- Speaker #0
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massianier, le poète, c'est Régis Dequet. Bonjour Régis ! »
- Speaker #1
« Bonjour Clarence ! J'ai pensé que nous pourrions parler de cet objet qui est la porte ou porte, et qui se réfère à tant d'images, mais... » Également au verbe porter.
- Speaker #0
Très bien. Une porte est à la fois un passage, un accès, une entrée et simultanément un obstacle, une entrave ou une interdiction.
- Speaker #1
Porte ouverte ou porte fermée ? Tout dépend des moments, des circonstances et bien évidemment de qui toque à la porte.
- Speaker #0
Dans le monde du compte, pour ouvrir la porte, il nous faut connaître la bonne formule. Tire la chevillette et la bobinette chez rat. Mais dans notre monde moderne, il est nécessaire de connaître le code d'accès ou encore le mot de passe. En fin de compte, il s'agit d'avoir la bonne clé.
- Speaker #1
Portail, façade, fronton, stoppé ou toute intrusion.
- Speaker #0
Porte à clapper ou se fraient les Ausha en quête de liberté.
- Speaker #1
Porte basculante, tombe la porte, se renverse, souffre-t-elle ?
- Speaker #0
Porte brisée en mille morceaux, sur le sol éclatée, la porte.
- Speaker #1
Porte coupe-feu, léchant les flammes, rougie.
- Speaker #0
Porte de service pour le petit personnel que l'on veut éviter.
- Speaker #1
Porte de garage, sortie de voiture en rage.
- Speaker #0
Porte de sortie vers la réalité des artistes.
- Speaker #1
Porte en coin, d'où se faufilent les souris. cachée.
- Speaker #0
Une porte est le début d'un voyage, d'une expérience. Une porte nous transporte, nous amène ailleurs.
- Speaker #1
Une porte fermée est un mystère et nous intrigue. Qu'y a-t-il derrière ? Une porte, comme nous le rappelle Charles Perrault dans son Barbe Bleue, suscite le désir. Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s'y arrêta quelque temps. Songeant à la défense que son mari lui avait faite et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d'avoir été désobéissante, mais la tentation était si forte qu'elle ne put la surmonter. Elle prit donc la petite clé et ouvrit en tremblant la porte du cabinet.
- Speaker #0
Je me souviens bien de Barbe Bleue et comment c'était effrayant, cette histoire. J'ai moi apporté un extrait de Simone Veil dans son ouvrage œuvre qui s'intitule La Porte et qui, à l'été 1941, Simone Veil a été accueillie dans la ferme de Gustave Thibault en Ardèche. étant juive, elle est contrainte de cesser son activité d'universitaire en raison des nouvelles lois du régime de Vichy. Eh bien, elle profitera de ce séjour en Ardèche pour écrire le poème que je vais vous lire. Attendant et souffrant, nous voici devant la porte. S'il le faut, nous romperons cette porte avec nos coups. Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte. Il faut languir, attendre et regarder vainement. Nous regardons la porte. Elle est close, inébranlable. Nous y fixons nos yeux. Nous pleurons sous le tourment. Nous la voyons toujours. Le poids du temps nous accable. La porte est devant nous. Que nous sert-il de vouloir ? Il vaut mieux s'en aller, abandonnant l'espérance. Nous n'entrerons jamais. Nous sommes là de la voir. La porte en s'ouvrant laissa passer tant de silence, que ni les vergers ne sont parus, ni nulle fleur. Seul l'espace immense où sont le vide et la lumière fut soudain présent de part en part, combla le cœur, et lava les yeux presque aveugles sous la poussière. Magnifique.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Je poursuis, porte, porte accordéon ployant sous la musique,
- Speaker #0
porte à porte qui sème tendrement.
- Speaker #1
Porte blindée contre laquelle inlassablement se fera casser.
- Speaker #0
Porte coulissante donnant vue sur l'océan.
- Speaker #1
Porte de secours où je m'empresse de m'échapper.
- Speaker #0
Porte fenêtre d'où je te regarde t'enfuir. Je te propose qu'on lise à deux voix le petit poème de Jacques Prévert qui s'appelle Le Message. Alors c'est pas que sur la porte mais j'aimais bien.
- Speaker #1
Donc je... Vas-y, commence. Je commence. La porte que quelqu'un a ouverte.
- Speaker #0
La porte que quelqu'un a refermée.
- Speaker #1
La chaise où quelqu'un s'est assis.
- Speaker #0
Le chat que quelqu'un a caressé.
- Speaker #1
Le fruit que quelqu'un a mordu.
- Speaker #0
La lettre que quelqu'un a lue.
- Speaker #1
La chaise que quelqu'un a renversée.
- Speaker #0
La porte que quelqu'un a ouverte.
- Speaker #1
La route où quelqu'un court encore.
- Speaker #0
Le bois que quelqu'un traverse.
- Speaker #1
La rivière où quelqu'un se jette.
- Speaker #0
L'hôpital où quelqu'un est mort.
- Speaker #1
Je vais à présent lire un poème que moi j'ai écrit qui s'appelle Un pavé dans la mare.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux m'expliquer le titre parce que je vois que dans la mare tu as écrit L'A-M-A-E-R-E. Oui comme un marais en fait.
- Speaker #1
Donc c'est un jeu de mots en fait. On connaît l'expression un pavé dans la mare, on va troubler la quiétude on va dire. Mais là tout d'un coup c'est un pavé dans la mare donc c'est... On est presque dans une forme de jeu surréaliste un peu. Ça évoque... Je ne sais pas trop ce que ça peut évoquer d'ailleurs. On va quitter la mare peut-être, on va s'envoler vers un nouvel horizon, je ne sais pas. Je lis mon poème.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Pourquoi s'asseoir devant une porte, attendre qu'elle parle, pour ne pas qu'elle parte, coincée comme elle est dans ses gonds ? S'asseoir devant une porte, qu'y a-t-il derrière ? L'extérieur, un autre monde, un chemin. S'asseoir devant une porte, lui offrir un sourire, parce que ça fait du bien. Voilà.
- Speaker #0
Alors, je crois savoir que tu l'as écrit en février 2026. Ouais,
- Speaker #1
c'est tout récent, j'ai un petit poil que j'ai écrit en février. Et donc,
- Speaker #0
moi j'ai apporté un petit texte que j'ai écrit sur une... porte aussi, mais le 20 février 2025. Oh,
- Speaker #1
un an presque de différence.
- Speaker #0
Oui. J'y vais. Toute première porte entreouverte sur l'enfant laissé seul au berceau de la nuit. Raie de lumière sur l'enfant qui pleure, gigote, tombe, jambes cassées. Première porte entrebâillée sur l'enfant qui crie, j'ai mis, portez, portez, supportez-moi s'il vous plaît. Portes poussées et violemment refermées par l'adolescente frappée, cravachée, à terre contre le sol, contre le bois de la porte verrouillée, et de l'autre côté coucognée contre la porte pour défoncer. Les oreilles bouchées par des mains tremblantes, attendre, ne pas bouger, porte rempart, ne pas ouvrir, ne pas souffrir. Et se lever, ouvrir silencieusement la porte-fenêtre au milieu des chuchotements et des rires étouffés. de la voiture garée dans la rue. L'adolescente jette son sac, se laisse tomber, attrape ses affaires et file dans la caisse qui s'en va danser dans l'obscurité. Assise sur une chaise entre deux portes fermées, elle écoute la sentence. Virée, bannie, exclue de l'éducation nationale. Prenez la porte, sortez par elle et fermez-la. On ne veut plus de vous, on ne veut plus de toi. On ne veut plus de toi, porte claquée par la jeune fille délaissée de l'éducation parentale qui s'en va travailler et louer sa propre porte à elle. Deux portes ouvertes, intérieure nuit donnant sur des planches de théâtre éclairées par des projecteurs. La voix de la comédienne déclame les textes, âme torturée qui dit les mots pour se faire entendre. Et intérieur jour attrape les assiettes. pose les verres, lave la plonge et rêve d'une destinée grandiose nuit et jour, jours et nuits sans relâche franchie, la porte gardée par des hommes musclés elle danse sur la piste éclairée pour se retrouver nez à nez avec le soleil tout frais porte fermée, porte fermée porte ouverte, porte fermée porte fermée, porte ouverte fermée, ouverte, entre-ouverte mais refermée La jeune femme fatigue à force d'espérer. Son corps peine jusqu'à la poignée. Comment continuer à pousser ? Essoufflée, elle arrive devant la fine porte du sixième étage, frappe, la porte s'ouvre. Lumière chaude, table mise, lune dans le ciel, un corps l'accueille. Timidement, elle entre. Si tu passes la porte, ce n'est pas la peine de revenir. De rage, elle cogne contre celle qu'elle s'apprêtait à ouvrir. Partir, pas partir, partir, pas revenir, non, pas partir, pas partir. Tiraillée entre sa main sur le loquet et le pied collé contre le seuil, elle hésite pour la première fois, elle hésite et restera. Portes fermées sur cocon douillet, construction, déconstruction, pleurer, parler, crier, se déchirer, s'aimer. Convoquer les cœurs, la chaleur, les bébés, la renaissance, renaître, grandir et tâcher de tenir éternellement la porte ouverte.
- Speaker #1
Porte.
- Speaker #0
Porter.
- Speaker #1
Su porter.
- Speaker #0
Apporter de.
- Speaker #1
Porter son âge.
- Speaker #0
Porter à bout de bras.
- Speaker #1
Porte.
- Speaker #0
De sens.
- Speaker #1
Porteuse de sens.
- Speaker #0
Porte ta voix.
- Speaker #1
Porte-moi.
- Speaker #0
Porte. Ne te referme pas.
- Speaker #1
Bien, voilà, on va fermer la porte de ce podcast.
- Speaker #0
Oui, bien...
- Speaker #1
Hein ?
- Speaker #0
Bien joli sujet,
- Speaker #1
d'ailleurs. Oui, on pourrait continuer longtemps, Voilà, bon, c'était un petit clin d'œil à toutes les portes, ici ou là. Voilà, celles qui s'ouvrent et celles qui se referment.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
À très bientôt.