Description
"Enfin l’hiver s’installa pour de bon" nous dit Henri David Thoreau. Avec Clarence Massiani et Régis Decaix explorons l'hiver dans la littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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"Enfin l’hiver s’installa pour de bon" nous dit Henri David Thoreau. Avec Clarence Massiani et Régis Decaix explorons l'hiver dans la littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue dans Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. Alors la comédienne aujourd'hui c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Mais Clarence, je crois que... Oui, oui, bonjour, bien sûr, bien sûr bonjour. Mais là je vois que tu bois du... tu bois pas de café ?
Non, je bois du thym.
Parce que t'as mal à la gorge ?
Oui, c'est ça, j'ai mal à la gorge, c'est l'hiver qui s'annonce.
D'accord, et bien nous allons célébrer l'hiver avec quelques textes littéraires.
D'accord.
Je te propose de commencer.
Bien. Je commence donc avec un extrait de Congélation, le voyage d'hiver de Willem Müller. Je cherche dans la neige la trace de ses pas, en ces lieux où ensemble nous parcourions les prés. Je veux baiser la terre, transpercer glace et neige, de mes pleurs si ardents jusqu'à en voir le sol, où trouver quelques pousses, et où donc l'herbe verte. Les fleurs ont dû périr, le gazon est si gris, ne pourrais-je emporter de souvenirs d'ici ? Quand se taira ma peine, qui me parlera d'elle ? Mon cœur s'est congelé, ses traits s'y sont figés, et s'ils font à cette heure, ils fondent et s'écoulent.
Continuons avec... que Léon Tolstoy extrait de « Guerre et paix » . Le champ de bataille est couvert d'une fine couche de neige qui, scintillant sous les rayons du soleil, l'hiver avec son manteau blanc, offre un frappant contraste entre la beauté tranquille de la nature et l'horreur des combats qui s'est fait.
Les neiges du Kilimanjaro d'Ernest Hemingway. La pluie tellement drue qu'on eut cru voler à travers une cascade. Et puis ils en sortirent, et Compi tourna la tête et sourit en montrant quelque chose du doigt. Et là, devant eux, tout ce qu'ils pouvaient voir vaste comme le monde, immense, haut et incroyablement blanc dans le soleil, c'était le sommet carré du Kilimanjaro. Et alors il comprit que c'était là qu'il allait.
L'appel de la forêt de Jack London La forêt était silencieuse sous son épais manteau de neige. Chaque arbre, chaque branche, semblait figé dans le froid. Ce monde glacé, implacable dans son silence, mettait à l'épreuve la force et l'esprit de Buck, le conduisant sur le chemin de sa transformation.
Pays de neige de Kawabata Yasunari. La neige tombée sans un bruit recouvrant doucement le paysage dans une pureté immaculée. C'était comme si chaque flocon apportait une tranquillité, une pause dans le cours du temps, transformant le monde extérieur en une toile de rêve et de réflexion. Même après qu'il eut quitté la maison, Shimamura resta hanté par ce regard aigu qui lui laissait comme une brûlure en plein front. C'était encore la pure, l'ineffable beauté de cette lumière distance et froide, la féerie de ce point scintillant qui avait cheminé à travers le visage de la jeune femme sous lequel courait la nuit, dans la fenêtre du wagon. Cet éclat qui était venu un moment illuminait surnaturellement son regard, enchantement merveilleux et secret auquel le cœur de Shimamura avait répondu l'autre soir en battant plus fort et auquel venait se mêler à présent la magie miroitante de la neige ce matin. L'immense étendue de blancheur où se piquait brillant et vif le carmin des joues de Komako. Son pas s'accéléra. Non qu'il eut la jambe nerveuse, il avait au contraire le muscle un peu dodu. Mais une sorte d'allégresse, un entrain nouveau l'avait saisi sans qu'il s'en rendit trop compte à la vue de ces chères montagnes. Et dans sa disposition profondément rêveuse, il lui était facile d'oublier que le monde des humains intervint dans le jeu des reflets flottants et des images étranges qui l'enchantait. Non, la fenêtre du wagon dont la nuit avait fait une glace, ou le miroir comblé de blancheur par la neige, ni l'un ni l'autre n'étaient plus des objets faits de main d'homme. Ils étaient quelque chose qui participait de la nature elle-même pour moitié et d'un monde différent et lointain pour l'autre. Un univers existant ailleurs auquel appartenait également la chambre qu'il venait à peine de quitter.
Neige, Doran Pamuk Le silence de la neige, voilà à quoi pensait l'homme assis dans l'autocar juste derrière le chauffeur. Au début d'un poème, il aurait qualifié ainsi l'état de ses sentiments, de silence de la neige. Il avait attrapé l'autocar qui va d'Erzurum à Kars au dernier moment. Après deux jours de voyage dans les bourrasques de neige, Il avait atteint la gare routière d'Erzurum et portant son sac dans les corridors sales et froids, il cherchait où se trouvaient les autocars pour Kars, quand quelqu'un lui dit qu'il y en avait un sur le départ. Dès le départ, les yeux grands ouverts dans l'espoir de voir quelque chose de nouveau, le voyageur, assis côté fenêtre, observa les quartiers périphériques d'Erzurum, les minuscules et pauvres épiceries, les fours à pain. l'intérieur de briques et de brocs des cafés. Sur ce, il commença à neigeauter. C'étaient des flocons plus gros et plus abondants que ceux de la neige tombée entre Istanbul et Erzurum. S'il n'avait pas été fatigué sur le chemin parcouru et avait prêté plus d'attention à la taille des flocons qui tombaient du ciel comme des plumes d'oiseaux, l'homme assis côté fenêtre aurait pressenti la forte tempête de neige qui allait survenir et peut-être que, réalisant dès le départ que ce voyage allait bouleverser sa vie, il aurait fait demi-tour. La neige éveillait toujours en lui un sentiment de pureté, lorsqu'en les recouvrant, elle faisait oublier la saleté de la ville, sa boue et son obscurité. Mais au cours de la première journée qu'il avait passée à Kars, K... avait perdu ce sentiment d'innocence associé à la neige. Là, elle était quelque chose de fatigant, lassant. Or, il avait neigé toute la nuit.
Odile de Raymond Queneau. Il plut beaucoup cet hiver-là. De novembre à février, le temps fut doux et aqueux, temps de poisson. Et sous la pluie, il m'arrivait souvent de me promener tantôt seul, tantôt avec Saxelle et tantôt avec cette femme que j'avais rencontrée un jour accompagnant la blonde amie d'Oscar. Tu t'en souviens ? Les gouttes d'eau faisaient luire son imperméable noir et nous finissions par nous réfugier dans quelques bistrots d'un faubourg, d'où nous revenions par le tramway lent, bruyant. Dès le premier jour où nous sortîmes ensemble, je cessais de m'étonner de pouvoir parler de moi et plus encore d'écouter les récits d'un autre. Mes yeux scillaient encore de regarder le monde, mais je le regardais. L'oreille bourdonne, ma main tremble, j'émerge de cette eau que le ciel administre, de cette terre où couvre un feu, et je regarde et j'écoute la Seine couler sous les ponts.
Dans la forêt de Jean-Eglan, il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut. La pluie tombe et tombe encore, de grandes aiguilles d'argent qui cousent le ciel morne à la terre détrempée. En bas, la maison est dans le noir et il fait chaud, bien que tous les récipients que notre mère... utilisés pour ces teintures servent à l'étage, à recueillir l'eau qui coule à travers le toit que notre père n'a jamais eu l'occasion de réparer. Quand j'ouvre la porte pour laisser entrer un peu de lumière, j'entends le ruisseau siffler avec la pluie.
Walden ou la vie dans les bois de Henri David Thoreau. Enfin l'hiver s'installa pour de bon. Juste comment je venais de finir de plâtrer. Et le vent commença à hurler autour de la maison comme si jusqu'alors il n'avait pas eu la permission de le faire. Nuit après nuit, dans l'obscurité, les oies arrivèrent en volant lourdement avec un bruit strident et dans un sifflement d'ailes, même après que le sol fut couvert de neige. Je me retirai encore plus profondément dans ma coquille et tâchai de garder un bon feu à la fois à l'intérieur de ma maison et à l'intérieur de mon cœur. Je résistais à de plaisantes tempêtes de neige et passais de joyeux soyeurs et d'hiver au coin du feu, tandis que dehors, la neige tourbillonnait farouchement et que même le hululement du hibou était étouffé. Pendant plusieurs semaines, je ne rencontrais personne au cours de mes promenades, sinon ceux qui venaient occasionnellement couper du bois et le traîner jusqu'au village. Avec la complicité des éléments, toutefois, je frayais un sentier à travers les bois dans la neige la plus épaisse, car une fois que je l'avais emprunté, Le vent soufflait des feuilles de chêne sur mes traces, où elles s'enfonçaient, faisaient fondre la neige en absorbant les rayons du soleil, et ainsi non seulement faisaient un parterre sec pour mes pieds, mais la nuit, leurs lignes sombres me guidaient.
Cro-Blanc de Jack London Une sombre forêt d'épicéa obscurcissait les deux rives du cours d'eau pris par les glaces. Un coup de vent récent avait dépouillé les arbres de leur blanche couverture de givre et, dans la lumière déclinante, ils semblaient se courber les uns vers les autres, noirs et menaçants. Un grand silence régnait sur la terre, et cette terre était désolée, sans vie. Sans mouvement, si vide et si froide qu'elle n'exprimait même pas la tristesse. Quelque chose en elle suggérait le rire, mais un rire plus terrible que toute tristesse. Un rire morne, comme le sourire d'un sphinx. Un rire froid, comme le gel, et d'une infaillibilité sinistre. C'était la sagesse. puissante et incommunicable de l'éternité, qui riait de la futilité de la vie et de l'effort de vivre. C'était la forêt sauvage, la forêt gelée du Grand Nord.
Nuit de neige, de guis de mots passants, La grande plaine est blanche, immobile et sans voix, Pas un bruit, pas un son, toute vie est éteinte. Mais on entend parfois comme une morne plainte Quelques chiens sans abri qui hurlent au coin d'un bois. Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaume, L'hiver s'est abattu sur toute floraison. Des arbres dépouillés dressent à l'horizon leurs squelettes blanchies, ainsi que des fantômes. La lune est large et pâle et semble se hâter, on dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère. De son morne regard, elle parcourt la terre et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter. Et froid tombent sur nous les rayons qu'elle darde, fantastique lueur qu'elle s'en va semant. Et la neige s'éclaire au loin sinistrement aux étranges reflets de la clarté blafarde. Oh, la terrible nuit pour les petits oiseaux ! Un vent glacé frissonne et court par les allées. Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux, ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées. Dans les grands arbres nus que couvre le verglas, ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège. De leur œil inquiet, ils regardent la neige attendant jusqu'au jour, la nuit qui ne vient pas.
Eh bien, merci Clarence pour cette sélection de textes déjà, puisque c'est toi qui nous as sélectionné tous ces beaux textes qu'on vient de lire.
Merci.
Et puis, ne prenez pas froid. Bel hiver à vous. Voilà, bel hiver et à très bientôt sur Isadora BC.
Au revoir.
Au revoir.
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"Enfin l’hiver s’installa pour de bon" nous dit Henri David Thoreau. Avec Clarence Massiani et Régis Decaix explorons l'hiver dans la littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue dans Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. Alors la comédienne aujourd'hui c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Mais Clarence, je crois que... Oui, oui, bonjour, bien sûr, bien sûr bonjour. Mais là je vois que tu bois du... tu bois pas de café ?
Non, je bois du thym.
Parce que t'as mal à la gorge ?
Oui, c'est ça, j'ai mal à la gorge, c'est l'hiver qui s'annonce.
D'accord, et bien nous allons célébrer l'hiver avec quelques textes littéraires.
D'accord.
Je te propose de commencer.
Bien. Je commence donc avec un extrait de Congélation, le voyage d'hiver de Willem Müller. Je cherche dans la neige la trace de ses pas, en ces lieux où ensemble nous parcourions les prés. Je veux baiser la terre, transpercer glace et neige, de mes pleurs si ardents jusqu'à en voir le sol, où trouver quelques pousses, et où donc l'herbe verte. Les fleurs ont dû périr, le gazon est si gris, ne pourrais-je emporter de souvenirs d'ici ? Quand se taira ma peine, qui me parlera d'elle ? Mon cœur s'est congelé, ses traits s'y sont figés, et s'ils font à cette heure, ils fondent et s'écoulent.
Continuons avec... que Léon Tolstoy extrait de « Guerre et paix » . Le champ de bataille est couvert d'une fine couche de neige qui, scintillant sous les rayons du soleil, l'hiver avec son manteau blanc, offre un frappant contraste entre la beauté tranquille de la nature et l'horreur des combats qui s'est fait.
Les neiges du Kilimanjaro d'Ernest Hemingway. La pluie tellement drue qu'on eut cru voler à travers une cascade. Et puis ils en sortirent, et Compi tourna la tête et sourit en montrant quelque chose du doigt. Et là, devant eux, tout ce qu'ils pouvaient voir vaste comme le monde, immense, haut et incroyablement blanc dans le soleil, c'était le sommet carré du Kilimanjaro. Et alors il comprit que c'était là qu'il allait.
L'appel de la forêt de Jack London La forêt était silencieuse sous son épais manteau de neige. Chaque arbre, chaque branche, semblait figé dans le froid. Ce monde glacé, implacable dans son silence, mettait à l'épreuve la force et l'esprit de Buck, le conduisant sur le chemin de sa transformation.
Pays de neige de Kawabata Yasunari. La neige tombée sans un bruit recouvrant doucement le paysage dans une pureté immaculée. C'était comme si chaque flocon apportait une tranquillité, une pause dans le cours du temps, transformant le monde extérieur en une toile de rêve et de réflexion. Même après qu'il eut quitté la maison, Shimamura resta hanté par ce regard aigu qui lui laissait comme une brûlure en plein front. C'était encore la pure, l'ineffable beauté de cette lumière distance et froide, la féerie de ce point scintillant qui avait cheminé à travers le visage de la jeune femme sous lequel courait la nuit, dans la fenêtre du wagon. Cet éclat qui était venu un moment illuminait surnaturellement son regard, enchantement merveilleux et secret auquel le cœur de Shimamura avait répondu l'autre soir en battant plus fort et auquel venait se mêler à présent la magie miroitante de la neige ce matin. L'immense étendue de blancheur où se piquait brillant et vif le carmin des joues de Komako. Son pas s'accéléra. Non qu'il eut la jambe nerveuse, il avait au contraire le muscle un peu dodu. Mais une sorte d'allégresse, un entrain nouveau l'avait saisi sans qu'il s'en rendit trop compte à la vue de ces chères montagnes. Et dans sa disposition profondément rêveuse, il lui était facile d'oublier que le monde des humains intervint dans le jeu des reflets flottants et des images étranges qui l'enchantait. Non, la fenêtre du wagon dont la nuit avait fait une glace, ou le miroir comblé de blancheur par la neige, ni l'un ni l'autre n'étaient plus des objets faits de main d'homme. Ils étaient quelque chose qui participait de la nature elle-même pour moitié et d'un monde différent et lointain pour l'autre. Un univers existant ailleurs auquel appartenait également la chambre qu'il venait à peine de quitter.
Neige, Doran Pamuk Le silence de la neige, voilà à quoi pensait l'homme assis dans l'autocar juste derrière le chauffeur. Au début d'un poème, il aurait qualifié ainsi l'état de ses sentiments, de silence de la neige. Il avait attrapé l'autocar qui va d'Erzurum à Kars au dernier moment. Après deux jours de voyage dans les bourrasques de neige, Il avait atteint la gare routière d'Erzurum et portant son sac dans les corridors sales et froids, il cherchait où se trouvaient les autocars pour Kars, quand quelqu'un lui dit qu'il y en avait un sur le départ. Dès le départ, les yeux grands ouverts dans l'espoir de voir quelque chose de nouveau, le voyageur, assis côté fenêtre, observa les quartiers périphériques d'Erzurum, les minuscules et pauvres épiceries, les fours à pain. l'intérieur de briques et de brocs des cafés. Sur ce, il commença à neigeauter. C'étaient des flocons plus gros et plus abondants que ceux de la neige tombée entre Istanbul et Erzurum. S'il n'avait pas été fatigué sur le chemin parcouru et avait prêté plus d'attention à la taille des flocons qui tombaient du ciel comme des plumes d'oiseaux, l'homme assis côté fenêtre aurait pressenti la forte tempête de neige qui allait survenir et peut-être que, réalisant dès le départ que ce voyage allait bouleverser sa vie, il aurait fait demi-tour. La neige éveillait toujours en lui un sentiment de pureté, lorsqu'en les recouvrant, elle faisait oublier la saleté de la ville, sa boue et son obscurité. Mais au cours de la première journée qu'il avait passée à Kars, K... avait perdu ce sentiment d'innocence associé à la neige. Là, elle était quelque chose de fatigant, lassant. Or, il avait neigé toute la nuit.
Odile de Raymond Queneau. Il plut beaucoup cet hiver-là. De novembre à février, le temps fut doux et aqueux, temps de poisson. Et sous la pluie, il m'arrivait souvent de me promener tantôt seul, tantôt avec Saxelle et tantôt avec cette femme que j'avais rencontrée un jour accompagnant la blonde amie d'Oscar. Tu t'en souviens ? Les gouttes d'eau faisaient luire son imperméable noir et nous finissions par nous réfugier dans quelques bistrots d'un faubourg, d'où nous revenions par le tramway lent, bruyant. Dès le premier jour où nous sortîmes ensemble, je cessais de m'étonner de pouvoir parler de moi et plus encore d'écouter les récits d'un autre. Mes yeux scillaient encore de regarder le monde, mais je le regardais. L'oreille bourdonne, ma main tremble, j'émerge de cette eau que le ciel administre, de cette terre où couvre un feu, et je regarde et j'écoute la Seine couler sous les ponts.
Dans la forêt de Jean-Eglan, il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut. La pluie tombe et tombe encore, de grandes aiguilles d'argent qui cousent le ciel morne à la terre détrempée. En bas, la maison est dans le noir et il fait chaud, bien que tous les récipients que notre mère... utilisés pour ces teintures servent à l'étage, à recueillir l'eau qui coule à travers le toit que notre père n'a jamais eu l'occasion de réparer. Quand j'ouvre la porte pour laisser entrer un peu de lumière, j'entends le ruisseau siffler avec la pluie.
Walden ou la vie dans les bois de Henri David Thoreau. Enfin l'hiver s'installa pour de bon. Juste comment je venais de finir de plâtrer. Et le vent commença à hurler autour de la maison comme si jusqu'alors il n'avait pas eu la permission de le faire. Nuit après nuit, dans l'obscurité, les oies arrivèrent en volant lourdement avec un bruit strident et dans un sifflement d'ailes, même après que le sol fut couvert de neige. Je me retirai encore plus profondément dans ma coquille et tâchai de garder un bon feu à la fois à l'intérieur de ma maison et à l'intérieur de mon cœur. Je résistais à de plaisantes tempêtes de neige et passais de joyeux soyeurs et d'hiver au coin du feu, tandis que dehors, la neige tourbillonnait farouchement et que même le hululement du hibou était étouffé. Pendant plusieurs semaines, je ne rencontrais personne au cours de mes promenades, sinon ceux qui venaient occasionnellement couper du bois et le traîner jusqu'au village. Avec la complicité des éléments, toutefois, je frayais un sentier à travers les bois dans la neige la plus épaisse, car une fois que je l'avais emprunté, Le vent soufflait des feuilles de chêne sur mes traces, où elles s'enfonçaient, faisaient fondre la neige en absorbant les rayons du soleil, et ainsi non seulement faisaient un parterre sec pour mes pieds, mais la nuit, leurs lignes sombres me guidaient.
Cro-Blanc de Jack London Une sombre forêt d'épicéa obscurcissait les deux rives du cours d'eau pris par les glaces. Un coup de vent récent avait dépouillé les arbres de leur blanche couverture de givre et, dans la lumière déclinante, ils semblaient se courber les uns vers les autres, noirs et menaçants. Un grand silence régnait sur la terre, et cette terre était désolée, sans vie. Sans mouvement, si vide et si froide qu'elle n'exprimait même pas la tristesse. Quelque chose en elle suggérait le rire, mais un rire plus terrible que toute tristesse. Un rire morne, comme le sourire d'un sphinx. Un rire froid, comme le gel, et d'une infaillibilité sinistre. C'était la sagesse. puissante et incommunicable de l'éternité, qui riait de la futilité de la vie et de l'effort de vivre. C'était la forêt sauvage, la forêt gelée du Grand Nord.
Nuit de neige, de guis de mots passants, La grande plaine est blanche, immobile et sans voix, Pas un bruit, pas un son, toute vie est éteinte. Mais on entend parfois comme une morne plainte Quelques chiens sans abri qui hurlent au coin d'un bois. Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaume, L'hiver s'est abattu sur toute floraison. Des arbres dépouillés dressent à l'horizon leurs squelettes blanchies, ainsi que des fantômes. La lune est large et pâle et semble se hâter, on dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère. De son morne regard, elle parcourt la terre et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter. Et froid tombent sur nous les rayons qu'elle darde, fantastique lueur qu'elle s'en va semant. Et la neige s'éclaire au loin sinistrement aux étranges reflets de la clarté blafarde. Oh, la terrible nuit pour les petits oiseaux ! Un vent glacé frissonne et court par les allées. Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux, ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées. Dans les grands arbres nus que couvre le verglas, ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège. De leur œil inquiet, ils regardent la neige attendant jusqu'au jour, la nuit qui ne vient pas.
Eh bien, merci Clarence pour cette sélection de textes déjà, puisque c'est toi qui nous as sélectionné tous ces beaux textes qu'on vient de lire.
Merci.
Et puis, ne prenez pas froid. Bel hiver à vous. Voilà, bel hiver et à très bientôt sur Isadora BC.
Au revoir.
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"Enfin l’hiver s’installa pour de bon" nous dit Henri David Thoreau. Avec Clarence Massiani et Régis Decaix explorons l'hiver dans la littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue dans Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. Alors la comédienne aujourd'hui c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Mais Clarence, je crois que... Oui, oui, bonjour, bien sûr, bien sûr bonjour. Mais là je vois que tu bois du... tu bois pas de café ?
Non, je bois du thym.
Parce que t'as mal à la gorge ?
Oui, c'est ça, j'ai mal à la gorge, c'est l'hiver qui s'annonce.
D'accord, et bien nous allons célébrer l'hiver avec quelques textes littéraires.
D'accord.
Je te propose de commencer.
Bien. Je commence donc avec un extrait de Congélation, le voyage d'hiver de Willem Müller. Je cherche dans la neige la trace de ses pas, en ces lieux où ensemble nous parcourions les prés. Je veux baiser la terre, transpercer glace et neige, de mes pleurs si ardents jusqu'à en voir le sol, où trouver quelques pousses, et où donc l'herbe verte. Les fleurs ont dû périr, le gazon est si gris, ne pourrais-je emporter de souvenirs d'ici ? Quand se taira ma peine, qui me parlera d'elle ? Mon cœur s'est congelé, ses traits s'y sont figés, et s'ils font à cette heure, ils fondent et s'écoulent.
Continuons avec... que Léon Tolstoy extrait de « Guerre et paix » . Le champ de bataille est couvert d'une fine couche de neige qui, scintillant sous les rayons du soleil, l'hiver avec son manteau blanc, offre un frappant contraste entre la beauté tranquille de la nature et l'horreur des combats qui s'est fait.
Les neiges du Kilimanjaro d'Ernest Hemingway. La pluie tellement drue qu'on eut cru voler à travers une cascade. Et puis ils en sortirent, et Compi tourna la tête et sourit en montrant quelque chose du doigt. Et là, devant eux, tout ce qu'ils pouvaient voir vaste comme le monde, immense, haut et incroyablement blanc dans le soleil, c'était le sommet carré du Kilimanjaro. Et alors il comprit que c'était là qu'il allait.
L'appel de la forêt de Jack London La forêt était silencieuse sous son épais manteau de neige. Chaque arbre, chaque branche, semblait figé dans le froid. Ce monde glacé, implacable dans son silence, mettait à l'épreuve la force et l'esprit de Buck, le conduisant sur le chemin de sa transformation.
Pays de neige de Kawabata Yasunari. La neige tombée sans un bruit recouvrant doucement le paysage dans une pureté immaculée. C'était comme si chaque flocon apportait une tranquillité, une pause dans le cours du temps, transformant le monde extérieur en une toile de rêve et de réflexion. Même après qu'il eut quitté la maison, Shimamura resta hanté par ce regard aigu qui lui laissait comme une brûlure en plein front. C'était encore la pure, l'ineffable beauté de cette lumière distance et froide, la féerie de ce point scintillant qui avait cheminé à travers le visage de la jeune femme sous lequel courait la nuit, dans la fenêtre du wagon. Cet éclat qui était venu un moment illuminait surnaturellement son regard, enchantement merveilleux et secret auquel le cœur de Shimamura avait répondu l'autre soir en battant plus fort et auquel venait se mêler à présent la magie miroitante de la neige ce matin. L'immense étendue de blancheur où se piquait brillant et vif le carmin des joues de Komako. Son pas s'accéléra. Non qu'il eut la jambe nerveuse, il avait au contraire le muscle un peu dodu. Mais une sorte d'allégresse, un entrain nouveau l'avait saisi sans qu'il s'en rendit trop compte à la vue de ces chères montagnes. Et dans sa disposition profondément rêveuse, il lui était facile d'oublier que le monde des humains intervint dans le jeu des reflets flottants et des images étranges qui l'enchantait. Non, la fenêtre du wagon dont la nuit avait fait une glace, ou le miroir comblé de blancheur par la neige, ni l'un ni l'autre n'étaient plus des objets faits de main d'homme. Ils étaient quelque chose qui participait de la nature elle-même pour moitié et d'un monde différent et lointain pour l'autre. Un univers existant ailleurs auquel appartenait également la chambre qu'il venait à peine de quitter.
Neige, Doran Pamuk Le silence de la neige, voilà à quoi pensait l'homme assis dans l'autocar juste derrière le chauffeur. Au début d'un poème, il aurait qualifié ainsi l'état de ses sentiments, de silence de la neige. Il avait attrapé l'autocar qui va d'Erzurum à Kars au dernier moment. Après deux jours de voyage dans les bourrasques de neige, Il avait atteint la gare routière d'Erzurum et portant son sac dans les corridors sales et froids, il cherchait où se trouvaient les autocars pour Kars, quand quelqu'un lui dit qu'il y en avait un sur le départ. Dès le départ, les yeux grands ouverts dans l'espoir de voir quelque chose de nouveau, le voyageur, assis côté fenêtre, observa les quartiers périphériques d'Erzurum, les minuscules et pauvres épiceries, les fours à pain. l'intérieur de briques et de brocs des cafés. Sur ce, il commença à neigeauter. C'étaient des flocons plus gros et plus abondants que ceux de la neige tombée entre Istanbul et Erzurum. S'il n'avait pas été fatigué sur le chemin parcouru et avait prêté plus d'attention à la taille des flocons qui tombaient du ciel comme des plumes d'oiseaux, l'homme assis côté fenêtre aurait pressenti la forte tempête de neige qui allait survenir et peut-être que, réalisant dès le départ que ce voyage allait bouleverser sa vie, il aurait fait demi-tour. La neige éveillait toujours en lui un sentiment de pureté, lorsqu'en les recouvrant, elle faisait oublier la saleté de la ville, sa boue et son obscurité. Mais au cours de la première journée qu'il avait passée à Kars, K... avait perdu ce sentiment d'innocence associé à la neige. Là, elle était quelque chose de fatigant, lassant. Or, il avait neigé toute la nuit.
Odile de Raymond Queneau. Il plut beaucoup cet hiver-là. De novembre à février, le temps fut doux et aqueux, temps de poisson. Et sous la pluie, il m'arrivait souvent de me promener tantôt seul, tantôt avec Saxelle et tantôt avec cette femme que j'avais rencontrée un jour accompagnant la blonde amie d'Oscar. Tu t'en souviens ? Les gouttes d'eau faisaient luire son imperméable noir et nous finissions par nous réfugier dans quelques bistrots d'un faubourg, d'où nous revenions par le tramway lent, bruyant. Dès le premier jour où nous sortîmes ensemble, je cessais de m'étonner de pouvoir parler de moi et plus encore d'écouter les récits d'un autre. Mes yeux scillaient encore de regarder le monde, mais je le regardais. L'oreille bourdonne, ma main tremble, j'émerge de cette eau que le ciel administre, de cette terre où couvre un feu, et je regarde et j'écoute la Seine couler sous les ponts.
Dans la forêt de Jean-Eglan, il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut. La pluie tombe et tombe encore, de grandes aiguilles d'argent qui cousent le ciel morne à la terre détrempée. En bas, la maison est dans le noir et il fait chaud, bien que tous les récipients que notre mère... utilisés pour ces teintures servent à l'étage, à recueillir l'eau qui coule à travers le toit que notre père n'a jamais eu l'occasion de réparer. Quand j'ouvre la porte pour laisser entrer un peu de lumière, j'entends le ruisseau siffler avec la pluie.
Walden ou la vie dans les bois de Henri David Thoreau. Enfin l'hiver s'installa pour de bon. Juste comment je venais de finir de plâtrer. Et le vent commença à hurler autour de la maison comme si jusqu'alors il n'avait pas eu la permission de le faire. Nuit après nuit, dans l'obscurité, les oies arrivèrent en volant lourdement avec un bruit strident et dans un sifflement d'ailes, même après que le sol fut couvert de neige. Je me retirai encore plus profondément dans ma coquille et tâchai de garder un bon feu à la fois à l'intérieur de ma maison et à l'intérieur de mon cœur. Je résistais à de plaisantes tempêtes de neige et passais de joyeux soyeurs et d'hiver au coin du feu, tandis que dehors, la neige tourbillonnait farouchement et que même le hululement du hibou était étouffé. Pendant plusieurs semaines, je ne rencontrais personne au cours de mes promenades, sinon ceux qui venaient occasionnellement couper du bois et le traîner jusqu'au village. Avec la complicité des éléments, toutefois, je frayais un sentier à travers les bois dans la neige la plus épaisse, car une fois que je l'avais emprunté, Le vent soufflait des feuilles de chêne sur mes traces, où elles s'enfonçaient, faisaient fondre la neige en absorbant les rayons du soleil, et ainsi non seulement faisaient un parterre sec pour mes pieds, mais la nuit, leurs lignes sombres me guidaient.
Cro-Blanc de Jack London Une sombre forêt d'épicéa obscurcissait les deux rives du cours d'eau pris par les glaces. Un coup de vent récent avait dépouillé les arbres de leur blanche couverture de givre et, dans la lumière déclinante, ils semblaient se courber les uns vers les autres, noirs et menaçants. Un grand silence régnait sur la terre, et cette terre était désolée, sans vie. Sans mouvement, si vide et si froide qu'elle n'exprimait même pas la tristesse. Quelque chose en elle suggérait le rire, mais un rire plus terrible que toute tristesse. Un rire morne, comme le sourire d'un sphinx. Un rire froid, comme le gel, et d'une infaillibilité sinistre. C'était la sagesse. puissante et incommunicable de l'éternité, qui riait de la futilité de la vie et de l'effort de vivre. C'était la forêt sauvage, la forêt gelée du Grand Nord.
Nuit de neige, de guis de mots passants, La grande plaine est blanche, immobile et sans voix, Pas un bruit, pas un son, toute vie est éteinte. Mais on entend parfois comme une morne plainte Quelques chiens sans abri qui hurlent au coin d'un bois. Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaume, L'hiver s'est abattu sur toute floraison. Des arbres dépouillés dressent à l'horizon leurs squelettes blanchies, ainsi que des fantômes. La lune est large et pâle et semble se hâter, on dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère. De son morne regard, elle parcourt la terre et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter. Et froid tombent sur nous les rayons qu'elle darde, fantastique lueur qu'elle s'en va semant. Et la neige s'éclaire au loin sinistrement aux étranges reflets de la clarté blafarde. Oh, la terrible nuit pour les petits oiseaux ! Un vent glacé frissonne et court par les allées. Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux, ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées. Dans les grands arbres nus que couvre le verglas, ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège. De leur œil inquiet, ils regardent la neige attendant jusqu'au jour, la nuit qui ne vient pas.
Eh bien, merci Clarence pour cette sélection de textes déjà, puisque c'est toi qui nous as sélectionné tous ces beaux textes qu'on vient de lire.
Merci.
Et puis, ne prenez pas froid. Bel hiver à vous. Voilà, bel hiver et à très bientôt sur Isadora BC.
Au revoir.
Au revoir.
Description
"Enfin l’hiver s’installa pour de bon" nous dit Henri David Thoreau. Avec Clarence Massiani et Régis Decaix explorons l'hiver dans la littérature.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue dans Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. Alors la comédienne aujourd'hui c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Mais Clarence, je crois que... Oui, oui, bonjour, bien sûr, bien sûr bonjour. Mais là je vois que tu bois du... tu bois pas de café ?
Non, je bois du thym.
Parce que t'as mal à la gorge ?
Oui, c'est ça, j'ai mal à la gorge, c'est l'hiver qui s'annonce.
D'accord, et bien nous allons célébrer l'hiver avec quelques textes littéraires.
D'accord.
Je te propose de commencer.
Bien. Je commence donc avec un extrait de Congélation, le voyage d'hiver de Willem Müller. Je cherche dans la neige la trace de ses pas, en ces lieux où ensemble nous parcourions les prés. Je veux baiser la terre, transpercer glace et neige, de mes pleurs si ardents jusqu'à en voir le sol, où trouver quelques pousses, et où donc l'herbe verte. Les fleurs ont dû périr, le gazon est si gris, ne pourrais-je emporter de souvenirs d'ici ? Quand se taira ma peine, qui me parlera d'elle ? Mon cœur s'est congelé, ses traits s'y sont figés, et s'ils font à cette heure, ils fondent et s'écoulent.
Continuons avec... que Léon Tolstoy extrait de « Guerre et paix » . Le champ de bataille est couvert d'une fine couche de neige qui, scintillant sous les rayons du soleil, l'hiver avec son manteau blanc, offre un frappant contraste entre la beauté tranquille de la nature et l'horreur des combats qui s'est fait.
Les neiges du Kilimanjaro d'Ernest Hemingway. La pluie tellement drue qu'on eut cru voler à travers une cascade. Et puis ils en sortirent, et Compi tourna la tête et sourit en montrant quelque chose du doigt. Et là, devant eux, tout ce qu'ils pouvaient voir vaste comme le monde, immense, haut et incroyablement blanc dans le soleil, c'était le sommet carré du Kilimanjaro. Et alors il comprit que c'était là qu'il allait.
L'appel de la forêt de Jack London La forêt était silencieuse sous son épais manteau de neige. Chaque arbre, chaque branche, semblait figé dans le froid. Ce monde glacé, implacable dans son silence, mettait à l'épreuve la force et l'esprit de Buck, le conduisant sur le chemin de sa transformation.
Pays de neige de Kawabata Yasunari. La neige tombée sans un bruit recouvrant doucement le paysage dans une pureté immaculée. C'était comme si chaque flocon apportait une tranquillité, une pause dans le cours du temps, transformant le monde extérieur en une toile de rêve et de réflexion. Même après qu'il eut quitté la maison, Shimamura resta hanté par ce regard aigu qui lui laissait comme une brûlure en plein front. C'était encore la pure, l'ineffable beauté de cette lumière distance et froide, la féerie de ce point scintillant qui avait cheminé à travers le visage de la jeune femme sous lequel courait la nuit, dans la fenêtre du wagon. Cet éclat qui était venu un moment illuminait surnaturellement son regard, enchantement merveilleux et secret auquel le cœur de Shimamura avait répondu l'autre soir en battant plus fort et auquel venait se mêler à présent la magie miroitante de la neige ce matin. L'immense étendue de blancheur où se piquait brillant et vif le carmin des joues de Komako. Son pas s'accéléra. Non qu'il eut la jambe nerveuse, il avait au contraire le muscle un peu dodu. Mais une sorte d'allégresse, un entrain nouveau l'avait saisi sans qu'il s'en rendit trop compte à la vue de ces chères montagnes. Et dans sa disposition profondément rêveuse, il lui était facile d'oublier que le monde des humains intervint dans le jeu des reflets flottants et des images étranges qui l'enchantait. Non, la fenêtre du wagon dont la nuit avait fait une glace, ou le miroir comblé de blancheur par la neige, ni l'un ni l'autre n'étaient plus des objets faits de main d'homme. Ils étaient quelque chose qui participait de la nature elle-même pour moitié et d'un monde différent et lointain pour l'autre. Un univers existant ailleurs auquel appartenait également la chambre qu'il venait à peine de quitter.
Neige, Doran Pamuk Le silence de la neige, voilà à quoi pensait l'homme assis dans l'autocar juste derrière le chauffeur. Au début d'un poème, il aurait qualifié ainsi l'état de ses sentiments, de silence de la neige. Il avait attrapé l'autocar qui va d'Erzurum à Kars au dernier moment. Après deux jours de voyage dans les bourrasques de neige, Il avait atteint la gare routière d'Erzurum et portant son sac dans les corridors sales et froids, il cherchait où se trouvaient les autocars pour Kars, quand quelqu'un lui dit qu'il y en avait un sur le départ. Dès le départ, les yeux grands ouverts dans l'espoir de voir quelque chose de nouveau, le voyageur, assis côté fenêtre, observa les quartiers périphériques d'Erzurum, les minuscules et pauvres épiceries, les fours à pain. l'intérieur de briques et de brocs des cafés. Sur ce, il commença à neigeauter. C'étaient des flocons plus gros et plus abondants que ceux de la neige tombée entre Istanbul et Erzurum. S'il n'avait pas été fatigué sur le chemin parcouru et avait prêté plus d'attention à la taille des flocons qui tombaient du ciel comme des plumes d'oiseaux, l'homme assis côté fenêtre aurait pressenti la forte tempête de neige qui allait survenir et peut-être que, réalisant dès le départ que ce voyage allait bouleverser sa vie, il aurait fait demi-tour. La neige éveillait toujours en lui un sentiment de pureté, lorsqu'en les recouvrant, elle faisait oublier la saleté de la ville, sa boue et son obscurité. Mais au cours de la première journée qu'il avait passée à Kars, K... avait perdu ce sentiment d'innocence associé à la neige. Là, elle était quelque chose de fatigant, lassant. Or, il avait neigé toute la nuit.
Odile de Raymond Queneau. Il plut beaucoup cet hiver-là. De novembre à février, le temps fut doux et aqueux, temps de poisson. Et sous la pluie, il m'arrivait souvent de me promener tantôt seul, tantôt avec Saxelle et tantôt avec cette femme que j'avais rencontrée un jour accompagnant la blonde amie d'Oscar. Tu t'en souviens ? Les gouttes d'eau faisaient luire son imperméable noir et nous finissions par nous réfugier dans quelques bistrots d'un faubourg, d'où nous revenions par le tramway lent, bruyant. Dès le premier jour où nous sortîmes ensemble, je cessais de m'étonner de pouvoir parler de moi et plus encore d'écouter les récits d'un autre. Mes yeux scillaient encore de regarder le monde, mais je le regardais. L'oreille bourdonne, ma main tremble, j'émerge de cette eau que le ciel administre, de cette terre où couvre un feu, et je regarde et j'écoute la Seine couler sous les ponts.
Dans la forêt de Jean-Eglan, il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut, et il pleut. La pluie tombe et tombe encore, de grandes aiguilles d'argent qui cousent le ciel morne à la terre détrempée. En bas, la maison est dans le noir et il fait chaud, bien que tous les récipients que notre mère... utilisés pour ces teintures servent à l'étage, à recueillir l'eau qui coule à travers le toit que notre père n'a jamais eu l'occasion de réparer. Quand j'ouvre la porte pour laisser entrer un peu de lumière, j'entends le ruisseau siffler avec la pluie.
Walden ou la vie dans les bois de Henri David Thoreau. Enfin l'hiver s'installa pour de bon. Juste comment je venais de finir de plâtrer. Et le vent commença à hurler autour de la maison comme si jusqu'alors il n'avait pas eu la permission de le faire. Nuit après nuit, dans l'obscurité, les oies arrivèrent en volant lourdement avec un bruit strident et dans un sifflement d'ailes, même après que le sol fut couvert de neige. Je me retirai encore plus profondément dans ma coquille et tâchai de garder un bon feu à la fois à l'intérieur de ma maison et à l'intérieur de mon cœur. Je résistais à de plaisantes tempêtes de neige et passais de joyeux soyeurs et d'hiver au coin du feu, tandis que dehors, la neige tourbillonnait farouchement et que même le hululement du hibou était étouffé. Pendant plusieurs semaines, je ne rencontrais personne au cours de mes promenades, sinon ceux qui venaient occasionnellement couper du bois et le traîner jusqu'au village. Avec la complicité des éléments, toutefois, je frayais un sentier à travers les bois dans la neige la plus épaisse, car une fois que je l'avais emprunté, Le vent soufflait des feuilles de chêne sur mes traces, où elles s'enfonçaient, faisaient fondre la neige en absorbant les rayons du soleil, et ainsi non seulement faisaient un parterre sec pour mes pieds, mais la nuit, leurs lignes sombres me guidaient.
Cro-Blanc de Jack London Une sombre forêt d'épicéa obscurcissait les deux rives du cours d'eau pris par les glaces. Un coup de vent récent avait dépouillé les arbres de leur blanche couverture de givre et, dans la lumière déclinante, ils semblaient se courber les uns vers les autres, noirs et menaçants. Un grand silence régnait sur la terre, et cette terre était désolée, sans vie. Sans mouvement, si vide et si froide qu'elle n'exprimait même pas la tristesse. Quelque chose en elle suggérait le rire, mais un rire plus terrible que toute tristesse. Un rire morne, comme le sourire d'un sphinx. Un rire froid, comme le gel, et d'une infaillibilité sinistre. C'était la sagesse. puissante et incommunicable de l'éternité, qui riait de la futilité de la vie et de l'effort de vivre. C'était la forêt sauvage, la forêt gelée du Grand Nord.
Nuit de neige, de guis de mots passants, La grande plaine est blanche, immobile et sans voix, Pas un bruit, pas un son, toute vie est éteinte. Mais on entend parfois comme une morne plainte Quelques chiens sans abri qui hurlent au coin d'un bois. Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaume, L'hiver s'est abattu sur toute floraison. Des arbres dépouillés dressent à l'horizon leurs squelettes blanchies, ainsi que des fantômes. La lune est large et pâle et semble se hâter, on dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère. De son morne regard, elle parcourt la terre et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter. Et froid tombent sur nous les rayons qu'elle darde, fantastique lueur qu'elle s'en va semant. Et la neige s'éclaire au loin sinistrement aux étranges reflets de la clarté blafarde. Oh, la terrible nuit pour les petits oiseaux ! Un vent glacé frissonne et court par les allées. Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux, ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées. Dans les grands arbres nus que couvre le verglas, ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège. De leur œil inquiet, ils regardent la neige attendant jusqu'au jour, la nuit qui ne vient pas.
Eh bien, merci Clarence pour cette sélection de textes déjà, puisque c'est toi qui nous as sélectionné tous ces beaux textes qu'on vient de lire.
Merci.
Et puis, ne prenez pas froid. Bel hiver à vous. Voilà, bel hiver et à très bientôt sur Isadora BC.
Au revoir.
Au revoir.
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