Description
Clarence Massiani reçoit Nadia pour parler écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Description
Clarence Massiani reçoit Nadia pour parler écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue sur le podcast Isadora Bessé, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani et le poète, c'est Régis Dequet. Mais aujourd'hui, Régis est absent et j'ai le plaisir d'accueillir Nadia, Nadia Karaboulkov, c'est ça ?
Oui.
Bonjour Nadia, ça va bien ?
Bonjour Clarence, ça va et vous ?
Oui, ça va. Dis-moi Nadia, est-ce que tu voudrais bien... te présenter. Je te laisse complètement libre de la présentation de toi-même.
Alors, j'ai 60 ans, je suis consultante coach en accompagnement professionnel. Avant, j'ai eu un parcours universitaire littéraire et une première partie de carrière où j'ai été enseignante en lycée professionnel en lettres, histoire, géographie. J'étais également à l'époque professeure du théâtre et professeure des professeurs nouvellement certifiés et puis je me suis réorientée quand j'avais une trentaine d'années.
D'accord. Et tu t'es réorientée ?
Vers ce métier que je fais depuis plus de 25 ans, je crois, à peu près, oui. D'accord. Autour de 25 ans, en tout cas, de l'accompagnement professionnel. J'accompagne des personnes en situation de licenciement, des personnes en bilan de compétences, des personnes qui ont besoin d'être accompagnées en coaching professionnel.
D'accord. Merci beaucoup. Alors ce qui m'intéressait aujourd'hui pour notre rencontre, c'était surtout le fait que tu m'as dit un jour que... Alors je crois que tu m'avais dit que tu avais commencé à écrire ou que tu voulais écrire. Et j'avais envie qu'on parle de ça, de cette envie d'écrire. Je voulais savoir d'abord où est-ce que tu en étais, comment est-ce que... Comment t'es venue cette idée ? Qu'est-ce qui a fait ça ? Est-ce que tu t'es mis à écrire ? Depuis combien de temps ? Qu'est-ce que ça te fait d'écrire ? Je voulais que tu me parles déjà un peu de, simplement, au-delà de ce que tu écris, de cette chose-là. Quelle est cette rencontre-là ?
Alors, en fait, j'ai toujours écrit, depuis que je suis toute petite, petite. Je crois que mon premier cahier, j'avais 8 ans. Il doit être quelque part, encore, dans un carton. Puis j'ai eu très très longtemps, toujours, toujours des cahiers sur moi. Toujours. Et puis, on en reparlera, puisque c'est lié à ce projet d'écriture qui m'habite aujourd'hui. Quand ma fille est morte en 2019, j'écrivais plus depuis plusieurs années. Voilà. Il n'y a aucune raison. Juste, je n'écrivais plus particulièrement. Et puis quand ma fille est morte, j'ai su très très vite que j'écrirais. Voilà, j'ai très vite écrit après sa mort. On en reparlera peut-être. Ce que ça me fait d'écrire, c'est assez libératoire. C'est assez exutoire, en fait. Pour aller même plus loin, écrire par et pour Anna, qui est le prénom de ma fille, est aussi une façon de... continuer à la rencontrer, à habiter avec elle d'une certaine façon à travers les mots.
D'accord. Je voudrais revenir à avant Anna. Est-ce que tu peux me dire ce que tu écrivais ? Est-ce que c'était des journaux ou est-ce que c'était des pensées ?
C'était un mélange de pensées, je pense, de pensées Poésie, forme de journal intime. Je ne les ai jamais relues jusqu'alors.
Mais tu les as gardées ?
Je les ai gardées, tout à fait. Mais j'habite une maison qui est encore en travaux. Et donc, je sais qu'ils sont quelque part dans un carton. Le jour où je sortirai, je ressortirai les cartons. Je pense que là, aujourd'hui, maintenant, j'ai envie de les relire. Mais j'ai tout gardé, tout à fait. J'ai tout gardé.
Et donc, tu me dis que tu as démarré vers 8 ans.
Oui, ça.
Et tu as écrit jusqu'à quand ? Est-ce que l'adolescent, tu écrivais ?
Tout le temps.
Tout le temps, d'accord.
Tous les jours, tout le temps.
Ah oui, donc tu dois avoir un certain nombre de carnets.
Je pense une bonne vingtaine, trentaine, je ne sais pas exactement.
D'accord, et tu ne les as jamais relus depuis ?
Non, jamais.
Ah, ça va être... Oui,
ça va être drôle.
Oui, oui, oui, oui. Tu n'as jamais eu la curiosité d'aller voir ce que là ?
Alors, je te dis ça, peut-être que j'exagère un petit peu.
peut-être que dans... Est-ce que tu te souviens de moments où tu écrivais à dos ?
Oui, j'écrivais dans les cafés, beaucoup.
D'accord. Et est-ce que tu le faisais lire à des copains et des copines ?
Jamais. Peut-être mes amoureux de l'époque, peut-être, et quand ça les concernait.
Et donc, depuis maintenant, tu me dis qu'après Anna, tu t'es mise à écrire. C'est-à-dire, comment tu as repris toute seule tes carnets ? Ou est-ce que tu t'es fait accompagner ?
Dans un premier temps, j'ai écrit de façon vraiment presque en écriture automatique. Je n'écrivais plus sur des cahiers. Maintenant, de nouveau, j'ai repris des cahiers. Mais il y avait des moments où il fallait que je jette des mots. sans savoir du tout où j'allais. C'était juste vraiment un besoin de libérer cette douleur par les mots. En parallèle, je suis formée à une approche qui s'appelle les pratiques narratives. Et donc j'ai demandé à plusieurs et à nombreux de nos proches d'écrire des témoignages sur Anna, basés sur un questionnement sur l'approche narrative que j'ai recueilli. Et du coup, j'ai perdu ta question. Pardon.
En fait, je te demandais comment est-ce que tu es revenue à l'écriture ? C'est-à-dire, donc après Anna, tu viens de me le dire, mais est-ce que tu te fais accompagner ? Est-ce que tu fais des atouts d'écriture ?
Oui, donc voilà, je me suis un peu perdue dans l'écriture toute seule, avec vraiment en même temps le projet d'en faire quelque chose. Je ne savais pas trop où j'allais, mais je voulais vraiment faire quelque chose de cette traversée. Terrible. L'année dernière, j'ai suivi plusieurs ateliers à l'école Les Mots. Plutôt tous orientés autour de s'écrire, parler de soi. On pourrait appeler autofiction. On peut y mettre plein de mots. Et autour de la structuration aussi, comment initier un roman et le structurer. J'ai suivi quatre ateliers, je crois. Un peu près. Est-ce que ça t'a plu ?
De suivre les ateliers, c'est-à-dire que, je ne te demande pas qui, quoi, comment, mais est-ce que tout d'un coup, le fait d'être toute seule avec ton écriture, et puis là, être avec d'autres gens, écrire en collectif, et puis aussi, je pense qu'il y a un temps où vous devez vous lire les textes, est-ce que ça, c'est quelque chose qui a été différent pour toi par rapport à ce que toi, tu vis quand tu écris toute seule ?
Alors, c'était très différent parce que je venais vraiment y chercher le cadre. Donc ça, j'ai trouvé le cadre, selon les ateliers, peu importe, menés par des écrivains divers et variés, peu importe. Je n'ai pas forcément trouvé à chaque fois ce que je venais y chercher. J'ai un atelier particulièrement qui m'a vraiment permis d'avancer, qui est un atelier mené par Philippe Villain, qui est écrivain, et qui était un atelier mené par correspondance, avec des consignes envoyées chaque semaine. Et puis un retour qu'il faisait par écrit. Et ça, finalement, je me suis rendu compte que j'y trouvais la structuration, j'y trouvais la confrontation, j'y trouvais la solitude et le cadre dont j'avais besoin. Mais je n'avais pas forcément besoin, en tout cas à ce moment-là, de partager avec... C'est toujours très, très plaisant. Je n'avais pas forcément besoin de partager avec des inconnus.
Ça veut dire que ce que tu es en train de me dire, c'est est-ce que tu es en train de me dire que ce que tu as vécu dans ces ateliers, tu as aimé, mais ce n'est pas quelque chose qui t'était spécialement plaisant de partager avec d'autres.
Exactement.
D'accord, ce n'était pas ça, tu ne peux pas encore être avec ta propre écriture.
Oui, tout à fait.
Et le fait d'écouter les autres ?
Oui, c'est toujours intéressant. Après, que dire ? Parfois, c'est toujours intéressant, mais ça ne m'intéressait pas toujours. Oui,
je comprends. Et est-ce que quand même, est-ce que le fait de lire ce que tu écrivais aux autres, est-ce que ça a eu un impact sur toi ? Ou est-ce que tu lisais en te... Est-ce que tu faisais attention à ce qu'on te disait ou est-ce que non ? En fait, est-ce que ça t'a aidé de lire à d'autres ou pas spécialement ?
Si, énormément.
D'accord.
Si, franchement, énormément. Quel que soit le retour, qu'il soit critique, positif, négatif, entre guillemets, ça n'arrive pas vraiment finalement dans les ateliers où il y a beaucoup de gentillesse et de générosité. Mais si, ça m'a aidé. Et ça m'a aidé particulièrement aussi d'avoir le retour des animateurs qui sont tous des écrivains plutôt confirmés.
Oui, d'accord.
Si, si, ça m'a aidé et ça m'a, à ce moment-là, en tout cas, plutôt porté. Et j'ai passé, voilà, le printemps et l'été 2024 à me dire j'y vais, j'y vais, j'y vais.
D'accord, donc c'était quand même quelque chose, c'est-à-dire que tu es passé d'écrire avec... après un acte à douleur, à je partage autre chose avec d'autres gens pour ensuite revenir peut-être à quelque chose de plus personnel, mais avec l'idée de, cette fois-ci, en faire quelque chose, une forme de structuration de ce quelque chose. Est-ce que tu penses que tu vas reprendre d'autres ateliers ou est-ce que...
Alors, je ne sais pas du tout. Là, j'ai choisi d'être accompagnée en individuel, on va dire, à Philippe Villain. avec qui j'avais déjà suivi un atelier, qui est un accompagnement de nouveau par correspondance, qui s'organise sur 8-10 sessions, je crois. Je suis à la moitié du guet. On en reparlera peut-être après.
On peut en parler. J'aimerais bien savoir, avec Philippe, c'est le projet d'écriture que tu as.
Oui.
Est-ce que tu veux bien en parler ?
Oui, je peux en parler, tout à fait. Le projet d'écriture, si tant est que je puisse un peu le pitcher, c'est vraiment... Non, mais tu vois, je ne suis pas sûre de savoir le pitcher.
Alors, est-ce que... Je n'ai pas besoin que tu me le pitches, mais est-ce que... Comment dire ? Est-ce que tu sais un peu de quoi tu aimerais parler ? Ou est-ce que... Pourquoi est-ce que c'est important pour toi que ça passe ? par l'idée que d'autres puissent le lire ?
Alors, c'est là où peut-être je ne sais pas encore en parler, parce que j'étais vraiment partie au départ sur cette écriture initiale, un peu de jeter les mots, et qui s'apparentait, on va dire, à un journal complètement déstructuré en termes de cohérence narrative et chronologique. Écrit donc dans lequel je souhaitais mêler les témoignages. certains témoignages que j'avais recueillis, dans lesquels, textes, enfin, pardon, écrits, dans lesquels je souhaitais insérer aussi des écrits d'Anna, puisqu'Anna écrivait, et puis aussi des toiles et des photographies, puisqu'elle peignait et elle photographiait. Bref, il y avait déjà beaucoup, beaucoup de matière. Il se trouve qu'en parallèle, nous avons intenté une action en justice. suite à la mort d'Anna, pour les raisons qui ont fait qu'elle est morte. Nous avons, si on peut le dire ainsi, gagné ce procès cette année. Nous avons remporté ce procès. Et qu'aujourd'hui, finalement, l'écrit s'orienterait peut-être plus sur le témoignage de ce procès. D'accord. Et qui viendrait en même temps, bien sûr, parler d'Anna, qui était l'idée de départ, la source, lui rendre hommage. Et puis, à travers l'écriture, transcender d'une certaine façon la douleur et mettre des mots sur l'abominable.
Donc, ce qui est intéressant, c'est que... Est-ce que tu dirais que par rapport à ses premiers écrits, avant que ce soit structuré avec quelqu'un, il y avait tout ça et que quand même, le fait que tu sois accompagné et qu'il y a le temps aussi, le temps qui... passe, est-ce que tu dirais qu'aujourd'hui, même si tu ne sais pas complètement encore ce que ça va être, il y a quelque chose qui se dessine de plus en plus précis. Est-ce que tout d'un coup, cette écriture devient quelque part une forme de livre plus que simplement un exutoire pour toi de...
Oui, clairement. Et puis en plus... Pour avoir échangé notamment avec mon psy, qui connaît bien le sujet, puisqu'il accompagne beaucoup des parents dans le deuil, il y a pléthore d'ouvrages sur des parents qui ont écrit sur la mort de leur enfant. Et je ne suis pas sûre finalement d'avoir envie d'écrire ça aujourd'hui. Et puis, je vais peut-être être un peu cash, je pense que ça n'intéresse personne la mort d'Anna. Et c'est bien normal.
En revanche, j'ai une autre question par rapport à ça. Est-ce que tu retrouves la personne qui écrit aujourd'hui, donc toi, est-ce que tu retrouves la personne qui écrivait ? Est-ce qu'il y a une espèce de cohérence avec ce que tu étais enfant et adolescente quand tu écrivais ? Est-ce que le plaisir d'écrire, est-ce que le fait d'écrire soit quand même quelque chose qui te relie à toi-même ? Et qu'il y a une espèce de... Oui, il y a une espèce de cohérence de revenir à cette écriture aujourd'hui. Ou est-ce que simplement, tu te dis, c'est rigolo, comment l'écriture rentre dans ma vie, ressort, revient ?
Alors, il y a une cohérence, clairement, parce que je me reconnecte à moi, ça c'est sûr. C'est vraiment des moments où je me retrouve, où vraiment, voilà, je me rejoins. Et comme je le disais tout à l'heure, je rejoins Anna aussi d'une certaine façon. Après moi, mon énorme sujet, c'est le travail. C'est-à-dire que j'ai toujours écrit enfant, adolescente, et puis même au moment de la mort d'Anna. D'un seul jet, voilà. Les mots me viennent assez naturellement. Mais je pense que de ces mots, tout le monde s'en fiche. Ça ne fait pas un ouvrage, ni même un recueil de poésie. C'est-à-dire que j'ai beaucoup écrit pour me faire plaisir et avec moi-même, tant que ça ne soit jamais lu. Là, je suis dans une visée... éditorial, j'en sais rien. Mais oui, avec en tout cas l'objectif que ça soit partagé vraiment, que ça devienne un objet, que cet écrit devienne un objet livre. Et donc là, il faut travailler, sinon ça ne ressemble à rien.
Et justement, est-ce que tu peux me parler des... Justement, est-ce que tu peux me parler des facilités ou des difficultés que tu rencontres ? C'est-à-dire, c'est toujours... L'écriture, c'est toujours... très, très intime. Et est-ce que tu arrives, c'est-à-dire que forcément, on est face à des difficultés où forcément, comme tu dis, parfois, il y a des choses qui sortent comme ça tout seul. Mais est-ce que le fait que comme c'est aussi un sujet très intime, très personnel, est-ce qu'il y a des difficultés qui sont subvenues non seulement dans l'écriture, mais peut-être aussi dans le fait d'entendre des choses sur ton écriture ? Est-ce que ça, c'est quelque chose qui est difficile ou est-ce que tu arrives aujourd'hui à te dire « Ok, le sujet c'est ça, mais je dois réécrire tel passage » ? Tu vois ce que je veux dire ? Est-ce que tu arrives à avoir le recul quand même, la distance nécessaire pour ne pas le prendre personnellement et aller vers un objet livre, justement ?
Alors, le prendre personnellement, non.
D'accord.
Ça, c'est très clair. Les facilités, comme j'ai dit, je pense que j'ai... Une espèce de relation assez aisée avec les mots. Tu peux jouer avec. Je pense que j'ai quelque chose d'assez naturel avec les mots et que ça a toujours été mon moyen d'expression privilégiée. Les difficultés, c'est vraiment le travail. Je manque de discipline, je manque de rigueur. Je sais, en plus pour avoir suivi plein d'ateliers, avoir écouté tellement de post-cats. de podcast. Enfin, je sais ce qu'il faudrait faire. Je sais qu'il faut m'obliger à une discipline. Je sais qu'il faut instaurer ça dans mon emploi du temps.
Quand tu parles de discipline, tu parles de réécriture, par exemple. Oui. De relire,
de... Et puis de prévoir du temps. Oui. Bien sûr que j'ai une vie professionnelle très pleine, mais je pourrais tout à fait bref, bloquer trois demi-journées, je pourrais me lever le matin à 5h du matin.
Et est-ce que tu as le sentiment que tu ne le fais pas ?
Ah, je ne le fais pas du tout.
Tu ne le fais pas du tout. Et alors, est-ce que tu sais pourquoi tu ne le fais pas ?
Alors, je pense qu'il y a vraiment quelque chose là, mais c'est actuel, c'est vraiment là. Il y a quelque chose où, bon, j'ai un peu évoqué tout à l'heure les thèmes de cet ouvrage, mais je ne suis pas sûre que ce soit encore très clair.
D'accord, oui. Il y a peut-être encore besoin de maturation, de savoir vraiment ce que tu veux dire et pourquoi.
Exactement, il y a trop de thématiques. Parce que je t'ai passé le fait que je voudrais aussi interroger à travers cet ouvrage l'identité maternelle.
Oui, parce que moi j'entends plein de sujets dans ce que tu es en train de me dire.
Beaucoup trop de sujets.
Mais c'est mieux, c'est bien. Il vaut mieux en avoir trop. Et puis, tu peux faire trois livres en fait. C'est ça.
J'avais échangé avec quelqu'un de l'école Lémo qui m'avait dit, mais en fait, tu as trois, quatre bouquins devant toi.
Bien.
Mais il y a beaucoup trop de thématiques Et donc je suis Enfin c'est très compliqué là Je ne sais pas du tout où je vais Et en plus je me rends compte que j'explore Différents styles, différents registres Et que je n'ai même pas trouvé Ma voie pour cet ouvrage Est-ce que c'est un ouvrage plutôt Effectivement plutôt poétique Où je parle d'Anna et blablabla Ou est-ce que c'est un témoignage Plutôt documentaire Sur qu'est-ce que c'est de mener un procès Anna est morte d'un choc anaphylactique, c'est-à-dire d'une allergie alimentaire, dans un restaurant. Est-ce que c'est l'histoire de ce procès ? Donc ça serait un ouvrage beaucoup plus documenté, pas du tout de la fiction. Je ne sais pas.
Ça va venir, ça va venir. J'espère. Oui, il faut prendre le temps. Oui, oui, oui, il faut prendre le temps. D'ailleurs, rien n'empêche, en réalité, d'écrire un peu comme ça, à droite, à gauche. Et puis, tu vas voir ce qui va aussi venir petit à petit. Et puis, les choses vont avoir une évidence. Et effectivement, tu vas peut-être écrire deux ou trois livres. Non, mais...
Pourquoi pas ?
Ça prend du temps. Oui. C'est clair que ça prend du temps. En fait, on ne se rend pas bien compte. On croit toujours... Parce qu'en plus, on sait que les écrivains, ils sortent un livre par an. Mais en réalité, il y a des livres, ils ont mis 20 ans. On apprend après que ça fait 20 ans qu'il est pensé en réalité.
Bien sûr.
Non, non, il faut continuer, tout simplement.
Merci.
Non, non, mais... Je voulais savoir si tu... Alors, quand même, je voudrais, avant de te poser la dernière question... Je voudrais savoir si... Alors, tu me dis que tu as du mal à trouver une certaine discipline, mais est-ce que tu prends du plaisir quand même ? C'est-à-dire, est-ce que quand tu écris, au-delà du fait que ça te fait du bien, est-ce que tu aimes bien ? Est-ce que tu te dis quand même que tu vas aller au bout ? Est-ce que...
Alors, c'est un plaisir. C'est un plaisir immense. Et quand... j'ai suivi les ateliers et que j'ai retravaillé, mais j'étais très, très heureuse. Vraiment heureuse. Et peu importe, même si après, il faut encore retravailler, retravailler. Non, c'est un plaisir énorme.
Parce que tu as retrouvé l'écriture aussi,
quand même. Oui, tout à fait. Là, je ne suis pas dans le plaisir, parce que je m'en veux, et je ne suis pas très fière de moi de ne pas me donner le temps. Je pense qu'il y a une question presque d'autorisation. J'ai longtemps dit, et là, je me réentends le dire, mais qui je suis, moi, pour... écrire un livre sur cette histoire. Donc il y a une histoire d'autorisation. Et puis bon, on n'est pas là pour parler de mon père, mais moi j'ai un papa écrivain, qui était reconnu dans son pays, bon voilà, donc il y a un peu une lignée autour de ça. Et mon père me disait toujours, un jour tu écriras. Sauf qu'il ne savait pas bien sûr que si un jour j'écrirais, c'est d'écrire autour de la mort de ma fille. Mais donc voilà, donc là il y a quelque chose qui n'est pas très agréable, mais je sais vraiment ce qu'il faut que je fasse en plus. Mais je suis la reine de la procrastination.
Et puis là, tu écris ça, mais tu ne sais pas si c'est ça que tu écriras. Exactement. Ça se trouve, tu vas avoir besoin d'avoir écrit tout ça pour aller complètement vers autre chose.
Exactement. Et quelqu'un me l'a dit il y a peu de temps. En fait, tu écriras peut-être complètement autre chose.
C'est ça qui est assez fascinant quand même avec l'écriture et surtout avec le temps. Parce qu'au final, on croit que ce n'est pas parce qu'on travaille. Enfin, on croit que parce qu'on ne travaille pas. il ne se passe rien, mais en réalité, ça se travaille à l'intérieur. Il y a une maturation qui se fait et les choses vont se révéler au fur et à mesure. C'est long l'écriture. C'est un parcours intérieur qui est super long. Je voulais savoir si tu voulais lire un extrait de ce que tu veux, mais de quelque chose que tu as écrit, que ce soit ce que tu sois en train d'écrire ou quelque chose même, quand tu as écrit à 8 ans. Mais voilà, je voulais savoir si tu voulais nous partager ça. Oui ?
Oui. On y va. Merci. Remettre le temps dans une chronologie. Il doit forcément y en avoir une. Une chronologie de ce jour-là, de celle des jours d'avant. Après, je ne sais pas. Ce qui va se passer demain, je ne sais pas. Ma fille est morte il y a une semaine. Cela vient d'arriver. Aujourd'hui, on va l'enfermer dans une boîte. Je vais assister à ça. C'est prévu comme ça aujourd'hui. Il y a des officiers des pompes funèbres qui vont pouvoir faire ça, l'enfermer. Je ne comprends rien. Qu'est-ce qui se passe ? Je me le répète en boucle. C'est pas vrai. Je me le répète aussi. En vrai, j'ai compris. Je sais. Pas revenir en arrière. Impossible. Anna est morte. Parvenir à se l'approprier. Enfermer ma vérité. Une certitude, probablement. J'arrive à la maison des pompes funèbres. Ma fille attend là depuis une semaine. Depuis une semaine, elle est toute seule là, dans cette laideur de la mort, dans la laideur de ce lieu. Maintenant, aujourd'hui, il y a du monde. Plein de monde qui est là pour ce jour-là, le jour dont son enterrement. Cela va arriver tout à l'heure, quand la boîte sera fermée. On va la mettre dans la terre, dans le noir. Le trou dans le cimetière est creusé déjà. Je l'ai vu, et voulu le voir. C'était hier, peut-être. J'arrive, on me regarde, tous me regardent. J'ai peur. Je les connais. Je les connais depuis longtemps. Je ne reconnais personne. Je dois parler, je crois, dire des mots, lesquels ? Je ne sais pas les mots. Les mots qu'il faudrait dire peut-être ce jour-là, je les ignore. Ne les ai pas appris, n'en ai pas la connaissance. Ce sont des mots qui n'existent pas. Ils ne sont pas des mots dissibles. Alors je ne dis rien, je crois. Tout de suite se taire. Marcher vers l'intérieur du lieu, ne plus hésiter, ne pas attendre. J'entre dans la pièce où Anna est allongée, dans un cercueil. Tenir debout, regarder quand même, regarder son corps dans le cercueil, le toucher, vouloir le bercer, poser la bouche sur le visage, caresser les mains, s'assurer que tout est en place, que tout est bien, les objets autour d'elle, les vêtements, le linceul, s'assurer qu'il n'y a plus rien d'autre à faire. Juste déposer un livre, le dernier lu ensemble, lui relire un peu des phrases de ce livre-là, la rassurer, ne pas hurler, soit digne. Pouvoir faire encore cela, préserver la dignité. Anna n'est pas là dans cette chambre. chambre mortuaire entre ces quatre planches où tout à l'heure on va l'emburer. Elle n'a rien à faire ici maintenant. Elle est au bord de la piscine en vacances avec ses amis. Elle est en train de les faire rire, c'est sûr. Tout à l'heure, elle m'appellera pour me raconter les petites choses de la journée, c'est sûr. Se surprendre à l'en supplier Distorsion de la réalité Ne pas l'imaginer vivante Ne pas penser aux derniers mots prononcés Par elle à moi prononcés Absoudre les images, celles qui viennent En serrent le corps, le lamine Son premier regard, le premier jour de sa vie Elle sur mon ventre ce jour-là Maintenant achevé Mon corps disloqué, écartelé, fragmenté La peau à vif Poignard au ralenti qui découpe la chair À quoi ressemble cette douleur ? Je me recule pour laisser chacun à son tour entrer, je me disparais. Beaucoup de monde défilait. Juste le bruit du silence que j'entends, des hoquets, des sanglots parfois. On me parle, on me touche aussi, je crois, je ne sais pas. Plus tard, peut-être, je me rappellerai. Je tiens debout, toujours. Après ce qui est prévu a lieu, les officiers des pompes funèbres entrent à leur tour. J'assiste à cela les yeux ouverts. Je ne suis pas sûre qu'à ce moment-là je pleure. Je ne crie pas, toujours pas. toujours je suis debout, je tiens debout, je pense à la dignité, comment je fais pour penser à la dignité, m'y accrocher, j'observe l'étrange chorégraphie des officiers des pompes funèbres, tout est anticipé, chronométré, ils visent son cercueil en lenteur, en miroir, en rythme, ensemble, ils sont très forts, calmes, ne peut m'empêcher de penser cela, Ils sont concentrés dans la justesse de leur gestuel, de vrais danseurs synchronisés. patronisés, tranquilles. Ils ne peuvent qu'être tranquilles à ce moment-là. On n'enferme pas impunément ma fille de 21 ans qui vient de mourir. Je dois leur demander d'interrompre ce balai. Je devrais y parvenir, leur demander de cesser cela. Je ne dis rien. Ils font ce qu'ils ont à faire à ce moment-là. Ensuite, ils portent son cercueil, le mettent dans le corbillard. Je les suis. Je ne fais rien d'autre que les suivre. Je ne sais pas quoi faire d'autre ni où aller. Il n'y a pas un ailleurs où aller. Je ne sais pas quoi faire d'autre que m'installer dans ce corbillard, à côté du cercueil de ma fille. Je n'ai rien à leur dire. Ils ne parlent pas. De quoi pourrions-nous parler ? Je ne cesse de me le demander. Le convoi funéraire est en place, il démarre. Je regarde la route défiler vers le jardin qui accueillera la cérémonie funéraire avant le cimetière. Je ne fais que cela. Regardez la route. Je suis absente. De cette absence, je me souviens.
Merci beaucoup Nadia d'avoir partagé cet extrait
Merci Clarence
Eh bien, ce podcast va s'achever je te souhaite une belle continuation Merci et j'espère que quoi qu'il arrive ce retour à l'écriture continue à t'accompagner et deviennent peut-être quelque chose. En tout cas, merci beaucoup. Merci d'avoir partagé ce moment ensemble.
Merci à toi. Au revoir.
Merci. À très bientôt sur le podcast Isadora BC. À bientôt. Au revoir.
Description
Clarence Massiani reçoit Nadia pour parler écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue sur le podcast Isadora Bessé, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani et le poète, c'est Régis Dequet. Mais aujourd'hui, Régis est absent et j'ai le plaisir d'accueillir Nadia, Nadia Karaboulkov, c'est ça ?
Oui.
Bonjour Nadia, ça va bien ?
Bonjour Clarence, ça va et vous ?
Oui, ça va. Dis-moi Nadia, est-ce que tu voudrais bien... te présenter. Je te laisse complètement libre de la présentation de toi-même.
Alors, j'ai 60 ans, je suis consultante coach en accompagnement professionnel. Avant, j'ai eu un parcours universitaire littéraire et une première partie de carrière où j'ai été enseignante en lycée professionnel en lettres, histoire, géographie. J'étais également à l'époque professeure du théâtre et professeure des professeurs nouvellement certifiés et puis je me suis réorientée quand j'avais une trentaine d'années.
D'accord. Et tu t'es réorientée ?
Vers ce métier que je fais depuis plus de 25 ans, je crois, à peu près, oui. D'accord. Autour de 25 ans, en tout cas, de l'accompagnement professionnel. J'accompagne des personnes en situation de licenciement, des personnes en bilan de compétences, des personnes qui ont besoin d'être accompagnées en coaching professionnel.
D'accord. Merci beaucoup. Alors ce qui m'intéressait aujourd'hui pour notre rencontre, c'était surtout le fait que tu m'as dit un jour que... Alors je crois que tu m'avais dit que tu avais commencé à écrire ou que tu voulais écrire. Et j'avais envie qu'on parle de ça, de cette envie d'écrire. Je voulais savoir d'abord où est-ce que tu en étais, comment est-ce que... Comment t'es venue cette idée ? Qu'est-ce qui a fait ça ? Est-ce que tu t'es mis à écrire ? Depuis combien de temps ? Qu'est-ce que ça te fait d'écrire ? Je voulais que tu me parles déjà un peu de, simplement, au-delà de ce que tu écris, de cette chose-là. Quelle est cette rencontre-là ?
Alors, en fait, j'ai toujours écrit, depuis que je suis toute petite, petite. Je crois que mon premier cahier, j'avais 8 ans. Il doit être quelque part, encore, dans un carton. Puis j'ai eu très très longtemps, toujours, toujours des cahiers sur moi. Toujours. Et puis, on en reparlera, puisque c'est lié à ce projet d'écriture qui m'habite aujourd'hui. Quand ma fille est morte en 2019, j'écrivais plus depuis plusieurs années. Voilà. Il n'y a aucune raison. Juste, je n'écrivais plus particulièrement. Et puis quand ma fille est morte, j'ai su très très vite que j'écrirais. Voilà, j'ai très vite écrit après sa mort. On en reparlera peut-être. Ce que ça me fait d'écrire, c'est assez libératoire. C'est assez exutoire, en fait. Pour aller même plus loin, écrire par et pour Anna, qui est le prénom de ma fille, est aussi une façon de... continuer à la rencontrer, à habiter avec elle d'une certaine façon à travers les mots.
D'accord. Je voudrais revenir à avant Anna. Est-ce que tu peux me dire ce que tu écrivais ? Est-ce que c'était des journaux ou est-ce que c'était des pensées ?
C'était un mélange de pensées, je pense, de pensées Poésie, forme de journal intime. Je ne les ai jamais relues jusqu'alors.
Mais tu les as gardées ?
Je les ai gardées, tout à fait. Mais j'habite une maison qui est encore en travaux. Et donc, je sais qu'ils sont quelque part dans un carton. Le jour où je sortirai, je ressortirai les cartons. Je pense que là, aujourd'hui, maintenant, j'ai envie de les relire. Mais j'ai tout gardé, tout à fait. J'ai tout gardé.
Et donc, tu me dis que tu as démarré vers 8 ans.
Oui, ça.
Et tu as écrit jusqu'à quand ? Est-ce que l'adolescent, tu écrivais ?
Tout le temps.
Tout le temps, d'accord.
Tous les jours, tout le temps.
Ah oui, donc tu dois avoir un certain nombre de carnets.
Je pense une bonne vingtaine, trentaine, je ne sais pas exactement.
D'accord, et tu ne les as jamais relus depuis ?
Non, jamais.
Ah, ça va être... Oui,
ça va être drôle.
Oui, oui, oui, oui. Tu n'as jamais eu la curiosité d'aller voir ce que là ?
Alors, je te dis ça, peut-être que j'exagère un petit peu.
peut-être que dans... Est-ce que tu te souviens de moments où tu écrivais à dos ?
Oui, j'écrivais dans les cafés, beaucoup.
D'accord. Et est-ce que tu le faisais lire à des copains et des copines ?
Jamais. Peut-être mes amoureux de l'époque, peut-être, et quand ça les concernait.
Et donc, depuis maintenant, tu me dis qu'après Anna, tu t'es mise à écrire. C'est-à-dire, comment tu as repris toute seule tes carnets ? Ou est-ce que tu t'es fait accompagner ?
Dans un premier temps, j'ai écrit de façon vraiment presque en écriture automatique. Je n'écrivais plus sur des cahiers. Maintenant, de nouveau, j'ai repris des cahiers. Mais il y avait des moments où il fallait que je jette des mots. sans savoir du tout où j'allais. C'était juste vraiment un besoin de libérer cette douleur par les mots. En parallèle, je suis formée à une approche qui s'appelle les pratiques narratives. Et donc j'ai demandé à plusieurs et à nombreux de nos proches d'écrire des témoignages sur Anna, basés sur un questionnement sur l'approche narrative que j'ai recueilli. Et du coup, j'ai perdu ta question. Pardon.
En fait, je te demandais comment est-ce que tu es revenue à l'écriture ? C'est-à-dire, donc après Anna, tu viens de me le dire, mais est-ce que tu te fais accompagner ? Est-ce que tu fais des atouts d'écriture ?
Oui, donc voilà, je me suis un peu perdue dans l'écriture toute seule, avec vraiment en même temps le projet d'en faire quelque chose. Je ne savais pas trop où j'allais, mais je voulais vraiment faire quelque chose de cette traversée. Terrible. L'année dernière, j'ai suivi plusieurs ateliers à l'école Les Mots. Plutôt tous orientés autour de s'écrire, parler de soi. On pourrait appeler autofiction. On peut y mettre plein de mots. Et autour de la structuration aussi, comment initier un roman et le structurer. J'ai suivi quatre ateliers, je crois. Un peu près. Est-ce que ça t'a plu ?
De suivre les ateliers, c'est-à-dire que, je ne te demande pas qui, quoi, comment, mais est-ce que tout d'un coup, le fait d'être toute seule avec ton écriture, et puis là, être avec d'autres gens, écrire en collectif, et puis aussi, je pense qu'il y a un temps où vous devez vous lire les textes, est-ce que ça, c'est quelque chose qui a été différent pour toi par rapport à ce que toi, tu vis quand tu écris toute seule ?
Alors, c'était très différent parce que je venais vraiment y chercher le cadre. Donc ça, j'ai trouvé le cadre, selon les ateliers, peu importe, menés par des écrivains divers et variés, peu importe. Je n'ai pas forcément trouvé à chaque fois ce que je venais y chercher. J'ai un atelier particulièrement qui m'a vraiment permis d'avancer, qui est un atelier mené par Philippe Villain, qui est écrivain, et qui était un atelier mené par correspondance, avec des consignes envoyées chaque semaine. Et puis un retour qu'il faisait par écrit. Et ça, finalement, je me suis rendu compte que j'y trouvais la structuration, j'y trouvais la confrontation, j'y trouvais la solitude et le cadre dont j'avais besoin. Mais je n'avais pas forcément besoin, en tout cas à ce moment-là, de partager avec... C'est toujours très, très plaisant. Je n'avais pas forcément besoin de partager avec des inconnus.
Ça veut dire que ce que tu es en train de me dire, c'est est-ce que tu es en train de me dire que ce que tu as vécu dans ces ateliers, tu as aimé, mais ce n'est pas quelque chose qui t'était spécialement plaisant de partager avec d'autres.
Exactement.
D'accord, ce n'était pas ça, tu ne peux pas encore être avec ta propre écriture.
Oui, tout à fait.
Et le fait d'écouter les autres ?
Oui, c'est toujours intéressant. Après, que dire ? Parfois, c'est toujours intéressant, mais ça ne m'intéressait pas toujours. Oui,
je comprends. Et est-ce que quand même, est-ce que le fait de lire ce que tu écrivais aux autres, est-ce que ça a eu un impact sur toi ? Ou est-ce que tu lisais en te... Est-ce que tu faisais attention à ce qu'on te disait ou est-ce que non ? En fait, est-ce que ça t'a aidé de lire à d'autres ou pas spécialement ?
Si, énormément.
D'accord.
Si, franchement, énormément. Quel que soit le retour, qu'il soit critique, positif, négatif, entre guillemets, ça n'arrive pas vraiment finalement dans les ateliers où il y a beaucoup de gentillesse et de générosité. Mais si, ça m'a aidé. Et ça m'a aidé particulièrement aussi d'avoir le retour des animateurs qui sont tous des écrivains plutôt confirmés.
Oui, d'accord.
Si, si, ça m'a aidé et ça m'a, à ce moment-là, en tout cas, plutôt porté. Et j'ai passé, voilà, le printemps et l'été 2024 à me dire j'y vais, j'y vais, j'y vais.
D'accord, donc c'était quand même quelque chose, c'est-à-dire que tu es passé d'écrire avec... après un acte à douleur, à je partage autre chose avec d'autres gens pour ensuite revenir peut-être à quelque chose de plus personnel, mais avec l'idée de, cette fois-ci, en faire quelque chose, une forme de structuration de ce quelque chose. Est-ce que tu penses que tu vas reprendre d'autres ateliers ou est-ce que...
Alors, je ne sais pas du tout. Là, j'ai choisi d'être accompagnée en individuel, on va dire, à Philippe Villain. avec qui j'avais déjà suivi un atelier, qui est un accompagnement de nouveau par correspondance, qui s'organise sur 8-10 sessions, je crois. Je suis à la moitié du guet. On en reparlera peut-être après.
On peut en parler. J'aimerais bien savoir, avec Philippe, c'est le projet d'écriture que tu as.
Oui.
Est-ce que tu veux bien en parler ?
Oui, je peux en parler, tout à fait. Le projet d'écriture, si tant est que je puisse un peu le pitcher, c'est vraiment... Non, mais tu vois, je ne suis pas sûre de savoir le pitcher.
Alors, est-ce que... Je n'ai pas besoin que tu me le pitches, mais est-ce que... Comment dire ? Est-ce que tu sais un peu de quoi tu aimerais parler ? Ou est-ce que... Pourquoi est-ce que c'est important pour toi que ça passe ? par l'idée que d'autres puissent le lire ?
Alors, c'est là où peut-être je ne sais pas encore en parler, parce que j'étais vraiment partie au départ sur cette écriture initiale, un peu de jeter les mots, et qui s'apparentait, on va dire, à un journal complètement déstructuré en termes de cohérence narrative et chronologique. Écrit donc dans lequel je souhaitais mêler les témoignages. certains témoignages que j'avais recueillis, dans lesquels, textes, enfin, pardon, écrits, dans lesquels je souhaitais insérer aussi des écrits d'Anna, puisqu'Anna écrivait, et puis aussi des toiles et des photographies, puisqu'elle peignait et elle photographiait. Bref, il y avait déjà beaucoup, beaucoup de matière. Il se trouve qu'en parallèle, nous avons intenté une action en justice. suite à la mort d'Anna, pour les raisons qui ont fait qu'elle est morte. Nous avons, si on peut le dire ainsi, gagné ce procès cette année. Nous avons remporté ce procès. Et qu'aujourd'hui, finalement, l'écrit s'orienterait peut-être plus sur le témoignage de ce procès. D'accord. Et qui viendrait en même temps, bien sûr, parler d'Anna, qui était l'idée de départ, la source, lui rendre hommage. Et puis, à travers l'écriture, transcender d'une certaine façon la douleur et mettre des mots sur l'abominable.
Donc, ce qui est intéressant, c'est que... Est-ce que tu dirais que par rapport à ses premiers écrits, avant que ce soit structuré avec quelqu'un, il y avait tout ça et que quand même, le fait que tu sois accompagné et qu'il y a le temps aussi, le temps qui... passe, est-ce que tu dirais qu'aujourd'hui, même si tu ne sais pas complètement encore ce que ça va être, il y a quelque chose qui se dessine de plus en plus précis. Est-ce que tout d'un coup, cette écriture devient quelque part une forme de livre plus que simplement un exutoire pour toi de...
Oui, clairement. Et puis en plus... Pour avoir échangé notamment avec mon psy, qui connaît bien le sujet, puisqu'il accompagne beaucoup des parents dans le deuil, il y a pléthore d'ouvrages sur des parents qui ont écrit sur la mort de leur enfant. Et je ne suis pas sûre finalement d'avoir envie d'écrire ça aujourd'hui. Et puis, je vais peut-être être un peu cash, je pense que ça n'intéresse personne la mort d'Anna. Et c'est bien normal.
En revanche, j'ai une autre question par rapport à ça. Est-ce que tu retrouves la personne qui écrit aujourd'hui, donc toi, est-ce que tu retrouves la personne qui écrivait ? Est-ce qu'il y a une espèce de cohérence avec ce que tu étais enfant et adolescente quand tu écrivais ? Est-ce que le plaisir d'écrire, est-ce que le fait d'écrire soit quand même quelque chose qui te relie à toi-même ? Et qu'il y a une espèce de... Oui, il y a une espèce de cohérence de revenir à cette écriture aujourd'hui. Ou est-ce que simplement, tu te dis, c'est rigolo, comment l'écriture rentre dans ma vie, ressort, revient ?
Alors, il y a une cohérence, clairement, parce que je me reconnecte à moi, ça c'est sûr. C'est vraiment des moments où je me retrouve, où vraiment, voilà, je me rejoins. Et comme je le disais tout à l'heure, je rejoins Anna aussi d'une certaine façon. Après moi, mon énorme sujet, c'est le travail. C'est-à-dire que j'ai toujours écrit enfant, adolescente, et puis même au moment de la mort d'Anna. D'un seul jet, voilà. Les mots me viennent assez naturellement. Mais je pense que de ces mots, tout le monde s'en fiche. Ça ne fait pas un ouvrage, ni même un recueil de poésie. C'est-à-dire que j'ai beaucoup écrit pour me faire plaisir et avec moi-même, tant que ça ne soit jamais lu. Là, je suis dans une visée... éditorial, j'en sais rien. Mais oui, avec en tout cas l'objectif que ça soit partagé vraiment, que ça devienne un objet, que cet écrit devienne un objet livre. Et donc là, il faut travailler, sinon ça ne ressemble à rien.
Et justement, est-ce que tu peux me parler des... Justement, est-ce que tu peux me parler des facilités ou des difficultés que tu rencontres ? C'est-à-dire, c'est toujours... L'écriture, c'est toujours... très, très intime. Et est-ce que tu arrives, c'est-à-dire que forcément, on est face à des difficultés où forcément, comme tu dis, parfois, il y a des choses qui sortent comme ça tout seul. Mais est-ce que le fait que comme c'est aussi un sujet très intime, très personnel, est-ce qu'il y a des difficultés qui sont subvenues non seulement dans l'écriture, mais peut-être aussi dans le fait d'entendre des choses sur ton écriture ? Est-ce que ça, c'est quelque chose qui est difficile ou est-ce que tu arrives aujourd'hui à te dire « Ok, le sujet c'est ça, mais je dois réécrire tel passage » ? Tu vois ce que je veux dire ? Est-ce que tu arrives à avoir le recul quand même, la distance nécessaire pour ne pas le prendre personnellement et aller vers un objet livre, justement ?
Alors, le prendre personnellement, non.
D'accord.
Ça, c'est très clair. Les facilités, comme j'ai dit, je pense que j'ai... Une espèce de relation assez aisée avec les mots. Tu peux jouer avec. Je pense que j'ai quelque chose d'assez naturel avec les mots et que ça a toujours été mon moyen d'expression privilégiée. Les difficultés, c'est vraiment le travail. Je manque de discipline, je manque de rigueur. Je sais, en plus pour avoir suivi plein d'ateliers, avoir écouté tellement de post-cats. de podcast. Enfin, je sais ce qu'il faudrait faire. Je sais qu'il faut m'obliger à une discipline. Je sais qu'il faut instaurer ça dans mon emploi du temps.
Quand tu parles de discipline, tu parles de réécriture, par exemple. Oui. De relire,
de... Et puis de prévoir du temps. Oui. Bien sûr que j'ai une vie professionnelle très pleine, mais je pourrais tout à fait bref, bloquer trois demi-journées, je pourrais me lever le matin à 5h du matin.
Et est-ce que tu as le sentiment que tu ne le fais pas ?
Ah, je ne le fais pas du tout.
Tu ne le fais pas du tout. Et alors, est-ce que tu sais pourquoi tu ne le fais pas ?
Alors, je pense qu'il y a vraiment quelque chose là, mais c'est actuel, c'est vraiment là. Il y a quelque chose où, bon, j'ai un peu évoqué tout à l'heure les thèmes de cet ouvrage, mais je ne suis pas sûre que ce soit encore très clair.
D'accord, oui. Il y a peut-être encore besoin de maturation, de savoir vraiment ce que tu veux dire et pourquoi.
Exactement, il y a trop de thématiques. Parce que je t'ai passé le fait que je voudrais aussi interroger à travers cet ouvrage l'identité maternelle.
Oui, parce que moi j'entends plein de sujets dans ce que tu es en train de me dire.
Beaucoup trop de sujets.
Mais c'est mieux, c'est bien. Il vaut mieux en avoir trop. Et puis, tu peux faire trois livres en fait. C'est ça.
J'avais échangé avec quelqu'un de l'école Lémo qui m'avait dit, mais en fait, tu as trois, quatre bouquins devant toi.
Bien.
Mais il y a beaucoup trop de thématiques Et donc je suis Enfin c'est très compliqué là Je ne sais pas du tout où je vais Et en plus je me rends compte que j'explore Différents styles, différents registres Et que je n'ai même pas trouvé Ma voie pour cet ouvrage Est-ce que c'est un ouvrage plutôt Effectivement plutôt poétique Où je parle d'Anna et blablabla Ou est-ce que c'est un témoignage Plutôt documentaire Sur qu'est-ce que c'est de mener un procès Anna est morte d'un choc anaphylactique, c'est-à-dire d'une allergie alimentaire, dans un restaurant. Est-ce que c'est l'histoire de ce procès ? Donc ça serait un ouvrage beaucoup plus documenté, pas du tout de la fiction. Je ne sais pas.
Ça va venir, ça va venir. J'espère. Oui, il faut prendre le temps. Oui, oui, oui, il faut prendre le temps. D'ailleurs, rien n'empêche, en réalité, d'écrire un peu comme ça, à droite, à gauche. Et puis, tu vas voir ce qui va aussi venir petit à petit. Et puis, les choses vont avoir une évidence. Et effectivement, tu vas peut-être écrire deux ou trois livres. Non, mais...
Pourquoi pas ?
Ça prend du temps. Oui. C'est clair que ça prend du temps. En fait, on ne se rend pas bien compte. On croit toujours... Parce qu'en plus, on sait que les écrivains, ils sortent un livre par an. Mais en réalité, il y a des livres, ils ont mis 20 ans. On apprend après que ça fait 20 ans qu'il est pensé en réalité.
Bien sûr.
Non, non, il faut continuer, tout simplement.
Merci.
Non, non, mais... Je voulais savoir si tu... Alors, quand même, je voudrais, avant de te poser la dernière question... Je voudrais savoir si... Alors, tu me dis que tu as du mal à trouver une certaine discipline, mais est-ce que tu prends du plaisir quand même ? C'est-à-dire, est-ce que quand tu écris, au-delà du fait que ça te fait du bien, est-ce que tu aimes bien ? Est-ce que tu te dis quand même que tu vas aller au bout ? Est-ce que...
Alors, c'est un plaisir. C'est un plaisir immense. Et quand... j'ai suivi les ateliers et que j'ai retravaillé, mais j'étais très, très heureuse. Vraiment heureuse. Et peu importe, même si après, il faut encore retravailler, retravailler. Non, c'est un plaisir énorme.
Parce que tu as retrouvé l'écriture aussi,
quand même. Oui, tout à fait. Là, je ne suis pas dans le plaisir, parce que je m'en veux, et je ne suis pas très fière de moi de ne pas me donner le temps. Je pense qu'il y a une question presque d'autorisation. J'ai longtemps dit, et là, je me réentends le dire, mais qui je suis, moi, pour... écrire un livre sur cette histoire. Donc il y a une histoire d'autorisation. Et puis bon, on n'est pas là pour parler de mon père, mais moi j'ai un papa écrivain, qui était reconnu dans son pays, bon voilà, donc il y a un peu une lignée autour de ça. Et mon père me disait toujours, un jour tu écriras. Sauf qu'il ne savait pas bien sûr que si un jour j'écrirais, c'est d'écrire autour de la mort de ma fille. Mais donc voilà, donc là il y a quelque chose qui n'est pas très agréable, mais je sais vraiment ce qu'il faut que je fasse en plus. Mais je suis la reine de la procrastination.
Et puis là, tu écris ça, mais tu ne sais pas si c'est ça que tu écriras. Exactement. Ça se trouve, tu vas avoir besoin d'avoir écrit tout ça pour aller complètement vers autre chose.
Exactement. Et quelqu'un me l'a dit il y a peu de temps. En fait, tu écriras peut-être complètement autre chose.
C'est ça qui est assez fascinant quand même avec l'écriture et surtout avec le temps. Parce qu'au final, on croit que ce n'est pas parce qu'on travaille. Enfin, on croit que parce qu'on ne travaille pas. il ne se passe rien, mais en réalité, ça se travaille à l'intérieur. Il y a une maturation qui se fait et les choses vont se révéler au fur et à mesure. C'est long l'écriture. C'est un parcours intérieur qui est super long. Je voulais savoir si tu voulais lire un extrait de ce que tu veux, mais de quelque chose que tu as écrit, que ce soit ce que tu sois en train d'écrire ou quelque chose même, quand tu as écrit à 8 ans. Mais voilà, je voulais savoir si tu voulais nous partager ça. Oui ?
Oui. On y va. Merci. Remettre le temps dans une chronologie. Il doit forcément y en avoir une. Une chronologie de ce jour-là, de celle des jours d'avant. Après, je ne sais pas. Ce qui va se passer demain, je ne sais pas. Ma fille est morte il y a une semaine. Cela vient d'arriver. Aujourd'hui, on va l'enfermer dans une boîte. Je vais assister à ça. C'est prévu comme ça aujourd'hui. Il y a des officiers des pompes funèbres qui vont pouvoir faire ça, l'enfermer. Je ne comprends rien. Qu'est-ce qui se passe ? Je me le répète en boucle. C'est pas vrai. Je me le répète aussi. En vrai, j'ai compris. Je sais. Pas revenir en arrière. Impossible. Anna est morte. Parvenir à se l'approprier. Enfermer ma vérité. Une certitude, probablement. J'arrive à la maison des pompes funèbres. Ma fille attend là depuis une semaine. Depuis une semaine, elle est toute seule là, dans cette laideur de la mort, dans la laideur de ce lieu. Maintenant, aujourd'hui, il y a du monde. Plein de monde qui est là pour ce jour-là, le jour dont son enterrement. Cela va arriver tout à l'heure, quand la boîte sera fermée. On va la mettre dans la terre, dans le noir. Le trou dans le cimetière est creusé déjà. Je l'ai vu, et voulu le voir. C'était hier, peut-être. J'arrive, on me regarde, tous me regardent. J'ai peur. Je les connais. Je les connais depuis longtemps. Je ne reconnais personne. Je dois parler, je crois, dire des mots, lesquels ? Je ne sais pas les mots. Les mots qu'il faudrait dire peut-être ce jour-là, je les ignore. Ne les ai pas appris, n'en ai pas la connaissance. Ce sont des mots qui n'existent pas. Ils ne sont pas des mots dissibles. Alors je ne dis rien, je crois. Tout de suite se taire. Marcher vers l'intérieur du lieu, ne plus hésiter, ne pas attendre. J'entre dans la pièce où Anna est allongée, dans un cercueil. Tenir debout, regarder quand même, regarder son corps dans le cercueil, le toucher, vouloir le bercer, poser la bouche sur le visage, caresser les mains, s'assurer que tout est en place, que tout est bien, les objets autour d'elle, les vêtements, le linceul, s'assurer qu'il n'y a plus rien d'autre à faire. Juste déposer un livre, le dernier lu ensemble, lui relire un peu des phrases de ce livre-là, la rassurer, ne pas hurler, soit digne. Pouvoir faire encore cela, préserver la dignité. Anna n'est pas là dans cette chambre. chambre mortuaire entre ces quatre planches où tout à l'heure on va l'emburer. Elle n'a rien à faire ici maintenant. Elle est au bord de la piscine en vacances avec ses amis. Elle est en train de les faire rire, c'est sûr. Tout à l'heure, elle m'appellera pour me raconter les petites choses de la journée, c'est sûr. Se surprendre à l'en supplier Distorsion de la réalité Ne pas l'imaginer vivante Ne pas penser aux derniers mots prononcés Par elle à moi prononcés Absoudre les images, celles qui viennent En serrent le corps, le lamine Son premier regard, le premier jour de sa vie Elle sur mon ventre ce jour-là Maintenant achevé Mon corps disloqué, écartelé, fragmenté La peau à vif Poignard au ralenti qui découpe la chair À quoi ressemble cette douleur ? Je me recule pour laisser chacun à son tour entrer, je me disparais. Beaucoup de monde défilait. Juste le bruit du silence que j'entends, des hoquets, des sanglots parfois. On me parle, on me touche aussi, je crois, je ne sais pas. Plus tard, peut-être, je me rappellerai. Je tiens debout, toujours. Après ce qui est prévu a lieu, les officiers des pompes funèbres entrent à leur tour. J'assiste à cela les yeux ouverts. Je ne suis pas sûre qu'à ce moment-là je pleure. Je ne crie pas, toujours pas. toujours je suis debout, je tiens debout, je pense à la dignité, comment je fais pour penser à la dignité, m'y accrocher, j'observe l'étrange chorégraphie des officiers des pompes funèbres, tout est anticipé, chronométré, ils visent son cercueil en lenteur, en miroir, en rythme, ensemble, ils sont très forts, calmes, ne peut m'empêcher de penser cela, Ils sont concentrés dans la justesse de leur gestuel, de vrais danseurs synchronisés. patronisés, tranquilles. Ils ne peuvent qu'être tranquilles à ce moment-là. On n'enferme pas impunément ma fille de 21 ans qui vient de mourir. Je dois leur demander d'interrompre ce balai. Je devrais y parvenir, leur demander de cesser cela. Je ne dis rien. Ils font ce qu'ils ont à faire à ce moment-là. Ensuite, ils portent son cercueil, le mettent dans le corbillard. Je les suis. Je ne fais rien d'autre que les suivre. Je ne sais pas quoi faire d'autre ni où aller. Il n'y a pas un ailleurs où aller. Je ne sais pas quoi faire d'autre que m'installer dans ce corbillard, à côté du cercueil de ma fille. Je n'ai rien à leur dire. Ils ne parlent pas. De quoi pourrions-nous parler ? Je ne cesse de me le demander. Le convoi funéraire est en place, il démarre. Je regarde la route défiler vers le jardin qui accueillera la cérémonie funéraire avant le cimetière. Je ne fais que cela. Regardez la route. Je suis absente. De cette absence, je me souviens.
Merci beaucoup Nadia d'avoir partagé cet extrait
Merci Clarence
Eh bien, ce podcast va s'achever je te souhaite une belle continuation Merci et j'espère que quoi qu'il arrive ce retour à l'écriture continue à t'accompagner et deviennent peut-être quelque chose. En tout cas, merci beaucoup. Merci d'avoir partagé ce moment ensemble.
Merci à toi. Au revoir.
Merci. À très bientôt sur le podcast Isadora BC. À bientôt. Au revoir.
Share
Embed
You may also like
Description
Clarence Massiani reçoit Nadia pour parler écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue sur le podcast Isadora Bessé, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani et le poète, c'est Régis Dequet. Mais aujourd'hui, Régis est absent et j'ai le plaisir d'accueillir Nadia, Nadia Karaboulkov, c'est ça ?
Oui.
Bonjour Nadia, ça va bien ?
Bonjour Clarence, ça va et vous ?
Oui, ça va. Dis-moi Nadia, est-ce que tu voudrais bien... te présenter. Je te laisse complètement libre de la présentation de toi-même.
Alors, j'ai 60 ans, je suis consultante coach en accompagnement professionnel. Avant, j'ai eu un parcours universitaire littéraire et une première partie de carrière où j'ai été enseignante en lycée professionnel en lettres, histoire, géographie. J'étais également à l'époque professeure du théâtre et professeure des professeurs nouvellement certifiés et puis je me suis réorientée quand j'avais une trentaine d'années.
D'accord. Et tu t'es réorientée ?
Vers ce métier que je fais depuis plus de 25 ans, je crois, à peu près, oui. D'accord. Autour de 25 ans, en tout cas, de l'accompagnement professionnel. J'accompagne des personnes en situation de licenciement, des personnes en bilan de compétences, des personnes qui ont besoin d'être accompagnées en coaching professionnel.
D'accord. Merci beaucoup. Alors ce qui m'intéressait aujourd'hui pour notre rencontre, c'était surtout le fait que tu m'as dit un jour que... Alors je crois que tu m'avais dit que tu avais commencé à écrire ou que tu voulais écrire. Et j'avais envie qu'on parle de ça, de cette envie d'écrire. Je voulais savoir d'abord où est-ce que tu en étais, comment est-ce que... Comment t'es venue cette idée ? Qu'est-ce qui a fait ça ? Est-ce que tu t'es mis à écrire ? Depuis combien de temps ? Qu'est-ce que ça te fait d'écrire ? Je voulais que tu me parles déjà un peu de, simplement, au-delà de ce que tu écris, de cette chose-là. Quelle est cette rencontre-là ?
Alors, en fait, j'ai toujours écrit, depuis que je suis toute petite, petite. Je crois que mon premier cahier, j'avais 8 ans. Il doit être quelque part, encore, dans un carton. Puis j'ai eu très très longtemps, toujours, toujours des cahiers sur moi. Toujours. Et puis, on en reparlera, puisque c'est lié à ce projet d'écriture qui m'habite aujourd'hui. Quand ma fille est morte en 2019, j'écrivais plus depuis plusieurs années. Voilà. Il n'y a aucune raison. Juste, je n'écrivais plus particulièrement. Et puis quand ma fille est morte, j'ai su très très vite que j'écrirais. Voilà, j'ai très vite écrit après sa mort. On en reparlera peut-être. Ce que ça me fait d'écrire, c'est assez libératoire. C'est assez exutoire, en fait. Pour aller même plus loin, écrire par et pour Anna, qui est le prénom de ma fille, est aussi une façon de... continuer à la rencontrer, à habiter avec elle d'une certaine façon à travers les mots.
D'accord. Je voudrais revenir à avant Anna. Est-ce que tu peux me dire ce que tu écrivais ? Est-ce que c'était des journaux ou est-ce que c'était des pensées ?
C'était un mélange de pensées, je pense, de pensées Poésie, forme de journal intime. Je ne les ai jamais relues jusqu'alors.
Mais tu les as gardées ?
Je les ai gardées, tout à fait. Mais j'habite une maison qui est encore en travaux. Et donc, je sais qu'ils sont quelque part dans un carton. Le jour où je sortirai, je ressortirai les cartons. Je pense que là, aujourd'hui, maintenant, j'ai envie de les relire. Mais j'ai tout gardé, tout à fait. J'ai tout gardé.
Et donc, tu me dis que tu as démarré vers 8 ans.
Oui, ça.
Et tu as écrit jusqu'à quand ? Est-ce que l'adolescent, tu écrivais ?
Tout le temps.
Tout le temps, d'accord.
Tous les jours, tout le temps.
Ah oui, donc tu dois avoir un certain nombre de carnets.
Je pense une bonne vingtaine, trentaine, je ne sais pas exactement.
D'accord, et tu ne les as jamais relus depuis ?
Non, jamais.
Ah, ça va être... Oui,
ça va être drôle.
Oui, oui, oui, oui. Tu n'as jamais eu la curiosité d'aller voir ce que là ?
Alors, je te dis ça, peut-être que j'exagère un petit peu.
peut-être que dans... Est-ce que tu te souviens de moments où tu écrivais à dos ?
Oui, j'écrivais dans les cafés, beaucoup.
D'accord. Et est-ce que tu le faisais lire à des copains et des copines ?
Jamais. Peut-être mes amoureux de l'époque, peut-être, et quand ça les concernait.
Et donc, depuis maintenant, tu me dis qu'après Anna, tu t'es mise à écrire. C'est-à-dire, comment tu as repris toute seule tes carnets ? Ou est-ce que tu t'es fait accompagner ?
Dans un premier temps, j'ai écrit de façon vraiment presque en écriture automatique. Je n'écrivais plus sur des cahiers. Maintenant, de nouveau, j'ai repris des cahiers. Mais il y avait des moments où il fallait que je jette des mots. sans savoir du tout où j'allais. C'était juste vraiment un besoin de libérer cette douleur par les mots. En parallèle, je suis formée à une approche qui s'appelle les pratiques narratives. Et donc j'ai demandé à plusieurs et à nombreux de nos proches d'écrire des témoignages sur Anna, basés sur un questionnement sur l'approche narrative que j'ai recueilli. Et du coup, j'ai perdu ta question. Pardon.
En fait, je te demandais comment est-ce que tu es revenue à l'écriture ? C'est-à-dire, donc après Anna, tu viens de me le dire, mais est-ce que tu te fais accompagner ? Est-ce que tu fais des atouts d'écriture ?
Oui, donc voilà, je me suis un peu perdue dans l'écriture toute seule, avec vraiment en même temps le projet d'en faire quelque chose. Je ne savais pas trop où j'allais, mais je voulais vraiment faire quelque chose de cette traversée. Terrible. L'année dernière, j'ai suivi plusieurs ateliers à l'école Les Mots. Plutôt tous orientés autour de s'écrire, parler de soi. On pourrait appeler autofiction. On peut y mettre plein de mots. Et autour de la structuration aussi, comment initier un roman et le structurer. J'ai suivi quatre ateliers, je crois. Un peu près. Est-ce que ça t'a plu ?
De suivre les ateliers, c'est-à-dire que, je ne te demande pas qui, quoi, comment, mais est-ce que tout d'un coup, le fait d'être toute seule avec ton écriture, et puis là, être avec d'autres gens, écrire en collectif, et puis aussi, je pense qu'il y a un temps où vous devez vous lire les textes, est-ce que ça, c'est quelque chose qui a été différent pour toi par rapport à ce que toi, tu vis quand tu écris toute seule ?
Alors, c'était très différent parce que je venais vraiment y chercher le cadre. Donc ça, j'ai trouvé le cadre, selon les ateliers, peu importe, menés par des écrivains divers et variés, peu importe. Je n'ai pas forcément trouvé à chaque fois ce que je venais y chercher. J'ai un atelier particulièrement qui m'a vraiment permis d'avancer, qui est un atelier mené par Philippe Villain, qui est écrivain, et qui était un atelier mené par correspondance, avec des consignes envoyées chaque semaine. Et puis un retour qu'il faisait par écrit. Et ça, finalement, je me suis rendu compte que j'y trouvais la structuration, j'y trouvais la confrontation, j'y trouvais la solitude et le cadre dont j'avais besoin. Mais je n'avais pas forcément besoin, en tout cas à ce moment-là, de partager avec... C'est toujours très, très plaisant. Je n'avais pas forcément besoin de partager avec des inconnus.
Ça veut dire que ce que tu es en train de me dire, c'est est-ce que tu es en train de me dire que ce que tu as vécu dans ces ateliers, tu as aimé, mais ce n'est pas quelque chose qui t'était spécialement plaisant de partager avec d'autres.
Exactement.
D'accord, ce n'était pas ça, tu ne peux pas encore être avec ta propre écriture.
Oui, tout à fait.
Et le fait d'écouter les autres ?
Oui, c'est toujours intéressant. Après, que dire ? Parfois, c'est toujours intéressant, mais ça ne m'intéressait pas toujours. Oui,
je comprends. Et est-ce que quand même, est-ce que le fait de lire ce que tu écrivais aux autres, est-ce que ça a eu un impact sur toi ? Ou est-ce que tu lisais en te... Est-ce que tu faisais attention à ce qu'on te disait ou est-ce que non ? En fait, est-ce que ça t'a aidé de lire à d'autres ou pas spécialement ?
Si, énormément.
D'accord.
Si, franchement, énormément. Quel que soit le retour, qu'il soit critique, positif, négatif, entre guillemets, ça n'arrive pas vraiment finalement dans les ateliers où il y a beaucoup de gentillesse et de générosité. Mais si, ça m'a aidé. Et ça m'a aidé particulièrement aussi d'avoir le retour des animateurs qui sont tous des écrivains plutôt confirmés.
Oui, d'accord.
Si, si, ça m'a aidé et ça m'a, à ce moment-là, en tout cas, plutôt porté. Et j'ai passé, voilà, le printemps et l'été 2024 à me dire j'y vais, j'y vais, j'y vais.
D'accord, donc c'était quand même quelque chose, c'est-à-dire que tu es passé d'écrire avec... après un acte à douleur, à je partage autre chose avec d'autres gens pour ensuite revenir peut-être à quelque chose de plus personnel, mais avec l'idée de, cette fois-ci, en faire quelque chose, une forme de structuration de ce quelque chose. Est-ce que tu penses que tu vas reprendre d'autres ateliers ou est-ce que...
Alors, je ne sais pas du tout. Là, j'ai choisi d'être accompagnée en individuel, on va dire, à Philippe Villain. avec qui j'avais déjà suivi un atelier, qui est un accompagnement de nouveau par correspondance, qui s'organise sur 8-10 sessions, je crois. Je suis à la moitié du guet. On en reparlera peut-être après.
On peut en parler. J'aimerais bien savoir, avec Philippe, c'est le projet d'écriture que tu as.
Oui.
Est-ce que tu veux bien en parler ?
Oui, je peux en parler, tout à fait. Le projet d'écriture, si tant est que je puisse un peu le pitcher, c'est vraiment... Non, mais tu vois, je ne suis pas sûre de savoir le pitcher.
Alors, est-ce que... Je n'ai pas besoin que tu me le pitches, mais est-ce que... Comment dire ? Est-ce que tu sais un peu de quoi tu aimerais parler ? Ou est-ce que... Pourquoi est-ce que c'est important pour toi que ça passe ? par l'idée que d'autres puissent le lire ?
Alors, c'est là où peut-être je ne sais pas encore en parler, parce que j'étais vraiment partie au départ sur cette écriture initiale, un peu de jeter les mots, et qui s'apparentait, on va dire, à un journal complètement déstructuré en termes de cohérence narrative et chronologique. Écrit donc dans lequel je souhaitais mêler les témoignages. certains témoignages que j'avais recueillis, dans lesquels, textes, enfin, pardon, écrits, dans lesquels je souhaitais insérer aussi des écrits d'Anna, puisqu'Anna écrivait, et puis aussi des toiles et des photographies, puisqu'elle peignait et elle photographiait. Bref, il y avait déjà beaucoup, beaucoup de matière. Il se trouve qu'en parallèle, nous avons intenté une action en justice. suite à la mort d'Anna, pour les raisons qui ont fait qu'elle est morte. Nous avons, si on peut le dire ainsi, gagné ce procès cette année. Nous avons remporté ce procès. Et qu'aujourd'hui, finalement, l'écrit s'orienterait peut-être plus sur le témoignage de ce procès. D'accord. Et qui viendrait en même temps, bien sûr, parler d'Anna, qui était l'idée de départ, la source, lui rendre hommage. Et puis, à travers l'écriture, transcender d'une certaine façon la douleur et mettre des mots sur l'abominable.
Donc, ce qui est intéressant, c'est que... Est-ce que tu dirais que par rapport à ses premiers écrits, avant que ce soit structuré avec quelqu'un, il y avait tout ça et que quand même, le fait que tu sois accompagné et qu'il y a le temps aussi, le temps qui... passe, est-ce que tu dirais qu'aujourd'hui, même si tu ne sais pas complètement encore ce que ça va être, il y a quelque chose qui se dessine de plus en plus précis. Est-ce que tout d'un coup, cette écriture devient quelque part une forme de livre plus que simplement un exutoire pour toi de...
Oui, clairement. Et puis en plus... Pour avoir échangé notamment avec mon psy, qui connaît bien le sujet, puisqu'il accompagne beaucoup des parents dans le deuil, il y a pléthore d'ouvrages sur des parents qui ont écrit sur la mort de leur enfant. Et je ne suis pas sûre finalement d'avoir envie d'écrire ça aujourd'hui. Et puis, je vais peut-être être un peu cash, je pense que ça n'intéresse personne la mort d'Anna. Et c'est bien normal.
En revanche, j'ai une autre question par rapport à ça. Est-ce que tu retrouves la personne qui écrit aujourd'hui, donc toi, est-ce que tu retrouves la personne qui écrivait ? Est-ce qu'il y a une espèce de cohérence avec ce que tu étais enfant et adolescente quand tu écrivais ? Est-ce que le plaisir d'écrire, est-ce que le fait d'écrire soit quand même quelque chose qui te relie à toi-même ? Et qu'il y a une espèce de... Oui, il y a une espèce de cohérence de revenir à cette écriture aujourd'hui. Ou est-ce que simplement, tu te dis, c'est rigolo, comment l'écriture rentre dans ma vie, ressort, revient ?
Alors, il y a une cohérence, clairement, parce que je me reconnecte à moi, ça c'est sûr. C'est vraiment des moments où je me retrouve, où vraiment, voilà, je me rejoins. Et comme je le disais tout à l'heure, je rejoins Anna aussi d'une certaine façon. Après moi, mon énorme sujet, c'est le travail. C'est-à-dire que j'ai toujours écrit enfant, adolescente, et puis même au moment de la mort d'Anna. D'un seul jet, voilà. Les mots me viennent assez naturellement. Mais je pense que de ces mots, tout le monde s'en fiche. Ça ne fait pas un ouvrage, ni même un recueil de poésie. C'est-à-dire que j'ai beaucoup écrit pour me faire plaisir et avec moi-même, tant que ça ne soit jamais lu. Là, je suis dans une visée... éditorial, j'en sais rien. Mais oui, avec en tout cas l'objectif que ça soit partagé vraiment, que ça devienne un objet, que cet écrit devienne un objet livre. Et donc là, il faut travailler, sinon ça ne ressemble à rien.
Et justement, est-ce que tu peux me parler des... Justement, est-ce que tu peux me parler des facilités ou des difficultés que tu rencontres ? C'est-à-dire, c'est toujours... L'écriture, c'est toujours... très, très intime. Et est-ce que tu arrives, c'est-à-dire que forcément, on est face à des difficultés où forcément, comme tu dis, parfois, il y a des choses qui sortent comme ça tout seul. Mais est-ce que le fait que comme c'est aussi un sujet très intime, très personnel, est-ce qu'il y a des difficultés qui sont subvenues non seulement dans l'écriture, mais peut-être aussi dans le fait d'entendre des choses sur ton écriture ? Est-ce que ça, c'est quelque chose qui est difficile ou est-ce que tu arrives aujourd'hui à te dire « Ok, le sujet c'est ça, mais je dois réécrire tel passage » ? Tu vois ce que je veux dire ? Est-ce que tu arrives à avoir le recul quand même, la distance nécessaire pour ne pas le prendre personnellement et aller vers un objet livre, justement ?
Alors, le prendre personnellement, non.
D'accord.
Ça, c'est très clair. Les facilités, comme j'ai dit, je pense que j'ai... Une espèce de relation assez aisée avec les mots. Tu peux jouer avec. Je pense que j'ai quelque chose d'assez naturel avec les mots et que ça a toujours été mon moyen d'expression privilégiée. Les difficultés, c'est vraiment le travail. Je manque de discipline, je manque de rigueur. Je sais, en plus pour avoir suivi plein d'ateliers, avoir écouté tellement de post-cats. de podcast. Enfin, je sais ce qu'il faudrait faire. Je sais qu'il faut m'obliger à une discipline. Je sais qu'il faut instaurer ça dans mon emploi du temps.
Quand tu parles de discipline, tu parles de réécriture, par exemple. Oui. De relire,
de... Et puis de prévoir du temps. Oui. Bien sûr que j'ai une vie professionnelle très pleine, mais je pourrais tout à fait bref, bloquer trois demi-journées, je pourrais me lever le matin à 5h du matin.
Et est-ce que tu as le sentiment que tu ne le fais pas ?
Ah, je ne le fais pas du tout.
Tu ne le fais pas du tout. Et alors, est-ce que tu sais pourquoi tu ne le fais pas ?
Alors, je pense qu'il y a vraiment quelque chose là, mais c'est actuel, c'est vraiment là. Il y a quelque chose où, bon, j'ai un peu évoqué tout à l'heure les thèmes de cet ouvrage, mais je ne suis pas sûre que ce soit encore très clair.
D'accord, oui. Il y a peut-être encore besoin de maturation, de savoir vraiment ce que tu veux dire et pourquoi.
Exactement, il y a trop de thématiques. Parce que je t'ai passé le fait que je voudrais aussi interroger à travers cet ouvrage l'identité maternelle.
Oui, parce que moi j'entends plein de sujets dans ce que tu es en train de me dire.
Beaucoup trop de sujets.
Mais c'est mieux, c'est bien. Il vaut mieux en avoir trop. Et puis, tu peux faire trois livres en fait. C'est ça.
J'avais échangé avec quelqu'un de l'école Lémo qui m'avait dit, mais en fait, tu as trois, quatre bouquins devant toi.
Bien.
Mais il y a beaucoup trop de thématiques Et donc je suis Enfin c'est très compliqué là Je ne sais pas du tout où je vais Et en plus je me rends compte que j'explore Différents styles, différents registres Et que je n'ai même pas trouvé Ma voie pour cet ouvrage Est-ce que c'est un ouvrage plutôt Effectivement plutôt poétique Où je parle d'Anna et blablabla Ou est-ce que c'est un témoignage Plutôt documentaire Sur qu'est-ce que c'est de mener un procès Anna est morte d'un choc anaphylactique, c'est-à-dire d'une allergie alimentaire, dans un restaurant. Est-ce que c'est l'histoire de ce procès ? Donc ça serait un ouvrage beaucoup plus documenté, pas du tout de la fiction. Je ne sais pas.
Ça va venir, ça va venir. J'espère. Oui, il faut prendre le temps. Oui, oui, oui, il faut prendre le temps. D'ailleurs, rien n'empêche, en réalité, d'écrire un peu comme ça, à droite, à gauche. Et puis, tu vas voir ce qui va aussi venir petit à petit. Et puis, les choses vont avoir une évidence. Et effectivement, tu vas peut-être écrire deux ou trois livres. Non, mais...
Pourquoi pas ?
Ça prend du temps. Oui. C'est clair que ça prend du temps. En fait, on ne se rend pas bien compte. On croit toujours... Parce qu'en plus, on sait que les écrivains, ils sortent un livre par an. Mais en réalité, il y a des livres, ils ont mis 20 ans. On apprend après que ça fait 20 ans qu'il est pensé en réalité.
Bien sûr.
Non, non, il faut continuer, tout simplement.
Merci.
Non, non, mais... Je voulais savoir si tu... Alors, quand même, je voudrais, avant de te poser la dernière question... Je voudrais savoir si... Alors, tu me dis que tu as du mal à trouver une certaine discipline, mais est-ce que tu prends du plaisir quand même ? C'est-à-dire, est-ce que quand tu écris, au-delà du fait que ça te fait du bien, est-ce que tu aimes bien ? Est-ce que tu te dis quand même que tu vas aller au bout ? Est-ce que...
Alors, c'est un plaisir. C'est un plaisir immense. Et quand... j'ai suivi les ateliers et que j'ai retravaillé, mais j'étais très, très heureuse. Vraiment heureuse. Et peu importe, même si après, il faut encore retravailler, retravailler. Non, c'est un plaisir énorme.
Parce que tu as retrouvé l'écriture aussi,
quand même. Oui, tout à fait. Là, je ne suis pas dans le plaisir, parce que je m'en veux, et je ne suis pas très fière de moi de ne pas me donner le temps. Je pense qu'il y a une question presque d'autorisation. J'ai longtemps dit, et là, je me réentends le dire, mais qui je suis, moi, pour... écrire un livre sur cette histoire. Donc il y a une histoire d'autorisation. Et puis bon, on n'est pas là pour parler de mon père, mais moi j'ai un papa écrivain, qui était reconnu dans son pays, bon voilà, donc il y a un peu une lignée autour de ça. Et mon père me disait toujours, un jour tu écriras. Sauf qu'il ne savait pas bien sûr que si un jour j'écrirais, c'est d'écrire autour de la mort de ma fille. Mais donc voilà, donc là il y a quelque chose qui n'est pas très agréable, mais je sais vraiment ce qu'il faut que je fasse en plus. Mais je suis la reine de la procrastination.
Et puis là, tu écris ça, mais tu ne sais pas si c'est ça que tu écriras. Exactement. Ça se trouve, tu vas avoir besoin d'avoir écrit tout ça pour aller complètement vers autre chose.
Exactement. Et quelqu'un me l'a dit il y a peu de temps. En fait, tu écriras peut-être complètement autre chose.
C'est ça qui est assez fascinant quand même avec l'écriture et surtout avec le temps. Parce qu'au final, on croit que ce n'est pas parce qu'on travaille. Enfin, on croit que parce qu'on ne travaille pas. il ne se passe rien, mais en réalité, ça se travaille à l'intérieur. Il y a une maturation qui se fait et les choses vont se révéler au fur et à mesure. C'est long l'écriture. C'est un parcours intérieur qui est super long. Je voulais savoir si tu voulais lire un extrait de ce que tu veux, mais de quelque chose que tu as écrit, que ce soit ce que tu sois en train d'écrire ou quelque chose même, quand tu as écrit à 8 ans. Mais voilà, je voulais savoir si tu voulais nous partager ça. Oui ?
Oui. On y va. Merci. Remettre le temps dans une chronologie. Il doit forcément y en avoir une. Une chronologie de ce jour-là, de celle des jours d'avant. Après, je ne sais pas. Ce qui va se passer demain, je ne sais pas. Ma fille est morte il y a une semaine. Cela vient d'arriver. Aujourd'hui, on va l'enfermer dans une boîte. Je vais assister à ça. C'est prévu comme ça aujourd'hui. Il y a des officiers des pompes funèbres qui vont pouvoir faire ça, l'enfermer. Je ne comprends rien. Qu'est-ce qui se passe ? Je me le répète en boucle. C'est pas vrai. Je me le répète aussi. En vrai, j'ai compris. Je sais. Pas revenir en arrière. Impossible. Anna est morte. Parvenir à se l'approprier. Enfermer ma vérité. Une certitude, probablement. J'arrive à la maison des pompes funèbres. Ma fille attend là depuis une semaine. Depuis une semaine, elle est toute seule là, dans cette laideur de la mort, dans la laideur de ce lieu. Maintenant, aujourd'hui, il y a du monde. Plein de monde qui est là pour ce jour-là, le jour dont son enterrement. Cela va arriver tout à l'heure, quand la boîte sera fermée. On va la mettre dans la terre, dans le noir. Le trou dans le cimetière est creusé déjà. Je l'ai vu, et voulu le voir. C'était hier, peut-être. J'arrive, on me regarde, tous me regardent. J'ai peur. Je les connais. Je les connais depuis longtemps. Je ne reconnais personne. Je dois parler, je crois, dire des mots, lesquels ? Je ne sais pas les mots. Les mots qu'il faudrait dire peut-être ce jour-là, je les ignore. Ne les ai pas appris, n'en ai pas la connaissance. Ce sont des mots qui n'existent pas. Ils ne sont pas des mots dissibles. Alors je ne dis rien, je crois. Tout de suite se taire. Marcher vers l'intérieur du lieu, ne plus hésiter, ne pas attendre. J'entre dans la pièce où Anna est allongée, dans un cercueil. Tenir debout, regarder quand même, regarder son corps dans le cercueil, le toucher, vouloir le bercer, poser la bouche sur le visage, caresser les mains, s'assurer que tout est en place, que tout est bien, les objets autour d'elle, les vêtements, le linceul, s'assurer qu'il n'y a plus rien d'autre à faire. Juste déposer un livre, le dernier lu ensemble, lui relire un peu des phrases de ce livre-là, la rassurer, ne pas hurler, soit digne. Pouvoir faire encore cela, préserver la dignité. Anna n'est pas là dans cette chambre. chambre mortuaire entre ces quatre planches où tout à l'heure on va l'emburer. Elle n'a rien à faire ici maintenant. Elle est au bord de la piscine en vacances avec ses amis. Elle est en train de les faire rire, c'est sûr. Tout à l'heure, elle m'appellera pour me raconter les petites choses de la journée, c'est sûr. Se surprendre à l'en supplier Distorsion de la réalité Ne pas l'imaginer vivante Ne pas penser aux derniers mots prononcés Par elle à moi prononcés Absoudre les images, celles qui viennent En serrent le corps, le lamine Son premier regard, le premier jour de sa vie Elle sur mon ventre ce jour-là Maintenant achevé Mon corps disloqué, écartelé, fragmenté La peau à vif Poignard au ralenti qui découpe la chair À quoi ressemble cette douleur ? Je me recule pour laisser chacun à son tour entrer, je me disparais. Beaucoup de monde défilait. Juste le bruit du silence que j'entends, des hoquets, des sanglots parfois. On me parle, on me touche aussi, je crois, je ne sais pas. Plus tard, peut-être, je me rappellerai. Je tiens debout, toujours. Après ce qui est prévu a lieu, les officiers des pompes funèbres entrent à leur tour. J'assiste à cela les yeux ouverts. Je ne suis pas sûre qu'à ce moment-là je pleure. Je ne crie pas, toujours pas. toujours je suis debout, je tiens debout, je pense à la dignité, comment je fais pour penser à la dignité, m'y accrocher, j'observe l'étrange chorégraphie des officiers des pompes funèbres, tout est anticipé, chronométré, ils visent son cercueil en lenteur, en miroir, en rythme, ensemble, ils sont très forts, calmes, ne peut m'empêcher de penser cela, Ils sont concentrés dans la justesse de leur gestuel, de vrais danseurs synchronisés. patronisés, tranquilles. Ils ne peuvent qu'être tranquilles à ce moment-là. On n'enferme pas impunément ma fille de 21 ans qui vient de mourir. Je dois leur demander d'interrompre ce balai. Je devrais y parvenir, leur demander de cesser cela. Je ne dis rien. Ils font ce qu'ils ont à faire à ce moment-là. Ensuite, ils portent son cercueil, le mettent dans le corbillard. Je les suis. Je ne fais rien d'autre que les suivre. Je ne sais pas quoi faire d'autre ni où aller. Il n'y a pas un ailleurs où aller. Je ne sais pas quoi faire d'autre que m'installer dans ce corbillard, à côté du cercueil de ma fille. Je n'ai rien à leur dire. Ils ne parlent pas. De quoi pourrions-nous parler ? Je ne cesse de me le demander. Le convoi funéraire est en place, il démarre. Je regarde la route défiler vers le jardin qui accueillera la cérémonie funéraire avant le cimetière. Je ne fais que cela. Regardez la route. Je suis absente. De cette absence, je me souviens.
Merci beaucoup Nadia d'avoir partagé cet extrait
Merci Clarence
Eh bien, ce podcast va s'achever je te souhaite une belle continuation Merci et j'espère que quoi qu'il arrive ce retour à l'écriture continue à t'accompagner et deviennent peut-être quelque chose. En tout cas, merci beaucoup. Merci d'avoir partagé ce moment ensemble.
Merci à toi. Au revoir.
Merci. À très bientôt sur le podcast Isadora BC. À bientôt. Au revoir.
Description
Clarence Massiani reçoit Nadia pour parler écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, bienvenue sur le podcast Isadora Bessé, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani et le poète, c'est Régis Dequet. Mais aujourd'hui, Régis est absent et j'ai le plaisir d'accueillir Nadia, Nadia Karaboulkov, c'est ça ?
Oui.
Bonjour Nadia, ça va bien ?
Bonjour Clarence, ça va et vous ?
Oui, ça va. Dis-moi Nadia, est-ce que tu voudrais bien... te présenter. Je te laisse complètement libre de la présentation de toi-même.
Alors, j'ai 60 ans, je suis consultante coach en accompagnement professionnel. Avant, j'ai eu un parcours universitaire littéraire et une première partie de carrière où j'ai été enseignante en lycée professionnel en lettres, histoire, géographie. J'étais également à l'époque professeure du théâtre et professeure des professeurs nouvellement certifiés et puis je me suis réorientée quand j'avais une trentaine d'années.
D'accord. Et tu t'es réorientée ?
Vers ce métier que je fais depuis plus de 25 ans, je crois, à peu près, oui. D'accord. Autour de 25 ans, en tout cas, de l'accompagnement professionnel. J'accompagne des personnes en situation de licenciement, des personnes en bilan de compétences, des personnes qui ont besoin d'être accompagnées en coaching professionnel.
D'accord. Merci beaucoup. Alors ce qui m'intéressait aujourd'hui pour notre rencontre, c'était surtout le fait que tu m'as dit un jour que... Alors je crois que tu m'avais dit que tu avais commencé à écrire ou que tu voulais écrire. Et j'avais envie qu'on parle de ça, de cette envie d'écrire. Je voulais savoir d'abord où est-ce que tu en étais, comment est-ce que... Comment t'es venue cette idée ? Qu'est-ce qui a fait ça ? Est-ce que tu t'es mis à écrire ? Depuis combien de temps ? Qu'est-ce que ça te fait d'écrire ? Je voulais que tu me parles déjà un peu de, simplement, au-delà de ce que tu écris, de cette chose-là. Quelle est cette rencontre-là ?
Alors, en fait, j'ai toujours écrit, depuis que je suis toute petite, petite. Je crois que mon premier cahier, j'avais 8 ans. Il doit être quelque part, encore, dans un carton. Puis j'ai eu très très longtemps, toujours, toujours des cahiers sur moi. Toujours. Et puis, on en reparlera, puisque c'est lié à ce projet d'écriture qui m'habite aujourd'hui. Quand ma fille est morte en 2019, j'écrivais plus depuis plusieurs années. Voilà. Il n'y a aucune raison. Juste, je n'écrivais plus particulièrement. Et puis quand ma fille est morte, j'ai su très très vite que j'écrirais. Voilà, j'ai très vite écrit après sa mort. On en reparlera peut-être. Ce que ça me fait d'écrire, c'est assez libératoire. C'est assez exutoire, en fait. Pour aller même plus loin, écrire par et pour Anna, qui est le prénom de ma fille, est aussi une façon de... continuer à la rencontrer, à habiter avec elle d'une certaine façon à travers les mots.
D'accord. Je voudrais revenir à avant Anna. Est-ce que tu peux me dire ce que tu écrivais ? Est-ce que c'était des journaux ou est-ce que c'était des pensées ?
C'était un mélange de pensées, je pense, de pensées Poésie, forme de journal intime. Je ne les ai jamais relues jusqu'alors.
Mais tu les as gardées ?
Je les ai gardées, tout à fait. Mais j'habite une maison qui est encore en travaux. Et donc, je sais qu'ils sont quelque part dans un carton. Le jour où je sortirai, je ressortirai les cartons. Je pense que là, aujourd'hui, maintenant, j'ai envie de les relire. Mais j'ai tout gardé, tout à fait. J'ai tout gardé.
Et donc, tu me dis que tu as démarré vers 8 ans.
Oui, ça.
Et tu as écrit jusqu'à quand ? Est-ce que l'adolescent, tu écrivais ?
Tout le temps.
Tout le temps, d'accord.
Tous les jours, tout le temps.
Ah oui, donc tu dois avoir un certain nombre de carnets.
Je pense une bonne vingtaine, trentaine, je ne sais pas exactement.
D'accord, et tu ne les as jamais relus depuis ?
Non, jamais.
Ah, ça va être... Oui,
ça va être drôle.
Oui, oui, oui, oui. Tu n'as jamais eu la curiosité d'aller voir ce que là ?
Alors, je te dis ça, peut-être que j'exagère un petit peu.
peut-être que dans... Est-ce que tu te souviens de moments où tu écrivais à dos ?
Oui, j'écrivais dans les cafés, beaucoup.
D'accord. Et est-ce que tu le faisais lire à des copains et des copines ?
Jamais. Peut-être mes amoureux de l'époque, peut-être, et quand ça les concernait.
Et donc, depuis maintenant, tu me dis qu'après Anna, tu t'es mise à écrire. C'est-à-dire, comment tu as repris toute seule tes carnets ? Ou est-ce que tu t'es fait accompagner ?
Dans un premier temps, j'ai écrit de façon vraiment presque en écriture automatique. Je n'écrivais plus sur des cahiers. Maintenant, de nouveau, j'ai repris des cahiers. Mais il y avait des moments où il fallait que je jette des mots. sans savoir du tout où j'allais. C'était juste vraiment un besoin de libérer cette douleur par les mots. En parallèle, je suis formée à une approche qui s'appelle les pratiques narratives. Et donc j'ai demandé à plusieurs et à nombreux de nos proches d'écrire des témoignages sur Anna, basés sur un questionnement sur l'approche narrative que j'ai recueilli. Et du coup, j'ai perdu ta question. Pardon.
En fait, je te demandais comment est-ce que tu es revenue à l'écriture ? C'est-à-dire, donc après Anna, tu viens de me le dire, mais est-ce que tu te fais accompagner ? Est-ce que tu fais des atouts d'écriture ?
Oui, donc voilà, je me suis un peu perdue dans l'écriture toute seule, avec vraiment en même temps le projet d'en faire quelque chose. Je ne savais pas trop où j'allais, mais je voulais vraiment faire quelque chose de cette traversée. Terrible. L'année dernière, j'ai suivi plusieurs ateliers à l'école Les Mots. Plutôt tous orientés autour de s'écrire, parler de soi. On pourrait appeler autofiction. On peut y mettre plein de mots. Et autour de la structuration aussi, comment initier un roman et le structurer. J'ai suivi quatre ateliers, je crois. Un peu près. Est-ce que ça t'a plu ?
De suivre les ateliers, c'est-à-dire que, je ne te demande pas qui, quoi, comment, mais est-ce que tout d'un coup, le fait d'être toute seule avec ton écriture, et puis là, être avec d'autres gens, écrire en collectif, et puis aussi, je pense qu'il y a un temps où vous devez vous lire les textes, est-ce que ça, c'est quelque chose qui a été différent pour toi par rapport à ce que toi, tu vis quand tu écris toute seule ?
Alors, c'était très différent parce que je venais vraiment y chercher le cadre. Donc ça, j'ai trouvé le cadre, selon les ateliers, peu importe, menés par des écrivains divers et variés, peu importe. Je n'ai pas forcément trouvé à chaque fois ce que je venais y chercher. J'ai un atelier particulièrement qui m'a vraiment permis d'avancer, qui est un atelier mené par Philippe Villain, qui est écrivain, et qui était un atelier mené par correspondance, avec des consignes envoyées chaque semaine. Et puis un retour qu'il faisait par écrit. Et ça, finalement, je me suis rendu compte que j'y trouvais la structuration, j'y trouvais la confrontation, j'y trouvais la solitude et le cadre dont j'avais besoin. Mais je n'avais pas forcément besoin, en tout cas à ce moment-là, de partager avec... C'est toujours très, très plaisant. Je n'avais pas forcément besoin de partager avec des inconnus.
Ça veut dire que ce que tu es en train de me dire, c'est est-ce que tu es en train de me dire que ce que tu as vécu dans ces ateliers, tu as aimé, mais ce n'est pas quelque chose qui t'était spécialement plaisant de partager avec d'autres.
Exactement.
D'accord, ce n'était pas ça, tu ne peux pas encore être avec ta propre écriture.
Oui, tout à fait.
Et le fait d'écouter les autres ?
Oui, c'est toujours intéressant. Après, que dire ? Parfois, c'est toujours intéressant, mais ça ne m'intéressait pas toujours. Oui,
je comprends. Et est-ce que quand même, est-ce que le fait de lire ce que tu écrivais aux autres, est-ce que ça a eu un impact sur toi ? Ou est-ce que tu lisais en te... Est-ce que tu faisais attention à ce qu'on te disait ou est-ce que non ? En fait, est-ce que ça t'a aidé de lire à d'autres ou pas spécialement ?
Si, énormément.
D'accord.
Si, franchement, énormément. Quel que soit le retour, qu'il soit critique, positif, négatif, entre guillemets, ça n'arrive pas vraiment finalement dans les ateliers où il y a beaucoup de gentillesse et de générosité. Mais si, ça m'a aidé. Et ça m'a aidé particulièrement aussi d'avoir le retour des animateurs qui sont tous des écrivains plutôt confirmés.
Oui, d'accord.
Si, si, ça m'a aidé et ça m'a, à ce moment-là, en tout cas, plutôt porté. Et j'ai passé, voilà, le printemps et l'été 2024 à me dire j'y vais, j'y vais, j'y vais.
D'accord, donc c'était quand même quelque chose, c'est-à-dire que tu es passé d'écrire avec... après un acte à douleur, à je partage autre chose avec d'autres gens pour ensuite revenir peut-être à quelque chose de plus personnel, mais avec l'idée de, cette fois-ci, en faire quelque chose, une forme de structuration de ce quelque chose. Est-ce que tu penses que tu vas reprendre d'autres ateliers ou est-ce que...
Alors, je ne sais pas du tout. Là, j'ai choisi d'être accompagnée en individuel, on va dire, à Philippe Villain. avec qui j'avais déjà suivi un atelier, qui est un accompagnement de nouveau par correspondance, qui s'organise sur 8-10 sessions, je crois. Je suis à la moitié du guet. On en reparlera peut-être après.
On peut en parler. J'aimerais bien savoir, avec Philippe, c'est le projet d'écriture que tu as.
Oui.
Est-ce que tu veux bien en parler ?
Oui, je peux en parler, tout à fait. Le projet d'écriture, si tant est que je puisse un peu le pitcher, c'est vraiment... Non, mais tu vois, je ne suis pas sûre de savoir le pitcher.
Alors, est-ce que... Je n'ai pas besoin que tu me le pitches, mais est-ce que... Comment dire ? Est-ce que tu sais un peu de quoi tu aimerais parler ? Ou est-ce que... Pourquoi est-ce que c'est important pour toi que ça passe ? par l'idée que d'autres puissent le lire ?
Alors, c'est là où peut-être je ne sais pas encore en parler, parce que j'étais vraiment partie au départ sur cette écriture initiale, un peu de jeter les mots, et qui s'apparentait, on va dire, à un journal complètement déstructuré en termes de cohérence narrative et chronologique. Écrit donc dans lequel je souhaitais mêler les témoignages. certains témoignages que j'avais recueillis, dans lesquels, textes, enfin, pardon, écrits, dans lesquels je souhaitais insérer aussi des écrits d'Anna, puisqu'Anna écrivait, et puis aussi des toiles et des photographies, puisqu'elle peignait et elle photographiait. Bref, il y avait déjà beaucoup, beaucoup de matière. Il se trouve qu'en parallèle, nous avons intenté une action en justice. suite à la mort d'Anna, pour les raisons qui ont fait qu'elle est morte. Nous avons, si on peut le dire ainsi, gagné ce procès cette année. Nous avons remporté ce procès. Et qu'aujourd'hui, finalement, l'écrit s'orienterait peut-être plus sur le témoignage de ce procès. D'accord. Et qui viendrait en même temps, bien sûr, parler d'Anna, qui était l'idée de départ, la source, lui rendre hommage. Et puis, à travers l'écriture, transcender d'une certaine façon la douleur et mettre des mots sur l'abominable.
Donc, ce qui est intéressant, c'est que... Est-ce que tu dirais que par rapport à ses premiers écrits, avant que ce soit structuré avec quelqu'un, il y avait tout ça et que quand même, le fait que tu sois accompagné et qu'il y a le temps aussi, le temps qui... passe, est-ce que tu dirais qu'aujourd'hui, même si tu ne sais pas complètement encore ce que ça va être, il y a quelque chose qui se dessine de plus en plus précis. Est-ce que tout d'un coup, cette écriture devient quelque part une forme de livre plus que simplement un exutoire pour toi de...
Oui, clairement. Et puis en plus... Pour avoir échangé notamment avec mon psy, qui connaît bien le sujet, puisqu'il accompagne beaucoup des parents dans le deuil, il y a pléthore d'ouvrages sur des parents qui ont écrit sur la mort de leur enfant. Et je ne suis pas sûre finalement d'avoir envie d'écrire ça aujourd'hui. Et puis, je vais peut-être être un peu cash, je pense que ça n'intéresse personne la mort d'Anna. Et c'est bien normal.
En revanche, j'ai une autre question par rapport à ça. Est-ce que tu retrouves la personne qui écrit aujourd'hui, donc toi, est-ce que tu retrouves la personne qui écrivait ? Est-ce qu'il y a une espèce de cohérence avec ce que tu étais enfant et adolescente quand tu écrivais ? Est-ce que le plaisir d'écrire, est-ce que le fait d'écrire soit quand même quelque chose qui te relie à toi-même ? Et qu'il y a une espèce de... Oui, il y a une espèce de cohérence de revenir à cette écriture aujourd'hui. Ou est-ce que simplement, tu te dis, c'est rigolo, comment l'écriture rentre dans ma vie, ressort, revient ?
Alors, il y a une cohérence, clairement, parce que je me reconnecte à moi, ça c'est sûr. C'est vraiment des moments où je me retrouve, où vraiment, voilà, je me rejoins. Et comme je le disais tout à l'heure, je rejoins Anna aussi d'une certaine façon. Après moi, mon énorme sujet, c'est le travail. C'est-à-dire que j'ai toujours écrit enfant, adolescente, et puis même au moment de la mort d'Anna. D'un seul jet, voilà. Les mots me viennent assez naturellement. Mais je pense que de ces mots, tout le monde s'en fiche. Ça ne fait pas un ouvrage, ni même un recueil de poésie. C'est-à-dire que j'ai beaucoup écrit pour me faire plaisir et avec moi-même, tant que ça ne soit jamais lu. Là, je suis dans une visée... éditorial, j'en sais rien. Mais oui, avec en tout cas l'objectif que ça soit partagé vraiment, que ça devienne un objet, que cet écrit devienne un objet livre. Et donc là, il faut travailler, sinon ça ne ressemble à rien.
Et justement, est-ce que tu peux me parler des... Justement, est-ce que tu peux me parler des facilités ou des difficultés que tu rencontres ? C'est-à-dire, c'est toujours... L'écriture, c'est toujours... très, très intime. Et est-ce que tu arrives, c'est-à-dire que forcément, on est face à des difficultés où forcément, comme tu dis, parfois, il y a des choses qui sortent comme ça tout seul. Mais est-ce que le fait que comme c'est aussi un sujet très intime, très personnel, est-ce qu'il y a des difficultés qui sont subvenues non seulement dans l'écriture, mais peut-être aussi dans le fait d'entendre des choses sur ton écriture ? Est-ce que ça, c'est quelque chose qui est difficile ou est-ce que tu arrives aujourd'hui à te dire « Ok, le sujet c'est ça, mais je dois réécrire tel passage » ? Tu vois ce que je veux dire ? Est-ce que tu arrives à avoir le recul quand même, la distance nécessaire pour ne pas le prendre personnellement et aller vers un objet livre, justement ?
Alors, le prendre personnellement, non.
D'accord.
Ça, c'est très clair. Les facilités, comme j'ai dit, je pense que j'ai... Une espèce de relation assez aisée avec les mots. Tu peux jouer avec. Je pense que j'ai quelque chose d'assez naturel avec les mots et que ça a toujours été mon moyen d'expression privilégiée. Les difficultés, c'est vraiment le travail. Je manque de discipline, je manque de rigueur. Je sais, en plus pour avoir suivi plein d'ateliers, avoir écouté tellement de post-cats. de podcast. Enfin, je sais ce qu'il faudrait faire. Je sais qu'il faut m'obliger à une discipline. Je sais qu'il faut instaurer ça dans mon emploi du temps.
Quand tu parles de discipline, tu parles de réécriture, par exemple. Oui. De relire,
de... Et puis de prévoir du temps. Oui. Bien sûr que j'ai une vie professionnelle très pleine, mais je pourrais tout à fait bref, bloquer trois demi-journées, je pourrais me lever le matin à 5h du matin.
Et est-ce que tu as le sentiment que tu ne le fais pas ?
Ah, je ne le fais pas du tout.
Tu ne le fais pas du tout. Et alors, est-ce que tu sais pourquoi tu ne le fais pas ?
Alors, je pense qu'il y a vraiment quelque chose là, mais c'est actuel, c'est vraiment là. Il y a quelque chose où, bon, j'ai un peu évoqué tout à l'heure les thèmes de cet ouvrage, mais je ne suis pas sûre que ce soit encore très clair.
D'accord, oui. Il y a peut-être encore besoin de maturation, de savoir vraiment ce que tu veux dire et pourquoi.
Exactement, il y a trop de thématiques. Parce que je t'ai passé le fait que je voudrais aussi interroger à travers cet ouvrage l'identité maternelle.
Oui, parce que moi j'entends plein de sujets dans ce que tu es en train de me dire.
Beaucoup trop de sujets.
Mais c'est mieux, c'est bien. Il vaut mieux en avoir trop. Et puis, tu peux faire trois livres en fait. C'est ça.
J'avais échangé avec quelqu'un de l'école Lémo qui m'avait dit, mais en fait, tu as trois, quatre bouquins devant toi.
Bien.
Mais il y a beaucoup trop de thématiques Et donc je suis Enfin c'est très compliqué là Je ne sais pas du tout où je vais Et en plus je me rends compte que j'explore Différents styles, différents registres Et que je n'ai même pas trouvé Ma voie pour cet ouvrage Est-ce que c'est un ouvrage plutôt Effectivement plutôt poétique Où je parle d'Anna et blablabla Ou est-ce que c'est un témoignage Plutôt documentaire Sur qu'est-ce que c'est de mener un procès Anna est morte d'un choc anaphylactique, c'est-à-dire d'une allergie alimentaire, dans un restaurant. Est-ce que c'est l'histoire de ce procès ? Donc ça serait un ouvrage beaucoup plus documenté, pas du tout de la fiction. Je ne sais pas.
Ça va venir, ça va venir. J'espère. Oui, il faut prendre le temps. Oui, oui, oui, il faut prendre le temps. D'ailleurs, rien n'empêche, en réalité, d'écrire un peu comme ça, à droite, à gauche. Et puis, tu vas voir ce qui va aussi venir petit à petit. Et puis, les choses vont avoir une évidence. Et effectivement, tu vas peut-être écrire deux ou trois livres. Non, mais...
Pourquoi pas ?
Ça prend du temps. Oui. C'est clair que ça prend du temps. En fait, on ne se rend pas bien compte. On croit toujours... Parce qu'en plus, on sait que les écrivains, ils sortent un livre par an. Mais en réalité, il y a des livres, ils ont mis 20 ans. On apprend après que ça fait 20 ans qu'il est pensé en réalité.
Bien sûr.
Non, non, il faut continuer, tout simplement.
Merci.
Non, non, mais... Je voulais savoir si tu... Alors, quand même, je voudrais, avant de te poser la dernière question... Je voudrais savoir si... Alors, tu me dis que tu as du mal à trouver une certaine discipline, mais est-ce que tu prends du plaisir quand même ? C'est-à-dire, est-ce que quand tu écris, au-delà du fait que ça te fait du bien, est-ce que tu aimes bien ? Est-ce que tu te dis quand même que tu vas aller au bout ? Est-ce que...
Alors, c'est un plaisir. C'est un plaisir immense. Et quand... j'ai suivi les ateliers et que j'ai retravaillé, mais j'étais très, très heureuse. Vraiment heureuse. Et peu importe, même si après, il faut encore retravailler, retravailler. Non, c'est un plaisir énorme.
Parce que tu as retrouvé l'écriture aussi,
quand même. Oui, tout à fait. Là, je ne suis pas dans le plaisir, parce que je m'en veux, et je ne suis pas très fière de moi de ne pas me donner le temps. Je pense qu'il y a une question presque d'autorisation. J'ai longtemps dit, et là, je me réentends le dire, mais qui je suis, moi, pour... écrire un livre sur cette histoire. Donc il y a une histoire d'autorisation. Et puis bon, on n'est pas là pour parler de mon père, mais moi j'ai un papa écrivain, qui était reconnu dans son pays, bon voilà, donc il y a un peu une lignée autour de ça. Et mon père me disait toujours, un jour tu écriras. Sauf qu'il ne savait pas bien sûr que si un jour j'écrirais, c'est d'écrire autour de la mort de ma fille. Mais donc voilà, donc là il y a quelque chose qui n'est pas très agréable, mais je sais vraiment ce qu'il faut que je fasse en plus. Mais je suis la reine de la procrastination.
Et puis là, tu écris ça, mais tu ne sais pas si c'est ça que tu écriras. Exactement. Ça se trouve, tu vas avoir besoin d'avoir écrit tout ça pour aller complètement vers autre chose.
Exactement. Et quelqu'un me l'a dit il y a peu de temps. En fait, tu écriras peut-être complètement autre chose.
C'est ça qui est assez fascinant quand même avec l'écriture et surtout avec le temps. Parce qu'au final, on croit que ce n'est pas parce qu'on travaille. Enfin, on croit que parce qu'on ne travaille pas. il ne se passe rien, mais en réalité, ça se travaille à l'intérieur. Il y a une maturation qui se fait et les choses vont se révéler au fur et à mesure. C'est long l'écriture. C'est un parcours intérieur qui est super long. Je voulais savoir si tu voulais lire un extrait de ce que tu veux, mais de quelque chose que tu as écrit, que ce soit ce que tu sois en train d'écrire ou quelque chose même, quand tu as écrit à 8 ans. Mais voilà, je voulais savoir si tu voulais nous partager ça. Oui ?
Oui. On y va. Merci. Remettre le temps dans une chronologie. Il doit forcément y en avoir une. Une chronologie de ce jour-là, de celle des jours d'avant. Après, je ne sais pas. Ce qui va se passer demain, je ne sais pas. Ma fille est morte il y a une semaine. Cela vient d'arriver. Aujourd'hui, on va l'enfermer dans une boîte. Je vais assister à ça. C'est prévu comme ça aujourd'hui. Il y a des officiers des pompes funèbres qui vont pouvoir faire ça, l'enfermer. Je ne comprends rien. Qu'est-ce qui se passe ? Je me le répète en boucle. C'est pas vrai. Je me le répète aussi. En vrai, j'ai compris. Je sais. Pas revenir en arrière. Impossible. Anna est morte. Parvenir à se l'approprier. Enfermer ma vérité. Une certitude, probablement. J'arrive à la maison des pompes funèbres. Ma fille attend là depuis une semaine. Depuis une semaine, elle est toute seule là, dans cette laideur de la mort, dans la laideur de ce lieu. Maintenant, aujourd'hui, il y a du monde. Plein de monde qui est là pour ce jour-là, le jour dont son enterrement. Cela va arriver tout à l'heure, quand la boîte sera fermée. On va la mettre dans la terre, dans le noir. Le trou dans le cimetière est creusé déjà. Je l'ai vu, et voulu le voir. C'était hier, peut-être. J'arrive, on me regarde, tous me regardent. J'ai peur. Je les connais. Je les connais depuis longtemps. Je ne reconnais personne. Je dois parler, je crois, dire des mots, lesquels ? Je ne sais pas les mots. Les mots qu'il faudrait dire peut-être ce jour-là, je les ignore. Ne les ai pas appris, n'en ai pas la connaissance. Ce sont des mots qui n'existent pas. Ils ne sont pas des mots dissibles. Alors je ne dis rien, je crois. Tout de suite se taire. Marcher vers l'intérieur du lieu, ne plus hésiter, ne pas attendre. J'entre dans la pièce où Anna est allongée, dans un cercueil. Tenir debout, regarder quand même, regarder son corps dans le cercueil, le toucher, vouloir le bercer, poser la bouche sur le visage, caresser les mains, s'assurer que tout est en place, que tout est bien, les objets autour d'elle, les vêtements, le linceul, s'assurer qu'il n'y a plus rien d'autre à faire. Juste déposer un livre, le dernier lu ensemble, lui relire un peu des phrases de ce livre-là, la rassurer, ne pas hurler, soit digne. Pouvoir faire encore cela, préserver la dignité. Anna n'est pas là dans cette chambre. chambre mortuaire entre ces quatre planches où tout à l'heure on va l'emburer. Elle n'a rien à faire ici maintenant. Elle est au bord de la piscine en vacances avec ses amis. Elle est en train de les faire rire, c'est sûr. Tout à l'heure, elle m'appellera pour me raconter les petites choses de la journée, c'est sûr. Se surprendre à l'en supplier Distorsion de la réalité Ne pas l'imaginer vivante Ne pas penser aux derniers mots prononcés Par elle à moi prononcés Absoudre les images, celles qui viennent En serrent le corps, le lamine Son premier regard, le premier jour de sa vie Elle sur mon ventre ce jour-là Maintenant achevé Mon corps disloqué, écartelé, fragmenté La peau à vif Poignard au ralenti qui découpe la chair À quoi ressemble cette douleur ? Je me recule pour laisser chacun à son tour entrer, je me disparais. Beaucoup de monde défilait. Juste le bruit du silence que j'entends, des hoquets, des sanglots parfois. On me parle, on me touche aussi, je crois, je ne sais pas. Plus tard, peut-être, je me rappellerai. Je tiens debout, toujours. Après ce qui est prévu a lieu, les officiers des pompes funèbres entrent à leur tour. J'assiste à cela les yeux ouverts. Je ne suis pas sûre qu'à ce moment-là je pleure. Je ne crie pas, toujours pas. toujours je suis debout, je tiens debout, je pense à la dignité, comment je fais pour penser à la dignité, m'y accrocher, j'observe l'étrange chorégraphie des officiers des pompes funèbres, tout est anticipé, chronométré, ils visent son cercueil en lenteur, en miroir, en rythme, ensemble, ils sont très forts, calmes, ne peut m'empêcher de penser cela, Ils sont concentrés dans la justesse de leur gestuel, de vrais danseurs synchronisés. patronisés, tranquilles. Ils ne peuvent qu'être tranquilles à ce moment-là. On n'enferme pas impunément ma fille de 21 ans qui vient de mourir. Je dois leur demander d'interrompre ce balai. Je devrais y parvenir, leur demander de cesser cela. Je ne dis rien. Ils font ce qu'ils ont à faire à ce moment-là. Ensuite, ils portent son cercueil, le mettent dans le corbillard. Je les suis. Je ne fais rien d'autre que les suivre. Je ne sais pas quoi faire d'autre ni où aller. Il n'y a pas un ailleurs où aller. Je ne sais pas quoi faire d'autre que m'installer dans ce corbillard, à côté du cercueil de ma fille. Je n'ai rien à leur dire. Ils ne parlent pas. De quoi pourrions-nous parler ? Je ne cesse de me le demander. Le convoi funéraire est en place, il démarre. Je regarde la route défiler vers le jardin qui accueillera la cérémonie funéraire avant le cimetière. Je ne fais que cela. Regardez la route. Je suis absente. De cette absence, je me souviens.
Merci beaucoup Nadia d'avoir partagé cet extrait
Merci Clarence
Eh bien, ce podcast va s'achever je te souhaite une belle continuation Merci et j'espère que quoi qu'il arrive ce retour à l'écriture continue à t'accompagner et deviennent peut-être quelque chose. En tout cas, merci beaucoup. Merci d'avoir partagé ce moment ensemble.
Merci à toi. Au revoir.
Merci. À très bientôt sur le podcast Isadora BC. À bientôt. Au revoir.
Share
Embed
You may also like