Description
Une phrase commence toujours par une majuscule et se termine par un point.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Une phrase commence toujours par une majuscule et se termine par un point.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour et bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani, le poète Régis Dequet. Bonjour Clarence. Bonjour Régis. Alors je ne sais pas si tu te rappelles, mais à l'école, on nous apprenait qu'une phrase commence toujours par une majuscule et se termine par un point.
Oui.
Eh bien, entre cette majuscule et ce point, il peut... évidemment, s'y trouver beaucoup, beaucoup de choses, en général, il y a un sujet, un verbe, une action. Et puis, avec un complément d'objet, un adjectif. Quand on dit une phrase commence par une majuscule et se termine par un point, on ne sait pas trop ce qu'il y a entre. Il peut y avoir beaucoup de mots. Notamment, dans Les Misérables, cette fameuse phrase de Victor Hugo qui compte deux... 823 mots. Alors je rappelle, c'est une phrase qui commence par « Fils d'un père que l'histoire excusera par certaines circonstances atténuantes. » mais aussi digne d'estime que ce père fut blâmable, etc. Donc c'est une très très longue phrase, phrase qui effectivement a été battue par un autre grand écrivain, Marcel Proust. Dans la recherche, dans le livre Sodome et Gomorre, il y a une phrase de 856 mots. Eh bien Clarence, je te propose qu'on fasse aujourd'hui un podcast avec une phrase et avec cette phrase-là.
D'accord, donc nous la lisons à deux voix, c'est ça ? Voilà,
exactement, parce que vous allez voir, elle est franchement longue. Donc, on y va tranquillement, je te propose de commencer.
D'accord. Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu'à la découverte du crime, sans situation qu'un sable, comme pour le poète, la veille fêtée dans tous les salons, applaudie dans tous les théâtres de Londres, Chassé le lendemain de tous les garnisons sans pouvoir trouver un oreiller ou reposer sa tête, tournant la meule comme Samson et disant comme lui, les deux sexes mourront chacun de son côté. Exclu même. Or, les jours de grande infortune où le plus grand nombre se rallient autour de la victime, comme les Juifs autour de Dreyfus, de la sympathie, parfois, de la société, de leurs semblables. auxquels ils donnent le dégoût de voir ce qu'ils sont, dépeints dans un miroir qui ne les flatte en plus, accusent toutes les tares qu'ils n'avaient pas voulu remarquer chez eux-mêmes, et qui leur fait comprendre que ce qu'ils appelaient leur amour, et à quoi en jouant sur le mot, ils avaient par sens social annexé tout ce que la poésie, la peinture, la musique, la chevalerie, l'ascétisme ont pu ajouter à l'amour, découle non d'un idéal de beauté qu'ils ont élu, mais d'une maladie inguérissable.
Comme les juifs encore, sauf quelques-uns qui ne veulent fréquenter que ceux de leur race, ont toujours à la bouche les mots rituels et les plaisanteries consacrées, se fuyant les uns les autres, recherchant ceux qui leur sont le plus opposés, qui ne veulent pas de... pardonnant leurs rebuffades, s'enivrant de leurs complaisances, mais aussi rassemblés à leur pareil par l'ostracisme qui les frappe, l'opprobre où ils sont tombés, ayant fini par prendre, par une persécution semblable à celle d'Israël, les caractères physiques et moraux d'une race, parfois beau, souvent affreux, trouvant, malgré toutes les moqueries, dont celui qui, plus mêlé, mieux assimilé à la race adverse, est relativement en apparence le moins inverti, accable celui qui l'est demeuré davantage.
Une détente dans la fréquentation de leurs semblables et même un appui dans leur existence, si bien que tout en niant qu'ils soient une race dont le nom est la plus grande injure, ceux qui parviennent à cacher qu'ils en sont, ils les démasquent volontiers, moins pour leur nuire, Ceux qu'ils ne détestent pas que pour s'excuser et allant chercher comme un médecin l'appendice, l'inversion jusque dans l'histoire, ayant plaisir à rappeler que Socrate était l'un d'eux, comme les israélites disent de Jésus, sans songer qu'il n'y avait pas d'anormaux quand l'homosexualité était la norme, pas d'antichrétiens avant le Christ, que l'opprobre seul fait le crime parce qu'il n'a laissé subsister que ceux qui étaient réfractaires à toute prédication, à tout exemple, à tout châtiment. En vertu d'une disposition innée tellement spéciale qu'elle ne répugne plus aux autres hommes, encore qu'elle puisse s'accompagner de hautes qualités morales, que de certains vissent qui y contredisent comme le vol, la cruauté, la mauvaise foi, mieux compris donc plus excusés du commun des hommes.
Formant une franc-maçonnerie bien plus étendue. plus efficace et moins soupçonnée que celle des loges, car elle repose sur une identité de goût, de besoin, d'habitude, de danger, d'apprentissage, de savoir, de trafic, de glossaire, et dans laquelle les membres même qui souhaitent ne pas se connaître aussitôt se reconnaissent à des signes naturels ou des conventions, involontaires ou voulues, qui signalent Un de ces semblables aux mendiants, dans le grand seigneur à qui il ferme la portière de sa voiture, au père, dans le fiancé de sa fille, à celui qui avait voulu se guérir, se confesser, qui avait à se défendre dans le médecin, dans le prêtre, dans l'avocat qu'il était allé trouver.
Tous obligés à protéger leurs secrets, mais ayant leur part d'un secret des autres que le reste de l'humanité ne soupçonne pas. et qui fait qu'à eux, les romans d'aventure les plus invraisemblables semblent vrais, car, dans cette vie romanesque anachronique, l'ambassadeur est ami du forçat. Le prince, avec une certaine liberté d'allure que donne l'éducation aristocratique et qu'un petit bourgeois tremblant n'aurait pas en sortant de chez la duchesse, s'en va conférer avec la pâche. Partie réprouvée de la collectivité humaine, mais partie importante, soupçonnée, là où elle n'est pas, étalée, insolente, impunie, là où elle n'est pas devinée. Content des adhérents partout, dans le peuple, dans l'armée, dans le temple, au bagne, sur le trône, vivant enfin du moins un grand nombre, dans l'intimité caressante et dangereuse avec les hommes de l'autre race, les provoquant, jouant avec eux à parler de son vice comme s'il n'était pas sien, jeu qui est rendu facile par l'aveuglement ou la fausseté des autres, jeu qui peut se prolonger des années jusqu'au jour du scandale où ses dompteurs sont dévorés.
Jusque-là obligés de cacher leur vie, de détourner leur regard d'où ils voudraient se fixer, de les fixer sur ce dont ils voudraient se détourner, de changer le genre de bien des adjectifs dans leur vocabulaire, contraintes sociales légères auprès de la contrainte intérieure que leur vice ou ce qu'on nomme improprement ainsi leur impose non plus à l'égard des autres mais d'eux-mêmes. et de façon qu'à eux-mêmes, ils ne leur paraissent pas un vice. Point final. Voilà, donc c'était la plus longue phrase de la littérature française.
Magnifique.
Voilà, je te remercie Clarence. Et on se retrouve pour un prochain podcast.
Au revoir.
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Bonjour et bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani, le poète Régis Dequet. Bonjour Clarence. Bonjour Régis. Alors je ne sais pas si tu te rappelles, mais à l'école, on nous apprenait qu'une phrase commence toujours par une majuscule et se termine par un point.
Oui.
Eh bien, entre cette majuscule et ce point, il peut... évidemment, s'y trouver beaucoup, beaucoup de choses, en général, il y a un sujet, un verbe, une action. Et puis, avec un complément d'objet, un adjectif. Quand on dit une phrase commence par une majuscule et se termine par un point, on ne sait pas trop ce qu'il y a entre. Il peut y avoir beaucoup de mots. Notamment, dans Les Misérables, cette fameuse phrase de Victor Hugo qui compte deux... 823 mots. Alors je rappelle, c'est une phrase qui commence par « Fils d'un père que l'histoire excusera par certaines circonstances atténuantes. » mais aussi digne d'estime que ce père fut blâmable, etc. Donc c'est une très très longue phrase, phrase qui effectivement a été battue par un autre grand écrivain, Marcel Proust. Dans la recherche, dans le livre Sodome et Gomorre, il y a une phrase de 856 mots. Eh bien Clarence, je te propose qu'on fasse aujourd'hui un podcast avec une phrase et avec cette phrase-là.
D'accord, donc nous la lisons à deux voix, c'est ça ? Voilà,
exactement, parce que vous allez voir, elle est franchement longue. Donc, on y va tranquillement, je te propose de commencer.
D'accord. Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu'à la découverte du crime, sans situation qu'un sable, comme pour le poète, la veille fêtée dans tous les salons, applaudie dans tous les théâtres de Londres, Chassé le lendemain de tous les garnisons sans pouvoir trouver un oreiller ou reposer sa tête, tournant la meule comme Samson et disant comme lui, les deux sexes mourront chacun de son côté. Exclu même. Or, les jours de grande infortune où le plus grand nombre se rallient autour de la victime, comme les Juifs autour de Dreyfus, de la sympathie, parfois, de la société, de leurs semblables. auxquels ils donnent le dégoût de voir ce qu'ils sont, dépeints dans un miroir qui ne les flatte en plus, accusent toutes les tares qu'ils n'avaient pas voulu remarquer chez eux-mêmes, et qui leur fait comprendre que ce qu'ils appelaient leur amour, et à quoi en jouant sur le mot, ils avaient par sens social annexé tout ce que la poésie, la peinture, la musique, la chevalerie, l'ascétisme ont pu ajouter à l'amour, découle non d'un idéal de beauté qu'ils ont élu, mais d'une maladie inguérissable.
Comme les juifs encore, sauf quelques-uns qui ne veulent fréquenter que ceux de leur race, ont toujours à la bouche les mots rituels et les plaisanteries consacrées, se fuyant les uns les autres, recherchant ceux qui leur sont le plus opposés, qui ne veulent pas de... pardonnant leurs rebuffades, s'enivrant de leurs complaisances, mais aussi rassemblés à leur pareil par l'ostracisme qui les frappe, l'opprobre où ils sont tombés, ayant fini par prendre, par une persécution semblable à celle d'Israël, les caractères physiques et moraux d'une race, parfois beau, souvent affreux, trouvant, malgré toutes les moqueries, dont celui qui, plus mêlé, mieux assimilé à la race adverse, est relativement en apparence le moins inverti, accable celui qui l'est demeuré davantage.
Une détente dans la fréquentation de leurs semblables et même un appui dans leur existence, si bien que tout en niant qu'ils soient une race dont le nom est la plus grande injure, ceux qui parviennent à cacher qu'ils en sont, ils les démasquent volontiers, moins pour leur nuire, Ceux qu'ils ne détestent pas que pour s'excuser et allant chercher comme un médecin l'appendice, l'inversion jusque dans l'histoire, ayant plaisir à rappeler que Socrate était l'un d'eux, comme les israélites disent de Jésus, sans songer qu'il n'y avait pas d'anormaux quand l'homosexualité était la norme, pas d'antichrétiens avant le Christ, que l'opprobre seul fait le crime parce qu'il n'a laissé subsister que ceux qui étaient réfractaires à toute prédication, à tout exemple, à tout châtiment. En vertu d'une disposition innée tellement spéciale qu'elle ne répugne plus aux autres hommes, encore qu'elle puisse s'accompagner de hautes qualités morales, que de certains vissent qui y contredisent comme le vol, la cruauté, la mauvaise foi, mieux compris donc plus excusés du commun des hommes.
Formant une franc-maçonnerie bien plus étendue. plus efficace et moins soupçonnée que celle des loges, car elle repose sur une identité de goût, de besoin, d'habitude, de danger, d'apprentissage, de savoir, de trafic, de glossaire, et dans laquelle les membres même qui souhaitent ne pas se connaître aussitôt se reconnaissent à des signes naturels ou des conventions, involontaires ou voulues, qui signalent Un de ces semblables aux mendiants, dans le grand seigneur à qui il ferme la portière de sa voiture, au père, dans le fiancé de sa fille, à celui qui avait voulu se guérir, se confesser, qui avait à se défendre dans le médecin, dans le prêtre, dans l'avocat qu'il était allé trouver.
Tous obligés à protéger leurs secrets, mais ayant leur part d'un secret des autres que le reste de l'humanité ne soupçonne pas. et qui fait qu'à eux, les romans d'aventure les plus invraisemblables semblent vrais, car, dans cette vie romanesque anachronique, l'ambassadeur est ami du forçat. Le prince, avec une certaine liberté d'allure que donne l'éducation aristocratique et qu'un petit bourgeois tremblant n'aurait pas en sortant de chez la duchesse, s'en va conférer avec la pâche. Partie réprouvée de la collectivité humaine, mais partie importante, soupçonnée, là où elle n'est pas, étalée, insolente, impunie, là où elle n'est pas devinée. Content des adhérents partout, dans le peuple, dans l'armée, dans le temple, au bagne, sur le trône, vivant enfin du moins un grand nombre, dans l'intimité caressante et dangereuse avec les hommes de l'autre race, les provoquant, jouant avec eux à parler de son vice comme s'il n'était pas sien, jeu qui est rendu facile par l'aveuglement ou la fausseté des autres, jeu qui peut se prolonger des années jusqu'au jour du scandale où ses dompteurs sont dévorés.
Jusque-là obligés de cacher leur vie, de détourner leur regard d'où ils voudraient se fixer, de les fixer sur ce dont ils voudraient se détourner, de changer le genre de bien des adjectifs dans leur vocabulaire, contraintes sociales légères auprès de la contrainte intérieure que leur vice ou ce qu'on nomme improprement ainsi leur impose non plus à l'égard des autres mais d'eux-mêmes. et de façon qu'à eux-mêmes, ils ne leur paraissent pas un vice. Point final. Voilà, donc c'était la plus longue phrase de la littérature française.
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Voilà, je te remercie Clarence. Et on se retrouve pour un prochain podcast.
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Bonjour et bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani, le poète Régis Dequet. Bonjour Clarence. Bonjour Régis. Alors je ne sais pas si tu te rappelles, mais à l'école, on nous apprenait qu'une phrase commence toujours par une majuscule et se termine par un point.
Oui.
Eh bien, entre cette majuscule et ce point, il peut... évidemment, s'y trouver beaucoup, beaucoup de choses, en général, il y a un sujet, un verbe, une action. Et puis, avec un complément d'objet, un adjectif. Quand on dit une phrase commence par une majuscule et se termine par un point, on ne sait pas trop ce qu'il y a entre. Il peut y avoir beaucoup de mots. Notamment, dans Les Misérables, cette fameuse phrase de Victor Hugo qui compte deux... 823 mots. Alors je rappelle, c'est une phrase qui commence par « Fils d'un père que l'histoire excusera par certaines circonstances atténuantes. » mais aussi digne d'estime que ce père fut blâmable, etc. Donc c'est une très très longue phrase, phrase qui effectivement a été battue par un autre grand écrivain, Marcel Proust. Dans la recherche, dans le livre Sodome et Gomorre, il y a une phrase de 856 mots. Eh bien Clarence, je te propose qu'on fasse aujourd'hui un podcast avec une phrase et avec cette phrase-là.
D'accord, donc nous la lisons à deux voix, c'est ça ? Voilà,
exactement, parce que vous allez voir, elle est franchement longue. Donc, on y va tranquillement, je te propose de commencer.
D'accord. Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu'à la découverte du crime, sans situation qu'un sable, comme pour le poète, la veille fêtée dans tous les salons, applaudie dans tous les théâtres de Londres, Chassé le lendemain de tous les garnisons sans pouvoir trouver un oreiller ou reposer sa tête, tournant la meule comme Samson et disant comme lui, les deux sexes mourront chacun de son côté. Exclu même. Or, les jours de grande infortune où le plus grand nombre se rallient autour de la victime, comme les Juifs autour de Dreyfus, de la sympathie, parfois, de la société, de leurs semblables. auxquels ils donnent le dégoût de voir ce qu'ils sont, dépeints dans un miroir qui ne les flatte en plus, accusent toutes les tares qu'ils n'avaient pas voulu remarquer chez eux-mêmes, et qui leur fait comprendre que ce qu'ils appelaient leur amour, et à quoi en jouant sur le mot, ils avaient par sens social annexé tout ce que la poésie, la peinture, la musique, la chevalerie, l'ascétisme ont pu ajouter à l'amour, découle non d'un idéal de beauté qu'ils ont élu, mais d'une maladie inguérissable.
Comme les juifs encore, sauf quelques-uns qui ne veulent fréquenter que ceux de leur race, ont toujours à la bouche les mots rituels et les plaisanteries consacrées, se fuyant les uns les autres, recherchant ceux qui leur sont le plus opposés, qui ne veulent pas de... pardonnant leurs rebuffades, s'enivrant de leurs complaisances, mais aussi rassemblés à leur pareil par l'ostracisme qui les frappe, l'opprobre où ils sont tombés, ayant fini par prendre, par une persécution semblable à celle d'Israël, les caractères physiques et moraux d'une race, parfois beau, souvent affreux, trouvant, malgré toutes les moqueries, dont celui qui, plus mêlé, mieux assimilé à la race adverse, est relativement en apparence le moins inverti, accable celui qui l'est demeuré davantage.
Une détente dans la fréquentation de leurs semblables et même un appui dans leur existence, si bien que tout en niant qu'ils soient une race dont le nom est la plus grande injure, ceux qui parviennent à cacher qu'ils en sont, ils les démasquent volontiers, moins pour leur nuire, Ceux qu'ils ne détestent pas que pour s'excuser et allant chercher comme un médecin l'appendice, l'inversion jusque dans l'histoire, ayant plaisir à rappeler que Socrate était l'un d'eux, comme les israélites disent de Jésus, sans songer qu'il n'y avait pas d'anormaux quand l'homosexualité était la norme, pas d'antichrétiens avant le Christ, que l'opprobre seul fait le crime parce qu'il n'a laissé subsister que ceux qui étaient réfractaires à toute prédication, à tout exemple, à tout châtiment. En vertu d'une disposition innée tellement spéciale qu'elle ne répugne plus aux autres hommes, encore qu'elle puisse s'accompagner de hautes qualités morales, que de certains vissent qui y contredisent comme le vol, la cruauté, la mauvaise foi, mieux compris donc plus excusés du commun des hommes.
Formant une franc-maçonnerie bien plus étendue. plus efficace et moins soupçonnée que celle des loges, car elle repose sur une identité de goût, de besoin, d'habitude, de danger, d'apprentissage, de savoir, de trafic, de glossaire, et dans laquelle les membres même qui souhaitent ne pas se connaître aussitôt se reconnaissent à des signes naturels ou des conventions, involontaires ou voulues, qui signalent Un de ces semblables aux mendiants, dans le grand seigneur à qui il ferme la portière de sa voiture, au père, dans le fiancé de sa fille, à celui qui avait voulu se guérir, se confesser, qui avait à se défendre dans le médecin, dans le prêtre, dans l'avocat qu'il était allé trouver.
Tous obligés à protéger leurs secrets, mais ayant leur part d'un secret des autres que le reste de l'humanité ne soupçonne pas. et qui fait qu'à eux, les romans d'aventure les plus invraisemblables semblent vrais, car, dans cette vie romanesque anachronique, l'ambassadeur est ami du forçat. Le prince, avec une certaine liberté d'allure que donne l'éducation aristocratique et qu'un petit bourgeois tremblant n'aurait pas en sortant de chez la duchesse, s'en va conférer avec la pâche. Partie réprouvée de la collectivité humaine, mais partie importante, soupçonnée, là où elle n'est pas, étalée, insolente, impunie, là où elle n'est pas devinée. Content des adhérents partout, dans le peuple, dans l'armée, dans le temple, au bagne, sur le trône, vivant enfin du moins un grand nombre, dans l'intimité caressante et dangereuse avec les hommes de l'autre race, les provoquant, jouant avec eux à parler de son vice comme s'il n'était pas sien, jeu qui est rendu facile par l'aveuglement ou la fausseté des autres, jeu qui peut se prolonger des années jusqu'au jour du scandale où ses dompteurs sont dévorés.
Jusque-là obligés de cacher leur vie, de détourner leur regard d'où ils voudraient se fixer, de les fixer sur ce dont ils voudraient se détourner, de changer le genre de bien des adjectifs dans leur vocabulaire, contraintes sociales légères auprès de la contrainte intérieure que leur vice ou ce qu'on nomme improprement ainsi leur impose non plus à l'égard des autres mais d'eux-mêmes. et de façon qu'à eux-mêmes, ils ne leur paraissent pas un vice. Point final. Voilà, donc c'était la plus longue phrase de la littérature française.
Magnifique.
Voilà, je te remercie Clarence. Et on se retrouve pour un prochain podcast.
Au revoir.
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Une phrase commence toujours par une majuscule et se termine par un point.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour et bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani, le poète Régis Dequet. Bonjour Clarence. Bonjour Régis. Alors je ne sais pas si tu te rappelles, mais à l'école, on nous apprenait qu'une phrase commence toujours par une majuscule et se termine par un point.
Oui.
Eh bien, entre cette majuscule et ce point, il peut... évidemment, s'y trouver beaucoup, beaucoup de choses, en général, il y a un sujet, un verbe, une action. Et puis, avec un complément d'objet, un adjectif. Quand on dit une phrase commence par une majuscule et se termine par un point, on ne sait pas trop ce qu'il y a entre. Il peut y avoir beaucoup de mots. Notamment, dans Les Misérables, cette fameuse phrase de Victor Hugo qui compte deux... 823 mots. Alors je rappelle, c'est une phrase qui commence par « Fils d'un père que l'histoire excusera par certaines circonstances atténuantes. » mais aussi digne d'estime que ce père fut blâmable, etc. Donc c'est une très très longue phrase, phrase qui effectivement a été battue par un autre grand écrivain, Marcel Proust. Dans la recherche, dans le livre Sodome et Gomorre, il y a une phrase de 856 mots. Eh bien Clarence, je te propose qu'on fasse aujourd'hui un podcast avec une phrase et avec cette phrase-là.
D'accord, donc nous la lisons à deux voix, c'est ça ? Voilà,
exactement, parce que vous allez voir, elle est franchement longue. Donc, on y va tranquillement, je te propose de commencer.
D'accord. Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu'à la découverte du crime, sans situation qu'un sable, comme pour le poète, la veille fêtée dans tous les salons, applaudie dans tous les théâtres de Londres, Chassé le lendemain de tous les garnisons sans pouvoir trouver un oreiller ou reposer sa tête, tournant la meule comme Samson et disant comme lui, les deux sexes mourront chacun de son côté. Exclu même. Or, les jours de grande infortune où le plus grand nombre se rallient autour de la victime, comme les Juifs autour de Dreyfus, de la sympathie, parfois, de la société, de leurs semblables. auxquels ils donnent le dégoût de voir ce qu'ils sont, dépeints dans un miroir qui ne les flatte en plus, accusent toutes les tares qu'ils n'avaient pas voulu remarquer chez eux-mêmes, et qui leur fait comprendre que ce qu'ils appelaient leur amour, et à quoi en jouant sur le mot, ils avaient par sens social annexé tout ce que la poésie, la peinture, la musique, la chevalerie, l'ascétisme ont pu ajouter à l'amour, découle non d'un idéal de beauté qu'ils ont élu, mais d'une maladie inguérissable.
Comme les juifs encore, sauf quelques-uns qui ne veulent fréquenter que ceux de leur race, ont toujours à la bouche les mots rituels et les plaisanteries consacrées, se fuyant les uns les autres, recherchant ceux qui leur sont le plus opposés, qui ne veulent pas de... pardonnant leurs rebuffades, s'enivrant de leurs complaisances, mais aussi rassemblés à leur pareil par l'ostracisme qui les frappe, l'opprobre où ils sont tombés, ayant fini par prendre, par une persécution semblable à celle d'Israël, les caractères physiques et moraux d'une race, parfois beau, souvent affreux, trouvant, malgré toutes les moqueries, dont celui qui, plus mêlé, mieux assimilé à la race adverse, est relativement en apparence le moins inverti, accable celui qui l'est demeuré davantage.
Une détente dans la fréquentation de leurs semblables et même un appui dans leur existence, si bien que tout en niant qu'ils soient une race dont le nom est la plus grande injure, ceux qui parviennent à cacher qu'ils en sont, ils les démasquent volontiers, moins pour leur nuire, Ceux qu'ils ne détestent pas que pour s'excuser et allant chercher comme un médecin l'appendice, l'inversion jusque dans l'histoire, ayant plaisir à rappeler que Socrate était l'un d'eux, comme les israélites disent de Jésus, sans songer qu'il n'y avait pas d'anormaux quand l'homosexualité était la norme, pas d'antichrétiens avant le Christ, que l'opprobre seul fait le crime parce qu'il n'a laissé subsister que ceux qui étaient réfractaires à toute prédication, à tout exemple, à tout châtiment. En vertu d'une disposition innée tellement spéciale qu'elle ne répugne plus aux autres hommes, encore qu'elle puisse s'accompagner de hautes qualités morales, que de certains vissent qui y contredisent comme le vol, la cruauté, la mauvaise foi, mieux compris donc plus excusés du commun des hommes.
Formant une franc-maçonnerie bien plus étendue. plus efficace et moins soupçonnée que celle des loges, car elle repose sur une identité de goût, de besoin, d'habitude, de danger, d'apprentissage, de savoir, de trafic, de glossaire, et dans laquelle les membres même qui souhaitent ne pas se connaître aussitôt se reconnaissent à des signes naturels ou des conventions, involontaires ou voulues, qui signalent Un de ces semblables aux mendiants, dans le grand seigneur à qui il ferme la portière de sa voiture, au père, dans le fiancé de sa fille, à celui qui avait voulu se guérir, se confesser, qui avait à se défendre dans le médecin, dans le prêtre, dans l'avocat qu'il était allé trouver.
Tous obligés à protéger leurs secrets, mais ayant leur part d'un secret des autres que le reste de l'humanité ne soupçonne pas. et qui fait qu'à eux, les romans d'aventure les plus invraisemblables semblent vrais, car, dans cette vie romanesque anachronique, l'ambassadeur est ami du forçat. Le prince, avec une certaine liberté d'allure que donne l'éducation aristocratique et qu'un petit bourgeois tremblant n'aurait pas en sortant de chez la duchesse, s'en va conférer avec la pâche. Partie réprouvée de la collectivité humaine, mais partie importante, soupçonnée, là où elle n'est pas, étalée, insolente, impunie, là où elle n'est pas devinée. Content des adhérents partout, dans le peuple, dans l'armée, dans le temple, au bagne, sur le trône, vivant enfin du moins un grand nombre, dans l'intimité caressante et dangereuse avec les hommes de l'autre race, les provoquant, jouant avec eux à parler de son vice comme s'il n'était pas sien, jeu qui est rendu facile par l'aveuglement ou la fausseté des autres, jeu qui peut se prolonger des années jusqu'au jour du scandale où ses dompteurs sont dévorés.
Jusque-là obligés de cacher leur vie, de détourner leur regard d'où ils voudraient se fixer, de les fixer sur ce dont ils voudraient se détourner, de changer le genre de bien des adjectifs dans leur vocabulaire, contraintes sociales légères auprès de la contrainte intérieure que leur vice ou ce qu'on nomme improprement ainsi leur impose non plus à l'égard des autres mais d'eux-mêmes. et de façon qu'à eux-mêmes, ils ne leur paraissent pas un vice. Point final. Voilà, donc c'était la plus longue phrase de la littérature française.
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