et c'est naturellement que j'ai commencé à m'intéresser à tout ce qui est JO et toutes ces choses-là. Et en plus, en 2000, ça a enchaîné avec les Jeux à Sydney. Donc pour moi c'était fantastique parce que Sydney c'était un vrai pays de voile en Australie tu le sais comme moi c'est une île qui est plutôt majoritairement colonisée par les anglais qui ont cette dynamique de la voile qui est très forte et en plus la baie de Sydney est absolument magnifique donc la voile avait une place assez importante et ça a été hyper bien filmé pendant les Jeux pour l'époque et ça nous a permis d'avoir des images et quand j'étais gamin j'ai vu une des courses Merci. qui m'a marqué, notamment la finale en laser. Le laser, c'est la discipline olympique pour les garçons d'à peu près 85 kg en solitaire. Donc très proche de ce que je faisais en optimiste,
- Speaker #0
mais pour les grands,
- Speaker #1
pour les adultes. Et en fait, comme je te disais, il y a des champions qui t'inspirent. Et donc là, moi, j'ai pu voir l'affrontement entre le Brésilien Robert Shea et l'Anglais Ben Hensley, qui étaient les deux références ultimes dans la voile olympique à cette époque-là. Et cette course, elle a été absolument magique parce qu'ils se sont bataillés comme jamais. Ils avaient suffisamment d'avance, si tu veux, pour être entre premier et deuxième et le championnat allait se décider entre eux pour savoir qui allait gagner la médaille d'or. Et en fait, cette course, elle a été vraiment hors du temps parce qu'ils ont fait un match race. C'est-à-dire qu'ils ne se sont pas du tout occupés du reste de la flotte. Ils ont simplement bataillé tous les deux pour savoir qui allait gagner la médaille d'or. Et là, je me suis dit, j'ai envie de vivre ça moi aussi. Et là, ça a été, je dirais, le début de ce rêve olympique. Et je me suis dit, bon, voilà, il faut que j'arrive à mettre en place ce qu'il faut pour essayer d'y aller. Lequel des deux a gagné ? Finalement, c'est l'anglais qui s'est imposé. Et c'était sympa parce que c'était le remake de la finale d'Atlanta 96, où sur cette même dernière course, c'était le brésilien qui avait battu l'anglais. Donc cette fois, tu vois, il y avait une... Une certaine revanche. C'était un partout. C'était quand même un beau match. C'était sympa.
- Speaker #0
C'est l'occasion de les croiser dans ton parcours, ces ateliers-là que tu idolâtrais à l'époque ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça qui est génial dans mon parcours. Eux, ils étaient excellents. C'est un peu des extraterrestres et ils ont été excellents très jeunes. Par exemple, l'anglais Ben Hensley a gagné sa première médaille à 17 ans. Ce qui est extrêmement rare dans notre sport parce que la voile, c'est vraiment un sport d'expérience. Moi, à 14 ans, je suis en train de faire le championnat du monde en optimiste. Ça voulait dire que 4 ans plus tard, j'étais déjà aux Jeux Olympiques. Ce qui n'arrive quasiment jamais. et ces deux profils là ils étaient tellement au dessus du lot que c'est ce parcours là qu'ils ont réussi à emprunter alors que moi il m'a fallu plus de temps la première fois où je suis allé au jeu moi j'avais 27 ans mais tout au long de mon parcours j'ai navigué j'ai régaté avec ces deux champions donc ça ça a été hyper inspirant alors
- Speaker #0
justement t'es passé au laser à 18 ans si j'ai pas de bêtises quelles sont les spécificités de ce bateau par rapport à ce que tu as connu avant ?
- Speaker #1
Alors entre l'optimiste et le laser, j'ai fait un petit temps en Europe, en mode Europe. Concrètement, c'était le bateau olympique pour les filles. Donc en fait, comme je n'étais pas encore suffisamment grand et suffisamment costaud pour pouvoir naviguer en laser, je me suis dit que ça peut être intéressant de prendre de l'expérience sur un support qui est déjà olympique, où les filles sont déjà dans cette dynamique d'essayer d'aller gagner des médailles au jeu. Et notamment dans les pays nordiques, il y avait des championnes vraiment d'un très très haut niveau. Donc ça m'a permis à ce moment-là, j'habitais à Lille, comme je te le disais avec mon père, on déménageait pas mal. Et donc régulièrement j'allais naviguer en Hollande, ça me permettait de me confronter avec ce genre de concurrentes qui étaient vraiment très très fortes. Et donc après j'ai continué à grandir et là à 18 ans j'ai pu commencer à naviguer en laser. Le laser concrètement c'est le dériveur olympique masculin pour les garçons qui font à peu près 80-85 kg. Et la taille, en général, il faut entre 1m80 et 1m90, tu vois, pour le gabarit. Souvent, en voile, on pense que c'est compliqué, mais il y a 10 disciplines. Et finalement, on fait le bateau qui correspond à notre gabarit. C'est un petit peu comme en judo, si tu veux. Quand tu fais 100 kilos, tu ne vas pas concourir avec les judokas de 50 kilos. Ça ne marche pas. Tu vas concourir avec les judokas de ton gabarit. Et bien nous, en voile, en fait, tu vas décider de naviguer soit en solitaire, soit en équipage. Et ensuite, tu vas naviguer dans la catégorie qui correspond à ton gabarit.
- Speaker #0
D'accord. Du coup, tu fais ça jeune à 18 ans, juste avant de revenir à ta jeune majorité. Comment ça se passait enfin dans la cour d'école ? Parce que c'est la voile à Macron, tu dis que ce n'est pas le sport le plus hype dans la cour. Est-ce que ça se passe bien ou est-ce qu'il y a eu des petits moqueries ou quoi que ce soit à l'époque ?
- Speaker #1
Pour être honnête avec toi, j'ai jamais ressenti de moquerie, puis j'en ai jamais vraiment parlé à l'école. Moi, toute la semaine, j'étais à l'école avec les autres enfants. Pour rien te cacher, je faisais de la natation en parallèle. Je nageais trois fois par semaine. Je naviguais en général le soir, le mardi, le mercredi, le jeudi et le vendredi. Un truc comme ça, tu vois. Ça dépendait des semaines. Et après, le week-end, je faisais du bateau. Donc, le week-end, c'est vrai qu'au lieu d'être avec les copains, souvent, j'étais avec mes copains du bateau. Donc, ça n'a jamais été un souci.
- Speaker #0
Et donc à 18 ans, tu passes au laser, comme tu dis, mais en parallèle, tu continues aussi des études.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
En allant jusqu'à faire un master, j'imagine que ça ne va pas être simple de concilier l'aspect sport déjà de haut niveau, de compétition, et avec tout ce que ça demande aussi comme préparation, que ce soit mental ou physique, et la partie études.
- Speaker #1
Oui, alors en fait, si tu veux, je savais tout de suite que je n'allais pas gagner ma vie en faisant de la voile olympique. Ça, on le sait tout de suite, ce n'est pas un sport où tu gagnes de l'argent. Donc, mes parents m'ont toujours dit, il n'y a pas de problème pour que tu fasses du bateau, par contre, il faut que ça suive à l'école. Le but du jeu, c'était que j'ai un diplôme et qu'au moins j'ai un métier dans les mains, parce que si tu te blesses, si jamais ça ne marche pas aussi bien que prévu, que je puisse avoir quelque chose d'autre et continuer dans la vie. Donc, j'ai passé mon bac à Lille, donc j'ai fait un bac S à Lille, et après j'ai fait un IUT mesures physiques. parce que j'étais plutôt à l'aise dans les matières scientifiques. Et c'est à ce moment-là où j'ai commencé à intégrer ce qu'on appelle le Pôle France. Le Pôle France, si tu veux, quand tu fais de la voile, tu ne vas pas aller à l'INSEP. Évidemment, il n'y a pas la mer. Donc tu intègres l'INSEP de la voile d'une certaine manière. Soit tu es à Brest, soit tu es à La Rochelle, soit tu es à Marseille. Et en fonction de ta discipline, tu es réparti dans l'un des trois centres d'entraînement. Et à l'époque, moi, le laser, c'était plutôt à La Rochelle. Donc ce que je faisais, c'est qu'une fois par mois, à partir du jeudi, j'allais passer 5 jours à La Rochelle pour pouvoir m'entraîner avec les gars qui étaient là toute l'année. Et commencer à mettre le pied un peu dans cette dynamique de préparation de haut niveau.
- Speaker #0
Vas-y, pardon, je crois que tu as...
- Speaker #1
Non, non, et après, en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'une fois que j'ai eu terminé mon DUT, j'ai rejoint l'université de La Rochelle où là, j'ai fait un master en génie civil. Je n'étais pas passionné de génie civil particulièrement, mais c'était l'une des options qui me permettait de pouvoir aller à la fac et de m'entraîner juste à côté.
- Speaker #0
Justement, tu en as parlé, tu as connu le Pôle France très jeune, puisque tu as eu 19 ans, je pense. Oui, c'est ça. Et ce Pôle Espoir, qu'est-ce que ça a changé pour toi dans la partie organisationnelle déjà dans ta vie et dans la partie préparation ? Est-ce qu'à ce moment-là, tu t'es dit, l'équipe de France compte sur moi et continue à me suivre et puis je fais toujours partie ? De ce cercle très fermé du top 5 français peut-être, est-ce que ça a vraiment cogité dans ta tête ou est-ce que ça a été un poids pour toi peut-être ?
- Speaker #1
Non, comme je te disais, j'étais un petit peu hors système parce que la plupart des gars qui sont dans les pôles France à cet âge-là, souvent ils sont issus soit de La Rochelle, soit de Brest, ils sont déjà sur place si tu veux. Donc en fait, ils montent graduellement les échelons et les meilleurs finalement se retrouvent au pôle. Et donc en fait, tout est déjà organisé comme ça. Et eux, si tu veux, c'est la continuité du parcours. Moi, c'était différent. Je naviguais que le week-end. Donc je faisais souvent les épreuves. Je ne m'entraînais pas plus que ça. J'allais naviguer un peu en Hollande, comme je te disais, avec des étrangers. Mais finalement, quand je suis appelé par le Pôle France pour rejoindre l'équipe, au début, ça se fait de manière très ponctuelle. Ça se fait pendant les vacances scolaires. Donc là, je viens participer au stage avec l'équipe de France Espoir. Et puis, il faut que je termine mon DUT, comme je t'ai dit. Donc, dans un premier temps, je viens que de manière ponctuelle. Mais je découvre un peu ce que c'est que de s'entraîner de manière plus intense et plus régulière. Mais comme à côté, je faisais toujours du sport toute la semaine, notamment de la natation que j'ai continué à faire jusqu'à l'âge de 18 ans, je faisais déjà d'une certaine manière de la préparation physique. Ce qui me permettait, quand je l'ai retrouvé, d'être en forme. Et aussi d'avoir... Toujours cette envie incroyable de naviguer parce que j'avais moins navigué qu'eux. Donc j'avais envie de rattraper le retard et d'essayer de... Donc ça, ça a été plutôt, je pense, un atout dans un premier temps. De voir si j'étais suffisamment motivé et avoir cette envie de rattraper le retard et de pouvoir me confronter au meilleur quand j'étais avec eux. Tu sais ce qui est arrivé ? Puisque dès l'âge de 20 ans,
- Speaker #0
tu as dû arrêter le laser pour changer là aussi de catégorie. Le fin, il me semble.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Tu peux en parler un petit peu ?
- Speaker #1
Ouais, alors ce qui s'est passé, c'est que, comme tu l'as dit tout à l'heure, comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure, tu fais le bateau qui correspond à ton gabarit. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que rapidement, je me suis retrouvé un petit peu trop grand pour faire du laser. Parce que mon gabarit aujourd'hui, c'est 1m95 et 100 kg. Et à l'époque, tu vois, je faisais déjà 1m95, mais j'étais tout maigre, tout fin, tu vois, je venais juste de grandir. Et j'avais du mal à rester aux 85 kg nécessaires pour être performant en laser. Parce qu'en fait, c'est bien d'être lourd quand il y a du vent, mais il faut aussi être performant dans les conditions où il y a moins de vent. Et c'est ça qui est intéressant dans la voile, c'est qu'on doit être capable de performer dans tous les types de conditions. Et rapidement, je me suis rendu compte que mon gabarit n'allait pas me permettre de pouvoir continuer à être au niveau en laser. Surtout qu'en plus, les Jeux de Pékin 2008, ils allaient se passer à Qingdao. On savait déjà statistiquement qu'il y avait potentiellement très peu de vent sur le plan d'eau. C'était vraiment un plan d'eau qui, je dirais, 80% du temps, affichait des statistiques avec un vent à moins de 8 nœuds. Donc, une eau, c'est 16 km heure, c'est vraiment très léger. Tu vois, ça fait quelques rides sur l'eau. Donc, je me suis vite dit, si tu veux, c'est un petit peu bouché. Je ne vais pas avoir beaucoup d'opportunités pour me qualifier pour les JO. Donc, pourquoi pas changer de catégorie et passer sur le fin ? Un bateau, certes, plus technique, plus exigeant physiquement, mais là où, finalement, mon grand bac gabarit allait être beaucoup plus adapté.
- Speaker #0
Et justement, déjà à cette époque-là, tu te projettes sur Pékin ?
- Speaker #1
Quand je fais la bascule, ça se passe en 2006, et on est encore deux ans avant les Jeux de Pékin. Je me dis, il y a déjà un Français dans la discipline qui est très performant, qui est beaucoup plus ancien, beaucoup plus âgé, qui a déjà participé aux Jeux Olympiques en laser plusieurs fois avant. Il a été aux Jeux aussi à Athènes en fine, donc c'est un coureur très expérimenté. Mais je me dis, sur un malentendu, peut-être... que comme les conditions sont extrêmement légères, la fédération pourra peut-être avoir envie d'envoyer un gabarit plus léger et de miser sur l'avenir. Donc ça, c'est ce que je me dis dans un premier temps. Mais pour moi, c'est vraiment très loin si tu veux les jeux. Je sais que c'est globalement quasiment impossible. Par contre, je me dis que j'ai deux ans où je vais prendre de l'expérience. Et ça, c'est super intéressant. Tout de suite, moi, je me projette plutôt sur l'ombre. D'accord. Pour être très transparent. Pékin, tu as quand même pu y participer ? Alors Pékin, en fait, ce qui s'est passé, c'est que j'ai été le sparring partenaire du Hollandais, qui était à l'époque numéro 2 mondial. En fait, sur ma première compétition en fine, ça c'est assez rigolo, c'est que j'arrive à Palma, je me suis entraîné tout l'hiver à la Rochelle tout seul, j'ai essayé de comprendre comment fonctionnait le bateau. Et quand j'arrive à Palma sur cette première épreuve, nous en voile, c'est un petit peu comme en tennis, tu vois, on a des grands chelèmes, des rendez-vous incontournables. Et le premier de la saison... où tout le monde se retrouve, c'est en mars, c'est à Palma de Mallorca. Et en fait, ce jour-là, il n'y a pas trop de vent, ce qui est plutôt bien pour moi parce que je suis encore un petit peu léger. Et je gagne la première manche. Parce qu'en fait, j'avais une super bonne technique sur le vent arrière. C'est la section du parcours où le vent nous pousse dans le dos. Parce qu'en fait, le parcours, si tu veux, c'est comme une banane.
- Speaker #0
C'est une boucle.
- Speaker #1
Une boucle, voilà, on fait plusieurs tours. On remonte d'abord face au vent où on va tirer les bords, on va faire des zigzags. Parce qu'évidemment, on ne peut pas aller directement à la bouée face au vent. Ça, c'est ce qu'on appelle le prêt. Et après, on enroule la première bouée et on redescend avec le vent dans le dos. Et ça, c'est ce qu'on appelle le vent arrière. Et sur cette section-là, en fait, on peut utiliser les vagues pour essayer de surfer, accélérer, etc. Et donc là, j'avais réussi à développer une technique qui marchait particulièrement bien dans ce genre de conditions. Et donc, après cette course-là, le soir, personne ne me connaissait. Je gagne la première manche. Si tu veux, ça fait un petit peu comme un coup de tonnerre. D'où il sort, on ne le connaît pas, c'est le coup de tonnerre, si tu veux, sur le parking, dans le milieu, les gars, ils se disent, c'est qui celui-là ? Et après, bon, c'est le reste de la semaine, je suis retourné à ma place très rapidement, je crois que j'ai terminé autour de la 40ème place, mais tu vois, ce coup d'éclat, en fait, ça m'a permis d'attirer l'attention du Hollandais, qui à l'époque cherchait à progresser dans ce secteur, et il est venu me voir, il a bien vu que j'étais tout seul, que je me débrouillais comme je pouvais, et que j'avais très peu de chance de me qualifier pour les Jeux, comme je te disais, il y avait un autre coureur français. qui était meilleur et qui était déjà quasi sélectionné, qui m'a dit, si tu veux, je te propose un deal. Tu vas devenir mon sparring partner. Tu vas t'entraîner avec moi. Je vais t'expliquer globalement comment ça marche, comment régler le bateau, etc. Par contre, toi, tu m'expliques comment tu fais pour être aussi rapide que ça. Et lui, en fait, c'était intéressant. Je te disais, à Pékin, il n'y a pas de vent. Il voulait essayer d'être le plus performant possible dans ce genre de conditions. Comment ça s'est passé, cette expérience-là ? Pour moi, ça a été génial parce qu'en fait, j'ai emmagasiné énormément d'expériences de manière très courte. Mais j'ai été confronté à une vraie problématique au début, c'est que je ne parlais pas anglais. Donc au début, je ne comprenais rien. Quand j'étais avec lui, je n'arrivais pas à m'exprimer et tout. Et ça, ça m'a demandé dans un premier temps un gros boulot parce qu'il a fallu que je rattrape mon retard en anglais. Je discutais un peu en anglais avec les étrangers comme ça, mais tu sais comment on est en France avec le niveau d'anglais qu'on peut avoir. On brode, on se débrouille, on fait des dessins, on parle avec les mains. Mais là, ça ne suffisait plus. Il fallait vraiment que j'arrive à passer un cran. Et ça, ça a été aussi un côté très, très bénéfique d'être avec lui. C'est que là-dessus, il a été hyper patient et il m'a permis de vraiment, vraiment choper le coup en anglais.
- Speaker #0
Du coup, pendant deux ans, tu faisais partie un peu du staff, enfin partie intégrante de ce numéro 2 mondial qu'ils ont utilisé tout à l'heure. C'est ça.
- Speaker #1
Ouais, en fait, j'ai évolué au sein de la fédération hollandaise, ce qui était assez atypique parce que, si tu veux, nous, les Français, en général, même, ils m'appelaient à la fédé. Ouais, mais non, mais ça, c'est pas trop...
- Speaker #0
C'est pas fait, quoi.
- Speaker #1
C'est pas trop dans les codes. Normalement, c'est pas comme ça que ça fonctionne, etc. Je leur ai dit, bah oui, mais moi, à un moment, il faut que j'arrive à progresser. Vous avez fait votre choix, vous accompagnez l'autre coureur français qui marche très bien. Moi, j'ai envie de progresser, donc je trouve des alternatives et des solutions, quoi. Et ça m'a appris l'autonomie, ça m'a obligé à trouver des solutions par moi-même, mais ça m'a aussi permis de voir comment ça marchait dans d'autres fédérations.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as appris, qu'est-ce que tu retais de cette expérience-là ?
- Speaker #1
Ce que j'ai compris, c'est que le projet, il dépend de toi. C'est vrai que la fédération, elle est là pour te supporter, pour t'aider. En général, c'est du support logistique et financier. Mais à un moment, personne d'autre que toi va faire le travail. Donc il faut que tu saches où est-ce que tu veux aller. Et en fait, en étant avec un coureur comme ça, plus expérimenté, plus âgé, extrêmement déterminé, Ça m'a permis aussi de voir ce qu'il fallait mettre qu'en investissement pour essayer d'aller chercher une médaille au jeu.
- Speaker #0
Justement, tu as fait Pékin 2008 avec lui. J'imagine que cette première expérience a dû être marquante pour toi, avec les jeux grands ouverts et essayer d'engager au maximum de l'expérience. Comment tu l'as vécu ?
- Speaker #1
Alors nous, en voile, c'est très particulier. Il n'y en a qu'un par pays qui va au JO. Donc ça déjà, c'est quelque chose qui est assez original et atypique par rapport à d'autres disciplines. En athlétisme, par exemple, il y a plusieurs Jamaïcains en finale. Nous, c'est impossible en voile. Donc déjà, il faut être le numéro un français pour être qualifié. Donc ça, ça fait déjà quelque chose de très très important à mettre dans la balance. Ensuite, la deuxième chose, c'est que quand les Jeux commencent, il n'y a que les sélectionnés qui sont sur place. C'est-à-dire que moi, les Jeux de Pékin, je ne les ai pas du tout vécus, en fait. J'ai vécu la préparation avec lui. Par contre, je n'ai jamais pu aller sur le site. donc ça c'est quelque chose qui d'un côté est frustrant mais d'un autre côté te donne énormément d'envie pour pouvoir être celui qui va aller au jeu à la fois d'après donc du coup le staff ne l'accompagnera pas ? alors le staff de l'athlète qualifié évidemment l'accompagne là en l'occurrence moi j'ai pas pu en tant que sparring partner aller avec lui sur place à l'époque c'était trop cher, je pouvais pas me financer le déplacement et lui je pense que le deal avec sa fédération avait certaines limites donc il n'a pas pu non plus m'emmener
- Speaker #0
Tu fais rentrer un français, mais on ne va pas non plus le mettre en indégression. Comment ça s'est passé pour lui ?
- Speaker #1
Finalement, il n'a pas eu de médaille cette fois-ci. Mais je pense que la collaboration a bien fonctionné. D'ailleurs, on est restés de très bons amis. On a continué à travailler ensemble sur les autres Olympiades.
- Speaker #0
Tu reviens dans ton milieu à toi pour vraiment travailler pour toi après ces Olympiades. Est-ce que tu as trouvé un souffle nouveau grâce à ça peut-être ?
- Speaker #1
Tu veux dire après ma carrière sportive ?
- Speaker #0
Non, non, après 2008, pardon.
- Speaker #1
Après 2008, non, en fait, moi, quand je reviens de... Si tu veux, quand la campagne olympique de 2008 se termine, nous, on le sait, quand on prépare les Jeux, c'est des cycles de 4 ans. Donc il y a des points de passage incontournables. Donc en fait, le premier point de passage quand une Olympiade s'ouvre, c'est d'essayer de rentrer dans les groupes fédéraux. Parce qu'en fait, t'as besoin d'avoir du financement, comme je te disais tout à l'heure. C'est difficile de trouver des partenaires. C'est pas un sport où tu gagnes de l'argent quand tu viens participer aux épreuves. Donc tu as besoin du support de ta fédération. Donc moi j'ai bricolé dans mon coin pendant deux ans, mais je savais que là j'étais au bout du cycle, et qu'il fallait que j'arrive à de nouveau intégrer un groupe fédéral pour pouvoir continuer à progresser. Donc la première chose à faire, c'est de vendre ton projet. Donc il faut être convaincant, il faut avoir des arguments, tu te retrouves face aux entraîneurs potentiels et au DTN, donc le directeur technique national, et tu dois les convaincre de t'accompagner. Donc ça c'est la première étape. Donc ça, ça a commencé comme ça. Ça, ça s'est mis en place, ça a été accepté et j'ai pu intégrer le groupe France pour l'Olympiade de Londres 2012. Dans un premier temps avec un statut d'espoir. Donc l'espoir, en gros, tu es financé à peu près à 50%. Donc il fallait que je me débrouille pour le reste du financement. Et après, pour intégrer le groupe France, il faut avoir un certain niveau de performance. Donc en gros, il faut faire dans les six premiers sur le championnat du monde. Ce qui s'est bien passé en 2010. Alors j'ai réussi à atteindre ce niveau de performance en 2017. Donc là, j'ai basculé dans le groupe élite de l'équipe de France, où là, tu es vraiment supporté à 100%.
- Speaker #0
On parlait aussi qu'il y a beaucoup d'accompagnement des institutions, parce que comme tu le dis, c'est un métier, un sport parmi tant d'autres, où malheureusement, tu ne vis pas de ce sport, où il faut trouver des financements, que ce soit public ou privé. Et à ce moment-là, tu arrives à décrocher un contrat avec l'armée, c'est ça ? Oui, alors c'est exactement ça ce qui s'est passé. C'est jusqu'en
- Speaker #1
2009, j'étais toujours étudiant. Donc je faisais mon master en génie civil. J'ai fait le choix de jamais dédoubler les années parce que je voulais être sûr de pouvoir valider ce diplôme le plus rapidement possible pour avoir mon master, mon bac plus 5 qui me permettait d'avoir une porte de sortie. Et aussi de ne pas perdre de temps, d'avoir à la fois les études et le sport en même temps. C'est ce que j'avais fait toutes les années précédentes. Je savais que c'était compliqué, que ça demandait énormément d'énergie et d'organisation. Mais comme je te le disais tout à l'heure, j'ai vu aussi ce que ça demandait d'investissement pour pouvoir aller au JO. Et j'ai rapidement compris que quand tu fais les deux en même temps, c'est extrêmement compliqué. Alors c'est possible, il y en a certains qui le font, mais concrètement, si tu veux être performant dans les deux domaines, c'est très compliqué. Parce qu'aujourd'hui, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que pour aller au jeu, c'est 290 jours de navigation par an, c'est de la prépa physique 6 jours par semaine. Donc des déplacements un petit peu partout dans le monde sans arrêt. T'imagines, aller à l'école en plus, c'est très compliqué.
- Speaker #0
On ne se rend pas compte, justement, on en parlait tout à l'heure, mais de ce temps de préparation et de cette immersion qu'il te faut vraiment totale pour ta discipline.
- Speaker #1
C'est ça. Et donc, quand j'ai validé mon diplôme, dans un premier temps, j'ai été conducteur de travaux. Donc, à la fin de mon master, j'ai fait un stage à La Rochelle, chez FH Construction. Donc là, j'ai rénové tout un étage de l'hôpital de La Rochelle. Donc là, j'étais en charge de l'ensemble des travaux. conducteur de travaux entreprise générale, comme on dit. Donc ça, ça m'a permis de découvrir un métier, j'ai appris énormément de choses, et en fait je me suis aussi rendu compte que ça n'allait pas être possible de faire les deux en même temps. Parce que dans un premier temps, j'avais essayé de voir avec Eiffage pour essayer d'avoir un espèce d'emploi aménagé, parce qu'il y a beaucoup d'options comme ça dans le sport de haut niveau, où des athlètes travaillent par exemple à la SNCF certains jours par semaine, le reste du temps ils peuvent s'entraîner, ou à la RATP, tu vois, et le reste du temps ils s'entraînent. Sauf que nous en voile, comme je te disais, on est souvent partis. Et donc ça, ça fonctionne avec des sports où tu t'entraînes régulièrement au même endroit. Donc ça te permet d'avoir une continuité dans le travail. Et donc là, moi, ça n'allait pas être possible. Donc je n'ai pas pu avoir d'option comme ça. Donc il y a une autre opportunité qui s'est offerte à moi, c'était de rejoindre la marine et l'armée de champions. Et donc en fait, ça, c'est un dispositif qui est fantastique pour ceux qui connaissent un peu, qui sont un peu plus anciens, ils connaissent le bataillon de Joinville. C'est exactement ça. En fait, on est... On fait partie de l'armée et on est détaché à 100% pour porter les couleurs et s'entraîner pour essayer de gagner des compétitions. Et donc ça, ça m'a permis de vraiment développer ma carrière et de m'investir à 100% dans le projet sportif.
- Speaker #0
Et puisque ça a payé, puisque à partir de 2010, comme tu l'as dit, tu as brillé à un coup du monde, et puis tu as eu aussi des échéances en 2011, puisque comme tu l'as expliqué, il y a ces échéances avant où il faut un peu cocher et valider pour pouvoir aller au JO. Comment se sont passées ces deux années-là pour toi ?
- Speaker #1
Alors c'est vrai qu'à partir du moment où j'ai rejoint l'armée, ça a été un immense soulagement parce qu'en fait, je me suis retrouvé à avoir un salaire. parce qu'en fait avant j'étais étudiant, je ne gagnais pas ma vie c'était mes parents qui me finançaient j'avais quelques partenaires qui me permettaient d'acheter le matériel et de me déplacer, mais je ne gagnais pas l'argent donc à partir du moment où j'ai eu ma paye de matelot c'était pas une grosse paye, on ne va pas se mentir c'était le SMIC mais j'avais ça si tu veux et ça, ça m'a vraiment libéré l'esprit et ça m'a permis de me concentrer à 100% sur le sport et c'est là où j'ai commencé à avoir des perfs
- Speaker #0
Les résultats ont payé ? en 2010 puis en 2011, donc t'as fini 3ème à la Coupe du Monde il me semble en 2011 c'est ça,
- Speaker #1
2ème en 2010 3ème en 2011 et puis après en fait on a eu le Test Event, le Test Event nous c'est un championnat qui est hyper important parce que c'est un an avant sur le plan des JO, c'est la répétition générale des jeux, on est vraiment mis en situation et là en fait j'ai terminé 2ème et donc ça, ça m'a permis de marquer pas mal de points dans la tête des sélectionneurs pour le... pour les Jeux et de commencer à montrer que j'étais capable potentiellement d'aller chercher une médaille.
- Speaker #0
Alors c'est ça qui est intéressant. À partir de quand tu sais que ça va être toi qui vas être envoyé au Jeux ? Est-ce que c'est 3 mois avant ? Est-ce que tu seras un an avant ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Nous, en fait, en voile, c'est un petit peu comme en football, si tu veux. On est obligé d'attendre le coup de fil du DTN. C'est lui qui, avec un comité de sélection, en général, ils sont 3-4 personnes. analysent l'ensemble des performances sur l'Olympiade, mais plus principalement sur la dernière année de compétition, et ils essayent d'estimer quel va être le coureur le plus à même d'aller performer pendant les Jeux. Donc en fait, pour nous en tant que coureurs, le but du Jeu, c'est d'essayer de performer sur des épreuves clés. Souvent, les épreuves de référence, c'est le Test Event comme je t'ai présenté, parce que c'est sur le plan d'eau des Jeux. Évidemment, naviguer à Marseille ou naviguer à la Rochelle, ça n'a rien à voir. Donc il faut essayer d'être performant sur le plan d'eau des Jeux. Et aussi le Championnat du Monde. parce que le championnat du monde c'est le rendez-vous annuel où tous les meilleurs sont là le couteau entre les dents avec le niveau le plus élevé et l'idée c'est comme au jeu il faut être capable de performer la bonne semaine sur la bonne épreuve donc ces deux épreuves là elles sont primordiales et on essaye vraiment d'être le plus performant possible à ces moments là et en général la décision elle tombe à peu près 6 mois avant les jeux et donc là tu as su début d'année Oui, parce qu'en fait, nous, dans notre organisation aussi en voile, en général, on a le championnat du monde de 2011 qui est dans l'hémisphère sud.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, il se déroule plutôt sur les mois de décembre, novembre ou peut-être janvier, si tu veux. Et souvent, après ce championnat-là, la décision est prise.
- Speaker #0
Et comment tu as vécu ce co-de-file du DTN ? Parce que c'était entre attentes et... Et après un sion, j'imagine ?
- Speaker #1
Alors si tu veux, quand t'es athlète, tu sais à peu près quels ont été tes perfs. Tu sais aussi quels ont été les résultats de tes concurrents. Donc tu sais potentiellement où tu te situes. Donc normalement, sur le papier, j'avais été plus performant que lui sur les plans d'eau des Jeux. Donc ça, c'était déjà un gros point. Et sur ce dernier championnat du monde, j'avais fini devant lui. Donc sur le papier, je devais être qualifié. Mais bon, tant que t'as pas le coup de fil, tu sais pas. Et c'est vrai que quand j'ai reçu le coup de fil, c'était un grand soulagement.
- Speaker #0
À partir de là, il y a quelque chose qui change dans ton approche ou dans ton cerveau de te dire, bon, ça y est, maintenant, j'ai le ticket. Je me suis préparé pendant trois ans là-dessus. Maintenant, il faut renclencher pour vraiment tout mettre en place, tout aligner. En fait,
- Speaker #1
non, il n'y a rien qui change. Parce que si tu veux, pour moi, j'avais vu trop de coureurs faire l'erreur de se dire, bon, le Graal, c'est la sélection. Et en fait, pour moi, si tu veux, c'était juste un point de passage. Donc, en fait, si tu veux... Quand j'ai eu le coup de fil, j'étais content, évidemment, mais j'ai juste coché la case. Ça s'est fait, tac, tu vois. Et dans mon plan, dans mon déroulé, je continuais à dérouler mon plan, en fait. Si je n'avais pas été sélectionné, ça s'arrêtait là, si tu veux. Mais j'ai fait très, très attention à ne pas perdre le fil et de me dire, voilà, je ne suis pas arrivé. Ça commence, quoi.
- Speaker #0
Ça t'a servi, justement, d'avoir cette approche un peu différente ?
- Speaker #1
Oui, je pense, je pense. Parce que je l'avais vu avant. Il y en a beaucoup qui rêvent des Jeux, comme je te dis, il n'y en a qu'un qui y va, c'est une fois tous les quatre ans, c'est extrêmement compliqué de se qualifier. Et souvent, après, il y en a qui décompressent un peu après cette annonce, si tu veux. Donc, psychologiquement, je m'étais déjà préparé à ça, à ce que ça n'ait pas d'impact, que ce soit juste un élément à valider dans le process.
- Speaker #0
Comment se passe justement ces dernières semaines, peut-être ces derniers mois, juste avant les Jeux ? Dans quelle atmosphère tu es ? Comment tu te sens, que ce soit physiquement, mentalement ? Est-ce que tu vas vraiment continuer tout à l'heure le couteau entre les dents ?
- Speaker #1
Alors ça passe par plusieurs étapes. En fait, il y a eu toute une période où je trouvais que c'était long d'attendre les Jeux. J'avais envie d'y être, j'avais envie que ça commence. Mais six mois, c'est long quand même quand tu continues à te préparer. Puis ça fait déjà trois ans et demi que tu travailles. Il y avait une partie de moi qui était impatiente, et il y avait une partie de moi qui était d'un autre côté, un petit peu sur le frein en se disant, j'ai encore des choses à faire, des choses à progresser, à améliorer pour pouvoir être le plus performant le jour J. Je savais concrètement que par rapport à l'ensemble des coureurs qui étaient présents et sélectionnés au jeu dans les autres nations, il y avait des coureurs qui étaient bien meilleurs que moi, si tu veux, qui avaient beaucoup plus d'expérience. Je savais que dans plein de secteurs du jeu, j'avais encore plein de choses à améliorer. Donc, tu es souvent en train de te dire, voilà, il y a du temps, c'est bien. Et d'un autre côté, c'est long, vivement que ça arrive.
- Speaker #0
Et justement, tu parlais des autres compétiteurs. Quel était ton objectif ? Où tu te dis, pour moi, les Jeux seront réussis, si.
- Speaker #1
Alors à l'époque, pour moi, le vrai objectif que je me suis toujours mis, c'est d'être le jour de la finale en position d'aller chercher une médaille. Ça, c'était mon objectif. Je ne m'étais pas dit que je voulais une médaille à tout prix. L'objectif que je me suis fixé dans ma préparation, c'était que le jour de la finale, je sois en position de jouer une médaille.
- Speaker #0
C'est intéressant parce que dans cette phrase-là, il y a le détachement entre « je dois » et « je veux » et comprendre qu'il y a les éléments extérieurs que tu ne maîtrises pas. La façon dont tu tournes la phrase. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. En fait, en voile, très rapidement, tu comprends que tu joues contre toi-même, tu joues contre les autres et tu joues contre le vent. Et en fait, tu joues contre plein d'éléments que tu ne peux pas maîtriser. Par contre, il y a des choses que tu peux maîtriser, c'est ce que tu fais toi. Et je pense que ça, c'est quelque chose qui, très rapidement, depuis que je suis enfant, j'ai réussi à intégrer. Et ça, ça m'a permis de prendre du recul par rapport des fois à des performances ou des contre-performances. Parce qu'il y a des fois, tu réussis, mais ce n'est pas vraiment 100% de ta faute. Il y a des fois, tu rates et ce n'est pas non plus 100% de ta faute. Donc l'idée, c'est aussi de comprendre que pour maximiser tes chances de réussir, C'est très important de maximiser ton potentiel et de te concentrer sur ce que tu peux réaliser toi. Donc quand je suis dans la préparation pour les Jeux, que ce soit pour les Jeux de Londres ou après pour les Jeux de Rio, la dynamique c'est la même, c'est d'essayer d'arriver avec le maximum de cartes dans mon jeu pour être capable le jour J de les utiliser du mieux possible.
- Speaker #0
Comment tu as cultivé ce mental ? Est-ce que tu étais accompagné ? Tu avais un prépa ou tu t'es forgé ? Avec le temps, on va avoir cette culture-là.
- Speaker #1
Alors jusqu'à mon arrivée en équipe de France pour les Jeux de Londres, je suis très autonome. Comme je te disais, mes parents m'accompagnent, mais mon père ne vient pas sur l'eau. Donc sur l'eau, tu pars, tu quittes la cale, il est 9h du matin, tu rentres, il est 17h, tu es complètement autonome. Et ça, c'est très différent des autres enfants qui étaient accompagnés par un entraîneur sur l'eau. à qui ils pouvaient donner des bidons avec de la nourriture, ou alors échanger, avoir des infos. Voilà, moi j'étais autonome. Donc ça déjà, ça m'a forgé le mental. Et après, quand j'ai rejoint l'équipe de France, j'ai découvert ce que c'était d'avoir un entraîneur et d'avoir quelqu'un qui t'accompagne au quotidien. Et j'ai eu la chance d'avoir un entraîneur qui était déjà dans cette dynamique d'intégrer la préparation mentale dans la performance finale. Et en fait, sur l'ensemble de l'Olympiade de Londres, on a beaucoup travaillé avec un préparateur qui nous a... certes moi j'ai travaillé sur mon côté gestion des émotions c'est direct classique quand tu travailles avec un prépa mental mais nous on a beaucoup travaillé sur notre capacité à communiquer tous les deux avec mon entraîneur dans n'importe quelle circonstance et dans n'importe quel contexte et notamment dans un contexte où pendant les jeux le stress il peut être à son à son apogée, comme je te le disais tout à l'heure on peut se parler que entre les courses, nous sur l'eau pendant la manche on a zéro électronique zéro assistante, c'est pas comme en vélo on a une oreillette tu sais avec des infos qui tombent On est vraiment en autonomie totale. Donc si tu arrives à la fin de la course frustré, parce que t'as pas passé comme tu voulais, ou euphorique parce que t'as fait une course de folie, et que t'es pas capable de récupérer les informations qu'a donné ton entraîneur dans les 10 minutes où t'as la fenêtre de tir pour te parler, et ben t'as pas les infos pour être performant sur la manche d'après. Et donc on a beaucoup travaillé sur ça. Et aussi sur le fait que d'une journée sur l'autre, nous c'est un championnat, t'arrives pas le matin, il faut claquer cette course-là. il faut réussir sur l'ensemble de la semaine jour après jour à répéter des performances c'est vraiment un travail de longue haleine et t'imagines bien que quand tu passes une journée complète sur l'eau qu'il y a du vent qui fait froid dans la baie dans la Manche, au bout du quatrième jour ça commence à tirer Et la fatigue vient aussi mettre son grain de sel. Donc mentalement, tu es un peu moins frais, un peu moins lucide. Et tu es plus enclin à faire des erreurs.
- Speaker #0
Comment s'est passé cette Olympiade pour toi ?
- Speaker #1
L'Olympiade de Londres, pour moi, elle s'est plutôt bien passée. Parce qu'en fait, j'étais clairement un des outsiders par rapport aux champions qui étaient sur le papier bien meilleurs que moi. Par contre, je savais que j'étais performant sur le plan d'eau. Je l'avais montré, j'avais fait le deuxième Autostage. Sur l'ensemble des épreuves de préparation, souvent j'avais été qualifié pour la médaille race que j'avais gagnée. Donc je savais que je me sentais bien sur le plan d'eau. Donc ça, ça a beaucoup joué parce que quand j'étais là-bas, je me sentais bien. Et donc ça, c'est très très important. Et après en fait, j'ai eu aussi quelque chose qui a été un déclic assez important, c'est que j'étais assez tendu avant la première course, mais la première course, ça s'est bien passé. Et ça, ça m'a mis dans une bonne dynamique si tu veux. J'ai senti qu'effectivement... je pouvais dérouler mon jeu.
- Speaker #0
Et donc, cette compétition dure toute la semaine. Tu trustes l'eau du classement dès le début ? Ça a été linéaire, entre guillemets ? Non,
- Speaker #1
ça n'a pas été linéaire. En fait, j'ai évolué entre la deux. Au mieux, j'ai été deuxième. Et au pire, je crois que j'ai été cinquième. Et après, j'ai oscillé entre ces différentes positions-là. Et en fait, le jour de la finale, je suis quatrième, juste avant de rentrer en finale. Donc là, je sais que je ne peux plus faire un ou deux, parce qu'ils ont trop d'avance, comme je te disais. On additionne tous les points des courses de qualification de la semaine. Et après, on vient prendre la finale qui va compter double, qui est que pour les 10 premiers du classement. Et les points de la finale vont s'ajouter à ton total de points de la semaine. Donc, tu ne remets pas les compteurs à zéro. Et donc, ça, c'est quelque chose qui est assez intéressant et important parce que quand on rentre en finale, je sais que je ne peux jouer que la médaille de bronze. Elle est atteignable, mais je suis aussi égalité de points avec le cinquième. Donc, il faut que je fasse déjà devant lui. C'est le croate, il est champion d'Europe en titre, il est plutôt très performant. Et après, derrière, il y a le sloven, qui est un point seulement derrière, qui lui est aussi double médaillé olympique en laser, qui était passé en fine pour cette Olympiade-là. Donc tu imagines l'expérience du coureur. Et après, le troisième, c'est le fameux hollandais avec qui je me suis entraîné sur l'Olympiade précédente. Donc tu imagines bien que lui aussi, il est super bon. Et lui, il n'est que trois points devant moi. Donc,
- Speaker #0
génial.
- Speaker #1
Mais bon tu vois je suis en train de jouer une médaille En fait on est 4 pour une place
- Speaker #0
Et avec 3 personnes sans te faire offense
- Speaker #1
Qui ont un parcours plus étouffé que le tien Ah bah c'est simple en finale olympique à Londres Je suis le seul pour qui c'est ses premiers jeux D'accord ok Donc en terme d'expérience sur le papier je suis celui qui en a le moins
- Speaker #0
Comment s'est passé ce momentum Cette finale
- Speaker #1
Alors cette finale elle se passe En plusieurs étapes parce qu'en fait, normalement, une finale, elle dure à peu près 30 minutes. On fait en général deux tours. Et là, en fait, on est en Angleterre et c'est des fanats de voile. Et la finale, en fait, elle est positionnée beaucoup plus proche de terre pour que le public puisse assister à la course. Et là, à Londres, c'était fantastique parce que le vent était tellement bien orienté que ça permettait d'avoir la finale qui se mettait le long de la côte. Et donc, la côte, c'était une colline, si tu veux, en pente douce. Et donc, ça faisait un stade naturel. Et c'était noir de monde. Et donc, on se retrouve à aller sur le plan d'eau pour courir cette finale. Et là, en fait, on est confronté à un autre élément que je n'avais pas trop anticipé au début. C'est qu'en fait, j'entends la foule. Pas du tout habitué à ça. Si tu veux, quand nous, on navigue, d'habitude, on est au large. On est tout seul. On est tout seul. Et là, dans ce coup, on entend les gens crier. Et ça, par contre, moi, ça m'a boosté. Ça m'a boosté. Mais rapidement, je me suis dit, voilà, il faut que je reste concentré sur le job que j'ai à réaliser. Et notamment, je savais qu'on était 10 sur la ligne de départ. Comme je t'ai dit, c'est que pour les 10 premiers. le but du jeu ça va être de me mettre dans une position où je ne suis pas tout de suite derrière donc en fait stratégiquement parlant je me mets dans une position où je vais pouvoir prendre un départ qui va me permettre d'être au pire au milieu de tableau donc je prends un départ safe et après je déroule mon jeu et rapidement je me retrouve en tête de cette course là et
- Speaker #0
finalement je remporte la finale à quel moment dans la finale tu te dis et j'ai assez de distance, etc. Et tu commences à imaginer le fait d'être médaillé. Ça commence à cheminer dans ta tête.
- Speaker #1
Au deuxième tour, je suis en tête avec pas mal d'avance. Donc là, ça me permet de prendre le temps de réaliser où je suis et de regarder où sont mes adversaires. Parce qu'avant, je suis vraiment dans dérouler mon jeu, essayer de me positionner du mieux possible avec le vent, etc. D'être sûr de les mettre derrière. Et en fait, je savais qu'il me fallait au moins trois bateaux d'écart avec le Hollandais. Donc à ce moment-là, je suis en tête et il est septième. Donc si tu veux, le plan, il est super bon. Et comme je te dis, d'habitude, on fait deux tours. Donc dans ma tête, si tu veux, je me dis que c'est bon, c'est globalement bien emmanché. Et c'est à ce moment-là aussi où je percute qu'en fait, on va devoir faire trois tours cette fois-ci. Parce qu'en fait, ils voulaient un peu plus de spectacle, ils ont voulu faire durer le plaisir. Et là, je me dis, ah ouais, mais il reste un tour. Et en fait, on sait aussi dans notre discipline que tant que ce n'est pas terminé, ce n'est pas terminé. Et il peut se passer des choses. Et notamment dans le dernier tour, c'est ce qui se passe. Le coureur hollandais, il part tout seul sur la gauche du plan d'eau. Si tu veux, il était derrière, il n'avait plus rien à perdre. Et il tente sa chance. Et effectivement, le vent est en train de changer un petit peu, il baisse. Et lui, il saisit l'opportunité d'aller chercher un peu plus de vent sur la gauche du plan d'eau. et là il remonte et il est troisième et à ce moment là je sais que j'ai perdu la médaille il me reste un bord et je sais que je ne peux pas faire grand chose je ne vais pas m'arrêter pour pouvoir le gêner parce que ce n'est pas concevable donc à ce moment là j'ai perdu la médaille je vais gagner la finale mais je vais finir quatrième et en fait quand je le croise je vois que lui il est pas serein tu vois il se passe des trucs je le vois qu'il est en train de regarder partout déjà il est remonté je pense qu'il y a un peu d'euphorie qui se met en place tu sais on parlait de la gestion émotionnelle tout à l'heure et quand je le croise je me dis la seule opportunité c'est que je lui montre que je suis complètement serein complètement tranquille pour que potentiellement ça crée du doute dans son esprit et quand je le croise je lui montre que tout va bien parce qu'en fait moi je tourne la bouée là comme je te disais et je redescends au vent arrière et lui il arrive pour C'est une parcours, donc en fait, on se voit, on se croise. Et là, il est tout pas bien, je sens qu'il réfléchit. Et sur le dernier bord, il cherche à tout prix à doubler le Néo Z qui est juste devant lui. Et en faisant cette action-là, il commet une faute sur lui et il prend une pénalité. D'accord. Donc là, il prend une pénalité, c'est-à-dire que tu dois faire un tour sur toi-même. Et en faisant sa pénalité, il y a trois bateaux qui passent. Et donc, je récupère la modèle. Donc tu vois, comme je te disais tout à l'heure... Il y a plein de choses qui ne dépendent pas de toi dans la performance finale. Et d'un autre côté, ce qui dépendait de moi, c'était de rester concentré, sérieux, de lui montrer que je n'étais pas abattu. Et donc, c'est les seules armes que je pouvais utiliser, donc il fallait les utiliser à 100%.
- Speaker #0
Quel était l'intérêt pour lui de dépasser le New Zealandais ? Il avait possibilité de finir deuxième ? Ou c'était unique au moins pour s'assurer une place de plus ?
- Speaker #1
Alors, ça m'a été difficile d'être dans sa tête, de savoir ce qu'il s'est vraiment dit. Moi, je pense que potentiellement, il s'est dit qu'il fallait absolument doubler le... le Neo Z pour avoir la médaille et je pense qu'il a même cru à un moment qu'il pouvait avoir la médaille d'or s'il doublait Neo Z parce que comme je te disais tout à l'heure, moi je pouvais pas jouer le 1 ou le 2 mais lui il avait 3 points de moins que moi et lui il pouvait jouer 1 et 2, et les premiers et deuxièmes à ce moment là ils étaient derniers donc dans son calcul, ou je sais pas ce qu'il s'est dit à ce moment là je sais pas si c'est mon action qui l'a fait douter ou s'il était en train de calculer les points pour jouer la médaille d'or, après il racontera l'histoire comme il a envie de la raconter Mais je pense que clairement, à ce moment-là, il ne savait plus du tout où il en était. Et à mon avis, il a voulu doubler le Néo Z pour être sûr.
- Speaker #0
Donc dans les derniers mètres,
- Speaker #1
tu es au courant de ça ? Oui, en fait, on enroule la dernière bouée. Moi, je me dirige vers l'arrivée. Il me reste le tout petit bord. Et lui, juste à cette dernière bouée, il essaye de prendre l'intérieur. Il y a quelques règles en voile. Si tu arrives à être à l'intérieur, on doit te laisser de la place. pour pouvoir enrouler la bouée.
- Speaker #0
Comme en F1.
- Speaker #1
Comme en F1, c'est ça. Et en fait, pour pouvoir avoir le droit d'avoir de la place à l'intérieur, c'est comme en F1, il faut que l'avant de ton bateau soit engagé, il faut qu'il soit déjà en train d'être à peu près, qu'il ait déjà dépassé le niveau de l'arrière de ton bateau. Donc là, ça veut dire en gros, le nez de ton bateau est déjà là, donc tu dois laisser de la place. Mais ça, il faut que tu sois dans cette position-là, dans une zone qui ait deux longueurs de bateau avant la bouée. Et dans cette action-là, quand il essaye de se mettre à l'intérieur, exactement comme en Formule 1, là, il le touche.
- Speaker #0
D'accord. Et à quel moment, toi, tu sais qu'il a cette pénalité ? En fait,
- Speaker #1
j'entends le boom.
- Speaker #0
Ah, ok.
- Speaker #1
J'entends le boom. Et on a des juges sur l'eau, sur des petits bateaux moteurs, qui jugent en direct sur la finale. Alors, dans l'ensemble des courses, sur le reste de la semaine, ça ne se fait pas comme ça, parce que les juges, en fait, on rejuge les situations à terre. où chacun raconte sa version des faits. C'est comme un tribunal. Mais pour la finale, pour que ça soit plus rapide, c'est en jugement direct. Et donc là, les juges lui mettent une pénalité. Donc là, j'entends le coup de sifflet, je vois le pavillon rouge qui est dirigé vers lui, donc je sais qu'il prend une pénalité et je le vois tourner.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et donc là, je franchis la ligne d'arrivée, mais je suis obligé d'attendre et de compter le nombre de bateaux.
- Speaker #0
Où il se place par rapport à toi.
- Speaker #1
Et en fait, il y a trois bateaux qui passent. Donc ça se joue à pas grand-chose, tu vois.
- Speaker #0
Ça se joue à pas grand-chose. À partir de ce moment-là, ça y est. tes médailles olympiques c'est ça qu'est-ce qui se passe dans ta tête ?
- Speaker #1
sur le coup je réalise pas trop je suis content tu vois je suis content d'avoir gagné la finale je suis content d'avoir gagné la médaille Mais voilà, c'est juste, si tu veux, c'est un soulagement. Et je suis content aussi de retrouver l'équipe. Parce que quand tu arrives à terre, tu retrouves toute l'équipe de France qui t'attend sur la quête de mise à l'eau. Et voilà. Je me rends compte du truc quand je monte sur le podium. À ce moment-là, je sais que c'est vrai. Le dépli que tu as ce moment-là,
- Speaker #0
et là, toute ta fatigue s'en va ?
- Speaker #1
Ouais, la fatigue s'en va. Non, tu te sens relâché. Relâché, ça, ça fait du bien. Parce que tu as travaillé pendant longtemps pour ça.
- Speaker #0
Ça a été ton meilleur souvenir, toute compétition confondue ?
- Speaker #1
Oui, je pense que Londres, c'est clairement mon meilleur souvenir, toute compétition confondue. Il y a eu le titre de champion d'Europe aussi à Marseille, après les Jeux de Rio, qui a été super fort aussi, parce que j'ai fait une contre-performance aux Jeux de Rio, ça ne s'est pas passé comme espéré. Derrière, j'ai hésité avant de revenir à la compétition, et finalement j'ai choisi de me faire opérer du genou. En février et en mai, je suis champion d'Europe à Marseille et ça, c'était une belle revanche. Ça, ça fait du bien aussi.
- Speaker #0
Oui, parce que tu as joué à Rio avec un genou complètement en vrac, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, en fait, à Rio, sur les Jeux, cette fois-ci, paradoxalement, j'étais certainement un des meilleurs sur le papier. Par contre, c'est vrai que je me traînais une douleur au genou depuis un an, un ménisque qui me faisait vraiment souffrir. Je ne savais pas si j'opérais, si je n'opérais pas, etc. Et on a pris la décision de ne pas opérer parce que ça prenait trop de temps. Et finalement, ça, je l'ai traîné, j'ai souffert, je pense.
- Speaker #0
Comment tu as vécu, justement, à Rio ? Parce que bon, là, tu n'étais pas maître de ton destin, puisque tu avais cette blessure. Et tu passes de l'outsider, quelque part, sans faire offense, sur Londres, à la personne qu'on attend aussi. C'est deux approches et deux équilibres complètement différents.
- Speaker #1
Oui, c'est complètement un changement de statut. Si tu veux, sur l'Olympiade de Rio, je fais une Olympiade extrêmement solide. Je suis quasiment tout le temps dans le top 5. Sur les championnats du monde, je n'ai fait que monter en puissance. J'ai fait 5e, 4e, 3e, puis 2e, juste avant les Jeux. Donc j'étais vraiment dans une dynamique de progression très positive.
- Speaker #0
Les tests, aussi un an avant, comme à Londres, qui s'étaient bien passés.
- Speaker #1
Les tests even qui s'étaient très bien passés aussi sur le plan d'eau de Rio. Globalement, pareil, dans le top 4. Donc ça marchait bien. Et aussi sur tous les entraînements qu'on pouvait faire sur place, je me sentais à l'aise. J'aimais bien le plan d'eau, encore une fois, ça c'est très important. Et finalement, pendant les Jeux, à l'instar des Jeux de Londres, la première manche, elle est compliquée. Ça ne se passe pas exactement comme prévu, mais le lendemain, la dynamique est plutôt bonne. J'arrive à revenir à gagner la première manche du jour à l'extérieur, et ça marche bien. Mais en fait, le soir du deuxième jour, je ne suis pas aussi bien placé dans le classement que je l'espérais. Et je pense que ça, inconsciemment, ça m'a mis la pression, si tu veux. Comme tu disais tout à l'heure, tu n'arrives pas avec le même statut. Quand tu es outsider et que tu n'es pas tout de suite en place pour gagner la médaille, ce n'est pas grave.
- Speaker #0
Je ne peux pas décevoir, quelque part.
- Speaker #1
Ce n'est pas grave. Alors que là, je savais que je venais pour chercher la médaille. Et le deuxième jour, je ne suis pas aussi bien placé que prévu. Rien n'était perdu. Il n'y avait pas de souci. Tout était encore jouable. Mais inconsciemment, à ce moment-là, je me dis... C'est pas ça que je suis venu chercher et que je veux, si tu veux. Et là, j'ai fait l'erreur d'essayer d'en faire plus. De dépasser le cadre de ce que je pouvais maîtriser. De commencer à créer des situations qui n'étaient pas réelles, si tu veux. Et quand tu commences à surjouer et à plus naviguer à ton niveau ou à faire des choses qui sont pas dans ton spectre de maîtrise, tu commences à faire des erreurs.
- Speaker #0
C'est dur, quoi, ça. avec l'analyse et le recul est-ce que tu as identifié quelles émotions quelle stature tu avais au fond de toi le regard que tu avais envers toi et qui a fait que ça a modifié c'est ça qui a été assez particulier c'est que ça
- Speaker #1
s'est vraiment en fait si tu veux les jeux je voulais vraiment les gagner pour moi et aussi pour toute l'équipe qui m'avait accompagné C'était assez difficile à vivre de ne pas être à la hauteur de l'ambition, si tu veux. Et j'ai été impatient. C'est là où je m'en veux parce que finalement, si j'avais continué, comme je te dis, à dérouler mon jeu, les autres auraient fait des erreurs autour de moi, si tu veux. Et petit à petit, je serais remonté dans le classement. J'étais suffisamment solide. Je te disais que j'avais mal aux genoux, mais ça ne m'empêchait pas de performer. J'allais souffrir, mais j'étais prêt à ça, si tu veux. Et je savais qu'après ça, c'était bon, j'allais me reposer. Mais là, ce qui était difficile, c'est que je n'étais pas au niveau de ce que j'espérais. Et donc là, j'ai forcé le talent.
- Speaker #0
Et comment tu as vécu ce moment-là de décalage entre ton niveau réel et le résultat final au bout de cette semaine de compétition ? Ça a été difficile à vivre parce que j'avais beaucoup travaillé pour ça. et tu as toujours tendance à dire si tu travailles bien ça va payer au bout du compte et là je me suis rendu compte que cette phrase-là n'était pas forcément vraie et elle fait mal parce que c'est celle qui te construit et qui t'anime toute ta vie notamment quand tu fais du sport de haut niveau mais quand tu montes une entreprise ou plein de choses comme ça donc ça ça a été une première croyance qui s'est fissurée et puis après ça a été aussi d'avoir déçu d'avoir déçu les gens autour de toi qui étaient avec toi dans le projet et ça c'est pas forcément facile à dire
- Speaker #1
Comment tu as vécu l'après Rio ?
- Speaker #0
L'après Rio, ça a été la douche froide quand même. Il y a eu un moment où j'étais un peu déprimé. Heureusement, à la maison, j'avais ma femme et ma fille qui m'attendaient. Et puis elle, que j'ai eu une médaille ou pas, ça ne changeait rien. Donc ça, ça a été quelque chose de très important dans ma reconstruction. Mais c'est vrai que j'avais vraiment envie de terminer l'histoire correctement, si tu veux. Et ça ne s'était pas fini comme je l'avais prévu. Donc ça, il a fallu le digérer.
- Speaker #1
Et j'imagine que ça a pris du temps. Est-ce qu'à un moment donné, tu as réfléchi à la suite, à l'après, à éventuellement faire Tokyo ?
- Speaker #0
Oui, alors ce qui se passe, c'est qu'au début, je n'étais pas forcément parti pour faire Tokyo. Je m'étais dit, si jamais ça se passe bien à Rio, j'arrête là.
- Speaker #1
Tu pars en haut.
- Speaker #0
Je pars en haut. Tu sais, c'est ce que tous les sportifs espèrent faire.
- Speaker #1
Exactement. Choisir son momentum.
- Speaker #0
Voilà, choisir le moment où tu t'en vas. La réalité, c'est que je ne voulais pas sortir comme ça. Et en plus, au fur et à mesure du temps et de la réflexion, je me suis rendu compte que je n'avais pas fini mon histoire. J'avais encore des choses à prouver, des choses à faire dans ce sport. Donc voilà, quand je me suis dit j'ai envie d'y retourner, c'est sûr. Là, je passe par les 15 opérations, je me répare le genou et je me relance dans la dynamique pour Tokyo.
- Speaker #1
Comment tu as trouvé l'énergie pour t'y remettre quelque part ?
- Speaker #0
En fait, la première chose qui m'a donné envie de remettre, c'est le plaisir d'être sur l'eau. Ça me manquait, en fait. Et je me suis rendu compte qu'être dans le bateau et essayer de trouver des solutions pour aller un peu plus vite que les copains, ça me manquait.
- Speaker #1
Et comment se sont passées ces périodes de qualification et de trépas pour Tokyo ? Parce qu'en plus, tu as eu le Covid.
- Speaker #0
Oui, alors ça, ça a été pour nous très, très difficile à gérer, en fait. Parce que concrètement, la dynamique est bonne jusqu'au championnat du monde de mi-parcours. Je te dis, il y a des points de passage très importants, notamment le championnat du monde à mi-parcours de l'Olympiade, qui permet de qualifier la nation. Parce qu'encore une fois, toutes les nations ne vont pas au jeu. Donc il faut déjà être dans les meilleures nations avant de qualifier le coureur qui va représenter la nation. Et sur ce championnat-là, sur la dernière manche, je suis deuxième. Il me reste un bord à faire, 50 mètres de l'arrivée. Je suis sûr dès le temps de top 10 de qualifier la nation et potentiellement être de nouveau en liste pour aller au jeu. Et là, en fait, il y a un orage qui passe et je casse le mât. Le vent rentre très très fort, le bateau tape dans une vague et le mât lâche.
- Speaker #1
À 50 mètres de l'arrivée.
- Speaker #0
50 mètres de l'arrivée et je ne peux pas franchir l'arrivée. Donc j'ai une manche de dernier et comme je te disais, tous les points comptent. Et donc en fait, je sors du top 10 et je ne qualifie pas la nation. Et à partir de là, ça devient compliqué parce que le Covid arrive. Les échéances sont décalées, on ne sait pas trop si jamais on continue, si on ne continue pas. Et moi, je sais que je suis en fin de carrière, donc tu vois, je suis toujours dans cette bascule. Je continue, je ne continue pas, etc. Et là, je pense que petit à petit, je perds un peu pied.
- Speaker #1
Comment t'as accompagné à Fede après ce revers complètement indigne des plus grands films au niveau script, de perdre le classement à 50 mètres et de ne pas qualifier à France ?
- Speaker #0
À ce moment-là, on se dit que ce n'est pas trop grave parce qu'il y a d'autres épreuves de qualification. Donc, ça va pouvoir se mettre en place. Mais ça a été compliqué à partir du moment où le Covid est venu dans le jeu. Parce qu'en fait, les épreuves de qualification, elles se sont décalées en permanence. Elles ont changé de place. Et surtout, moi, j'étais plutôt, on l'a vu avec Raphaël Nadal, si tu veux. Il y a un moment, il y a des petits jeunes qui arrivent et qui sont en pleine bourre. Et eux aussi, on leur donne du temps supplémentaire, c'est super parce que ça leur permet de continuer à progresser. Par contre, toi, ça veut dire qu'il faut que tu arrives à durer les années.
- Speaker #1
Un an de plus, oui.
- Speaker #0
Et l'année supplémentaire, pour moi, c'était l'année de trop. Et donc, quand on s'est retrouvé sur le dernier championnat du monde à Porto, où il fallait avoir l'énergie de la jeunesse pour essayer d'aller chercher cette qualif, là, je ne l'avais plus. Je pense que j'avais commencé à, entre guillemets, baisser le niveau. Ce n'était plus possible. Et donc finalement, c'est le petit jeune, l'Espagnol, qui s'est qualifié. Ok. Et comment tu as vécu ces 4 capades ? Sur les 4, laquelle tu as le plus construit maintenant ? Je pense que celle où j'ai le plus appris sur moi, c'est la campagne de Tokyo. La plus difficile, si tu veux, mais celle qui m'a permis aussi de prendre beaucoup de recul sur mes expériences et de pouvoir capitaliser là-dessus. Et c'est celle sur laquelle souvent je m'appuie pour aujourd'hui être performant dans mon nouveau métier. Mais par contre, celle où j'ai pris le plus de plaisir, c'est très certainement la campagne de Rio.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
La campagne de Rio, c'était incroyable parce que je sentais que j'étais au pic de ce que j'étais capable de faire.
- Speaker #1
Et ça tombe plus haut niveau.
- Speaker #0
Même si elle ne s'est pas terminée de la manière espérée, c'est clairement celle où j'ai pris le plus de plaisir sur l'eau et j'ai atteint mon plein potentiel.
- Speaker #1
Et à Rio, tu as vécu aussi ce contraste, quelque part, à observer la pollution marine à cette période-là, qui a été un peu un choc aussi pour toi ?
- Speaker #0
Oui, alors ça, c'est quelque chose qui, au fil de ma carrière, m'est apparu de plus en plus important. Parce qu'en fait, j'ai aussi vu la qualité de l'eau se dégrader. Si tu veux, quand j'étais gamin, je naviguais, je n'y prêtais pas forcément attention. Et en fait, au fil et à mesure de ma carrière et au fil et à mesure du temps, je me suis rendu compte que ça pouvait devenir une vraie problématique, même pour notre activité. Notamment quand on naviguait dans la baie de Rio, après des fortes pluies, il y avait des déchets partout dans la baie. Donc en fait, on passait notre temps à éviter les déchets ou alors à s'arrêter pour les enlever parce qu'ils étaient coincés dans le safran ou la dérive. Et ça pouvait potentiellement nuire à la course.
- Speaker #1
Comment tu as vu ce changement ? Est-ce qu'en 10 ans, tout a basculé ? Ou est-ce que ça s'est fait petit à petit ?
- Speaker #0
Je pense que ça s'est fait progressivement. Ce qui a beaucoup changé au fil du temps, c'est qu'avant, on voyait des gros déchets. Des gros sacs poubelle, des choses comme ça. Et moins de petits déchets. Et en fait, aujourd'hui, ce qu'on voit beaucoup, c'est plein de microplastiques. Je te disais, je naviguais à peu près 290 jours par an. un peu partout sur la planète, il n'y a pas un seul jour où je ne croisais pas un déchet. Tous les jours, tous les jours, tous les jours. Que ce soit dans les marinas, que ce soit sur l'eau. Alors il y a des endroits où c'est plus ou moins propre, on ne va pas se mentir, mais c'est quelque chose qui est devenu absolument global aujourd'hui. Et depuis, tu as souhaité avoir un vrai engagement militant et pédagogique ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, ce que j'essaie de faire, c'est à travers mes témoignages et puis différentes actions que je peux faire avec Surfrider Foundation. d'essayer de faire prendre conscience de ça en fait. L'idée pour moi, c'est que, évidemment, tous les gens qui sont au bord de la mer, qui font du surf, comme les gens qui sont souvent dans l'association de surf riders, ils sont sur les plages, donc ils sont confrontés aux problèmes, donc ils sont conscients et ils ont envie d'aider. Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'élargir le spectre et de pouvoir toucher des gens qui sont dans des villes comme Paris, Grenoble, ou Mâcon, ou j'en sais rien, des villes qui sont loin de la mer. pour leur faire comprendre qu'à chaque fois qu'ils vont jeter quelque chose dans la nature, ça va au bout du compte terminer dans la mer.
- Speaker #1
Cet engagement-là fait partie aussi de ta nouvelle vie. Et après le sport d'eau au niveau, tu as réussi à te reconstruire quelque part, parce que cette fin de carrière n'a pas été comme tu le souhaitais. Et depuis, tu accompagnes les dirigeants des entreprises à la prise de conscience sur le management également, et la prise de décision. contexte particulier et difficile comme tu as pu avoir le cas lors de tes compétitions. Comment tu expliquerais ton nouveau métier avec tes mots à toi, Jonathan ? Alors aujourd'hui, mon nouveau métier, c'est d'aider les entreprises à mieux travailler ensemble. En fait, comme tu l'as compris à travers mon parcours,
- Speaker #0
j'étais dans un sport individuel mais tout au long de ma carrière, j'ai appris à collaborer avec les autres. Ça fait partie des thématiques qu'aujourd'hui, j'ai envie de développer dans les entreprises. L'idée, c'est d'amener les gens à avoir cette culture du partage et de la collaboration parce qu'en fait, à mon sens, c'est ce qui te fait grandir et ce qui te fait mieux performer. Donc aujourd'hui, j'interviens dans les entreprises à travers plusieurs spectres, que ce soit de la conférence pour les inspirer, les amener à réfléchir différemment, ou à travers des ateliers où je vais les mettre en situation où ils vont revivre des expériences de mon parcours sportif pour qu'ils puissent comprendre concrètement par la... par la vision et l'expérimentation de la situation, comment décider mieux, comment transformer la prise de risque en prise de chance, comment gérer les émotions quand on est dans un contexte où il se passe des choses qu'on ne peut pas maîtriser, et comment on peut travailler en synergie quand on est dans un groupe. Et la dernière chose, c'est aussi d'accompagner des équipes sur plusieurs jours, dans une nouvelle dynamique de travail collectif.
- Speaker #1
Et à travers ces temps d'échange, ces conférences, qu'est-ce que tu aimerais du moins que l'on retienne de toi ?
- Speaker #0
Moi, ce que j'ai envie qu'on retienne, le message le plus important pour moi, c'est qu'en fait, à partir du moment où tu te libères de cette peur de donner de l'information, tu rentres dans un cercle où tu ne fais que grandir et que progresser. Souvent, les gens, si tu veux, dans un premier temps, ils se disent « le pouvoir, c'est l'info » . C'est ce qu'on nous dit tout le temps. C'est dès que tu sais quelque chose que quelqu'un ne connaît pas, tu prends l'ascendant. Et en fait, moi, je pense que le partage de l'information, c'est quelque chose qu'il faut voir de manière complètement différente parce que le savoir, ce n'est pas comme de l'argent que tu vas sortir de ta poche qui va aller dans la poche de l'autre. C'est quelque chose qui va, au moment où tu le sors, rester avec toi, mais grandir et se transformer à partir du moment où tu vas le diffuser autour de toi. Parce que tu vas retrouver des retours d'informations. ou des questionnements des gens avec qui tu vas partager l'info. Et aussi, ça va te permettre, toi, de prendre du recul et de réfléchir différemment. C'est du vrai partage. C'est exact. C'est vraiment le partage. Tu donnes, mais tu reçois. Alors, tu ne sais jamais exactement sous quelle forme, mais tu vas forcément recevoir quelque chose.
- Speaker #1
Et pour pouvoir continuer à faire ces conférences, tu es reparti aussi à l'école ? Non. Tu peux en parler un peu de ton parcours, parce qu'il faut oser s'y remettre quand même.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Je pense que si tu veux pouvoir évoluer dans un univers qui n'est pas le tien, il faut que tu puisses en maîtriser les codes. Tu comprends ça très vite dans la voile. Le langage, il est différent. L'univers, il est différent. Donc, si tu arrives dans un milieu où tu ne connais pas les codes, tu es perdu. Donc, la première chose que j'ai fait, c'est que je suis retourné à l'école et notamment, j'ai refait un master en management à l'EM Lyon Business School pour pouvoir être capable de parler le même langage que les managers avec qui j'avais travaillé aujourd'hui et surtout, comprendre leurs problématiques. Parce que si tu viens pour aider les gens, c'est bien de comprendre quels sont leurs problèmes. Et donc, ça a été pour moi très intéressant de retourner 18 mois à l'école. Effectivement, 18 mois, ça a été un vrai changement de vie. Quand tu es tout le temps sur l'eau et que d'un seul coup, tu te retrouves derrière un écran d'ordinateur, ce n'est pas exactement le même truc, mais ça a été hyper intéressant. Et en fait, aujourd'hui, ça m'aide énormément dans mon approche pour les conférences en entreprise parce que ça me permet de... de parfaitement m'adapter aux problématiques des clients avec les tâches de travail.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, tu te sens plus sportif, plus entrepreneur, plus citoyen engagé. Comment tu te définirais ?
- Speaker #0
Je pense que je suis un petit peu multicasquette. Je pense au l'intro. Je pense que ce côté sportif ne va jamais me quitter parce que ça fait partie de mon ADN et c'est ce qui m'a construit. Mais en fait, je pense que ce qui m'anime, ce qui m'a animé tout mon parcours et qui continue à m'animer et qui est très intéressant, c'est ce côté curieux de découvrir de nouvelles choses. J'aurais pu faire le choix de rester dans le monde de la voile, mais en fait, ce qui m'anime aujourd'hui, c'est d'aller découvrir d'autres choses et d'aller rencontrer de nouvelles personnes. Et ça, je trouve ça hyper intéressant dans ce métier. Mais tu as gardé aussi un pied dans la voile puisqu'on t'a découvert sous une autre facette lors des JO de Paris, où tu étais consultant pour France Télévisions. Oui, ça, ça a été une super expérience. En fait, ça m'a permis de vivre les Jeux en France d'une autre manière, mais d'être encore aux premières loges et d'être sur la marina olympique et surtout de pouvoir faire partager au plus grand nombre ma passion pour la voile. Parce qu'en France, on connaît très, très bien la course au large, notamment avec le Vendée Globe, parce que c'est hyper visuel et que cette aventure, elle est absolument folle. Mais c'est vrai que j'avais à cœur de pouvoir parler de mon sport. de manière beaucoup plus large et un public qui était forcément un peu, je dirais, novice et qui ne connaît pas forcément les codes. Parce que souvent, la voile olympique aux Jeux olympiques, elle a été commentée par des coureurs au large, des champions qui ont performé sur les océans, mais ce n'est pas du tout la même voile et ce n'est pas du tout la même façon de naviguer. Donc, c'est comme si on demandait un petit peu un... Un ancien champion de football,
- Speaker #1
d'aller commenter du rugby, ce n'est pas exactement la même chose. Donc là, j'étais très heureux de pouvoir parler de ma discipline au plus grand nombre. Oui, tu as fait une belle analogie, mais tu es aussi un athlète. Ou celui qui va te commenter le 5-10 mètres, il n'a peut-être pas la compétence pour te faire une autre catégorie. C'est ça. L'avantage, c'est que là,
- Speaker #0
sur cette Olympiade, France Télévisions avait vraiment pris le parti d'avoir des experts dans chacune des disciplines. Et l'idée, c'était de pouvoir faire profiter les Jeux de la manière la plus technique et précise possible à l'ensemble du public français. Donc, je pense que ça, ça a été une vraie réussite.
- Speaker #1
Si tu repenses à Jonathan, à Macron, à Cétan, en train de naviguer sur la Saône avec le petit optimiste, qu'est-ce que tu lui dirais après tout ce parcours véhicule ?
- Speaker #0
Je lui dirais que tu vas vivre de grandes choses, que tu vas prendre beaucoup de plaisir et que tu vas découvrir énormément de choses. Je pense que... Il y a une chose que j'ai gardée toute ma vie, c'est l'une des phrases que me disait chaque fois mon père au retour de navigation, de n'importe quelle épreuve, de n'importe quelle régate à laquelle il a pu m'accompagner. À chaque fois, il me demandait si je m'étais amusé sur l'eau. Et je pense que si tu gardes cette phrase en tête et que tu gardes cette flamme, tu pourras accomplir de grandes choses dans ta carrière sportive.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu veux qu'on voit de toi ? Tes médailles, de ton parcours, quand tu sors d'une interview, quand tu sors d'une conférence, quelle trace tu aimerais laisser de toi ?
- Speaker #0
La trace que j'aimerais que les gens gardent après m'avoir rencontré, c'est de se dire qu'il m'a amené à réfléchir différemment, il m'a amené à me dire que les autres ne sont pas des ennemis et qu'en partageant de l'information, on peut grandir. Et surtout, j'aimerais qu'ils gardent en tête qu'il faut être curieux, qu'il faut aller vers les autres et qu'il ne faut pas avoir peur de l'autre.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, en 2025 ou 2026, parce que l'épisode est enregistré en fin d'année, qu'est-ce qui t'inspire vraiment ? Qu'est-ce qui est encore moteur chez toi ?
- Speaker #0
Moi, ce qui m'inspire aujourd'hui, c'est de réussir à être performant dans un autre univers. Aujourd'hui, mon moteur, c'est que j'ai réussi à aller aux Jeux Olympiques, à gagner une médaille en voile. Et aujourd'hui, je découvre le monde de l'entreprise et je trouve ça hyper intéressant et je trouve ça passionnant. Et ce qui me plaît, c'est que je me rends compte que tout ce que j'ai pu vivre dans la voile, ça s'exprime d'une autre manière dans le monde du business. Et l'idée, c'est de pouvoir échanger avec tous ces champions de ce nouvel univers pour essayer de, moi aussi, apporter ma pierre à l'édifice.
- Speaker #1
Tu as dû rencontrer des personnalités hyper inspirantes de par ton parcours. S'il y a une rencontre qui t'a marqué peut-être plus que d'autres, c'est toujours difficile de choisir, mais au-delà de ton père. à qui tu as rendu hommage, est-ce qu'il y a une personne qui te vient en tête ?
- Speaker #0
Si on reste dans le domaine de la voile, c'est évidemment Ben Inslee, le champion que j'avais vu à la télé en 2000, il a gagné la médaille d'or parce qu'après j'ai eu la chance 12 ans plus tard de monter sur le podium avec lui à Londres, donc ça c'était quelque chose de magique, c'est comme si un gamin regarde Nadal gagner son premier Roland-Garros et se retrouve en finale avec lui 12 ans plus tard, donc ça, ça a été hyper inspirant et ça m'a énormément motivé dans ma carrière Mais après, sinon, aujourd'hui, en fait, je me rends compte que je rencontre des gens inspirants dans plein de domaines différents, si tu veux. Et des fois qui n'ont pas le niveau de notoriété auquel ils devraient avoir, si tu veux, d'une certaine manière. Mais moi, je suis toujours inspiré par les gens qui sont déterminés et qui vont au bout de leurs idées. Et je rencontre plein, en fait. Et je me rends compte qu'il y a plein de gens inspirants autour de moi.
- Speaker #1
Quelle est la critique que tu as reçue un jour où un surlomant est piqué ? tu as eu du mal à l'accepter,
- Speaker #0
à l'apprendre pour toi et à en faire vraiment un moteur et qui avec le recul te dit ouais vraiment celle-là est épique mais elle est nécessaire il y en a une qui m'a fait du mal c'est quand j'ai discuté avec un gars qui faisait de la course au large qui m'a dit t'es pas un marin t'es pas un vrai parce qu'en fait pour eux ils estiment qu'à partir du moment où tu traverses pas l'Atlantique et que tu vas pas loin des côtes t'es pas un marin tant
- Speaker #1
que tu vois encore la terre ouais
- Speaker #0
Et finalement, c'est l'un des gars qui m'a rendu le plus service pour ma reconversion actuelle. C'est qu'il m'a fait comprendre que clairement, la course au large, ce n'était pas fait pour moi. Parce qu'en fait, souvent on dit tu gagnes une médaille aux Jeux Olympiques. Le parcours traditionnel dans la tête des gens qui ne connaissent pas la voile, c'est d'aller faire le Vendée Globe. Et d'ailleurs, à la fin de ma carrière, j'ai essayé de naviguer un petit peu sur ces bateaux-là, de découvrir un peu cet univers-là. Et en fait, rapidement, je me suis rendu compte que ce n'était pas du tout fait pour moi. Parce que ce n'est pas du tout la même approche, ce n'est pas du tout la même façon de naviguer. Et surtout, on ne passe pas assez de temps sur l'eau. Ce sont des projets où ils passent leur temps à chercher des sous, à préparer le bateau. Alors tout ça, c'est hyper intéressant, hyper passionnant. Mais moi, ce qui me plaît, c'est d'être confronté aux autres, de naviguer et surtout d'être dans l'instant. Et sur ces projets-là, la façon de naviguer, ça n'a rien à voir. Donc je pense que sur le coup, il m'a fait du mal. Je pensais vraiment être un marin avec le temps que je passais sur l'eau.
- Speaker #1
280 jours par an ?
- Speaker #0
Je pense qu'il ne peut pas en dire autant. Et d'un autre côté, je me suis rendu compte que je n'avais rien à aller faire dans ce monde-là et ce n'était pas grave.
- Speaker #1
On arrive sur la fin de l'épisode, Jonathan. Tes projets à venir, tes aspirations, que sont-ils ?
- Speaker #0
Les projets à venir, évidemment, c'est de continuer à développer ce côté conférencier. j'ai la chance d'intervenir dans pas mal d'entreprises françaises notamment en anglais aussi parce que comme je te l'ai dit tout à l'heure j'ai beaucoup progressé j'ai eu la chance dans mon parcours de travailler beaucoup à l'international et ça ça m'a toujours énormément intéressé parce que j'adore ce melting pot de culture et toutes les choses qu'on peut apprendre les uns des autres, donc ça j'ai envie de continuer à le développer et puis après l'idée c'est de pouvoir continuer à accompagner un maximum d'équipes pour les amener à... relever leurs défis et être plus performants que tirs.
- Speaker #1
Un de tes sujets de conférence, c'est notamment la résilience et la motivation. On l'a vu à travers ton parcours. Est-ce que tu aurais quelques tips à donner aux auditeurs ?
- Speaker #0
Le tip que je peux vous donner, la première chose, c'est quand vous êtes en difficulté, que vous pensez que vous n'allez pas y arriver ou que vous avez des moments difficiles, on en a tous, c'est rappelez-vous pourquoi vous aviez commencé. Qu'est-ce qui vous a amené au début à vous dire c'est ça que j'ai envie de faire ? Et ça je pense que c'est très important de leur questionner parce que d'un, c'est souvent la flamme de départ qui permet d'avoir l'étincelle qui va rallumer le gros feu qui va vous remettre en route, mais aussi des fois ça vous permet aussi de réajuster le parcours. parce qu'en fait des fois ce qui nous animait au début au fil du temps ça a changé et en fait on peut ouvrir une nouvelle voie et c'est pas grave et souvent en ouvrant une nouvelle voie on découvre de nouvelles choses donc voilà c'est ça le conseil que j'ai envie de donner pour la résilience c'est pourquoi vous avez commencé et est-ce que c'est toujours ça qui vous anime et si c'est plus ça c'est pas grave qu'est-ce
- Speaker #1
que ça peut être aujourd'hui toujours se rappeler d'un pourquoi et qu'il le tienne et de prendre du plaisir sur l'eau comme le disait ton père
- Speaker #0
C'est ça, et aujourd'hui, je ne suis plus sur l'eau, mais je prends beaucoup de plaisir dans cette nouvelle vie. Donc, je pense que ce qui est intéressant, c'est de savoir ce qui vous anime.
- Speaker #1
Merci à toi, Jonathan, pour ton partage et ton témoignage. Je te souhaite de continuer à naviguer comme ça, sur les différents projets que tu as menés et que tu vas continuer à mener avec ta compagne. Est-ce qu'il y a un dernier sujet que tu souhaitais aborder, peut-être que l'on n'a pas pu évoquer à travers cette interview ?
- Speaker #0
Je pense qu'on a fait le tour, c'était très sympa, je te remercie. Pour les plus curieux, je vais avoir un livre qui va sortir au printemps prochain.
- Speaker #1
C'est intéressant, parce que j'ai dit à Camille, il pourrait écrire un bouquin Jonathan.
- Speaker #0
Justement, là on est dans la dernière ligne droite, on est en train de finaliser les derniers détails. Ça me tenait à cœur de l'écrire moi-même, parce qu'il y a beaucoup de sportifs qui font appel à des gens qui vont les aider à écrire le livre. Là, c'était un projet, encore une fois, je pense que si je voulais qu'il soit authentique et qu'il me ressemble, je voulais absolument l'écrire moi-même. Et c'est un livre qui va être, ce n'est pas une autobiographie, c'est un vrai choix. L'idée, c'est de pouvoir donner à travers mon parcours les différentes méthodes, les différentes clés que j'ai pu utiliser pour pouvoir permettre aux managers de relever leurs défis. Ça peut être des dirigeants, ça peut être des managers, ça peut être des sportifs. L'idée, c'est qu'en fonction des thématiques, qui vont être présentées dans le livre, ils puissent aller chercher une fiche méthode à utiliser au quotidien.
- Speaker #1
Super. Écoute, merci parce que la transition est faite. On mettra toutes les infos en description de cet épisode et pour pouvoir continuer à te suivre sur Instagram ou sur LinkedIn qui est ton lieu de prédilection pour pouvoir partager tes conseils, tes témoignages à ces sujets.
- Speaker #0
Ce sera avec grand plaisir, n'hésitez pas.
- Speaker #1
Merci à toi Jonathan pour ce moment. Merci à vous d'avoir regardé cet épisode que vous pouvez retrouver... En vidéo sur LinkedIn, d'ailleurs sur Instagram, sur YouTube pour avoir l'épisode au complet. Également en audio sur Spotify, Deezer, Amazon ou Apple. Je vous souhaite une très bonne journée et à très bientôt pour un prochain épisode d'Inspiré. Ciao !