- Speaker #0
Irréductible, adjectif féminin ou masculin, qui ne peut être réduit. qu'on ne peut ramener à une expression, une forme simple, enfermée dans des cases, qui échappent aux étiquettes. Vous écoutez Irréductibles Costes Armoricaines et Costes Armoricains, elles et ils racontent les codes d'armor d'hier, d'aujourd'hui et de demain, leurs nuances, leurs visages, au-delà des clichés, leur farouche liberté. Dans cet épisode, rencontre avec... Bonjour Guiric Soudé, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation dans Irréductible Costes Armoricaines et Costes Armoricains. Si pour vous présenter, je me contente justement de dire que vous êtes marin, est-ce que ça vous reconnaissez ? Est-ce qu'il manque des choses ?
- Speaker #1
Bonjour à tous. Eh bien, marin c'est bien, on peut peut-être rajouter le mot aventurier dedans. Parce qu'il y a marin pêcheur, marin de commerce, voilà donc marin aventurier et entre guillemets skipper aussi, parce que je suis pas mal sur des bateaux de course.
- Speaker #0
Alors, on vous connaît pour... plusieurs aventures, justement ?
- Speaker #1
Je pense que la plus connue, celle qui va me suivre jusqu'au dernier jour de ma vie, et dont on me parle tous les jours, c'est ma fameuse poule Monique, qui m'a accompagné sur ma première aventure de mes 21-26 ans. On a fait un tour du monde tous les deux, entre autres avec un hivernage dans les glaces du Groenland. J'ai aussi traversé l'Atlantique à la rame à deux reprises. Et après, il y a eu le projet de faire le Vendée Globe, le Vendée Globe 2024-2025. Et ensuite, j'ai enchaîné sur un autre tour du monde, mais qui était un record du monde, du tour du monde à l'envers. Alors, qu'est-ce que ça veut dire, tour du monde à l'envers ? Ce n'est pas en marche arrière, c'est contre vent et courant dominant, donc sens inverse du Vendée Globe. Donc, au lieu de faire ouest-est, on fait est-ouest.
- Speaker #0
Vous êtes aussi papa de deux enfants.
- Speaker #1
Aussi, en effet. Alors ça, c'est même... Grosse aventure aussi, non ? C'est la plus grosse et apparemment la plus longue. Donc j'ai la chance d'avoir deux enfants. Mon petit garçon Manek qui a 2 ans et demi Et Maé qui est né à Lagnon dans les Côtes d'Armor Et qui a 4 ans et demi Et Maé, pour la petite histoire, son deuxième prénom c'est Monique Comme la poule Et quand je l'ai annoncé à Lagnon Parce que les gens avaient entendu parler de mon histoire Ils m'ont dit, bah non quand même, vous pouvez pas faire ça Et je lui ai dit, pourquoi pas C'est génial ça Elle est rouge ou pas ? Non elle est pas rouge, elle est plutôt brune
- Speaker #0
Et à la base vous êtes également costar morigain
- Speaker #1
Est-ce que ça compte pour vous ? C'est plus qu'à la base, c'est que je suis ancré ici dans les Côtes d'Armor. Souvent, les gens ne connaissent pas forcément bien la commune dont je suis originaire, qui est Plougrescan. Je dis entre Pérosguirec et Paimpol, sur une petite île qui s'appelle Ivinec. Je suis très attaché à mes racines, à mon territoire. D'ailleurs, aujourd'hui, on se trouve à Plouguel avec une vue sur le Jody. On voit mon ultime, qui est l'ultime MACC, parce que j'ai une partie de mon équipe qui est basée ici.
- Speaker #0
Vous avez grandi sur la petite île d'Ivinec, au large de Poulougrescan. C'était comment votre enfance ?
- Speaker #1
C'était une enfance heureuse, vraiment. Je n'en garde que des très bons souvenirs. Ce que j'aimais, c'était être chez moi, sur Ivinec, pêcher, plonger, faire de la planche à voile, être sur l'eau, avoir un contact avec cet élément qui est la mer, qui est l'eau. Et je dis souvent que cet endroit m'a fabriqué... Et c'est totalement vrai, si j'ai la chance de faire ce que je fais aujourd'hui, c'est vraiment grâce à cet environnement, qui est un environnement merveilleux et surtout très sain.
- Speaker #0
On sent que vous êtes vraiment très attaché à votre territoire, au coup d'armor, à votre petite île, Yvinec. Donc pourquoi ? partir à l'autre bout du monde ? Comment est-ce que vous voyez ça ? Comment est-ce que vous pouvez l'expliquer cette envie d'ailleurs ?
- Speaker #1
C'est une question qui revient de temps en temps. On me dit mais je comprends pas. Avec ce que t'as, entre guillemets, la chance d'avoir un endroit aussi merveilleux, pourquoi partir ? C'est intéressant d'aller voir aussi ce qui se passe ailleurs. Et d'ailleurs, là, je pars avec ma femme et mes deux enfants. On part au Groenland, je les emmène à la voile. Donc je suis hyper heureux de faire ça. Mais d'un côté, je suis hyper triste de ne pas être là cet été. En fait, moi, j'ai toujours une photo d'Ivinec et il n'y a pas un jour où je ne pense pas à chez moi. Et même quand je pars faire des aventures qui me font vibrer, qui me font rêver, dont j'ai envie, c'est très dur. Quand je pars d'Ivinaq, il y a toujours une petite part de nostalgie, en fait. Et à chaque fois, j'ai qu'une envie, c'est de revenir le plus vite chez moi.
- Speaker #0
Dans L'Aventurier des Mers, c'est votre dernier ouvrage qui est paru en 2025. Vous qualifiez l'île en ces termes. Cet endroit que j'aime plus que tout et qui ne m'a jamais trahi ni menti. Cet endroit qui m'a toujours porté vers le haut, vers le bonheur.
- Speaker #1
Ouais, c'est magnifique. Ouais, c'est un endroit où je me ressource, un endroit où je me retrouve. C'est un endroit qui est... vrai en fait là-bas. T'es au contact de la nature, tu peux pas tricher en fait. Et moi ce que j'aime, ce que j'ai appris depuis toujours, c'est de me débrouiller par moi-même et quand je suis là-bas, je pêche pour me nourrir, j'ai mon potager. Quand je le peux, j'ai des ruches, pas en ce moment malheureusement. Mais voilà, donc c'est quand même génial aussi de pouvoir vivre de ces produits qui sont autour de cet endroit. Et ça c'est top et mes enfants sont très attachés aussi à... à Yvonnec. Et moi, malheureusement, j'ai perdu mon père il y a quelques années, quand j'étais au Groenland. Et quand je suis allé aussi à Yvonnec, ça me rapproche beaucoup de mon père. Et ça me remémore énormément de souvenirs, parce que c'est un endroit, c'est vraiment un lieu qui est fait pour se retrouver.
- Speaker #0
Dans ce même livre, donc L'Aventurier des Mers, vous racontez aussi votre besoin irréductible de solitude, d'être seul face aux éléments. Et ce qui frappe dans vos récits, c'est le rapport que vous entretenez avec ces éléments-là. La nature, les animaux, etc. Alors, en écho à ça, et comme dans cette émission, on met aussi à l'honneur l'histoire des Côtes d'Armor, le patrimoine, le matrimoine. Je voulais vous partager une archive d'une grande amoureuse de la nature. Celle qui a probablement le mieux raconté la nature bretonne, mais côté terre. Mais ça devrait quand même vous parler. Il s'agit d'un extrait d'interview d'Angela Duval, célèbre paysanne et poétesse du Trégor. Et c'est dans l'émission Les Conteurs, en 1971.
- Speaker #2
Est-ce que vous aimez le silence ? Beaucoup. Oui, j'ai vu ça.
- Speaker #3
Beaucoup. D'abord, le silence à la campagne est relatif. Il y a toujours des bruits familiers. Il y a des oiseaux qui chantent, il y a le vent qui souffle dans les arbres, il y a la rivière toute proche qui murmure, il y a des petits ruisseaux, il y a des petits glouglous, l'eau qui coule de la fontaine, il y a des meuglements de bêtes dans les champs. Il y a des aboiements de chiens, il y a toutes sortes de bruits, on n'est jamais en plein silence.
- Speaker #2
Mais il y a le silence.
- Speaker #3
Je parle à mes chiens, car je n'ai pas d'interlocuteur valable, autrement.
- Speaker #2
Vous leur parlez, vous leur dites, ils vous comprennent ?
- Speaker #3
Ah oui, ils semblent me comprendre. Quand je suis triste, ils sont tristes aussi. Et quand je suis de bonne humeur, ils combattent comme des fous. Je crois qu'on se comprend. Et les nuages, les nuages, quand je n'ai pas d'autre chose à contempler, je regarde les nuages qui changent de forme et de couleur à chaque instant.
- Speaker #1
Très beau ça, c'est beau et forcément, ça me parle. Donc là, on sent qu'on est un peu plus dans les terres. Et c'est vrai que sur Yvinek, on peut ressentir vraiment les mêmes sensations parce qu'avec les marées, en fait, c'est jamais le même paysage. Et du coup, tu ne peux pas te lasser. de cette vue. C'est-à-dire que tu regardes, je ne sais pas, un endroit précis à 15 heures, c'est la grève, c'est le sable, c'est les cailloux, c'est un peu lunaire. Et deux, trois heures après, c'est un bleu qui arrive, c'est la mer. Et puis en effet, tu as de la vie, tu as des poissons, tu as des animaux, tu as plein de choses, ça ne s'arrête jamais. Et c'est ça que j'aime avec notre beau territoire.
- Speaker #0
Je pensais aussi au silence au milieu de l'océan.
- Speaker #1
Vous aimez le silence ? Bien sûr que j'aime le silence. Mais le silence, comme elle l'a dit, c'est qu'il n'est jamais vraiment présent. C'est qu'il y a toujours un petit bruit. Moi, j'aime dire que mon bateau, il a quand même une petite mélodie. Il y a le vent qui rentre dans les voiles, les vagues qui tapent contre la coque. Et au final, sur un bateau, tu es toujours à l'écoute de cette petite chanson. Et quand il y a une petite intonation qui est différente, c'est là où tu dis hop ! Il y a quelque chose qui ne va pas. Parce que tu n'as pas l'œil partout sur un bateau. Tu ne peux pas tout observer en permanence. À moitié du temps, déjà, il fait nuit. Le souci, tu arrives à l'anticiper ou tu l'entends plus que le voir. Tu n'entends pas. Tu entends un truc, il se passe quelque chose. Il y a un contact.
- Speaker #0
Et justement, en parlant d'irréductible, on ressent chez vous ce besoin de vous frotter aux éléments, au vent, à la météo, aux vagues, à la mer. Est-ce que ça vous fait vous sentir vivant, ça ? C'est des éléments irréductibles, qu'on ne peut pas maîtriser, qu'on ne peut pas dompter.
- Speaker #1
J'aime me lancer des défis. J'aime me retrouver parfois dans des situations compliquées qui ne sont pas forcément voulues. Et voilà, moi, c'est là où je me sens vivant. Quand je suis dans les 40e et que la mer est démontée et que tu demandes comment ça va finir. Parce que tu n'es pas censé être tout seul dans des conditions pareilles. Mais c'est tellement puissant, tellement fort que... que c'est hyper apaisant au final.
- Speaker #0
Du coup, vous partez souvent longtemps. Quand vous revenez, est-ce que vous trouvez que les codes d'armes changent ou est-ce que vous trouvez qu'il y a des choses qui restent ? immuable ici ? Quel regard vous portez sur l'évolution du territoire ?
- Speaker #1
Moi, ce que je regarde, je regarde plus la mer que la terre, quand même. Et ce que je vois, c'est que les courants changent, par exemple. Je vois que les cailloux se déplacent. Quand je parle de cailloux, je parle de bans de galets, qu'on appelle un sillon aussi. Ça, je vois que ça évolue. Je vois que les tempêtes, elles sont de plus en plus régulières, qu'elles sont de plus en plus fortes, qu'il y a de moins en moins de saisons. Ça, je le vois, j'en suis conscient. Et ça m'inquiète un peu, ouais. Mais on reste dans un endroit où c'est très préservé, où les gens sont très attachés à ce qui les entoure.
- Speaker #0
On arrive déjà à la fin. Donc, je vais vous poser une question que je pose à tous les invités. Qu'est-ce qui, selon vous, vous rend irréductiblement costarboricain ?
- Speaker #1
Mon prénom, déjà, direct. Et le fait qu'on peut faire un prélèvement. J'ai de l'eau de mer qui coule dans les veines. Et de l'eau de mer de chez nous, ça, c'est certain.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Et puis, on vous souhaite bon vent. L'émission Irréductible est un podcast réalisé par le département des Côtes d'Armor avec le concours de l'encre violette. Un grand merci au groupe de rock costar-mauricain The Craftman Club qui en a composé la musique. Retrouvez tous les épisodes sur Côtesd'Armor.fr A bientôt !