- Speaker #0
Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani, et le poète, c'est Régis Dequet. Bonjour, Clarence.
- Speaker #1
Bonjour, Régis. Tu sais que je me demandais si cette tasse de café, parfois, nous n'avions pas le temps de la partager.
- Speaker #0
Ah oui ? Pourquoi cela ?
- Speaker #1
Parce que le temps file et que nous avons toujours mille choses à faire, des détails à vérifier, des projets à mettre en place. Bref, je pensais que nous courrions de tous les côtés.
- Speaker #0
Soit, que ce soit notre thème d'aujourd'hui, courir. Mais on va se poser justement ces fameuses questions. Mais cette course, que nous dit-elle ? Après quoi courons-nous ? On peut courir après le temps, après l'argent, après la vie. Et je te propose d'y répondre avec, bien sûr, certains de nos textes et puis aussi des textes d'autres auteurs. Est-ce que tu veux commencer ?
- Speaker #1
Oui, d'ailleurs j'ai écrit un petit texte il n'y a pas très longtemps sur la course. J'y vais. Tous les matins à l'aube, je cours là où je suis. pour voir si tout va bien. Tous les matins à l'aube, je cours à peine éveillée sur les chemins de la forêt. Tous les matins à l'aube, je cours frénétique, échappatoire de mes angoisses. Tous les matins à l'aube, je cours à belles enjambées pour me sentir exister. Tous les matins à l'aube, je cours en petite foulée, battement cœur-pied. Tous les matins, à l'aube, je cours heureuse de danser parmi les arbres. Tous les matins, à l'aube, avide et pleine d'espoir, je cours le monde. Oui, Régis, je cours sans jamais m'arrêter. Je cours pour ne pas laisser filer le temps, ou bien au contraire, le suivre. Mais, en filant.
- Speaker #0
Courir. Filer de toute sa vitesse. Courir comme un chat maigre, fendre l'air ou la bise, filer comme un zèbre, courir comme un dératé,
- Speaker #1
galoper,
- Speaker #0
brûler le pavé, relayer, sprinter, s'échauffer mais rien ne sert de courir, il faut partir à point. Il partit comme un trait mais les élans qu'il fit furent vains, la tortue. Arrive à la première.
- Speaker #1
Fameuse fable, n'est-ce pas ?
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Et alors, pour courir, ce qui est très pratique, c'est qu'il suffit simplement d'une paire de baskets. Alors, les baskets, eh bien justement, j'ai écrit quelque chose à propos d'elles. Baskets, blanches, lacées, dénouées. Attente, seule, planchée, attente, lacée, dénouée, tombant sur parquet bois sombre, attente, comme mortes abandonnées, trous vides de tout, vides de corps inutiles, laides, délaissées, inertes, sur, planchée, vides de vie, devenies rien. Après le tout, ni droite, ni gauche, ni arrière, ni devant, ni tranche, ni côté, fini, trépigné, courir, hésiter, tergiverser, terminer, attente, long, silence, solitude, pleurer, lassé, dénoué, morne, plat, étalé, sur sol, neutre, invisible, qui pour ramasser, rendre à la vie ?
- Speaker #0
Je courais bien des lièvres à la fois. Tu courus à ta perte. Ils coururent tant qu'ils buent. Nous courûmes, ça et là. Vous couriez, en ce temps-là. Ils coururent tant qu'ils avaient des jambes.
- Speaker #1
Basquettes, pas noires, blanches, pas écarlates, usées, couleurs passées, ternes délavées. Côté remonté, forme pieds inactives, bonnes à jeter, vieilles, périmées. Coins, poussière, solitude, pleurer, se suicider. Bruit, corps, doigts, gros, pouces, corps, ongles, muscles, crissants sur plancher, grinçants. Lumière, tunnel, espoir, corps, trou, corps, enfilé, sol, dur, tapé, terre. taper, ferme, tenir, debout, de côté, cœur, bâton, attente, inspire, expire, pied, 1, 2, marcher, vite, cœur, essouffler, basket, vivante.
- Speaker #0
À présent, j'aimerais lire un extrait de l'ouvrage « Territoires inconnus » de Patrice Godin. Libre, c'est ainsi que je cours. C'est ainsi que je veux courir, libre, sans aucune contrainte, vagabond. Je connais ces sentiers par cœur, je les foule semaine après semaine, jour après jour. Ce n'est pas une grande montagne, loin de là. C'en est une petite, perdue au milieu des champs, coincée entre des autoroutes. Ce n'est pas... Tant la montagne qui compte que ce que l'on en fait. Je connais tous les sentiers, tous leurs détours. J'en connais leurs roches et leurs racines. Je sais à quel endroit ils montent en serpentant entre les arbres, à quel endroit ils descendent en pente raide. Je sais où l'eau s'accumule en lacs miniatures après les orages ou la fonte des neiges. Je sais où... pèsent les chevreuils. À quel moment ? Dans quelle partie des collines ? À quelle heure ? Je sais où parfois trouver le renard, sur quel bout de chemin courir avec lui. Là, rien. Ni chevreuil, ni renard. Pas même un écureuil pour se faufiler en flèche entre mes pieds. Aucun oiseau gère au hasard. J'ai tout le temps devant moi. La pluie et le vent m'offrent un étrange apaisement. Je suis un espion furtif en terrain inconnu. Rien ne presse, je demeure tranquille, patient sur les sentiers. Si jamais je m'emporte, comme cela arrive, je me ramène au calme. Un cavalier calmant sa monture. Dans le cas présent, je suis à la fois le cavalier et... La monture, l'homme et le cheval, l'image me fait sourire, je zigzague ainsi sur la montagne, les heures passent, passent. De retour au stationnement, à l'approche de ma voiture, je ralentis le pas, je m'ébroue. J'ai fait plus de kilomètres que je ne l'aurais cru, la pluie a cessé.
- Speaker #1
Merci Régis, je continue toujours dans mes textes sur la course. Starting block, courir, corps tendu, respiration, hacher menu, courir pour gagner, ne pas perdre, remporter, courir, participer, ne pas se laisser doubler, distancer. courir pour s'échapper, remonter les pentes et toucher les sommets, courir sur les chemins, gambader, vagabonder par mons et par veaux, voyager, courir, le diable au corps après l'être aimé, voulu, désiré, le poursuivre, lui compter, fleurette et l'encerceler, courir, au pas, au trop, au galop et danser avec les chevaux, courir, à petits pas, petites foulées, piétinées, fouler le sol, sableux, cimenté, fiévreux. Courir et parcourir, explorer, allonger le mouvement, le déplacement, la trajectoire et voir enfin à quelques mètres de soi la ligne d'arrivée.
- Speaker #0
Bonjour François.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #0
Je crois savoir que tu cours, est-ce que tu peux me dire en moyenne quelle distance tu cours par semaine ?
- Speaker #2
Je dois faire une à deux sorties par semaine, une dizaine de kilomètres, donc je dois faire une vingtaine de kilomètres je pense par semaine.
- Speaker #1
D'accord. Est-ce que ça fait longtemps que tu cours ?
- Speaker #2
Oui, ça fait longtemps. J'ai commencé, j'étais au lycée, peut-être même fin de collège, parce que mon grand frère courait. Et puis il était très compétiteur, enfin on était ados, donc voilà, très compétition. Il courait bien, moi ça s'est pas mal passé aussi, donc j'ai couru beaucoup toute mon adolescence. J'ai eu une grosse période où j'ai arrêté, parce que j'ai eu des problèmes de genoux. Donc j'ai arrêté pendant peut-être plus de 10 ans. Et puis, quand on est arrivé à Fontainebleau, j'ai pu courir sur autre chose que sur du dur, en forêt. Et je me suis remis à courir. Et depuis, pour mes genoux, je fais attention à ne pas courir trop pour qu'ils tiennent. Mais l'envie fait que je cours sur moi-même un peu plus que ce qu'il faudrait. Mais ça fait longtemps.
- Speaker #1
Oui, ça fait longtemps. Et alors, quand tu as repris après dix ans d'arrêt, comment tu l'as vécu ? Est-ce que tu te souviens des premières fois ?
- Speaker #2
Je me souviens très bien quand j'y suis allé... J'avais beaucoup de mal à courir en forêt parce que j'ai une foulée très rasante et régulièrement je tombais en prenant des racines. Mais en même temps, j'étais vraiment content de rentrer et de me dire « ah bah tiens, j'ai pas eu mal » . J'avais repris doucement pour le coup en faisant un mieux attention et j'ai rallongé progressivement. Et je me suis rendu compte que c'est vrai qu'on avait beaucoup moins mal au dos. Et puis le plaisir de la forêt, c'était… J'ai vraiment pris goût à courir en forêt progressivement quand j'ai repris.
- Speaker #1
Est-ce que tu cours seul ou avec d'autres gens ? Non,
- Speaker #2
je cours presque toujours seul. Il y a des sports que je fais en groupe. Du vélo, j'essaye de ne pas en faire trop seul parce que c'est un peu ennuyeux. Mais la course, j'ai tendance à y aller. C'est l'avantage de la course. Quand j'ai un peu de temps, quand j'en ai marre de travailler, que j'ai un peu de temps, je peux aller au basket, je vais courir. Mais j'y vais, c'est exceptionnel. Quand je vais courir avec quelqu'un, comme je cours vite, C'est... Plein de gens, même des copains qui courent pas mal, qui me disent « oh non » . Qui, eux, je pense, sont gênés quand ils courent avec moi. Et moi, je suis à mon rythme. Et puis comme je n'organise pas, je trouve que c'est vraiment l'avantage de la course. Je ne prévois pas les moments où je vais courir. Et donc, c'est difficile de proposer à quelqu'un quand on ne prévoit pas ses heures de course.
- Speaker #1
Je te propose, Régis, maintenant de lire... Un petit extrait du livre Petite éloge du running de Cécile Coulon aux éditions Les Pérégrines. Il me semble que ce petit extrait fait partie de son prologue. Non, je te propose à toi.
- Speaker #0
Ah, c'est moi qui lis ? Oui,
- Speaker #1
oui, c'est toi. Ah,
- Speaker #0
ok, d'accord.
- Speaker #1
Voilà, ça commence avec la course à pied.
- Speaker #0
D'accord, ok. Donc, la course à pied, au sens large du terme, contient... Tout ce que l'histoire contient d'histoire, de l'ère paléolithique à nos jours. Elle incarne le drame humain, ses passions, ses conquêtes, ses victoires et ses défaites. D'un point de vue sportif, la course est un enfant sauvage, un mauvais élève, parce qu'elle ne répond à aucune règle, ne retient aucune leçon. La course se pratique quand on veut, où l'on veut, avec ou sans matériel, seul ou à plusieurs. Elle ne s'alourdit d'aucune contrainte, elle incarne la liberté de l'homme à chercher, dans sa douleur, dans sa vitesse, dans ses capacités physiques, morales et psychologiques, la force d'avancer, même s'il s'agit de revenir au point de départ. Car en course, lorsqu'on part sans se poser de questions, il arrive souvent... que l'on trouve une réponse dans sa lancée.
- Speaker #1
J'aime beaucoup cette dernière phrase de partir sans se poser de questions et de trouver une réponse. J'aime beaucoup, je la trouve assez admirable. Merci beaucoup à Cécile Coulon. Je poursuis alors avec un petit extrait d'un livre qui s'appelle Courir de Jean Echnoz qui est paru aux éditions de Minuit en 2008 et dans laquelle, en fait, il... parle de ce de ce monsieur Emile Zapotec, 1922-2000 qui était un illustre athlète tchécoslovaque, spécialiste de la course de fond. Et donc je vous donne un tout petit extrait. Il donne l'apparence d'un boxeur en train de lutter contre son ombre et tout son corps semble ainsi être une mécanique détraquée, disloquée, douloureuse. Sauf... L'harmonie de ses jambes qui mordent et mâchent la piste avec voracité. Bref, il ne fait rien comme les autres qui pensent parfois qu'il fait n'importe quoi. Voilà, Jean Echnoz.
- Speaker #2
Et alors, ma dernière question,
- Speaker #1
c'est justement, tu t'en vas, tu cours seul. Quelles sont les sensations, les ressentis que tu as, que tu éprouves pendant la course ? Les bonnes, les mauvaises ? Qu'est-ce que ça te fait ?
- Speaker #2
Alors, il y a une des choses que j'aime bien, que j'ai découvert presque quand j'ai passé mes concours. En fait, je travaillais vraiment beaucoup, beaucoup. Et mes seules pauses, enfin, je prenais des pauses, j'avais besoin de sortir. J'avais besoin de prendre l'air. Je trouvais que ça vidait la tête. En très peu de temps, je trouve qu'en une demi-heure de course, on est physiquement vidé. Puis je trouve que le geste répétitif, le fait d'être dehors, je trouve que ça vide... D'un côté, ça vide la tête complètement. Et puis de l'autre côté, il y a plusieurs fois vraiment où je me suis dit que mon cerveau tournait. Et il y a des exercices que je n'arrivais pas à résoudre, que je résolvais en courant. et ça ça continue même quand je prépare des cours des fois je j'ai des idées qui me viennent en courant alors que je pars pas du tout en me disant que je vais réfléchir à mes cours l'objectif c'est en général plutôt l'inverse mais ouais je pense que c'est le côté très enfin on n'a pas besoin d'être concentré finalement pour courir ou très très peu j'ai l'impression que le cerveau divague et voilà et ça je sais pas exactement comment ça marche mais ça fait du bien quoi voilà physiquement au niveau du corps et tout
- Speaker #1
Est-ce que tu le ressens déjà, le fait de courir depuis longtemps ? Est-ce que c'est de plus en plus facile ? Est-ce qu'au contraire,
- Speaker #2
ça devient difficile ? Je ne sais pas si c'est avec l'âge. Je fais pas mal de sport. Là, par exemple, je n'ai rien fait pendant trois jours. Je suis allé courir hier soir pendant que les enfants étaient au sport. Et je me suis dit... J'avais des bonnes jambes. Et puis là, quand le corps fonctionne bien... On court vite sans trop d'efforts. Je trouve que c'était hyper agréable. Et puis, il y a des fois où quand on est un peu fatigué, avec l'âge en plus, j'ai plus de mal à me mettre en route. Donc, c'est vrai que les premiers kilomètres demandent un effort. Et puis, une fois qu'on y est, qu'on est bien chaud, là, on est bien. Je pense que les endorphines, je ne sais pas exactement comment ça marche, mais je pense que ça joue. Il y a un moment où... Une fois que je suis lancé, c'est vrai que je peux courir longtemps.
- Speaker #1
Je vais quand même rajouter une question. Est-ce que tu ressens une forme de liberté quand tu cours ?
- Speaker #2
Je ne me suis jamais dit comme ça, mais c'est vrai qu'en même temps, j'ai l'impression d'avoir zéro contrainte. Si ce n'est la contrainte horaire quand il faut aller rechercher les enfants, ça m'est dû arriver de stresser. Comme j'ai tendance à partir en forêt, un peu comme ça vient. y compris des endroits où je ne connais pas bien la forêt mais c'est vrai que sinon oui on ne se sent pas du tout contraint je trouve que c'est un sport finalement où il n'y a pas de on n'est qu'en bataille contre soi-même j'ai l'impression de ne jamais être en compétition contre quelqu'un y compris à l'entraînement on ne peut pas se dire ça j'ai mal fait ça en effet je pense que ça ajoute On voit la liberté d'être dehors et puis de se dire je tournerai à droite si j'ai envie de tourner à droite. Le fait d'être tout seul et puis de ne pas pouvoir se confronter. J'ai fait pas mal de badminton, ce serait qu'au badminton, à la fin du match, il y a un gagnant et un perdant. Là, y compris à l'entraînement, si on fait un petit match même pour rigoler, là, suivant que je sois très en forme ou pas, ça fait une seconde de plus ou cinq secondes de plus au kilo, ça ne change vraiment pas grand-chose. Et c'est vrai que ça, c'est agréable. Ça enlève la pression.
- Speaker #1
Et est-ce que tu as quand même le sentiment d'un sorte de dépassement de toi-même ou juste quand tu cours super bien, ça fait du bien ?
- Speaker #2
Quand j'étais ado, je faisais vraiment beaucoup de courses sur route. Et je pense que comme tous les gens qui font beaucoup de courses sur route, j'ai tendance à courir contre le chrono. Il y a un côté vraiment compétition, contre soi du coup. Mais quand on regarde le chrono, quand on est jeune, on a l'impression qu'on gagne tout le temps, parce qu'on progresse énormément. Et quand on est plus vieux, il y a un moment où regarder le chrono, c'est un peu déprimant parce qu'il n'évolue plus. Ou alors il n'évolue pas dans le bon sens. C'est vrai que je le fais moins, donc je me fixe quelques objectifs.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
J'essaie d'avoir... un objectif par an de course à pied en me disant, allez, là, je vais essayer de me fixer un temps sur une distance. Mais je ne le fais pas trop, justement, parce que sinon, je trouve que c'est... Enfin, évidemment, quand on court, ça fait mal quand on force. Voilà, et donc, j'ai de moins en moins envie de me faire mal quand je cours. OK, excuse-moi,
- Speaker #1
je rajoute encore une question. Est-ce que tu sais où tu vas courir ou est-ce que tu... couvrent au fur et à mesure des chemins ?
- Speaker #2
Non, je ne sais pas trop. Il y a une période où je n'y allais vraiment, quand je ne connaissais pas trop la forêt, j'y allais au hasard, parce que je n'aime pas prévoir. Pour le coup, c'est mon côté. Je crois que ça doit être mon idée de la course, où on y va, puis on n'organise rien, on met les baskets, on ne va couvrir rien. Il y a plusieurs fois où je me suis perdu. Maintenant, je fais toujours ça, mais je connais mieux la forêt, en tout cas à côté de la maison, donc je ne me perds plus trop. Mais c'est vrai que je... Je sais le temps dont je dispose avant les contraintes familiales. Par contre, je prévois très rarement mon parcours. Sauf quand je me donne des périodes d'entraînement où je veux m'entraîner. Je me dis, je vais aller courir, je ferai tel bout de la forêt, je le ferai à fond.
- Speaker #1
Sinon, c'est le hasard.
- Speaker #2
Sinon, j'ai tendance à aller comme ça vient. Après, ce serait que des fois, on tourne presque en rond, un peu toujours sur les mêmes boucles. On les connaît. Et puis qu'on ne réfléchit pas. On arrive à un carrefour, on dit je vais aller là comme d'habitude parce que le cerveau divague. Et puis, on se retrouve un peu sur les mêmes chemins. Il y a des chemins que j'adore, que je trouve agréables, dans lesquels je vais très souvent. Et alors,
- Speaker #1
tu penses que tu vas courir encore longtemps ?
- Speaker #2
J'espère, mais c'est vrai que je vois bien que là, même quand je me prépare, je m'étais préparé pour le marathon, je ne peux pas courir longtemps en entraînement parce que sinon j'ai vite mal au dos ou mal au genou. Donc j'espère pouvoir courir longtemps, mais j'avoue que quand je vois sur des courses des gens qui ont 70 ans et qui arrivent encore à faire des 10 km, ça vraiment m'impressionne. Je me dis j'espère que je pourrais faire ça, mais je n'en suis pas persuadé. Vraiment, je verrai. Je pense que je pourrais faire du vélo longtemps, de la course à pied, j'espère, mais c'est vrai que c'est quand même... Ça use plus, quoi.
- Speaker #0
Ok, écoute, je te remercie beaucoup, François, et puis je te souhaite de belles courses.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #1
Nous allons poursuivre avec un retour avec nos propres écrits, nos propres textes, et je... Tu veux m'accompagner là ? Oui, je vais t'accompagner. C'est un texte que toi, tu as écrit. Oui, que j'ai écrit.
- Speaker #0
Mais on lit ensemble ?
- Speaker #1
Bien sûr, avec plaisir.
- Speaker #0
C'est parti. Je cours. Cour jet. Cour âge. Cour roue. Cour ronde. Cour rier. Cour bur. Cour rang. Cour rageux. Cour batture. Cour bouillon. Cours, circuit, c'est courageux de courir, il faut du courage, il faut de la rage pour courir, courir, gémir, courir sous l'orage, courir à son âge, courir et être en âge, courir, inspire, courir, expire, courir, soupir, un courant d'air passe.
- Speaker #1
Courir, pas penser. Juste le souffle qui déraille, les jambes qui cognent contre le sol encore et encore. Le cœur déborde tambour sans rythme, ou plutôt scie. Le rythme des pieds qui touchent le sol, percussions sourdes, sèches. Courir, partir, courir, mourir, courir, périr.
- Speaker #0
La ville passe en morceaux, lampadaires, ombres, oiseaux, affiches, arbres, souches. Ça glisse, ça arrache. Le monde file comme un décor, le monde passe. Courir, ouvrir, courir, sourire. Le corps veut fuir quelque chose, mais quoi ? Qu'y a-t-il à fuir ? Est-il possible de fuir ? Courir, mûrir, courir, guérir. Courir pour tenir debout, courir pour ne pas tomber. Courir jusqu'à exister, juste le mouvement, l'existence du mouvement. Celui-ci qui est ici courir.
- Speaker #1
Encore. Courir à bout de mots, courir pour chaque lettre, toutes les pages lues. Je cours en ville, je cours en montagne, je m'arrache à la pesanteur, la torpeur. Je m'arrache, ne pas fuir, faire face, face à la vie qui file, défile. Courir, conquérir. Le rythme des pieds, le sang dans les tempes, les poumons emplis, la tête vide.
- Speaker #0
Faites-moi cent lignes. Je courais, tu courais, etc. Et aujourd'hui...
- Speaker #1
Donc courir, écrire !
- Speaker #0
Oui ! Aujourd'hui, je cours, tu cours, il, etc. Et demain, comme je l'ai toujours fait. mais peut-être un peu moins vite.
- Speaker #1
Eh bien, merci beaucoup, Régis. C'était un beau partage sur la course.
- Speaker #0
Une belle course, je dirais.
- Speaker #1
Oui, une belle course. Eh bien, nous vous remercions pour cette écoute. Nous espérons que vous courez, vous aussi, mais dans la forêt. Et puis, nous vous disons à très bientôt pour un autre podcast.
- Speaker #0
À très bientôt.
- Speaker #1
Au revoir. Sous-titrage