Description
Une petite excursion dans la bibliothèque de Clarence et quelques lectures
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Une petite excursion dans la bibliothèque de Clarence et quelques lectures
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue sur le podcast Isadora Bessé, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Régis.
Bonjour Clarence.
aujourd'hui nous avons fait une petite sélection de livres tu as fait une petite sélection,
j'ai rien fait du tout j'ai rien fait,
je suis innocent donc j'ai fait une petite sélection de livres pioché un peu au hasard mais avec l'envie, tout comme pour le théâtre d'entendre différentes écritures différentes écritures,
différents textes différents auteurs,
différents autrices et donc l'idée c'est d'ouvrir le livre et de lire un passage Merci. Mais on va quand même vous donner, on va quand même vous citer le titre et l'auteur. Et ensuite, on laissera une liste sur le site. Comme ça, vous pourrez aller plus loin.
Sur le site isadorabc.com.
Exactement. Donc, eh bien, je te propose, Régis, de prendre un livre, de piocher le livre et de commencer à le lire.
Moi, j'ai que des livres durs. J'ai fait une sélection. Bref, c'est un livre qui s'appelle « Maintenant » et l'auteur, on ne le connaît pas puisque c'est le comité invisible. Donc j'ouvre. n'importe où. Voilà. Tac. Voilà. Et ça commence bien. « Destituons le monde. 80% des Français ont beau déclarer ne plus rien attendre des politiques, ils n'en sont pas moins 80% à faire confiance à l'État et à ses institutions. Aucun scandale. Aucune... » évidence, aucune expérience personnelle ne parvient à entamer sérieusement dans ce pays le respect dû à l'institution. Ce sont toujours les hommes qui l'incarnent qui sont à blâmer. Il y a eu bavure, abus, défaillances exceptionnelles. Les institutions, semblables en cela à l'idéologie, sont à l'abri du démenti des faits, même permanents.
Bien, merci beaucoup. Je poursuis avec tout autre chose. Flaubert, un cœur simple. que je n'ai pas encore lu, mais je vais découvrir.
C'est magnifique, c'est une écriture.
D'accord, donc je vais découvrir. Oui, Follebert, je connais, mais celui-ci, je ne le connais pas. Donc je vais lire le tout premier chapitre.
Ok, qui est tout petit.
Ça s'appelle donc Un cœur simple. Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Évêque envièrent à Madame Aubin sa servante Félicité. Pour 100 francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre et resta fidèle à sa maîtresse qui cependant n'était pas une personne agréable. Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants très jeunes avec une quantité de dette. Alors elle vendit ses immeubles. Sauf la ferme de Touc et la ferme de Géphos dont les rentes montaient à 5000 francs tout au plus et elle quitta sa maison de Saint-Amedlène pour en habiter une autre moins dispensieuse, ayant appartenu à ses ancêtres et placée derrière les Halles. Cette maison revêtue d'ardoises se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Voilà, je m'arrête là.
Merci. Flaubert,
viens. Veux-tu continuer ? Allez, vas-y.
Je continue là ?
Oui,
Parce que moi j'ai moins de livres que toi, t'as un gros tas de livres et moi j'en ai pas beaucoup. On partagera, on partagera,
on fera deux fois, t'inquiète.
D'accord. Donc alors là j'ai un livre entre les mains, Actes Sud, de Marin Fouquet, et c'est un roman qui s'appelle 77. Métallisé, métallisé, métallisé, c'est le titre du chapitre, enfin de la part, ouais, du chapitre. Trois à la suite, si lentement, c'est rare. Voilà pourquoi je m'en souviens. Cette journée a commencé comme un moteur qui démarre mal. Une hésitation, une saccade, trois longs râles. D'habitude, les cris des pneus, c'est court, c'est net, ça vibre le regard. Salve brève, oui, d'habitude, ça déboule, comme des balles, d'un trait. Et ça brise la ligne droite, et ça brouille la bande grise. Et la surface brune s'étirant derrière sur des kilomètres de marron, attend perdre la vue. Une tâche qui passe, épis de blé se penche, bref vrombissement, gravillon éjecté dans le fossé, virage au loin, poussière qui retombe, retour au silence. D'habitude, en règle générale, c'est métallisé et c'est rapide. Ça ne fait que passer, ça ne s'attarde pas. Et pourquoi ça s'attarderait ?
Merci Régis, je poursuis, enfin non nous allons poursuivre, je décidais que nous le faisions à deux voix. Je suis impliqué ça y est. Oui, donc un livre de Chloé Delhomme, mes bien chères sœurs, voilà et je me suis dit bon on improvise, tiens bah je commence et on se lit un petit passage à chaque fois. Ouais vas-y. D'accord ? Donc, j'écris de chez les féministes hétéros qui se maquillent. Je serais volontiers restée chez les lesbiennes, mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut. J'ai été homosexuelle pendant 18 mois, un peu avant l'apocalypse de 2012. J'écrivais alors de chez les high-femmes. C'est comme ça qu'on appelle les lesbiennes qui se maquillent et portent des escarpins.
Et moi, je lis un extrait qui n'est pas la suite du tout. Non,
un autre.
Le patriarcat bande-moue. Quelque chose est pourri au royaume de la flaque. Les indices et symptômes croissent et se multiplient. À se regarder jouir de son impunité, le mal alpha n'a pas vu surgir l'obsolescence de ses propres attributs et fonctions symboliques.
Ok, je reprends un petit passage. J'écris de chez les toxes des boîtes à pharmacie, les timos déréglés, les internés, les dépressifs, les maniaques, les bipolaires, les psychotiques, les obsessionnels, les phobiques, les sur-émotives. Celles qui régulièrement arrêtent de suivre leur traitement et ont envie de se pendre passer moins d'une quinzaine. Celles qui compensent et décompensent, les boulimiques, hyperphagiques. Celles que des gens croient enceintes tant leur ventre en peu de temps est devenu énorme. J'ai lu tous les regards sur mon corps, du lubrique au dégoût. Connu l'œil effaré qui saisit la vendeuse quand on lui demande si elle a cette robe en 44. Abusé de la patience dont peut faire preuve un homme face à des cils battants en 90B. Si j'ai reperdu du poids, c'est à cause de vêtements. Allez, tu nous lis encore un petit passage ?
Toujours de Chloé de l'Aume ?
Oui, toujours de Chloé de l'Aume.
Ok. Vas-y. Au contact de la quatrième révolution industrielle, la phallocratie devient soluble. Tous égaux devant le chômage et les applications de rencontres. Des corps usés, nervures dissoutes. De la viande au rabais qui, à force de râteaux, s'est tellement attendrie, c'est dur de distinguer l'identité sexuelle de la chair à pâter. quel que soit le marché sur lequel elle échoue.
Voilà, donc un petit aperçu de l'écriture de Chloé de l'Aume, qui est poétique, expérimentale et puissante. Chloé de l'Aume.
Chloé de l'Aume.
Voilà, donc je vais poursuivre dans un autre registre avec Nathalie Sarraute, un extrait de l'usage de la parole.
Eh bien, nous t'écoutons.
Ça s'intitule « Ton père, ta sœur » . Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. Écoutez-les, ces paroles. Elles en valent la peine, je vous assure. Je vous les avais déjà signalées, j'avais déjà attiré sur elles votre attention, mais vous n'aviez pas voulu m'entendre. Il n'est pire sourd, non ? Pas vous ? Vous vous les rappelez ? Ah ! J'avoue que c'est là, pour moi, une vraie surprise. Vraiment, je ne m'y attendais pas, mais... Il faut tout de même, pardonnez-moi, que j'y revienne. Je dois absolument les reprendre encore une fois. Donc, les voici de nouveau. Si tu continues armant, ton père va préférer ta sœur. Une femme installée à une table voisine, dans la salle à manger, ou à la terrasse d'un hôtel, peu nous importe, les a prononcées en s'adressant à son petit garçon. Des paroles qui, lorsqu'on leur prête, ou plutôt, lorsque, comme je l'ai fait, on leur donne entièrement l'oreille, produisent des effets surprenants. Il est vrai que je n'ai pas tendu l'oreille pour les entendre, elles l'ont frappée au passage avec une telle force. Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. Voilà, Nathalie Sarraute. Très grande autrice. Je te prête ce livre.
Waouh !
Si tu veux, tu l'ouvres et tu le lis.
N'importe où ?
Oui, tu peux indiquer l'auteur.
Alors c'est Mathieu Bélezy. Oui. Et l'ouvrage édité aux éditions Le Tripode s'appelle Attaquer la Terre et le Soleil. Je feuillette, je feuillette, je feuillette, je fais le bruit.
Pas trop, pas trop.
Et hop, j'ouvre, n'importe où. Et je vous lis. Soufflant des jets de vapeur par les trous de ces naseaux envahis de mouches, comme si l'hostilité de cette terre à travailler était sur le point de le terrasser. Nos deux hectares n'étaient malheureusement, n'étaient heureusement, excusez-moi, pas très loin du village. Nous étions à pied d'œuvre, bien avant les autres qui étaient obligés de s'enfoncer dans la campagne pour atteindre leur champ. Et souvent, jusqu'à des distances qui les dérobaient à la vue des soldats postés en sentinelle autour du chemin de ronde des nouveaux remparts fortifiés. Si bien que nous pouvions travailler sans crainte d'être attaqués. Et si Henri s'obstinait à conserver son fusil chargé, c'est qu'il craignait l'attaque de quelques lions ou panthères affamés, et je ne pouvais pas lui donner tort, parce qu'un terrible sort avait été réservé au fils des marranges, qui était parti seul et sans arme, bêcher un champ de pommes de terre, et s'était fait dévorer par un de ces lions du désert, qui ne vous laisse aucune chance.
Merci Régis. À découvrir Mathieu Bélizy si vous ne connaissez pas déjà. C'est d'une grande, grande, grande beauté poétique et d'une grande force dans l'écriture. Voilà, Mathieu Bélizy. Je poursuis avec un livre qui s'appelle Vieille Peau. Les femmes, leur corps, leur âge de Fiona Schmidt que j'ai croisé l'année dernière au salon du livre et qui m'a donné envie d'acheter son livre que j'ai lu et je voulais simplement vous en partager un petit bout de la conclusion. Avant d'entamer mes recherches quand ce livre était moins qu'une idée, à peine une intuition, j'avais demandé aux abonnés de mon compte Insta Fiona Schmidt ce que vieillir signifiait pour elle. Comme ça, sans évoquer un quelconque projet d'écriture. Ma question de fin de soirée était adressée à 65 000 personnes dont je ne savais presque rien, sinon que la majorité d'entre elles étaient plus jeunes que moi et qu'elles avaient rarement plus de 60 ans. Avec le recul, je crois que je cherchais moins des réponses qu'un écho aux préoccupations que je m'étais forcée d'ignorer jusque-là, puisque manifestement, dans la dénommée « vraie vie » , à croire que le temps passé sur nos écrans n'est pas du vrai temps, on n'a jamais le bon âge pour parler du vieillissement. Les plus vieilles vous rétorquent que vous avez bien le temps d'y penser et renvoient vos questionnements à une forme d'hypocondrie existentielle. Les plus jeunes ne voient pas de quoi vous parler car l'âge glisse sur elles telle une loutre sur un lac gelé. Quant à celles qui ont votre âge, elles changent de sujet. Comme si le mot vieillir prononcé à haute voix pouvait déclencher une avalanche de chair et de mots. Voilà, très bon livre. Fiona Schmitt, non mais vraiment, très bon livre, c'est un essai. T'as l'air enthousiaste. Oui, oui, parce que ça parle de tout, de la ménopause, de la vieillesse, des femmes, des hommes, je conseille vivement. Alors, j'ai un livre qui s'intitule Le nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski et Eve Chiapello, qui fait... À peu près, je vérifie mes 900 pages et ça doit faire quelques années que j'essaie de le lire et que je dois recommencer dès le début à chaque fois, puisque dès que je le quitte, je ne comprends plus.
C'est un travail universitaire, assez pointu,
assez touffu. C'est un mystère, peut-être. Donc, un jour, j'arriverai à le lire entièrement. Mais pour le moment, je me suis dit qu'on pouvait en lire quelques passages comme ça à deux voix. Je te laisse.
À deux voix, non mais je prends n'importe où. Oui, oui, tu ouvres.
Donc le nouvel esprit du capitalisme. Voilà,
clac, voilà. Et là, je suis à la page 397. La critique sociale est la plus directement concernée par l'affaiblissement du modèle des classes sociales dans la mesure où elle a reposé depuis plus d'un siècle. sur la mise en évidence d'inégalités de toutes sortes entre classes d'individus et s'est efforcée de promouvoir un partage équitable des peines et des profits associés à la participation de ces différents groupes au même processus productif.
Bien, je referme le livre et j'en ai ouvert à une autre page.
Donc là on est dans un truc sérieux, ça rigole pas.
Donc ça s'appelle la formation de la cité par projet. Cette cité prend appui sur l'activité de médiateur mise en œuvre dans la formation des réseaux, de façon à la doter d'une valeur propre indépendamment des buts recherchés ou des propriétés substantielles des entités entre lesquelles la médiation s'effectue. Dans cette perspective, la médiation est en soi une valeur, ou plutôt dans le cadre conceptuel utilisé ici, une grandeur spécifique dont il est susceptible de se prévaloir tout acteur quand il met en rapport, fait des liens et contribue par là à tisser des réseaux. Voilà. Donc, nous n'allons pas vous lire les 900 pages, je crois qu'au moins ils seraient lus, mais ce serait un peu long.
Ce serait long, oui.
Pour finir, terminer notre petit podcast, j'ai choisi le livre d'une amie d'écriture, Caroline Diaz, qui a écrit un roman qui s'appelle Comanche. C'est une enquête qu'elle a faite à propos de son père et j'avais envie de vous lire les dernières pages. Donc, Comanche de Caroline Diaz.
Nous t'écoutons.
Je me réveille d'une nuit sans rêve. Me revient seulement cette image. Je suis sur la crête aiguë d'une montagne dont les deux versants se déroulent sur mes pieds. Je résiste au vertige. Je vais un peu plus loin. Je suis arrivée au bout de l'enquête. Quelques voies inexplorées ressemblent à des impasses. Il y a des questions auxquelles je ne trouverai pas de réponse. Je ne saurais rien de tes rêves, de tes doutes, de tes petits arrangements. Maintenant, je te regarde, je te vois comme je veux te voir. La douceur de tes yeux en noir et blanc, ton enfance, ta soif de vivre, ton obstination, ton besoin d'horizon, de renversement, ton émerveillement en vol de nuit. Je sens l'odeur de cuir chaud des sièges rouges de ta 204 bleu ciel. J'attrape ton regard perdu au-delà des pistes. Le sourire que tu laisses flotter entre nous, ton ombre sur une pente rocheuse, ton ombre désormais attachée à mes pas. J'apprivoise ton étrangeté d'aimer la vitesse et le vide menaçant. Je te pardonne. Nous marchons côte à côte dans les rues de Paris. J'observe avec toi les changements de saison, l'allongement des jours. Je me souviens des bras qui cajolent. Ton goût de l'inconnu, ta main fébrile. L'odeur de café. Le grain de ta voix. Je parle de toi et mes filles sursautent de cette présence nouvelle. Je te parle à voix basse, tu es là. Marchons ensemble dans l'apaisement inédit de la ville. Dans le contre-jour du soir qui approche. Sous les nuages, la peur s'éloigne. Ces merveilleux nuages qui depuis l'enfance me poursuivent. Il n'y a pas de fiction possible entre nous. Il y a cette place que tu prends, ce moment, cette place immense de père. Je suis émue. Merci. Merci. Merci Caroline pour cette jolie fin. Merci à tous les auteurs et autrices. Donc on mettra les noms sur le site. Et merci pour cette lecture à deux voix.
Merci et à très bientôt.
À très bientôt. Au revoir.
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Une petite excursion dans la bibliothèque de Clarence et quelques lectures
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bonjour, bienvenue sur le podcast Isadora Bessé, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Régis.
Bonjour Clarence.
aujourd'hui nous avons fait une petite sélection de livres tu as fait une petite sélection,
j'ai rien fait du tout j'ai rien fait,
je suis innocent donc j'ai fait une petite sélection de livres pioché un peu au hasard mais avec l'envie, tout comme pour le théâtre d'entendre différentes écritures différentes écritures,
différents textes différents auteurs,
différents autrices et donc l'idée c'est d'ouvrir le livre et de lire un passage Merci. Mais on va quand même vous donner, on va quand même vous citer le titre et l'auteur. Et ensuite, on laissera une liste sur le site. Comme ça, vous pourrez aller plus loin.
Sur le site isadorabc.com.
Exactement. Donc, eh bien, je te propose, Régis, de prendre un livre, de piocher le livre et de commencer à le lire.
Moi, j'ai que des livres durs. J'ai fait une sélection. Bref, c'est un livre qui s'appelle « Maintenant » et l'auteur, on ne le connaît pas puisque c'est le comité invisible. Donc j'ouvre. n'importe où. Voilà. Tac. Voilà. Et ça commence bien. « Destituons le monde. 80% des Français ont beau déclarer ne plus rien attendre des politiques, ils n'en sont pas moins 80% à faire confiance à l'État et à ses institutions. Aucun scandale. Aucune... » évidence, aucune expérience personnelle ne parvient à entamer sérieusement dans ce pays le respect dû à l'institution. Ce sont toujours les hommes qui l'incarnent qui sont à blâmer. Il y a eu bavure, abus, défaillances exceptionnelles. Les institutions, semblables en cela à l'idéologie, sont à l'abri du démenti des faits, même permanents.
Bien, merci beaucoup. Je poursuis avec tout autre chose. Flaubert, un cœur simple. que je n'ai pas encore lu, mais je vais découvrir.
C'est magnifique, c'est une écriture.
D'accord, donc je vais découvrir. Oui, Follebert, je connais, mais celui-ci, je ne le connais pas. Donc je vais lire le tout premier chapitre.
Ok, qui est tout petit.
Ça s'appelle donc Un cœur simple. Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Évêque envièrent à Madame Aubin sa servante Félicité. Pour 100 francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre et resta fidèle à sa maîtresse qui cependant n'était pas une personne agréable. Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants très jeunes avec une quantité de dette. Alors elle vendit ses immeubles. Sauf la ferme de Touc et la ferme de Géphos dont les rentes montaient à 5000 francs tout au plus et elle quitta sa maison de Saint-Amedlène pour en habiter une autre moins dispensieuse, ayant appartenu à ses ancêtres et placée derrière les Halles. Cette maison revêtue d'ardoises se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Voilà, je m'arrête là.
Merci. Flaubert,
viens. Veux-tu continuer ? Allez, vas-y.
Je continue là ?
Oui,
Parce que moi j'ai moins de livres que toi, t'as un gros tas de livres et moi j'en ai pas beaucoup. On partagera, on partagera,
on fera deux fois, t'inquiète.
D'accord. Donc alors là j'ai un livre entre les mains, Actes Sud, de Marin Fouquet, et c'est un roman qui s'appelle 77. Métallisé, métallisé, métallisé, c'est le titre du chapitre, enfin de la part, ouais, du chapitre. Trois à la suite, si lentement, c'est rare. Voilà pourquoi je m'en souviens. Cette journée a commencé comme un moteur qui démarre mal. Une hésitation, une saccade, trois longs râles. D'habitude, les cris des pneus, c'est court, c'est net, ça vibre le regard. Salve brève, oui, d'habitude, ça déboule, comme des balles, d'un trait. Et ça brise la ligne droite, et ça brouille la bande grise. Et la surface brune s'étirant derrière sur des kilomètres de marron, attend perdre la vue. Une tâche qui passe, épis de blé se penche, bref vrombissement, gravillon éjecté dans le fossé, virage au loin, poussière qui retombe, retour au silence. D'habitude, en règle générale, c'est métallisé et c'est rapide. Ça ne fait que passer, ça ne s'attarde pas. Et pourquoi ça s'attarderait ?
Merci Régis, je poursuis, enfin non nous allons poursuivre, je décidais que nous le faisions à deux voix. Je suis impliqué ça y est. Oui, donc un livre de Chloé Delhomme, mes bien chères sœurs, voilà et je me suis dit bon on improvise, tiens bah je commence et on se lit un petit passage à chaque fois. Ouais vas-y. D'accord ? Donc, j'écris de chez les féministes hétéros qui se maquillent. Je serais volontiers restée chez les lesbiennes, mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut. J'ai été homosexuelle pendant 18 mois, un peu avant l'apocalypse de 2012. J'écrivais alors de chez les high-femmes. C'est comme ça qu'on appelle les lesbiennes qui se maquillent et portent des escarpins.
Et moi, je lis un extrait qui n'est pas la suite du tout. Non,
un autre.
Le patriarcat bande-moue. Quelque chose est pourri au royaume de la flaque. Les indices et symptômes croissent et se multiplient. À se regarder jouir de son impunité, le mal alpha n'a pas vu surgir l'obsolescence de ses propres attributs et fonctions symboliques.
Ok, je reprends un petit passage. J'écris de chez les toxes des boîtes à pharmacie, les timos déréglés, les internés, les dépressifs, les maniaques, les bipolaires, les psychotiques, les obsessionnels, les phobiques, les sur-émotives. Celles qui régulièrement arrêtent de suivre leur traitement et ont envie de se pendre passer moins d'une quinzaine. Celles qui compensent et décompensent, les boulimiques, hyperphagiques. Celles que des gens croient enceintes tant leur ventre en peu de temps est devenu énorme. J'ai lu tous les regards sur mon corps, du lubrique au dégoût. Connu l'œil effaré qui saisit la vendeuse quand on lui demande si elle a cette robe en 44. Abusé de la patience dont peut faire preuve un homme face à des cils battants en 90B. Si j'ai reperdu du poids, c'est à cause de vêtements. Allez, tu nous lis encore un petit passage ?
Toujours de Chloé de l'Aume ?
Oui, toujours de Chloé de l'Aume.
Ok. Vas-y. Au contact de la quatrième révolution industrielle, la phallocratie devient soluble. Tous égaux devant le chômage et les applications de rencontres. Des corps usés, nervures dissoutes. De la viande au rabais qui, à force de râteaux, s'est tellement attendrie, c'est dur de distinguer l'identité sexuelle de la chair à pâter. quel que soit le marché sur lequel elle échoue.
Voilà, donc un petit aperçu de l'écriture de Chloé de l'Aume, qui est poétique, expérimentale et puissante. Chloé de l'Aume.
Chloé de l'Aume.
Voilà, donc je vais poursuivre dans un autre registre avec Nathalie Sarraute, un extrait de l'usage de la parole.
Eh bien, nous t'écoutons.
Ça s'intitule « Ton père, ta sœur » . Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. Écoutez-les, ces paroles. Elles en valent la peine, je vous assure. Je vous les avais déjà signalées, j'avais déjà attiré sur elles votre attention, mais vous n'aviez pas voulu m'entendre. Il n'est pire sourd, non ? Pas vous ? Vous vous les rappelez ? Ah ! J'avoue que c'est là, pour moi, une vraie surprise. Vraiment, je ne m'y attendais pas, mais... Il faut tout de même, pardonnez-moi, que j'y revienne. Je dois absolument les reprendre encore une fois. Donc, les voici de nouveau. Si tu continues armant, ton père va préférer ta sœur. Une femme installée à une table voisine, dans la salle à manger, ou à la terrasse d'un hôtel, peu nous importe, les a prononcées en s'adressant à son petit garçon. Des paroles qui, lorsqu'on leur prête, ou plutôt, lorsque, comme je l'ai fait, on leur donne entièrement l'oreille, produisent des effets surprenants. Il est vrai que je n'ai pas tendu l'oreille pour les entendre, elles l'ont frappée au passage avec une telle force. Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. Voilà, Nathalie Sarraute. Très grande autrice. Je te prête ce livre.
Waouh !
Si tu veux, tu l'ouvres et tu le lis.
N'importe où ?
Oui, tu peux indiquer l'auteur.
Alors c'est Mathieu Bélezy. Oui. Et l'ouvrage édité aux éditions Le Tripode s'appelle Attaquer la Terre et le Soleil. Je feuillette, je feuillette, je feuillette, je fais le bruit.
Pas trop, pas trop.
Et hop, j'ouvre, n'importe où. Et je vous lis. Soufflant des jets de vapeur par les trous de ces naseaux envahis de mouches, comme si l'hostilité de cette terre à travailler était sur le point de le terrasser. Nos deux hectares n'étaient malheureusement, n'étaient heureusement, excusez-moi, pas très loin du village. Nous étions à pied d'œuvre, bien avant les autres qui étaient obligés de s'enfoncer dans la campagne pour atteindre leur champ. Et souvent, jusqu'à des distances qui les dérobaient à la vue des soldats postés en sentinelle autour du chemin de ronde des nouveaux remparts fortifiés. Si bien que nous pouvions travailler sans crainte d'être attaqués. Et si Henri s'obstinait à conserver son fusil chargé, c'est qu'il craignait l'attaque de quelques lions ou panthères affamés, et je ne pouvais pas lui donner tort, parce qu'un terrible sort avait été réservé au fils des marranges, qui était parti seul et sans arme, bêcher un champ de pommes de terre, et s'était fait dévorer par un de ces lions du désert, qui ne vous laisse aucune chance.
Merci Régis. À découvrir Mathieu Bélizy si vous ne connaissez pas déjà. C'est d'une grande, grande, grande beauté poétique et d'une grande force dans l'écriture. Voilà, Mathieu Bélizy. Je poursuis avec un livre qui s'appelle Vieille Peau. Les femmes, leur corps, leur âge de Fiona Schmidt que j'ai croisé l'année dernière au salon du livre et qui m'a donné envie d'acheter son livre que j'ai lu et je voulais simplement vous en partager un petit bout de la conclusion. Avant d'entamer mes recherches quand ce livre était moins qu'une idée, à peine une intuition, j'avais demandé aux abonnés de mon compte Insta Fiona Schmidt ce que vieillir signifiait pour elle. Comme ça, sans évoquer un quelconque projet d'écriture. Ma question de fin de soirée était adressée à 65 000 personnes dont je ne savais presque rien, sinon que la majorité d'entre elles étaient plus jeunes que moi et qu'elles avaient rarement plus de 60 ans. Avec le recul, je crois que je cherchais moins des réponses qu'un écho aux préoccupations que je m'étais forcée d'ignorer jusque-là, puisque manifestement, dans la dénommée « vraie vie » , à croire que le temps passé sur nos écrans n'est pas du vrai temps, on n'a jamais le bon âge pour parler du vieillissement. Les plus vieilles vous rétorquent que vous avez bien le temps d'y penser et renvoient vos questionnements à une forme d'hypocondrie existentielle. Les plus jeunes ne voient pas de quoi vous parler car l'âge glisse sur elles telle une loutre sur un lac gelé. Quant à celles qui ont votre âge, elles changent de sujet. Comme si le mot vieillir prononcé à haute voix pouvait déclencher une avalanche de chair et de mots. Voilà, très bon livre. Fiona Schmitt, non mais vraiment, très bon livre, c'est un essai. T'as l'air enthousiaste. Oui, oui, parce que ça parle de tout, de la ménopause, de la vieillesse, des femmes, des hommes, je conseille vivement. Alors, j'ai un livre qui s'intitule Le nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski et Eve Chiapello, qui fait... À peu près, je vérifie mes 900 pages et ça doit faire quelques années que j'essaie de le lire et que je dois recommencer dès le début à chaque fois, puisque dès que je le quitte, je ne comprends plus.
C'est un travail universitaire, assez pointu,
assez touffu. C'est un mystère, peut-être. Donc, un jour, j'arriverai à le lire entièrement. Mais pour le moment, je me suis dit qu'on pouvait en lire quelques passages comme ça à deux voix. Je te laisse.
À deux voix, non mais je prends n'importe où. Oui, oui, tu ouvres.
Donc le nouvel esprit du capitalisme. Voilà,
clac, voilà. Et là, je suis à la page 397. La critique sociale est la plus directement concernée par l'affaiblissement du modèle des classes sociales dans la mesure où elle a reposé depuis plus d'un siècle. sur la mise en évidence d'inégalités de toutes sortes entre classes d'individus et s'est efforcée de promouvoir un partage équitable des peines et des profits associés à la participation de ces différents groupes au même processus productif.
Bien, je referme le livre et j'en ai ouvert à une autre page.
Donc là on est dans un truc sérieux, ça rigole pas.
Donc ça s'appelle la formation de la cité par projet. Cette cité prend appui sur l'activité de médiateur mise en œuvre dans la formation des réseaux, de façon à la doter d'une valeur propre indépendamment des buts recherchés ou des propriétés substantielles des entités entre lesquelles la médiation s'effectue. Dans cette perspective, la médiation est en soi une valeur, ou plutôt dans le cadre conceptuel utilisé ici, une grandeur spécifique dont il est susceptible de se prévaloir tout acteur quand il met en rapport, fait des liens et contribue par là à tisser des réseaux. Voilà. Donc, nous n'allons pas vous lire les 900 pages, je crois qu'au moins ils seraient lus, mais ce serait un peu long.
Ce serait long, oui.
Pour finir, terminer notre petit podcast, j'ai choisi le livre d'une amie d'écriture, Caroline Diaz, qui a écrit un roman qui s'appelle Comanche. C'est une enquête qu'elle a faite à propos de son père et j'avais envie de vous lire les dernières pages. Donc, Comanche de Caroline Diaz.
Nous t'écoutons.
Je me réveille d'une nuit sans rêve. Me revient seulement cette image. Je suis sur la crête aiguë d'une montagne dont les deux versants se déroulent sur mes pieds. Je résiste au vertige. Je vais un peu plus loin. Je suis arrivée au bout de l'enquête. Quelques voies inexplorées ressemblent à des impasses. Il y a des questions auxquelles je ne trouverai pas de réponse. Je ne saurais rien de tes rêves, de tes doutes, de tes petits arrangements. Maintenant, je te regarde, je te vois comme je veux te voir. La douceur de tes yeux en noir et blanc, ton enfance, ta soif de vivre, ton obstination, ton besoin d'horizon, de renversement, ton émerveillement en vol de nuit. Je sens l'odeur de cuir chaud des sièges rouges de ta 204 bleu ciel. J'attrape ton regard perdu au-delà des pistes. Le sourire que tu laisses flotter entre nous, ton ombre sur une pente rocheuse, ton ombre désormais attachée à mes pas. J'apprivoise ton étrangeté d'aimer la vitesse et le vide menaçant. Je te pardonne. Nous marchons côte à côte dans les rues de Paris. J'observe avec toi les changements de saison, l'allongement des jours. Je me souviens des bras qui cajolent. Ton goût de l'inconnu, ta main fébrile. L'odeur de café. Le grain de ta voix. Je parle de toi et mes filles sursautent de cette présence nouvelle. Je te parle à voix basse, tu es là. Marchons ensemble dans l'apaisement inédit de la ville. Dans le contre-jour du soir qui approche. Sous les nuages, la peur s'éloigne. Ces merveilleux nuages qui depuis l'enfance me poursuivent. Il n'y a pas de fiction possible entre nous. Il y a cette place que tu prends, ce moment, cette place immense de père. Je suis émue. Merci. Merci. Merci Caroline pour cette jolie fin. Merci à tous les auteurs et autrices. Donc on mettra les noms sur le site. Et merci pour cette lecture à deux voix.
Merci et à très bientôt.
À très bientôt. Au revoir.
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Description
Une petite excursion dans la bibliothèque de Clarence et quelques lectures
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue sur le podcast Isadora Bessé, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Régis.
Bonjour Clarence.
aujourd'hui nous avons fait une petite sélection de livres tu as fait une petite sélection,
j'ai rien fait du tout j'ai rien fait,
je suis innocent donc j'ai fait une petite sélection de livres pioché un peu au hasard mais avec l'envie, tout comme pour le théâtre d'entendre différentes écritures différentes écritures,
différents textes différents auteurs,
différents autrices et donc l'idée c'est d'ouvrir le livre et de lire un passage Merci. Mais on va quand même vous donner, on va quand même vous citer le titre et l'auteur. Et ensuite, on laissera une liste sur le site. Comme ça, vous pourrez aller plus loin.
Sur le site isadorabc.com.
Exactement. Donc, eh bien, je te propose, Régis, de prendre un livre, de piocher le livre et de commencer à le lire.
Moi, j'ai que des livres durs. J'ai fait une sélection. Bref, c'est un livre qui s'appelle « Maintenant » et l'auteur, on ne le connaît pas puisque c'est le comité invisible. Donc j'ouvre. n'importe où. Voilà. Tac. Voilà. Et ça commence bien. « Destituons le monde. 80% des Français ont beau déclarer ne plus rien attendre des politiques, ils n'en sont pas moins 80% à faire confiance à l'État et à ses institutions. Aucun scandale. Aucune... » évidence, aucune expérience personnelle ne parvient à entamer sérieusement dans ce pays le respect dû à l'institution. Ce sont toujours les hommes qui l'incarnent qui sont à blâmer. Il y a eu bavure, abus, défaillances exceptionnelles. Les institutions, semblables en cela à l'idéologie, sont à l'abri du démenti des faits, même permanents.
Bien, merci beaucoup. Je poursuis avec tout autre chose. Flaubert, un cœur simple. que je n'ai pas encore lu, mais je vais découvrir.
C'est magnifique, c'est une écriture.
D'accord, donc je vais découvrir. Oui, Follebert, je connais, mais celui-ci, je ne le connais pas. Donc je vais lire le tout premier chapitre.
Ok, qui est tout petit.
Ça s'appelle donc Un cœur simple. Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Évêque envièrent à Madame Aubin sa servante Félicité. Pour 100 francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre et resta fidèle à sa maîtresse qui cependant n'était pas une personne agréable. Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants très jeunes avec une quantité de dette. Alors elle vendit ses immeubles. Sauf la ferme de Touc et la ferme de Géphos dont les rentes montaient à 5000 francs tout au plus et elle quitta sa maison de Saint-Amedlène pour en habiter une autre moins dispensieuse, ayant appartenu à ses ancêtres et placée derrière les Halles. Cette maison revêtue d'ardoises se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Voilà, je m'arrête là.
Merci. Flaubert,
viens. Veux-tu continuer ? Allez, vas-y.
Je continue là ?
Oui,
Parce que moi j'ai moins de livres que toi, t'as un gros tas de livres et moi j'en ai pas beaucoup. On partagera, on partagera,
on fera deux fois, t'inquiète.
D'accord. Donc alors là j'ai un livre entre les mains, Actes Sud, de Marin Fouquet, et c'est un roman qui s'appelle 77. Métallisé, métallisé, métallisé, c'est le titre du chapitre, enfin de la part, ouais, du chapitre. Trois à la suite, si lentement, c'est rare. Voilà pourquoi je m'en souviens. Cette journée a commencé comme un moteur qui démarre mal. Une hésitation, une saccade, trois longs râles. D'habitude, les cris des pneus, c'est court, c'est net, ça vibre le regard. Salve brève, oui, d'habitude, ça déboule, comme des balles, d'un trait. Et ça brise la ligne droite, et ça brouille la bande grise. Et la surface brune s'étirant derrière sur des kilomètres de marron, attend perdre la vue. Une tâche qui passe, épis de blé se penche, bref vrombissement, gravillon éjecté dans le fossé, virage au loin, poussière qui retombe, retour au silence. D'habitude, en règle générale, c'est métallisé et c'est rapide. Ça ne fait que passer, ça ne s'attarde pas. Et pourquoi ça s'attarderait ?
Merci Régis, je poursuis, enfin non nous allons poursuivre, je décidais que nous le faisions à deux voix. Je suis impliqué ça y est. Oui, donc un livre de Chloé Delhomme, mes bien chères sœurs, voilà et je me suis dit bon on improvise, tiens bah je commence et on se lit un petit passage à chaque fois. Ouais vas-y. D'accord ? Donc, j'écris de chez les féministes hétéros qui se maquillent. Je serais volontiers restée chez les lesbiennes, mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut. J'ai été homosexuelle pendant 18 mois, un peu avant l'apocalypse de 2012. J'écrivais alors de chez les high-femmes. C'est comme ça qu'on appelle les lesbiennes qui se maquillent et portent des escarpins.
Et moi, je lis un extrait qui n'est pas la suite du tout. Non,
un autre.
Le patriarcat bande-moue. Quelque chose est pourri au royaume de la flaque. Les indices et symptômes croissent et se multiplient. À se regarder jouir de son impunité, le mal alpha n'a pas vu surgir l'obsolescence de ses propres attributs et fonctions symboliques.
Ok, je reprends un petit passage. J'écris de chez les toxes des boîtes à pharmacie, les timos déréglés, les internés, les dépressifs, les maniaques, les bipolaires, les psychotiques, les obsessionnels, les phobiques, les sur-émotives. Celles qui régulièrement arrêtent de suivre leur traitement et ont envie de se pendre passer moins d'une quinzaine. Celles qui compensent et décompensent, les boulimiques, hyperphagiques. Celles que des gens croient enceintes tant leur ventre en peu de temps est devenu énorme. J'ai lu tous les regards sur mon corps, du lubrique au dégoût. Connu l'œil effaré qui saisit la vendeuse quand on lui demande si elle a cette robe en 44. Abusé de la patience dont peut faire preuve un homme face à des cils battants en 90B. Si j'ai reperdu du poids, c'est à cause de vêtements. Allez, tu nous lis encore un petit passage ?
Toujours de Chloé de l'Aume ?
Oui, toujours de Chloé de l'Aume.
Ok. Vas-y. Au contact de la quatrième révolution industrielle, la phallocratie devient soluble. Tous égaux devant le chômage et les applications de rencontres. Des corps usés, nervures dissoutes. De la viande au rabais qui, à force de râteaux, s'est tellement attendrie, c'est dur de distinguer l'identité sexuelle de la chair à pâter. quel que soit le marché sur lequel elle échoue.
Voilà, donc un petit aperçu de l'écriture de Chloé de l'Aume, qui est poétique, expérimentale et puissante. Chloé de l'Aume.
Chloé de l'Aume.
Voilà, donc je vais poursuivre dans un autre registre avec Nathalie Sarraute, un extrait de l'usage de la parole.
Eh bien, nous t'écoutons.
Ça s'intitule « Ton père, ta sœur » . Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. Écoutez-les, ces paroles. Elles en valent la peine, je vous assure. Je vous les avais déjà signalées, j'avais déjà attiré sur elles votre attention, mais vous n'aviez pas voulu m'entendre. Il n'est pire sourd, non ? Pas vous ? Vous vous les rappelez ? Ah ! J'avoue que c'est là, pour moi, une vraie surprise. Vraiment, je ne m'y attendais pas, mais... Il faut tout de même, pardonnez-moi, que j'y revienne. Je dois absolument les reprendre encore une fois. Donc, les voici de nouveau. Si tu continues armant, ton père va préférer ta sœur. Une femme installée à une table voisine, dans la salle à manger, ou à la terrasse d'un hôtel, peu nous importe, les a prononcées en s'adressant à son petit garçon. Des paroles qui, lorsqu'on leur prête, ou plutôt, lorsque, comme je l'ai fait, on leur donne entièrement l'oreille, produisent des effets surprenants. Il est vrai que je n'ai pas tendu l'oreille pour les entendre, elles l'ont frappée au passage avec une telle force. Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. Voilà, Nathalie Sarraute. Très grande autrice. Je te prête ce livre.
Waouh !
Si tu veux, tu l'ouvres et tu le lis.
N'importe où ?
Oui, tu peux indiquer l'auteur.
Alors c'est Mathieu Bélezy. Oui. Et l'ouvrage édité aux éditions Le Tripode s'appelle Attaquer la Terre et le Soleil. Je feuillette, je feuillette, je feuillette, je fais le bruit.
Pas trop, pas trop.
Et hop, j'ouvre, n'importe où. Et je vous lis. Soufflant des jets de vapeur par les trous de ces naseaux envahis de mouches, comme si l'hostilité de cette terre à travailler était sur le point de le terrasser. Nos deux hectares n'étaient malheureusement, n'étaient heureusement, excusez-moi, pas très loin du village. Nous étions à pied d'œuvre, bien avant les autres qui étaient obligés de s'enfoncer dans la campagne pour atteindre leur champ. Et souvent, jusqu'à des distances qui les dérobaient à la vue des soldats postés en sentinelle autour du chemin de ronde des nouveaux remparts fortifiés. Si bien que nous pouvions travailler sans crainte d'être attaqués. Et si Henri s'obstinait à conserver son fusil chargé, c'est qu'il craignait l'attaque de quelques lions ou panthères affamés, et je ne pouvais pas lui donner tort, parce qu'un terrible sort avait été réservé au fils des marranges, qui était parti seul et sans arme, bêcher un champ de pommes de terre, et s'était fait dévorer par un de ces lions du désert, qui ne vous laisse aucune chance.
Merci Régis. À découvrir Mathieu Bélizy si vous ne connaissez pas déjà. C'est d'une grande, grande, grande beauté poétique et d'une grande force dans l'écriture. Voilà, Mathieu Bélizy. Je poursuis avec un livre qui s'appelle Vieille Peau. Les femmes, leur corps, leur âge de Fiona Schmidt que j'ai croisé l'année dernière au salon du livre et qui m'a donné envie d'acheter son livre que j'ai lu et je voulais simplement vous en partager un petit bout de la conclusion. Avant d'entamer mes recherches quand ce livre était moins qu'une idée, à peine une intuition, j'avais demandé aux abonnés de mon compte Insta Fiona Schmidt ce que vieillir signifiait pour elle. Comme ça, sans évoquer un quelconque projet d'écriture. Ma question de fin de soirée était adressée à 65 000 personnes dont je ne savais presque rien, sinon que la majorité d'entre elles étaient plus jeunes que moi et qu'elles avaient rarement plus de 60 ans. Avec le recul, je crois que je cherchais moins des réponses qu'un écho aux préoccupations que je m'étais forcée d'ignorer jusque-là, puisque manifestement, dans la dénommée « vraie vie » , à croire que le temps passé sur nos écrans n'est pas du vrai temps, on n'a jamais le bon âge pour parler du vieillissement. Les plus vieilles vous rétorquent que vous avez bien le temps d'y penser et renvoient vos questionnements à une forme d'hypocondrie existentielle. Les plus jeunes ne voient pas de quoi vous parler car l'âge glisse sur elles telle une loutre sur un lac gelé. Quant à celles qui ont votre âge, elles changent de sujet. Comme si le mot vieillir prononcé à haute voix pouvait déclencher une avalanche de chair et de mots. Voilà, très bon livre. Fiona Schmitt, non mais vraiment, très bon livre, c'est un essai. T'as l'air enthousiaste. Oui, oui, parce que ça parle de tout, de la ménopause, de la vieillesse, des femmes, des hommes, je conseille vivement. Alors, j'ai un livre qui s'intitule Le nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski et Eve Chiapello, qui fait... À peu près, je vérifie mes 900 pages et ça doit faire quelques années que j'essaie de le lire et que je dois recommencer dès le début à chaque fois, puisque dès que je le quitte, je ne comprends plus.
C'est un travail universitaire, assez pointu,
assez touffu. C'est un mystère, peut-être. Donc, un jour, j'arriverai à le lire entièrement. Mais pour le moment, je me suis dit qu'on pouvait en lire quelques passages comme ça à deux voix. Je te laisse.
À deux voix, non mais je prends n'importe où. Oui, oui, tu ouvres.
Donc le nouvel esprit du capitalisme. Voilà,
clac, voilà. Et là, je suis à la page 397. La critique sociale est la plus directement concernée par l'affaiblissement du modèle des classes sociales dans la mesure où elle a reposé depuis plus d'un siècle. sur la mise en évidence d'inégalités de toutes sortes entre classes d'individus et s'est efforcée de promouvoir un partage équitable des peines et des profits associés à la participation de ces différents groupes au même processus productif.
Bien, je referme le livre et j'en ai ouvert à une autre page.
Donc là on est dans un truc sérieux, ça rigole pas.
Donc ça s'appelle la formation de la cité par projet. Cette cité prend appui sur l'activité de médiateur mise en œuvre dans la formation des réseaux, de façon à la doter d'une valeur propre indépendamment des buts recherchés ou des propriétés substantielles des entités entre lesquelles la médiation s'effectue. Dans cette perspective, la médiation est en soi une valeur, ou plutôt dans le cadre conceptuel utilisé ici, une grandeur spécifique dont il est susceptible de se prévaloir tout acteur quand il met en rapport, fait des liens et contribue par là à tisser des réseaux. Voilà. Donc, nous n'allons pas vous lire les 900 pages, je crois qu'au moins ils seraient lus, mais ce serait un peu long.
Ce serait long, oui.
Pour finir, terminer notre petit podcast, j'ai choisi le livre d'une amie d'écriture, Caroline Diaz, qui a écrit un roman qui s'appelle Comanche. C'est une enquête qu'elle a faite à propos de son père et j'avais envie de vous lire les dernières pages. Donc, Comanche de Caroline Diaz.
Nous t'écoutons.
Je me réveille d'une nuit sans rêve. Me revient seulement cette image. Je suis sur la crête aiguë d'une montagne dont les deux versants se déroulent sur mes pieds. Je résiste au vertige. Je vais un peu plus loin. Je suis arrivée au bout de l'enquête. Quelques voies inexplorées ressemblent à des impasses. Il y a des questions auxquelles je ne trouverai pas de réponse. Je ne saurais rien de tes rêves, de tes doutes, de tes petits arrangements. Maintenant, je te regarde, je te vois comme je veux te voir. La douceur de tes yeux en noir et blanc, ton enfance, ta soif de vivre, ton obstination, ton besoin d'horizon, de renversement, ton émerveillement en vol de nuit. Je sens l'odeur de cuir chaud des sièges rouges de ta 204 bleu ciel. J'attrape ton regard perdu au-delà des pistes. Le sourire que tu laisses flotter entre nous, ton ombre sur une pente rocheuse, ton ombre désormais attachée à mes pas. J'apprivoise ton étrangeté d'aimer la vitesse et le vide menaçant. Je te pardonne. Nous marchons côte à côte dans les rues de Paris. J'observe avec toi les changements de saison, l'allongement des jours. Je me souviens des bras qui cajolent. Ton goût de l'inconnu, ta main fébrile. L'odeur de café. Le grain de ta voix. Je parle de toi et mes filles sursautent de cette présence nouvelle. Je te parle à voix basse, tu es là. Marchons ensemble dans l'apaisement inédit de la ville. Dans le contre-jour du soir qui approche. Sous les nuages, la peur s'éloigne. Ces merveilleux nuages qui depuis l'enfance me poursuivent. Il n'y a pas de fiction possible entre nous. Il y a cette place que tu prends, ce moment, cette place immense de père. Je suis émue. Merci. Merci. Merci Caroline pour cette jolie fin. Merci à tous les auteurs et autrices. Donc on mettra les noms sur le site. Et merci pour cette lecture à deux voix.
Merci et à très bientôt.
À très bientôt. Au revoir.
Description
Une petite excursion dans la bibliothèque de Clarence et quelques lectures
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue sur le podcast Isadora Bessé, le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiani et le poète c'est Régis Dequet. Bonjour Régis.
Bonjour Clarence.
aujourd'hui nous avons fait une petite sélection de livres tu as fait une petite sélection,
j'ai rien fait du tout j'ai rien fait,
je suis innocent donc j'ai fait une petite sélection de livres pioché un peu au hasard mais avec l'envie, tout comme pour le théâtre d'entendre différentes écritures différentes écritures,
différents textes différents auteurs,
différents autrices et donc l'idée c'est d'ouvrir le livre et de lire un passage Merci. Mais on va quand même vous donner, on va quand même vous citer le titre et l'auteur. Et ensuite, on laissera une liste sur le site. Comme ça, vous pourrez aller plus loin.
Sur le site isadorabc.com.
Exactement. Donc, eh bien, je te propose, Régis, de prendre un livre, de piocher le livre et de commencer à le lire.
Moi, j'ai que des livres durs. J'ai fait une sélection. Bref, c'est un livre qui s'appelle « Maintenant » et l'auteur, on ne le connaît pas puisque c'est le comité invisible. Donc j'ouvre. n'importe où. Voilà. Tac. Voilà. Et ça commence bien. « Destituons le monde. 80% des Français ont beau déclarer ne plus rien attendre des politiques, ils n'en sont pas moins 80% à faire confiance à l'État et à ses institutions. Aucun scandale. Aucune... » évidence, aucune expérience personnelle ne parvient à entamer sérieusement dans ce pays le respect dû à l'institution. Ce sont toujours les hommes qui l'incarnent qui sont à blâmer. Il y a eu bavure, abus, défaillances exceptionnelles. Les institutions, semblables en cela à l'idéologie, sont à l'abri du démenti des faits, même permanents.
Bien, merci beaucoup. Je poursuis avec tout autre chose. Flaubert, un cœur simple. que je n'ai pas encore lu, mais je vais découvrir.
C'est magnifique, c'est une écriture.
D'accord, donc je vais découvrir. Oui, Follebert, je connais, mais celui-ci, je ne le connais pas. Donc je vais lire le tout premier chapitre.
Ok, qui est tout petit.
Ça s'appelle donc Un cœur simple. Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Évêque envièrent à Madame Aubin sa servante Félicité. Pour 100 francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre et resta fidèle à sa maîtresse qui cependant n'était pas une personne agréable. Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants très jeunes avec une quantité de dette. Alors elle vendit ses immeubles. Sauf la ferme de Touc et la ferme de Géphos dont les rentes montaient à 5000 francs tout au plus et elle quitta sa maison de Saint-Amedlène pour en habiter une autre moins dispensieuse, ayant appartenu à ses ancêtres et placée derrière les Halles. Cette maison revêtue d'ardoises se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Voilà, je m'arrête là.
Merci. Flaubert,
viens. Veux-tu continuer ? Allez, vas-y.
Je continue là ?
Oui,
Parce que moi j'ai moins de livres que toi, t'as un gros tas de livres et moi j'en ai pas beaucoup. On partagera, on partagera,
on fera deux fois, t'inquiète.
D'accord. Donc alors là j'ai un livre entre les mains, Actes Sud, de Marin Fouquet, et c'est un roman qui s'appelle 77. Métallisé, métallisé, métallisé, c'est le titre du chapitre, enfin de la part, ouais, du chapitre. Trois à la suite, si lentement, c'est rare. Voilà pourquoi je m'en souviens. Cette journée a commencé comme un moteur qui démarre mal. Une hésitation, une saccade, trois longs râles. D'habitude, les cris des pneus, c'est court, c'est net, ça vibre le regard. Salve brève, oui, d'habitude, ça déboule, comme des balles, d'un trait. Et ça brise la ligne droite, et ça brouille la bande grise. Et la surface brune s'étirant derrière sur des kilomètres de marron, attend perdre la vue. Une tâche qui passe, épis de blé se penche, bref vrombissement, gravillon éjecté dans le fossé, virage au loin, poussière qui retombe, retour au silence. D'habitude, en règle générale, c'est métallisé et c'est rapide. Ça ne fait que passer, ça ne s'attarde pas. Et pourquoi ça s'attarderait ?
Merci Régis, je poursuis, enfin non nous allons poursuivre, je décidais que nous le faisions à deux voix. Je suis impliqué ça y est. Oui, donc un livre de Chloé Delhomme, mes bien chères sœurs, voilà et je me suis dit bon on improvise, tiens bah je commence et on se lit un petit passage à chaque fois. Ouais vas-y. D'accord ? Donc, j'écris de chez les féministes hétéros qui se maquillent. Je serais volontiers restée chez les lesbiennes, mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut. J'ai été homosexuelle pendant 18 mois, un peu avant l'apocalypse de 2012. J'écrivais alors de chez les high-femmes. C'est comme ça qu'on appelle les lesbiennes qui se maquillent et portent des escarpins.
Et moi, je lis un extrait qui n'est pas la suite du tout. Non,
un autre.
Le patriarcat bande-moue. Quelque chose est pourri au royaume de la flaque. Les indices et symptômes croissent et se multiplient. À se regarder jouir de son impunité, le mal alpha n'a pas vu surgir l'obsolescence de ses propres attributs et fonctions symboliques.
Ok, je reprends un petit passage. J'écris de chez les toxes des boîtes à pharmacie, les timos déréglés, les internés, les dépressifs, les maniaques, les bipolaires, les psychotiques, les obsessionnels, les phobiques, les sur-émotives. Celles qui régulièrement arrêtent de suivre leur traitement et ont envie de se pendre passer moins d'une quinzaine. Celles qui compensent et décompensent, les boulimiques, hyperphagiques. Celles que des gens croient enceintes tant leur ventre en peu de temps est devenu énorme. J'ai lu tous les regards sur mon corps, du lubrique au dégoût. Connu l'œil effaré qui saisit la vendeuse quand on lui demande si elle a cette robe en 44. Abusé de la patience dont peut faire preuve un homme face à des cils battants en 90B. Si j'ai reperdu du poids, c'est à cause de vêtements. Allez, tu nous lis encore un petit passage ?
Toujours de Chloé de l'Aume ?
Oui, toujours de Chloé de l'Aume.
Ok. Vas-y. Au contact de la quatrième révolution industrielle, la phallocratie devient soluble. Tous égaux devant le chômage et les applications de rencontres. Des corps usés, nervures dissoutes. De la viande au rabais qui, à force de râteaux, s'est tellement attendrie, c'est dur de distinguer l'identité sexuelle de la chair à pâter. quel que soit le marché sur lequel elle échoue.
Voilà, donc un petit aperçu de l'écriture de Chloé de l'Aume, qui est poétique, expérimentale et puissante. Chloé de l'Aume.
Chloé de l'Aume.
Voilà, donc je vais poursuivre dans un autre registre avec Nathalie Sarraute, un extrait de l'usage de la parole.
Eh bien, nous t'écoutons.
Ça s'intitule « Ton père, ta sœur » . Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. Écoutez-les, ces paroles. Elles en valent la peine, je vous assure. Je vous les avais déjà signalées, j'avais déjà attiré sur elles votre attention, mais vous n'aviez pas voulu m'entendre. Il n'est pire sourd, non ? Pas vous ? Vous vous les rappelez ? Ah ! J'avoue que c'est là, pour moi, une vraie surprise. Vraiment, je ne m'y attendais pas, mais... Il faut tout de même, pardonnez-moi, que j'y revienne. Je dois absolument les reprendre encore une fois. Donc, les voici de nouveau. Si tu continues armant, ton père va préférer ta sœur. Une femme installée à une table voisine, dans la salle à manger, ou à la terrasse d'un hôtel, peu nous importe, les a prononcées en s'adressant à son petit garçon. Des paroles qui, lorsqu'on leur prête, ou plutôt, lorsque, comme je l'ai fait, on leur donne entièrement l'oreille, produisent des effets surprenants. Il est vrai que je n'ai pas tendu l'oreille pour les entendre, elles l'ont frappée au passage avec une telle force. Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. Voilà, Nathalie Sarraute. Très grande autrice. Je te prête ce livre.
Waouh !
Si tu veux, tu l'ouvres et tu le lis.
N'importe où ?
Oui, tu peux indiquer l'auteur.
Alors c'est Mathieu Bélezy. Oui. Et l'ouvrage édité aux éditions Le Tripode s'appelle Attaquer la Terre et le Soleil. Je feuillette, je feuillette, je feuillette, je fais le bruit.
Pas trop, pas trop.
Et hop, j'ouvre, n'importe où. Et je vous lis. Soufflant des jets de vapeur par les trous de ces naseaux envahis de mouches, comme si l'hostilité de cette terre à travailler était sur le point de le terrasser. Nos deux hectares n'étaient malheureusement, n'étaient heureusement, excusez-moi, pas très loin du village. Nous étions à pied d'œuvre, bien avant les autres qui étaient obligés de s'enfoncer dans la campagne pour atteindre leur champ. Et souvent, jusqu'à des distances qui les dérobaient à la vue des soldats postés en sentinelle autour du chemin de ronde des nouveaux remparts fortifiés. Si bien que nous pouvions travailler sans crainte d'être attaqués. Et si Henri s'obstinait à conserver son fusil chargé, c'est qu'il craignait l'attaque de quelques lions ou panthères affamés, et je ne pouvais pas lui donner tort, parce qu'un terrible sort avait été réservé au fils des marranges, qui était parti seul et sans arme, bêcher un champ de pommes de terre, et s'était fait dévorer par un de ces lions du désert, qui ne vous laisse aucune chance.
Merci Régis. À découvrir Mathieu Bélizy si vous ne connaissez pas déjà. C'est d'une grande, grande, grande beauté poétique et d'une grande force dans l'écriture. Voilà, Mathieu Bélizy. Je poursuis avec un livre qui s'appelle Vieille Peau. Les femmes, leur corps, leur âge de Fiona Schmidt que j'ai croisé l'année dernière au salon du livre et qui m'a donné envie d'acheter son livre que j'ai lu et je voulais simplement vous en partager un petit bout de la conclusion. Avant d'entamer mes recherches quand ce livre était moins qu'une idée, à peine une intuition, j'avais demandé aux abonnés de mon compte Insta Fiona Schmidt ce que vieillir signifiait pour elle. Comme ça, sans évoquer un quelconque projet d'écriture. Ma question de fin de soirée était adressée à 65 000 personnes dont je ne savais presque rien, sinon que la majorité d'entre elles étaient plus jeunes que moi et qu'elles avaient rarement plus de 60 ans. Avec le recul, je crois que je cherchais moins des réponses qu'un écho aux préoccupations que je m'étais forcée d'ignorer jusque-là, puisque manifestement, dans la dénommée « vraie vie » , à croire que le temps passé sur nos écrans n'est pas du vrai temps, on n'a jamais le bon âge pour parler du vieillissement. Les plus vieilles vous rétorquent que vous avez bien le temps d'y penser et renvoient vos questionnements à une forme d'hypocondrie existentielle. Les plus jeunes ne voient pas de quoi vous parler car l'âge glisse sur elles telle une loutre sur un lac gelé. Quant à celles qui ont votre âge, elles changent de sujet. Comme si le mot vieillir prononcé à haute voix pouvait déclencher une avalanche de chair et de mots. Voilà, très bon livre. Fiona Schmitt, non mais vraiment, très bon livre, c'est un essai. T'as l'air enthousiaste. Oui, oui, parce que ça parle de tout, de la ménopause, de la vieillesse, des femmes, des hommes, je conseille vivement. Alors, j'ai un livre qui s'intitule Le nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski et Eve Chiapello, qui fait... À peu près, je vérifie mes 900 pages et ça doit faire quelques années que j'essaie de le lire et que je dois recommencer dès le début à chaque fois, puisque dès que je le quitte, je ne comprends plus.
C'est un travail universitaire, assez pointu,
assez touffu. C'est un mystère, peut-être. Donc, un jour, j'arriverai à le lire entièrement. Mais pour le moment, je me suis dit qu'on pouvait en lire quelques passages comme ça à deux voix. Je te laisse.
À deux voix, non mais je prends n'importe où. Oui, oui, tu ouvres.
Donc le nouvel esprit du capitalisme. Voilà,
clac, voilà. Et là, je suis à la page 397. La critique sociale est la plus directement concernée par l'affaiblissement du modèle des classes sociales dans la mesure où elle a reposé depuis plus d'un siècle. sur la mise en évidence d'inégalités de toutes sortes entre classes d'individus et s'est efforcée de promouvoir un partage équitable des peines et des profits associés à la participation de ces différents groupes au même processus productif.
Bien, je referme le livre et j'en ai ouvert à une autre page.
Donc là on est dans un truc sérieux, ça rigole pas.
Donc ça s'appelle la formation de la cité par projet. Cette cité prend appui sur l'activité de médiateur mise en œuvre dans la formation des réseaux, de façon à la doter d'une valeur propre indépendamment des buts recherchés ou des propriétés substantielles des entités entre lesquelles la médiation s'effectue. Dans cette perspective, la médiation est en soi une valeur, ou plutôt dans le cadre conceptuel utilisé ici, une grandeur spécifique dont il est susceptible de se prévaloir tout acteur quand il met en rapport, fait des liens et contribue par là à tisser des réseaux. Voilà. Donc, nous n'allons pas vous lire les 900 pages, je crois qu'au moins ils seraient lus, mais ce serait un peu long.
Ce serait long, oui.
Pour finir, terminer notre petit podcast, j'ai choisi le livre d'une amie d'écriture, Caroline Diaz, qui a écrit un roman qui s'appelle Comanche. C'est une enquête qu'elle a faite à propos de son père et j'avais envie de vous lire les dernières pages. Donc, Comanche de Caroline Diaz.
Nous t'écoutons.
Je me réveille d'une nuit sans rêve. Me revient seulement cette image. Je suis sur la crête aiguë d'une montagne dont les deux versants se déroulent sur mes pieds. Je résiste au vertige. Je vais un peu plus loin. Je suis arrivée au bout de l'enquête. Quelques voies inexplorées ressemblent à des impasses. Il y a des questions auxquelles je ne trouverai pas de réponse. Je ne saurais rien de tes rêves, de tes doutes, de tes petits arrangements. Maintenant, je te regarde, je te vois comme je veux te voir. La douceur de tes yeux en noir et blanc, ton enfance, ta soif de vivre, ton obstination, ton besoin d'horizon, de renversement, ton émerveillement en vol de nuit. Je sens l'odeur de cuir chaud des sièges rouges de ta 204 bleu ciel. J'attrape ton regard perdu au-delà des pistes. Le sourire que tu laisses flotter entre nous, ton ombre sur une pente rocheuse, ton ombre désormais attachée à mes pas. J'apprivoise ton étrangeté d'aimer la vitesse et le vide menaçant. Je te pardonne. Nous marchons côte à côte dans les rues de Paris. J'observe avec toi les changements de saison, l'allongement des jours. Je me souviens des bras qui cajolent. Ton goût de l'inconnu, ta main fébrile. L'odeur de café. Le grain de ta voix. Je parle de toi et mes filles sursautent de cette présence nouvelle. Je te parle à voix basse, tu es là. Marchons ensemble dans l'apaisement inédit de la ville. Dans le contre-jour du soir qui approche. Sous les nuages, la peur s'éloigne. Ces merveilleux nuages qui depuis l'enfance me poursuivent. Il n'y a pas de fiction possible entre nous. Il y a cette place que tu prends, ce moment, cette place immense de père. Je suis émue. Merci. Merci. Merci Caroline pour cette jolie fin. Merci à tous les auteurs et autrices. Donc on mettra les noms sur le site. Et merci pour cette lecture à deux voix.
Merci et à très bientôt.
À très bientôt. Au revoir.
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