Description
Rencontre avec Nicolas Delfort, réalisateur, auteur et photographe.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Rencontre avec Nicolas Delfort, réalisateur, auteur et photographe.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani et le poète, c'est Régis Dequet. Bonjour Régis. »
« Bonjour Clarence. »
« Alors aujourd'hui, nous allons nous attarder un peu autour d'un livre. » qui s'intitule « Sur la veine » d'un jeune auteur, photographe et réalisateur, Nicolas Delfort. Je vais te laisser, Régis, nous présenter ce livre.
Alors, d'abord, je vais présenter les choses de manière très, très factuelle, parce que cet ouvrage, je l'ai là, devant moi. Je dirais que c'est un petit livre blanc, rectangulaire. Un format paysage 21,5 cm de large pour 15,5 cm de haut. Une couverture cartonnée avec un dos carré. Au dos de la couverture, il n'y a rien que le blanc de la couverture. Sur la tranche, en gras, il est écrit « Sur la veine » , puis un prénom et un nom. Nicolas Delfort. C'est écrit dans une police d'écriture, peut-être Abadie ou Apto, je ne sais pas trop. Sur la face de la couverture, une image en couleur de 10 cm de large sur 7,5 cm de haut qui représente un corps, ou plus exactement une partie de ce corps, où sont exclues la tête et les jambes. C'est une photo d'un buste, moitié de dos, moitié de profil. et des bras enlacés autour du profil, enfin les bras de ce sujet, ses propres bras, qui sont enlacés autour du thorax et qui relèvent un t-shirt noir avec un équilibre. Découvre un grand tatouage, un tatouage qui représente une femme dans un drapé portant une couronne et tenant dans la main droite une épée pointant vers le sol. En arrière de ce personnage, une construction qui semble être un chevalement, c'est-à-dire la structure qui sert à descendre et remonter les mineurs, ainsi que le minerai via une cage d'ascenseur. Ensuite, l'intérieur du livre apparaît ainsi. Un avant-propos d'une dizaine de pages, puis des photos et un chapitrage comme ceci. Préambule, terre natale. Pas-de-Calais, France. Nord, France. Frontière, franco-luxembourgeoise. Hainaut, région de Charleroi, Belgique. Rhenanie du Nord, Vespalie, Allemagne. District de Most, Tchéquie. Basse-Silesie, Waldbrich. Pologne, Silesie, Kartowice, Pologne, Bernissard, musée de Liguanodon, frontière franco-belge, et page 33, extrait de carnet, donc des croquis, des notes manuscrites.
Excuse-moi, je crois que c'est la page 93.
Ah, j'ai dû me tromper.
Oui, 93.
Je dis 93. Ah bah, rien à voir. Page 93, voilà, donc effectivement on a extrait de carnet, des croquis, des notes manuscrites, des remerciements. Et en dernière page, voilà, donc ces remerciements et les légendes des portraits présents dans l'ouvrage. Les photos elles-mêmes, alors les photos elles représentent des personnages, des motos, certains personnages semblent posés pour la photo, d'autres paraissent pris sur le vif, dans leur activité ordinaire. Parfois les arrière-plans sont la nature, des zones industrielles, des intérieurs. Il y a également des animaux. On est à un cheval, il y a des chiens, il y a des oiseaux. Voilà ce qu'on peut en percevoir. Maintenant, je te propose Clarence, avec toi, d'entrer dans le propos de l'ouvrage.
Je suis née à Denain en 1994, en plein contre-coup de la fermeture d'Uzinor, séisme social érigé en tragédie référence dans mon bassin. Je me souviens d'une ville éventrée, que je regardais de la vitre arrière de la Peugeot 309, des usines barricadées sans fenêtres, le terril renard sous la neige. La violence était de mise dans ma jeunesse, elle était verbale et physique dans les rues, au collège, partout. La désindustrialisation laisse toujours une belle fratrie d'enfants maudits, la pauvreté en tête, l'alcoolisme, l'isolement, le mépris de classe. Ainsi, pour les jeunes d'après les belles années, rêver, s'aimer, se sentir inclus, incluse et fière, c'était tout un défi. Voici donc un petit extrait de l'avant-propos de cet ouvrage sur la veine. Mais j'avais tout d'abord envie de vous parler d'un autre livre de Nicolas que j'ai découvert avant celui-ci. C'est un tout petit recueil qui s'intitule « Tout commence toujours par un jour de pluie » qui est le résultat de notes qu'il a rédigées entre 2022 et 2024. Parce que c'est comme ça que je l'ai connu personnellement, Nicolas. En 2025, dans le Nord, sur le territoire du cœur d'Ostrevent exactement. Nous faisions partie des artistes en résidence, lui photographe et réalisateur, et moi comédienne et collectrice de paroles. Au tout début de cette résidence, il était venu me demander si nous pouvions travailler ensemble sur ce texte-ci pour une lecture performance publique qu'il allait faire quelques semaines plus tard. J'avais dit oui, et lors de la première rencontre, il avait commencé avec sa première phrase « Tout commence par un jour de pluie » . Et c'était parti.
Alors, Nicolas, lui, il n'est pas physiquement là. Il n'est pas avec nous. Oui, avec nous physiquement, effectivement. Donc, on lui a demandé de bien vouloir, s'il le souhaitait, répondre à certaines de nos questions. Et la première question qu'on peut lui poser, c'est Nicolas, peux-tu nous parler de cet ouvrage « Tout commence par un jour de pluie » .
Bonjour Clarence, bonjour Régis. Merci beaucoup de me laisser l'occasion de m'exprimer sur ce projet. et merci pour revenir sur tout commence toujours par un jour de pluie qui a un long titre bien à la française comment sait faire effectivement c'est une suite de je dirais majoritairement c'est des notes en dictée vocale que je fais en voiture donc encore une fois c'est de la dictée vocale donc je parle à voix haute et et mon on applique de texte retranscrit puis je j'ajuste je corrige, j'enlève, je rajoute et... C'est des textes distincts en premier lieu, que ensuite j'ai essayé de réunir par le biais vraiment de la logique du déplacement, le bruit de la portière, le fait d'être sur la route. Moi je sais que la route, je ne mets pas beaucoup de musique, pas toujours non plus de podcast ou de radio, et c'est des tirées dans le quotidien où j'ai... l'occasion de penser de manière un peu claire et limpide. Et des fois, ça amène aussi vers des réflexions pas toujours hyper joyeuses, mais ça fait partie aussi de l'exercice de poésie de s'attarder sur ces émotions-là qu'on refoule le reste du temps. Et donc, clairement, ce recueil de textes, c'est aussi un tronçon de vie où j'allais pas bien, j'ai l'impression d'avoir traversé un hiver de trois ans. Et c'est... Voilà, on a tous des phases où on va plus ou moins bien. Moi, à l'époque, je fais... Enfin, à l'époque, pendant vraiment quasi toute ma vie, j'ai fait du rap. Comme un loisir, j'ai jamais imaginé un moment en faire un métier, mais j'ai fait du rap avec implication, avec sérieux. Et je pense que la partie qui était la plus importante pour moi, et ça depuis l'enfance, c'était d'écrire, de verbaliser, de retranscrire, en fait, et de... Et potentiellement ensuite d'en faire une oeuvre, mais c'est pas toujours la vocation de ce qu'on écrit. Et finalement, c'est devenu cette espèce de petit recueil. Je me suis dit, j'ai besoin souvent de deadlines. Et cette résidence qu'on a faite ensemble, Clarence, c'était une occasion de me dire, ok, je vais... annoncer que je fais une avant première de mon film pendant la résidence et je vais annoncer que je fais une petite résidence de poésie pendant ma résidence et comme ça ça me force à mettre une ponctuation à ces deux projets là et ça a été le cas et donc force est de constater que parfois les les deadlines forcés fonctionne je peux vous lire un autre petit extrait vous gardez ou pas l'église polonaise 9 heures pile, le soleil froid d'octobre, une Renault Safran, un attache caravane, une camelle allumée, des pas de doigts aux yeux, tout ça, j'en parle pas à Dieu. J'ai grandi dans ces cités peuplées d'arabes, de polonais et de gitans sédentaires. Tout semble toujours transiter par un regard divin, fatalement. Je n'ai jamais cru en Dieu. Car je crois au dinosaure. Ça m'est apparu incompatible dès mes premières réflexions sur la foi. Pourtant, je jure, pourtant je dis Seigneur. Voilà. C'est un peu le décor, c'est un peu l'ambiance, c'est un peu ces questions-là aussi de... De rapport à ce qu'on croit, de retour à l'enfance, très souvent qui passe par les dinosaures, et c'est aussi un petit peu le cas dans Sur la veine, c'est retour à l'enfance, retour aux origines du vivant, il y a plein de choses qui s'entremêlent, c'est la micro-observation, et puis à l'inverse, l'univers et son expansion, donc voilà, j'essaie de bricoler avec ces pensées qui font l'accordéon tout le temps.
Je me souviens que ces moments à écouter Nicolas ont été très forts pour moi. Était-ce parce qu'on ne se connaissait pas et que de se rencontrer à travers son écriture et sa voix, et moi dans la posture de celle qui écoute, arrête, tranche, lui disait de recommencer tout en posant une multitude de questions telles que « Mais pourquoi tu as écrit ce mot ? » ou bien « Qu'est-ce que tu veux dire par là exactement ? » Que c'était fort ? Ou bien est-ce que c'était moi qui l'interrompant constamment dans sa lecture pour entendre et réentendre le rythme, le son de la voix, le mot qui claque parce qu'il claque les mots de Nicolas. Que c'était fort. Ou bien est-ce que c'était de regarder ou pas sa haute silhouette qui touchait presque le plafond du duplex dans lequel je séjournais qui avait rendu cette rencontre si marquante ? Était-ce ce frissonnement qui vous prend lorsque vous découvrez l'autre avec ces mots qu'il n'a pas écrits pour vous ? Mais qui, à ce moment-là, jaillissent comme si cela vous était particulièrement adressé. Était-ce cela ? Ou bien le plaisir de cette rencontre s'était d'abord passé sous le prisme de l'art à travers ce qui s'exprime et qui parle tout de suite au cœur. Quoi qu'il en soit, je m'accrochais à son texte et je découvrais peu à peu qui il était ou en tout cas ce qu'il voulait que je perçoive de lui. que l'on perçoive de lui à travers ses écrits. J'ai travaillé comme j'ai appris à le faire, jusqu'au soir, jusqu'au noir. J'ai claqué ma portière en niquant le silence de la rue. la maison est vide, tout est sensible, tout est personnel. Je parle à l'ordi, je parle au mythe, je parle aux perces oreilles. Et ça, ça a duré pendant quelques après-midi, quelques jours.
Merci Clarence. Alors maintenant, on peut peut-être interroger Nicolas et lui demander, Nicolas, peux-tu nous dire comment toi, tu as vécu ces moments de répétition avec Clarence ?
Comme je le disais tout à l'heure, effectivement, ça a été un moment où je me suis dit que j'allais arrêter le rap. En fait, ça s'est fait sans amertume, j'y voyais juste plus de sens. Ça faisait partie aussi d'un moment où je voulais moins disparaître de tout. plus qu'on me voit, je voulais plus prendre la parole en public, et donc en fait, l'écriture, au moins, il y avait cette dimension intime qui continuait de me plaire, mais l'avantage de sortir des constructions rap, moi je suis vraiment d'une école très basique du rap, de trois couplets, de 16 mesures, donc 16 vers, en rimes multisyllabiques, Donc... très rap des années 90-2000, surtout 2000, mais en tout cas c'était des textes extrêmement denses, et là il fallait réapprendre à écrémmer, ce que d'ailleurs j'ai compris avec le temps, la variété fait un peu mieux, en fait réussir parfois à trouver la bonne formule, et la chanson française a d'excellents exemples là-dedans, mais j'y étais juste pas assez sensible, Et donc là, il fallait... synthétiser et apprendre à mettre beaucoup d'éléments, beaucoup de détails, d'adjectifs au bon moment et quand ça avait du sens. Donc voilà, petit travail encore en cours. Et puis ensuite, il y a eu la question de réinterpréter. Moi, j'ai déjà vu des lectures de textes. Je trouve ça toujours particulier. Ça peut diviser un peu plus que la musique parce qu'on n'a pas toujours une... au moins l'entrain de la mélodie qui peut aller avec, mais je voulais m'essayer à cet exercice que je n'avais jamais expérimenté, et Clarence est arrivée divinement au bon moment pour devenir une espèce de coach, alors j'ai fait des concerts, des open mic, des freestyles en public, etc., mais c'est pas grand chose effectivement quand tu es seul dans la pièce avec quelqu'un, dont tu mesures très vite les capacités à l'oral, à l'écrit, et puis voilà, tu sens l'expérience, et toi, ça met à nu toutes tes failles, parce que tu sors de tes habitudes, et on a quelqu'un qui est impliqué, qui est méthodique, qui est concentré, et qui effectivement, du coup, peut faire un peu vaciller toutes tes petites fondations, mais dans une... super mesure je trouve parce que du coup on en ressort avec L'impression d'une d'avoir été exigeant avec soi même parce qu'on avait quelqu'un en face qui était exigeant en retour et donc voilà ça a été une petite lecture in fine et dans une petite médiathèque d'une ville historique du coin puisque c'est le ward et donc le ward c'est là où se trouve le centre historique minier régional Et on était une petite douzaine, mais c'était super. Et moi, je pense que je n'oublierai jamais cet exercice parce qu'il me servira à tout jamais, c'est certain.
Et puis, finalement, je ris parce que pour des raisons qui nous ont échappées à ce moment-là, je n'ai même pas pu assister finalement à cette performance. Mais j'avais vécu la genèse de celle-ci. Et puis, vers la fin de la résidence, lui et son collectif, le Losange Noir, avec Baptiste Burleau, Stéphane Dubois et Kathleen Houcher, avaient projeté un film documentaire qu'ils avaient réalisé entre 2022 et 2025 qui s'intitule « Sur la veine » . Et dont le livre dont nous parlons est relié à ce film.
Ce film dont nous parlons, mais dont nous n'avons pas encore vraiment parlé.
Oui, c'est vrai. Nous allons le faire, mais peut-être que nous pourrions laisser Nicolas nous en dire quelques mots. Mais avant de laisser la parole à Nicolas, je voudrais simplement dire que c'est un film documentaire qui a été tourné entre 2022 et 2025 et dans lequel Nicolas et Baptiste nous emmènent avec eux pour un voyage entre Bruée et la Bussière, le Luxembourg, la Belgique, l'Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Pologne, à la découverte des mondes miniers. encore existants, et nous plongeons à la fois dans une narration très personnelle de Nicolas, et aussi à la rencontre des gens croisés sur leur chemin, tout en suivant la trajectoire de La Venne.
Sur La Venne, c'est une idée, en fait j'ai eu plein de projets sur la question bassin minier, des projets que j'ai initiés pendant mes études, des projets perso vraiment purs et durs, et des projets de commandes petit à petit, donc par des projets politiques de la ville, par... la mission bassin minier qui pilote un peu les intérêts de l'UNESCO parce que toute cette notamment une grande partie en gros de l'identité bassin minier donc architecture, terri éléments patrimoniaux sont pilotés par l'UNESCO sont classés à l'UNESCO et donc pilotés par la mission bassin minier nous on a fait des films en lien avec ça notamment sur la question du sport dans le territoire donc voilà, mélangé dans tout ce que... Dans tous ces projets existants ou naissants, il fallait que je change, enfin, pas que je change, mais que j'alimente ma réflexion, et une des manières de le faire, c'était d'aller voir chez les voisins, et donc je connaissais un tout petit peu la Belgique, puisque j'ai grandi vraiment proche de la frontière, mais par contre, au-delà, tout était un mystère, donc on a, enfin, j'ai imaginé une espèce de... de veines symboliques, d'une espèce de ligne de charbon qui connecte la Pologne et la France et qui traverse six pays pour se faire un road trip d'environ, enfin on n'a jamais vraiment su, mais entre 1700 et 2000 kilomètres. Et voilà, c'était un moyen de se confronter à autre chose, de souligner à la fois des différences et des similarités. C'était enrichir encore ma connaissance aussi. Et il n'y avait pas de garantie que ce road trip devienne un projet. En fait, on l'a fait sur nos fonds propres, sans demander de production X ou Y, sans demander de soutien X ou Y. Donc on est parti en juillet, dans un moment de creux, là où il y avait assez peu de projets en cours. On est parti deux semaines et demie. Je sais que... Clarence, tu m'avais dit notamment que quand tu vois le film, t'as l'impression qu'on est parti longtemps, mais en fait c'est parce qu'on a tourné toute la journée, quoi, et financièrement, nous, deux semaines et demie, c'était déjà une grosse parenthèse qu'il fallait financer, et donc, à chaque fois, on arrivait sur un lieu bien défini, on avait des espèces de cases qu'on voulait cocher sur des thématiques, des choses que j'avais lues, que j'avais vues dans des articles, que j'avais vues dans des bouquins, et ensuite, on se laissait porter par les lieux, et on... ont créé avec la matière. Donc Baptiste a tout filmé, et en rentrant, j'ai en effet un film, et une série de photos. Et en fait, c'est vrai que ce film, je le présente pas toujours sur sa dimension personnelle, parce que je pense que j'ai une espèce de complexe de dire, oui, mais ça parle aussi un peu de moi, en tant que jeune, et peut-être que j'ai des problèmes à assumer le côté... autobiographique, disons ça comme ça, d'une jeunesse. Et donc j'ai tendance à dire, oui, c'est une épopée minière, etc. Mais c'est aussi effectivement un film sur moi, mes réflexions sur mon héritage familial, et puis un petit peu la synthèse de tout ce qui m'est passé par la tête entre la fin de mes études et puis maintenant. Donc je suis d'accord que si tu enlèves cette dimension-là, Si tu enlèves les voix off, qui moi je ne les supporte plus bien sûr, parce que je les ai entendues beaucoup trop. Et donc si tu enlèves les voix off, et si tu enlèves mes réflexions, c'est juste un road trip dans des lieux miniers qui n'est pas si fou. Il y a forcément des oeuvres beaucoup plus impactantes qui existent, et donc c'est pas si dingue. Mais couplé à une dimension intime... ça prend toujours effectivement un peu plus de sens, et j'essaie de me rappeler que je ne suis pas dans la tête des autres, et que chacun en fait sa lecture, et que donc il ne faut pas que je sois sans cesse à me rabaisser, parce que c'est un mauvais réflexe que j'ai, mais voilà, j'ai essayé de faire le projet le plus personnel et universel possible à la fois, et ça s'est traduit comme ça.
Alors, petite précision, en géologie, une veine, c'est un corps distinct qui est formé, qui a une forme de feuille, des minéraux comme ça, en feuille, cristallisé dans une roche. Et dans le monde des mineurs, évidemment, c'est un filon étroit de charbon ou de minerais divers. Je crois qu'on parle de veine aussi, même pour l'or, en fait. Si, si, tout à fait. Tu peux poursuivre, s'il te plaît. Oui,
je vais continuer. Il fait très chaud en ce mois de juillet. Le long de l'autoroute allemande, on aperçoit petit à petit la forme très caractéristique d'une excavatrice colossale. Nous sommes au beau milieu des mines à ciel ouvert de Westphalie du Nord. Chacune de ces machines de 240 mètres de long peut excaver 24 000 tonnes de terre et minerais par jour. Ici, la vie sauvage est affreusement menacée, tout comme les villages l'ont été. avant que la ZAD de Lutzerat, qui scandait Lutze-Libé, soit démantelée par la force. Il y a une particularité dans ce film, c'est que Nicolas prend régulièrement des photos. Donc nous suivons à la fois un déroulé d'images filmées, puis il y a des arrêts sur images avec des photos. Et j'ai beaucoup aimé, personnellement, ce parti pris de s'attarder sur une personne ou un paysage, comme si le temps s'était arrêté. Est-ce que toi, Nicolas, tu peux nous parler de cet aspect des photos dans le film ?
Donc, oui, j'ai toujours aimé les œuvres qui sont des mix-médias. Donc, je ne sais pas si c'est un problème de savoir faire des choix de ma part, parce que j'adore la musique, j'adore la vidéo, j'adore la photo. Donc, est-ce que c'est moi qui ne sais pas décider, ou est-ce que juste j'aime les œuvres qui se déclinent en plusieurs... en plusieurs canaux, plusieurs grilles de lecture, et en même temps là devant moi j'ai ma bibliothèque, et j'ai plein de livres qui sont associés à des films, donc je me dis, je pense juste aussi que j'aime ça, et que c'est pas un manque de choix, c'est juste que j'aime mélanger les choses, et le film existait sans les photos. Ça donnait notamment à certains rushs une allure un peu bizarre, parce qu'on se disait ok pourquoi ils ont filmé ça, qu'est-ce que ça raconte ce truc-là, mais en fait ce que ça raconte c'est que ce rush c'était vraiment la coulisse de la photo, et là la photo quand on a, je l'espère en fait on peut s'en faire une lecture, et en même temps quand on a ne serait-ce qu'un indice sur les lieux où on se trouve, les photos prennent, je l'espère, plus de sens. J'ai vu un film qui s'appelle Civil War d'Alex Garland, qui est la plus grosse production des studios A24. Donc en gros, c'est des conditions blockbuster, vraiment, film justement en road trip, où il traverse ces trois journalistes, dont deux photojournalistes, qui traversent des Etats-Unis qui sont en pleine guerre civile. C'est un film... C'est évidemment une fiction, mais qui, hélas, n'est pas si loin d'être proche de certaines réalités. Et les photojournalistes, on a ce truc où il y a des arrêts sur images sur les clichés qu'ils prennent. Et alors, je trouve que ça donne un vrai... Comment dire... Ça permet de prendre des pauses de deux secondes et de figer... de la beauté, de la violence, de l'action, et de... enfin bref, ça a beaucoup de sens dans ce film. Et donc en rentrant, je me suis dit, eh ben je vais tester et essayer, reprendre l'entièreté de mon film, et de rajouter ces arrêts sur images, et en fait, à l'heure d'aujourd'hui, je ne sais pas, je ne peux pas, je ne peux plus imaginer le film sans ces images, qui viennent en fait effectivement faire des ponctuations. Ou traduire aussi, moi, mon regard. En fait, traduire, dire, ok, c'est ça que lui, en tant que photographe, aime bien. C'est par ces voix-là qu'il va essayer de raconter son sujet. Et donc, voilà, ça s'est produit aussi bêtement que ça. Et j'espère, effectivement, que c'est des œuvres qui se répondent bien. Et je pense que j'en suis pas à ma dernière, à mon avis c'est un processus qui va être récurrent puisque j'ai tourné un autre projet et il y a exactement le même schéma, c'est un road trip plein plein d'images, vidéos et... photos, donc voilà.
Alors, le bassin minier, l'histoire du Nord, un lieu de vie. On sent que tous ces aspects traversent, questionnent, interrogent le parcours de Nicolas avec également ses paradoxes de est-ce que l'on aime son territoire ? Quel regard posons-nous dessus ? Qu'est-ce que j'en fais ? Bon, je n'ai personnellement pas vu le film. Mais en feuilletant le petit ouvrage, avec les photos, je ressens bien une quête, un cheminement, d'abord géographiquement, effectivement, marqué par cet itinéraire, qui est d'ailleurs cartographié en page 92 de l'ouvrage. Et comme il l'écrit lui-même, Nicolas, en conclusion de son avant-propos, ces quelques photos et le film qui les accompagne forment un point d'étape. 10 ans de travail sur la thématique. J'en ai 33 lorsque j'écris ces mots et je sens que les points d'interrogation s'accumulent plus qu'ils ne disparaissent.
Je t'arrête deux secondes, mais pas 33, 30.
Je confonds les chiffres aujourd'hui, je confonds, je confonds. On avait compris, on avait à peu près compris, en tout cas dans les...
Donc il en a 30.
Voilà, ok, d'accord. Je ne sais plus où j'en étais. Voilà, voilà, voilà. Donc, je citais ce qu'il avait écrit en conclusion de son avant-propos. Et moi, je parlais de quête, effectivement, parce que poser un questionnement à partir de ces questions en suspens que dessine, c'est ce qui va dessiner une poésie. Et cette poésie, je la retrouve dans les photos extraites du film, où, effectivement, il y a un ancrage, il y a un ancrage minéral. Celui qui va dessiner en arrière-fond un paysage. Une industrie, bien sûr, en fin de souffle, et une histoire commune qui traverse les frontières européennes, et parallèlement une fragilité, celle du vivant, du vivable et du questionnable. Et en regardant de nouveau ces photographies, je m'aperçois que les regards, je vois les sourires, je vois la dignité, je vois la fatigue, et je retrouve le questionnement de l'art, au sens premier du terme, celui de l'articulation. entre différentes dimensions. C'est-à-dire un donné à voir qui est question.
Ce qui m'a le plus touchée personnellement dans ce film, au-delà du sujet des images, c'est la voix narrative qui est celle de Nicolas. À peine le film avait-il commencé que je l'ai réentendue, revue, me lire son texte. Alors ce n'était pas le même, bien sûr, le contexte est différent, mais j'ai tout de suite retrouvé cette voix, ce sensible, ce regard poétique et réaliste. Et je pense que c'est là le trait principal de la démarche artistique de Nicolas. C'est ce qu'il dit des images qu'il nous donne à voir, ce qu'il nous donne à entendre. Sans cette voix, cela serait, j'imagine, un film documentaire sur le monde minier. Et là, c'est vraiment l'interrogation de Nicolas qui en fait un récit. Et je voulais savoir, maintenant, Nicolas, ce que tu pouvais nous dire par rapport à ce que... où tu en es aujourd'hui avec ce film, avec tes projets. Et puis peut-être soit nous lire un extrait ou quelque chose que tu aimes particulièrement. La parole est à toi.
Je voudrais aussi rajouter qu'il y a quelque chose, je pense, que j'ai déduit à la fin, mais qui est de l'ordre de la cicatrice, donc la cicatrice qui est voulue, avec ce tatouage de la Sainte-Barbe qu'on voit par exemple, avec ce tatouage à cab d'une militante en Allemagne, avec la cicatrice qui est subie par... par celle des blessures. Yvon notamment, qui a cette cicatrice d'une douzaine, quinzaine de centimètres de long dans le dos, qui est en fait du charbon cicatrisé sous sa peau. Et bien sûr, il y a celle, la cicatrice sur le paysage. Donc nous, ça va être ces espèces de... On va être sur du positif, donc positif dans le sens où c'est un élément qui ressort, qui est ajouté, à savoir l'éthérie. donc ces montagnes de gravats qui sont issues du tri du charbon et qui maintenant font partie du patrimoine et du paysage. Dans des endroits comme l'Allemagne ou la Tchéquie, ça va être plutôt négatif, c'est-à-dire que ça va être des trous. À l'inverse, on va soustraire des éléments en paysage qui ensuite deviendront Dieu sait quoi. Ça peut être autant des circuits de course de voitures que ça peut être des lacs. Et oui, c'est une des lectures aussi que j'ai de mon projet, c'est de regarder cette cicatrice européenne de l'exploitation du charbon. Pour revenir brièvement sur la voix-off, ce que je disais plus tôt, c'est qu'elle est nécessaire, même si j'adorerais évidemment à terme faire des films qui se passent de cette dimension explicative. Là, l'avantage d'un film complètement indépendant dans ce genre-là, c'est que... On était seul avec tous mes camarades que vous avez cités plus tôt, et Manon Briat aussi, qui a pas mal tourné sur les séquences dans le Nord, qui est ma copine et qui est aussi photographe, et qui a un super regard aussi sur cet endroit-là, parce qu'elle n'en vient pas, et donc j'adore la façon dont elle le filme à chaque fois. Et ensemble, juste, on a construit cette œuvre-là, avec la tête qu'elle a actuellement, mais je suis certain que si c'était passé par des... des voies de production un peu plus classiques, ça serait pas si imparfait entre guillemets, et je pense qu'il faut l'embrasser telle qu'elle. Et justement, les diffusions du film sont tout aussi imparfaites, donc elles se font à chaque fois dans des tiers-lieux, dans des cafés, dans des conditions toujours un petit peu particulières, très vivantes. Ça se passe assez bien, les retours sont souhaits. Je vais le diffuser à Denain pour la première fois dimanche. Là j'ai un petit peu peur parce que je sais qu'à Denain les gens sont vraiment dans une volonté d'aller de l'avant et de mettre ces années-là un petit peu derrière eux, ces années de la fin de la sidérurgie, de la fin de la mine et d'aller de l'avant. Et moi en fait, vu que je questionne mon enfance et que je questionne mon adolescence, je peux pas... occulter le fait d'avoir grandi dans une espèce de parenthèse industrielle et donc une espèce de no man's land avec une succession de points interrogation partout donc il fallait que je raconte ça et je ne sais pas comment ça va être reçu on va voir j'ai aussi fait l'exposition à la musette donc ce lieu dans lequel on s'est rencontré avec clarence ça s'est très très bien passé ça a été vraiment un beau moment quelques tirages ont été vendus la première salve de livres qui sera édité au total à 50 exemplaires numérotés. La première salle va être vendue aussi, donc les 25 premiers, donc ça c'est super. Et j'ai aussi fait mon avant-prod. Première belge, alors je prends deux secondes pour vous le raconter parce que c'était dans un festival qui s'appelle Soif d'idéal. Et c'est un festival qui est vachement axé sur l'éducation populaire et en gros ils ont cette particularité de mettre des chaises en cercle à la fin et d'éviter d'avoir un rapport un peu dominant de la part des équipes des films qui se placent sur scène et qui parlent au public qui est assis lui en bas dans ses sièges. Et donc j'ai adoré cet exercice. Et... Les échanges ont été absolument magnifiques, alors qu'on n'était pas beaucoup, c'était en semaine, en après-midi, donc en fait il y avait une douzaine de personnes, quelque chose du genre, mais alors les échanges ont été magnifiques, il y a eu des larmes, il y a eu des envies de retourner chez soi aussi, parce qu'on avait des gens qui venaient notamment de Charleroi qui est dans le film, mais qui vivent sur Bruxelles, et là ils ont eu envie d'aller revoir un peu leur chez eux, et se reconnecter peut-être aussi je pense à leurs racines, ça a vraiment suscité. susciter ça chez certaines personnes donc ça m'a redonné beaucoup beaucoup d'énergie parce que je commençais à fatiguer tout doucement de la valorisation du projet et c'était un super moment et à la suite de ces diffusions là le film va être montré deux fois à Charleroi aussi à la rentrée et ensuite Grand Mystère donc peut-être qu'il sera remontré dans le Pas-de-Calais pour la Sainte-Barbe en décembre etc mais je pense qu'il fera son chemin mais moi je mettrais moins d'énergie euh... parce que je vais commencer à me concentrer sur mes futurs projets, et je vais d'ailleurs citer Régis pour mes futurs projets, le vivant, le vivable et le questionnable, c'est vraiment un super résumé de ce qui commence à m'intéresser, où ce fameux nord que je raconte, ce nord en point de suspension, qui est rempli de friches, de terrains vagues et de terris, est de plus en plus réinvesti par le... La logistique, qui est à l'heure actuelle aussi par les data centers, c'est un vrai sujet. Tous les 30 kilomètres, il y a des projets de data centers qui vont détruire un petit peu tous ces nouveaux habitats, qui sont certes pollués, mais qui sont investis par les humains et par les non-humains, par le vivant global, depuis 40 ans. Tous ces habitats vont disparaître, l'eau va être pompée comme pas possible. Et donc évidemment que toutes ces questions-là m'interpellent aussi, parce qu'en fait... Oui, on n'est pas dans le vercors, on n'est pas dans les abruses, c'est le nord, c'est un peu brut comme c'est, mais c'est quelque chose de magnifique, et moi je me suis habitué à tous ces milieux, et en fait j'y tiens, et je sais à quel point ils sont vivants, et donc ça fera beaucoup partie de mes réflexions à venir. Donc voilà, je vous remercie infiniment de m'avoir laissé m'exprimer. Sur ce projet, je vous remercie pour la précision de vos mots et pour le temps que vous m'accordez. Et je serai heureux, comme d'habitude, de suivre les votes, de recroiser votre chemin à un moment. Et puis vous savez que vous avez toujours un petit peu d'un petit chez-vous tout au nord de la France qui vous attend. Voilà, merci à tous les deux, à très très vite et à bientôt.
Bien. Je te remercie, Clarence, de m'avoir fait découvrir ce travail de Nicolas. Merci à Nicolas pour ses réponses et on lui fait de bonnes chances. Et puis, je te propose, Clarence, qu'on se retrouve pour un prochain podcast.
Oui, merci. Merci, Nicolas. Merci à toi. Merci à Manon et puis à bientôt pour une prochaine fois. Bonjour.
Description
Rencontre avec Nicolas Delfort, réalisateur, auteur et photographe.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani et le poète, c'est Régis Dequet. Bonjour Régis. »
« Bonjour Clarence. »
« Alors aujourd'hui, nous allons nous attarder un peu autour d'un livre. » qui s'intitule « Sur la veine » d'un jeune auteur, photographe et réalisateur, Nicolas Delfort. Je vais te laisser, Régis, nous présenter ce livre.
Alors, d'abord, je vais présenter les choses de manière très, très factuelle, parce que cet ouvrage, je l'ai là, devant moi. Je dirais que c'est un petit livre blanc, rectangulaire. Un format paysage 21,5 cm de large pour 15,5 cm de haut. Une couverture cartonnée avec un dos carré. Au dos de la couverture, il n'y a rien que le blanc de la couverture. Sur la tranche, en gras, il est écrit « Sur la veine » , puis un prénom et un nom. Nicolas Delfort. C'est écrit dans une police d'écriture, peut-être Abadie ou Apto, je ne sais pas trop. Sur la face de la couverture, une image en couleur de 10 cm de large sur 7,5 cm de haut qui représente un corps, ou plus exactement une partie de ce corps, où sont exclues la tête et les jambes. C'est une photo d'un buste, moitié de dos, moitié de profil. et des bras enlacés autour du profil, enfin les bras de ce sujet, ses propres bras, qui sont enlacés autour du thorax et qui relèvent un t-shirt noir avec un équilibre. Découvre un grand tatouage, un tatouage qui représente une femme dans un drapé portant une couronne et tenant dans la main droite une épée pointant vers le sol. En arrière de ce personnage, une construction qui semble être un chevalement, c'est-à-dire la structure qui sert à descendre et remonter les mineurs, ainsi que le minerai via une cage d'ascenseur. Ensuite, l'intérieur du livre apparaît ainsi. Un avant-propos d'une dizaine de pages, puis des photos et un chapitrage comme ceci. Préambule, terre natale. Pas-de-Calais, France. Nord, France. Frontière, franco-luxembourgeoise. Hainaut, région de Charleroi, Belgique. Rhenanie du Nord, Vespalie, Allemagne. District de Most, Tchéquie. Basse-Silesie, Waldbrich. Pologne, Silesie, Kartowice, Pologne, Bernissard, musée de Liguanodon, frontière franco-belge, et page 33, extrait de carnet, donc des croquis, des notes manuscrites.
Excuse-moi, je crois que c'est la page 93.
Ah, j'ai dû me tromper.
Oui, 93.
Je dis 93. Ah bah, rien à voir. Page 93, voilà, donc effectivement on a extrait de carnet, des croquis, des notes manuscrites, des remerciements. Et en dernière page, voilà, donc ces remerciements et les légendes des portraits présents dans l'ouvrage. Les photos elles-mêmes, alors les photos elles représentent des personnages, des motos, certains personnages semblent posés pour la photo, d'autres paraissent pris sur le vif, dans leur activité ordinaire. Parfois les arrière-plans sont la nature, des zones industrielles, des intérieurs. Il y a également des animaux. On est à un cheval, il y a des chiens, il y a des oiseaux. Voilà ce qu'on peut en percevoir. Maintenant, je te propose Clarence, avec toi, d'entrer dans le propos de l'ouvrage.
Je suis née à Denain en 1994, en plein contre-coup de la fermeture d'Uzinor, séisme social érigé en tragédie référence dans mon bassin. Je me souviens d'une ville éventrée, que je regardais de la vitre arrière de la Peugeot 309, des usines barricadées sans fenêtres, le terril renard sous la neige. La violence était de mise dans ma jeunesse, elle était verbale et physique dans les rues, au collège, partout. La désindustrialisation laisse toujours une belle fratrie d'enfants maudits, la pauvreté en tête, l'alcoolisme, l'isolement, le mépris de classe. Ainsi, pour les jeunes d'après les belles années, rêver, s'aimer, se sentir inclus, incluse et fière, c'était tout un défi. Voici donc un petit extrait de l'avant-propos de cet ouvrage sur la veine. Mais j'avais tout d'abord envie de vous parler d'un autre livre de Nicolas que j'ai découvert avant celui-ci. C'est un tout petit recueil qui s'intitule « Tout commence toujours par un jour de pluie » qui est le résultat de notes qu'il a rédigées entre 2022 et 2024. Parce que c'est comme ça que je l'ai connu personnellement, Nicolas. En 2025, dans le Nord, sur le territoire du cœur d'Ostrevent exactement. Nous faisions partie des artistes en résidence, lui photographe et réalisateur, et moi comédienne et collectrice de paroles. Au tout début de cette résidence, il était venu me demander si nous pouvions travailler ensemble sur ce texte-ci pour une lecture performance publique qu'il allait faire quelques semaines plus tard. J'avais dit oui, et lors de la première rencontre, il avait commencé avec sa première phrase « Tout commence par un jour de pluie » . Et c'était parti.
Alors, Nicolas, lui, il n'est pas physiquement là. Il n'est pas avec nous. Oui, avec nous physiquement, effectivement. Donc, on lui a demandé de bien vouloir, s'il le souhaitait, répondre à certaines de nos questions. Et la première question qu'on peut lui poser, c'est Nicolas, peux-tu nous parler de cet ouvrage « Tout commence par un jour de pluie » .
Bonjour Clarence, bonjour Régis. Merci beaucoup de me laisser l'occasion de m'exprimer sur ce projet. et merci pour revenir sur tout commence toujours par un jour de pluie qui a un long titre bien à la française comment sait faire effectivement c'est une suite de je dirais majoritairement c'est des notes en dictée vocale que je fais en voiture donc encore une fois c'est de la dictée vocale donc je parle à voix haute et et mon on applique de texte retranscrit puis je j'ajuste je corrige, j'enlève, je rajoute et... C'est des textes distincts en premier lieu, que ensuite j'ai essayé de réunir par le biais vraiment de la logique du déplacement, le bruit de la portière, le fait d'être sur la route. Moi je sais que la route, je ne mets pas beaucoup de musique, pas toujours non plus de podcast ou de radio, et c'est des tirées dans le quotidien où j'ai... l'occasion de penser de manière un peu claire et limpide. Et des fois, ça amène aussi vers des réflexions pas toujours hyper joyeuses, mais ça fait partie aussi de l'exercice de poésie de s'attarder sur ces émotions-là qu'on refoule le reste du temps. Et donc, clairement, ce recueil de textes, c'est aussi un tronçon de vie où j'allais pas bien, j'ai l'impression d'avoir traversé un hiver de trois ans. Et c'est... Voilà, on a tous des phases où on va plus ou moins bien. Moi, à l'époque, je fais... Enfin, à l'époque, pendant vraiment quasi toute ma vie, j'ai fait du rap. Comme un loisir, j'ai jamais imaginé un moment en faire un métier, mais j'ai fait du rap avec implication, avec sérieux. Et je pense que la partie qui était la plus importante pour moi, et ça depuis l'enfance, c'était d'écrire, de verbaliser, de retranscrire, en fait, et de... Et potentiellement ensuite d'en faire une oeuvre, mais c'est pas toujours la vocation de ce qu'on écrit. Et finalement, c'est devenu cette espèce de petit recueil. Je me suis dit, j'ai besoin souvent de deadlines. Et cette résidence qu'on a faite ensemble, Clarence, c'était une occasion de me dire, ok, je vais... annoncer que je fais une avant première de mon film pendant la résidence et je vais annoncer que je fais une petite résidence de poésie pendant ma résidence et comme ça ça me force à mettre une ponctuation à ces deux projets là et ça a été le cas et donc force est de constater que parfois les les deadlines forcés fonctionne je peux vous lire un autre petit extrait vous gardez ou pas l'église polonaise 9 heures pile, le soleil froid d'octobre, une Renault Safran, un attache caravane, une camelle allumée, des pas de doigts aux yeux, tout ça, j'en parle pas à Dieu. J'ai grandi dans ces cités peuplées d'arabes, de polonais et de gitans sédentaires. Tout semble toujours transiter par un regard divin, fatalement. Je n'ai jamais cru en Dieu. Car je crois au dinosaure. Ça m'est apparu incompatible dès mes premières réflexions sur la foi. Pourtant, je jure, pourtant je dis Seigneur. Voilà. C'est un peu le décor, c'est un peu l'ambiance, c'est un peu ces questions-là aussi de... De rapport à ce qu'on croit, de retour à l'enfance, très souvent qui passe par les dinosaures, et c'est aussi un petit peu le cas dans Sur la veine, c'est retour à l'enfance, retour aux origines du vivant, il y a plein de choses qui s'entremêlent, c'est la micro-observation, et puis à l'inverse, l'univers et son expansion, donc voilà, j'essaie de bricoler avec ces pensées qui font l'accordéon tout le temps.
Je me souviens que ces moments à écouter Nicolas ont été très forts pour moi. Était-ce parce qu'on ne se connaissait pas et que de se rencontrer à travers son écriture et sa voix, et moi dans la posture de celle qui écoute, arrête, tranche, lui disait de recommencer tout en posant une multitude de questions telles que « Mais pourquoi tu as écrit ce mot ? » ou bien « Qu'est-ce que tu veux dire par là exactement ? » Que c'était fort ? Ou bien est-ce que c'était moi qui l'interrompant constamment dans sa lecture pour entendre et réentendre le rythme, le son de la voix, le mot qui claque parce qu'il claque les mots de Nicolas. Que c'était fort. Ou bien est-ce que c'était de regarder ou pas sa haute silhouette qui touchait presque le plafond du duplex dans lequel je séjournais qui avait rendu cette rencontre si marquante ? Était-ce ce frissonnement qui vous prend lorsque vous découvrez l'autre avec ces mots qu'il n'a pas écrits pour vous ? Mais qui, à ce moment-là, jaillissent comme si cela vous était particulièrement adressé. Était-ce cela ? Ou bien le plaisir de cette rencontre s'était d'abord passé sous le prisme de l'art à travers ce qui s'exprime et qui parle tout de suite au cœur. Quoi qu'il en soit, je m'accrochais à son texte et je découvrais peu à peu qui il était ou en tout cas ce qu'il voulait que je perçoive de lui. que l'on perçoive de lui à travers ses écrits. J'ai travaillé comme j'ai appris à le faire, jusqu'au soir, jusqu'au noir. J'ai claqué ma portière en niquant le silence de la rue. la maison est vide, tout est sensible, tout est personnel. Je parle à l'ordi, je parle au mythe, je parle aux perces oreilles. Et ça, ça a duré pendant quelques après-midi, quelques jours.
Merci Clarence. Alors maintenant, on peut peut-être interroger Nicolas et lui demander, Nicolas, peux-tu nous dire comment toi, tu as vécu ces moments de répétition avec Clarence ?
Comme je le disais tout à l'heure, effectivement, ça a été un moment où je me suis dit que j'allais arrêter le rap. En fait, ça s'est fait sans amertume, j'y voyais juste plus de sens. Ça faisait partie aussi d'un moment où je voulais moins disparaître de tout. plus qu'on me voit, je voulais plus prendre la parole en public, et donc en fait, l'écriture, au moins, il y avait cette dimension intime qui continuait de me plaire, mais l'avantage de sortir des constructions rap, moi je suis vraiment d'une école très basique du rap, de trois couplets, de 16 mesures, donc 16 vers, en rimes multisyllabiques, Donc... très rap des années 90-2000, surtout 2000, mais en tout cas c'était des textes extrêmement denses, et là il fallait réapprendre à écrémmer, ce que d'ailleurs j'ai compris avec le temps, la variété fait un peu mieux, en fait réussir parfois à trouver la bonne formule, et la chanson française a d'excellents exemples là-dedans, mais j'y étais juste pas assez sensible, Et donc là, il fallait... synthétiser et apprendre à mettre beaucoup d'éléments, beaucoup de détails, d'adjectifs au bon moment et quand ça avait du sens. Donc voilà, petit travail encore en cours. Et puis ensuite, il y a eu la question de réinterpréter. Moi, j'ai déjà vu des lectures de textes. Je trouve ça toujours particulier. Ça peut diviser un peu plus que la musique parce qu'on n'a pas toujours une... au moins l'entrain de la mélodie qui peut aller avec, mais je voulais m'essayer à cet exercice que je n'avais jamais expérimenté, et Clarence est arrivée divinement au bon moment pour devenir une espèce de coach, alors j'ai fait des concerts, des open mic, des freestyles en public, etc., mais c'est pas grand chose effectivement quand tu es seul dans la pièce avec quelqu'un, dont tu mesures très vite les capacités à l'oral, à l'écrit, et puis voilà, tu sens l'expérience, et toi, ça met à nu toutes tes failles, parce que tu sors de tes habitudes, et on a quelqu'un qui est impliqué, qui est méthodique, qui est concentré, et qui effectivement, du coup, peut faire un peu vaciller toutes tes petites fondations, mais dans une... super mesure je trouve parce que du coup on en ressort avec L'impression d'une d'avoir été exigeant avec soi même parce qu'on avait quelqu'un en face qui était exigeant en retour et donc voilà ça a été une petite lecture in fine et dans une petite médiathèque d'une ville historique du coin puisque c'est le ward et donc le ward c'est là où se trouve le centre historique minier régional Et on était une petite douzaine, mais c'était super. Et moi, je pense que je n'oublierai jamais cet exercice parce qu'il me servira à tout jamais, c'est certain.
Et puis, finalement, je ris parce que pour des raisons qui nous ont échappées à ce moment-là, je n'ai même pas pu assister finalement à cette performance. Mais j'avais vécu la genèse de celle-ci. Et puis, vers la fin de la résidence, lui et son collectif, le Losange Noir, avec Baptiste Burleau, Stéphane Dubois et Kathleen Houcher, avaient projeté un film documentaire qu'ils avaient réalisé entre 2022 et 2025 qui s'intitule « Sur la veine » . Et dont le livre dont nous parlons est relié à ce film.
Ce film dont nous parlons, mais dont nous n'avons pas encore vraiment parlé.
Oui, c'est vrai. Nous allons le faire, mais peut-être que nous pourrions laisser Nicolas nous en dire quelques mots. Mais avant de laisser la parole à Nicolas, je voudrais simplement dire que c'est un film documentaire qui a été tourné entre 2022 et 2025 et dans lequel Nicolas et Baptiste nous emmènent avec eux pour un voyage entre Bruée et la Bussière, le Luxembourg, la Belgique, l'Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Pologne, à la découverte des mondes miniers. encore existants, et nous plongeons à la fois dans une narration très personnelle de Nicolas, et aussi à la rencontre des gens croisés sur leur chemin, tout en suivant la trajectoire de La Venne.
Sur La Venne, c'est une idée, en fait j'ai eu plein de projets sur la question bassin minier, des projets que j'ai initiés pendant mes études, des projets perso vraiment purs et durs, et des projets de commandes petit à petit, donc par des projets politiques de la ville, par... la mission bassin minier qui pilote un peu les intérêts de l'UNESCO parce que toute cette notamment une grande partie en gros de l'identité bassin minier donc architecture, terri éléments patrimoniaux sont pilotés par l'UNESCO sont classés à l'UNESCO et donc pilotés par la mission bassin minier nous on a fait des films en lien avec ça notamment sur la question du sport dans le territoire donc voilà, mélangé dans tout ce que... Dans tous ces projets existants ou naissants, il fallait que je change, enfin, pas que je change, mais que j'alimente ma réflexion, et une des manières de le faire, c'était d'aller voir chez les voisins, et donc je connaissais un tout petit peu la Belgique, puisque j'ai grandi vraiment proche de la frontière, mais par contre, au-delà, tout était un mystère, donc on a, enfin, j'ai imaginé une espèce de... de veines symboliques, d'une espèce de ligne de charbon qui connecte la Pologne et la France et qui traverse six pays pour se faire un road trip d'environ, enfin on n'a jamais vraiment su, mais entre 1700 et 2000 kilomètres. Et voilà, c'était un moyen de se confronter à autre chose, de souligner à la fois des différences et des similarités. C'était enrichir encore ma connaissance aussi. Et il n'y avait pas de garantie que ce road trip devienne un projet. En fait, on l'a fait sur nos fonds propres, sans demander de production X ou Y, sans demander de soutien X ou Y. Donc on est parti en juillet, dans un moment de creux, là où il y avait assez peu de projets en cours. On est parti deux semaines et demie. Je sais que... Clarence, tu m'avais dit notamment que quand tu vois le film, t'as l'impression qu'on est parti longtemps, mais en fait c'est parce qu'on a tourné toute la journée, quoi, et financièrement, nous, deux semaines et demie, c'était déjà une grosse parenthèse qu'il fallait financer, et donc, à chaque fois, on arrivait sur un lieu bien défini, on avait des espèces de cases qu'on voulait cocher sur des thématiques, des choses que j'avais lues, que j'avais vues dans des articles, que j'avais vues dans des bouquins, et ensuite, on se laissait porter par les lieux, et on... ont créé avec la matière. Donc Baptiste a tout filmé, et en rentrant, j'ai en effet un film, et une série de photos. Et en fait, c'est vrai que ce film, je le présente pas toujours sur sa dimension personnelle, parce que je pense que j'ai une espèce de complexe de dire, oui, mais ça parle aussi un peu de moi, en tant que jeune, et peut-être que j'ai des problèmes à assumer le côté... autobiographique, disons ça comme ça, d'une jeunesse. Et donc j'ai tendance à dire, oui, c'est une épopée minière, etc. Mais c'est aussi effectivement un film sur moi, mes réflexions sur mon héritage familial, et puis un petit peu la synthèse de tout ce qui m'est passé par la tête entre la fin de mes études et puis maintenant. Donc je suis d'accord que si tu enlèves cette dimension-là, Si tu enlèves les voix off, qui moi je ne les supporte plus bien sûr, parce que je les ai entendues beaucoup trop. Et donc si tu enlèves les voix off, et si tu enlèves mes réflexions, c'est juste un road trip dans des lieux miniers qui n'est pas si fou. Il y a forcément des oeuvres beaucoup plus impactantes qui existent, et donc c'est pas si dingue. Mais couplé à une dimension intime... ça prend toujours effectivement un peu plus de sens, et j'essaie de me rappeler que je ne suis pas dans la tête des autres, et que chacun en fait sa lecture, et que donc il ne faut pas que je sois sans cesse à me rabaisser, parce que c'est un mauvais réflexe que j'ai, mais voilà, j'ai essayé de faire le projet le plus personnel et universel possible à la fois, et ça s'est traduit comme ça.
Alors, petite précision, en géologie, une veine, c'est un corps distinct qui est formé, qui a une forme de feuille, des minéraux comme ça, en feuille, cristallisé dans une roche. Et dans le monde des mineurs, évidemment, c'est un filon étroit de charbon ou de minerais divers. Je crois qu'on parle de veine aussi, même pour l'or, en fait. Si, si, tout à fait. Tu peux poursuivre, s'il te plaît. Oui,
je vais continuer. Il fait très chaud en ce mois de juillet. Le long de l'autoroute allemande, on aperçoit petit à petit la forme très caractéristique d'une excavatrice colossale. Nous sommes au beau milieu des mines à ciel ouvert de Westphalie du Nord. Chacune de ces machines de 240 mètres de long peut excaver 24 000 tonnes de terre et minerais par jour. Ici, la vie sauvage est affreusement menacée, tout comme les villages l'ont été. avant que la ZAD de Lutzerat, qui scandait Lutze-Libé, soit démantelée par la force. Il y a une particularité dans ce film, c'est que Nicolas prend régulièrement des photos. Donc nous suivons à la fois un déroulé d'images filmées, puis il y a des arrêts sur images avec des photos. Et j'ai beaucoup aimé, personnellement, ce parti pris de s'attarder sur une personne ou un paysage, comme si le temps s'était arrêté. Est-ce que toi, Nicolas, tu peux nous parler de cet aspect des photos dans le film ?
Donc, oui, j'ai toujours aimé les œuvres qui sont des mix-médias. Donc, je ne sais pas si c'est un problème de savoir faire des choix de ma part, parce que j'adore la musique, j'adore la vidéo, j'adore la photo. Donc, est-ce que c'est moi qui ne sais pas décider, ou est-ce que juste j'aime les œuvres qui se déclinent en plusieurs... en plusieurs canaux, plusieurs grilles de lecture, et en même temps là devant moi j'ai ma bibliothèque, et j'ai plein de livres qui sont associés à des films, donc je me dis, je pense juste aussi que j'aime ça, et que c'est pas un manque de choix, c'est juste que j'aime mélanger les choses, et le film existait sans les photos. Ça donnait notamment à certains rushs une allure un peu bizarre, parce qu'on se disait ok pourquoi ils ont filmé ça, qu'est-ce que ça raconte ce truc-là, mais en fait ce que ça raconte c'est que ce rush c'était vraiment la coulisse de la photo, et là la photo quand on a, je l'espère en fait on peut s'en faire une lecture, et en même temps quand on a ne serait-ce qu'un indice sur les lieux où on se trouve, les photos prennent, je l'espère, plus de sens. J'ai vu un film qui s'appelle Civil War d'Alex Garland, qui est la plus grosse production des studios A24. Donc en gros, c'est des conditions blockbuster, vraiment, film justement en road trip, où il traverse ces trois journalistes, dont deux photojournalistes, qui traversent des Etats-Unis qui sont en pleine guerre civile. C'est un film... C'est évidemment une fiction, mais qui, hélas, n'est pas si loin d'être proche de certaines réalités. Et les photojournalistes, on a ce truc où il y a des arrêts sur images sur les clichés qu'ils prennent. Et alors, je trouve que ça donne un vrai... Comment dire... Ça permet de prendre des pauses de deux secondes et de figer... de la beauté, de la violence, de l'action, et de... enfin bref, ça a beaucoup de sens dans ce film. Et donc en rentrant, je me suis dit, eh ben je vais tester et essayer, reprendre l'entièreté de mon film, et de rajouter ces arrêts sur images, et en fait, à l'heure d'aujourd'hui, je ne sais pas, je ne peux pas, je ne peux plus imaginer le film sans ces images, qui viennent en fait effectivement faire des ponctuations. Ou traduire aussi, moi, mon regard. En fait, traduire, dire, ok, c'est ça que lui, en tant que photographe, aime bien. C'est par ces voix-là qu'il va essayer de raconter son sujet. Et donc, voilà, ça s'est produit aussi bêtement que ça. Et j'espère, effectivement, que c'est des œuvres qui se répondent bien. Et je pense que j'en suis pas à ma dernière, à mon avis c'est un processus qui va être récurrent puisque j'ai tourné un autre projet et il y a exactement le même schéma, c'est un road trip plein plein d'images, vidéos et... photos, donc voilà.
Alors, le bassin minier, l'histoire du Nord, un lieu de vie. On sent que tous ces aspects traversent, questionnent, interrogent le parcours de Nicolas avec également ses paradoxes de est-ce que l'on aime son territoire ? Quel regard posons-nous dessus ? Qu'est-ce que j'en fais ? Bon, je n'ai personnellement pas vu le film. Mais en feuilletant le petit ouvrage, avec les photos, je ressens bien une quête, un cheminement, d'abord géographiquement, effectivement, marqué par cet itinéraire, qui est d'ailleurs cartographié en page 92 de l'ouvrage. Et comme il l'écrit lui-même, Nicolas, en conclusion de son avant-propos, ces quelques photos et le film qui les accompagne forment un point d'étape. 10 ans de travail sur la thématique. J'en ai 33 lorsque j'écris ces mots et je sens que les points d'interrogation s'accumulent plus qu'ils ne disparaissent.
Je t'arrête deux secondes, mais pas 33, 30.
Je confonds les chiffres aujourd'hui, je confonds, je confonds. On avait compris, on avait à peu près compris, en tout cas dans les...
Donc il en a 30.
Voilà, ok, d'accord. Je ne sais plus où j'en étais. Voilà, voilà, voilà. Donc, je citais ce qu'il avait écrit en conclusion de son avant-propos. Et moi, je parlais de quête, effectivement, parce que poser un questionnement à partir de ces questions en suspens que dessine, c'est ce qui va dessiner une poésie. Et cette poésie, je la retrouve dans les photos extraites du film, où, effectivement, il y a un ancrage, il y a un ancrage minéral. Celui qui va dessiner en arrière-fond un paysage. Une industrie, bien sûr, en fin de souffle, et une histoire commune qui traverse les frontières européennes, et parallèlement une fragilité, celle du vivant, du vivable et du questionnable. Et en regardant de nouveau ces photographies, je m'aperçois que les regards, je vois les sourires, je vois la dignité, je vois la fatigue, et je retrouve le questionnement de l'art, au sens premier du terme, celui de l'articulation. entre différentes dimensions. C'est-à-dire un donné à voir qui est question.
Ce qui m'a le plus touchée personnellement dans ce film, au-delà du sujet des images, c'est la voix narrative qui est celle de Nicolas. À peine le film avait-il commencé que je l'ai réentendue, revue, me lire son texte. Alors ce n'était pas le même, bien sûr, le contexte est différent, mais j'ai tout de suite retrouvé cette voix, ce sensible, ce regard poétique et réaliste. Et je pense que c'est là le trait principal de la démarche artistique de Nicolas. C'est ce qu'il dit des images qu'il nous donne à voir, ce qu'il nous donne à entendre. Sans cette voix, cela serait, j'imagine, un film documentaire sur le monde minier. Et là, c'est vraiment l'interrogation de Nicolas qui en fait un récit. Et je voulais savoir, maintenant, Nicolas, ce que tu pouvais nous dire par rapport à ce que... où tu en es aujourd'hui avec ce film, avec tes projets. Et puis peut-être soit nous lire un extrait ou quelque chose que tu aimes particulièrement. La parole est à toi.
Je voudrais aussi rajouter qu'il y a quelque chose, je pense, que j'ai déduit à la fin, mais qui est de l'ordre de la cicatrice, donc la cicatrice qui est voulue, avec ce tatouage de la Sainte-Barbe qu'on voit par exemple, avec ce tatouage à cab d'une militante en Allemagne, avec la cicatrice qui est subie par... par celle des blessures. Yvon notamment, qui a cette cicatrice d'une douzaine, quinzaine de centimètres de long dans le dos, qui est en fait du charbon cicatrisé sous sa peau. Et bien sûr, il y a celle, la cicatrice sur le paysage. Donc nous, ça va être ces espèces de... On va être sur du positif, donc positif dans le sens où c'est un élément qui ressort, qui est ajouté, à savoir l'éthérie. donc ces montagnes de gravats qui sont issues du tri du charbon et qui maintenant font partie du patrimoine et du paysage. Dans des endroits comme l'Allemagne ou la Tchéquie, ça va être plutôt négatif, c'est-à-dire que ça va être des trous. À l'inverse, on va soustraire des éléments en paysage qui ensuite deviendront Dieu sait quoi. Ça peut être autant des circuits de course de voitures que ça peut être des lacs. Et oui, c'est une des lectures aussi que j'ai de mon projet, c'est de regarder cette cicatrice européenne de l'exploitation du charbon. Pour revenir brièvement sur la voix-off, ce que je disais plus tôt, c'est qu'elle est nécessaire, même si j'adorerais évidemment à terme faire des films qui se passent de cette dimension explicative. Là, l'avantage d'un film complètement indépendant dans ce genre-là, c'est que... On était seul avec tous mes camarades que vous avez cités plus tôt, et Manon Briat aussi, qui a pas mal tourné sur les séquences dans le Nord, qui est ma copine et qui est aussi photographe, et qui a un super regard aussi sur cet endroit-là, parce qu'elle n'en vient pas, et donc j'adore la façon dont elle le filme à chaque fois. Et ensemble, juste, on a construit cette œuvre-là, avec la tête qu'elle a actuellement, mais je suis certain que si c'était passé par des... des voies de production un peu plus classiques, ça serait pas si imparfait entre guillemets, et je pense qu'il faut l'embrasser telle qu'elle. Et justement, les diffusions du film sont tout aussi imparfaites, donc elles se font à chaque fois dans des tiers-lieux, dans des cafés, dans des conditions toujours un petit peu particulières, très vivantes. Ça se passe assez bien, les retours sont souhaits. Je vais le diffuser à Denain pour la première fois dimanche. Là j'ai un petit peu peur parce que je sais qu'à Denain les gens sont vraiment dans une volonté d'aller de l'avant et de mettre ces années-là un petit peu derrière eux, ces années de la fin de la sidérurgie, de la fin de la mine et d'aller de l'avant. Et moi en fait, vu que je questionne mon enfance et que je questionne mon adolescence, je peux pas... occulter le fait d'avoir grandi dans une espèce de parenthèse industrielle et donc une espèce de no man's land avec une succession de points interrogation partout donc il fallait que je raconte ça et je ne sais pas comment ça va être reçu on va voir j'ai aussi fait l'exposition à la musette donc ce lieu dans lequel on s'est rencontré avec clarence ça s'est très très bien passé ça a été vraiment un beau moment quelques tirages ont été vendus la première salve de livres qui sera édité au total à 50 exemplaires numérotés. La première salle va être vendue aussi, donc les 25 premiers, donc ça c'est super. Et j'ai aussi fait mon avant-prod. Première belge, alors je prends deux secondes pour vous le raconter parce que c'était dans un festival qui s'appelle Soif d'idéal. Et c'est un festival qui est vachement axé sur l'éducation populaire et en gros ils ont cette particularité de mettre des chaises en cercle à la fin et d'éviter d'avoir un rapport un peu dominant de la part des équipes des films qui se placent sur scène et qui parlent au public qui est assis lui en bas dans ses sièges. Et donc j'ai adoré cet exercice. Et... Les échanges ont été absolument magnifiques, alors qu'on n'était pas beaucoup, c'était en semaine, en après-midi, donc en fait il y avait une douzaine de personnes, quelque chose du genre, mais alors les échanges ont été magnifiques, il y a eu des larmes, il y a eu des envies de retourner chez soi aussi, parce qu'on avait des gens qui venaient notamment de Charleroi qui est dans le film, mais qui vivent sur Bruxelles, et là ils ont eu envie d'aller revoir un peu leur chez eux, et se reconnecter peut-être aussi je pense à leurs racines, ça a vraiment suscité. susciter ça chez certaines personnes donc ça m'a redonné beaucoup beaucoup d'énergie parce que je commençais à fatiguer tout doucement de la valorisation du projet et c'était un super moment et à la suite de ces diffusions là le film va être montré deux fois à Charleroi aussi à la rentrée et ensuite Grand Mystère donc peut-être qu'il sera remontré dans le Pas-de-Calais pour la Sainte-Barbe en décembre etc mais je pense qu'il fera son chemin mais moi je mettrais moins d'énergie euh... parce que je vais commencer à me concentrer sur mes futurs projets, et je vais d'ailleurs citer Régis pour mes futurs projets, le vivant, le vivable et le questionnable, c'est vraiment un super résumé de ce qui commence à m'intéresser, où ce fameux nord que je raconte, ce nord en point de suspension, qui est rempli de friches, de terrains vagues et de terris, est de plus en plus réinvesti par le... La logistique, qui est à l'heure actuelle aussi par les data centers, c'est un vrai sujet. Tous les 30 kilomètres, il y a des projets de data centers qui vont détruire un petit peu tous ces nouveaux habitats, qui sont certes pollués, mais qui sont investis par les humains et par les non-humains, par le vivant global, depuis 40 ans. Tous ces habitats vont disparaître, l'eau va être pompée comme pas possible. Et donc évidemment que toutes ces questions-là m'interpellent aussi, parce qu'en fait... Oui, on n'est pas dans le vercors, on n'est pas dans les abruses, c'est le nord, c'est un peu brut comme c'est, mais c'est quelque chose de magnifique, et moi je me suis habitué à tous ces milieux, et en fait j'y tiens, et je sais à quel point ils sont vivants, et donc ça fera beaucoup partie de mes réflexions à venir. Donc voilà, je vous remercie infiniment de m'avoir laissé m'exprimer. Sur ce projet, je vous remercie pour la précision de vos mots et pour le temps que vous m'accordez. Et je serai heureux, comme d'habitude, de suivre les votes, de recroiser votre chemin à un moment. Et puis vous savez que vous avez toujours un petit peu d'un petit chez-vous tout au nord de la France qui vous attend. Voilà, merci à tous les deux, à très très vite et à bientôt.
Bien. Je te remercie, Clarence, de m'avoir fait découvrir ce travail de Nicolas. Merci à Nicolas pour ses réponses et on lui fait de bonnes chances. Et puis, je te propose, Clarence, qu'on se retrouve pour un prochain podcast.
Oui, merci. Merci, Nicolas. Merci à toi. Merci à Manon et puis à bientôt pour une prochaine fois. Bonjour.
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Description
Rencontre avec Nicolas Delfort, réalisateur, auteur et photographe.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani et le poète, c'est Régis Dequet. Bonjour Régis. »
« Bonjour Clarence. »
« Alors aujourd'hui, nous allons nous attarder un peu autour d'un livre. » qui s'intitule « Sur la veine » d'un jeune auteur, photographe et réalisateur, Nicolas Delfort. Je vais te laisser, Régis, nous présenter ce livre.
Alors, d'abord, je vais présenter les choses de manière très, très factuelle, parce que cet ouvrage, je l'ai là, devant moi. Je dirais que c'est un petit livre blanc, rectangulaire. Un format paysage 21,5 cm de large pour 15,5 cm de haut. Une couverture cartonnée avec un dos carré. Au dos de la couverture, il n'y a rien que le blanc de la couverture. Sur la tranche, en gras, il est écrit « Sur la veine » , puis un prénom et un nom. Nicolas Delfort. C'est écrit dans une police d'écriture, peut-être Abadie ou Apto, je ne sais pas trop. Sur la face de la couverture, une image en couleur de 10 cm de large sur 7,5 cm de haut qui représente un corps, ou plus exactement une partie de ce corps, où sont exclues la tête et les jambes. C'est une photo d'un buste, moitié de dos, moitié de profil. et des bras enlacés autour du profil, enfin les bras de ce sujet, ses propres bras, qui sont enlacés autour du thorax et qui relèvent un t-shirt noir avec un équilibre. Découvre un grand tatouage, un tatouage qui représente une femme dans un drapé portant une couronne et tenant dans la main droite une épée pointant vers le sol. En arrière de ce personnage, une construction qui semble être un chevalement, c'est-à-dire la structure qui sert à descendre et remonter les mineurs, ainsi que le minerai via une cage d'ascenseur. Ensuite, l'intérieur du livre apparaît ainsi. Un avant-propos d'une dizaine de pages, puis des photos et un chapitrage comme ceci. Préambule, terre natale. Pas-de-Calais, France. Nord, France. Frontière, franco-luxembourgeoise. Hainaut, région de Charleroi, Belgique. Rhenanie du Nord, Vespalie, Allemagne. District de Most, Tchéquie. Basse-Silesie, Waldbrich. Pologne, Silesie, Kartowice, Pologne, Bernissard, musée de Liguanodon, frontière franco-belge, et page 33, extrait de carnet, donc des croquis, des notes manuscrites.
Excuse-moi, je crois que c'est la page 93.
Ah, j'ai dû me tromper.
Oui, 93.
Je dis 93. Ah bah, rien à voir. Page 93, voilà, donc effectivement on a extrait de carnet, des croquis, des notes manuscrites, des remerciements. Et en dernière page, voilà, donc ces remerciements et les légendes des portraits présents dans l'ouvrage. Les photos elles-mêmes, alors les photos elles représentent des personnages, des motos, certains personnages semblent posés pour la photo, d'autres paraissent pris sur le vif, dans leur activité ordinaire. Parfois les arrière-plans sont la nature, des zones industrielles, des intérieurs. Il y a également des animaux. On est à un cheval, il y a des chiens, il y a des oiseaux. Voilà ce qu'on peut en percevoir. Maintenant, je te propose Clarence, avec toi, d'entrer dans le propos de l'ouvrage.
Je suis née à Denain en 1994, en plein contre-coup de la fermeture d'Uzinor, séisme social érigé en tragédie référence dans mon bassin. Je me souviens d'une ville éventrée, que je regardais de la vitre arrière de la Peugeot 309, des usines barricadées sans fenêtres, le terril renard sous la neige. La violence était de mise dans ma jeunesse, elle était verbale et physique dans les rues, au collège, partout. La désindustrialisation laisse toujours une belle fratrie d'enfants maudits, la pauvreté en tête, l'alcoolisme, l'isolement, le mépris de classe. Ainsi, pour les jeunes d'après les belles années, rêver, s'aimer, se sentir inclus, incluse et fière, c'était tout un défi. Voici donc un petit extrait de l'avant-propos de cet ouvrage sur la veine. Mais j'avais tout d'abord envie de vous parler d'un autre livre de Nicolas que j'ai découvert avant celui-ci. C'est un tout petit recueil qui s'intitule « Tout commence toujours par un jour de pluie » qui est le résultat de notes qu'il a rédigées entre 2022 et 2024. Parce que c'est comme ça que je l'ai connu personnellement, Nicolas. En 2025, dans le Nord, sur le territoire du cœur d'Ostrevent exactement. Nous faisions partie des artistes en résidence, lui photographe et réalisateur, et moi comédienne et collectrice de paroles. Au tout début de cette résidence, il était venu me demander si nous pouvions travailler ensemble sur ce texte-ci pour une lecture performance publique qu'il allait faire quelques semaines plus tard. J'avais dit oui, et lors de la première rencontre, il avait commencé avec sa première phrase « Tout commence par un jour de pluie » . Et c'était parti.
Alors, Nicolas, lui, il n'est pas physiquement là. Il n'est pas avec nous. Oui, avec nous physiquement, effectivement. Donc, on lui a demandé de bien vouloir, s'il le souhaitait, répondre à certaines de nos questions. Et la première question qu'on peut lui poser, c'est Nicolas, peux-tu nous parler de cet ouvrage « Tout commence par un jour de pluie » .
Bonjour Clarence, bonjour Régis. Merci beaucoup de me laisser l'occasion de m'exprimer sur ce projet. et merci pour revenir sur tout commence toujours par un jour de pluie qui a un long titre bien à la française comment sait faire effectivement c'est une suite de je dirais majoritairement c'est des notes en dictée vocale que je fais en voiture donc encore une fois c'est de la dictée vocale donc je parle à voix haute et et mon on applique de texte retranscrit puis je j'ajuste je corrige, j'enlève, je rajoute et... C'est des textes distincts en premier lieu, que ensuite j'ai essayé de réunir par le biais vraiment de la logique du déplacement, le bruit de la portière, le fait d'être sur la route. Moi je sais que la route, je ne mets pas beaucoup de musique, pas toujours non plus de podcast ou de radio, et c'est des tirées dans le quotidien où j'ai... l'occasion de penser de manière un peu claire et limpide. Et des fois, ça amène aussi vers des réflexions pas toujours hyper joyeuses, mais ça fait partie aussi de l'exercice de poésie de s'attarder sur ces émotions-là qu'on refoule le reste du temps. Et donc, clairement, ce recueil de textes, c'est aussi un tronçon de vie où j'allais pas bien, j'ai l'impression d'avoir traversé un hiver de trois ans. Et c'est... Voilà, on a tous des phases où on va plus ou moins bien. Moi, à l'époque, je fais... Enfin, à l'époque, pendant vraiment quasi toute ma vie, j'ai fait du rap. Comme un loisir, j'ai jamais imaginé un moment en faire un métier, mais j'ai fait du rap avec implication, avec sérieux. Et je pense que la partie qui était la plus importante pour moi, et ça depuis l'enfance, c'était d'écrire, de verbaliser, de retranscrire, en fait, et de... Et potentiellement ensuite d'en faire une oeuvre, mais c'est pas toujours la vocation de ce qu'on écrit. Et finalement, c'est devenu cette espèce de petit recueil. Je me suis dit, j'ai besoin souvent de deadlines. Et cette résidence qu'on a faite ensemble, Clarence, c'était une occasion de me dire, ok, je vais... annoncer que je fais une avant première de mon film pendant la résidence et je vais annoncer que je fais une petite résidence de poésie pendant ma résidence et comme ça ça me force à mettre une ponctuation à ces deux projets là et ça a été le cas et donc force est de constater que parfois les les deadlines forcés fonctionne je peux vous lire un autre petit extrait vous gardez ou pas l'église polonaise 9 heures pile, le soleil froid d'octobre, une Renault Safran, un attache caravane, une camelle allumée, des pas de doigts aux yeux, tout ça, j'en parle pas à Dieu. J'ai grandi dans ces cités peuplées d'arabes, de polonais et de gitans sédentaires. Tout semble toujours transiter par un regard divin, fatalement. Je n'ai jamais cru en Dieu. Car je crois au dinosaure. Ça m'est apparu incompatible dès mes premières réflexions sur la foi. Pourtant, je jure, pourtant je dis Seigneur. Voilà. C'est un peu le décor, c'est un peu l'ambiance, c'est un peu ces questions-là aussi de... De rapport à ce qu'on croit, de retour à l'enfance, très souvent qui passe par les dinosaures, et c'est aussi un petit peu le cas dans Sur la veine, c'est retour à l'enfance, retour aux origines du vivant, il y a plein de choses qui s'entremêlent, c'est la micro-observation, et puis à l'inverse, l'univers et son expansion, donc voilà, j'essaie de bricoler avec ces pensées qui font l'accordéon tout le temps.
Je me souviens que ces moments à écouter Nicolas ont été très forts pour moi. Était-ce parce qu'on ne se connaissait pas et que de se rencontrer à travers son écriture et sa voix, et moi dans la posture de celle qui écoute, arrête, tranche, lui disait de recommencer tout en posant une multitude de questions telles que « Mais pourquoi tu as écrit ce mot ? » ou bien « Qu'est-ce que tu veux dire par là exactement ? » Que c'était fort ? Ou bien est-ce que c'était moi qui l'interrompant constamment dans sa lecture pour entendre et réentendre le rythme, le son de la voix, le mot qui claque parce qu'il claque les mots de Nicolas. Que c'était fort. Ou bien est-ce que c'était de regarder ou pas sa haute silhouette qui touchait presque le plafond du duplex dans lequel je séjournais qui avait rendu cette rencontre si marquante ? Était-ce ce frissonnement qui vous prend lorsque vous découvrez l'autre avec ces mots qu'il n'a pas écrits pour vous ? Mais qui, à ce moment-là, jaillissent comme si cela vous était particulièrement adressé. Était-ce cela ? Ou bien le plaisir de cette rencontre s'était d'abord passé sous le prisme de l'art à travers ce qui s'exprime et qui parle tout de suite au cœur. Quoi qu'il en soit, je m'accrochais à son texte et je découvrais peu à peu qui il était ou en tout cas ce qu'il voulait que je perçoive de lui. que l'on perçoive de lui à travers ses écrits. J'ai travaillé comme j'ai appris à le faire, jusqu'au soir, jusqu'au noir. J'ai claqué ma portière en niquant le silence de la rue. la maison est vide, tout est sensible, tout est personnel. Je parle à l'ordi, je parle au mythe, je parle aux perces oreilles. Et ça, ça a duré pendant quelques après-midi, quelques jours.
Merci Clarence. Alors maintenant, on peut peut-être interroger Nicolas et lui demander, Nicolas, peux-tu nous dire comment toi, tu as vécu ces moments de répétition avec Clarence ?
Comme je le disais tout à l'heure, effectivement, ça a été un moment où je me suis dit que j'allais arrêter le rap. En fait, ça s'est fait sans amertume, j'y voyais juste plus de sens. Ça faisait partie aussi d'un moment où je voulais moins disparaître de tout. plus qu'on me voit, je voulais plus prendre la parole en public, et donc en fait, l'écriture, au moins, il y avait cette dimension intime qui continuait de me plaire, mais l'avantage de sortir des constructions rap, moi je suis vraiment d'une école très basique du rap, de trois couplets, de 16 mesures, donc 16 vers, en rimes multisyllabiques, Donc... très rap des années 90-2000, surtout 2000, mais en tout cas c'était des textes extrêmement denses, et là il fallait réapprendre à écrémmer, ce que d'ailleurs j'ai compris avec le temps, la variété fait un peu mieux, en fait réussir parfois à trouver la bonne formule, et la chanson française a d'excellents exemples là-dedans, mais j'y étais juste pas assez sensible, Et donc là, il fallait... synthétiser et apprendre à mettre beaucoup d'éléments, beaucoup de détails, d'adjectifs au bon moment et quand ça avait du sens. Donc voilà, petit travail encore en cours. Et puis ensuite, il y a eu la question de réinterpréter. Moi, j'ai déjà vu des lectures de textes. Je trouve ça toujours particulier. Ça peut diviser un peu plus que la musique parce qu'on n'a pas toujours une... au moins l'entrain de la mélodie qui peut aller avec, mais je voulais m'essayer à cet exercice que je n'avais jamais expérimenté, et Clarence est arrivée divinement au bon moment pour devenir une espèce de coach, alors j'ai fait des concerts, des open mic, des freestyles en public, etc., mais c'est pas grand chose effectivement quand tu es seul dans la pièce avec quelqu'un, dont tu mesures très vite les capacités à l'oral, à l'écrit, et puis voilà, tu sens l'expérience, et toi, ça met à nu toutes tes failles, parce que tu sors de tes habitudes, et on a quelqu'un qui est impliqué, qui est méthodique, qui est concentré, et qui effectivement, du coup, peut faire un peu vaciller toutes tes petites fondations, mais dans une... super mesure je trouve parce que du coup on en ressort avec L'impression d'une d'avoir été exigeant avec soi même parce qu'on avait quelqu'un en face qui était exigeant en retour et donc voilà ça a été une petite lecture in fine et dans une petite médiathèque d'une ville historique du coin puisque c'est le ward et donc le ward c'est là où se trouve le centre historique minier régional Et on était une petite douzaine, mais c'était super. Et moi, je pense que je n'oublierai jamais cet exercice parce qu'il me servira à tout jamais, c'est certain.
Et puis, finalement, je ris parce que pour des raisons qui nous ont échappées à ce moment-là, je n'ai même pas pu assister finalement à cette performance. Mais j'avais vécu la genèse de celle-ci. Et puis, vers la fin de la résidence, lui et son collectif, le Losange Noir, avec Baptiste Burleau, Stéphane Dubois et Kathleen Houcher, avaient projeté un film documentaire qu'ils avaient réalisé entre 2022 et 2025 qui s'intitule « Sur la veine » . Et dont le livre dont nous parlons est relié à ce film.
Ce film dont nous parlons, mais dont nous n'avons pas encore vraiment parlé.
Oui, c'est vrai. Nous allons le faire, mais peut-être que nous pourrions laisser Nicolas nous en dire quelques mots. Mais avant de laisser la parole à Nicolas, je voudrais simplement dire que c'est un film documentaire qui a été tourné entre 2022 et 2025 et dans lequel Nicolas et Baptiste nous emmènent avec eux pour un voyage entre Bruée et la Bussière, le Luxembourg, la Belgique, l'Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Pologne, à la découverte des mondes miniers. encore existants, et nous plongeons à la fois dans une narration très personnelle de Nicolas, et aussi à la rencontre des gens croisés sur leur chemin, tout en suivant la trajectoire de La Venne.
Sur La Venne, c'est une idée, en fait j'ai eu plein de projets sur la question bassin minier, des projets que j'ai initiés pendant mes études, des projets perso vraiment purs et durs, et des projets de commandes petit à petit, donc par des projets politiques de la ville, par... la mission bassin minier qui pilote un peu les intérêts de l'UNESCO parce que toute cette notamment une grande partie en gros de l'identité bassin minier donc architecture, terri éléments patrimoniaux sont pilotés par l'UNESCO sont classés à l'UNESCO et donc pilotés par la mission bassin minier nous on a fait des films en lien avec ça notamment sur la question du sport dans le territoire donc voilà, mélangé dans tout ce que... Dans tous ces projets existants ou naissants, il fallait que je change, enfin, pas que je change, mais que j'alimente ma réflexion, et une des manières de le faire, c'était d'aller voir chez les voisins, et donc je connaissais un tout petit peu la Belgique, puisque j'ai grandi vraiment proche de la frontière, mais par contre, au-delà, tout était un mystère, donc on a, enfin, j'ai imaginé une espèce de... de veines symboliques, d'une espèce de ligne de charbon qui connecte la Pologne et la France et qui traverse six pays pour se faire un road trip d'environ, enfin on n'a jamais vraiment su, mais entre 1700 et 2000 kilomètres. Et voilà, c'était un moyen de se confronter à autre chose, de souligner à la fois des différences et des similarités. C'était enrichir encore ma connaissance aussi. Et il n'y avait pas de garantie que ce road trip devienne un projet. En fait, on l'a fait sur nos fonds propres, sans demander de production X ou Y, sans demander de soutien X ou Y. Donc on est parti en juillet, dans un moment de creux, là où il y avait assez peu de projets en cours. On est parti deux semaines et demie. Je sais que... Clarence, tu m'avais dit notamment que quand tu vois le film, t'as l'impression qu'on est parti longtemps, mais en fait c'est parce qu'on a tourné toute la journée, quoi, et financièrement, nous, deux semaines et demie, c'était déjà une grosse parenthèse qu'il fallait financer, et donc, à chaque fois, on arrivait sur un lieu bien défini, on avait des espèces de cases qu'on voulait cocher sur des thématiques, des choses que j'avais lues, que j'avais vues dans des articles, que j'avais vues dans des bouquins, et ensuite, on se laissait porter par les lieux, et on... ont créé avec la matière. Donc Baptiste a tout filmé, et en rentrant, j'ai en effet un film, et une série de photos. Et en fait, c'est vrai que ce film, je le présente pas toujours sur sa dimension personnelle, parce que je pense que j'ai une espèce de complexe de dire, oui, mais ça parle aussi un peu de moi, en tant que jeune, et peut-être que j'ai des problèmes à assumer le côté... autobiographique, disons ça comme ça, d'une jeunesse. Et donc j'ai tendance à dire, oui, c'est une épopée minière, etc. Mais c'est aussi effectivement un film sur moi, mes réflexions sur mon héritage familial, et puis un petit peu la synthèse de tout ce qui m'est passé par la tête entre la fin de mes études et puis maintenant. Donc je suis d'accord que si tu enlèves cette dimension-là, Si tu enlèves les voix off, qui moi je ne les supporte plus bien sûr, parce que je les ai entendues beaucoup trop. Et donc si tu enlèves les voix off, et si tu enlèves mes réflexions, c'est juste un road trip dans des lieux miniers qui n'est pas si fou. Il y a forcément des oeuvres beaucoup plus impactantes qui existent, et donc c'est pas si dingue. Mais couplé à une dimension intime... ça prend toujours effectivement un peu plus de sens, et j'essaie de me rappeler que je ne suis pas dans la tête des autres, et que chacun en fait sa lecture, et que donc il ne faut pas que je sois sans cesse à me rabaisser, parce que c'est un mauvais réflexe que j'ai, mais voilà, j'ai essayé de faire le projet le plus personnel et universel possible à la fois, et ça s'est traduit comme ça.
Alors, petite précision, en géologie, une veine, c'est un corps distinct qui est formé, qui a une forme de feuille, des minéraux comme ça, en feuille, cristallisé dans une roche. Et dans le monde des mineurs, évidemment, c'est un filon étroit de charbon ou de minerais divers. Je crois qu'on parle de veine aussi, même pour l'or, en fait. Si, si, tout à fait. Tu peux poursuivre, s'il te plaît. Oui,
je vais continuer. Il fait très chaud en ce mois de juillet. Le long de l'autoroute allemande, on aperçoit petit à petit la forme très caractéristique d'une excavatrice colossale. Nous sommes au beau milieu des mines à ciel ouvert de Westphalie du Nord. Chacune de ces machines de 240 mètres de long peut excaver 24 000 tonnes de terre et minerais par jour. Ici, la vie sauvage est affreusement menacée, tout comme les villages l'ont été. avant que la ZAD de Lutzerat, qui scandait Lutze-Libé, soit démantelée par la force. Il y a une particularité dans ce film, c'est que Nicolas prend régulièrement des photos. Donc nous suivons à la fois un déroulé d'images filmées, puis il y a des arrêts sur images avec des photos. Et j'ai beaucoup aimé, personnellement, ce parti pris de s'attarder sur une personne ou un paysage, comme si le temps s'était arrêté. Est-ce que toi, Nicolas, tu peux nous parler de cet aspect des photos dans le film ?
Donc, oui, j'ai toujours aimé les œuvres qui sont des mix-médias. Donc, je ne sais pas si c'est un problème de savoir faire des choix de ma part, parce que j'adore la musique, j'adore la vidéo, j'adore la photo. Donc, est-ce que c'est moi qui ne sais pas décider, ou est-ce que juste j'aime les œuvres qui se déclinent en plusieurs... en plusieurs canaux, plusieurs grilles de lecture, et en même temps là devant moi j'ai ma bibliothèque, et j'ai plein de livres qui sont associés à des films, donc je me dis, je pense juste aussi que j'aime ça, et que c'est pas un manque de choix, c'est juste que j'aime mélanger les choses, et le film existait sans les photos. Ça donnait notamment à certains rushs une allure un peu bizarre, parce qu'on se disait ok pourquoi ils ont filmé ça, qu'est-ce que ça raconte ce truc-là, mais en fait ce que ça raconte c'est que ce rush c'était vraiment la coulisse de la photo, et là la photo quand on a, je l'espère en fait on peut s'en faire une lecture, et en même temps quand on a ne serait-ce qu'un indice sur les lieux où on se trouve, les photos prennent, je l'espère, plus de sens. J'ai vu un film qui s'appelle Civil War d'Alex Garland, qui est la plus grosse production des studios A24. Donc en gros, c'est des conditions blockbuster, vraiment, film justement en road trip, où il traverse ces trois journalistes, dont deux photojournalistes, qui traversent des Etats-Unis qui sont en pleine guerre civile. C'est un film... C'est évidemment une fiction, mais qui, hélas, n'est pas si loin d'être proche de certaines réalités. Et les photojournalistes, on a ce truc où il y a des arrêts sur images sur les clichés qu'ils prennent. Et alors, je trouve que ça donne un vrai... Comment dire... Ça permet de prendre des pauses de deux secondes et de figer... de la beauté, de la violence, de l'action, et de... enfin bref, ça a beaucoup de sens dans ce film. Et donc en rentrant, je me suis dit, eh ben je vais tester et essayer, reprendre l'entièreté de mon film, et de rajouter ces arrêts sur images, et en fait, à l'heure d'aujourd'hui, je ne sais pas, je ne peux pas, je ne peux plus imaginer le film sans ces images, qui viennent en fait effectivement faire des ponctuations. Ou traduire aussi, moi, mon regard. En fait, traduire, dire, ok, c'est ça que lui, en tant que photographe, aime bien. C'est par ces voix-là qu'il va essayer de raconter son sujet. Et donc, voilà, ça s'est produit aussi bêtement que ça. Et j'espère, effectivement, que c'est des œuvres qui se répondent bien. Et je pense que j'en suis pas à ma dernière, à mon avis c'est un processus qui va être récurrent puisque j'ai tourné un autre projet et il y a exactement le même schéma, c'est un road trip plein plein d'images, vidéos et... photos, donc voilà.
Alors, le bassin minier, l'histoire du Nord, un lieu de vie. On sent que tous ces aspects traversent, questionnent, interrogent le parcours de Nicolas avec également ses paradoxes de est-ce que l'on aime son territoire ? Quel regard posons-nous dessus ? Qu'est-ce que j'en fais ? Bon, je n'ai personnellement pas vu le film. Mais en feuilletant le petit ouvrage, avec les photos, je ressens bien une quête, un cheminement, d'abord géographiquement, effectivement, marqué par cet itinéraire, qui est d'ailleurs cartographié en page 92 de l'ouvrage. Et comme il l'écrit lui-même, Nicolas, en conclusion de son avant-propos, ces quelques photos et le film qui les accompagne forment un point d'étape. 10 ans de travail sur la thématique. J'en ai 33 lorsque j'écris ces mots et je sens que les points d'interrogation s'accumulent plus qu'ils ne disparaissent.
Je t'arrête deux secondes, mais pas 33, 30.
Je confonds les chiffres aujourd'hui, je confonds, je confonds. On avait compris, on avait à peu près compris, en tout cas dans les...
Donc il en a 30.
Voilà, ok, d'accord. Je ne sais plus où j'en étais. Voilà, voilà, voilà. Donc, je citais ce qu'il avait écrit en conclusion de son avant-propos. Et moi, je parlais de quête, effectivement, parce que poser un questionnement à partir de ces questions en suspens que dessine, c'est ce qui va dessiner une poésie. Et cette poésie, je la retrouve dans les photos extraites du film, où, effectivement, il y a un ancrage, il y a un ancrage minéral. Celui qui va dessiner en arrière-fond un paysage. Une industrie, bien sûr, en fin de souffle, et une histoire commune qui traverse les frontières européennes, et parallèlement une fragilité, celle du vivant, du vivable et du questionnable. Et en regardant de nouveau ces photographies, je m'aperçois que les regards, je vois les sourires, je vois la dignité, je vois la fatigue, et je retrouve le questionnement de l'art, au sens premier du terme, celui de l'articulation. entre différentes dimensions. C'est-à-dire un donné à voir qui est question.
Ce qui m'a le plus touchée personnellement dans ce film, au-delà du sujet des images, c'est la voix narrative qui est celle de Nicolas. À peine le film avait-il commencé que je l'ai réentendue, revue, me lire son texte. Alors ce n'était pas le même, bien sûr, le contexte est différent, mais j'ai tout de suite retrouvé cette voix, ce sensible, ce regard poétique et réaliste. Et je pense que c'est là le trait principal de la démarche artistique de Nicolas. C'est ce qu'il dit des images qu'il nous donne à voir, ce qu'il nous donne à entendre. Sans cette voix, cela serait, j'imagine, un film documentaire sur le monde minier. Et là, c'est vraiment l'interrogation de Nicolas qui en fait un récit. Et je voulais savoir, maintenant, Nicolas, ce que tu pouvais nous dire par rapport à ce que... où tu en es aujourd'hui avec ce film, avec tes projets. Et puis peut-être soit nous lire un extrait ou quelque chose que tu aimes particulièrement. La parole est à toi.
Je voudrais aussi rajouter qu'il y a quelque chose, je pense, que j'ai déduit à la fin, mais qui est de l'ordre de la cicatrice, donc la cicatrice qui est voulue, avec ce tatouage de la Sainte-Barbe qu'on voit par exemple, avec ce tatouage à cab d'une militante en Allemagne, avec la cicatrice qui est subie par... par celle des blessures. Yvon notamment, qui a cette cicatrice d'une douzaine, quinzaine de centimètres de long dans le dos, qui est en fait du charbon cicatrisé sous sa peau. Et bien sûr, il y a celle, la cicatrice sur le paysage. Donc nous, ça va être ces espèces de... On va être sur du positif, donc positif dans le sens où c'est un élément qui ressort, qui est ajouté, à savoir l'éthérie. donc ces montagnes de gravats qui sont issues du tri du charbon et qui maintenant font partie du patrimoine et du paysage. Dans des endroits comme l'Allemagne ou la Tchéquie, ça va être plutôt négatif, c'est-à-dire que ça va être des trous. À l'inverse, on va soustraire des éléments en paysage qui ensuite deviendront Dieu sait quoi. Ça peut être autant des circuits de course de voitures que ça peut être des lacs. Et oui, c'est une des lectures aussi que j'ai de mon projet, c'est de regarder cette cicatrice européenne de l'exploitation du charbon. Pour revenir brièvement sur la voix-off, ce que je disais plus tôt, c'est qu'elle est nécessaire, même si j'adorerais évidemment à terme faire des films qui se passent de cette dimension explicative. Là, l'avantage d'un film complètement indépendant dans ce genre-là, c'est que... On était seul avec tous mes camarades que vous avez cités plus tôt, et Manon Briat aussi, qui a pas mal tourné sur les séquences dans le Nord, qui est ma copine et qui est aussi photographe, et qui a un super regard aussi sur cet endroit-là, parce qu'elle n'en vient pas, et donc j'adore la façon dont elle le filme à chaque fois. Et ensemble, juste, on a construit cette œuvre-là, avec la tête qu'elle a actuellement, mais je suis certain que si c'était passé par des... des voies de production un peu plus classiques, ça serait pas si imparfait entre guillemets, et je pense qu'il faut l'embrasser telle qu'elle. Et justement, les diffusions du film sont tout aussi imparfaites, donc elles se font à chaque fois dans des tiers-lieux, dans des cafés, dans des conditions toujours un petit peu particulières, très vivantes. Ça se passe assez bien, les retours sont souhaits. Je vais le diffuser à Denain pour la première fois dimanche. Là j'ai un petit peu peur parce que je sais qu'à Denain les gens sont vraiment dans une volonté d'aller de l'avant et de mettre ces années-là un petit peu derrière eux, ces années de la fin de la sidérurgie, de la fin de la mine et d'aller de l'avant. Et moi en fait, vu que je questionne mon enfance et que je questionne mon adolescence, je peux pas... occulter le fait d'avoir grandi dans une espèce de parenthèse industrielle et donc une espèce de no man's land avec une succession de points interrogation partout donc il fallait que je raconte ça et je ne sais pas comment ça va être reçu on va voir j'ai aussi fait l'exposition à la musette donc ce lieu dans lequel on s'est rencontré avec clarence ça s'est très très bien passé ça a été vraiment un beau moment quelques tirages ont été vendus la première salve de livres qui sera édité au total à 50 exemplaires numérotés. La première salle va être vendue aussi, donc les 25 premiers, donc ça c'est super. Et j'ai aussi fait mon avant-prod. Première belge, alors je prends deux secondes pour vous le raconter parce que c'était dans un festival qui s'appelle Soif d'idéal. Et c'est un festival qui est vachement axé sur l'éducation populaire et en gros ils ont cette particularité de mettre des chaises en cercle à la fin et d'éviter d'avoir un rapport un peu dominant de la part des équipes des films qui se placent sur scène et qui parlent au public qui est assis lui en bas dans ses sièges. Et donc j'ai adoré cet exercice. Et... Les échanges ont été absolument magnifiques, alors qu'on n'était pas beaucoup, c'était en semaine, en après-midi, donc en fait il y avait une douzaine de personnes, quelque chose du genre, mais alors les échanges ont été magnifiques, il y a eu des larmes, il y a eu des envies de retourner chez soi aussi, parce qu'on avait des gens qui venaient notamment de Charleroi qui est dans le film, mais qui vivent sur Bruxelles, et là ils ont eu envie d'aller revoir un peu leur chez eux, et se reconnecter peut-être aussi je pense à leurs racines, ça a vraiment suscité. susciter ça chez certaines personnes donc ça m'a redonné beaucoup beaucoup d'énergie parce que je commençais à fatiguer tout doucement de la valorisation du projet et c'était un super moment et à la suite de ces diffusions là le film va être montré deux fois à Charleroi aussi à la rentrée et ensuite Grand Mystère donc peut-être qu'il sera remontré dans le Pas-de-Calais pour la Sainte-Barbe en décembre etc mais je pense qu'il fera son chemin mais moi je mettrais moins d'énergie euh... parce que je vais commencer à me concentrer sur mes futurs projets, et je vais d'ailleurs citer Régis pour mes futurs projets, le vivant, le vivable et le questionnable, c'est vraiment un super résumé de ce qui commence à m'intéresser, où ce fameux nord que je raconte, ce nord en point de suspension, qui est rempli de friches, de terrains vagues et de terris, est de plus en plus réinvesti par le... La logistique, qui est à l'heure actuelle aussi par les data centers, c'est un vrai sujet. Tous les 30 kilomètres, il y a des projets de data centers qui vont détruire un petit peu tous ces nouveaux habitats, qui sont certes pollués, mais qui sont investis par les humains et par les non-humains, par le vivant global, depuis 40 ans. Tous ces habitats vont disparaître, l'eau va être pompée comme pas possible. Et donc évidemment que toutes ces questions-là m'interpellent aussi, parce qu'en fait... Oui, on n'est pas dans le vercors, on n'est pas dans les abruses, c'est le nord, c'est un peu brut comme c'est, mais c'est quelque chose de magnifique, et moi je me suis habitué à tous ces milieux, et en fait j'y tiens, et je sais à quel point ils sont vivants, et donc ça fera beaucoup partie de mes réflexions à venir. Donc voilà, je vous remercie infiniment de m'avoir laissé m'exprimer. Sur ce projet, je vous remercie pour la précision de vos mots et pour le temps que vous m'accordez. Et je serai heureux, comme d'habitude, de suivre les votes, de recroiser votre chemin à un moment. Et puis vous savez que vous avez toujours un petit peu d'un petit chez-vous tout au nord de la France qui vous attend. Voilà, merci à tous les deux, à très très vite et à bientôt.
Bien. Je te remercie, Clarence, de m'avoir fait découvrir ce travail de Nicolas. Merci à Nicolas pour ses réponses et on lui fait de bonnes chances. Et puis, je te propose, Clarence, qu'on se retrouve pour un prochain podcast.
Oui, merci. Merci, Nicolas. Merci à toi. Merci à Manon et puis à bientôt pour une prochaine fois. Bonjour.
Description
Rencontre avec Nicolas Delfort, réalisateur, auteur et photographe.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète échangent autour d'une tasse de café. La comédienne, c'est Clarence Massiani et le poète, c'est Régis Dequet. Bonjour Régis. »
« Bonjour Clarence. »
« Alors aujourd'hui, nous allons nous attarder un peu autour d'un livre. » qui s'intitule « Sur la veine » d'un jeune auteur, photographe et réalisateur, Nicolas Delfort. Je vais te laisser, Régis, nous présenter ce livre.
Alors, d'abord, je vais présenter les choses de manière très, très factuelle, parce que cet ouvrage, je l'ai là, devant moi. Je dirais que c'est un petit livre blanc, rectangulaire. Un format paysage 21,5 cm de large pour 15,5 cm de haut. Une couverture cartonnée avec un dos carré. Au dos de la couverture, il n'y a rien que le blanc de la couverture. Sur la tranche, en gras, il est écrit « Sur la veine » , puis un prénom et un nom. Nicolas Delfort. C'est écrit dans une police d'écriture, peut-être Abadie ou Apto, je ne sais pas trop. Sur la face de la couverture, une image en couleur de 10 cm de large sur 7,5 cm de haut qui représente un corps, ou plus exactement une partie de ce corps, où sont exclues la tête et les jambes. C'est une photo d'un buste, moitié de dos, moitié de profil. et des bras enlacés autour du profil, enfin les bras de ce sujet, ses propres bras, qui sont enlacés autour du thorax et qui relèvent un t-shirt noir avec un équilibre. Découvre un grand tatouage, un tatouage qui représente une femme dans un drapé portant une couronne et tenant dans la main droite une épée pointant vers le sol. En arrière de ce personnage, une construction qui semble être un chevalement, c'est-à-dire la structure qui sert à descendre et remonter les mineurs, ainsi que le minerai via une cage d'ascenseur. Ensuite, l'intérieur du livre apparaît ainsi. Un avant-propos d'une dizaine de pages, puis des photos et un chapitrage comme ceci. Préambule, terre natale. Pas-de-Calais, France. Nord, France. Frontière, franco-luxembourgeoise. Hainaut, région de Charleroi, Belgique. Rhenanie du Nord, Vespalie, Allemagne. District de Most, Tchéquie. Basse-Silesie, Waldbrich. Pologne, Silesie, Kartowice, Pologne, Bernissard, musée de Liguanodon, frontière franco-belge, et page 33, extrait de carnet, donc des croquis, des notes manuscrites.
Excuse-moi, je crois que c'est la page 93.
Ah, j'ai dû me tromper.
Oui, 93.
Je dis 93. Ah bah, rien à voir. Page 93, voilà, donc effectivement on a extrait de carnet, des croquis, des notes manuscrites, des remerciements. Et en dernière page, voilà, donc ces remerciements et les légendes des portraits présents dans l'ouvrage. Les photos elles-mêmes, alors les photos elles représentent des personnages, des motos, certains personnages semblent posés pour la photo, d'autres paraissent pris sur le vif, dans leur activité ordinaire. Parfois les arrière-plans sont la nature, des zones industrielles, des intérieurs. Il y a également des animaux. On est à un cheval, il y a des chiens, il y a des oiseaux. Voilà ce qu'on peut en percevoir. Maintenant, je te propose Clarence, avec toi, d'entrer dans le propos de l'ouvrage.
Je suis née à Denain en 1994, en plein contre-coup de la fermeture d'Uzinor, séisme social érigé en tragédie référence dans mon bassin. Je me souviens d'une ville éventrée, que je regardais de la vitre arrière de la Peugeot 309, des usines barricadées sans fenêtres, le terril renard sous la neige. La violence était de mise dans ma jeunesse, elle était verbale et physique dans les rues, au collège, partout. La désindustrialisation laisse toujours une belle fratrie d'enfants maudits, la pauvreté en tête, l'alcoolisme, l'isolement, le mépris de classe. Ainsi, pour les jeunes d'après les belles années, rêver, s'aimer, se sentir inclus, incluse et fière, c'était tout un défi. Voici donc un petit extrait de l'avant-propos de cet ouvrage sur la veine. Mais j'avais tout d'abord envie de vous parler d'un autre livre de Nicolas que j'ai découvert avant celui-ci. C'est un tout petit recueil qui s'intitule « Tout commence toujours par un jour de pluie » qui est le résultat de notes qu'il a rédigées entre 2022 et 2024. Parce que c'est comme ça que je l'ai connu personnellement, Nicolas. En 2025, dans le Nord, sur le territoire du cœur d'Ostrevent exactement. Nous faisions partie des artistes en résidence, lui photographe et réalisateur, et moi comédienne et collectrice de paroles. Au tout début de cette résidence, il était venu me demander si nous pouvions travailler ensemble sur ce texte-ci pour une lecture performance publique qu'il allait faire quelques semaines plus tard. J'avais dit oui, et lors de la première rencontre, il avait commencé avec sa première phrase « Tout commence par un jour de pluie » . Et c'était parti.
Alors, Nicolas, lui, il n'est pas physiquement là. Il n'est pas avec nous. Oui, avec nous physiquement, effectivement. Donc, on lui a demandé de bien vouloir, s'il le souhaitait, répondre à certaines de nos questions. Et la première question qu'on peut lui poser, c'est Nicolas, peux-tu nous parler de cet ouvrage « Tout commence par un jour de pluie » .
Bonjour Clarence, bonjour Régis. Merci beaucoup de me laisser l'occasion de m'exprimer sur ce projet. et merci pour revenir sur tout commence toujours par un jour de pluie qui a un long titre bien à la française comment sait faire effectivement c'est une suite de je dirais majoritairement c'est des notes en dictée vocale que je fais en voiture donc encore une fois c'est de la dictée vocale donc je parle à voix haute et et mon on applique de texte retranscrit puis je j'ajuste je corrige, j'enlève, je rajoute et... C'est des textes distincts en premier lieu, que ensuite j'ai essayé de réunir par le biais vraiment de la logique du déplacement, le bruit de la portière, le fait d'être sur la route. Moi je sais que la route, je ne mets pas beaucoup de musique, pas toujours non plus de podcast ou de radio, et c'est des tirées dans le quotidien où j'ai... l'occasion de penser de manière un peu claire et limpide. Et des fois, ça amène aussi vers des réflexions pas toujours hyper joyeuses, mais ça fait partie aussi de l'exercice de poésie de s'attarder sur ces émotions-là qu'on refoule le reste du temps. Et donc, clairement, ce recueil de textes, c'est aussi un tronçon de vie où j'allais pas bien, j'ai l'impression d'avoir traversé un hiver de trois ans. Et c'est... Voilà, on a tous des phases où on va plus ou moins bien. Moi, à l'époque, je fais... Enfin, à l'époque, pendant vraiment quasi toute ma vie, j'ai fait du rap. Comme un loisir, j'ai jamais imaginé un moment en faire un métier, mais j'ai fait du rap avec implication, avec sérieux. Et je pense que la partie qui était la plus importante pour moi, et ça depuis l'enfance, c'était d'écrire, de verbaliser, de retranscrire, en fait, et de... Et potentiellement ensuite d'en faire une oeuvre, mais c'est pas toujours la vocation de ce qu'on écrit. Et finalement, c'est devenu cette espèce de petit recueil. Je me suis dit, j'ai besoin souvent de deadlines. Et cette résidence qu'on a faite ensemble, Clarence, c'était une occasion de me dire, ok, je vais... annoncer que je fais une avant première de mon film pendant la résidence et je vais annoncer que je fais une petite résidence de poésie pendant ma résidence et comme ça ça me force à mettre une ponctuation à ces deux projets là et ça a été le cas et donc force est de constater que parfois les les deadlines forcés fonctionne je peux vous lire un autre petit extrait vous gardez ou pas l'église polonaise 9 heures pile, le soleil froid d'octobre, une Renault Safran, un attache caravane, une camelle allumée, des pas de doigts aux yeux, tout ça, j'en parle pas à Dieu. J'ai grandi dans ces cités peuplées d'arabes, de polonais et de gitans sédentaires. Tout semble toujours transiter par un regard divin, fatalement. Je n'ai jamais cru en Dieu. Car je crois au dinosaure. Ça m'est apparu incompatible dès mes premières réflexions sur la foi. Pourtant, je jure, pourtant je dis Seigneur. Voilà. C'est un peu le décor, c'est un peu l'ambiance, c'est un peu ces questions-là aussi de... De rapport à ce qu'on croit, de retour à l'enfance, très souvent qui passe par les dinosaures, et c'est aussi un petit peu le cas dans Sur la veine, c'est retour à l'enfance, retour aux origines du vivant, il y a plein de choses qui s'entremêlent, c'est la micro-observation, et puis à l'inverse, l'univers et son expansion, donc voilà, j'essaie de bricoler avec ces pensées qui font l'accordéon tout le temps.
Je me souviens que ces moments à écouter Nicolas ont été très forts pour moi. Était-ce parce qu'on ne se connaissait pas et que de se rencontrer à travers son écriture et sa voix, et moi dans la posture de celle qui écoute, arrête, tranche, lui disait de recommencer tout en posant une multitude de questions telles que « Mais pourquoi tu as écrit ce mot ? » ou bien « Qu'est-ce que tu veux dire par là exactement ? » Que c'était fort ? Ou bien est-ce que c'était moi qui l'interrompant constamment dans sa lecture pour entendre et réentendre le rythme, le son de la voix, le mot qui claque parce qu'il claque les mots de Nicolas. Que c'était fort. Ou bien est-ce que c'était de regarder ou pas sa haute silhouette qui touchait presque le plafond du duplex dans lequel je séjournais qui avait rendu cette rencontre si marquante ? Était-ce ce frissonnement qui vous prend lorsque vous découvrez l'autre avec ces mots qu'il n'a pas écrits pour vous ? Mais qui, à ce moment-là, jaillissent comme si cela vous était particulièrement adressé. Était-ce cela ? Ou bien le plaisir de cette rencontre s'était d'abord passé sous le prisme de l'art à travers ce qui s'exprime et qui parle tout de suite au cœur. Quoi qu'il en soit, je m'accrochais à son texte et je découvrais peu à peu qui il était ou en tout cas ce qu'il voulait que je perçoive de lui. que l'on perçoive de lui à travers ses écrits. J'ai travaillé comme j'ai appris à le faire, jusqu'au soir, jusqu'au noir. J'ai claqué ma portière en niquant le silence de la rue. la maison est vide, tout est sensible, tout est personnel. Je parle à l'ordi, je parle au mythe, je parle aux perces oreilles. Et ça, ça a duré pendant quelques après-midi, quelques jours.
Merci Clarence. Alors maintenant, on peut peut-être interroger Nicolas et lui demander, Nicolas, peux-tu nous dire comment toi, tu as vécu ces moments de répétition avec Clarence ?
Comme je le disais tout à l'heure, effectivement, ça a été un moment où je me suis dit que j'allais arrêter le rap. En fait, ça s'est fait sans amertume, j'y voyais juste plus de sens. Ça faisait partie aussi d'un moment où je voulais moins disparaître de tout. plus qu'on me voit, je voulais plus prendre la parole en public, et donc en fait, l'écriture, au moins, il y avait cette dimension intime qui continuait de me plaire, mais l'avantage de sortir des constructions rap, moi je suis vraiment d'une école très basique du rap, de trois couplets, de 16 mesures, donc 16 vers, en rimes multisyllabiques, Donc... très rap des années 90-2000, surtout 2000, mais en tout cas c'était des textes extrêmement denses, et là il fallait réapprendre à écrémmer, ce que d'ailleurs j'ai compris avec le temps, la variété fait un peu mieux, en fait réussir parfois à trouver la bonne formule, et la chanson française a d'excellents exemples là-dedans, mais j'y étais juste pas assez sensible, Et donc là, il fallait... synthétiser et apprendre à mettre beaucoup d'éléments, beaucoup de détails, d'adjectifs au bon moment et quand ça avait du sens. Donc voilà, petit travail encore en cours. Et puis ensuite, il y a eu la question de réinterpréter. Moi, j'ai déjà vu des lectures de textes. Je trouve ça toujours particulier. Ça peut diviser un peu plus que la musique parce qu'on n'a pas toujours une... au moins l'entrain de la mélodie qui peut aller avec, mais je voulais m'essayer à cet exercice que je n'avais jamais expérimenté, et Clarence est arrivée divinement au bon moment pour devenir une espèce de coach, alors j'ai fait des concerts, des open mic, des freestyles en public, etc., mais c'est pas grand chose effectivement quand tu es seul dans la pièce avec quelqu'un, dont tu mesures très vite les capacités à l'oral, à l'écrit, et puis voilà, tu sens l'expérience, et toi, ça met à nu toutes tes failles, parce que tu sors de tes habitudes, et on a quelqu'un qui est impliqué, qui est méthodique, qui est concentré, et qui effectivement, du coup, peut faire un peu vaciller toutes tes petites fondations, mais dans une... super mesure je trouve parce que du coup on en ressort avec L'impression d'une d'avoir été exigeant avec soi même parce qu'on avait quelqu'un en face qui était exigeant en retour et donc voilà ça a été une petite lecture in fine et dans une petite médiathèque d'une ville historique du coin puisque c'est le ward et donc le ward c'est là où se trouve le centre historique minier régional Et on était une petite douzaine, mais c'était super. Et moi, je pense que je n'oublierai jamais cet exercice parce qu'il me servira à tout jamais, c'est certain.
Et puis, finalement, je ris parce que pour des raisons qui nous ont échappées à ce moment-là, je n'ai même pas pu assister finalement à cette performance. Mais j'avais vécu la genèse de celle-ci. Et puis, vers la fin de la résidence, lui et son collectif, le Losange Noir, avec Baptiste Burleau, Stéphane Dubois et Kathleen Houcher, avaient projeté un film documentaire qu'ils avaient réalisé entre 2022 et 2025 qui s'intitule « Sur la veine » . Et dont le livre dont nous parlons est relié à ce film.
Ce film dont nous parlons, mais dont nous n'avons pas encore vraiment parlé.
Oui, c'est vrai. Nous allons le faire, mais peut-être que nous pourrions laisser Nicolas nous en dire quelques mots. Mais avant de laisser la parole à Nicolas, je voudrais simplement dire que c'est un film documentaire qui a été tourné entre 2022 et 2025 et dans lequel Nicolas et Baptiste nous emmènent avec eux pour un voyage entre Bruée et la Bussière, le Luxembourg, la Belgique, l'Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Pologne, à la découverte des mondes miniers. encore existants, et nous plongeons à la fois dans une narration très personnelle de Nicolas, et aussi à la rencontre des gens croisés sur leur chemin, tout en suivant la trajectoire de La Venne.
Sur La Venne, c'est une idée, en fait j'ai eu plein de projets sur la question bassin minier, des projets que j'ai initiés pendant mes études, des projets perso vraiment purs et durs, et des projets de commandes petit à petit, donc par des projets politiques de la ville, par... la mission bassin minier qui pilote un peu les intérêts de l'UNESCO parce que toute cette notamment une grande partie en gros de l'identité bassin minier donc architecture, terri éléments patrimoniaux sont pilotés par l'UNESCO sont classés à l'UNESCO et donc pilotés par la mission bassin minier nous on a fait des films en lien avec ça notamment sur la question du sport dans le territoire donc voilà, mélangé dans tout ce que... Dans tous ces projets existants ou naissants, il fallait que je change, enfin, pas que je change, mais que j'alimente ma réflexion, et une des manières de le faire, c'était d'aller voir chez les voisins, et donc je connaissais un tout petit peu la Belgique, puisque j'ai grandi vraiment proche de la frontière, mais par contre, au-delà, tout était un mystère, donc on a, enfin, j'ai imaginé une espèce de... de veines symboliques, d'une espèce de ligne de charbon qui connecte la Pologne et la France et qui traverse six pays pour se faire un road trip d'environ, enfin on n'a jamais vraiment su, mais entre 1700 et 2000 kilomètres. Et voilà, c'était un moyen de se confronter à autre chose, de souligner à la fois des différences et des similarités. C'était enrichir encore ma connaissance aussi. Et il n'y avait pas de garantie que ce road trip devienne un projet. En fait, on l'a fait sur nos fonds propres, sans demander de production X ou Y, sans demander de soutien X ou Y. Donc on est parti en juillet, dans un moment de creux, là où il y avait assez peu de projets en cours. On est parti deux semaines et demie. Je sais que... Clarence, tu m'avais dit notamment que quand tu vois le film, t'as l'impression qu'on est parti longtemps, mais en fait c'est parce qu'on a tourné toute la journée, quoi, et financièrement, nous, deux semaines et demie, c'était déjà une grosse parenthèse qu'il fallait financer, et donc, à chaque fois, on arrivait sur un lieu bien défini, on avait des espèces de cases qu'on voulait cocher sur des thématiques, des choses que j'avais lues, que j'avais vues dans des articles, que j'avais vues dans des bouquins, et ensuite, on se laissait porter par les lieux, et on... ont créé avec la matière. Donc Baptiste a tout filmé, et en rentrant, j'ai en effet un film, et une série de photos. Et en fait, c'est vrai que ce film, je le présente pas toujours sur sa dimension personnelle, parce que je pense que j'ai une espèce de complexe de dire, oui, mais ça parle aussi un peu de moi, en tant que jeune, et peut-être que j'ai des problèmes à assumer le côté... autobiographique, disons ça comme ça, d'une jeunesse. Et donc j'ai tendance à dire, oui, c'est une épopée minière, etc. Mais c'est aussi effectivement un film sur moi, mes réflexions sur mon héritage familial, et puis un petit peu la synthèse de tout ce qui m'est passé par la tête entre la fin de mes études et puis maintenant. Donc je suis d'accord que si tu enlèves cette dimension-là, Si tu enlèves les voix off, qui moi je ne les supporte plus bien sûr, parce que je les ai entendues beaucoup trop. Et donc si tu enlèves les voix off, et si tu enlèves mes réflexions, c'est juste un road trip dans des lieux miniers qui n'est pas si fou. Il y a forcément des oeuvres beaucoup plus impactantes qui existent, et donc c'est pas si dingue. Mais couplé à une dimension intime... ça prend toujours effectivement un peu plus de sens, et j'essaie de me rappeler que je ne suis pas dans la tête des autres, et que chacun en fait sa lecture, et que donc il ne faut pas que je sois sans cesse à me rabaisser, parce que c'est un mauvais réflexe que j'ai, mais voilà, j'ai essayé de faire le projet le plus personnel et universel possible à la fois, et ça s'est traduit comme ça.
Alors, petite précision, en géologie, une veine, c'est un corps distinct qui est formé, qui a une forme de feuille, des minéraux comme ça, en feuille, cristallisé dans une roche. Et dans le monde des mineurs, évidemment, c'est un filon étroit de charbon ou de minerais divers. Je crois qu'on parle de veine aussi, même pour l'or, en fait. Si, si, tout à fait. Tu peux poursuivre, s'il te plaît. Oui,
je vais continuer. Il fait très chaud en ce mois de juillet. Le long de l'autoroute allemande, on aperçoit petit à petit la forme très caractéristique d'une excavatrice colossale. Nous sommes au beau milieu des mines à ciel ouvert de Westphalie du Nord. Chacune de ces machines de 240 mètres de long peut excaver 24 000 tonnes de terre et minerais par jour. Ici, la vie sauvage est affreusement menacée, tout comme les villages l'ont été. avant que la ZAD de Lutzerat, qui scandait Lutze-Libé, soit démantelée par la force. Il y a une particularité dans ce film, c'est que Nicolas prend régulièrement des photos. Donc nous suivons à la fois un déroulé d'images filmées, puis il y a des arrêts sur images avec des photos. Et j'ai beaucoup aimé, personnellement, ce parti pris de s'attarder sur une personne ou un paysage, comme si le temps s'était arrêté. Est-ce que toi, Nicolas, tu peux nous parler de cet aspect des photos dans le film ?
Donc, oui, j'ai toujours aimé les œuvres qui sont des mix-médias. Donc, je ne sais pas si c'est un problème de savoir faire des choix de ma part, parce que j'adore la musique, j'adore la vidéo, j'adore la photo. Donc, est-ce que c'est moi qui ne sais pas décider, ou est-ce que juste j'aime les œuvres qui se déclinent en plusieurs... en plusieurs canaux, plusieurs grilles de lecture, et en même temps là devant moi j'ai ma bibliothèque, et j'ai plein de livres qui sont associés à des films, donc je me dis, je pense juste aussi que j'aime ça, et que c'est pas un manque de choix, c'est juste que j'aime mélanger les choses, et le film existait sans les photos. Ça donnait notamment à certains rushs une allure un peu bizarre, parce qu'on se disait ok pourquoi ils ont filmé ça, qu'est-ce que ça raconte ce truc-là, mais en fait ce que ça raconte c'est que ce rush c'était vraiment la coulisse de la photo, et là la photo quand on a, je l'espère en fait on peut s'en faire une lecture, et en même temps quand on a ne serait-ce qu'un indice sur les lieux où on se trouve, les photos prennent, je l'espère, plus de sens. J'ai vu un film qui s'appelle Civil War d'Alex Garland, qui est la plus grosse production des studios A24. Donc en gros, c'est des conditions blockbuster, vraiment, film justement en road trip, où il traverse ces trois journalistes, dont deux photojournalistes, qui traversent des Etats-Unis qui sont en pleine guerre civile. C'est un film... C'est évidemment une fiction, mais qui, hélas, n'est pas si loin d'être proche de certaines réalités. Et les photojournalistes, on a ce truc où il y a des arrêts sur images sur les clichés qu'ils prennent. Et alors, je trouve que ça donne un vrai... Comment dire... Ça permet de prendre des pauses de deux secondes et de figer... de la beauté, de la violence, de l'action, et de... enfin bref, ça a beaucoup de sens dans ce film. Et donc en rentrant, je me suis dit, eh ben je vais tester et essayer, reprendre l'entièreté de mon film, et de rajouter ces arrêts sur images, et en fait, à l'heure d'aujourd'hui, je ne sais pas, je ne peux pas, je ne peux plus imaginer le film sans ces images, qui viennent en fait effectivement faire des ponctuations. Ou traduire aussi, moi, mon regard. En fait, traduire, dire, ok, c'est ça que lui, en tant que photographe, aime bien. C'est par ces voix-là qu'il va essayer de raconter son sujet. Et donc, voilà, ça s'est produit aussi bêtement que ça. Et j'espère, effectivement, que c'est des œuvres qui se répondent bien. Et je pense que j'en suis pas à ma dernière, à mon avis c'est un processus qui va être récurrent puisque j'ai tourné un autre projet et il y a exactement le même schéma, c'est un road trip plein plein d'images, vidéos et... photos, donc voilà.
Alors, le bassin minier, l'histoire du Nord, un lieu de vie. On sent que tous ces aspects traversent, questionnent, interrogent le parcours de Nicolas avec également ses paradoxes de est-ce que l'on aime son territoire ? Quel regard posons-nous dessus ? Qu'est-ce que j'en fais ? Bon, je n'ai personnellement pas vu le film. Mais en feuilletant le petit ouvrage, avec les photos, je ressens bien une quête, un cheminement, d'abord géographiquement, effectivement, marqué par cet itinéraire, qui est d'ailleurs cartographié en page 92 de l'ouvrage. Et comme il l'écrit lui-même, Nicolas, en conclusion de son avant-propos, ces quelques photos et le film qui les accompagne forment un point d'étape. 10 ans de travail sur la thématique. J'en ai 33 lorsque j'écris ces mots et je sens que les points d'interrogation s'accumulent plus qu'ils ne disparaissent.
Je t'arrête deux secondes, mais pas 33, 30.
Je confonds les chiffres aujourd'hui, je confonds, je confonds. On avait compris, on avait à peu près compris, en tout cas dans les...
Donc il en a 30.
Voilà, ok, d'accord. Je ne sais plus où j'en étais. Voilà, voilà, voilà. Donc, je citais ce qu'il avait écrit en conclusion de son avant-propos. Et moi, je parlais de quête, effectivement, parce que poser un questionnement à partir de ces questions en suspens que dessine, c'est ce qui va dessiner une poésie. Et cette poésie, je la retrouve dans les photos extraites du film, où, effectivement, il y a un ancrage, il y a un ancrage minéral. Celui qui va dessiner en arrière-fond un paysage. Une industrie, bien sûr, en fin de souffle, et une histoire commune qui traverse les frontières européennes, et parallèlement une fragilité, celle du vivant, du vivable et du questionnable. Et en regardant de nouveau ces photographies, je m'aperçois que les regards, je vois les sourires, je vois la dignité, je vois la fatigue, et je retrouve le questionnement de l'art, au sens premier du terme, celui de l'articulation. entre différentes dimensions. C'est-à-dire un donné à voir qui est question.
Ce qui m'a le plus touchée personnellement dans ce film, au-delà du sujet des images, c'est la voix narrative qui est celle de Nicolas. À peine le film avait-il commencé que je l'ai réentendue, revue, me lire son texte. Alors ce n'était pas le même, bien sûr, le contexte est différent, mais j'ai tout de suite retrouvé cette voix, ce sensible, ce regard poétique et réaliste. Et je pense que c'est là le trait principal de la démarche artistique de Nicolas. C'est ce qu'il dit des images qu'il nous donne à voir, ce qu'il nous donne à entendre. Sans cette voix, cela serait, j'imagine, un film documentaire sur le monde minier. Et là, c'est vraiment l'interrogation de Nicolas qui en fait un récit. Et je voulais savoir, maintenant, Nicolas, ce que tu pouvais nous dire par rapport à ce que... où tu en es aujourd'hui avec ce film, avec tes projets. Et puis peut-être soit nous lire un extrait ou quelque chose que tu aimes particulièrement. La parole est à toi.
Je voudrais aussi rajouter qu'il y a quelque chose, je pense, que j'ai déduit à la fin, mais qui est de l'ordre de la cicatrice, donc la cicatrice qui est voulue, avec ce tatouage de la Sainte-Barbe qu'on voit par exemple, avec ce tatouage à cab d'une militante en Allemagne, avec la cicatrice qui est subie par... par celle des blessures. Yvon notamment, qui a cette cicatrice d'une douzaine, quinzaine de centimètres de long dans le dos, qui est en fait du charbon cicatrisé sous sa peau. Et bien sûr, il y a celle, la cicatrice sur le paysage. Donc nous, ça va être ces espèces de... On va être sur du positif, donc positif dans le sens où c'est un élément qui ressort, qui est ajouté, à savoir l'éthérie. donc ces montagnes de gravats qui sont issues du tri du charbon et qui maintenant font partie du patrimoine et du paysage. Dans des endroits comme l'Allemagne ou la Tchéquie, ça va être plutôt négatif, c'est-à-dire que ça va être des trous. À l'inverse, on va soustraire des éléments en paysage qui ensuite deviendront Dieu sait quoi. Ça peut être autant des circuits de course de voitures que ça peut être des lacs. Et oui, c'est une des lectures aussi que j'ai de mon projet, c'est de regarder cette cicatrice européenne de l'exploitation du charbon. Pour revenir brièvement sur la voix-off, ce que je disais plus tôt, c'est qu'elle est nécessaire, même si j'adorerais évidemment à terme faire des films qui se passent de cette dimension explicative. Là, l'avantage d'un film complètement indépendant dans ce genre-là, c'est que... On était seul avec tous mes camarades que vous avez cités plus tôt, et Manon Briat aussi, qui a pas mal tourné sur les séquences dans le Nord, qui est ma copine et qui est aussi photographe, et qui a un super regard aussi sur cet endroit-là, parce qu'elle n'en vient pas, et donc j'adore la façon dont elle le filme à chaque fois. Et ensemble, juste, on a construit cette œuvre-là, avec la tête qu'elle a actuellement, mais je suis certain que si c'était passé par des... des voies de production un peu plus classiques, ça serait pas si imparfait entre guillemets, et je pense qu'il faut l'embrasser telle qu'elle. Et justement, les diffusions du film sont tout aussi imparfaites, donc elles se font à chaque fois dans des tiers-lieux, dans des cafés, dans des conditions toujours un petit peu particulières, très vivantes. Ça se passe assez bien, les retours sont souhaits. Je vais le diffuser à Denain pour la première fois dimanche. Là j'ai un petit peu peur parce que je sais qu'à Denain les gens sont vraiment dans une volonté d'aller de l'avant et de mettre ces années-là un petit peu derrière eux, ces années de la fin de la sidérurgie, de la fin de la mine et d'aller de l'avant. Et moi en fait, vu que je questionne mon enfance et que je questionne mon adolescence, je peux pas... occulter le fait d'avoir grandi dans une espèce de parenthèse industrielle et donc une espèce de no man's land avec une succession de points interrogation partout donc il fallait que je raconte ça et je ne sais pas comment ça va être reçu on va voir j'ai aussi fait l'exposition à la musette donc ce lieu dans lequel on s'est rencontré avec clarence ça s'est très très bien passé ça a été vraiment un beau moment quelques tirages ont été vendus la première salve de livres qui sera édité au total à 50 exemplaires numérotés. La première salle va être vendue aussi, donc les 25 premiers, donc ça c'est super. Et j'ai aussi fait mon avant-prod. Première belge, alors je prends deux secondes pour vous le raconter parce que c'était dans un festival qui s'appelle Soif d'idéal. Et c'est un festival qui est vachement axé sur l'éducation populaire et en gros ils ont cette particularité de mettre des chaises en cercle à la fin et d'éviter d'avoir un rapport un peu dominant de la part des équipes des films qui se placent sur scène et qui parlent au public qui est assis lui en bas dans ses sièges. Et donc j'ai adoré cet exercice. Et... Les échanges ont été absolument magnifiques, alors qu'on n'était pas beaucoup, c'était en semaine, en après-midi, donc en fait il y avait une douzaine de personnes, quelque chose du genre, mais alors les échanges ont été magnifiques, il y a eu des larmes, il y a eu des envies de retourner chez soi aussi, parce qu'on avait des gens qui venaient notamment de Charleroi qui est dans le film, mais qui vivent sur Bruxelles, et là ils ont eu envie d'aller revoir un peu leur chez eux, et se reconnecter peut-être aussi je pense à leurs racines, ça a vraiment suscité. susciter ça chez certaines personnes donc ça m'a redonné beaucoup beaucoup d'énergie parce que je commençais à fatiguer tout doucement de la valorisation du projet et c'était un super moment et à la suite de ces diffusions là le film va être montré deux fois à Charleroi aussi à la rentrée et ensuite Grand Mystère donc peut-être qu'il sera remontré dans le Pas-de-Calais pour la Sainte-Barbe en décembre etc mais je pense qu'il fera son chemin mais moi je mettrais moins d'énergie euh... parce que je vais commencer à me concentrer sur mes futurs projets, et je vais d'ailleurs citer Régis pour mes futurs projets, le vivant, le vivable et le questionnable, c'est vraiment un super résumé de ce qui commence à m'intéresser, où ce fameux nord que je raconte, ce nord en point de suspension, qui est rempli de friches, de terrains vagues et de terris, est de plus en plus réinvesti par le... La logistique, qui est à l'heure actuelle aussi par les data centers, c'est un vrai sujet. Tous les 30 kilomètres, il y a des projets de data centers qui vont détruire un petit peu tous ces nouveaux habitats, qui sont certes pollués, mais qui sont investis par les humains et par les non-humains, par le vivant global, depuis 40 ans. Tous ces habitats vont disparaître, l'eau va être pompée comme pas possible. Et donc évidemment que toutes ces questions-là m'interpellent aussi, parce qu'en fait... Oui, on n'est pas dans le vercors, on n'est pas dans les abruses, c'est le nord, c'est un peu brut comme c'est, mais c'est quelque chose de magnifique, et moi je me suis habitué à tous ces milieux, et en fait j'y tiens, et je sais à quel point ils sont vivants, et donc ça fera beaucoup partie de mes réflexions à venir. Donc voilà, je vous remercie infiniment de m'avoir laissé m'exprimer. Sur ce projet, je vous remercie pour la précision de vos mots et pour le temps que vous m'accordez. Et je serai heureux, comme d'habitude, de suivre les votes, de recroiser votre chemin à un moment. Et puis vous savez que vous avez toujours un petit peu d'un petit chez-vous tout au nord de la France qui vous attend. Voilà, merci à tous les deux, à très très vite et à bientôt.
Bien. Je te remercie, Clarence, de m'avoir fait découvrir ce travail de Nicolas. Merci à Nicolas pour ses réponses et on lui fait de bonnes chances. Et puis, je te propose, Clarence, qu'on se retrouve pour un prochain podcast.
Oui, merci. Merci, Nicolas. Merci à toi. Merci à Manon et puis à bientôt pour une prochaine fois. Bonjour.
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