Description
Suite des extraits de collectage sur la dynamiterie de Cugny, épisode 5.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


18


18
Description
Suite des extraits de collectage sur la dynamiterie de Cugny, épisode 5.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora PC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence.
Bonjour Régis. Donc nous poursuivons les podcasts, comme tu as dit, autour de la dynamiterie de CUNY et je te laisse commencer.
Je suis arrivé à la Genovraie en 61 avec mes parents. J'ai connu l'usine de CUNY. Je l'ai vue exploser. Enfin, je ne l'ai pas vue, je l'ai entendue. Je l'ai vécue, quoi. Mais il y a beaucoup de gens qui sont décédés maintenant. La dernière, c'était en février 75 ou 76. On était à l'école à Nemours, au CET. Donc j'étais avec tous les copains de CUNY, de la Genovraie. On était tous ensemble dans le même lycée, on a grandi ensemble. à l'école de la Genevrée, et ça s'est passé à 1h20. On était dans la cour de l'école, vers 13h20, il y a eu une explosion. On l'a entendu dans la cour de l'école, et c'était un mardi, je m'en rappelle, comme si c'était hier. Car le dimanche, on avait invité un des trois gars qui a explosé, M. B, qui il s'appelait. Et avec mon père, on l'avait invité à la chasse. Alors il était venu à la chasse avec nous sur le territoire de Berville et ça a pété le mardi. Donc tous les gars ont crié « ça y est, ça a pété à Cuny, ça a pété, on rentre ! » Ils ont tous pris le car et sont rentrés chez eux. Effectivement, l'explosion avait eu lieu. Il y avait les trois gars qui étaient dans le bâtiment, dont M. B. à l'époque. J'avais 17 ans, on avait 17 ans, parce que... Ils avaient tous leur père et c'est pour ça qu'ils sont partis tout de suite. C'était un lieu à risque. Mon beau-frère y avait travaillé. Et à chaque fois qu'il rentrait dans un lieu où il devait noter leur nom comme ça, si ça pétait, il savait qui il y avait dedans.
Cuny et la jeune vraie, c'est un petit peu séparé. On a toujours trouvé que les gens de Cuny, ça ne se mélangeait pas trop. Il y a toujours eu deux... Comme une frontière, quoi. On n'est pas... On n'est pas pareil entre Cuny et la Jeune Vraie, comme Épizier et la Jeune Vraie. Et on n'a jamais vraiment suivi pourquoi, d'ailleurs. On s'est toujours posé la question. D'ailleurs, quand on organise quelque chose, on ne voit pas les gens de Cuny. Ah non, non, je ne pense pas qu'un événement puisse regrouper les deux villages. Si on fait quelque chose, nous, Cuny ne veut pas le tenir. Par contre, s'ils font quelque chose comme la fête des plantes, il y a du monde. Tout Cuny bouge, tout Cuny sort à ce moment-là. Chez eux, c'est Cuny, c'est pas la Genevraie. Et ça, on n'a jamais compris pourquoi. C'est un petit peu comme un monde à part. C'est comme un autre village, quoi.
Sa femme me dit qu'elle a travaillé deux mois à la dynamiterie. J'étais en période de chômage et l'intérim m'avait envoyé. J'ai eu de la chance. Je n'ai jamais été à la matière. Moi, je faisais l'emballage. Je mettais en caisse, dans les caisses en carton. Ça partait à l'expédition. On était en chaussons, en charentaises. Ah oui, il ne fallait pas créer des tincelles. Il ne fallait pas. On était en tenue. On avait la tenue d'usine. Je ne me rappelle plus exactement. C'était une blouse, mais on avait des charentaises. On n'avait pas le droit d'entrer avec nos chaussures. Et c'est que... C'était à la matière. Il y avait un litre de lait par jour comme anti-poison. Moi, j'y suis entré juste avant que ça ferme. Parce que moi, les femmes avec qui je travaillais voulaient à tout prix qu'ils m'embauchent. Mais non, on ne peut pas. Et ça a fermé tout de suite derrière. C'est vrai que j'étais jeune, mais c'est vrai que c'était impressionnant parce qu'ils me racontaient des drôles de trucs. Tiens. C'est ça qu'ils se sont fait sauter. C'est là aussi. Parce que c'est des blocos à l'intérieur, c'est vrai que c'était vraiment impressionnant. Par contre, l'odeur, oui. Je ne sais pas ce que ça sentait, mais je me rappelle. J'ai eu de la chance. Je n'ai jamais été à la matière. Mais la fille qui était là, il paraît que c'était vraiment... Mais bon, moi, je n'ai pas tout visité. Parce que c'était comme ça, ils nous faisaient pas tout visiter. Moi je le voyais parce que ceux avec qui je travaillais me disaient. Et bon, moi j'étais jeune à l'époque, mais moi ce qui m'avait impressionné c'était d'être obligé d'être en chausson. Bon, sur le coup, on n'y pense pas trop, c'est après. Mais bon, nous, il n'y avait plus grand monde, j'y étais sur la fin, il n'y avait plus grand monde. La peur ? On n'y pense pas trop, je pense. On n'y pense plus quand on est rentré chez soi. Mais bon, quand on était là-bas, il fallait bien travailler, on n'avait pas le choix. Déjà, on pointait en bas, mais en plus, il fallait écrire son nom avant d'entrer dans l'endroit où on travaillait. Et nous, on était trois. C'était toujours la même équipe. Bon, on discutait. Huit heures de travail, c'est vrai que... Et on discutait beaucoup quand on avait la pause aussi. On avait un réfectoire pour manger, c'était tout le monde en même temps. Et on avait nos gamelles. Il n'y avait plus de cantine. Il n'y avait plus rien. C'était à la gamelle, c'était les ouvriers. Je suis parti et ça a fermé après. Ils ne renouvelaient plus les contrats, c'était fini. Et après, vous savez, c'est comme toute usine, quand ils ont décidé de fermer.
Oui, je me souviens de la première fois que je suis rentrée pour travailler dans la dynamiterie. J'avais ressenti un serment. Ça sert, on a envie de ressortir, mais après, ça ne le fait plus. Nous allons écouter maintenant une autre collecte. Monsieur L.
À l'usine. Moi je faisais la caisserie, des caisses pour l'export. Alors c'était des caisses en bois ou en carton pour la France. Alors j'étais pas exposé à la dynamite. Quand ça sautait, j'ai ramassé les morceaux, mais j'étais pas dans l'atelier. J'ai travaillé une douzaine d'années à la dynamiterie. Parce que j'ai eu un accident dans la colonne vertébrale. J'étais maçon et je ne pouvais plus rien soulever. Alors madame le maire m'a dit « t'inquiète pas, je vais te faire rentrer à l'usine » . Alors j'ai rentré à l'usine et on m'a mis gardien de dépôt la nuit. Alors j'avais une trique et je tournais dans les dépôts. J'avais un mouchard qu'on m'avait donné et à chaque serrure de dépôt, il fallait pointer. Ça fait qu'avec le mouchard, on savait si on avait fait notre travail convenablement. C'est ce que j'ai fait et après on m'a dit bon, on va te mettre à la caisserie. Et j'ai fini mon temps à la caisserie. Et quand ça a sauté, moi j'étais là-bas. C'est-à-dire que je montais avec une dame qu'on appelait Nénette et en montant elle me dit merde, si ça se trouve mon mari il est là-dedans. En effet, il y était. Alors ça s'est terminé comme ça. Moi je suis resté. J'avais à peine 60 ans. On m'a dit, si tu restes, il faut faire du nettoyage, du rangement, un an de plus. Et comme j'avais été déporté, j'avais le droit à la retraite à 60 ans. Alors j'ai travaillé ici jusqu'à 61 ans. C'était rien à faire, c'était de ramasser des gravats par là. Mais pour ainsi dire, l'usine, je ne connaissais pas les pétrins qui faisaient la pâte. Je ne connaissais pas les ateliers, je faisais des caisses. On me donnait un pochoir. Je n'ai jamais été dans l'usine, pour ainsi dire.
Mes parents sont arrivés là-bas en 1927. On habitait Cuny et ma mère ne voulait pas. Elle disait à mon père, demain, on nous fout dehors, on n'a pas de logement. Alors on est venu louer la maison qui est là derrière. Et j'ai tout le temps vécu là, jusqu'à ce que j'ai fait ma maison. Ma mère était nourrice. Il y a eu des accidents et j'allais ramasser les morceaux de viande qui restaient. On savait où il y avait un morceau de viande parce que c'était les corbeaux qui tournaient autour. C'est des souvenirs tristes. Mais enfin, je n'ai pas assisté à l'explosion. Quand c'est arrivé, on a tout de suite fermé l'usine. On les a foutus dehors et celui qui était valide, qui pouvait aider. Mais sans quoi, l'usine, moi, je n'ai rien à lui reprocher à l'usine. Au contraire, les chefs, ils étaient bien. Ils connaissaient mon père qui avait travaillé, je ne sais pas combien de temps. Et puis, j'ai toujours fait mon boulot là où il fallait.
Par contre, quand je suis parti en Allemagne, il y avait tous mes amis. On a tous été. Et quand on est partis, je ne me souviens pas qui l'a dit, mais quelqu'un a dit « Bon les gars, on va tous rester ensemble de manière que s'il arrive quelque chose, on puisse prévenir la famille. » Et on a été logés dans une cabane, comme tout le monde, et puis moi j'ai tellement bien travaillé qu'ils m'ont foutu en camp de concentration. Et quand je suis revenu, à l'heure actuelle, il n'y a plus personne. Je suis le seul du groupe qu'on ait parti encore vivant. Je suis le plus vieux et j'ai fait les camps de concentration.
Ce que je me rappelle vaguement quand j'étais jeune, c'est qu'ils avaient trouvé à Macavé, la cité qu'on appelait les sept cheminées en général, c'était la Pologne. Et il y avait un Polonais d'un seul coup qui avait disparu. Sa femme a dit au voisin qu'il était reparti en Pologne. Et puis un jour, il y avait le gars de l'usine qui faisait des patrouilles en dehors. Son chien lui ramène soi-disant. un morceau d'étoffe. Le garde-chasse a été voir, et ben c'était un macchabée qui était enterré là depuis des années. Il était parti en Pologne, il était parti en Pologne, qu'elle disait. En fait, ils n'avaient pas cherché à savoir, il n'était pas parti. C'était sa femme avec son amant qui l'avait tué. Enfin bon, ça c'est de l'histoire ancienne.
Avant, on était plus heureux parce qu'on était main dans la main. Plus main dans la main qu'aujourd'hui.
Merci Régis.
Merci à toi.
Au prochain podcast pour encore la dynamiterie de CUNY.
Oui, je crois qu'on continue encore un petit peu.
Très bien. Eh bien, à bientôt.
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Suite des extraits de collectage sur la dynamiterie de Cugny, épisode 5.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora PC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence.
Bonjour Régis. Donc nous poursuivons les podcasts, comme tu as dit, autour de la dynamiterie de CUNY et je te laisse commencer.
Je suis arrivé à la Genovraie en 61 avec mes parents. J'ai connu l'usine de CUNY. Je l'ai vue exploser. Enfin, je ne l'ai pas vue, je l'ai entendue. Je l'ai vécue, quoi. Mais il y a beaucoup de gens qui sont décédés maintenant. La dernière, c'était en février 75 ou 76. On était à l'école à Nemours, au CET. Donc j'étais avec tous les copains de CUNY, de la Genovraie. On était tous ensemble dans le même lycée, on a grandi ensemble. à l'école de la Genevrée, et ça s'est passé à 1h20. On était dans la cour de l'école, vers 13h20, il y a eu une explosion. On l'a entendu dans la cour de l'école, et c'était un mardi, je m'en rappelle, comme si c'était hier. Car le dimanche, on avait invité un des trois gars qui a explosé, M. B, qui il s'appelait. Et avec mon père, on l'avait invité à la chasse. Alors il était venu à la chasse avec nous sur le territoire de Berville et ça a pété le mardi. Donc tous les gars ont crié « ça y est, ça a pété à Cuny, ça a pété, on rentre ! » Ils ont tous pris le car et sont rentrés chez eux. Effectivement, l'explosion avait eu lieu. Il y avait les trois gars qui étaient dans le bâtiment, dont M. B. à l'époque. J'avais 17 ans, on avait 17 ans, parce que... Ils avaient tous leur père et c'est pour ça qu'ils sont partis tout de suite. C'était un lieu à risque. Mon beau-frère y avait travaillé. Et à chaque fois qu'il rentrait dans un lieu où il devait noter leur nom comme ça, si ça pétait, il savait qui il y avait dedans.
Cuny et la jeune vraie, c'est un petit peu séparé. On a toujours trouvé que les gens de Cuny, ça ne se mélangeait pas trop. Il y a toujours eu deux... Comme une frontière, quoi. On n'est pas... On n'est pas pareil entre Cuny et la Jeune Vraie, comme Épizier et la Jeune Vraie. Et on n'a jamais vraiment suivi pourquoi, d'ailleurs. On s'est toujours posé la question. D'ailleurs, quand on organise quelque chose, on ne voit pas les gens de Cuny. Ah non, non, je ne pense pas qu'un événement puisse regrouper les deux villages. Si on fait quelque chose, nous, Cuny ne veut pas le tenir. Par contre, s'ils font quelque chose comme la fête des plantes, il y a du monde. Tout Cuny bouge, tout Cuny sort à ce moment-là. Chez eux, c'est Cuny, c'est pas la Genevraie. Et ça, on n'a jamais compris pourquoi. C'est un petit peu comme un monde à part. C'est comme un autre village, quoi.
Sa femme me dit qu'elle a travaillé deux mois à la dynamiterie. J'étais en période de chômage et l'intérim m'avait envoyé. J'ai eu de la chance. Je n'ai jamais été à la matière. Moi, je faisais l'emballage. Je mettais en caisse, dans les caisses en carton. Ça partait à l'expédition. On était en chaussons, en charentaises. Ah oui, il ne fallait pas créer des tincelles. Il ne fallait pas. On était en tenue. On avait la tenue d'usine. Je ne me rappelle plus exactement. C'était une blouse, mais on avait des charentaises. On n'avait pas le droit d'entrer avec nos chaussures. Et c'est que... C'était à la matière. Il y avait un litre de lait par jour comme anti-poison. Moi, j'y suis entré juste avant que ça ferme. Parce que moi, les femmes avec qui je travaillais voulaient à tout prix qu'ils m'embauchent. Mais non, on ne peut pas. Et ça a fermé tout de suite derrière. C'est vrai que j'étais jeune, mais c'est vrai que c'était impressionnant parce qu'ils me racontaient des drôles de trucs. Tiens. C'est ça qu'ils se sont fait sauter. C'est là aussi. Parce que c'est des blocos à l'intérieur, c'est vrai que c'était vraiment impressionnant. Par contre, l'odeur, oui. Je ne sais pas ce que ça sentait, mais je me rappelle. J'ai eu de la chance. Je n'ai jamais été à la matière. Mais la fille qui était là, il paraît que c'était vraiment... Mais bon, moi, je n'ai pas tout visité. Parce que c'était comme ça, ils nous faisaient pas tout visiter. Moi je le voyais parce que ceux avec qui je travaillais me disaient. Et bon, moi j'étais jeune à l'époque, mais moi ce qui m'avait impressionné c'était d'être obligé d'être en chausson. Bon, sur le coup, on n'y pense pas trop, c'est après. Mais bon, nous, il n'y avait plus grand monde, j'y étais sur la fin, il n'y avait plus grand monde. La peur ? On n'y pense pas trop, je pense. On n'y pense plus quand on est rentré chez soi. Mais bon, quand on était là-bas, il fallait bien travailler, on n'avait pas le choix. Déjà, on pointait en bas, mais en plus, il fallait écrire son nom avant d'entrer dans l'endroit où on travaillait. Et nous, on était trois. C'était toujours la même équipe. Bon, on discutait. Huit heures de travail, c'est vrai que... Et on discutait beaucoup quand on avait la pause aussi. On avait un réfectoire pour manger, c'était tout le monde en même temps. Et on avait nos gamelles. Il n'y avait plus de cantine. Il n'y avait plus rien. C'était à la gamelle, c'était les ouvriers. Je suis parti et ça a fermé après. Ils ne renouvelaient plus les contrats, c'était fini. Et après, vous savez, c'est comme toute usine, quand ils ont décidé de fermer.
Oui, je me souviens de la première fois que je suis rentrée pour travailler dans la dynamiterie. J'avais ressenti un serment. Ça sert, on a envie de ressortir, mais après, ça ne le fait plus. Nous allons écouter maintenant une autre collecte. Monsieur L.
À l'usine. Moi je faisais la caisserie, des caisses pour l'export. Alors c'était des caisses en bois ou en carton pour la France. Alors j'étais pas exposé à la dynamite. Quand ça sautait, j'ai ramassé les morceaux, mais j'étais pas dans l'atelier. J'ai travaillé une douzaine d'années à la dynamiterie. Parce que j'ai eu un accident dans la colonne vertébrale. J'étais maçon et je ne pouvais plus rien soulever. Alors madame le maire m'a dit « t'inquiète pas, je vais te faire rentrer à l'usine » . Alors j'ai rentré à l'usine et on m'a mis gardien de dépôt la nuit. Alors j'avais une trique et je tournais dans les dépôts. J'avais un mouchard qu'on m'avait donné et à chaque serrure de dépôt, il fallait pointer. Ça fait qu'avec le mouchard, on savait si on avait fait notre travail convenablement. C'est ce que j'ai fait et après on m'a dit bon, on va te mettre à la caisserie. Et j'ai fini mon temps à la caisserie. Et quand ça a sauté, moi j'étais là-bas. C'est-à-dire que je montais avec une dame qu'on appelait Nénette et en montant elle me dit merde, si ça se trouve mon mari il est là-dedans. En effet, il y était. Alors ça s'est terminé comme ça. Moi je suis resté. J'avais à peine 60 ans. On m'a dit, si tu restes, il faut faire du nettoyage, du rangement, un an de plus. Et comme j'avais été déporté, j'avais le droit à la retraite à 60 ans. Alors j'ai travaillé ici jusqu'à 61 ans. C'était rien à faire, c'était de ramasser des gravats par là. Mais pour ainsi dire, l'usine, je ne connaissais pas les pétrins qui faisaient la pâte. Je ne connaissais pas les ateliers, je faisais des caisses. On me donnait un pochoir. Je n'ai jamais été dans l'usine, pour ainsi dire.
Mes parents sont arrivés là-bas en 1927. On habitait Cuny et ma mère ne voulait pas. Elle disait à mon père, demain, on nous fout dehors, on n'a pas de logement. Alors on est venu louer la maison qui est là derrière. Et j'ai tout le temps vécu là, jusqu'à ce que j'ai fait ma maison. Ma mère était nourrice. Il y a eu des accidents et j'allais ramasser les morceaux de viande qui restaient. On savait où il y avait un morceau de viande parce que c'était les corbeaux qui tournaient autour. C'est des souvenirs tristes. Mais enfin, je n'ai pas assisté à l'explosion. Quand c'est arrivé, on a tout de suite fermé l'usine. On les a foutus dehors et celui qui était valide, qui pouvait aider. Mais sans quoi, l'usine, moi, je n'ai rien à lui reprocher à l'usine. Au contraire, les chefs, ils étaient bien. Ils connaissaient mon père qui avait travaillé, je ne sais pas combien de temps. Et puis, j'ai toujours fait mon boulot là où il fallait.
Par contre, quand je suis parti en Allemagne, il y avait tous mes amis. On a tous été. Et quand on est partis, je ne me souviens pas qui l'a dit, mais quelqu'un a dit « Bon les gars, on va tous rester ensemble de manière que s'il arrive quelque chose, on puisse prévenir la famille. » Et on a été logés dans une cabane, comme tout le monde, et puis moi j'ai tellement bien travaillé qu'ils m'ont foutu en camp de concentration. Et quand je suis revenu, à l'heure actuelle, il n'y a plus personne. Je suis le seul du groupe qu'on ait parti encore vivant. Je suis le plus vieux et j'ai fait les camps de concentration.
Ce que je me rappelle vaguement quand j'étais jeune, c'est qu'ils avaient trouvé à Macavé, la cité qu'on appelait les sept cheminées en général, c'était la Pologne. Et il y avait un Polonais d'un seul coup qui avait disparu. Sa femme a dit au voisin qu'il était reparti en Pologne. Et puis un jour, il y avait le gars de l'usine qui faisait des patrouilles en dehors. Son chien lui ramène soi-disant. un morceau d'étoffe. Le garde-chasse a été voir, et ben c'était un macchabée qui était enterré là depuis des années. Il était parti en Pologne, il était parti en Pologne, qu'elle disait. En fait, ils n'avaient pas cherché à savoir, il n'était pas parti. C'était sa femme avec son amant qui l'avait tué. Enfin bon, ça c'est de l'histoire ancienne.
Avant, on était plus heureux parce qu'on était main dans la main. Plus main dans la main qu'aujourd'hui.
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Au prochain podcast pour encore la dynamiterie de CUNY.
Oui, je crois qu'on continue encore un petit peu.
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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bienvenue dans notre podcast Isadora PC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence.
Bonjour Régis. Donc nous poursuivons les podcasts, comme tu as dit, autour de la dynamiterie de CUNY et je te laisse commencer.
Je suis arrivé à la Genovraie en 61 avec mes parents. J'ai connu l'usine de CUNY. Je l'ai vue exploser. Enfin, je ne l'ai pas vue, je l'ai entendue. Je l'ai vécue, quoi. Mais il y a beaucoup de gens qui sont décédés maintenant. La dernière, c'était en février 75 ou 76. On était à l'école à Nemours, au CET. Donc j'étais avec tous les copains de CUNY, de la Genovraie. On était tous ensemble dans le même lycée, on a grandi ensemble. à l'école de la Genevrée, et ça s'est passé à 1h20. On était dans la cour de l'école, vers 13h20, il y a eu une explosion. On l'a entendu dans la cour de l'école, et c'était un mardi, je m'en rappelle, comme si c'était hier. Car le dimanche, on avait invité un des trois gars qui a explosé, M. B, qui il s'appelait. Et avec mon père, on l'avait invité à la chasse. Alors il était venu à la chasse avec nous sur le territoire de Berville et ça a pété le mardi. Donc tous les gars ont crié « ça y est, ça a pété à Cuny, ça a pété, on rentre ! » Ils ont tous pris le car et sont rentrés chez eux. Effectivement, l'explosion avait eu lieu. Il y avait les trois gars qui étaient dans le bâtiment, dont M. B. à l'époque. J'avais 17 ans, on avait 17 ans, parce que... Ils avaient tous leur père et c'est pour ça qu'ils sont partis tout de suite. C'était un lieu à risque. Mon beau-frère y avait travaillé. Et à chaque fois qu'il rentrait dans un lieu où il devait noter leur nom comme ça, si ça pétait, il savait qui il y avait dedans.
Cuny et la jeune vraie, c'est un petit peu séparé. On a toujours trouvé que les gens de Cuny, ça ne se mélangeait pas trop. Il y a toujours eu deux... Comme une frontière, quoi. On n'est pas... On n'est pas pareil entre Cuny et la Jeune Vraie, comme Épizier et la Jeune Vraie. Et on n'a jamais vraiment suivi pourquoi, d'ailleurs. On s'est toujours posé la question. D'ailleurs, quand on organise quelque chose, on ne voit pas les gens de Cuny. Ah non, non, je ne pense pas qu'un événement puisse regrouper les deux villages. Si on fait quelque chose, nous, Cuny ne veut pas le tenir. Par contre, s'ils font quelque chose comme la fête des plantes, il y a du monde. Tout Cuny bouge, tout Cuny sort à ce moment-là. Chez eux, c'est Cuny, c'est pas la Genevraie. Et ça, on n'a jamais compris pourquoi. C'est un petit peu comme un monde à part. C'est comme un autre village, quoi.
Sa femme me dit qu'elle a travaillé deux mois à la dynamiterie. J'étais en période de chômage et l'intérim m'avait envoyé. J'ai eu de la chance. Je n'ai jamais été à la matière. Moi, je faisais l'emballage. Je mettais en caisse, dans les caisses en carton. Ça partait à l'expédition. On était en chaussons, en charentaises. Ah oui, il ne fallait pas créer des tincelles. Il ne fallait pas. On était en tenue. On avait la tenue d'usine. Je ne me rappelle plus exactement. C'était une blouse, mais on avait des charentaises. On n'avait pas le droit d'entrer avec nos chaussures. Et c'est que... C'était à la matière. Il y avait un litre de lait par jour comme anti-poison. Moi, j'y suis entré juste avant que ça ferme. Parce que moi, les femmes avec qui je travaillais voulaient à tout prix qu'ils m'embauchent. Mais non, on ne peut pas. Et ça a fermé tout de suite derrière. C'est vrai que j'étais jeune, mais c'est vrai que c'était impressionnant parce qu'ils me racontaient des drôles de trucs. Tiens. C'est ça qu'ils se sont fait sauter. C'est là aussi. Parce que c'est des blocos à l'intérieur, c'est vrai que c'était vraiment impressionnant. Par contre, l'odeur, oui. Je ne sais pas ce que ça sentait, mais je me rappelle. J'ai eu de la chance. Je n'ai jamais été à la matière. Mais la fille qui était là, il paraît que c'était vraiment... Mais bon, moi, je n'ai pas tout visité. Parce que c'était comme ça, ils nous faisaient pas tout visiter. Moi je le voyais parce que ceux avec qui je travaillais me disaient. Et bon, moi j'étais jeune à l'époque, mais moi ce qui m'avait impressionné c'était d'être obligé d'être en chausson. Bon, sur le coup, on n'y pense pas trop, c'est après. Mais bon, nous, il n'y avait plus grand monde, j'y étais sur la fin, il n'y avait plus grand monde. La peur ? On n'y pense pas trop, je pense. On n'y pense plus quand on est rentré chez soi. Mais bon, quand on était là-bas, il fallait bien travailler, on n'avait pas le choix. Déjà, on pointait en bas, mais en plus, il fallait écrire son nom avant d'entrer dans l'endroit où on travaillait. Et nous, on était trois. C'était toujours la même équipe. Bon, on discutait. Huit heures de travail, c'est vrai que... Et on discutait beaucoup quand on avait la pause aussi. On avait un réfectoire pour manger, c'était tout le monde en même temps. Et on avait nos gamelles. Il n'y avait plus de cantine. Il n'y avait plus rien. C'était à la gamelle, c'était les ouvriers. Je suis parti et ça a fermé après. Ils ne renouvelaient plus les contrats, c'était fini. Et après, vous savez, c'est comme toute usine, quand ils ont décidé de fermer.
Oui, je me souviens de la première fois que je suis rentrée pour travailler dans la dynamiterie. J'avais ressenti un serment. Ça sert, on a envie de ressortir, mais après, ça ne le fait plus. Nous allons écouter maintenant une autre collecte. Monsieur L.
À l'usine. Moi je faisais la caisserie, des caisses pour l'export. Alors c'était des caisses en bois ou en carton pour la France. Alors j'étais pas exposé à la dynamite. Quand ça sautait, j'ai ramassé les morceaux, mais j'étais pas dans l'atelier. J'ai travaillé une douzaine d'années à la dynamiterie. Parce que j'ai eu un accident dans la colonne vertébrale. J'étais maçon et je ne pouvais plus rien soulever. Alors madame le maire m'a dit « t'inquiète pas, je vais te faire rentrer à l'usine » . Alors j'ai rentré à l'usine et on m'a mis gardien de dépôt la nuit. Alors j'avais une trique et je tournais dans les dépôts. J'avais un mouchard qu'on m'avait donné et à chaque serrure de dépôt, il fallait pointer. Ça fait qu'avec le mouchard, on savait si on avait fait notre travail convenablement. C'est ce que j'ai fait et après on m'a dit bon, on va te mettre à la caisserie. Et j'ai fini mon temps à la caisserie. Et quand ça a sauté, moi j'étais là-bas. C'est-à-dire que je montais avec une dame qu'on appelait Nénette et en montant elle me dit merde, si ça se trouve mon mari il est là-dedans. En effet, il y était. Alors ça s'est terminé comme ça. Moi je suis resté. J'avais à peine 60 ans. On m'a dit, si tu restes, il faut faire du nettoyage, du rangement, un an de plus. Et comme j'avais été déporté, j'avais le droit à la retraite à 60 ans. Alors j'ai travaillé ici jusqu'à 61 ans. C'était rien à faire, c'était de ramasser des gravats par là. Mais pour ainsi dire, l'usine, je ne connaissais pas les pétrins qui faisaient la pâte. Je ne connaissais pas les ateliers, je faisais des caisses. On me donnait un pochoir. Je n'ai jamais été dans l'usine, pour ainsi dire.
Mes parents sont arrivés là-bas en 1927. On habitait Cuny et ma mère ne voulait pas. Elle disait à mon père, demain, on nous fout dehors, on n'a pas de logement. Alors on est venu louer la maison qui est là derrière. Et j'ai tout le temps vécu là, jusqu'à ce que j'ai fait ma maison. Ma mère était nourrice. Il y a eu des accidents et j'allais ramasser les morceaux de viande qui restaient. On savait où il y avait un morceau de viande parce que c'était les corbeaux qui tournaient autour. C'est des souvenirs tristes. Mais enfin, je n'ai pas assisté à l'explosion. Quand c'est arrivé, on a tout de suite fermé l'usine. On les a foutus dehors et celui qui était valide, qui pouvait aider. Mais sans quoi, l'usine, moi, je n'ai rien à lui reprocher à l'usine. Au contraire, les chefs, ils étaient bien. Ils connaissaient mon père qui avait travaillé, je ne sais pas combien de temps. Et puis, j'ai toujours fait mon boulot là où il fallait.
Par contre, quand je suis parti en Allemagne, il y avait tous mes amis. On a tous été. Et quand on est partis, je ne me souviens pas qui l'a dit, mais quelqu'un a dit « Bon les gars, on va tous rester ensemble de manière que s'il arrive quelque chose, on puisse prévenir la famille. » Et on a été logés dans une cabane, comme tout le monde, et puis moi j'ai tellement bien travaillé qu'ils m'ont foutu en camp de concentration. Et quand je suis revenu, à l'heure actuelle, il n'y a plus personne. Je suis le seul du groupe qu'on ait parti encore vivant. Je suis le plus vieux et j'ai fait les camps de concentration.
Ce que je me rappelle vaguement quand j'étais jeune, c'est qu'ils avaient trouvé à Macavé, la cité qu'on appelait les sept cheminées en général, c'était la Pologne. Et il y avait un Polonais d'un seul coup qui avait disparu. Sa femme a dit au voisin qu'il était reparti en Pologne. Et puis un jour, il y avait le gars de l'usine qui faisait des patrouilles en dehors. Son chien lui ramène soi-disant. un morceau d'étoffe. Le garde-chasse a été voir, et ben c'était un macchabée qui était enterré là depuis des années. Il était parti en Pologne, il était parti en Pologne, qu'elle disait. En fait, ils n'avaient pas cherché à savoir, il n'était pas parti. C'était sa femme avec son amant qui l'avait tué. Enfin bon, ça c'est de l'histoire ancienne.
Avant, on était plus heureux parce qu'on était main dans la main. Plus main dans la main qu'aujourd'hui.
Merci Régis.
Merci à toi.
Au prochain podcast pour encore la dynamiterie de CUNY.
Oui, je crois qu'on continue encore un petit peu.
Très bien. Eh bien, à bientôt.
Description
Suite des extraits de collectage sur la dynamiterie de Cugny, épisode 5.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora PC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence.
Bonjour Régis. Donc nous poursuivons les podcasts, comme tu as dit, autour de la dynamiterie de CUNY et je te laisse commencer.
Je suis arrivé à la Genovraie en 61 avec mes parents. J'ai connu l'usine de CUNY. Je l'ai vue exploser. Enfin, je ne l'ai pas vue, je l'ai entendue. Je l'ai vécue, quoi. Mais il y a beaucoup de gens qui sont décédés maintenant. La dernière, c'était en février 75 ou 76. On était à l'école à Nemours, au CET. Donc j'étais avec tous les copains de CUNY, de la Genovraie. On était tous ensemble dans le même lycée, on a grandi ensemble. à l'école de la Genevrée, et ça s'est passé à 1h20. On était dans la cour de l'école, vers 13h20, il y a eu une explosion. On l'a entendu dans la cour de l'école, et c'était un mardi, je m'en rappelle, comme si c'était hier. Car le dimanche, on avait invité un des trois gars qui a explosé, M. B, qui il s'appelait. Et avec mon père, on l'avait invité à la chasse. Alors il était venu à la chasse avec nous sur le territoire de Berville et ça a pété le mardi. Donc tous les gars ont crié « ça y est, ça a pété à Cuny, ça a pété, on rentre ! » Ils ont tous pris le car et sont rentrés chez eux. Effectivement, l'explosion avait eu lieu. Il y avait les trois gars qui étaient dans le bâtiment, dont M. B. à l'époque. J'avais 17 ans, on avait 17 ans, parce que... Ils avaient tous leur père et c'est pour ça qu'ils sont partis tout de suite. C'était un lieu à risque. Mon beau-frère y avait travaillé. Et à chaque fois qu'il rentrait dans un lieu où il devait noter leur nom comme ça, si ça pétait, il savait qui il y avait dedans.
Cuny et la jeune vraie, c'est un petit peu séparé. On a toujours trouvé que les gens de Cuny, ça ne se mélangeait pas trop. Il y a toujours eu deux... Comme une frontière, quoi. On n'est pas... On n'est pas pareil entre Cuny et la Jeune Vraie, comme Épizier et la Jeune Vraie. Et on n'a jamais vraiment suivi pourquoi, d'ailleurs. On s'est toujours posé la question. D'ailleurs, quand on organise quelque chose, on ne voit pas les gens de Cuny. Ah non, non, je ne pense pas qu'un événement puisse regrouper les deux villages. Si on fait quelque chose, nous, Cuny ne veut pas le tenir. Par contre, s'ils font quelque chose comme la fête des plantes, il y a du monde. Tout Cuny bouge, tout Cuny sort à ce moment-là. Chez eux, c'est Cuny, c'est pas la Genevraie. Et ça, on n'a jamais compris pourquoi. C'est un petit peu comme un monde à part. C'est comme un autre village, quoi.
Sa femme me dit qu'elle a travaillé deux mois à la dynamiterie. J'étais en période de chômage et l'intérim m'avait envoyé. J'ai eu de la chance. Je n'ai jamais été à la matière. Moi, je faisais l'emballage. Je mettais en caisse, dans les caisses en carton. Ça partait à l'expédition. On était en chaussons, en charentaises. Ah oui, il ne fallait pas créer des tincelles. Il ne fallait pas. On était en tenue. On avait la tenue d'usine. Je ne me rappelle plus exactement. C'était une blouse, mais on avait des charentaises. On n'avait pas le droit d'entrer avec nos chaussures. Et c'est que... C'était à la matière. Il y avait un litre de lait par jour comme anti-poison. Moi, j'y suis entré juste avant que ça ferme. Parce que moi, les femmes avec qui je travaillais voulaient à tout prix qu'ils m'embauchent. Mais non, on ne peut pas. Et ça a fermé tout de suite derrière. C'est vrai que j'étais jeune, mais c'est vrai que c'était impressionnant parce qu'ils me racontaient des drôles de trucs. Tiens. C'est ça qu'ils se sont fait sauter. C'est là aussi. Parce que c'est des blocos à l'intérieur, c'est vrai que c'était vraiment impressionnant. Par contre, l'odeur, oui. Je ne sais pas ce que ça sentait, mais je me rappelle. J'ai eu de la chance. Je n'ai jamais été à la matière. Mais la fille qui était là, il paraît que c'était vraiment... Mais bon, moi, je n'ai pas tout visité. Parce que c'était comme ça, ils nous faisaient pas tout visiter. Moi je le voyais parce que ceux avec qui je travaillais me disaient. Et bon, moi j'étais jeune à l'époque, mais moi ce qui m'avait impressionné c'était d'être obligé d'être en chausson. Bon, sur le coup, on n'y pense pas trop, c'est après. Mais bon, nous, il n'y avait plus grand monde, j'y étais sur la fin, il n'y avait plus grand monde. La peur ? On n'y pense pas trop, je pense. On n'y pense plus quand on est rentré chez soi. Mais bon, quand on était là-bas, il fallait bien travailler, on n'avait pas le choix. Déjà, on pointait en bas, mais en plus, il fallait écrire son nom avant d'entrer dans l'endroit où on travaillait. Et nous, on était trois. C'était toujours la même équipe. Bon, on discutait. Huit heures de travail, c'est vrai que... Et on discutait beaucoup quand on avait la pause aussi. On avait un réfectoire pour manger, c'était tout le monde en même temps. Et on avait nos gamelles. Il n'y avait plus de cantine. Il n'y avait plus rien. C'était à la gamelle, c'était les ouvriers. Je suis parti et ça a fermé après. Ils ne renouvelaient plus les contrats, c'était fini. Et après, vous savez, c'est comme toute usine, quand ils ont décidé de fermer.
Oui, je me souviens de la première fois que je suis rentrée pour travailler dans la dynamiterie. J'avais ressenti un serment. Ça sert, on a envie de ressortir, mais après, ça ne le fait plus. Nous allons écouter maintenant une autre collecte. Monsieur L.
À l'usine. Moi je faisais la caisserie, des caisses pour l'export. Alors c'était des caisses en bois ou en carton pour la France. Alors j'étais pas exposé à la dynamite. Quand ça sautait, j'ai ramassé les morceaux, mais j'étais pas dans l'atelier. J'ai travaillé une douzaine d'années à la dynamiterie. Parce que j'ai eu un accident dans la colonne vertébrale. J'étais maçon et je ne pouvais plus rien soulever. Alors madame le maire m'a dit « t'inquiète pas, je vais te faire rentrer à l'usine » . Alors j'ai rentré à l'usine et on m'a mis gardien de dépôt la nuit. Alors j'avais une trique et je tournais dans les dépôts. J'avais un mouchard qu'on m'avait donné et à chaque serrure de dépôt, il fallait pointer. Ça fait qu'avec le mouchard, on savait si on avait fait notre travail convenablement. C'est ce que j'ai fait et après on m'a dit bon, on va te mettre à la caisserie. Et j'ai fini mon temps à la caisserie. Et quand ça a sauté, moi j'étais là-bas. C'est-à-dire que je montais avec une dame qu'on appelait Nénette et en montant elle me dit merde, si ça se trouve mon mari il est là-dedans. En effet, il y était. Alors ça s'est terminé comme ça. Moi je suis resté. J'avais à peine 60 ans. On m'a dit, si tu restes, il faut faire du nettoyage, du rangement, un an de plus. Et comme j'avais été déporté, j'avais le droit à la retraite à 60 ans. Alors j'ai travaillé ici jusqu'à 61 ans. C'était rien à faire, c'était de ramasser des gravats par là. Mais pour ainsi dire, l'usine, je ne connaissais pas les pétrins qui faisaient la pâte. Je ne connaissais pas les ateliers, je faisais des caisses. On me donnait un pochoir. Je n'ai jamais été dans l'usine, pour ainsi dire.
Mes parents sont arrivés là-bas en 1927. On habitait Cuny et ma mère ne voulait pas. Elle disait à mon père, demain, on nous fout dehors, on n'a pas de logement. Alors on est venu louer la maison qui est là derrière. Et j'ai tout le temps vécu là, jusqu'à ce que j'ai fait ma maison. Ma mère était nourrice. Il y a eu des accidents et j'allais ramasser les morceaux de viande qui restaient. On savait où il y avait un morceau de viande parce que c'était les corbeaux qui tournaient autour. C'est des souvenirs tristes. Mais enfin, je n'ai pas assisté à l'explosion. Quand c'est arrivé, on a tout de suite fermé l'usine. On les a foutus dehors et celui qui était valide, qui pouvait aider. Mais sans quoi, l'usine, moi, je n'ai rien à lui reprocher à l'usine. Au contraire, les chefs, ils étaient bien. Ils connaissaient mon père qui avait travaillé, je ne sais pas combien de temps. Et puis, j'ai toujours fait mon boulot là où il fallait.
Par contre, quand je suis parti en Allemagne, il y avait tous mes amis. On a tous été. Et quand on est partis, je ne me souviens pas qui l'a dit, mais quelqu'un a dit « Bon les gars, on va tous rester ensemble de manière que s'il arrive quelque chose, on puisse prévenir la famille. » Et on a été logés dans une cabane, comme tout le monde, et puis moi j'ai tellement bien travaillé qu'ils m'ont foutu en camp de concentration. Et quand je suis revenu, à l'heure actuelle, il n'y a plus personne. Je suis le seul du groupe qu'on ait parti encore vivant. Je suis le plus vieux et j'ai fait les camps de concentration.
Ce que je me rappelle vaguement quand j'étais jeune, c'est qu'ils avaient trouvé à Macavé, la cité qu'on appelait les sept cheminées en général, c'était la Pologne. Et il y avait un Polonais d'un seul coup qui avait disparu. Sa femme a dit au voisin qu'il était reparti en Pologne. Et puis un jour, il y avait le gars de l'usine qui faisait des patrouilles en dehors. Son chien lui ramène soi-disant. un morceau d'étoffe. Le garde-chasse a été voir, et ben c'était un macchabée qui était enterré là depuis des années. Il était parti en Pologne, il était parti en Pologne, qu'elle disait. En fait, ils n'avaient pas cherché à savoir, il n'était pas parti. C'était sa femme avec son amant qui l'avait tué. Enfin bon, ça c'est de l'histoire ancienne.
Avant, on était plus heureux parce qu'on était main dans la main. Plus main dans la main qu'aujourd'hui.
Merci Régis.
Merci à toi.
Au prochain podcast pour encore la dynamiterie de CUNY.
Oui, je crois qu'on continue encore un petit peu.
Très bien. Eh bien, à bientôt.
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