Description
Cet épisode du podcast Petite Mu analyse un enjeu structurel et souvent occulté de la santé : le racisme systémique et l'héritage colonial dans le domaine de la psychiatrie, ainsi que leur impact direct sur la santé mentale des personnes racisées.
Afin de livrer un état des lieux précis, nous donnons la parole à Sandrine Gashonga, militante antiraciste et féministe au Luxembourg. En croisant son expertise politique et son propre parcours avec les troubles bipolaires, elle détaille la création de son format de conférence gesticulée. Son témoignage permet de mesurer le fossé qui sépare encore les institutions psychiatriques d'une prise en charge décoloniale, tout en interrogeant les rapports de force entre les patients minorisés et le système de soins.
Les discussions démontrent que la souffrance psychique dépasse la seule grille de lecture biologique ou individuelle de la médecine traditionnelle. Les freins se situent également au niveau du trauma racial généré par les oppressions quotidiennes (discriminations au logement, à l'emploi, harcèlement policier), du manque d'accès aux informations de santé, et des critères administratifs rigides qui bloquent le financement des associations composées de personnes concernées. Pour les patients racisés, le système impose un regard psychiatrique historiquement hérité des théories coloniales, un cadre inadapté qui se traduit par une sur-représentation des diagnostics lourds et un recours disproportionné aux mesures de contrainte, telles que l'isolement, la contention ou l'internement d'office en collaboration avec les forces de l'ordre. Ces contraintes croisées provoquent une revictimisation des profils vulnérables et un renoncement fréquent aux services de soins.
L’épisode examine ensuite la responsabilité des structures médicales et étatiques qui appréhendent le racisme sous un angle uniquement moral plutôt que structurel. Le paternalisme médical, associé à l'absence de statistiques ethniques dans plusieurs pays européens, entrave la mesure objective de ces violences institutionnelles. Face à des grilles de lecture qui nient l'autonomie des sujets et favorisent le corporatisme, le milieu de la santé mentale peine à réformer ses protocoles et à intégrer l'histoire coloniale ou la sociologie dans la formation obligatoire des praticiens.
La discussion met toutefois en lumière des leviers techniques et organisationnels opérationnels. L'intervenante valorise l'intégration de nouvelles approches thérapeutiques à l'image de l'« Open Dialogue », une technique finlandaise qui horizontalise le soin en plaçant le patient et sa communauté au centre des décisions, hors du rapport de domination médecin-sachant. Elle s'appuie sur des exemples concrets pour illustrer les stratégies de résistance et de rétablissement : le développement de l'éducation par les pairs à travers les groupes de parole, l'investissement de l'art et de la performance théâtrale comme outils de transmission politique, et le soutien aux mobilisations collectives comme la Mad Pride pour abolir les mesures de contrainte. L'objectif est de garantir l'accès à la santé mentale dans des conditions de dignité et de consentement équivalentes pour tous.
Au-delà des parcours individuels, cet échange soulève des interrogations logistiques et politiques cruciales pour l'avenir du secteur. De quels moyens disposons-nous pour réformer les institutions psychiatriques afin de substituer la contrainte par des pratiques bienveillantes et communautaires ? Comment repenser la formation des soignants pour déconstruire les biais racistes inconscients ? Enfin, comment basculer d'une simple prise en charge clinique vers une action collective capable de transformer les structures pathogènes de notre société ?
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