Description
Les escaliers on les monte on les descend d’étape en étape vers ou nous conduisent il ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Les escaliers on les monte on les descend d’étape en étape vers ou nous conduisent il ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Maciani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence.
Bonjour Régis. Dis-moi pourquoi es-tu donc assis dans un escalier ce matin ?
Du 16 avril, le docteur Bernard Rieu sortit de son cabinet et buta sur un rat mort au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l'escalier. Bien, tu reconnais donc la peste d'Albert Camus, n'est-ce pas ?
Oui.
Eh bien, nous n'allons pas parler ni des rats, ni de la peste, mais des escaliers.
Les escaliers nous mènent d'un palier à un autre.
Et qu'est-ce qu'il y a sur nos paliers ?
Des rats morts, des pots de fleurs.
Des vélos, des chaussures, des parapluies.
Je monte, tu montes, nous montons les escaliers et vous les descendez d'étape en étape, de palier en palier. Mais où nous conduisent-ils ?
Où nous conduisent donc ces fameux escaliers ? Nous allons commencer par une petite lecture. Georges Pérec, « Espèce d'espace » , c'est justement un texte qui s'appelle « Escalier » . On ne pense pas assez aux escaliers. Rien n'était plus beau dans les maisons anciennes que les escaliers. Rien n'est plus laid, plus froid, plus hostile, plus mesquin dans les immeubles d'aujourd'hui. On devrait apprendre à vivre davantage dans les escaliers. Mais comment ? Un escalier ?
Une marche.
Un quai ?
Une jetée.
Un échafaudage.
Il y est question d'escale, d'accéder à.
D'escalader. La tour Eiffel, 1665 marches.
Les escaliers de Montmartre, 2207 marches.
La ville de Poitiers regorge d'escaliers. Il y a les escaliers du Diable, il y a ceux des Dunes et bien sûr on peut évoquer ceux de la Madeleine.
L'escalier en fer à cheval aux formes atypiques du château de Fontainebleau est une prouesse architecturale.
Le plus long escalier du monde se trouve en plein cœur du canton de Berne en Suisse, 11 674 marches.
Je vais partager avec vous un extrait du cas de Dino Busati qui s'intitule « La tour Eiffel » . Nous étions désormais si haut que la montée et la descente des ouvriers finissaient par prendre plus de la moitié de l'horaire de travail. Les ascenseurs n'existaient pas encore. De jour en jour, le temps de travail effectif s'amoindrissait. Le moment allait venir où, à peine arrivés au sommet, il nous faudrait entreprendre la descente. Et la tour cesserait de croître, même d'un seul mètre. Il fut alors décidé... Qu'on installerait là-haut, entre les travées de fer, de petites baraques pour nous, comme des nids, qu'on ne verrait pas de la ville parce qu'elle serait cachée par le nuage de brouillard artificiel. Nous y dormions, nous y mangeons, et le soir nous jouions aux cartes quand nous n'entendions pas les grands cœurs des illusions et des victoires. Nous descendions à la ville par roulement et seulement les jours de fête. Escalier commun ?
Escalier d'honneur,
escalier de service,
escalier dérobé,
escalier évidé,
escalier en hélice,
escalier à vis,
escalier de meunier,
cage d'escalier.
Un escalier, c'est une histoire de proportion. Pour un escalier confortable, prévoyez une hauteur de marche proche de 17,5 cm. À partir de 19 cm, la montée devient moins facile.
Monter, gravir, tenir le pas, s'élever, grandir...
Tenir la rampe, laisser sa main glisser...
Le palier est une pause, une escale dans notre escalade.
Un pied, puis l'autre, degré par degré, mouvement répétitif qui assure l'ascension.
On peut également dégringoler les escaliers, tomber, chuter, se casser, se disloquer...
Se casser les reins, se briser les os, ça fallait. Je vais à présent vous lire un extrait du journal du dehors de Annie Ernaux. Lumière et moiteur de Charles de Gaulle, étoile. Des femmes achetaient des bijoux au pied des escaliers mécaniques parallèles dans le couloir. Il y avait sur le sol écrit, dans un emplacement délimité à la craie, « Pour manger, je suis sans famille » . Mais celui ou celle qui avait marqué cela était parti. Le cercle de craie était vide, les gens évitaient de marcher.
Je continue avec un autre extrait d'Agnès Ernaux, mais cette fois-ci dans son livre La vie extérieure. On se jette dans l'escalier mécanique qui descend au quai à Aubert. Il glisse, bourré de monde. On a le temps de voir en bas, le long du mur bleu, un couple se serrer, s'embrasser. Tous deux, la quarantaine. Le grondement d'une rame qui arrime. L'homme et la femme se séparent et courent vers le train. Ils étaient juste à l'endroit où, un soir de l'année dernière, vers minuit, j'étais avec F. Comme la femme, il y avait un petit peu de temps. J'avais le dos au mur. L'escalier mécanique descendait, interminablement vide, dans un cliquetis continuel.
Lire dans les escaliers.
Dormir dans les escaliers.
Dîler dans la cage d'escalier.
Flirter sous les escaliers.
Tournoyer dans le colimaçon.
Se cacher derrière l'escalier.
Pleurer sur la première marche.
Souffler sur la plus haute.
Rater une marche.
Monter les marches deux par deux ou quatre à quatre.
Faire du toboggan dans les escaliers.
Glisser sur la rampe.
Se retrouver à la porte.
Coinser dans l'escalier.
Est-ce que l'escalier m'excuse ?
Monter à vive allure.
Descendre pas à pas.
Héler son voisin d'escalier.
Tiens, je l'ai croisé dans l'escalier.
Et si on se prenait un café ?
Je vais conclure avec un extrait de... Georges-Louis Borges, l'Aleph, une nouvelle qui s'appelle « Les deux rois et les deux labyrinthes » . Les hommes dignes de foi racontent, mais Allah sait davantage, quand les premiers jours du monde il y eut un roi des îles de Babylonie qui réunit ses architectes et ses mages et qui leur ordonna de construire un labyrinthe si complexe et si subtil que les hommes les plus sages ne s'aventureraient pas à y entrer et que ceux qui y entreraient s'y perdraient. Cet ouvrage était un scandale car la confusion et l'émerveillement, opération réservée à Dieu, ne conviennent point aux hommes. Avec le temps, un roi des Arabes vint à la cour et le roi de Babylonie, pour se moquer de sa simplicité, le fit entrer dans le labyrinthe où il erra. outragé et confondu jusqu'à la tombée de la nuit. Alors il implora le secours de Dieu et trouva la porte. Ses lèvres ne proférèrent aucune plainte, mais il dit au roi de Babylonie qu'il possédait en Arabie un meilleur labyrinthe et qu'avec la permission de Dieu, il le ferait connaître quelques jours. Puis il rentra en Arabie. réunit ses capitaines et ses vieutenants et dévasta le royaume de Babylone avec tant de bonheur qu'il renversa les forteresses, détruisit les armées et fait prisonnier le roi. Il l'attacha au dos d'un chameau rapide et l'emmena en plein désert. Ils chevauchèrent trois jours avant qu'ils disent « Ô roi des temps ! » Substance et chiffre du siècle. En Babylonie, tu as voulu me perdre dans un labyrinthe de bronze, aux innombrables escaliers, murs et portes de bronze. Maintenant, le Tout-Puissant a voulu que je montre le mien, où il n'y a ni escalier à gravir, ni porte à forcer, ni mur qui empêche de passer. Il le détacha. et l'abandonna au cœur du désert où il mourut. de faim et de soif. La gloire soit à celui qui ne meurt pas.
Merci Régis pour cette belle lecture.
Merci à toi Clarence.
Et nous vous disons à bientôt pour un prochain podcast.
Voilà, merci beaucoup, à bientôt.
Au revoir.
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Les escaliers on les monte on les descend d’étape en étape vers ou nous conduisent il ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Maciani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence.
Bonjour Régis. Dis-moi pourquoi es-tu donc assis dans un escalier ce matin ?
Du 16 avril, le docteur Bernard Rieu sortit de son cabinet et buta sur un rat mort au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l'escalier. Bien, tu reconnais donc la peste d'Albert Camus, n'est-ce pas ?
Oui.
Eh bien, nous n'allons pas parler ni des rats, ni de la peste, mais des escaliers.
Les escaliers nous mènent d'un palier à un autre.
Et qu'est-ce qu'il y a sur nos paliers ?
Des rats morts, des pots de fleurs.
Des vélos, des chaussures, des parapluies.
Je monte, tu montes, nous montons les escaliers et vous les descendez d'étape en étape, de palier en palier. Mais où nous conduisent-ils ?
Où nous conduisent donc ces fameux escaliers ? Nous allons commencer par une petite lecture. Georges Pérec, « Espèce d'espace » , c'est justement un texte qui s'appelle « Escalier » . On ne pense pas assez aux escaliers. Rien n'était plus beau dans les maisons anciennes que les escaliers. Rien n'est plus laid, plus froid, plus hostile, plus mesquin dans les immeubles d'aujourd'hui. On devrait apprendre à vivre davantage dans les escaliers. Mais comment ? Un escalier ?
Une marche.
Un quai ?
Une jetée.
Un échafaudage.
Il y est question d'escale, d'accéder à.
D'escalader. La tour Eiffel, 1665 marches.
Les escaliers de Montmartre, 2207 marches.
La ville de Poitiers regorge d'escaliers. Il y a les escaliers du Diable, il y a ceux des Dunes et bien sûr on peut évoquer ceux de la Madeleine.
L'escalier en fer à cheval aux formes atypiques du château de Fontainebleau est une prouesse architecturale.
Le plus long escalier du monde se trouve en plein cœur du canton de Berne en Suisse, 11 674 marches.
Je vais partager avec vous un extrait du cas de Dino Busati qui s'intitule « La tour Eiffel » . Nous étions désormais si haut que la montée et la descente des ouvriers finissaient par prendre plus de la moitié de l'horaire de travail. Les ascenseurs n'existaient pas encore. De jour en jour, le temps de travail effectif s'amoindrissait. Le moment allait venir où, à peine arrivés au sommet, il nous faudrait entreprendre la descente. Et la tour cesserait de croître, même d'un seul mètre. Il fut alors décidé... Qu'on installerait là-haut, entre les travées de fer, de petites baraques pour nous, comme des nids, qu'on ne verrait pas de la ville parce qu'elle serait cachée par le nuage de brouillard artificiel. Nous y dormions, nous y mangeons, et le soir nous jouions aux cartes quand nous n'entendions pas les grands cœurs des illusions et des victoires. Nous descendions à la ville par roulement et seulement les jours de fête. Escalier commun ?
Escalier d'honneur,
escalier de service,
escalier dérobé,
escalier évidé,
escalier en hélice,
escalier à vis,
escalier de meunier,
cage d'escalier.
Un escalier, c'est une histoire de proportion. Pour un escalier confortable, prévoyez une hauteur de marche proche de 17,5 cm. À partir de 19 cm, la montée devient moins facile.
Monter, gravir, tenir le pas, s'élever, grandir...
Tenir la rampe, laisser sa main glisser...
Le palier est une pause, une escale dans notre escalade.
Un pied, puis l'autre, degré par degré, mouvement répétitif qui assure l'ascension.
On peut également dégringoler les escaliers, tomber, chuter, se casser, se disloquer...
Se casser les reins, se briser les os, ça fallait. Je vais à présent vous lire un extrait du journal du dehors de Annie Ernaux. Lumière et moiteur de Charles de Gaulle, étoile. Des femmes achetaient des bijoux au pied des escaliers mécaniques parallèles dans le couloir. Il y avait sur le sol écrit, dans un emplacement délimité à la craie, « Pour manger, je suis sans famille » . Mais celui ou celle qui avait marqué cela était parti. Le cercle de craie était vide, les gens évitaient de marcher.
Je continue avec un autre extrait d'Agnès Ernaux, mais cette fois-ci dans son livre La vie extérieure. On se jette dans l'escalier mécanique qui descend au quai à Aubert. Il glisse, bourré de monde. On a le temps de voir en bas, le long du mur bleu, un couple se serrer, s'embrasser. Tous deux, la quarantaine. Le grondement d'une rame qui arrime. L'homme et la femme se séparent et courent vers le train. Ils étaient juste à l'endroit où, un soir de l'année dernière, vers minuit, j'étais avec F. Comme la femme, il y avait un petit peu de temps. J'avais le dos au mur. L'escalier mécanique descendait, interminablement vide, dans un cliquetis continuel.
Lire dans les escaliers.
Dormir dans les escaliers.
Dîler dans la cage d'escalier.
Flirter sous les escaliers.
Tournoyer dans le colimaçon.
Se cacher derrière l'escalier.
Pleurer sur la première marche.
Souffler sur la plus haute.
Rater une marche.
Monter les marches deux par deux ou quatre à quatre.
Faire du toboggan dans les escaliers.
Glisser sur la rampe.
Se retrouver à la porte.
Coinser dans l'escalier.
Est-ce que l'escalier m'excuse ?
Monter à vive allure.
Descendre pas à pas.
Héler son voisin d'escalier.
Tiens, je l'ai croisé dans l'escalier.
Et si on se prenait un café ?
Je vais conclure avec un extrait de... Georges-Louis Borges, l'Aleph, une nouvelle qui s'appelle « Les deux rois et les deux labyrinthes » . Les hommes dignes de foi racontent, mais Allah sait davantage, quand les premiers jours du monde il y eut un roi des îles de Babylonie qui réunit ses architectes et ses mages et qui leur ordonna de construire un labyrinthe si complexe et si subtil que les hommes les plus sages ne s'aventureraient pas à y entrer et que ceux qui y entreraient s'y perdraient. Cet ouvrage était un scandale car la confusion et l'émerveillement, opération réservée à Dieu, ne conviennent point aux hommes. Avec le temps, un roi des Arabes vint à la cour et le roi de Babylonie, pour se moquer de sa simplicité, le fit entrer dans le labyrinthe où il erra. outragé et confondu jusqu'à la tombée de la nuit. Alors il implora le secours de Dieu et trouva la porte. Ses lèvres ne proférèrent aucune plainte, mais il dit au roi de Babylonie qu'il possédait en Arabie un meilleur labyrinthe et qu'avec la permission de Dieu, il le ferait connaître quelques jours. Puis il rentra en Arabie. réunit ses capitaines et ses vieutenants et dévasta le royaume de Babylone avec tant de bonheur qu'il renversa les forteresses, détruisit les armées et fait prisonnier le roi. Il l'attacha au dos d'un chameau rapide et l'emmena en plein désert. Ils chevauchèrent trois jours avant qu'ils disent « Ô roi des temps ! » Substance et chiffre du siècle. En Babylonie, tu as voulu me perdre dans un labyrinthe de bronze, aux innombrables escaliers, murs et portes de bronze. Maintenant, le Tout-Puissant a voulu que je montre le mien, où il n'y a ni escalier à gravir, ni porte à forcer, ni mur qui empêche de passer. Il le détacha. et l'abandonna au cœur du désert où il mourut. de faim et de soif. La gloire soit à celui qui ne meurt pas.
Merci Régis pour cette belle lecture.
Merci à toi Clarence.
Et nous vous disons à bientôt pour un prochain podcast.
Voilà, merci beaucoup, à bientôt.
Au revoir.
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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Maciani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence.
Bonjour Régis. Dis-moi pourquoi es-tu donc assis dans un escalier ce matin ?
Du 16 avril, le docteur Bernard Rieu sortit de son cabinet et buta sur un rat mort au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l'escalier. Bien, tu reconnais donc la peste d'Albert Camus, n'est-ce pas ?
Oui.
Eh bien, nous n'allons pas parler ni des rats, ni de la peste, mais des escaliers.
Les escaliers nous mènent d'un palier à un autre.
Et qu'est-ce qu'il y a sur nos paliers ?
Des rats morts, des pots de fleurs.
Des vélos, des chaussures, des parapluies.
Je monte, tu montes, nous montons les escaliers et vous les descendez d'étape en étape, de palier en palier. Mais où nous conduisent-ils ?
Où nous conduisent donc ces fameux escaliers ? Nous allons commencer par une petite lecture. Georges Pérec, « Espèce d'espace » , c'est justement un texte qui s'appelle « Escalier » . On ne pense pas assez aux escaliers. Rien n'était plus beau dans les maisons anciennes que les escaliers. Rien n'est plus laid, plus froid, plus hostile, plus mesquin dans les immeubles d'aujourd'hui. On devrait apprendre à vivre davantage dans les escaliers. Mais comment ? Un escalier ?
Une marche.
Un quai ?
Une jetée.
Un échafaudage.
Il y est question d'escale, d'accéder à.
D'escalader. La tour Eiffel, 1665 marches.
Les escaliers de Montmartre, 2207 marches.
La ville de Poitiers regorge d'escaliers. Il y a les escaliers du Diable, il y a ceux des Dunes et bien sûr on peut évoquer ceux de la Madeleine.
L'escalier en fer à cheval aux formes atypiques du château de Fontainebleau est une prouesse architecturale.
Le plus long escalier du monde se trouve en plein cœur du canton de Berne en Suisse, 11 674 marches.
Je vais partager avec vous un extrait du cas de Dino Busati qui s'intitule « La tour Eiffel » . Nous étions désormais si haut que la montée et la descente des ouvriers finissaient par prendre plus de la moitié de l'horaire de travail. Les ascenseurs n'existaient pas encore. De jour en jour, le temps de travail effectif s'amoindrissait. Le moment allait venir où, à peine arrivés au sommet, il nous faudrait entreprendre la descente. Et la tour cesserait de croître, même d'un seul mètre. Il fut alors décidé... Qu'on installerait là-haut, entre les travées de fer, de petites baraques pour nous, comme des nids, qu'on ne verrait pas de la ville parce qu'elle serait cachée par le nuage de brouillard artificiel. Nous y dormions, nous y mangeons, et le soir nous jouions aux cartes quand nous n'entendions pas les grands cœurs des illusions et des victoires. Nous descendions à la ville par roulement et seulement les jours de fête. Escalier commun ?
Escalier d'honneur,
escalier de service,
escalier dérobé,
escalier évidé,
escalier en hélice,
escalier à vis,
escalier de meunier,
cage d'escalier.
Un escalier, c'est une histoire de proportion. Pour un escalier confortable, prévoyez une hauteur de marche proche de 17,5 cm. À partir de 19 cm, la montée devient moins facile.
Monter, gravir, tenir le pas, s'élever, grandir...
Tenir la rampe, laisser sa main glisser...
Le palier est une pause, une escale dans notre escalade.
Un pied, puis l'autre, degré par degré, mouvement répétitif qui assure l'ascension.
On peut également dégringoler les escaliers, tomber, chuter, se casser, se disloquer...
Se casser les reins, se briser les os, ça fallait. Je vais à présent vous lire un extrait du journal du dehors de Annie Ernaux. Lumière et moiteur de Charles de Gaulle, étoile. Des femmes achetaient des bijoux au pied des escaliers mécaniques parallèles dans le couloir. Il y avait sur le sol écrit, dans un emplacement délimité à la craie, « Pour manger, je suis sans famille » . Mais celui ou celle qui avait marqué cela était parti. Le cercle de craie était vide, les gens évitaient de marcher.
Je continue avec un autre extrait d'Agnès Ernaux, mais cette fois-ci dans son livre La vie extérieure. On se jette dans l'escalier mécanique qui descend au quai à Aubert. Il glisse, bourré de monde. On a le temps de voir en bas, le long du mur bleu, un couple se serrer, s'embrasser. Tous deux, la quarantaine. Le grondement d'une rame qui arrime. L'homme et la femme se séparent et courent vers le train. Ils étaient juste à l'endroit où, un soir de l'année dernière, vers minuit, j'étais avec F. Comme la femme, il y avait un petit peu de temps. J'avais le dos au mur. L'escalier mécanique descendait, interminablement vide, dans un cliquetis continuel.
Lire dans les escaliers.
Dormir dans les escaliers.
Dîler dans la cage d'escalier.
Flirter sous les escaliers.
Tournoyer dans le colimaçon.
Se cacher derrière l'escalier.
Pleurer sur la première marche.
Souffler sur la plus haute.
Rater une marche.
Monter les marches deux par deux ou quatre à quatre.
Faire du toboggan dans les escaliers.
Glisser sur la rampe.
Se retrouver à la porte.
Coinser dans l'escalier.
Est-ce que l'escalier m'excuse ?
Monter à vive allure.
Descendre pas à pas.
Héler son voisin d'escalier.
Tiens, je l'ai croisé dans l'escalier.
Et si on se prenait un café ?
Je vais conclure avec un extrait de... Georges-Louis Borges, l'Aleph, une nouvelle qui s'appelle « Les deux rois et les deux labyrinthes » . Les hommes dignes de foi racontent, mais Allah sait davantage, quand les premiers jours du monde il y eut un roi des îles de Babylonie qui réunit ses architectes et ses mages et qui leur ordonna de construire un labyrinthe si complexe et si subtil que les hommes les plus sages ne s'aventureraient pas à y entrer et que ceux qui y entreraient s'y perdraient. Cet ouvrage était un scandale car la confusion et l'émerveillement, opération réservée à Dieu, ne conviennent point aux hommes. Avec le temps, un roi des Arabes vint à la cour et le roi de Babylonie, pour se moquer de sa simplicité, le fit entrer dans le labyrinthe où il erra. outragé et confondu jusqu'à la tombée de la nuit. Alors il implora le secours de Dieu et trouva la porte. Ses lèvres ne proférèrent aucune plainte, mais il dit au roi de Babylonie qu'il possédait en Arabie un meilleur labyrinthe et qu'avec la permission de Dieu, il le ferait connaître quelques jours. Puis il rentra en Arabie. réunit ses capitaines et ses vieutenants et dévasta le royaume de Babylone avec tant de bonheur qu'il renversa les forteresses, détruisit les armées et fait prisonnier le roi. Il l'attacha au dos d'un chameau rapide et l'emmena en plein désert. Ils chevauchèrent trois jours avant qu'ils disent « Ô roi des temps ! » Substance et chiffre du siècle. En Babylonie, tu as voulu me perdre dans un labyrinthe de bronze, aux innombrables escaliers, murs et portes de bronze. Maintenant, le Tout-Puissant a voulu que je montre le mien, où il n'y a ni escalier à gravir, ni porte à forcer, ni mur qui empêche de passer. Il le détacha. et l'abandonna au cœur du désert où il mourut. de faim et de soif. La gloire soit à celui qui ne meurt pas.
Merci Régis pour cette belle lecture.
Merci à toi Clarence.
Et nous vous disons à bientôt pour un prochain podcast.
Voilà, merci beaucoup, à bientôt.
Au revoir.
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Les escaliers on les monte on les descend d’étape en étape vers ou nous conduisent il ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Maciani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Clarence.
Bonjour Régis. Dis-moi pourquoi es-tu donc assis dans un escalier ce matin ?
Du 16 avril, le docteur Bernard Rieu sortit de son cabinet et buta sur un rat mort au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l'escalier. Bien, tu reconnais donc la peste d'Albert Camus, n'est-ce pas ?
Oui.
Eh bien, nous n'allons pas parler ni des rats, ni de la peste, mais des escaliers.
Les escaliers nous mènent d'un palier à un autre.
Et qu'est-ce qu'il y a sur nos paliers ?
Des rats morts, des pots de fleurs.
Des vélos, des chaussures, des parapluies.
Je monte, tu montes, nous montons les escaliers et vous les descendez d'étape en étape, de palier en palier. Mais où nous conduisent-ils ?
Où nous conduisent donc ces fameux escaliers ? Nous allons commencer par une petite lecture. Georges Pérec, « Espèce d'espace » , c'est justement un texte qui s'appelle « Escalier » . On ne pense pas assez aux escaliers. Rien n'était plus beau dans les maisons anciennes que les escaliers. Rien n'est plus laid, plus froid, plus hostile, plus mesquin dans les immeubles d'aujourd'hui. On devrait apprendre à vivre davantage dans les escaliers. Mais comment ? Un escalier ?
Une marche.
Un quai ?
Une jetée.
Un échafaudage.
Il y est question d'escale, d'accéder à.
D'escalader. La tour Eiffel, 1665 marches.
Les escaliers de Montmartre, 2207 marches.
La ville de Poitiers regorge d'escaliers. Il y a les escaliers du Diable, il y a ceux des Dunes et bien sûr on peut évoquer ceux de la Madeleine.
L'escalier en fer à cheval aux formes atypiques du château de Fontainebleau est une prouesse architecturale.
Le plus long escalier du monde se trouve en plein cœur du canton de Berne en Suisse, 11 674 marches.
Je vais partager avec vous un extrait du cas de Dino Busati qui s'intitule « La tour Eiffel » . Nous étions désormais si haut que la montée et la descente des ouvriers finissaient par prendre plus de la moitié de l'horaire de travail. Les ascenseurs n'existaient pas encore. De jour en jour, le temps de travail effectif s'amoindrissait. Le moment allait venir où, à peine arrivés au sommet, il nous faudrait entreprendre la descente. Et la tour cesserait de croître, même d'un seul mètre. Il fut alors décidé... Qu'on installerait là-haut, entre les travées de fer, de petites baraques pour nous, comme des nids, qu'on ne verrait pas de la ville parce qu'elle serait cachée par le nuage de brouillard artificiel. Nous y dormions, nous y mangeons, et le soir nous jouions aux cartes quand nous n'entendions pas les grands cœurs des illusions et des victoires. Nous descendions à la ville par roulement et seulement les jours de fête. Escalier commun ?
Escalier d'honneur,
escalier de service,
escalier dérobé,
escalier évidé,
escalier en hélice,
escalier à vis,
escalier de meunier,
cage d'escalier.
Un escalier, c'est une histoire de proportion. Pour un escalier confortable, prévoyez une hauteur de marche proche de 17,5 cm. À partir de 19 cm, la montée devient moins facile.
Monter, gravir, tenir le pas, s'élever, grandir...
Tenir la rampe, laisser sa main glisser...
Le palier est une pause, une escale dans notre escalade.
Un pied, puis l'autre, degré par degré, mouvement répétitif qui assure l'ascension.
On peut également dégringoler les escaliers, tomber, chuter, se casser, se disloquer...
Se casser les reins, se briser les os, ça fallait. Je vais à présent vous lire un extrait du journal du dehors de Annie Ernaux. Lumière et moiteur de Charles de Gaulle, étoile. Des femmes achetaient des bijoux au pied des escaliers mécaniques parallèles dans le couloir. Il y avait sur le sol écrit, dans un emplacement délimité à la craie, « Pour manger, je suis sans famille » . Mais celui ou celle qui avait marqué cela était parti. Le cercle de craie était vide, les gens évitaient de marcher.
Je continue avec un autre extrait d'Agnès Ernaux, mais cette fois-ci dans son livre La vie extérieure. On se jette dans l'escalier mécanique qui descend au quai à Aubert. Il glisse, bourré de monde. On a le temps de voir en bas, le long du mur bleu, un couple se serrer, s'embrasser. Tous deux, la quarantaine. Le grondement d'une rame qui arrime. L'homme et la femme se séparent et courent vers le train. Ils étaient juste à l'endroit où, un soir de l'année dernière, vers minuit, j'étais avec F. Comme la femme, il y avait un petit peu de temps. J'avais le dos au mur. L'escalier mécanique descendait, interminablement vide, dans un cliquetis continuel.
Lire dans les escaliers.
Dormir dans les escaliers.
Dîler dans la cage d'escalier.
Flirter sous les escaliers.
Tournoyer dans le colimaçon.
Se cacher derrière l'escalier.
Pleurer sur la première marche.
Souffler sur la plus haute.
Rater une marche.
Monter les marches deux par deux ou quatre à quatre.
Faire du toboggan dans les escaliers.
Glisser sur la rampe.
Se retrouver à la porte.
Coinser dans l'escalier.
Est-ce que l'escalier m'excuse ?
Monter à vive allure.
Descendre pas à pas.
Héler son voisin d'escalier.
Tiens, je l'ai croisé dans l'escalier.
Et si on se prenait un café ?
Je vais conclure avec un extrait de... Georges-Louis Borges, l'Aleph, une nouvelle qui s'appelle « Les deux rois et les deux labyrinthes » . Les hommes dignes de foi racontent, mais Allah sait davantage, quand les premiers jours du monde il y eut un roi des îles de Babylonie qui réunit ses architectes et ses mages et qui leur ordonna de construire un labyrinthe si complexe et si subtil que les hommes les plus sages ne s'aventureraient pas à y entrer et que ceux qui y entreraient s'y perdraient. Cet ouvrage était un scandale car la confusion et l'émerveillement, opération réservée à Dieu, ne conviennent point aux hommes. Avec le temps, un roi des Arabes vint à la cour et le roi de Babylonie, pour se moquer de sa simplicité, le fit entrer dans le labyrinthe où il erra. outragé et confondu jusqu'à la tombée de la nuit. Alors il implora le secours de Dieu et trouva la porte. Ses lèvres ne proférèrent aucune plainte, mais il dit au roi de Babylonie qu'il possédait en Arabie un meilleur labyrinthe et qu'avec la permission de Dieu, il le ferait connaître quelques jours. Puis il rentra en Arabie. réunit ses capitaines et ses vieutenants et dévasta le royaume de Babylone avec tant de bonheur qu'il renversa les forteresses, détruisit les armées et fait prisonnier le roi. Il l'attacha au dos d'un chameau rapide et l'emmena en plein désert. Ils chevauchèrent trois jours avant qu'ils disent « Ô roi des temps ! » Substance et chiffre du siècle. En Babylonie, tu as voulu me perdre dans un labyrinthe de bronze, aux innombrables escaliers, murs et portes de bronze. Maintenant, le Tout-Puissant a voulu que je montre le mien, où il n'y a ni escalier à gravir, ni porte à forcer, ni mur qui empêche de passer. Il le détacha. et l'abandonna au cœur du désert où il mourut. de faim et de soif. La gloire soit à celui qui ne meurt pas.
Merci Régis pour cette belle lecture.
Merci à toi Clarence.
Et nous vous disons à bientôt pour un prochain podcast.
Voilà, merci beaucoup, à bientôt.
Au revoir.
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