Description
Régis Decaix reçoit Olivier Delahaye journaliste pour évoquer son rapport à l'écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Régis Decaix reçoit Olivier Delahaye journaliste pour évoquer son rapport à l'écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, Isadora Bessé, le podcast où un poète et une comédienne partagent une tasse de café. Le poète c'est Régis Dequet et aujourd'hui il n'y a pas de comédienne. Aujourd'hui nous recevons Olivier Delahaye, journaliste. Et évidemment dans ce podcast nous interrogeons sur la littérature, l'écriture, la lecture. Et toi Olivier, en tant que journaliste tu as pleinement ta place ici dans ce podcast. Mais... Ma question, justement, ma première question, elle sera sur ton rapport à l'image, puisque à l'origine, je sais que tu as fait une école de cinéma et que tu as longtemps été iconographe pour un quotidien français qui s'appelait François, pour les plus anciens. Voilà. Et donc, j'aimerais que tu nous parles un petit peu d'abord de ce rapport à l'image et peut-être ensuite à l'écriture.
Le rapport à l'image, il... Il est né assez jeune en regardant la télévision tout simplement et en allant au cinéma. Et en fait, il n'était pas question d'écriture ou de quoi que ce soit. Je voulais faire des films, je voulais être réalisateur de films. Et le rapport à l'image, pour moi, il est très... Il est assez naturel. Je me souviens que je découpais des photos dans les magazines, que j'avais beaucoup de photos dans ma chambre. Le rapport à l'image, il a toujours été très jeune. Ça a commencé par des images de footballeurs quand j'étais petit, des tennismen. Et puis après, c'est venu assez naturellement vers le cinéma. mais j'ai pas de rapport à l'image particulière en sens stylistique ou au sens artistique du terme
Oui mais en fait il y a quand même une proximité parce que tout le monde ne choisit pas de faire une école de cinéma tout le monde n'est pas iconographe dans un journal d'un quotidien en plus qui à l'époque était un quotidien important à l'époque François
Oui mais en fait je suis arrivé À François, parce que je cherchais du travail, tout simplement. Pour le coup, j'avais plus travaillé en tant que journaliste auparavant, notamment en cinéma. Et je suis arrivé à François parce que je cherchais du boulot. C'était un moment de ma vie où c'était un peu compliqué financièrement. Donc, je suis arrivé à François de façon... Je ne cherchais pas du tout à être iconographe, mais c'est... J'étais en même temps dans mon élément naturel, on va dire. Ça a été très, très simple pour moi de m'adapter et de trouver des images, des photos qui devaient correspondre à des sujets, à des articles. Ça s'est passé de façon très simple et très naturelle. Donc, je n'ai pas eu même de période d'adaptation. Ça s'est fait très, très, très vite. Et en fait, à François, ce qui se passait, c'est qu'on recevait... À l'époque, déjà, on était passé au numérique, c'est-à-dire que même les photos argentiques, on est au début des années 2000, donc il y a encore beaucoup d'argentiques, mais toutes les photos étaient numérisées et on recevait des photos d'agences. sur un fil, on l'appelle le fil AFP ou le fil Reuters, le fil des agences photo. Et tout ça, toutes ces images qui passaient par l'Internet, nous arrivaient via un logiciel. Donc on recevait les images en direct. Quand l'AFP ou Reuters les publiaient, on les recevait directement. Et on les traitait directement, on les archivait, on les soumettait aux journalistes et aux chefs de service pour illustrer les articles. Et j'ai très vite trouvé ma place très facilement dans ce métier d'iconographe.
Ok, alors ça m'amène presque à la seconde question, puisque en 2006, donc tu nous parlais au début des années 2000, en 2006, tu as édité, suite à la collaboration avec la compagnie Spera, avec Clarence Macienni, qui jouait un spectacle qui s'appelait Femmes dans la tourmente, donc tu as édité un petit recueil avec quelques histoires. Et ces histoires, elles t'ont été inspirées justement par... ces images de presse que tu recevais. Voilà, et donc après, on avait Clarence, on avait Misa en scène, parce qu'il y a un travail autour d'un spectacle, Femmes dans la tourmente. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est est-ce que toi, tu peux me parler personnellement de toi, de cette expérience, ce que toi, tu as vécu par rapport à cette collaboration ?
En fait, Le propos, il est venu d'une image. On est, je ne sais pas, en 2003 ou 2004, par là, c'était la guerre au Soudan, qui était une guerre civile très, très meurtrière. Et donc, moi, je recevais, on recevait donc les images en live et on les traitait. Et on recevait parfois des images, on recevait beaucoup d'images de conflits. Et je me souviens d'une image en particulier qui venait de cette guerre au Soudan, qui était l'image d'une femme totalement défigurée, qui avait été violée, attaquée et défigurée. Les types qui l'avaient attaqué lui avaient ouvert la bouche, en fait. Donc c'était une image d'une violence extrême. Après, on a reçu aussi des images du conflit en Irak qui était abominable. Mais cette image-là m'avait vraiment... Je l'ai encore en tête, elle était vraiment abominable. En fait, je ne savais pas quoi faire de cette photo. Je ne savais pas quoi faire de ça. Comment on reçoit au milieu de photos de sport ou de politique Nicolas Sarkozy dans un commissariat. Et puis tout d'un coup, bim, une image de souffrance totale. Je ne sais même pas comment le... Le photographe avait pu prendre cette photo, mais je ne savais pas du tout quoi faire de ça. Mon seul remède, si on peut dire, ça a été d'écrire par rapport à cette femme, d'essayer de lui inventer une vie. Je ne savais pas du tout qui elle était, je ne savais rien à part l'image en elle-même. Donc en fait, je me suis mis à écrire une histoire par rapport à cette femme, une histoire de réfugiée soudanaise. Et de là est venue l'idée d'appartir d'autres images qu'on recevait, des images d'actualité. de construire effectivement des courts récits faits à partir de ces photos. Donc, c'est parti comme ça. Voilà, c'est parti comme ça.
Ce qui est intéressant, c'est que d'abord, tu as l'image qui est comme un collectage. D'un coup, c'est du réel, l'image. Et sur ce réel, tout d'un coup, il y a eu cette possibilité d'inventer, de poser un récit qui n'est pas forcément la réalité, mais qui... part de cette image, de ce fragment de la réalité. Et je trouvais ça assez intéressant justement d'imaginer comme tu disais, un récit, une histoire, à partir d'une image dont ce n'est pas forcément grand-chose.
Non, et ce n'était pas du tout évident pour moi, parce que quand j'écris quelque chose, c'est un peu un réflexe de journaliste, c'est de se documenter, de... de savoir de quoi on parle, d'enquêter, d'essayer de construire quelque chose de plus fidèle possible, un récit le plus fidèle possible. Et là, je n'avais rien du tout. Bien sûr, j'ai lu par rapport à ce qui se passait au Soudan, aux camps de réfugiés, etc. Mais il fallait vraiment... En fait, il fallait que l'imaginaire dépasse la réalité. Sinon, c'était insupportable. Parce qu'en me documentant, je voyais bien que de toute façon, je n'arriverais à rien d'autre que de décrire des faits. Et ce n'était pas l'idée. Il fallait... qu'il y ait une sorte de libération possible, il fallait que le récit, l'imaginaire, puisse emmener vers autre chose que cette brutalité. Donc ça s'est fait comme ça.
Donc là, on revient un petit peu à présent sur ton travail plus journalistique, puisque aujourd'hui, tu as dirigé... certaines collections pour des éditeurs connus sur différentes thématiques. Et alors, ce qui est intéressant, c'est que ces thématiques, ce n'est pas forcément toi qui les as choisis. C'est l'éditeur, on va dire, qui propose une collection, etc. Enfin, tu vas nous en dire plus, je pense, mais voilà. En fait, l'idée, c'est ça, c'est que ce n'est pas un choix personnel, mais ma question, c'est ça, c'est quelles sont tes contraintes ? Qu'est-ce que tu rencontres comme difficulté ? Et comment est-ce que tu vas procéder pour justement trouver des choses à raconter sur des thématiques qui ne sont pas forcément des choix personnels, en fait ?
En fait, il y a toujours une part de personnel. Parce que si on me propose quelque chose sur lequel je suis vraiment... Enfin, qui m'est totalement étranger, vous m'avez proposé il y a quelques années d'écrire pour une... collection de livres sur le rock métal. J'avais dit, mais ce n'est pas du tout pour moi. Je n'y connais absolument rien, à part les t-shirts Iron Maiden ou Metallica. C'est tout ce que je connais du rock métal. Donc, j'avais dit, non, ce n'est pas pour moi. Même en me documentant, ce n'est pas possible. Ça ne fait pas du tout... Ça ne connecte pas dans mon esprit avec quelque chose qui m'est proche d'une façon ou d'une autre. Donc, je n'ai pas vraiment de sujet imposé. Je suis libre quand même de choisir ce que je vais accepter ou ne pas accepter. Et en général, j'accepte quelque chose sur lequel j'ai quelque chose à dire ou en tout cas qui m'appelle, qui m'intéresse. Je vais pouvoir... qui va suffisamment m'intéresser pour que j'aille chercher, que j'aille enquêter ou chercher de la documentation, ou lire des livres, voir des documentaires sur le sujet. On a tenté une collection avec Hachette il n'y a pas longtemps sur les dinosaures, par exemple. C'est un sujet que je trouve fascinant, surtout avec les dernières découvertes depuis 20 ans sur... Sur la pédéontologie, sur cette époque-là, il y a des choses très, très, très nouvelles qui sont apparues, qui sont hyper intéressantes. Là, c'est vraiment très, très passionnant. Donc, si le sujet m'appelle, je peux y aller. Si le sujet ne m'appelle pas du tout, je n'y vais pas. Donc, ce n'est pas...
Tu ne le sens pas comme quelque chose d'imposé, quoi.
Non, non, non, non, non, jamais. Non, non, je fais en sorte de m'approprier le sujet.
Alors, les contraintes, quelles sont les contraintes que tu rencontres ? Parce qu'on essaye de remettre dans le contexte. En fait, c'est de la rédaction d'articles, mais c'est combien de numéros en général ?
Ça dépend des... Alors, pour ce que je fais pour Hachette, ça dépend des collections. s'ils sont des fascicules, donc des petits livrets qui font entre 12 et 16 pages en général, ça peut monter à 100, 120 numéros. Donc éditorialement, c'est assez long. Ça prend du temps. Ça prend du temps et puis surtout que sur certains sujets, ça peut tirer à la ligne pas mal. C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, on se pose la question comment on va tourner le... le prochain sujet, mais bon, il y en a des... Là-dessus, il y a des... Pas des techniques, mais il y a une façon de faire. Il y a un mode opératoire qui fait qu'on a un plan de collection aussi sur les sujets, sur ce qu'il est possible de faire, sur comment on va les traiter, comment on va s'adapter aussi. Donc tout ça finit toujours par se faire. On a fait une collection sur Paris Match, à partir des archives de Paris Match. Là, c'était des livres, c'était 60 numéros. Et là, pour le coup, ils ont traité d'histoires contemporaines entre 1949 et 2009. Là, on n'a pas du tout de problème à trouver des sujets. Au contraire, on a trop de matière. Donc là, c'est plus ordonner. Qu'est-ce qui est le plus important de traiter ? Comment on hiérarchise l'information ? comme voilà Est-ce que, je ne sais pas, en 2005, c'est plus important les violences en banlieue qu'un autre sujet ? Après, c'est une question d'hierarchisation. Mais les contraintes, en fait, elles nous aident surtout, justement, à trouver des solutions. C'est pas... Je vois pas les... On a fait une collection sur Alien, sur les films Alien, où on avait énormément de contraintes, puisqu'on pouvait pas mettre de photos des acteurs, on pouvait pas même parler des acteurs dans les articles, et ces contraintes-là en fait, permettent de développer aussi des ressources, c'est toujours assez... le défi devient assez... C'est comme un jeu, quoi. Ça devient assez...
Un challenge, un peu. Oui,
ça devient assez marrant à faire, en fait. Et on trouve toujours. En fait, on trouve toujours.
Donc, t'as pas vraiment de difficultés. Les difficultés, elles peuvent apparaître et puis après, tu les dépasses et tu continues ton avancée.
Il n'y a pas de difficulté en termes d'écriture. Enfin, j'en ai pas connu. Les difficultés propres à ce genre de collection sont liées plutôt au style, sont liées à la façon d'écrire. C'est-à-dire qu'il y a une façon d'écrire qui doit être très froide, encyclopédique. Puisqu'au départ, c'est de l'encyclopédie, Hachette, etc. C'est de l'encyclopédie, c'est tout l'univers, ces trucs-là. Donc la base, c'est d'avoir vraiment une écriture la plus neutre possible de dire les faits, en fait, de dire ce que c'est. Mais sans fioriture, sans style, il faut que ce soit... accessible aussi à tout le monde. Au départ, ça a été un peu compliqué pour moi d'écrire sans écrire, d'être au niveau de l'écriture le plus basique. Sujet-frave, sujet-verbe,
complètement.
La contrainte, elle a été surtout là-dessus, au départ. Mais une fois que c'est compris, que c'est assimilé, ça se fait très, très, très, très, très bien.
OK. Alors, moi, ça m'amène à la dernière question. Est-ce que toi, aujourd'hui, tu aimerais écrire quelque chose de personnel ? Est-ce que tu as une ambition dans ce sens ? Et quelle que soit ta réponse, c'est-à-dire oui ou non, est-ce que tu peux me dire pourquoi, en fait ?
Pourquoi quoi ?
Pourquoi, par exemple, tu as un désir ou pourquoi tu n'as pas de désir ? En fait, c'est ça qui m'intéresse.
Ah, ben... En fait, j'ai toujours écrit. J'écris depuis très longtemps, depuis le lycée. Même depuis le collège, puisque je faisais un journal au collège. Donc, j'ai toujours écrit.
Je ne sais pas si tu te rappelles, mais il y a très longtemps... Tu m'avais soumis, on avait discuté autour d'un projet, de scénario que tu avais, je ne sais pas si tu te rappelles de ça. Ouais. On avait discuté et tout, donc ça tu réécris pas aujourd'hui de scénario, de choses comme ça ?
Pas de scénario, non. Non. Non, j'écris des récits, j'écris...
Mais personnel, tu veux dire, pour toi, ou c'est des commandes ? C'est ça qui m'intéresse. Non,
à l'écriture personnelle, oui, j'en fais... J'écris beaucoup sous. plein de formes, sous forme de journal, sous forme de... même de... de contes, ou d'idées de contes, ou d'idées de petites histoires, ou... En fait, j'en ai plein les tiroirs, enfin, les tiroirs de mon ordinateur, pour le coup.
Mais... Tiroirs numériques.
Oui, j'en ai beaucoup, j'ai... J'ai commencé il y a longtemps des nouvelles. J'ai toujours écrit personnellement, mais je ne me mets pas d'enjeu par rapport à l'écriture. J'écris déjà beaucoup journalistiquement. J'ai déjà beaucoup à écrire journalistiquement. Et sur l'écriture... Personnellement, moi aujourd'hui, je n'ai pas de veillité d'écrivain ou de quoi que ce soit. Et je préfère presque que ça reste comme ça en fait, sans enjeu, sans... Je n'ai pas très envie de me confronter, je me suis beaucoup confronté. Quand j'écris beaucoup de scénarios à une époque, où je voulais faire du cinéma, je fais des courts-métrages et je me suis beaucoup confronté à la vie des autres et aux maisons de production et aujourd'hui, j'ai plus du tout envie de ça, en fait. Quand j'écris, c'est vraiment pour moi et je fais même pas lire, je suis même pas sûr d'avoir envie de faire lire, en fait.
Ok, bah écoute, moi, je trouve ça super intéressant d'abord. cette espèce d'écriture comme une hygiène ou comme une relation à soi-même en fait, mais sans désir particulier de reconnaissance ou d'ambition ou quoi que ce soit, un peu comme quelqu'un qui ferait une espèce de gymnastique parce que ça lui fait du bien, ça lui convient, moi je trouve ça assez beau en fait.
Oui, depuis quelques temps, j'écris sur des choses qui me font rire en fait. C'est-à-dire qu'en fait, j'essaie d'écrire des récits drôles. Ce qui n'est pas du tout évident, c'est que c'est assez rare, l'écriture comique, on va dire. C'est très, très rare. Moi, pour le coup, je ne connais que véritablement... Il y a Patrick Rambeau, aujourd'hui, qui est très drôle. Mais sinon, je ne sais plus comment il s'appelle, cet écrivain anglais qui a écrit Wilt. qui a un roman sur... Enfin, il en a fait même plusieurs. Il y a Wilt 1, Wilt 2, Wilt 3, je crois, qui est sur le régime de l'apartheid en Afrique du Sud, à l'époque, donc. C'est les années 80. Et c'est terriblement drôle.
Sur un sujet pas drôle.
Sur l'apartheid. C'est une dénonciation de l'apartheid en le rendant tellement dérisoire. et tellement stupide que je trouve que c'est une écriture assez rare et je m'essaye à ça plutôt.
Ok. Ben écoute, Olivier, je te remercie en tout cas d'avoir partagé ce petit temps avec...
Ben merci à toi.
Avec nos auditeurs, voilà. Écoute, Olivier, tu es le bienvenu pour une autre fois peut-être.
Avec plaisir.
Merci Olivier. Merci, au revoir.
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Régis Decaix reçoit Olivier Delahaye journaliste pour évoquer son rapport à l'écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bonjour, Isadora Bessé, le podcast où un poète et une comédienne partagent une tasse de café. Le poète c'est Régis Dequet et aujourd'hui il n'y a pas de comédienne. Aujourd'hui nous recevons Olivier Delahaye, journaliste. Et évidemment dans ce podcast nous interrogeons sur la littérature, l'écriture, la lecture. Et toi Olivier, en tant que journaliste tu as pleinement ta place ici dans ce podcast. Mais... Ma question, justement, ma première question, elle sera sur ton rapport à l'image, puisque à l'origine, je sais que tu as fait une école de cinéma et que tu as longtemps été iconographe pour un quotidien français qui s'appelait François, pour les plus anciens. Voilà. Et donc, j'aimerais que tu nous parles un petit peu d'abord de ce rapport à l'image et peut-être ensuite à l'écriture.
Le rapport à l'image, il... Il est né assez jeune en regardant la télévision tout simplement et en allant au cinéma. Et en fait, il n'était pas question d'écriture ou de quoi que ce soit. Je voulais faire des films, je voulais être réalisateur de films. Et le rapport à l'image, pour moi, il est très... Il est assez naturel. Je me souviens que je découpais des photos dans les magazines, que j'avais beaucoup de photos dans ma chambre. Le rapport à l'image, il a toujours été très jeune. Ça a commencé par des images de footballeurs quand j'étais petit, des tennismen. Et puis après, c'est venu assez naturellement vers le cinéma. mais j'ai pas de rapport à l'image particulière en sens stylistique ou au sens artistique du terme
Oui mais en fait il y a quand même une proximité parce que tout le monde ne choisit pas de faire une école de cinéma tout le monde n'est pas iconographe dans un journal d'un quotidien en plus qui à l'époque était un quotidien important à l'époque François
Oui mais en fait je suis arrivé À François, parce que je cherchais du travail, tout simplement. Pour le coup, j'avais plus travaillé en tant que journaliste auparavant, notamment en cinéma. Et je suis arrivé à François parce que je cherchais du boulot. C'était un moment de ma vie où c'était un peu compliqué financièrement. Donc, je suis arrivé à François de façon... Je ne cherchais pas du tout à être iconographe, mais c'est... J'étais en même temps dans mon élément naturel, on va dire. Ça a été très, très simple pour moi de m'adapter et de trouver des images, des photos qui devaient correspondre à des sujets, à des articles. Ça s'est passé de façon très simple et très naturelle. Donc, je n'ai pas eu même de période d'adaptation. Ça s'est fait très, très, très vite. Et en fait, à François, ce qui se passait, c'est qu'on recevait... À l'époque, déjà, on était passé au numérique, c'est-à-dire que même les photos argentiques, on est au début des années 2000, donc il y a encore beaucoup d'argentiques, mais toutes les photos étaient numérisées et on recevait des photos d'agences. sur un fil, on l'appelle le fil AFP ou le fil Reuters, le fil des agences photo. Et tout ça, toutes ces images qui passaient par l'Internet, nous arrivaient via un logiciel. Donc on recevait les images en direct. Quand l'AFP ou Reuters les publiaient, on les recevait directement. Et on les traitait directement, on les archivait, on les soumettait aux journalistes et aux chefs de service pour illustrer les articles. Et j'ai très vite trouvé ma place très facilement dans ce métier d'iconographe.
Ok, alors ça m'amène presque à la seconde question, puisque en 2006, donc tu nous parlais au début des années 2000, en 2006, tu as édité, suite à la collaboration avec la compagnie Spera, avec Clarence Macienni, qui jouait un spectacle qui s'appelait Femmes dans la tourmente, donc tu as édité un petit recueil avec quelques histoires. Et ces histoires, elles t'ont été inspirées justement par... ces images de presse que tu recevais. Voilà, et donc après, on avait Clarence, on avait Misa en scène, parce qu'il y a un travail autour d'un spectacle, Femmes dans la tourmente. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est est-ce que toi, tu peux me parler personnellement de toi, de cette expérience, ce que toi, tu as vécu par rapport à cette collaboration ?
En fait, Le propos, il est venu d'une image. On est, je ne sais pas, en 2003 ou 2004, par là, c'était la guerre au Soudan, qui était une guerre civile très, très meurtrière. Et donc, moi, je recevais, on recevait donc les images en live et on les traitait. Et on recevait parfois des images, on recevait beaucoup d'images de conflits. Et je me souviens d'une image en particulier qui venait de cette guerre au Soudan, qui était l'image d'une femme totalement défigurée, qui avait été violée, attaquée et défigurée. Les types qui l'avaient attaqué lui avaient ouvert la bouche, en fait. Donc c'était une image d'une violence extrême. Après, on a reçu aussi des images du conflit en Irak qui était abominable. Mais cette image-là m'avait vraiment... Je l'ai encore en tête, elle était vraiment abominable. En fait, je ne savais pas quoi faire de cette photo. Je ne savais pas quoi faire de ça. Comment on reçoit au milieu de photos de sport ou de politique Nicolas Sarkozy dans un commissariat. Et puis tout d'un coup, bim, une image de souffrance totale. Je ne sais même pas comment le... Le photographe avait pu prendre cette photo, mais je ne savais pas du tout quoi faire de ça. Mon seul remède, si on peut dire, ça a été d'écrire par rapport à cette femme, d'essayer de lui inventer une vie. Je ne savais pas du tout qui elle était, je ne savais rien à part l'image en elle-même. Donc en fait, je me suis mis à écrire une histoire par rapport à cette femme, une histoire de réfugiée soudanaise. Et de là est venue l'idée d'appartir d'autres images qu'on recevait, des images d'actualité. de construire effectivement des courts récits faits à partir de ces photos. Donc, c'est parti comme ça. Voilà, c'est parti comme ça.
Ce qui est intéressant, c'est que d'abord, tu as l'image qui est comme un collectage. D'un coup, c'est du réel, l'image. Et sur ce réel, tout d'un coup, il y a eu cette possibilité d'inventer, de poser un récit qui n'est pas forcément la réalité, mais qui... part de cette image, de ce fragment de la réalité. Et je trouvais ça assez intéressant justement d'imaginer comme tu disais, un récit, une histoire, à partir d'une image dont ce n'est pas forcément grand-chose.
Non, et ce n'était pas du tout évident pour moi, parce que quand j'écris quelque chose, c'est un peu un réflexe de journaliste, c'est de se documenter, de... de savoir de quoi on parle, d'enquêter, d'essayer de construire quelque chose de plus fidèle possible, un récit le plus fidèle possible. Et là, je n'avais rien du tout. Bien sûr, j'ai lu par rapport à ce qui se passait au Soudan, aux camps de réfugiés, etc. Mais il fallait vraiment... En fait, il fallait que l'imaginaire dépasse la réalité. Sinon, c'était insupportable. Parce qu'en me documentant, je voyais bien que de toute façon, je n'arriverais à rien d'autre que de décrire des faits. Et ce n'était pas l'idée. Il fallait... qu'il y ait une sorte de libération possible, il fallait que le récit, l'imaginaire, puisse emmener vers autre chose que cette brutalité. Donc ça s'est fait comme ça.
Donc là, on revient un petit peu à présent sur ton travail plus journalistique, puisque aujourd'hui, tu as dirigé... certaines collections pour des éditeurs connus sur différentes thématiques. Et alors, ce qui est intéressant, c'est que ces thématiques, ce n'est pas forcément toi qui les as choisis. C'est l'éditeur, on va dire, qui propose une collection, etc. Enfin, tu vas nous en dire plus, je pense, mais voilà. En fait, l'idée, c'est ça, c'est que ce n'est pas un choix personnel, mais ma question, c'est ça, c'est quelles sont tes contraintes ? Qu'est-ce que tu rencontres comme difficulté ? Et comment est-ce que tu vas procéder pour justement trouver des choses à raconter sur des thématiques qui ne sont pas forcément des choix personnels, en fait ?
En fait, il y a toujours une part de personnel. Parce que si on me propose quelque chose sur lequel je suis vraiment... Enfin, qui m'est totalement étranger, vous m'avez proposé il y a quelques années d'écrire pour une... collection de livres sur le rock métal. J'avais dit, mais ce n'est pas du tout pour moi. Je n'y connais absolument rien, à part les t-shirts Iron Maiden ou Metallica. C'est tout ce que je connais du rock métal. Donc, j'avais dit, non, ce n'est pas pour moi. Même en me documentant, ce n'est pas possible. Ça ne fait pas du tout... Ça ne connecte pas dans mon esprit avec quelque chose qui m'est proche d'une façon ou d'une autre. Donc, je n'ai pas vraiment de sujet imposé. Je suis libre quand même de choisir ce que je vais accepter ou ne pas accepter. Et en général, j'accepte quelque chose sur lequel j'ai quelque chose à dire ou en tout cas qui m'appelle, qui m'intéresse. Je vais pouvoir... qui va suffisamment m'intéresser pour que j'aille chercher, que j'aille enquêter ou chercher de la documentation, ou lire des livres, voir des documentaires sur le sujet. On a tenté une collection avec Hachette il n'y a pas longtemps sur les dinosaures, par exemple. C'est un sujet que je trouve fascinant, surtout avec les dernières découvertes depuis 20 ans sur... Sur la pédéontologie, sur cette époque-là, il y a des choses très, très, très nouvelles qui sont apparues, qui sont hyper intéressantes. Là, c'est vraiment très, très passionnant. Donc, si le sujet m'appelle, je peux y aller. Si le sujet ne m'appelle pas du tout, je n'y vais pas. Donc, ce n'est pas...
Tu ne le sens pas comme quelque chose d'imposé, quoi.
Non, non, non, non, non, jamais. Non, non, je fais en sorte de m'approprier le sujet.
Alors, les contraintes, quelles sont les contraintes que tu rencontres ? Parce qu'on essaye de remettre dans le contexte. En fait, c'est de la rédaction d'articles, mais c'est combien de numéros en général ?
Ça dépend des... Alors, pour ce que je fais pour Hachette, ça dépend des collections. s'ils sont des fascicules, donc des petits livrets qui font entre 12 et 16 pages en général, ça peut monter à 100, 120 numéros. Donc éditorialement, c'est assez long. Ça prend du temps. Ça prend du temps et puis surtout que sur certains sujets, ça peut tirer à la ligne pas mal. C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, on se pose la question comment on va tourner le... le prochain sujet, mais bon, il y en a des... Là-dessus, il y a des... Pas des techniques, mais il y a une façon de faire. Il y a un mode opératoire qui fait qu'on a un plan de collection aussi sur les sujets, sur ce qu'il est possible de faire, sur comment on va les traiter, comment on va s'adapter aussi. Donc tout ça finit toujours par se faire. On a fait une collection sur Paris Match, à partir des archives de Paris Match. Là, c'était des livres, c'était 60 numéros. Et là, pour le coup, ils ont traité d'histoires contemporaines entre 1949 et 2009. Là, on n'a pas du tout de problème à trouver des sujets. Au contraire, on a trop de matière. Donc là, c'est plus ordonner. Qu'est-ce qui est le plus important de traiter ? Comment on hiérarchise l'information ? comme voilà Est-ce que, je ne sais pas, en 2005, c'est plus important les violences en banlieue qu'un autre sujet ? Après, c'est une question d'hierarchisation. Mais les contraintes, en fait, elles nous aident surtout, justement, à trouver des solutions. C'est pas... Je vois pas les... On a fait une collection sur Alien, sur les films Alien, où on avait énormément de contraintes, puisqu'on pouvait pas mettre de photos des acteurs, on pouvait pas même parler des acteurs dans les articles, et ces contraintes-là en fait, permettent de développer aussi des ressources, c'est toujours assez... le défi devient assez... C'est comme un jeu, quoi. Ça devient assez...
Un challenge, un peu. Oui,
ça devient assez marrant à faire, en fait. Et on trouve toujours. En fait, on trouve toujours.
Donc, t'as pas vraiment de difficultés. Les difficultés, elles peuvent apparaître et puis après, tu les dépasses et tu continues ton avancée.
Il n'y a pas de difficulté en termes d'écriture. Enfin, j'en ai pas connu. Les difficultés propres à ce genre de collection sont liées plutôt au style, sont liées à la façon d'écrire. C'est-à-dire qu'il y a une façon d'écrire qui doit être très froide, encyclopédique. Puisqu'au départ, c'est de l'encyclopédie, Hachette, etc. C'est de l'encyclopédie, c'est tout l'univers, ces trucs-là. Donc la base, c'est d'avoir vraiment une écriture la plus neutre possible de dire les faits, en fait, de dire ce que c'est. Mais sans fioriture, sans style, il faut que ce soit... accessible aussi à tout le monde. Au départ, ça a été un peu compliqué pour moi d'écrire sans écrire, d'être au niveau de l'écriture le plus basique. Sujet-frave, sujet-verbe,
complètement.
La contrainte, elle a été surtout là-dessus, au départ. Mais une fois que c'est compris, que c'est assimilé, ça se fait très, très, très, très, très bien.
OK. Alors, moi, ça m'amène à la dernière question. Est-ce que toi, aujourd'hui, tu aimerais écrire quelque chose de personnel ? Est-ce que tu as une ambition dans ce sens ? Et quelle que soit ta réponse, c'est-à-dire oui ou non, est-ce que tu peux me dire pourquoi, en fait ?
Pourquoi quoi ?
Pourquoi, par exemple, tu as un désir ou pourquoi tu n'as pas de désir ? En fait, c'est ça qui m'intéresse.
Ah, ben... En fait, j'ai toujours écrit. J'écris depuis très longtemps, depuis le lycée. Même depuis le collège, puisque je faisais un journal au collège. Donc, j'ai toujours écrit.
Je ne sais pas si tu te rappelles, mais il y a très longtemps... Tu m'avais soumis, on avait discuté autour d'un projet, de scénario que tu avais, je ne sais pas si tu te rappelles de ça. Ouais. On avait discuté et tout, donc ça tu réécris pas aujourd'hui de scénario, de choses comme ça ?
Pas de scénario, non. Non. Non, j'écris des récits, j'écris...
Mais personnel, tu veux dire, pour toi, ou c'est des commandes ? C'est ça qui m'intéresse. Non,
à l'écriture personnelle, oui, j'en fais... J'écris beaucoup sous. plein de formes, sous forme de journal, sous forme de... même de... de contes, ou d'idées de contes, ou d'idées de petites histoires, ou... En fait, j'en ai plein les tiroirs, enfin, les tiroirs de mon ordinateur, pour le coup.
Mais... Tiroirs numériques.
Oui, j'en ai beaucoup, j'ai... J'ai commencé il y a longtemps des nouvelles. J'ai toujours écrit personnellement, mais je ne me mets pas d'enjeu par rapport à l'écriture. J'écris déjà beaucoup journalistiquement. J'ai déjà beaucoup à écrire journalistiquement. Et sur l'écriture... Personnellement, moi aujourd'hui, je n'ai pas de veillité d'écrivain ou de quoi que ce soit. Et je préfère presque que ça reste comme ça en fait, sans enjeu, sans... Je n'ai pas très envie de me confronter, je me suis beaucoup confronté. Quand j'écris beaucoup de scénarios à une époque, où je voulais faire du cinéma, je fais des courts-métrages et je me suis beaucoup confronté à la vie des autres et aux maisons de production et aujourd'hui, j'ai plus du tout envie de ça, en fait. Quand j'écris, c'est vraiment pour moi et je fais même pas lire, je suis même pas sûr d'avoir envie de faire lire, en fait.
Ok, bah écoute, moi, je trouve ça super intéressant d'abord. cette espèce d'écriture comme une hygiène ou comme une relation à soi-même en fait, mais sans désir particulier de reconnaissance ou d'ambition ou quoi que ce soit, un peu comme quelqu'un qui ferait une espèce de gymnastique parce que ça lui fait du bien, ça lui convient, moi je trouve ça assez beau en fait.
Oui, depuis quelques temps, j'écris sur des choses qui me font rire en fait. C'est-à-dire qu'en fait, j'essaie d'écrire des récits drôles. Ce qui n'est pas du tout évident, c'est que c'est assez rare, l'écriture comique, on va dire. C'est très, très rare. Moi, pour le coup, je ne connais que véritablement... Il y a Patrick Rambeau, aujourd'hui, qui est très drôle. Mais sinon, je ne sais plus comment il s'appelle, cet écrivain anglais qui a écrit Wilt. qui a un roman sur... Enfin, il en a fait même plusieurs. Il y a Wilt 1, Wilt 2, Wilt 3, je crois, qui est sur le régime de l'apartheid en Afrique du Sud, à l'époque, donc. C'est les années 80. Et c'est terriblement drôle.
Sur un sujet pas drôle.
Sur l'apartheid. C'est une dénonciation de l'apartheid en le rendant tellement dérisoire. et tellement stupide que je trouve que c'est une écriture assez rare et je m'essaye à ça plutôt.
Ok. Ben écoute, Olivier, je te remercie en tout cas d'avoir partagé ce petit temps avec...
Ben merci à toi.
Avec nos auditeurs, voilà. Écoute, Olivier, tu es le bienvenu pour une autre fois peut-être.
Avec plaisir.
Merci Olivier. Merci, au revoir.
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Description
Régis Decaix reçoit Olivier Delahaye journaliste pour évoquer son rapport à l'écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, Isadora Bessé, le podcast où un poète et une comédienne partagent une tasse de café. Le poète c'est Régis Dequet et aujourd'hui il n'y a pas de comédienne. Aujourd'hui nous recevons Olivier Delahaye, journaliste. Et évidemment dans ce podcast nous interrogeons sur la littérature, l'écriture, la lecture. Et toi Olivier, en tant que journaliste tu as pleinement ta place ici dans ce podcast. Mais... Ma question, justement, ma première question, elle sera sur ton rapport à l'image, puisque à l'origine, je sais que tu as fait une école de cinéma et que tu as longtemps été iconographe pour un quotidien français qui s'appelait François, pour les plus anciens. Voilà. Et donc, j'aimerais que tu nous parles un petit peu d'abord de ce rapport à l'image et peut-être ensuite à l'écriture.
Le rapport à l'image, il... Il est né assez jeune en regardant la télévision tout simplement et en allant au cinéma. Et en fait, il n'était pas question d'écriture ou de quoi que ce soit. Je voulais faire des films, je voulais être réalisateur de films. Et le rapport à l'image, pour moi, il est très... Il est assez naturel. Je me souviens que je découpais des photos dans les magazines, que j'avais beaucoup de photos dans ma chambre. Le rapport à l'image, il a toujours été très jeune. Ça a commencé par des images de footballeurs quand j'étais petit, des tennismen. Et puis après, c'est venu assez naturellement vers le cinéma. mais j'ai pas de rapport à l'image particulière en sens stylistique ou au sens artistique du terme
Oui mais en fait il y a quand même une proximité parce que tout le monde ne choisit pas de faire une école de cinéma tout le monde n'est pas iconographe dans un journal d'un quotidien en plus qui à l'époque était un quotidien important à l'époque François
Oui mais en fait je suis arrivé À François, parce que je cherchais du travail, tout simplement. Pour le coup, j'avais plus travaillé en tant que journaliste auparavant, notamment en cinéma. Et je suis arrivé à François parce que je cherchais du boulot. C'était un moment de ma vie où c'était un peu compliqué financièrement. Donc, je suis arrivé à François de façon... Je ne cherchais pas du tout à être iconographe, mais c'est... J'étais en même temps dans mon élément naturel, on va dire. Ça a été très, très simple pour moi de m'adapter et de trouver des images, des photos qui devaient correspondre à des sujets, à des articles. Ça s'est passé de façon très simple et très naturelle. Donc, je n'ai pas eu même de période d'adaptation. Ça s'est fait très, très, très vite. Et en fait, à François, ce qui se passait, c'est qu'on recevait... À l'époque, déjà, on était passé au numérique, c'est-à-dire que même les photos argentiques, on est au début des années 2000, donc il y a encore beaucoup d'argentiques, mais toutes les photos étaient numérisées et on recevait des photos d'agences. sur un fil, on l'appelle le fil AFP ou le fil Reuters, le fil des agences photo. Et tout ça, toutes ces images qui passaient par l'Internet, nous arrivaient via un logiciel. Donc on recevait les images en direct. Quand l'AFP ou Reuters les publiaient, on les recevait directement. Et on les traitait directement, on les archivait, on les soumettait aux journalistes et aux chefs de service pour illustrer les articles. Et j'ai très vite trouvé ma place très facilement dans ce métier d'iconographe.
Ok, alors ça m'amène presque à la seconde question, puisque en 2006, donc tu nous parlais au début des années 2000, en 2006, tu as édité, suite à la collaboration avec la compagnie Spera, avec Clarence Macienni, qui jouait un spectacle qui s'appelait Femmes dans la tourmente, donc tu as édité un petit recueil avec quelques histoires. Et ces histoires, elles t'ont été inspirées justement par... ces images de presse que tu recevais. Voilà, et donc après, on avait Clarence, on avait Misa en scène, parce qu'il y a un travail autour d'un spectacle, Femmes dans la tourmente. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est est-ce que toi, tu peux me parler personnellement de toi, de cette expérience, ce que toi, tu as vécu par rapport à cette collaboration ?
En fait, Le propos, il est venu d'une image. On est, je ne sais pas, en 2003 ou 2004, par là, c'était la guerre au Soudan, qui était une guerre civile très, très meurtrière. Et donc, moi, je recevais, on recevait donc les images en live et on les traitait. Et on recevait parfois des images, on recevait beaucoup d'images de conflits. Et je me souviens d'une image en particulier qui venait de cette guerre au Soudan, qui était l'image d'une femme totalement défigurée, qui avait été violée, attaquée et défigurée. Les types qui l'avaient attaqué lui avaient ouvert la bouche, en fait. Donc c'était une image d'une violence extrême. Après, on a reçu aussi des images du conflit en Irak qui était abominable. Mais cette image-là m'avait vraiment... Je l'ai encore en tête, elle était vraiment abominable. En fait, je ne savais pas quoi faire de cette photo. Je ne savais pas quoi faire de ça. Comment on reçoit au milieu de photos de sport ou de politique Nicolas Sarkozy dans un commissariat. Et puis tout d'un coup, bim, une image de souffrance totale. Je ne sais même pas comment le... Le photographe avait pu prendre cette photo, mais je ne savais pas du tout quoi faire de ça. Mon seul remède, si on peut dire, ça a été d'écrire par rapport à cette femme, d'essayer de lui inventer une vie. Je ne savais pas du tout qui elle était, je ne savais rien à part l'image en elle-même. Donc en fait, je me suis mis à écrire une histoire par rapport à cette femme, une histoire de réfugiée soudanaise. Et de là est venue l'idée d'appartir d'autres images qu'on recevait, des images d'actualité. de construire effectivement des courts récits faits à partir de ces photos. Donc, c'est parti comme ça. Voilà, c'est parti comme ça.
Ce qui est intéressant, c'est que d'abord, tu as l'image qui est comme un collectage. D'un coup, c'est du réel, l'image. Et sur ce réel, tout d'un coup, il y a eu cette possibilité d'inventer, de poser un récit qui n'est pas forcément la réalité, mais qui... part de cette image, de ce fragment de la réalité. Et je trouvais ça assez intéressant justement d'imaginer comme tu disais, un récit, une histoire, à partir d'une image dont ce n'est pas forcément grand-chose.
Non, et ce n'était pas du tout évident pour moi, parce que quand j'écris quelque chose, c'est un peu un réflexe de journaliste, c'est de se documenter, de... de savoir de quoi on parle, d'enquêter, d'essayer de construire quelque chose de plus fidèle possible, un récit le plus fidèle possible. Et là, je n'avais rien du tout. Bien sûr, j'ai lu par rapport à ce qui se passait au Soudan, aux camps de réfugiés, etc. Mais il fallait vraiment... En fait, il fallait que l'imaginaire dépasse la réalité. Sinon, c'était insupportable. Parce qu'en me documentant, je voyais bien que de toute façon, je n'arriverais à rien d'autre que de décrire des faits. Et ce n'était pas l'idée. Il fallait... qu'il y ait une sorte de libération possible, il fallait que le récit, l'imaginaire, puisse emmener vers autre chose que cette brutalité. Donc ça s'est fait comme ça.
Donc là, on revient un petit peu à présent sur ton travail plus journalistique, puisque aujourd'hui, tu as dirigé... certaines collections pour des éditeurs connus sur différentes thématiques. Et alors, ce qui est intéressant, c'est que ces thématiques, ce n'est pas forcément toi qui les as choisis. C'est l'éditeur, on va dire, qui propose une collection, etc. Enfin, tu vas nous en dire plus, je pense, mais voilà. En fait, l'idée, c'est ça, c'est que ce n'est pas un choix personnel, mais ma question, c'est ça, c'est quelles sont tes contraintes ? Qu'est-ce que tu rencontres comme difficulté ? Et comment est-ce que tu vas procéder pour justement trouver des choses à raconter sur des thématiques qui ne sont pas forcément des choix personnels, en fait ?
En fait, il y a toujours une part de personnel. Parce que si on me propose quelque chose sur lequel je suis vraiment... Enfin, qui m'est totalement étranger, vous m'avez proposé il y a quelques années d'écrire pour une... collection de livres sur le rock métal. J'avais dit, mais ce n'est pas du tout pour moi. Je n'y connais absolument rien, à part les t-shirts Iron Maiden ou Metallica. C'est tout ce que je connais du rock métal. Donc, j'avais dit, non, ce n'est pas pour moi. Même en me documentant, ce n'est pas possible. Ça ne fait pas du tout... Ça ne connecte pas dans mon esprit avec quelque chose qui m'est proche d'une façon ou d'une autre. Donc, je n'ai pas vraiment de sujet imposé. Je suis libre quand même de choisir ce que je vais accepter ou ne pas accepter. Et en général, j'accepte quelque chose sur lequel j'ai quelque chose à dire ou en tout cas qui m'appelle, qui m'intéresse. Je vais pouvoir... qui va suffisamment m'intéresser pour que j'aille chercher, que j'aille enquêter ou chercher de la documentation, ou lire des livres, voir des documentaires sur le sujet. On a tenté une collection avec Hachette il n'y a pas longtemps sur les dinosaures, par exemple. C'est un sujet que je trouve fascinant, surtout avec les dernières découvertes depuis 20 ans sur... Sur la pédéontologie, sur cette époque-là, il y a des choses très, très, très nouvelles qui sont apparues, qui sont hyper intéressantes. Là, c'est vraiment très, très passionnant. Donc, si le sujet m'appelle, je peux y aller. Si le sujet ne m'appelle pas du tout, je n'y vais pas. Donc, ce n'est pas...
Tu ne le sens pas comme quelque chose d'imposé, quoi.
Non, non, non, non, non, jamais. Non, non, je fais en sorte de m'approprier le sujet.
Alors, les contraintes, quelles sont les contraintes que tu rencontres ? Parce qu'on essaye de remettre dans le contexte. En fait, c'est de la rédaction d'articles, mais c'est combien de numéros en général ?
Ça dépend des... Alors, pour ce que je fais pour Hachette, ça dépend des collections. s'ils sont des fascicules, donc des petits livrets qui font entre 12 et 16 pages en général, ça peut monter à 100, 120 numéros. Donc éditorialement, c'est assez long. Ça prend du temps. Ça prend du temps et puis surtout que sur certains sujets, ça peut tirer à la ligne pas mal. C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, on se pose la question comment on va tourner le... le prochain sujet, mais bon, il y en a des... Là-dessus, il y a des... Pas des techniques, mais il y a une façon de faire. Il y a un mode opératoire qui fait qu'on a un plan de collection aussi sur les sujets, sur ce qu'il est possible de faire, sur comment on va les traiter, comment on va s'adapter aussi. Donc tout ça finit toujours par se faire. On a fait une collection sur Paris Match, à partir des archives de Paris Match. Là, c'était des livres, c'était 60 numéros. Et là, pour le coup, ils ont traité d'histoires contemporaines entre 1949 et 2009. Là, on n'a pas du tout de problème à trouver des sujets. Au contraire, on a trop de matière. Donc là, c'est plus ordonner. Qu'est-ce qui est le plus important de traiter ? Comment on hiérarchise l'information ? comme voilà Est-ce que, je ne sais pas, en 2005, c'est plus important les violences en banlieue qu'un autre sujet ? Après, c'est une question d'hierarchisation. Mais les contraintes, en fait, elles nous aident surtout, justement, à trouver des solutions. C'est pas... Je vois pas les... On a fait une collection sur Alien, sur les films Alien, où on avait énormément de contraintes, puisqu'on pouvait pas mettre de photos des acteurs, on pouvait pas même parler des acteurs dans les articles, et ces contraintes-là en fait, permettent de développer aussi des ressources, c'est toujours assez... le défi devient assez... C'est comme un jeu, quoi. Ça devient assez...
Un challenge, un peu. Oui,
ça devient assez marrant à faire, en fait. Et on trouve toujours. En fait, on trouve toujours.
Donc, t'as pas vraiment de difficultés. Les difficultés, elles peuvent apparaître et puis après, tu les dépasses et tu continues ton avancée.
Il n'y a pas de difficulté en termes d'écriture. Enfin, j'en ai pas connu. Les difficultés propres à ce genre de collection sont liées plutôt au style, sont liées à la façon d'écrire. C'est-à-dire qu'il y a une façon d'écrire qui doit être très froide, encyclopédique. Puisqu'au départ, c'est de l'encyclopédie, Hachette, etc. C'est de l'encyclopédie, c'est tout l'univers, ces trucs-là. Donc la base, c'est d'avoir vraiment une écriture la plus neutre possible de dire les faits, en fait, de dire ce que c'est. Mais sans fioriture, sans style, il faut que ce soit... accessible aussi à tout le monde. Au départ, ça a été un peu compliqué pour moi d'écrire sans écrire, d'être au niveau de l'écriture le plus basique. Sujet-frave, sujet-verbe,
complètement.
La contrainte, elle a été surtout là-dessus, au départ. Mais une fois que c'est compris, que c'est assimilé, ça se fait très, très, très, très, très bien.
OK. Alors, moi, ça m'amène à la dernière question. Est-ce que toi, aujourd'hui, tu aimerais écrire quelque chose de personnel ? Est-ce que tu as une ambition dans ce sens ? Et quelle que soit ta réponse, c'est-à-dire oui ou non, est-ce que tu peux me dire pourquoi, en fait ?
Pourquoi quoi ?
Pourquoi, par exemple, tu as un désir ou pourquoi tu n'as pas de désir ? En fait, c'est ça qui m'intéresse.
Ah, ben... En fait, j'ai toujours écrit. J'écris depuis très longtemps, depuis le lycée. Même depuis le collège, puisque je faisais un journal au collège. Donc, j'ai toujours écrit.
Je ne sais pas si tu te rappelles, mais il y a très longtemps... Tu m'avais soumis, on avait discuté autour d'un projet, de scénario que tu avais, je ne sais pas si tu te rappelles de ça. Ouais. On avait discuté et tout, donc ça tu réécris pas aujourd'hui de scénario, de choses comme ça ?
Pas de scénario, non. Non. Non, j'écris des récits, j'écris...
Mais personnel, tu veux dire, pour toi, ou c'est des commandes ? C'est ça qui m'intéresse. Non,
à l'écriture personnelle, oui, j'en fais... J'écris beaucoup sous. plein de formes, sous forme de journal, sous forme de... même de... de contes, ou d'idées de contes, ou d'idées de petites histoires, ou... En fait, j'en ai plein les tiroirs, enfin, les tiroirs de mon ordinateur, pour le coup.
Mais... Tiroirs numériques.
Oui, j'en ai beaucoup, j'ai... J'ai commencé il y a longtemps des nouvelles. J'ai toujours écrit personnellement, mais je ne me mets pas d'enjeu par rapport à l'écriture. J'écris déjà beaucoup journalistiquement. J'ai déjà beaucoup à écrire journalistiquement. Et sur l'écriture... Personnellement, moi aujourd'hui, je n'ai pas de veillité d'écrivain ou de quoi que ce soit. Et je préfère presque que ça reste comme ça en fait, sans enjeu, sans... Je n'ai pas très envie de me confronter, je me suis beaucoup confronté. Quand j'écris beaucoup de scénarios à une époque, où je voulais faire du cinéma, je fais des courts-métrages et je me suis beaucoup confronté à la vie des autres et aux maisons de production et aujourd'hui, j'ai plus du tout envie de ça, en fait. Quand j'écris, c'est vraiment pour moi et je fais même pas lire, je suis même pas sûr d'avoir envie de faire lire, en fait.
Ok, bah écoute, moi, je trouve ça super intéressant d'abord. cette espèce d'écriture comme une hygiène ou comme une relation à soi-même en fait, mais sans désir particulier de reconnaissance ou d'ambition ou quoi que ce soit, un peu comme quelqu'un qui ferait une espèce de gymnastique parce que ça lui fait du bien, ça lui convient, moi je trouve ça assez beau en fait.
Oui, depuis quelques temps, j'écris sur des choses qui me font rire en fait. C'est-à-dire qu'en fait, j'essaie d'écrire des récits drôles. Ce qui n'est pas du tout évident, c'est que c'est assez rare, l'écriture comique, on va dire. C'est très, très rare. Moi, pour le coup, je ne connais que véritablement... Il y a Patrick Rambeau, aujourd'hui, qui est très drôle. Mais sinon, je ne sais plus comment il s'appelle, cet écrivain anglais qui a écrit Wilt. qui a un roman sur... Enfin, il en a fait même plusieurs. Il y a Wilt 1, Wilt 2, Wilt 3, je crois, qui est sur le régime de l'apartheid en Afrique du Sud, à l'époque, donc. C'est les années 80. Et c'est terriblement drôle.
Sur un sujet pas drôle.
Sur l'apartheid. C'est une dénonciation de l'apartheid en le rendant tellement dérisoire. et tellement stupide que je trouve que c'est une écriture assez rare et je m'essaye à ça plutôt.
Ok. Ben écoute, Olivier, je te remercie en tout cas d'avoir partagé ce petit temps avec...
Ben merci à toi.
Avec nos auditeurs, voilà. Écoute, Olivier, tu es le bienvenu pour une autre fois peut-être.
Avec plaisir.
Merci Olivier. Merci, au revoir.
Description
Régis Decaix reçoit Olivier Delahaye journaliste pour évoquer son rapport à l'écriture
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour, Isadora Bessé, le podcast où un poète et une comédienne partagent une tasse de café. Le poète c'est Régis Dequet et aujourd'hui il n'y a pas de comédienne. Aujourd'hui nous recevons Olivier Delahaye, journaliste. Et évidemment dans ce podcast nous interrogeons sur la littérature, l'écriture, la lecture. Et toi Olivier, en tant que journaliste tu as pleinement ta place ici dans ce podcast. Mais... Ma question, justement, ma première question, elle sera sur ton rapport à l'image, puisque à l'origine, je sais que tu as fait une école de cinéma et que tu as longtemps été iconographe pour un quotidien français qui s'appelait François, pour les plus anciens. Voilà. Et donc, j'aimerais que tu nous parles un petit peu d'abord de ce rapport à l'image et peut-être ensuite à l'écriture.
Le rapport à l'image, il... Il est né assez jeune en regardant la télévision tout simplement et en allant au cinéma. Et en fait, il n'était pas question d'écriture ou de quoi que ce soit. Je voulais faire des films, je voulais être réalisateur de films. Et le rapport à l'image, pour moi, il est très... Il est assez naturel. Je me souviens que je découpais des photos dans les magazines, que j'avais beaucoup de photos dans ma chambre. Le rapport à l'image, il a toujours été très jeune. Ça a commencé par des images de footballeurs quand j'étais petit, des tennismen. Et puis après, c'est venu assez naturellement vers le cinéma. mais j'ai pas de rapport à l'image particulière en sens stylistique ou au sens artistique du terme
Oui mais en fait il y a quand même une proximité parce que tout le monde ne choisit pas de faire une école de cinéma tout le monde n'est pas iconographe dans un journal d'un quotidien en plus qui à l'époque était un quotidien important à l'époque François
Oui mais en fait je suis arrivé À François, parce que je cherchais du travail, tout simplement. Pour le coup, j'avais plus travaillé en tant que journaliste auparavant, notamment en cinéma. Et je suis arrivé à François parce que je cherchais du boulot. C'était un moment de ma vie où c'était un peu compliqué financièrement. Donc, je suis arrivé à François de façon... Je ne cherchais pas du tout à être iconographe, mais c'est... J'étais en même temps dans mon élément naturel, on va dire. Ça a été très, très simple pour moi de m'adapter et de trouver des images, des photos qui devaient correspondre à des sujets, à des articles. Ça s'est passé de façon très simple et très naturelle. Donc, je n'ai pas eu même de période d'adaptation. Ça s'est fait très, très, très vite. Et en fait, à François, ce qui se passait, c'est qu'on recevait... À l'époque, déjà, on était passé au numérique, c'est-à-dire que même les photos argentiques, on est au début des années 2000, donc il y a encore beaucoup d'argentiques, mais toutes les photos étaient numérisées et on recevait des photos d'agences. sur un fil, on l'appelle le fil AFP ou le fil Reuters, le fil des agences photo. Et tout ça, toutes ces images qui passaient par l'Internet, nous arrivaient via un logiciel. Donc on recevait les images en direct. Quand l'AFP ou Reuters les publiaient, on les recevait directement. Et on les traitait directement, on les archivait, on les soumettait aux journalistes et aux chefs de service pour illustrer les articles. Et j'ai très vite trouvé ma place très facilement dans ce métier d'iconographe.
Ok, alors ça m'amène presque à la seconde question, puisque en 2006, donc tu nous parlais au début des années 2000, en 2006, tu as édité, suite à la collaboration avec la compagnie Spera, avec Clarence Macienni, qui jouait un spectacle qui s'appelait Femmes dans la tourmente, donc tu as édité un petit recueil avec quelques histoires. Et ces histoires, elles t'ont été inspirées justement par... ces images de presse que tu recevais. Voilà, et donc après, on avait Clarence, on avait Misa en scène, parce qu'il y a un travail autour d'un spectacle, Femmes dans la tourmente. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est est-ce que toi, tu peux me parler personnellement de toi, de cette expérience, ce que toi, tu as vécu par rapport à cette collaboration ?
En fait, Le propos, il est venu d'une image. On est, je ne sais pas, en 2003 ou 2004, par là, c'était la guerre au Soudan, qui était une guerre civile très, très meurtrière. Et donc, moi, je recevais, on recevait donc les images en live et on les traitait. Et on recevait parfois des images, on recevait beaucoup d'images de conflits. Et je me souviens d'une image en particulier qui venait de cette guerre au Soudan, qui était l'image d'une femme totalement défigurée, qui avait été violée, attaquée et défigurée. Les types qui l'avaient attaqué lui avaient ouvert la bouche, en fait. Donc c'était une image d'une violence extrême. Après, on a reçu aussi des images du conflit en Irak qui était abominable. Mais cette image-là m'avait vraiment... Je l'ai encore en tête, elle était vraiment abominable. En fait, je ne savais pas quoi faire de cette photo. Je ne savais pas quoi faire de ça. Comment on reçoit au milieu de photos de sport ou de politique Nicolas Sarkozy dans un commissariat. Et puis tout d'un coup, bim, une image de souffrance totale. Je ne sais même pas comment le... Le photographe avait pu prendre cette photo, mais je ne savais pas du tout quoi faire de ça. Mon seul remède, si on peut dire, ça a été d'écrire par rapport à cette femme, d'essayer de lui inventer une vie. Je ne savais pas du tout qui elle était, je ne savais rien à part l'image en elle-même. Donc en fait, je me suis mis à écrire une histoire par rapport à cette femme, une histoire de réfugiée soudanaise. Et de là est venue l'idée d'appartir d'autres images qu'on recevait, des images d'actualité. de construire effectivement des courts récits faits à partir de ces photos. Donc, c'est parti comme ça. Voilà, c'est parti comme ça.
Ce qui est intéressant, c'est que d'abord, tu as l'image qui est comme un collectage. D'un coup, c'est du réel, l'image. Et sur ce réel, tout d'un coup, il y a eu cette possibilité d'inventer, de poser un récit qui n'est pas forcément la réalité, mais qui... part de cette image, de ce fragment de la réalité. Et je trouvais ça assez intéressant justement d'imaginer comme tu disais, un récit, une histoire, à partir d'une image dont ce n'est pas forcément grand-chose.
Non, et ce n'était pas du tout évident pour moi, parce que quand j'écris quelque chose, c'est un peu un réflexe de journaliste, c'est de se documenter, de... de savoir de quoi on parle, d'enquêter, d'essayer de construire quelque chose de plus fidèle possible, un récit le plus fidèle possible. Et là, je n'avais rien du tout. Bien sûr, j'ai lu par rapport à ce qui se passait au Soudan, aux camps de réfugiés, etc. Mais il fallait vraiment... En fait, il fallait que l'imaginaire dépasse la réalité. Sinon, c'était insupportable. Parce qu'en me documentant, je voyais bien que de toute façon, je n'arriverais à rien d'autre que de décrire des faits. Et ce n'était pas l'idée. Il fallait... qu'il y ait une sorte de libération possible, il fallait que le récit, l'imaginaire, puisse emmener vers autre chose que cette brutalité. Donc ça s'est fait comme ça.
Donc là, on revient un petit peu à présent sur ton travail plus journalistique, puisque aujourd'hui, tu as dirigé... certaines collections pour des éditeurs connus sur différentes thématiques. Et alors, ce qui est intéressant, c'est que ces thématiques, ce n'est pas forcément toi qui les as choisis. C'est l'éditeur, on va dire, qui propose une collection, etc. Enfin, tu vas nous en dire plus, je pense, mais voilà. En fait, l'idée, c'est ça, c'est que ce n'est pas un choix personnel, mais ma question, c'est ça, c'est quelles sont tes contraintes ? Qu'est-ce que tu rencontres comme difficulté ? Et comment est-ce que tu vas procéder pour justement trouver des choses à raconter sur des thématiques qui ne sont pas forcément des choix personnels, en fait ?
En fait, il y a toujours une part de personnel. Parce que si on me propose quelque chose sur lequel je suis vraiment... Enfin, qui m'est totalement étranger, vous m'avez proposé il y a quelques années d'écrire pour une... collection de livres sur le rock métal. J'avais dit, mais ce n'est pas du tout pour moi. Je n'y connais absolument rien, à part les t-shirts Iron Maiden ou Metallica. C'est tout ce que je connais du rock métal. Donc, j'avais dit, non, ce n'est pas pour moi. Même en me documentant, ce n'est pas possible. Ça ne fait pas du tout... Ça ne connecte pas dans mon esprit avec quelque chose qui m'est proche d'une façon ou d'une autre. Donc, je n'ai pas vraiment de sujet imposé. Je suis libre quand même de choisir ce que je vais accepter ou ne pas accepter. Et en général, j'accepte quelque chose sur lequel j'ai quelque chose à dire ou en tout cas qui m'appelle, qui m'intéresse. Je vais pouvoir... qui va suffisamment m'intéresser pour que j'aille chercher, que j'aille enquêter ou chercher de la documentation, ou lire des livres, voir des documentaires sur le sujet. On a tenté une collection avec Hachette il n'y a pas longtemps sur les dinosaures, par exemple. C'est un sujet que je trouve fascinant, surtout avec les dernières découvertes depuis 20 ans sur... Sur la pédéontologie, sur cette époque-là, il y a des choses très, très, très nouvelles qui sont apparues, qui sont hyper intéressantes. Là, c'est vraiment très, très passionnant. Donc, si le sujet m'appelle, je peux y aller. Si le sujet ne m'appelle pas du tout, je n'y vais pas. Donc, ce n'est pas...
Tu ne le sens pas comme quelque chose d'imposé, quoi.
Non, non, non, non, non, jamais. Non, non, je fais en sorte de m'approprier le sujet.
Alors, les contraintes, quelles sont les contraintes que tu rencontres ? Parce qu'on essaye de remettre dans le contexte. En fait, c'est de la rédaction d'articles, mais c'est combien de numéros en général ?
Ça dépend des... Alors, pour ce que je fais pour Hachette, ça dépend des collections. s'ils sont des fascicules, donc des petits livrets qui font entre 12 et 16 pages en général, ça peut monter à 100, 120 numéros. Donc éditorialement, c'est assez long. Ça prend du temps. Ça prend du temps et puis surtout que sur certains sujets, ça peut tirer à la ligne pas mal. C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, on se pose la question comment on va tourner le... le prochain sujet, mais bon, il y en a des... Là-dessus, il y a des... Pas des techniques, mais il y a une façon de faire. Il y a un mode opératoire qui fait qu'on a un plan de collection aussi sur les sujets, sur ce qu'il est possible de faire, sur comment on va les traiter, comment on va s'adapter aussi. Donc tout ça finit toujours par se faire. On a fait une collection sur Paris Match, à partir des archives de Paris Match. Là, c'était des livres, c'était 60 numéros. Et là, pour le coup, ils ont traité d'histoires contemporaines entre 1949 et 2009. Là, on n'a pas du tout de problème à trouver des sujets. Au contraire, on a trop de matière. Donc là, c'est plus ordonner. Qu'est-ce qui est le plus important de traiter ? Comment on hiérarchise l'information ? comme voilà Est-ce que, je ne sais pas, en 2005, c'est plus important les violences en banlieue qu'un autre sujet ? Après, c'est une question d'hierarchisation. Mais les contraintes, en fait, elles nous aident surtout, justement, à trouver des solutions. C'est pas... Je vois pas les... On a fait une collection sur Alien, sur les films Alien, où on avait énormément de contraintes, puisqu'on pouvait pas mettre de photos des acteurs, on pouvait pas même parler des acteurs dans les articles, et ces contraintes-là en fait, permettent de développer aussi des ressources, c'est toujours assez... le défi devient assez... C'est comme un jeu, quoi. Ça devient assez...
Un challenge, un peu. Oui,
ça devient assez marrant à faire, en fait. Et on trouve toujours. En fait, on trouve toujours.
Donc, t'as pas vraiment de difficultés. Les difficultés, elles peuvent apparaître et puis après, tu les dépasses et tu continues ton avancée.
Il n'y a pas de difficulté en termes d'écriture. Enfin, j'en ai pas connu. Les difficultés propres à ce genre de collection sont liées plutôt au style, sont liées à la façon d'écrire. C'est-à-dire qu'il y a une façon d'écrire qui doit être très froide, encyclopédique. Puisqu'au départ, c'est de l'encyclopédie, Hachette, etc. C'est de l'encyclopédie, c'est tout l'univers, ces trucs-là. Donc la base, c'est d'avoir vraiment une écriture la plus neutre possible de dire les faits, en fait, de dire ce que c'est. Mais sans fioriture, sans style, il faut que ce soit... accessible aussi à tout le monde. Au départ, ça a été un peu compliqué pour moi d'écrire sans écrire, d'être au niveau de l'écriture le plus basique. Sujet-frave, sujet-verbe,
complètement.
La contrainte, elle a été surtout là-dessus, au départ. Mais une fois que c'est compris, que c'est assimilé, ça se fait très, très, très, très, très bien.
OK. Alors, moi, ça m'amène à la dernière question. Est-ce que toi, aujourd'hui, tu aimerais écrire quelque chose de personnel ? Est-ce que tu as une ambition dans ce sens ? Et quelle que soit ta réponse, c'est-à-dire oui ou non, est-ce que tu peux me dire pourquoi, en fait ?
Pourquoi quoi ?
Pourquoi, par exemple, tu as un désir ou pourquoi tu n'as pas de désir ? En fait, c'est ça qui m'intéresse.
Ah, ben... En fait, j'ai toujours écrit. J'écris depuis très longtemps, depuis le lycée. Même depuis le collège, puisque je faisais un journal au collège. Donc, j'ai toujours écrit.
Je ne sais pas si tu te rappelles, mais il y a très longtemps... Tu m'avais soumis, on avait discuté autour d'un projet, de scénario que tu avais, je ne sais pas si tu te rappelles de ça. Ouais. On avait discuté et tout, donc ça tu réécris pas aujourd'hui de scénario, de choses comme ça ?
Pas de scénario, non. Non. Non, j'écris des récits, j'écris...
Mais personnel, tu veux dire, pour toi, ou c'est des commandes ? C'est ça qui m'intéresse. Non,
à l'écriture personnelle, oui, j'en fais... J'écris beaucoup sous. plein de formes, sous forme de journal, sous forme de... même de... de contes, ou d'idées de contes, ou d'idées de petites histoires, ou... En fait, j'en ai plein les tiroirs, enfin, les tiroirs de mon ordinateur, pour le coup.
Mais... Tiroirs numériques.
Oui, j'en ai beaucoup, j'ai... J'ai commencé il y a longtemps des nouvelles. J'ai toujours écrit personnellement, mais je ne me mets pas d'enjeu par rapport à l'écriture. J'écris déjà beaucoup journalistiquement. J'ai déjà beaucoup à écrire journalistiquement. Et sur l'écriture... Personnellement, moi aujourd'hui, je n'ai pas de veillité d'écrivain ou de quoi que ce soit. Et je préfère presque que ça reste comme ça en fait, sans enjeu, sans... Je n'ai pas très envie de me confronter, je me suis beaucoup confronté. Quand j'écris beaucoup de scénarios à une époque, où je voulais faire du cinéma, je fais des courts-métrages et je me suis beaucoup confronté à la vie des autres et aux maisons de production et aujourd'hui, j'ai plus du tout envie de ça, en fait. Quand j'écris, c'est vraiment pour moi et je fais même pas lire, je suis même pas sûr d'avoir envie de faire lire, en fait.
Ok, bah écoute, moi, je trouve ça super intéressant d'abord. cette espèce d'écriture comme une hygiène ou comme une relation à soi-même en fait, mais sans désir particulier de reconnaissance ou d'ambition ou quoi que ce soit, un peu comme quelqu'un qui ferait une espèce de gymnastique parce que ça lui fait du bien, ça lui convient, moi je trouve ça assez beau en fait.
Oui, depuis quelques temps, j'écris sur des choses qui me font rire en fait. C'est-à-dire qu'en fait, j'essaie d'écrire des récits drôles. Ce qui n'est pas du tout évident, c'est que c'est assez rare, l'écriture comique, on va dire. C'est très, très rare. Moi, pour le coup, je ne connais que véritablement... Il y a Patrick Rambeau, aujourd'hui, qui est très drôle. Mais sinon, je ne sais plus comment il s'appelle, cet écrivain anglais qui a écrit Wilt. qui a un roman sur... Enfin, il en a fait même plusieurs. Il y a Wilt 1, Wilt 2, Wilt 3, je crois, qui est sur le régime de l'apartheid en Afrique du Sud, à l'époque, donc. C'est les années 80. Et c'est terriblement drôle.
Sur un sujet pas drôle.
Sur l'apartheid. C'est une dénonciation de l'apartheid en le rendant tellement dérisoire. et tellement stupide que je trouve que c'est une écriture assez rare et je m'essaye à ça plutôt.
Ok. Ben écoute, Olivier, je te remercie en tout cas d'avoir partagé ce petit temps avec...
Ben merci à toi.
Avec nos auditeurs, voilà. Écoute, Olivier, tu es le bienvenu pour une autre fois peut-être.
Avec plaisir.
Merci Olivier. Merci, au revoir.
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