Description
Comment écrire les sons ? Comment les dire ?
Les dire, c’est déjà du son
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Description
Comment écrire les sons ? Comment les dire ?
Les dire, c’est déjà du son
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence. »
« Bonjour Régis. »
« Comment écrire les sons ? Comment les dire ? Les dire, c'est déjà du son ? » Le bruit des mots, de la parole, avec sa tessiture, sa hauteur, ses particularités sonores. Frémissement,
froissement,
frôlement,
murmure,
souffle,
plainte,
soupir,
clapotement,
gargouillis,
grincement,
gémissement,
cri,
bagarre,
vacarme,
claquement,
boucan,
tumulte,
râle,
gronder,
vrombir,
éclater,
exploser,
vociférer,
brutal,
brillant,
onomatopée,
timbre, clair, sombre,
blanc,
brillant,
mat.
Terne,
éclatant,
coloré,
scintillant,
pâle,
vilain,
beau,
affreux,
pétillant. Le bruit du corps, celui de la déglutition, des ronflements, de l'expiration bruyante marquant l'exaspération. Du rot irrépressible après un verre de Coca-Cola. Les borborigmes. gargouillis, baillements, craquements, flatulences. Il est bruyant ce corps. Le corps orchestre, ses maladresses et ses coups dans les meubles, les pieds dans les chaises, le corps orchestre qui bute sur le lit, qui trébuche, ses chutes et ses os, qui craquent, cassent, les dents qui grincent, claquent, le bruit des rires, des ricanements, les corps qui bougent. se meuvent le pas lourd, le pas de loup, traîner la patte, craquer les os des mains, le corps et ses vêtements, le bruit qui se froisse, le tissu qui se froisse, à chaque mouvement, le zip de la fermeture éclair.
À Brûle-Pourpoint, je dirais que le bruit m'évoque aussitôt le bruit des mots. C'est la première chose qui me vient à l'esprit. Je suis très sensible aux mots. Je suis très sensible à la parole. Je suis très sensible à la manière dont les gens utilisent les mots, parfois même trop. J'ai du mal à ne pas les prendre au sérieux. Je suis très sérieuse avec les mots. Je ne comprends pas qu'on puisse parler sans rien dire ou sans vouloir vraiment dire. Je fais donc très attention aux mots et à la manière dont ils sont prononcés. Je fais très attention à leur sonorité. Quelques fois, les mots sont dits sans être vraiment pensés. Je les entends d'autrui mais j'ai comme le sentiment qu'ils sont débités sans conviction. Alors, dans un cas comme celui-là, leur bruit est plus proche d'un bruit de fond, d'une ambiance sonore qui offre à mes oreilles une forme de confusion, ne sachant pas si je dois m'attacher aux mots ou simplement laisser l'autre déverser ses phrases qu'il pourrait dire à n'importe qui. J'irais même jusqu'à dire que c'est plus qu'un bruit de fond. Car c'est un bruit qui peut me déranger. Je me demande ce que je fais là, pourquoi j'écoute et comment répondre. Irais-je jusqu'à prétendre que cela ressemble à une pollution sonore ? Peut-être bien.
Le bruit de l'attente. Le bruit des cent pas tournés en rond. Gesticuler les jambes, pianoter sur la table. L'attente, c'est un rythme, le bruit du cœur qui bat.
Le bruit des mots dépend également du contexte dans lequel ils s'inscrivent et aussi de l'humeur dans laquelle je les reçois. Suis-je détendu dans un espace où je sais qu'il ne me faut rien attendre de particulier ? Ou bien vais-je dans un espace avec l'espoir qu'il se dise quelque chose et tout puisse changer ? » La sonorité des mots et la réception de celles-ci dépendent de moi. Elle peut entrer dans une oreille pour en ressortir par l'autre, ce qui dans mon cas est assez rare car il y a toujours un mot ou un bruit parasite qui gratte l'intérieur de mon crâne, un mot qui froisse. Mais je peux quand même laisser passer. Ou bien je suis dans une attente où chaque lettre prononcée d'autrui est chargée d'un message subliminal qui frappe mon esprit et mon cœur à chaque syllabe. C'est d'abattements de mots qui martèlent en moi et peuvent provoquer de minis explosions ou de craquements.
Le bruit de l'écriture, le son de la littérature, gratte-ment, stylo sur le papier. Firmament des mots recopiés, paroles qui se détournent. Avec ardeur, passage que l'on rature. Traces sonores de la pensée, mon stylo glisse, la bille crisse. C'est des sons que l'on nisse. Issez-haut les mots, le bruit de l'écriture comme une égratignure, Le bruit de la lecture comme une couverture. Le bruit, le fruit, le bruit construit, le bruit abrit, Le bruit instruit les mots que l'on annonce. La graphie des pensées, le bruit du circuit, ça glisse, crisse, gratte, caresse, ça grave. Le bruit qui fuit vers un ailleurs, le bruit qui fuit, s'évade comme le filet d'air d'un ballon de baudruche, un sifflement strident, le bruit qui gifle, les cris qui crient.
Je mâche longtemps mes mots avant de les prononcer. Et si c'est quelque chose qui me tient à cœur, je les tourne et les retourne dans ma bouche, les roule sous ma langue durant des heures entières, comme un bourdonnement, un frémissement palpitant. Je cherche les phrases, la justesse du langage. Je mâche la justesse jusqu'à ce que mes mots deviennent limpides, comme si mon esprit les avait suffisamment ingurgités pour que je leur fasse confiance et que je puisse me faire confiance. Ouvrir la bouche le moment venu et laisser le flot de mots s'évader en douceur. J'aime ce moment où j'entends ma voix calme et posée retentir et où chaque mot résonne comme une pièce qui teinte, mais sans colère ni vacarme. Ce moment où chaque phrase retentie a du poids sans pour autant tuer l'autre. C'est comme si un océan de paix m'envahissait. Le sentiment d'avoir dit exactement ce que je voulais dire et cette parole ne m'appartient plus.
Comment dire le bruit ? Comment les dire, écrire les sons ? Les mots sont des symboles, ils ne sont pas le réel. Les bruits sont le réel. La rencontre du monde, le heurt de la matière, le marteau sur le clou, la clé dans la serrure, le verre sur le carrelage, la claque sur le visage, la pluie sur le trottoir, mais... Quel est le son d'une seule main qui applaudit ? Dire le bruit a quoi bon ? Le bruit lui-même déborde toute tentative de le dire. Qui devra m'entendre ? Entendez-vous ? Entendez-vous bien ce que je dis ? La rumeur, chaos du réel, vacarme sociale, saturation médiatique, le bruit infini comme le clapotis des vagues sur la plage.
Badaboum, bang, clic-clac, ding-dong, ping-pong, cric-crac, tic-tac, glouglout, soin-soin, flic-flac, floc. Dans les spectacles pour les tout petits enfants, les onomatopées sont extrêmement importantes. Elles sont un éveil au langage, au son. Je veille à rythmer chacune d'entre elles, à les répéter, à les chanter ou faire chanter à l'unisson. C'est aussi fort qu'un mot, aussi fort qu'un geste. Le son est ressenti à l'intérieur et rejaillit souvent avec beaucoup de joie. Il y a l'absurde de l'onomatopée qui est à partager gaiement. Et les enfants peuvent comprendre. Ils peuvent se référer au son et au bruit qu'ils connaissent. Comme les cris des animaux, par exemple, « wouaf wouaf » pour le chien, ou d'un objet qui tombe « bang badaboom » , ou la sonnerie de la porte « ding dong » . Se référer à des actions, des situations concrètes comme boire de l'eau, glouglou, manger une noisette, cric-crac, écouter un réveil tic-tac ou une montre ou une horloge sur le mur. Le bruit de la pluie, flic-flac-floc, et des splashes dans les flaques avec ses bottes cirées jaunes. J'aime introduire des ononomatopées dans les historiettes pour les petits, ou des mots compliqués, comme le verbe guetter, et il guette, et il guette, ou bien arc-bouter. Les petits sont en mesure de les répéter, fournissent des efforts de bouche et de langue pour les crier ensemble. Ce sont des mots d'allégresse à la découverte du mystère des mots. Il y a le bruit des bouches. Lorsque l'on mange de la nourriture, que l'on avale, que l'on digère, que l'on mastique. Ce ne sont pas des bruits très agréables. Ils peuvent même être perturbants ou carrément agaçants. J'ai vu des gens piquer des cris, se lever de table. Ce sont des sonorités très particulières dont on n'a pas vraiment conscience lorsque soi-même nous mangeons, mais qui prennent la forme d'un tapage, d'un tumulte dans la bouche de l'autre. Nous l'acceptons d'un bébé ou d'un animal, de son chien ou de son chat. Et pourtant, elle est bien vécue lorsque nous disons à plusieurs. Qu'est-ce qui dans ces sons peuvent nous irriter ? Peut-être est-ce la tonalité des mots mêlés à la mastication des aliments qui rendent les bruits de bouche inaudibles. Est-ce dû à la personne qui mange et que l'on entend ? Aimons-nous cet autre ou bien chaque bruit qu'il fait nous est devenu insupportable au point de vouloir l'empêcher de manger ou de se retrouver à la même table que lui. Et il suffit d'une bouche ouverte en mangeant pour qu'une violence s'empare de nous.
Le bruit du silence, c'est l'indescriptible, l'absence, le silence assourdissant, vide, sonore. Calme absolu, silence profond, oppressant, pesant, silence qui fait mal aux oreilles, la rumeur du silence.
Il y a le bruit des pensées, douce, pareil à de l'haleine ou du talc saupoudré, ou dure et cassante comme de la pierre rocheuse sur une falaise escarpée, douce. Les pensées qui peuvent accompagner une marche en forêt, où chaque mot s'évade de son esprit, vole jusqu'aux arbres, jusqu'au ciel, redescend, fait chaud à l'intérieur du ventre, du cœur. Durs les pensées qui agitent le sommeil, cognent contre les tempes, font crisper les dents. Coups de tonnerre, déflagration, détonation dans la tête. Et de ces pensées découlent les sensations, car toute chose dans son esprit a des conséquences directes sur le corps. consciemment ou non. Les pensées peuvent, à mon sens, être une pollution sonore à mettre dans la catégorie des pollutions qui frappent l'environnement. Si une pensée pouvait tuer, beaucoup d'entre nous seraient déjà morts. Le bruit de la pensée est puissant. Le son du mental peut être une onde de choc. Parfois, j'ai la sensation de pouvoir ressentir la pensée de l'autre, pas la lire. mais la ressentir. C'est fascinant, le murmure de la pensée, le chuchotement incessant, et parfois j'aimerais qu'il s'éteigne, que je sois comme un poisson rouge, sans pensée, sans mémoire. Mais sont-ils comme cela, les poissons rouges ?
Si le silence, c'est presque la mort, alors le bruit, c'est déjà la vie. Le bruit de mes pas. Les branches qui craquent, le gazouillis des oiseaux, la mouche qui te tournoie autour, la roue du vélo, le chant des baleines, le caillou dans l'eau, la clé dans la serrure, la ballon, le tonnerre, le vent dans les feuilles, le moteur à combustion. Le bruit, c'est déjà la vie.
Merci Régis. Alors, pour poursuivre, nous allons vous mettre des liens sur le site Isadora BC pour aller plus loin sur cette idée de bruit. À écouter différentes conférences pour une écoute des bruits de la pensée de François Noudelman, mais aussi entre les oreilles, la pensée du bruit de Thierry Mignot. ou bien un carnet de résidence d'Anne Savelli le 7 novembre 2021. Et puis, à lire, le bruit des mots de Germain Huby aux éditions Le Tripode. D'ailleurs, avec cet ouvrage, nous en revenons à la bande dessinée que nous avons évoquée dans un podcast précédent. Et dans cette bande dessinée, Germain Huby, qui est un artiste plasticien, dessine le bruit qu'il entend de différentes situations. de la scène de vie banale à des échanges surréalistes. Donc voilà, alors à lire encore dans la revue médicale suisse parue le 8 février 2015 dans le domaine pédiatrie, tout un article à propos d'un cas clinique sur la misophonie ou l'aversion pour le bruit.
J'ai compris la version, mais c'est genre une version de quelque chose.
C'est une maladie en fait,
la misophonie, c'est ça ?
Oui.
Ok.
Sur le site de Kerninfo, vous pouvez lire un article de Hélène Pussac, « Espaces et bruits » . Et puis on va vous mettre aussi un lien également sur Kerninfo, sur le monde sonore dans la littérature française du XVIIIe siècle. Et je t'invite Régis à nous... partager un petit écrit de Rousseau, le philosophe.
Alors Rousseau qui écrivait « Tel est l'état où je me suis trouvé souvent, à l'île de Saint-Pierre, dans mes rêveries solitaires. Soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l'eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs, au bord d'une belle rivière ou d'un ruisseau murmurant sur le gravier. »
Et je vais terminer avec le philosophe Boileau, qui n'a pas senti un vif plaisir en entendant le soir du fond de son lit, le son mélodieux de ses orgues nocturnes qui égayent les ténèbres et abrègent les longues heures de l'hiver.
Et bien voilà, c'est ainsi que nous terminons ce podcast. Je te remercie Clarence.
Oui, merci Régis. Nous allons donc vous mettre sur le site Isadora BC tous les liens dont on vous a parlé et nous allons nous taire désormais.
Je vous souhaite une bonne écoute. Merci, au revoir.
Au revoir.
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Comment écrire les sons ? Comment les dire ?
Les dire, c’est déjà du son
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence. »
« Bonjour Régis. »
« Comment écrire les sons ? Comment les dire ? Les dire, c'est déjà du son ? » Le bruit des mots, de la parole, avec sa tessiture, sa hauteur, ses particularités sonores. Frémissement,
froissement,
frôlement,
murmure,
souffle,
plainte,
soupir,
clapotement,
gargouillis,
grincement,
gémissement,
cri,
bagarre,
vacarme,
claquement,
boucan,
tumulte,
râle,
gronder,
vrombir,
éclater,
exploser,
vociférer,
brutal,
brillant,
onomatopée,
timbre, clair, sombre,
blanc,
brillant,
mat.
Terne,
éclatant,
coloré,
scintillant,
pâle,
vilain,
beau,
affreux,
pétillant. Le bruit du corps, celui de la déglutition, des ronflements, de l'expiration bruyante marquant l'exaspération. Du rot irrépressible après un verre de Coca-Cola. Les borborigmes. gargouillis, baillements, craquements, flatulences. Il est bruyant ce corps. Le corps orchestre, ses maladresses et ses coups dans les meubles, les pieds dans les chaises, le corps orchestre qui bute sur le lit, qui trébuche, ses chutes et ses os, qui craquent, cassent, les dents qui grincent, claquent, le bruit des rires, des ricanements, les corps qui bougent. se meuvent le pas lourd, le pas de loup, traîner la patte, craquer les os des mains, le corps et ses vêtements, le bruit qui se froisse, le tissu qui se froisse, à chaque mouvement, le zip de la fermeture éclair.
À Brûle-Pourpoint, je dirais que le bruit m'évoque aussitôt le bruit des mots. C'est la première chose qui me vient à l'esprit. Je suis très sensible aux mots. Je suis très sensible à la parole. Je suis très sensible à la manière dont les gens utilisent les mots, parfois même trop. J'ai du mal à ne pas les prendre au sérieux. Je suis très sérieuse avec les mots. Je ne comprends pas qu'on puisse parler sans rien dire ou sans vouloir vraiment dire. Je fais donc très attention aux mots et à la manière dont ils sont prononcés. Je fais très attention à leur sonorité. Quelques fois, les mots sont dits sans être vraiment pensés. Je les entends d'autrui mais j'ai comme le sentiment qu'ils sont débités sans conviction. Alors, dans un cas comme celui-là, leur bruit est plus proche d'un bruit de fond, d'une ambiance sonore qui offre à mes oreilles une forme de confusion, ne sachant pas si je dois m'attacher aux mots ou simplement laisser l'autre déverser ses phrases qu'il pourrait dire à n'importe qui. J'irais même jusqu'à dire que c'est plus qu'un bruit de fond. Car c'est un bruit qui peut me déranger. Je me demande ce que je fais là, pourquoi j'écoute et comment répondre. Irais-je jusqu'à prétendre que cela ressemble à une pollution sonore ? Peut-être bien.
Le bruit de l'attente. Le bruit des cent pas tournés en rond. Gesticuler les jambes, pianoter sur la table. L'attente, c'est un rythme, le bruit du cœur qui bat.
Le bruit des mots dépend également du contexte dans lequel ils s'inscrivent et aussi de l'humeur dans laquelle je les reçois. Suis-je détendu dans un espace où je sais qu'il ne me faut rien attendre de particulier ? Ou bien vais-je dans un espace avec l'espoir qu'il se dise quelque chose et tout puisse changer ? » La sonorité des mots et la réception de celles-ci dépendent de moi. Elle peut entrer dans une oreille pour en ressortir par l'autre, ce qui dans mon cas est assez rare car il y a toujours un mot ou un bruit parasite qui gratte l'intérieur de mon crâne, un mot qui froisse. Mais je peux quand même laisser passer. Ou bien je suis dans une attente où chaque lettre prononcée d'autrui est chargée d'un message subliminal qui frappe mon esprit et mon cœur à chaque syllabe. C'est d'abattements de mots qui martèlent en moi et peuvent provoquer de minis explosions ou de craquements.
Le bruit de l'écriture, le son de la littérature, gratte-ment, stylo sur le papier. Firmament des mots recopiés, paroles qui se détournent. Avec ardeur, passage que l'on rature. Traces sonores de la pensée, mon stylo glisse, la bille crisse. C'est des sons que l'on nisse. Issez-haut les mots, le bruit de l'écriture comme une égratignure, Le bruit de la lecture comme une couverture. Le bruit, le fruit, le bruit construit, le bruit abrit, Le bruit instruit les mots que l'on annonce. La graphie des pensées, le bruit du circuit, ça glisse, crisse, gratte, caresse, ça grave. Le bruit qui fuit vers un ailleurs, le bruit qui fuit, s'évade comme le filet d'air d'un ballon de baudruche, un sifflement strident, le bruit qui gifle, les cris qui crient.
Je mâche longtemps mes mots avant de les prononcer. Et si c'est quelque chose qui me tient à cœur, je les tourne et les retourne dans ma bouche, les roule sous ma langue durant des heures entières, comme un bourdonnement, un frémissement palpitant. Je cherche les phrases, la justesse du langage. Je mâche la justesse jusqu'à ce que mes mots deviennent limpides, comme si mon esprit les avait suffisamment ingurgités pour que je leur fasse confiance et que je puisse me faire confiance. Ouvrir la bouche le moment venu et laisser le flot de mots s'évader en douceur. J'aime ce moment où j'entends ma voix calme et posée retentir et où chaque mot résonne comme une pièce qui teinte, mais sans colère ni vacarme. Ce moment où chaque phrase retentie a du poids sans pour autant tuer l'autre. C'est comme si un océan de paix m'envahissait. Le sentiment d'avoir dit exactement ce que je voulais dire et cette parole ne m'appartient plus.
Comment dire le bruit ? Comment les dire, écrire les sons ? Les mots sont des symboles, ils ne sont pas le réel. Les bruits sont le réel. La rencontre du monde, le heurt de la matière, le marteau sur le clou, la clé dans la serrure, le verre sur le carrelage, la claque sur le visage, la pluie sur le trottoir, mais... Quel est le son d'une seule main qui applaudit ? Dire le bruit a quoi bon ? Le bruit lui-même déborde toute tentative de le dire. Qui devra m'entendre ? Entendez-vous ? Entendez-vous bien ce que je dis ? La rumeur, chaos du réel, vacarme sociale, saturation médiatique, le bruit infini comme le clapotis des vagues sur la plage.
Badaboum, bang, clic-clac, ding-dong, ping-pong, cric-crac, tic-tac, glouglout, soin-soin, flic-flac, floc. Dans les spectacles pour les tout petits enfants, les onomatopées sont extrêmement importantes. Elles sont un éveil au langage, au son. Je veille à rythmer chacune d'entre elles, à les répéter, à les chanter ou faire chanter à l'unisson. C'est aussi fort qu'un mot, aussi fort qu'un geste. Le son est ressenti à l'intérieur et rejaillit souvent avec beaucoup de joie. Il y a l'absurde de l'onomatopée qui est à partager gaiement. Et les enfants peuvent comprendre. Ils peuvent se référer au son et au bruit qu'ils connaissent. Comme les cris des animaux, par exemple, « wouaf wouaf » pour le chien, ou d'un objet qui tombe « bang badaboom » , ou la sonnerie de la porte « ding dong » . Se référer à des actions, des situations concrètes comme boire de l'eau, glouglou, manger une noisette, cric-crac, écouter un réveil tic-tac ou une montre ou une horloge sur le mur. Le bruit de la pluie, flic-flac-floc, et des splashes dans les flaques avec ses bottes cirées jaunes. J'aime introduire des ononomatopées dans les historiettes pour les petits, ou des mots compliqués, comme le verbe guetter, et il guette, et il guette, ou bien arc-bouter. Les petits sont en mesure de les répéter, fournissent des efforts de bouche et de langue pour les crier ensemble. Ce sont des mots d'allégresse à la découverte du mystère des mots. Il y a le bruit des bouches. Lorsque l'on mange de la nourriture, que l'on avale, que l'on digère, que l'on mastique. Ce ne sont pas des bruits très agréables. Ils peuvent même être perturbants ou carrément agaçants. J'ai vu des gens piquer des cris, se lever de table. Ce sont des sonorités très particulières dont on n'a pas vraiment conscience lorsque soi-même nous mangeons, mais qui prennent la forme d'un tapage, d'un tumulte dans la bouche de l'autre. Nous l'acceptons d'un bébé ou d'un animal, de son chien ou de son chat. Et pourtant, elle est bien vécue lorsque nous disons à plusieurs. Qu'est-ce qui dans ces sons peuvent nous irriter ? Peut-être est-ce la tonalité des mots mêlés à la mastication des aliments qui rendent les bruits de bouche inaudibles. Est-ce dû à la personne qui mange et que l'on entend ? Aimons-nous cet autre ou bien chaque bruit qu'il fait nous est devenu insupportable au point de vouloir l'empêcher de manger ou de se retrouver à la même table que lui. Et il suffit d'une bouche ouverte en mangeant pour qu'une violence s'empare de nous.
Le bruit du silence, c'est l'indescriptible, l'absence, le silence assourdissant, vide, sonore. Calme absolu, silence profond, oppressant, pesant, silence qui fait mal aux oreilles, la rumeur du silence.
Il y a le bruit des pensées, douce, pareil à de l'haleine ou du talc saupoudré, ou dure et cassante comme de la pierre rocheuse sur une falaise escarpée, douce. Les pensées qui peuvent accompagner une marche en forêt, où chaque mot s'évade de son esprit, vole jusqu'aux arbres, jusqu'au ciel, redescend, fait chaud à l'intérieur du ventre, du cœur. Durs les pensées qui agitent le sommeil, cognent contre les tempes, font crisper les dents. Coups de tonnerre, déflagration, détonation dans la tête. Et de ces pensées découlent les sensations, car toute chose dans son esprit a des conséquences directes sur le corps. consciemment ou non. Les pensées peuvent, à mon sens, être une pollution sonore à mettre dans la catégorie des pollutions qui frappent l'environnement. Si une pensée pouvait tuer, beaucoup d'entre nous seraient déjà morts. Le bruit de la pensée est puissant. Le son du mental peut être une onde de choc. Parfois, j'ai la sensation de pouvoir ressentir la pensée de l'autre, pas la lire. mais la ressentir. C'est fascinant, le murmure de la pensée, le chuchotement incessant, et parfois j'aimerais qu'il s'éteigne, que je sois comme un poisson rouge, sans pensée, sans mémoire. Mais sont-ils comme cela, les poissons rouges ?
Si le silence, c'est presque la mort, alors le bruit, c'est déjà la vie. Le bruit de mes pas. Les branches qui craquent, le gazouillis des oiseaux, la mouche qui te tournoie autour, la roue du vélo, le chant des baleines, le caillou dans l'eau, la clé dans la serrure, la ballon, le tonnerre, le vent dans les feuilles, le moteur à combustion. Le bruit, c'est déjà la vie.
Merci Régis. Alors, pour poursuivre, nous allons vous mettre des liens sur le site Isadora BC pour aller plus loin sur cette idée de bruit. À écouter différentes conférences pour une écoute des bruits de la pensée de François Noudelman, mais aussi entre les oreilles, la pensée du bruit de Thierry Mignot. ou bien un carnet de résidence d'Anne Savelli le 7 novembre 2021. Et puis, à lire, le bruit des mots de Germain Huby aux éditions Le Tripode. D'ailleurs, avec cet ouvrage, nous en revenons à la bande dessinée que nous avons évoquée dans un podcast précédent. Et dans cette bande dessinée, Germain Huby, qui est un artiste plasticien, dessine le bruit qu'il entend de différentes situations. de la scène de vie banale à des échanges surréalistes. Donc voilà, alors à lire encore dans la revue médicale suisse parue le 8 février 2015 dans le domaine pédiatrie, tout un article à propos d'un cas clinique sur la misophonie ou l'aversion pour le bruit.
J'ai compris la version, mais c'est genre une version de quelque chose.
C'est une maladie en fait,
la misophonie, c'est ça ?
Oui.
Ok.
Sur le site de Kerninfo, vous pouvez lire un article de Hélène Pussac, « Espaces et bruits » . Et puis on va vous mettre aussi un lien également sur Kerninfo, sur le monde sonore dans la littérature française du XVIIIe siècle. Et je t'invite Régis à nous... partager un petit écrit de Rousseau, le philosophe.
Alors Rousseau qui écrivait « Tel est l'état où je me suis trouvé souvent, à l'île de Saint-Pierre, dans mes rêveries solitaires. Soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l'eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs, au bord d'une belle rivière ou d'un ruisseau murmurant sur le gravier. »
Et je vais terminer avec le philosophe Boileau, qui n'a pas senti un vif plaisir en entendant le soir du fond de son lit, le son mélodieux de ses orgues nocturnes qui égayent les ténèbres et abrègent les longues heures de l'hiver.
Et bien voilà, c'est ainsi que nous terminons ce podcast. Je te remercie Clarence.
Oui, merci Régis. Nous allons donc vous mettre sur le site Isadora BC tous les liens dont on vous a parlé et nous allons nous taire désormais.
Je vous souhaite une bonne écoute. Merci, au revoir.
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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence. »
« Bonjour Régis. »
« Comment écrire les sons ? Comment les dire ? Les dire, c'est déjà du son ? » Le bruit des mots, de la parole, avec sa tessiture, sa hauteur, ses particularités sonores. Frémissement,
froissement,
frôlement,
murmure,
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soupir,
clapotement,
gargouillis,
grincement,
gémissement,
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vacarme,
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boucan,
tumulte,
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brillant,
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Terne,
éclatant,
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scintillant,
pâle,
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beau,
affreux,
pétillant. Le bruit du corps, celui de la déglutition, des ronflements, de l'expiration bruyante marquant l'exaspération. Du rot irrépressible après un verre de Coca-Cola. Les borborigmes. gargouillis, baillements, craquements, flatulences. Il est bruyant ce corps. Le corps orchestre, ses maladresses et ses coups dans les meubles, les pieds dans les chaises, le corps orchestre qui bute sur le lit, qui trébuche, ses chutes et ses os, qui craquent, cassent, les dents qui grincent, claquent, le bruit des rires, des ricanements, les corps qui bougent. se meuvent le pas lourd, le pas de loup, traîner la patte, craquer les os des mains, le corps et ses vêtements, le bruit qui se froisse, le tissu qui se froisse, à chaque mouvement, le zip de la fermeture éclair.
À Brûle-Pourpoint, je dirais que le bruit m'évoque aussitôt le bruit des mots. C'est la première chose qui me vient à l'esprit. Je suis très sensible aux mots. Je suis très sensible à la parole. Je suis très sensible à la manière dont les gens utilisent les mots, parfois même trop. J'ai du mal à ne pas les prendre au sérieux. Je suis très sérieuse avec les mots. Je ne comprends pas qu'on puisse parler sans rien dire ou sans vouloir vraiment dire. Je fais donc très attention aux mots et à la manière dont ils sont prononcés. Je fais très attention à leur sonorité. Quelques fois, les mots sont dits sans être vraiment pensés. Je les entends d'autrui mais j'ai comme le sentiment qu'ils sont débités sans conviction. Alors, dans un cas comme celui-là, leur bruit est plus proche d'un bruit de fond, d'une ambiance sonore qui offre à mes oreilles une forme de confusion, ne sachant pas si je dois m'attacher aux mots ou simplement laisser l'autre déverser ses phrases qu'il pourrait dire à n'importe qui. J'irais même jusqu'à dire que c'est plus qu'un bruit de fond. Car c'est un bruit qui peut me déranger. Je me demande ce que je fais là, pourquoi j'écoute et comment répondre. Irais-je jusqu'à prétendre que cela ressemble à une pollution sonore ? Peut-être bien.
Le bruit de l'attente. Le bruit des cent pas tournés en rond. Gesticuler les jambes, pianoter sur la table. L'attente, c'est un rythme, le bruit du cœur qui bat.
Le bruit des mots dépend également du contexte dans lequel ils s'inscrivent et aussi de l'humeur dans laquelle je les reçois. Suis-je détendu dans un espace où je sais qu'il ne me faut rien attendre de particulier ? Ou bien vais-je dans un espace avec l'espoir qu'il se dise quelque chose et tout puisse changer ? » La sonorité des mots et la réception de celles-ci dépendent de moi. Elle peut entrer dans une oreille pour en ressortir par l'autre, ce qui dans mon cas est assez rare car il y a toujours un mot ou un bruit parasite qui gratte l'intérieur de mon crâne, un mot qui froisse. Mais je peux quand même laisser passer. Ou bien je suis dans une attente où chaque lettre prononcée d'autrui est chargée d'un message subliminal qui frappe mon esprit et mon cœur à chaque syllabe. C'est d'abattements de mots qui martèlent en moi et peuvent provoquer de minis explosions ou de craquements.
Le bruit de l'écriture, le son de la littérature, gratte-ment, stylo sur le papier. Firmament des mots recopiés, paroles qui se détournent. Avec ardeur, passage que l'on rature. Traces sonores de la pensée, mon stylo glisse, la bille crisse. C'est des sons que l'on nisse. Issez-haut les mots, le bruit de l'écriture comme une égratignure, Le bruit de la lecture comme une couverture. Le bruit, le fruit, le bruit construit, le bruit abrit, Le bruit instruit les mots que l'on annonce. La graphie des pensées, le bruit du circuit, ça glisse, crisse, gratte, caresse, ça grave. Le bruit qui fuit vers un ailleurs, le bruit qui fuit, s'évade comme le filet d'air d'un ballon de baudruche, un sifflement strident, le bruit qui gifle, les cris qui crient.
Je mâche longtemps mes mots avant de les prononcer. Et si c'est quelque chose qui me tient à cœur, je les tourne et les retourne dans ma bouche, les roule sous ma langue durant des heures entières, comme un bourdonnement, un frémissement palpitant. Je cherche les phrases, la justesse du langage. Je mâche la justesse jusqu'à ce que mes mots deviennent limpides, comme si mon esprit les avait suffisamment ingurgités pour que je leur fasse confiance et que je puisse me faire confiance. Ouvrir la bouche le moment venu et laisser le flot de mots s'évader en douceur. J'aime ce moment où j'entends ma voix calme et posée retentir et où chaque mot résonne comme une pièce qui teinte, mais sans colère ni vacarme. Ce moment où chaque phrase retentie a du poids sans pour autant tuer l'autre. C'est comme si un océan de paix m'envahissait. Le sentiment d'avoir dit exactement ce que je voulais dire et cette parole ne m'appartient plus.
Comment dire le bruit ? Comment les dire, écrire les sons ? Les mots sont des symboles, ils ne sont pas le réel. Les bruits sont le réel. La rencontre du monde, le heurt de la matière, le marteau sur le clou, la clé dans la serrure, le verre sur le carrelage, la claque sur le visage, la pluie sur le trottoir, mais... Quel est le son d'une seule main qui applaudit ? Dire le bruit a quoi bon ? Le bruit lui-même déborde toute tentative de le dire. Qui devra m'entendre ? Entendez-vous ? Entendez-vous bien ce que je dis ? La rumeur, chaos du réel, vacarme sociale, saturation médiatique, le bruit infini comme le clapotis des vagues sur la plage.
Badaboum, bang, clic-clac, ding-dong, ping-pong, cric-crac, tic-tac, glouglout, soin-soin, flic-flac, floc. Dans les spectacles pour les tout petits enfants, les onomatopées sont extrêmement importantes. Elles sont un éveil au langage, au son. Je veille à rythmer chacune d'entre elles, à les répéter, à les chanter ou faire chanter à l'unisson. C'est aussi fort qu'un mot, aussi fort qu'un geste. Le son est ressenti à l'intérieur et rejaillit souvent avec beaucoup de joie. Il y a l'absurde de l'onomatopée qui est à partager gaiement. Et les enfants peuvent comprendre. Ils peuvent se référer au son et au bruit qu'ils connaissent. Comme les cris des animaux, par exemple, « wouaf wouaf » pour le chien, ou d'un objet qui tombe « bang badaboom » , ou la sonnerie de la porte « ding dong » . Se référer à des actions, des situations concrètes comme boire de l'eau, glouglou, manger une noisette, cric-crac, écouter un réveil tic-tac ou une montre ou une horloge sur le mur. Le bruit de la pluie, flic-flac-floc, et des splashes dans les flaques avec ses bottes cirées jaunes. J'aime introduire des ononomatopées dans les historiettes pour les petits, ou des mots compliqués, comme le verbe guetter, et il guette, et il guette, ou bien arc-bouter. Les petits sont en mesure de les répéter, fournissent des efforts de bouche et de langue pour les crier ensemble. Ce sont des mots d'allégresse à la découverte du mystère des mots. Il y a le bruit des bouches. Lorsque l'on mange de la nourriture, que l'on avale, que l'on digère, que l'on mastique. Ce ne sont pas des bruits très agréables. Ils peuvent même être perturbants ou carrément agaçants. J'ai vu des gens piquer des cris, se lever de table. Ce sont des sonorités très particulières dont on n'a pas vraiment conscience lorsque soi-même nous mangeons, mais qui prennent la forme d'un tapage, d'un tumulte dans la bouche de l'autre. Nous l'acceptons d'un bébé ou d'un animal, de son chien ou de son chat. Et pourtant, elle est bien vécue lorsque nous disons à plusieurs. Qu'est-ce qui dans ces sons peuvent nous irriter ? Peut-être est-ce la tonalité des mots mêlés à la mastication des aliments qui rendent les bruits de bouche inaudibles. Est-ce dû à la personne qui mange et que l'on entend ? Aimons-nous cet autre ou bien chaque bruit qu'il fait nous est devenu insupportable au point de vouloir l'empêcher de manger ou de se retrouver à la même table que lui. Et il suffit d'une bouche ouverte en mangeant pour qu'une violence s'empare de nous.
Le bruit du silence, c'est l'indescriptible, l'absence, le silence assourdissant, vide, sonore. Calme absolu, silence profond, oppressant, pesant, silence qui fait mal aux oreilles, la rumeur du silence.
Il y a le bruit des pensées, douce, pareil à de l'haleine ou du talc saupoudré, ou dure et cassante comme de la pierre rocheuse sur une falaise escarpée, douce. Les pensées qui peuvent accompagner une marche en forêt, où chaque mot s'évade de son esprit, vole jusqu'aux arbres, jusqu'au ciel, redescend, fait chaud à l'intérieur du ventre, du cœur. Durs les pensées qui agitent le sommeil, cognent contre les tempes, font crisper les dents. Coups de tonnerre, déflagration, détonation dans la tête. Et de ces pensées découlent les sensations, car toute chose dans son esprit a des conséquences directes sur le corps. consciemment ou non. Les pensées peuvent, à mon sens, être une pollution sonore à mettre dans la catégorie des pollutions qui frappent l'environnement. Si une pensée pouvait tuer, beaucoup d'entre nous seraient déjà morts. Le bruit de la pensée est puissant. Le son du mental peut être une onde de choc. Parfois, j'ai la sensation de pouvoir ressentir la pensée de l'autre, pas la lire. mais la ressentir. C'est fascinant, le murmure de la pensée, le chuchotement incessant, et parfois j'aimerais qu'il s'éteigne, que je sois comme un poisson rouge, sans pensée, sans mémoire. Mais sont-ils comme cela, les poissons rouges ?
Si le silence, c'est presque la mort, alors le bruit, c'est déjà la vie. Le bruit de mes pas. Les branches qui craquent, le gazouillis des oiseaux, la mouche qui te tournoie autour, la roue du vélo, le chant des baleines, le caillou dans l'eau, la clé dans la serrure, la ballon, le tonnerre, le vent dans les feuilles, le moteur à combustion. Le bruit, c'est déjà la vie.
Merci Régis. Alors, pour poursuivre, nous allons vous mettre des liens sur le site Isadora BC pour aller plus loin sur cette idée de bruit. À écouter différentes conférences pour une écoute des bruits de la pensée de François Noudelman, mais aussi entre les oreilles, la pensée du bruit de Thierry Mignot. ou bien un carnet de résidence d'Anne Savelli le 7 novembre 2021. Et puis, à lire, le bruit des mots de Germain Huby aux éditions Le Tripode. D'ailleurs, avec cet ouvrage, nous en revenons à la bande dessinée que nous avons évoquée dans un podcast précédent. Et dans cette bande dessinée, Germain Huby, qui est un artiste plasticien, dessine le bruit qu'il entend de différentes situations. de la scène de vie banale à des échanges surréalistes. Donc voilà, alors à lire encore dans la revue médicale suisse parue le 8 février 2015 dans le domaine pédiatrie, tout un article à propos d'un cas clinique sur la misophonie ou l'aversion pour le bruit.
J'ai compris la version, mais c'est genre une version de quelque chose.
C'est une maladie en fait,
la misophonie, c'est ça ?
Oui.
Ok.
Sur le site de Kerninfo, vous pouvez lire un article de Hélène Pussac, « Espaces et bruits » . Et puis on va vous mettre aussi un lien également sur Kerninfo, sur le monde sonore dans la littérature française du XVIIIe siècle. Et je t'invite Régis à nous... partager un petit écrit de Rousseau, le philosophe.
Alors Rousseau qui écrivait « Tel est l'état où je me suis trouvé souvent, à l'île de Saint-Pierre, dans mes rêveries solitaires. Soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l'eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs, au bord d'une belle rivière ou d'un ruisseau murmurant sur le gravier. »
Et je vais terminer avec le philosophe Boileau, qui n'a pas senti un vif plaisir en entendant le soir du fond de son lit, le son mélodieux de ses orgues nocturnes qui égayent les ténèbres et abrègent les longues heures de l'hiver.
Et bien voilà, c'est ainsi que nous terminons ce podcast. Je te remercie Clarence.
Oui, merci Régis. Nous allons donc vous mettre sur le site Isadora BC tous les liens dont on vous a parlé et nous allons nous taire désormais.
Je vous souhaite une bonne écoute. Merci, au revoir.
Au revoir.
Description
Comment écrire les sons ? Comment les dire ?
Les dire, c’est déjà du son
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence. »
« Bonjour Régis. »
« Comment écrire les sons ? Comment les dire ? Les dire, c'est déjà du son ? » Le bruit des mots, de la parole, avec sa tessiture, sa hauteur, ses particularités sonores. Frémissement,
froissement,
frôlement,
murmure,
souffle,
plainte,
soupir,
clapotement,
gargouillis,
grincement,
gémissement,
cri,
bagarre,
vacarme,
claquement,
boucan,
tumulte,
râle,
gronder,
vrombir,
éclater,
exploser,
vociférer,
brutal,
brillant,
onomatopée,
timbre, clair, sombre,
blanc,
brillant,
mat.
Terne,
éclatant,
coloré,
scintillant,
pâle,
vilain,
beau,
affreux,
pétillant. Le bruit du corps, celui de la déglutition, des ronflements, de l'expiration bruyante marquant l'exaspération. Du rot irrépressible après un verre de Coca-Cola. Les borborigmes. gargouillis, baillements, craquements, flatulences. Il est bruyant ce corps. Le corps orchestre, ses maladresses et ses coups dans les meubles, les pieds dans les chaises, le corps orchestre qui bute sur le lit, qui trébuche, ses chutes et ses os, qui craquent, cassent, les dents qui grincent, claquent, le bruit des rires, des ricanements, les corps qui bougent. se meuvent le pas lourd, le pas de loup, traîner la patte, craquer les os des mains, le corps et ses vêtements, le bruit qui se froisse, le tissu qui se froisse, à chaque mouvement, le zip de la fermeture éclair.
À Brûle-Pourpoint, je dirais que le bruit m'évoque aussitôt le bruit des mots. C'est la première chose qui me vient à l'esprit. Je suis très sensible aux mots. Je suis très sensible à la parole. Je suis très sensible à la manière dont les gens utilisent les mots, parfois même trop. J'ai du mal à ne pas les prendre au sérieux. Je suis très sérieuse avec les mots. Je ne comprends pas qu'on puisse parler sans rien dire ou sans vouloir vraiment dire. Je fais donc très attention aux mots et à la manière dont ils sont prononcés. Je fais très attention à leur sonorité. Quelques fois, les mots sont dits sans être vraiment pensés. Je les entends d'autrui mais j'ai comme le sentiment qu'ils sont débités sans conviction. Alors, dans un cas comme celui-là, leur bruit est plus proche d'un bruit de fond, d'une ambiance sonore qui offre à mes oreilles une forme de confusion, ne sachant pas si je dois m'attacher aux mots ou simplement laisser l'autre déverser ses phrases qu'il pourrait dire à n'importe qui. J'irais même jusqu'à dire que c'est plus qu'un bruit de fond. Car c'est un bruit qui peut me déranger. Je me demande ce que je fais là, pourquoi j'écoute et comment répondre. Irais-je jusqu'à prétendre que cela ressemble à une pollution sonore ? Peut-être bien.
Le bruit de l'attente. Le bruit des cent pas tournés en rond. Gesticuler les jambes, pianoter sur la table. L'attente, c'est un rythme, le bruit du cœur qui bat.
Le bruit des mots dépend également du contexte dans lequel ils s'inscrivent et aussi de l'humeur dans laquelle je les reçois. Suis-je détendu dans un espace où je sais qu'il ne me faut rien attendre de particulier ? Ou bien vais-je dans un espace avec l'espoir qu'il se dise quelque chose et tout puisse changer ? » La sonorité des mots et la réception de celles-ci dépendent de moi. Elle peut entrer dans une oreille pour en ressortir par l'autre, ce qui dans mon cas est assez rare car il y a toujours un mot ou un bruit parasite qui gratte l'intérieur de mon crâne, un mot qui froisse. Mais je peux quand même laisser passer. Ou bien je suis dans une attente où chaque lettre prononcée d'autrui est chargée d'un message subliminal qui frappe mon esprit et mon cœur à chaque syllabe. C'est d'abattements de mots qui martèlent en moi et peuvent provoquer de minis explosions ou de craquements.
Le bruit de l'écriture, le son de la littérature, gratte-ment, stylo sur le papier. Firmament des mots recopiés, paroles qui se détournent. Avec ardeur, passage que l'on rature. Traces sonores de la pensée, mon stylo glisse, la bille crisse. C'est des sons que l'on nisse. Issez-haut les mots, le bruit de l'écriture comme une égratignure, Le bruit de la lecture comme une couverture. Le bruit, le fruit, le bruit construit, le bruit abrit, Le bruit instruit les mots que l'on annonce. La graphie des pensées, le bruit du circuit, ça glisse, crisse, gratte, caresse, ça grave. Le bruit qui fuit vers un ailleurs, le bruit qui fuit, s'évade comme le filet d'air d'un ballon de baudruche, un sifflement strident, le bruit qui gifle, les cris qui crient.
Je mâche longtemps mes mots avant de les prononcer. Et si c'est quelque chose qui me tient à cœur, je les tourne et les retourne dans ma bouche, les roule sous ma langue durant des heures entières, comme un bourdonnement, un frémissement palpitant. Je cherche les phrases, la justesse du langage. Je mâche la justesse jusqu'à ce que mes mots deviennent limpides, comme si mon esprit les avait suffisamment ingurgités pour que je leur fasse confiance et que je puisse me faire confiance. Ouvrir la bouche le moment venu et laisser le flot de mots s'évader en douceur. J'aime ce moment où j'entends ma voix calme et posée retentir et où chaque mot résonne comme une pièce qui teinte, mais sans colère ni vacarme. Ce moment où chaque phrase retentie a du poids sans pour autant tuer l'autre. C'est comme si un océan de paix m'envahissait. Le sentiment d'avoir dit exactement ce que je voulais dire et cette parole ne m'appartient plus.
Comment dire le bruit ? Comment les dire, écrire les sons ? Les mots sont des symboles, ils ne sont pas le réel. Les bruits sont le réel. La rencontre du monde, le heurt de la matière, le marteau sur le clou, la clé dans la serrure, le verre sur le carrelage, la claque sur le visage, la pluie sur le trottoir, mais... Quel est le son d'une seule main qui applaudit ? Dire le bruit a quoi bon ? Le bruit lui-même déborde toute tentative de le dire. Qui devra m'entendre ? Entendez-vous ? Entendez-vous bien ce que je dis ? La rumeur, chaos du réel, vacarme sociale, saturation médiatique, le bruit infini comme le clapotis des vagues sur la plage.
Badaboum, bang, clic-clac, ding-dong, ping-pong, cric-crac, tic-tac, glouglout, soin-soin, flic-flac, floc. Dans les spectacles pour les tout petits enfants, les onomatopées sont extrêmement importantes. Elles sont un éveil au langage, au son. Je veille à rythmer chacune d'entre elles, à les répéter, à les chanter ou faire chanter à l'unisson. C'est aussi fort qu'un mot, aussi fort qu'un geste. Le son est ressenti à l'intérieur et rejaillit souvent avec beaucoup de joie. Il y a l'absurde de l'onomatopée qui est à partager gaiement. Et les enfants peuvent comprendre. Ils peuvent se référer au son et au bruit qu'ils connaissent. Comme les cris des animaux, par exemple, « wouaf wouaf » pour le chien, ou d'un objet qui tombe « bang badaboom » , ou la sonnerie de la porte « ding dong » . Se référer à des actions, des situations concrètes comme boire de l'eau, glouglou, manger une noisette, cric-crac, écouter un réveil tic-tac ou une montre ou une horloge sur le mur. Le bruit de la pluie, flic-flac-floc, et des splashes dans les flaques avec ses bottes cirées jaunes. J'aime introduire des ononomatopées dans les historiettes pour les petits, ou des mots compliqués, comme le verbe guetter, et il guette, et il guette, ou bien arc-bouter. Les petits sont en mesure de les répéter, fournissent des efforts de bouche et de langue pour les crier ensemble. Ce sont des mots d'allégresse à la découverte du mystère des mots. Il y a le bruit des bouches. Lorsque l'on mange de la nourriture, que l'on avale, que l'on digère, que l'on mastique. Ce ne sont pas des bruits très agréables. Ils peuvent même être perturbants ou carrément agaçants. J'ai vu des gens piquer des cris, se lever de table. Ce sont des sonorités très particulières dont on n'a pas vraiment conscience lorsque soi-même nous mangeons, mais qui prennent la forme d'un tapage, d'un tumulte dans la bouche de l'autre. Nous l'acceptons d'un bébé ou d'un animal, de son chien ou de son chat. Et pourtant, elle est bien vécue lorsque nous disons à plusieurs. Qu'est-ce qui dans ces sons peuvent nous irriter ? Peut-être est-ce la tonalité des mots mêlés à la mastication des aliments qui rendent les bruits de bouche inaudibles. Est-ce dû à la personne qui mange et que l'on entend ? Aimons-nous cet autre ou bien chaque bruit qu'il fait nous est devenu insupportable au point de vouloir l'empêcher de manger ou de se retrouver à la même table que lui. Et il suffit d'une bouche ouverte en mangeant pour qu'une violence s'empare de nous.
Le bruit du silence, c'est l'indescriptible, l'absence, le silence assourdissant, vide, sonore. Calme absolu, silence profond, oppressant, pesant, silence qui fait mal aux oreilles, la rumeur du silence.
Il y a le bruit des pensées, douce, pareil à de l'haleine ou du talc saupoudré, ou dure et cassante comme de la pierre rocheuse sur une falaise escarpée, douce. Les pensées qui peuvent accompagner une marche en forêt, où chaque mot s'évade de son esprit, vole jusqu'aux arbres, jusqu'au ciel, redescend, fait chaud à l'intérieur du ventre, du cœur. Durs les pensées qui agitent le sommeil, cognent contre les tempes, font crisper les dents. Coups de tonnerre, déflagration, détonation dans la tête. Et de ces pensées découlent les sensations, car toute chose dans son esprit a des conséquences directes sur le corps. consciemment ou non. Les pensées peuvent, à mon sens, être une pollution sonore à mettre dans la catégorie des pollutions qui frappent l'environnement. Si une pensée pouvait tuer, beaucoup d'entre nous seraient déjà morts. Le bruit de la pensée est puissant. Le son du mental peut être une onde de choc. Parfois, j'ai la sensation de pouvoir ressentir la pensée de l'autre, pas la lire. mais la ressentir. C'est fascinant, le murmure de la pensée, le chuchotement incessant, et parfois j'aimerais qu'il s'éteigne, que je sois comme un poisson rouge, sans pensée, sans mémoire. Mais sont-ils comme cela, les poissons rouges ?
Si le silence, c'est presque la mort, alors le bruit, c'est déjà la vie. Le bruit de mes pas. Les branches qui craquent, le gazouillis des oiseaux, la mouche qui te tournoie autour, la roue du vélo, le chant des baleines, le caillou dans l'eau, la clé dans la serrure, la ballon, le tonnerre, le vent dans les feuilles, le moteur à combustion. Le bruit, c'est déjà la vie.
Merci Régis. Alors, pour poursuivre, nous allons vous mettre des liens sur le site Isadora BC pour aller plus loin sur cette idée de bruit. À écouter différentes conférences pour une écoute des bruits de la pensée de François Noudelman, mais aussi entre les oreilles, la pensée du bruit de Thierry Mignot. ou bien un carnet de résidence d'Anne Savelli le 7 novembre 2021. Et puis, à lire, le bruit des mots de Germain Huby aux éditions Le Tripode. D'ailleurs, avec cet ouvrage, nous en revenons à la bande dessinée que nous avons évoquée dans un podcast précédent. Et dans cette bande dessinée, Germain Huby, qui est un artiste plasticien, dessine le bruit qu'il entend de différentes situations. de la scène de vie banale à des échanges surréalistes. Donc voilà, alors à lire encore dans la revue médicale suisse parue le 8 février 2015 dans le domaine pédiatrie, tout un article à propos d'un cas clinique sur la misophonie ou l'aversion pour le bruit.
J'ai compris la version, mais c'est genre une version de quelque chose.
C'est une maladie en fait,
la misophonie, c'est ça ?
Oui.
Ok.
Sur le site de Kerninfo, vous pouvez lire un article de Hélène Pussac, « Espaces et bruits » . Et puis on va vous mettre aussi un lien également sur Kerninfo, sur le monde sonore dans la littérature française du XVIIIe siècle. Et je t'invite Régis à nous... partager un petit écrit de Rousseau, le philosophe.
Alors Rousseau qui écrivait « Tel est l'état où je me suis trouvé souvent, à l'île de Saint-Pierre, dans mes rêveries solitaires. Soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l'eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs, au bord d'une belle rivière ou d'un ruisseau murmurant sur le gravier. »
Et je vais terminer avec le philosophe Boileau, qui n'a pas senti un vif plaisir en entendant le soir du fond de son lit, le son mélodieux de ses orgues nocturnes qui égayent les ténèbres et abrègent les longues heures de l'hiver.
Et bien voilà, c'est ainsi que nous terminons ce podcast. Je te remercie Clarence.
Oui, merci Régis. Nous allons donc vous mettre sur le site Isadora BC tous les liens dont on vous a parlé et nous allons nous taire désormais.
Je vous souhaite une bonne écoute. Merci, au revoir.
Au revoir.
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