- Speaker #0
Bienvenue sur Isadora BC, le podcast où un poète et une comédienne partagent une tasse de café. Donc le poète, c'est Régis Dequet,
- Speaker #1
mais la comédienne, elle n'est pas là aujourd'hui. Aujourd'hui, je reçois Olivier Degors. Bonjour, Olivier.
- Speaker #0
Bonjour, Régis.
- Speaker #1
Alors pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #0
Alors, je suis artiste depuis que je suis né, je pense, et j'utilise plusieurs moyens pour m'exprimer, c'est-à-dire que j'utilise l'image et j'utilise beaucoup le son. J'ai d'ailleurs commencé par le son, j'ai fait beaucoup de musique, je suis musicien, j'ai fait des disques, mais j'ai aussi beaucoup utilisé l'image. En fait, c'est un peu... Oui, c'est vrai que c'est l'image qui a surplanté professionnellement la musique, même si j'ai toujours... J'ai fait aussi des habillages, j'ai quand même travaillé aussi au niveau du son, ça m'a permis de faire des boulots en studio et tout ça, mais j'ai fait de la musique très personnelle. On n'est pas là pour parler de musique, on est là plus pour parler d'images. La photo s'est imposée parce que quand j'étais en fac d'art plastique, j'ai fait cinq ou six années de fac d'art plastique, j'ai trouvé que c'était le moyen le plus simple pour décrypter ce que je pouvais faire autant. dans mes installations avec mes mains parce que la photo déjà c'est gestuelle mais je pouvais aussi créer mes univers je pouvais aussi prendre l'extérieur la photo me laissait beaucoup de possibilités alors faut bien voir que j'ai commencé la photo moment où c'était l'argentique donc c'était des pellicules donc c'est vrai que à l'époque on revoit maintenant c'est un vrai engagement d'être photographe parce qu'il fallait quand même aller acheter des pellicules aller au au labo, les faire développer, faire des choix d'images, on n'en faisait pas tant que ça. D'ailleurs, on va parler d'un livre aujourd'hui où tout est des photo-arts gentils aussi, donc on verra aussi dans quoi ça consiste en rapport avec ce sujet. Ça aussi a un rapport. Et donc voilà, je m'exprime avec les moyens que j'ai. J'ai fait un peu de vidéos aussi, enfin peu importe, on ne va pas parler de tout ça. Mais la photo, quand même depuis plus de 30 ans, très très très très présente sous toutes ses coutures. J'ai un peu exploré de long en large autant les sujets, la façon de la... de l'imprimer, de la montrer, j'ai tourné pas mal autour de la photo.
- Speaker #1
Ok, alors on te reçoit justement, parce que tu viens de sortir aux éditions, La Table Ronde, un pavé, on peut parler d'un pavé, 500 pages, un livre-objet. Est-ce que tu peux nous présenter cet ouvrage ?
- Speaker #0
Alors oui, c'est un livre, disons que je suis un peu connu pour avoir photographié, avoir beaucoup d'archives sur la musique électronique, c'est-à-dire avoir beaucoup photographié les raves. des années 90. Alors on se focalise là sur les années 90. Ce livre n'entend pas retracer toute l'histoire de Radio FG, donc Radio Fréquence Gay au départ, qui au lendemain de l'élection de Mitterrand est née. En 1981, Mitterrand et Jacques Lang avaient promis l'ouverture au Radio Libre. La fréquence gay de la communauté homosexuelle peut enfin voir le jour. C'est une... Je le dis entre parenthèses, ce que c'est bien de le dire maintenant, c'est vraiment la fréquence qui a donné la... La parole à une communauté jusque-là complètement invisibilisée, en participant aussi activement aux campagnes d'information et de lutte contre l'épidémie du sida. C'est la seule qui donnait la parole aux malades. C'est très important parce que d'autres radios à l'époque parlaient du sida, quand c'est arrivé évidemment. Mais de manière thérapeutique, les avancées, tout ça, on n'osait pas inviter des gens. On avait presque peur d'inviter des gens qui avaient le sida. Donc, j'ai invité des gens, téléphoné aux gens, ça va aujourd'hui, tu vois, voilà. C'était assez important. pour cette implication. Je reviens à mon sujet. Cette radio, dans les années 80, est une radio communautaire, et la radio de la communauté homosexuelle, qui diffuse, c'est un joyeux bordel, il paraît, moi je ne l'ai pas connue à cette époque, mais qui diffuse plein de musiques très variées, de Dalida, musique d'opéra, musique synthétique pop, il y avait toutes sortes d'émissions, toutes sortes de petites annonces très écues, très engagées, tout ça. Et puis moi, ce qui m'intéressait, c'était la période que j'ai vécue, parce que j'ai traversé cette radio euh En long et en large, parce que c'était un peu le passage obligé des années 90. Il faut bien voir que la radio était un média très important dans les années 90 pour toutes les communautés musicales, qu'elles soient hip-hop, qu'elles soient électro, qu'elles soient... FG est vite devenue la radio-référence de la musique électronique, la house et la techno, qui venait des Etats-Unis, qui a atterri en Angleterre et qui après a atterri chez nous au plus bas. Elle s'est engagée très très très rapidement. dès le début des années 90 pour la musique électronique dont on donnait quelques années à vivre, comme tout nouveau mouvement qui arrive, comme pour le punk, les Beatles tout ça, on dit ah bah non, ça ça a duré une semaine bon, il s'avère que maintenant la musique électronique est partout dans la musique d'opéra, dans la musique de danse, dans les jingles à la télé, on ne se rend plus compte d'un son électronique il faut bien voir qu'à l'époque, ne serait-ce qu'un boom ou une cymbale électronique faisait sortir les gens d'une pièce, donc voilà j'ai voulu faire ce livre qui retrace juste donc qui s'ouvre sur cette fenêtre des années 90 parce que c'est vraiment des années complètement libertaires, explosives, avant Internet, avant le téléphone portable. On allait dans les fêtes, les raves incognitos. Et FG était là pour annoncer, c'était la seule radio qui annonçait les fêtes le soir. du week-end en disant « Ouais, on se retrouve, porte de la chapelle, on se retrouve machin, on vous donnera le petit flyer pour aller après vous retrouver dans la fête cachée. » Qui se trouvaient souvent dans des friches, dans des entrepôts, désaffectés.
- Speaker #1
Alors, moi personnellement, j'ai été un des acteurs. J'ai été un des acteurs des années 80, les radios libres, effectivement. Et j'animais une émission à l'époque qui n'était pas de musique électronique, mais c'était autre chose. Mais je me souviens qu'en fait, ça a été vraiment comme un feu de paille. c'est à dire que Il y a eu une fête avec plein d'énergie, il y avait des radios dans tous les sens, parfois les fréquences se mangeaient les unes les autres, c'est-à-dire qu'on émettait avec des émetteurs plus ou moins forts, donc on mangeait un peu la fréquence des autres, c'était un joyeux bordel. Et moi ce que je me suis posé comme question, c'est que toi, en fait ce qui est intéressant dans ce que tu as fait, c'est que même si c'est plus sur les années 90, tu documentes quand même quelque chose qui n'a pas été tant... on va dire, archivé que cela, quoi. Et c'est ce qui me paraissait intéressant. Et ma question, elle était, est-ce que toi, à l'époque, tu avais conscience que tes photos, avec le temps, allaient constituer une archive ?
- Speaker #0
Alors oui, on ne l'a pas dit au début, mais c'est vrai que c'est un livre de photos. Avant tout, j'ai commencé à entrer dans ce livre, il fait 500 pages, mais par la photo, je ne voulais faire qu'un livre de photos, parce qu'il y a des DJ, des photos de rave, des photos de la radio, et il y a beaucoup de textes. Aussi, après je reviens à ce que tu dis, il faut le dire parce qu'en fait j'ai voulu donner la parole, la radio c'est la parole. Donc en fait j'ai retrouvé tous les gens que je connaissais de la radio de l'époque, il y a 32 entretiens et c'est les gens qui parlent de cette radio. Moi j'ai l'impression d'être un peu comme un DJ où je convoque des gens autour d'une table pour parler de ce qu'ils ont vécu. Moi je suis juste un médiateur en fait là-dedans, avec le prétexte de mes photographies. Alors j'ai documenté, c'est souvent l'action qu'on me pose. Sans le savoir, puisque de toute façon, je faisais ces photos au début des années 90. Il n'y avait pas de médias pour les diffuser, pas de magazine pour ça. Et en me disant que de toute façon, on est dans des endroits cachés, c'est comme si vous étiez dans un endroit secret et qu'on vous disait, je fais des photos, mais en fait pour rien. Et moi, c'est ce que je trouvais le plus beau. Donc, ça a commencé comme ça. Je faisais des photos en me disant, je garde ces quelques échantillons visuels dans ma banque d'images en me disant... En fait, c'est génial parce qu'en fait, ça ne sera jamais vu. Puis après, en fait, t'es rattrapé parce que bon, des magazines arrivent, mi-90, fin 93. Et du coup, après, comme on te voit dans les fêtes, on te dit « Ah ben, tu dois avoir pas mal d'images » . Donc en fait, les choses se font comme ça par connaissance. Donc, je n'ai pas documenté au sens, je me suis dit que j'allais faire des livres et je suis un photographe documentaire. Je l'ai fait un peu par hasard parce que je vivais ce phénomène de l'intérieur, je faisais la fête comme les autres. Et donc, j'avais un petit appareil. Sur moi, avec des pellicules, j'avais toujours un petit Yashica 4, T4, qui est tenu dans ma poche, qui a une super bonne lentille optique et il faisait des photos top. Un petit coup de flash, je mettais un petit calque dessus de couleur pour ne pas trop faire mal aux yeux des protagonistes en face de moi. Et je prenais le DJ et je prenais les gens surtout. Alors je photographie plus l'intime, c'est vrai. Je dis souvent que je n'ai jamais fait une photo de foule des rêves, quand on me demande ça, parce que ce n'est pas ce qui m'intéressait. parce que d'abord il faisait noir il faut bien voir que dans ces fêtes là il y avait un spot ou deux par terre des éclairages plutôt énigmatiques donc mon flash ne portait pas très loin avec ces petits appareils donc c'était souvent l'intimité du DJ que je trouvais qui était très près de nous à l'époque au même niveau d'ailleurs pas sur une estrade et je photographiais surtout mes amis un bout de t-shirt, des détails par terre des saletés moi je suis intéressé par tous les aspects visuels de la vie quoi. dans le quotidien.
- Speaker #1
A Isadora Bessé, sur le podcast, ce qui nous intéresse c'est beaucoup l'idée de littérature. Et effectivement, je trouve que dans ton ouvrage, il y a une forme littéraire à la fois mémorielle et une forme qui emprunte au collectage, au sens de collection. Effectivement, toutes ces photos que tu as prises, moi ça me fait un peu penser comme une prise de notes. Comme si tout d'un coup, tu... Il y avait un besoin, je ne sais pas, de garder une trace de quelque chose, de quelque part, comme on pourrait prendre des notes ou faire des croquis.
- Speaker #0
Je pense qu'en fait, tout photographe, c'est ça. J'y pense souvent à ça. Si on veut garder quelque chose, pourquoi ? Mais pourquoi on veut garder ça ? Parce que c'est vrai qu'un peintre, on part plus dans des visuels qui sont inconnus. Là, on se sert du réel. pour aussi le trafiquer, parce qu'on peut très bien l'interpréter, le cadrer comme on veut. Le cadrage est très important chez un obsédé du cadrage. Pourquoi on veut garder ces traces ? C'est une bonne question parce que c'est certainement... Je ne sais pas, vraiment, je ne sais pas s'il faut répondre à cette question. Je n'ai pas envie parce que j'arrêterais peut-être de faire des photos. Pourquoi garder un moment ? La photo, c'est ça, c'est ici et maintenant, la définition au départ. Moi, c'est ça, c'est la lumière, l'instant, le temps. Donc tout ça, c'est réuni. Je participe à ce moment, donc je garde une trace de ce moment. Récemment, j'ai pensé que justement, je faisais des photos certainement en rythme. En fait, je photographie le son dans ce livre. Je photographie des gens qui arrivent à Paris avec des disques incroyables, des vinyles, d'Angleterre, d'Allemagne, des États-Unis, partout, d'Italie, et qui arrivent avec des bacs de disques incroyables toutes les semaines. Et moi, ça me fascine parce que je suis musicien et je dis que la musique avance tellement vite, c'est une telle révolution musicale, que tout le monde se prend une baffe au début des années 80, début 90, en se disant « Waouh ! Là, c'est autre chose, on passe à un autre stade. » comme le hip-hop l'a été aussi, mais d'ailleurs presque au même moment, en 87 et tout ça. D'ailleurs, même l'électro a ses prémices aussi dans l'Africa Bambaataa, 82, c'est le morceau Planet Rock, c'est entre hip-hop et rock, c'est pas encore très bien défini, c'est une boîte à rythme, mais avec des mecs qui se lament dessus, et l'Africa Bambaataa qui refait le jingle, enfin, au synthé d'ailleurs, ils ne samplent pas à l'époque le truc de Kraftwerk, donc ce morceau est génial. Et du coup, je pense que je faisais les photos en rythme parce que j'ai le rythme en moi. Donc, je ne m'imaginais même pas appuyer sur un déclencheur en rythme. Donc, en fait, c'est presque la musique qui m'imposait la photo.
- Speaker #1
Mais c'est intéressant ce que tu dis parce que même dans ton ouvrage, il y a des photos comme ça. On voit des angles ou des choses. On peut tout à fait ressentir ou imaginer le rythme en tout cas.
- Speaker #0
Oui, il y a deux aspects dans le photo. Il y a dans... Pardon. Il y a deux aspects dans ce livre. Il y a le départ un peu trash, où en effet j'ai... Enfin trash... Ou libre un peu à la volée, je veux dire, où j'avais mon appareil comme ça dans ma poche. Donc du coup, c'est vrai que j'aimais bien avoir cette proximité aussi avec les sujets, c'est-à-dire ne pas les regarder frontalement en faisant la photo. Ne pas me cacher derrière un appareil. Même petit. Parce qu'en fait, un sujet a toujours une attitude. Toujours. Toujours. Et il se dit, putain, je suis pris en photo là. Et moi, je ne voulais pas ça. Donc, même avec les DJs, qui ne savaient d'ailleurs pas pourquoi je les prenais en photo, en fait, j'ai une relation triangulaire. C'est-à-dire, j'ai le sujet, il y a moi avec l'appareil, et il y a l'appareil photo qui se balade au bout de ma main. Donc, en fait, ça donne en effet des trucs assez décadrés, un peu au hasard, des photos ratées souvent qui ne sont pas, et des photos ratées mais qui ne sont pas si ratées que ça, en fait. Ce qui fait que la personne ne me regarde pas, je n'ai pas ce rapport frontal. Voilà, on a une attitude autrement devant. Donc, j'aimais bien cette proximité. comme ça, à trois, en fait. L'appareil, moi, et le sujet.
- Speaker #1
Le sujet, ok.
- Speaker #0
Et après, dans le reste de l'ouvrage, il y a des photos plus posées, que j'ai fait plus avec un réflexe, quand je devais faire des photos, ou pour un magazine, ou quand je... J'avais toujours deux appareils, un appareil plus pointu, puis un petit appareil. Je doublais toujours les photos. Donc là, j'ai les gens, après, les DJs, je les ai avec moi, je les... On fait des photos plus posées, voilà, des photos 24-36, toujours en pellicule, toujours des pellicules. il faut penser que Il fallait les faire développer. Moi, ma vie, ça se passait entre les magazines, la radio, préparer une expo, mon studio son et les labos. Donc, mes journées étaient toujours...
- Speaker #1
Alors, on va revenir vraiment sur le livre lui-même. Donc, effectivement, c'est un livre qui est fait d'entretien, que tu as réalisé avec des acteurs de l'époque. C'est un livre de photos, on l'a dit. Mais effectivement, il y a aussi des reproductions de flyers de l'époque. D'ailleurs, moi, ce qui m'a aussi intéressé, c'était la construction, la typographie de l'ouvrage qui m'a un peu rappelé les fanzines de l'époque qu'on voyait circuler ici et là, avec des pages aussi très colorées et puis des phrases aussi un peu à des moments mises un peu en exergue, un peu façon magazine. Est-ce que tu peux nous parler, toi, de cette mise en page ?
- Speaker #0
Alors, ça a été fait par Catherine Barluet, qui connaissait bien le phénomène à l'époque. qui est donc maquettiste, directeur artistique, graphiste, et donc qui a dit tout de suite d'emblée, quand elle a vu la somme du livre, parce que c'est elle qui a conçu un peu l'objet livre, on ne savait pas trop comment faire, on avait beaucoup de photos et beaucoup de textes. Je me suis retrouvé dans un... J'ai voulu interroger trop de gens, et puis en fait, voilà, j'ai interrogé beaucoup de gens, il a fallu retranscrire, ça a été très long, mais je voulais garder la parole exacte des gens. donc je les ai fait relire et tout ça donc je trouvais ça très important mais quand on se retrouve avec une somme de textes comme ça et 400 photos on a la solution de les mettre soit d'un côté et on intercale les photos et les textes ce que je trouvais pas très très très sympa et en fait là ce qu'on a décidé de faire c'est une maquette comme un magazine géant c'est à dire que le texte court sur tout le livre et c'est des colonnes de textes qui sont assez jolies en effet c'est assez chouette il y a plein de couleurs et tout ça et les images entre dedans. Au départ, ce n'est pas du tout ce que je voulais faire, parce que là, j'ai l'impression d'illustrer presque le texte. Mais je me suis retrouvé un peu coincé dans ce truc-là, en me disant qu'au départ, je ne voulais pas illustrer. Et en fait, vu que le texte a pris de l'ampleur, et le texte, c'est du poids dans ce livre, parce qu'en effet, il y a des témoignages super sur plein de sujets, la politique de l'époque, le contexte social, le sexe, l'art, la musique évidemment, plein de DJ, plein de gens, des critiques musicaux et des journalistes. Donc là, on a notre dose au niveau musique. Comment cette musique est arrivée ? D'où elle vient ? Pourquoi ? Et voilà, donc c'est un peu de l'histoire, mais aussi l'histoire des musiques électroniques. Parce qu'en fait, il faut bien se rendre compte que même au niveau graphique, puisque tu en parles, donc graphiquement, c'est souvent ma collection de flyers à moi.
- Speaker #1
Comme j'ai déménagé à la maison de ma mère il y a pas longtemps,
- Speaker #0
j'ai retrouvé dans des caisses. Donc j'ai dit, je faisais le livre en même temps. Je disais super, tiens, ça, ça va être génial. Donc, il y a les flyers en effet photocopiés du début, photocopiés noir et blanc, très cheap, les raves et tout ça. et puis après, en fait, on se rend compte que Il y a deux périodes aussi dans le livre, vers 95-96, ça commence à s'institutionnaliser beaucoup plus. La musique électronique commence à être reconnue. On appelle ça aussi la French Touch débarque, avec des groupes emblématiques qui le seront après, mais au début, ils ne le sont pas, c'est des gamins. C'est Daft Punk, c'est les Motorbass, c'est les Cassius, c'est tous ces groupes après qui deviennent très importants. Et du coup, le graphisme devient beaucoup plus... comment dire, pointu aussi, il devient beaucoup plus sophistiqué. Voilà, c'est ça. On détourne des pubs, on détourne des paquets de lessives pour faire des flyers de soirée. Les graphistes s'y mettent. Mais il faut bien voir qu'il y a des graphistes aussi qui sont interviewés dedans. À l'époque, en 95, 94, tout ça, pour faire un flyer, mettre une image et une typo, il fallait que l'ordinateur calcule presque toute la nuit. Donc, tu laissais calculer, tu avais le temps de faire autre chose. Tu pouvais sortir, d'ailleurs. Tu avais le temps de sortir parce qu'il fallait voir du monde à l'époque pour faire des choses. Et tu revenais, mais des fois, l'ordinateur avait planté. Donc, c'est marrant, tout ce qui est raconté. Parce que la musique, c'est pareil. En 84, je crois que c'est la première... On ne pouvait pas faire de musique chez soi.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Cette révolution musicale, elle est aussi autant dans la manière de concevoir, de produire, de diffuser, de délivrer la musique. On ne se rend pas compte aujourd'hui, mais on pouvait faire un disque chez soi du jour au lendemain. On pouvait aussi faire des flyers chez soi. Avant, c'est ce qu'ils racontent dans le livre, il fallait qu'ils aillent chez le photografeur, à l'imprimerie. Le mec disait, attendez, donnez-moi l'image et puis je vais mettre la type. C'était galère. Là, tu étais libre, tout seul chez toi, tu pouvais produire des objets et produire de la musique. Donc, quelle liberté ! Tu pouvais sortir un disque chez toi. C'est ce qu'ont fait tous les premiers Français. Et les Américains aussi.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Il y a une autre question que j'aurais aimé te poser. Parmi toutes ces photographies qui sont présentes dans cet ouvrage, est-ce qu'il y en a une qui, pour toi, est particulière, soit par son côté émotionnel, soit parce qu'elle représente quelque chose, un moment, quelque chose de particulier pour toi ? Oui,
- Speaker #0
mais parler d'une photo à l'antenne, ce n'est pas grave ? ben non tu vas nous la décrire tu vas nous la raconter je peux en citer 3 pourquoi pas je t'écoute la première c'est quand Jeff Mills qui est maintenant un DJ plus ou moins connu qui est entré dans l'intelligence de la musique électronique parce qu'il fait aussi des performances lui même c'est une performance en tant que personnage quand il mixe parce qu'il mixe avec des piles de disques comme ça à une rapidité de fou qui était d'ailleurs un DJ du hip hop au départ quand on le voit sur les premières vidéos. Et Jeff Mills, c'est quand il vient la première fois en France. Jeff Mills, il arrivait toujours en costard, comme ça, très classe, de Détroit. C'était un peu un mythe. Il faisait partie du groupe Under Grande Résistance au départ. C'est un peu le public ennemi du hip-hop. Pas de la techno. Under Grande Résistance. Et donc, du coup, Jeff Mills qui arrive la première fois en mai 1993, mixé dans une abbaye. L'abbaye royale de Montcel, c'était en banlieue parisienne. Alors là, personne ne l'avait jamais vue mixée. C'était formidable. Donc il y a une photo que je trouve assez chouette en noir et blanc dans ce livre. Je ne savais pas trop, d'ailleurs, à l'époque, moi, que c'était la première fois qu'il venait. Donc je l'ai quand même croisé pas mal de fois. Jeff Mills, c'est quand même quelqu'un... Voilà, c'est quand même quelqu'un de... Il a fait beaucoup de disques, pour ceux qui ne connaissent pas. Il faut vraiment écouter le travail de Jeff Mills. Une deuxième, une seconde photo, une deuxième plutôt, c'est celle où avec les flics, il y a deux flics qui arrêtent une rave un matin, un after. Et ce qui est amusant sur cette photo, c'est qu'il y a eu deux flics, alors avec les costumes de l'époque, des années 90. Les bouquets pis, les bouquets pis. Les bouquets pis, la petite chemise bleu ciel et tout, dans l'hôpital Saint-Louis, qui était, c'est pareil, c'était un entrepôt complètement désaffecté, une salle d'hôpital. Et je ne sais pas comment... Quand les gens étaient entrés, on m'a dit qu'après on avait passé les platines dans un trou dans le mur, c'était vers l'hôpital Saint-Louis, là dans le 10ème, et les mecs arrivent et stoppent la musique, comme ça. Et on voit les deux DJs, ce qui est amusant c'est que les deux DJs encadrent les deux flics, ils sont derrière les deux flics, ils sont en train de mettre une contre-nonce, et les flics ne me voient pas. J'ai un 50mm pourtant, et là c'était mon appareil, j'avais pas un petit appareil, là j'ai un vrai appareil. Et je me rappelle très bien, j'avais 50 mm, donc on peut jauger à quelle distance je suis d'eux, avec le clic, parce qu'il y a un silence de fou dans l'entrepôt, parce qu'ils ont tout arrêté la musique, sur un disque qui s'appelait Give Your Body, en plus, donne ton corps, et donne ton corps, tu ne peux plus le donner. Donc tout ça, c'est une histoire pour moi assez incroyable. Voilà, donc elle est marrante cette photo dans le livre. Et puis... Et puis non, il y en a une autre qui s'est révélée d'elle-même pendant le livre que je ne connaissais pas moi-même. J'ai regardé dans ma banque d'images avant de faire le livre. Je me suis dit tiens, je vais rajouter des photos que je n'ai peut-être pas vues parce que j'ai des négatifs. Je n'ai pas encore tout vu. J'ai retrouvé cette photo d'une Gay Pride 95 où il y a le char. Il y a toujours des chars de toutes les marques. Il y avait le char FG. Une sorte d'estafette avec une bâche dessus attachée avec des fiches. Je me dis, mais aujourd'hui, plus jamais, avec des gens qui dansent dessus. Et c'est le truc assez hallucinant. Il y a un mot qu'on n'a pas prononcé depuis le début, c'est que c'était la joie, la fête. C'est le plaisir, en fait, toutes ces années. On s'amuse énormément, on rigole comme des malades. Donc, en fait, en regardant cette image, je trouve ça assez drôle. Et ce n'est pas moi qui l'ai remarqué. En fait, elle résume presque le livre parce que c'est FG. FG dans la rue, la fête. la musique en plein jour comme ça il y a beaucoup d'hédonisme dans cette image et puis voilà je trouve ça marrant, elle ne résume pas le livre mais elle fédère quand même bien l'esprit du livre je trouve cette image ok, bah écoute est-ce que tu voulais dire autre chose sur cet ouvrage tu voulais ajouter quelque chose pour conclure c'est qu'en fait tout ça tous ces DJ, tous ces gens de l'époque que j'ai conviés autour de cet état pour parler en fait on se rend compte qu'en fait Toute cette époque, c'est sans préméditation, sans calcul. Moi, je fais des photos sans préméditation, sans calcul, sans savoir ce que je vais en faire. Les DJ, c'est pareil, ils commencent à mixer, ils trouvent des disques. On fait tourner des platines, on recherche, on est curieux. Et en fait, c'est sans préméditation, sans plan de carrière,
- Speaker #1
vraiment. En tout cas, merci beaucoup,
- Speaker #0
Olivier. Effectivement, Radio-FG, c'est un magnifique livre. à offrir pour les fêtes. À 1,5 kg, il faut prendre un bon sac quand vous les cherchez. C'est un beau livre, il est magnifique.
- Speaker #1
On peut lire sur la durée.
- Speaker #0
Effectivement, c'est un livre, on peut l'ouvrir n'importe où et on plonge dedans. Il y a plein de découvertes et plein de belles choses à apprendre. Absolument. Merci Régis. Merci à toi Olivier.