Description
Clarence Massiani nous parle théâtre.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Clarence Massiani nous parle théâtre.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora BC. Le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiami, le poète c'est Régis Dequet.
Bonjour !
Bonjour Clarence !
Bonjour Régis !
Alors, aujourd'hui on est un peu dans ton élément puisqu'on va parler théâtre, et plus particulièrement de quelques textes de théâtre que tu nous as sélectionnés.
Oui, j'avais envie de faire entendre quelques écritures, des langages de différents auteurs et autrices. que ce soit dans du classique ou dans du contemporain. Donc ce que je propose, c'est qu'on va prendre quelques extraits et lire quelques phrases simplement, quelques lignes, pour pouvoir se donner une idée.
Eh bien, c'est parti alors.
Très bien, donc je commence avec un extrait d'un monologue de Psyché, dans Psyché de Molière. La fameuse scène où elle arrive dans un endroit et qu'elle se questionne. Où suis-je ? Et dans un lieu que je croyais barbare. Quel savantement a bâti ce palais que l'art, que la nature part de l'assemblage, le plus rare que l'œil puisse admirer jamais ? Tout rit, tout brille, tout éclate dans ces jardins, dans ces appartements, dont les pompeuses à meublement n'ont rien, qui n'enchantent et ne flattent. Et de quelque côté que tournent mes frayeurs, je ne vois soumets pas que de l'or ou des fleurs. Le ciel aurait-il fait cet amas de merveilles pour la demeure d'un serpent ? Et lorsque par leur vue il amuse et suspend de mon destin jaloux les rigueurs sans pareil, veut-il montrer qu'il s'en repent ? Non. Non, c'est de sa haine en cruauté féconde, le plus noir, le plus rude trait, qui, par une rigueur nouvelle et sans seconde, étale ce choix qu'elle a fait, de sa cas de plus beau le monde, qu'afin que je le quitte avec plus de regrets. Voilà. Donc c'était un petit extrait d'un monologue de Psyché de Molière.
Merci Clarence, c'est super. Maintenant, que vas-tu nous proposer ?
Alors, je vous propose de faire une petite lecture à deux voix.
Ok, oh là !
Tout petite !
Je suis impliqué, je suis impliqué.
Toute petite de l'annonce faite à Marie de Paul Claudel. Donc c'est dans l'acte 2 et c'est la scène 3. C'est le moment où Violaine vient annoncer à Jacques qu'elle ne va pas l'épouser. Je te laisse commencer. Ah non, c'est moi qui commence.
Vas-y.
Ne me touchez pas, Jacques.
Suis-je donc un lépreux ?
Jacques, je veux vous parler. Ah, que c'est difficile ! Ne me manquez point qu'il n'est plus que vous seul.
Mais qui vous veut du mal ?
Sachez ce que vous faites en me prenant pour femme. Laissez-moi vous parler bien humblement, Seigneur Jacques, qui allait recevoir mon âme et mon corps en commande des mains de Dieu et de mon Père qui les ont fait. Et sachez la dot que je vous apporte qui n'est point celle des autres femmes, mais cette sainte montagne en prière jour et nuit devant Dieu, comme un autel toujours fumant. Et cette lampe toujours allumée dont notre charge est de nourrir l'huile, et témoin n'est à notre mariage aucun homme, mais ce Seigneur dont nous tenons seul le fief, qui est le Tout-Puissant, le Dieu des armées. Et ce n'est point le soleil de juillet qui nous éclaire, mais la lumière même de sa face. Voilà, petit aperçu de Paul Claudel. Je souhaitais qu'on lise deux petits extraits de Leonora Miano, qui a écrit un de ses ouvrages qui s'appelle « Écrit pour la parole » . Ce sont des petits monologues et je voulais qu'on les partage. Je te propose de commencer par celui-ci qui s'intitule…
« À quoi ça sert ? À quoi ça sert d'enseigner ? » L'histoire des grands empires subsahariens aux petits français, si on ne leur dit rien de la présence noire en France, s'ils ne connaissent pas les chaînes de la mulatresse solitude, les Saramaca de la Guyane, Félix Héboué, la police des Noirs au XVIIIe, la Jean Duval, Kéma Baudelaire, Gaston Monerville, à quoi ça sert de leur dire qu'il y eut des royaumes, des pyramides améroées, des reines guerrières dans l'ancienne Angola, où la loi salique n'avait pas cours, des Amazones du Dahomey, un grand Congo, un Mono-Mo-Tapa, des rois Moses, Ashantis, Zulu, un grand enclos du Zimbabwe, des églises monolithes en Éthiopie, déjà au Moyen-Âge l'origine du monde, à Ibe-Ife. À quoi ça sert si le corps découpé de sarges, les os humains, l'exposition coloniale, à quoi ça sert si ce n'est Pour leur apprendre qu'ils descendent de puissants, qui sur-terrassaient des peuples qui avaient eux aussi créé la beauté. C'est comme jouer aux indiens après les avoir effacés.
Merci Régis, merci. Je vais en lire un autre qui s'intitule « On ne se fait pas » . Assez d'entendre ça, partout, tout le temps. C'est une violence insoutenable. Incroyable qu'on entend de ça partout, tout le temps. Même les bouches autorisées, militantes, affligées, compatissantes, expulsent ce crachat partout, tout le temps, comme si les mots n'avaient pas de sens, comme s'il était possible d'exprimer les choses n'importe comment, comme si la vérité allait de soi, comme s'il n'était pas utile de l'énoncer clairement, sans équivoque. Dire une fois pour toutes et qu'on l'entende une fois pour toutes, qu'on l'imprime une fois pour toutes, que non, non. On ne se fait pas. On ne se fait pas violer. On ne se fait pas. On ne se fait pas. On ne se fait pas violer. On est violé. On est. On est. On est violé. On ne fait rien. On est. C'est l'autre qui fait. Le viol, c'est l'autre qui le fait. Personne, jamais, ni dans la brousse, ni dans les buildings, ni dans les champs, ni dans le métro, ni dans la savane, ni sous les porches, ni après un premier dîner, ni même chez soi... dans aucun des cas, précisément parce qu'il n'en est pas question, personne jamais ne se fait violer. Voilà, donc à retenir, Léonora Miano, c'est un travail magnifique, vraiment à découvrir cette autrice. Je poursuis avec un petit extrait d'un classique, Pierre Corneille, dans La Place Royale. Donc scène 6, au moment où Angélique voit Alidor rentrer dans son cabinet. D'où viens-tu déloyale ? Avec quelle impudence oses-tu redoubler mes mots par ta présence ? Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs ? Et qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs ? Et il dit que tes yeux te mettront hors de doute et t'apprendront combien ta trahison me coûte. Après qu'effrontément ton adieu m'a fait voir qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir, tu te mets à genoux. Et tu veux, misérable, que ton fin repentir m'en donne un véritable. Va ! Va, n'espère rien de ces submissions, porte-les à l'objet de tes affections, ne me présente plus les traits qui m'ont déçu, n'attaque point mon cœur en me blessant la vue. Penses-tu que je sois après ton changement ou sans en ressouvenir ou sans ressentiment ? S'il te souvient encore de ton brutal caprice, dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice ? Voilà, j'arrête là. Donc, Angélique, dans la place royale de Corneille.
Merci, Clare.
Et pour continuer, je nous propose de lire un extrait d'Alexandra Badea dans un ouvrage qui s'appelle Contrôle d'identité. Petite scène à deux, voilà. Un petit dialogue. Police, courez !
Où ça ?
Laissez tout, courez !
J'entends rien !
Cours, cours !
Merde !
Plus vite !
Merde !
Putain mais cours !
J'en ai marre !
Cours c'est tout !
Ras le bol !
Ne pense plus, ne parle plus, cours bordel !
Où ?
Mais cours !
T'es fou ?
Cours !
Mais y'a personne !
Cours !
Hérol, y'a personne !
Cours !
Attends, arrête ! Cours ! Respire !
Cours !
Y'a personne !
Cours !
Regarde, y'a rien !
Cours !
Écoute, y'a rien !
Cours !
C'était un cauchemar, c'est tout !
Cours !
Ça va aller, viens !
Cours !
Mais ça, tu trembles !
Cours !
Bois ça !
Cours !
Ça va te faire du bien !
Cours !
Allez, on dort là !
Cours !
Je suis là, y'a personne !
Cours !
Dors !
Cours ! Voilà, petit dialogue à deux voix d'Alexandra Badea, pareil, une autrice absolument fabuleuse. Nous poursuivons avec quelqu'un que j'aime beaucoup et avec qui je fais beaucoup travailler à mes élèves, Neuf petites filles de Sandrine Roche. Voilà, Sandrine Roche, avec une écriture de ce qu'elle entend et comment elle le restitue. J'habite pas là, je suis pas de là, je suis arrivée par hasard, c'est pas chez moi ici, je connais rien ici, qu'est-ce qu'on mange ?
Je comprends pas ce que vous dites, c'est pas ma langue, ma langue elle est belle, vous connaissez pas ma langue, je sais pas pourquoi je suis venu, c'est pas moi qui ai décidé de venir, je repars quand je veux, je repars si je veux.
Ici, il pleut, chez moi c'est mieux, il fait beau, chez moi je suis bien. Chez moi, je suis chez moi.
Ici, je suis chez vous. Ici, je suis pas bien. Chez vous, c'est tout gris. Vous voyez pas que chez vous, c'est moche ?
T'es pas chez toi. T'es pas de là. Tire-toi de là. Rentre chez toi. On comprend pas ce que tu dis. On comprend pas ta langue. Elle est moche, comme toi. Nous, on se comprend. T'es pas d'ici, ça se voit. T'as un drôle d'accent, tu viens d'où ? On connaît pas. Tais-toi. T'es pas d'ici. Dès comme toi, on n'en veut pas.
Merci Clarence. Et merci à...
A Sandrine Roche surtout. A Sandrine Roche, magnifique texte. Qui a une écriture fort puissante à découvrir. Je poursuis avec un petit monologue d'un ouvrage qui s'intitule Bleu de Clémence Veil. Et c'est un hommage à Angelica Lidl, autre autrice à découvrir. Je te donne mon cœur, je te donne mon sang, je te donne ma moelle, mes plaquettes. Tu les aimes mes plaquettes ? Ma moelle osseuse et épinière, mon os à moelle. Je t'offre mes reins, l'espace entre mes reins, mes rognons. Un lobe de mon foie, je te donne mon poumon, j'ai le droit ? Un de mes lobes pulmonaires, je te donne mes globules, mes ovocytes bien vivants, je te donne mes valves cardiaques, mes tissus, mes membranes intestinales, ma peau, mes organes en vrac, lesquels veux-tu ? Je te vends mes cheveux, mes ongles, mes dents, mon lait. Je te loue mon ventre, je te laisse ma cervelle, ma langue. Là, cette partie-là, ici, je te la... je me la...
Merci.
Clémence Bale, bleu.
Super, belle écriture. Oui, oui.
On poursuit.
Ok.
Avec Julie Rosélo-Rouchet, donc écriture contemporaine. Avec un petit extrait qui s'intitule « Entre ses mains » . C'est une scène où elle décrit les gestes que les mains font avec l'enfant.
D'accord.
Je commence. L'enfant babille, l'enfant regarde les stris de lumière à travers la persienne.
L'enfant s'agace, ses mains le soulèvent. L'enfant sourit et pleure.
Ses mains dégraffent la chemise de l'enfant. L'enfant ouvre la bouche, il tète, elle se repose.
La bouche de l'enfant lâche le sein. Elle lui dit des mots de plaisir.
De bonheur, de joie, de nouvelle journée. L'enfant sourit,
babille, crie de plaisir.
Ses mains le soulèvent jusqu'à la salle de bain, le posent sur la table allongée. Voilà, c'était un petit aperçu. Et c'est comme ça,
après ça continue. Voilà,
et ça continue sur un long monologue, sur deux pages, jusqu'au soir en fait. Et c'est assez, j'aime beaucoup la description en fait des gestes et des mouvements.
Tout est basé là-dessus, sur les mains qui agissent.
Tout est basé sur le mouvement auprès de son enfant. Je trouvais qu'au niveau littéraire et théâtral, c'était assez magnifique. Euh... Je vais poursuivre avec un petit monologue de Agathe Charné, ça s'appelle « Ceci est mon corps » et voilà, j'avais envie de partager. Ah ben tu peux commencer, tiens, si tu veux. Ah bon, je commence. Oui, allez, voilà, tu lis. On improvise, on improvise. Voilà, on improvise, voilà. Qu'est-ce que je dis ? Jusque là, tout ça.
Voilà, c'est beau. Oui, ouais, vas-y. Vous vous entendez, vous m'entendez ? Est-ce que vous m'entendez ? Dites-moi que vous m'entendez, parce que je vous regarde. Oui, je vous regarde et je vous parle. Et je dis ici et devant. Tout ce que je n'aurai pas peur, je n'ai pas peur. Parce qu'aussi longtemps que je respire, je le sais à présent, il sera là, mon corps.
Mon corps, ce corps, il aura toujours besoin de marcher. Vouter peut-être, tasser sûrement, mais de se tenir droit à l'intérieur. Mon corps, il aura toujours besoin de l'autre, besoin de lui-même, besoin d'exulter, de contempler, de respirer le soleil et d'écouter le vent. Et ma bouche, même édentée d'avoir trop dit, ne voudra pas taire la grande litanie qui s'échappe cette nuit. Ma voix qui s'éraille et que je ne parviens plus à faire taire du fond de ma gorge, parce qu'avant, regardez-moi. Mais oui, c'était bloqué, obstrué, étranglé, étouffé, vous comprenez ? Oui, je sais. Que vous savez, et c'est bien une supplique pour la douceur qui s'échappe de mes lèvres ouvertes, un mot après l'autre. Une complainte pour un autre monde, un monde où l'apaisement sera trouvé, où l'apaisement sera possible, un mot après l'autre, encore un et encore un, et vous ferez cela en mémoire de nous. Car je sais, à présent, dans la grande nuit tachetée d'étoiles, où les gens continuent de se rassembler, qu'il y aura toujours quelqu'un ou quelqu'une d'autre pour se tenir debout et dire « Regardez-moi, entendez-moi » . Je me tiens droite, regardez-moi, je n'ai plus peur. Entendez-moi, je vous parle, je vous parle, et ceci est mon corps. Voilà, Agathe Charné, jeune autrice. à découvrir également. Ce sont des coups de cœur, évidemment. Ce sont des auteurs et des autrices que soit moi j'ai travaillé, soit je fais travailler à d'autres et que je voulais partager. Et là, c'est un auteur que je découvre, Guillaume Caillé, « Neuf mouvements pour une cavale » aux éditions théâtrales. Je voulais qu'on lise un petit passage chacun. Si tu veux, je commence. Je commence avec un texte qui s'appelle Mouvement 3, puisqu'il y a 9 mouvements pour une cavale. Donc ça, c'est le troisième. Et c'est écrit janvier-février 2015, le gel. Je suis désolée, mais je n'y peux rien. C'est la réglementation, c'est comme ça. Pas la peine de... Je veux dire de me regarder comme ça. Je ne suis pas... Je veux dire, quelqu'une qui vous veut du mal, pas la peine, vos yeux comme ça, de les tenir devant moi, j'ai l'autorité. Vous avez la haine qui gagne depuis le 1er juillet 2010, vous êtes obligés de puisser vos bêtes de plus d'un mois destinées à l'élevage et l'abattage. Puisser, je sais, le verbe n'existe pas dans le dictionnaire, il faudra vous y faire. Nous inventons un monde à venir où le langage n'a pas été encore commis. Je veux dire, nous sommes en janvier 2015, vos bêtes doivent être brûlées, rassurez-vous, pas toutes. Juste celles non bouclées, celles sans identité, vos migrantes là, non identifiées, une cinquantaine. Il nous faut des labels sûrs, un terroir labellisé, il va falloir s'en débarrasser, ne rien valoriser, vous ne pouvez pas vendre de la viande sans papier. Voilà, donc c'est vraiment le début parce que c'est un très long monologue et je te propose de lire le début du mouvement
6. Mouvement 6 Des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, encore des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, accumulées sur le buffet dans la cuisine, à côté du verre, la bouteille de vin indemne. Ce n'est pas l'alcool, cela aurait été plausible, noyer ses yeux dans la bouteille, plausible, voire appréciable, un acte physique, une réaction épidermique, de la drogue, de la marijuana, des antidépresseurs, mais rien de tout ça, juste les lettres, les lettres, encore les lettres, des lettres accumulées, et dans les lettres, des chiffres, des chiffres accumulés, négatifs, des chiffres, encore des chiffres, des additions, toujours impayées. Un tas recouvrant la fenêtre avant. On y voyait le clocher de l'église, le temps du monde par les neuf carreaux devant l'évier et le reflet au loin de la petite colline, l'utopie d'une harmonie horizontale. Mais depuis, les lettres avec leurs chiffres, dedans, accumulées, rien, plus aucune lumière naturelle, seule la lumière d'un néon artificiel dans la cuisine, la couleur fade et criarde d'un soleil factice. mon frère enfermé derrière ces lettres de rappel, etc.
Je sens que tu as aimé l'écriture de Guillaume Caillé, je te sentais bien partie, c'est beau.
Il y a très peu de ponctuation, c'est comme ça, c'est de grandes... Il est allé comme ça, voilà,
tout à fait, et à l'entendre comme ça, ça me donne vraiment envie de le travailler parce que c'est vraiment superbe. Donc voilà. Petit tour du théâtre. Voilà, exactement. L'envie de partager quelques textes. Merci à toi, Régis.
Merci à toi, surtout, de nous avoir fait découvrir tous ces auteurs et autrices.
Nous mettrons la liste de ce que nous avons lu, si vous voulez aller plus loin. Et nous vous souhaitons une belle journée.
Merci,
au revoir.
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Clarence Massiani nous parle théâtre.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bienvenue dans notre podcast Isadora BC. Le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiami, le poète c'est Régis Dequet.
Bonjour !
Bonjour Clarence !
Bonjour Régis !
Alors, aujourd'hui on est un peu dans ton élément puisqu'on va parler théâtre, et plus particulièrement de quelques textes de théâtre que tu nous as sélectionnés.
Oui, j'avais envie de faire entendre quelques écritures, des langages de différents auteurs et autrices. que ce soit dans du classique ou dans du contemporain. Donc ce que je propose, c'est qu'on va prendre quelques extraits et lire quelques phrases simplement, quelques lignes, pour pouvoir se donner une idée.
Eh bien, c'est parti alors.
Très bien, donc je commence avec un extrait d'un monologue de Psyché, dans Psyché de Molière. La fameuse scène où elle arrive dans un endroit et qu'elle se questionne. Où suis-je ? Et dans un lieu que je croyais barbare. Quel savantement a bâti ce palais que l'art, que la nature part de l'assemblage, le plus rare que l'œil puisse admirer jamais ? Tout rit, tout brille, tout éclate dans ces jardins, dans ces appartements, dont les pompeuses à meublement n'ont rien, qui n'enchantent et ne flattent. Et de quelque côté que tournent mes frayeurs, je ne vois soumets pas que de l'or ou des fleurs. Le ciel aurait-il fait cet amas de merveilles pour la demeure d'un serpent ? Et lorsque par leur vue il amuse et suspend de mon destin jaloux les rigueurs sans pareil, veut-il montrer qu'il s'en repent ? Non. Non, c'est de sa haine en cruauté féconde, le plus noir, le plus rude trait, qui, par une rigueur nouvelle et sans seconde, étale ce choix qu'elle a fait, de sa cas de plus beau le monde, qu'afin que je le quitte avec plus de regrets. Voilà. Donc c'était un petit extrait d'un monologue de Psyché de Molière.
Merci Clarence, c'est super. Maintenant, que vas-tu nous proposer ?
Alors, je vous propose de faire une petite lecture à deux voix.
Ok, oh là !
Tout petite !
Je suis impliqué, je suis impliqué.
Toute petite de l'annonce faite à Marie de Paul Claudel. Donc c'est dans l'acte 2 et c'est la scène 3. C'est le moment où Violaine vient annoncer à Jacques qu'elle ne va pas l'épouser. Je te laisse commencer. Ah non, c'est moi qui commence.
Vas-y.
Ne me touchez pas, Jacques.
Suis-je donc un lépreux ?
Jacques, je veux vous parler. Ah, que c'est difficile ! Ne me manquez point qu'il n'est plus que vous seul.
Mais qui vous veut du mal ?
Sachez ce que vous faites en me prenant pour femme. Laissez-moi vous parler bien humblement, Seigneur Jacques, qui allait recevoir mon âme et mon corps en commande des mains de Dieu et de mon Père qui les ont fait. Et sachez la dot que je vous apporte qui n'est point celle des autres femmes, mais cette sainte montagne en prière jour et nuit devant Dieu, comme un autel toujours fumant. Et cette lampe toujours allumée dont notre charge est de nourrir l'huile, et témoin n'est à notre mariage aucun homme, mais ce Seigneur dont nous tenons seul le fief, qui est le Tout-Puissant, le Dieu des armées. Et ce n'est point le soleil de juillet qui nous éclaire, mais la lumière même de sa face. Voilà, petit aperçu de Paul Claudel. Je souhaitais qu'on lise deux petits extraits de Leonora Miano, qui a écrit un de ses ouvrages qui s'appelle « Écrit pour la parole » . Ce sont des petits monologues et je voulais qu'on les partage. Je te propose de commencer par celui-ci qui s'intitule…
« À quoi ça sert ? À quoi ça sert d'enseigner ? » L'histoire des grands empires subsahariens aux petits français, si on ne leur dit rien de la présence noire en France, s'ils ne connaissent pas les chaînes de la mulatresse solitude, les Saramaca de la Guyane, Félix Héboué, la police des Noirs au XVIIIe, la Jean Duval, Kéma Baudelaire, Gaston Monerville, à quoi ça sert de leur dire qu'il y eut des royaumes, des pyramides améroées, des reines guerrières dans l'ancienne Angola, où la loi salique n'avait pas cours, des Amazones du Dahomey, un grand Congo, un Mono-Mo-Tapa, des rois Moses, Ashantis, Zulu, un grand enclos du Zimbabwe, des églises monolithes en Éthiopie, déjà au Moyen-Âge l'origine du monde, à Ibe-Ife. À quoi ça sert si le corps découpé de sarges, les os humains, l'exposition coloniale, à quoi ça sert si ce n'est Pour leur apprendre qu'ils descendent de puissants, qui sur-terrassaient des peuples qui avaient eux aussi créé la beauté. C'est comme jouer aux indiens après les avoir effacés.
Merci Régis, merci. Je vais en lire un autre qui s'intitule « On ne se fait pas » . Assez d'entendre ça, partout, tout le temps. C'est une violence insoutenable. Incroyable qu'on entend de ça partout, tout le temps. Même les bouches autorisées, militantes, affligées, compatissantes, expulsent ce crachat partout, tout le temps, comme si les mots n'avaient pas de sens, comme s'il était possible d'exprimer les choses n'importe comment, comme si la vérité allait de soi, comme s'il n'était pas utile de l'énoncer clairement, sans équivoque. Dire une fois pour toutes et qu'on l'entende une fois pour toutes, qu'on l'imprime une fois pour toutes, que non, non. On ne se fait pas. On ne se fait pas violer. On ne se fait pas. On ne se fait pas. On ne se fait pas violer. On est violé. On est. On est. On est violé. On ne fait rien. On est. C'est l'autre qui fait. Le viol, c'est l'autre qui le fait. Personne, jamais, ni dans la brousse, ni dans les buildings, ni dans les champs, ni dans le métro, ni dans la savane, ni sous les porches, ni après un premier dîner, ni même chez soi... dans aucun des cas, précisément parce qu'il n'en est pas question, personne jamais ne se fait violer. Voilà, donc à retenir, Léonora Miano, c'est un travail magnifique, vraiment à découvrir cette autrice. Je poursuis avec un petit extrait d'un classique, Pierre Corneille, dans La Place Royale. Donc scène 6, au moment où Angélique voit Alidor rentrer dans son cabinet. D'où viens-tu déloyale ? Avec quelle impudence oses-tu redoubler mes mots par ta présence ? Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs ? Et qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs ? Et il dit que tes yeux te mettront hors de doute et t'apprendront combien ta trahison me coûte. Après qu'effrontément ton adieu m'a fait voir qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir, tu te mets à genoux. Et tu veux, misérable, que ton fin repentir m'en donne un véritable. Va ! Va, n'espère rien de ces submissions, porte-les à l'objet de tes affections, ne me présente plus les traits qui m'ont déçu, n'attaque point mon cœur en me blessant la vue. Penses-tu que je sois après ton changement ou sans en ressouvenir ou sans ressentiment ? S'il te souvient encore de ton brutal caprice, dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice ? Voilà, j'arrête là. Donc, Angélique, dans la place royale de Corneille.
Merci, Clare.
Et pour continuer, je nous propose de lire un extrait d'Alexandra Badea dans un ouvrage qui s'appelle Contrôle d'identité. Petite scène à deux, voilà. Un petit dialogue. Police, courez !
Où ça ?
Laissez tout, courez !
J'entends rien !
Cours, cours !
Merde !
Plus vite !
Merde !
Putain mais cours !
J'en ai marre !
Cours c'est tout !
Ras le bol !
Ne pense plus, ne parle plus, cours bordel !
Où ?
Mais cours !
T'es fou ?
Cours !
Mais y'a personne !
Cours !
Hérol, y'a personne !
Cours !
Attends, arrête ! Cours ! Respire !
Cours !
Y'a personne !
Cours !
Regarde, y'a rien !
Cours !
Écoute, y'a rien !
Cours !
C'était un cauchemar, c'est tout !
Cours !
Ça va aller, viens !
Cours !
Mais ça, tu trembles !
Cours !
Bois ça !
Cours !
Ça va te faire du bien !
Cours !
Allez, on dort là !
Cours !
Je suis là, y'a personne !
Cours !
Dors !
Cours ! Voilà, petit dialogue à deux voix d'Alexandra Badea, pareil, une autrice absolument fabuleuse. Nous poursuivons avec quelqu'un que j'aime beaucoup et avec qui je fais beaucoup travailler à mes élèves, Neuf petites filles de Sandrine Roche. Voilà, Sandrine Roche, avec une écriture de ce qu'elle entend et comment elle le restitue. J'habite pas là, je suis pas de là, je suis arrivée par hasard, c'est pas chez moi ici, je connais rien ici, qu'est-ce qu'on mange ?
Je comprends pas ce que vous dites, c'est pas ma langue, ma langue elle est belle, vous connaissez pas ma langue, je sais pas pourquoi je suis venu, c'est pas moi qui ai décidé de venir, je repars quand je veux, je repars si je veux.
Ici, il pleut, chez moi c'est mieux, il fait beau, chez moi je suis bien. Chez moi, je suis chez moi.
Ici, je suis chez vous. Ici, je suis pas bien. Chez vous, c'est tout gris. Vous voyez pas que chez vous, c'est moche ?
T'es pas chez toi. T'es pas de là. Tire-toi de là. Rentre chez toi. On comprend pas ce que tu dis. On comprend pas ta langue. Elle est moche, comme toi. Nous, on se comprend. T'es pas d'ici, ça se voit. T'as un drôle d'accent, tu viens d'où ? On connaît pas. Tais-toi. T'es pas d'ici. Dès comme toi, on n'en veut pas.
Merci Clarence. Et merci à...
A Sandrine Roche surtout. A Sandrine Roche, magnifique texte. Qui a une écriture fort puissante à découvrir. Je poursuis avec un petit monologue d'un ouvrage qui s'intitule Bleu de Clémence Veil. Et c'est un hommage à Angelica Lidl, autre autrice à découvrir. Je te donne mon cœur, je te donne mon sang, je te donne ma moelle, mes plaquettes. Tu les aimes mes plaquettes ? Ma moelle osseuse et épinière, mon os à moelle. Je t'offre mes reins, l'espace entre mes reins, mes rognons. Un lobe de mon foie, je te donne mon poumon, j'ai le droit ? Un de mes lobes pulmonaires, je te donne mes globules, mes ovocytes bien vivants, je te donne mes valves cardiaques, mes tissus, mes membranes intestinales, ma peau, mes organes en vrac, lesquels veux-tu ? Je te vends mes cheveux, mes ongles, mes dents, mon lait. Je te loue mon ventre, je te laisse ma cervelle, ma langue. Là, cette partie-là, ici, je te la... je me la...
Merci.
Clémence Bale, bleu.
Super, belle écriture. Oui, oui.
On poursuit.
Ok.
Avec Julie Rosélo-Rouchet, donc écriture contemporaine. Avec un petit extrait qui s'intitule « Entre ses mains » . C'est une scène où elle décrit les gestes que les mains font avec l'enfant.
D'accord.
Je commence. L'enfant babille, l'enfant regarde les stris de lumière à travers la persienne.
L'enfant s'agace, ses mains le soulèvent. L'enfant sourit et pleure.
Ses mains dégraffent la chemise de l'enfant. L'enfant ouvre la bouche, il tète, elle se repose.
La bouche de l'enfant lâche le sein. Elle lui dit des mots de plaisir.
De bonheur, de joie, de nouvelle journée. L'enfant sourit,
babille, crie de plaisir.
Ses mains le soulèvent jusqu'à la salle de bain, le posent sur la table allongée. Voilà, c'était un petit aperçu. Et c'est comme ça,
après ça continue. Voilà,
et ça continue sur un long monologue, sur deux pages, jusqu'au soir en fait. Et c'est assez, j'aime beaucoup la description en fait des gestes et des mouvements.
Tout est basé là-dessus, sur les mains qui agissent.
Tout est basé sur le mouvement auprès de son enfant. Je trouvais qu'au niveau littéraire et théâtral, c'était assez magnifique. Euh... Je vais poursuivre avec un petit monologue de Agathe Charné, ça s'appelle « Ceci est mon corps » et voilà, j'avais envie de partager. Ah ben tu peux commencer, tiens, si tu veux. Ah bon, je commence. Oui, allez, voilà, tu lis. On improvise, on improvise. Voilà, on improvise, voilà. Qu'est-ce que je dis ? Jusque là, tout ça.
Voilà, c'est beau. Oui, ouais, vas-y. Vous vous entendez, vous m'entendez ? Est-ce que vous m'entendez ? Dites-moi que vous m'entendez, parce que je vous regarde. Oui, je vous regarde et je vous parle. Et je dis ici et devant. Tout ce que je n'aurai pas peur, je n'ai pas peur. Parce qu'aussi longtemps que je respire, je le sais à présent, il sera là, mon corps.
Mon corps, ce corps, il aura toujours besoin de marcher. Vouter peut-être, tasser sûrement, mais de se tenir droit à l'intérieur. Mon corps, il aura toujours besoin de l'autre, besoin de lui-même, besoin d'exulter, de contempler, de respirer le soleil et d'écouter le vent. Et ma bouche, même édentée d'avoir trop dit, ne voudra pas taire la grande litanie qui s'échappe cette nuit. Ma voix qui s'éraille et que je ne parviens plus à faire taire du fond de ma gorge, parce qu'avant, regardez-moi. Mais oui, c'était bloqué, obstrué, étranglé, étouffé, vous comprenez ? Oui, je sais. Que vous savez, et c'est bien une supplique pour la douceur qui s'échappe de mes lèvres ouvertes, un mot après l'autre. Une complainte pour un autre monde, un monde où l'apaisement sera trouvé, où l'apaisement sera possible, un mot après l'autre, encore un et encore un, et vous ferez cela en mémoire de nous. Car je sais, à présent, dans la grande nuit tachetée d'étoiles, où les gens continuent de se rassembler, qu'il y aura toujours quelqu'un ou quelqu'une d'autre pour se tenir debout et dire « Regardez-moi, entendez-moi » . Je me tiens droite, regardez-moi, je n'ai plus peur. Entendez-moi, je vous parle, je vous parle, et ceci est mon corps. Voilà, Agathe Charné, jeune autrice. à découvrir également. Ce sont des coups de cœur, évidemment. Ce sont des auteurs et des autrices que soit moi j'ai travaillé, soit je fais travailler à d'autres et que je voulais partager. Et là, c'est un auteur que je découvre, Guillaume Caillé, « Neuf mouvements pour une cavale » aux éditions théâtrales. Je voulais qu'on lise un petit passage chacun. Si tu veux, je commence. Je commence avec un texte qui s'appelle Mouvement 3, puisqu'il y a 9 mouvements pour une cavale. Donc ça, c'est le troisième. Et c'est écrit janvier-février 2015, le gel. Je suis désolée, mais je n'y peux rien. C'est la réglementation, c'est comme ça. Pas la peine de... Je veux dire de me regarder comme ça. Je ne suis pas... Je veux dire, quelqu'une qui vous veut du mal, pas la peine, vos yeux comme ça, de les tenir devant moi, j'ai l'autorité. Vous avez la haine qui gagne depuis le 1er juillet 2010, vous êtes obligés de puisser vos bêtes de plus d'un mois destinées à l'élevage et l'abattage. Puisser, je sais, le verbe n'existe pas dans le dictionnaire, il faudra vous y faire. Nous inventons un monde à venir où le langage n'a pas été encore commis. Je veux dire, nous sommes en janvier 2015, vos bêtes doivent être brûlées, rassurez-vous, pas toutes. Juste celles non bouclées, celles sans identité, vos migrantes là, non identifiées, une cinquantaine. Il nous faut des labels sûrs, un terroir labellisé, il va falloir s'en débarrasser, ne rien valoriser, vous ne pouvez pas vendre de la viande sans papier. Voilà, donc c'est vraiment le début parce que c'est un très long monologue et je te propose de lire le début du mouvement
6. Mouvement 6 Des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, encore des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, accumulées sur le buffet dans la cuisine, à côté du verre, la bouteille de vin indemne. Ce n'est pas l'alcool, cela aurait été plausible, noyer ses yeux dans la bouteille, plausible, voire appréciable, un acte physique, une réaction épidermique, de la drogue, de la marijuana, des antidépresseurs, mais rien de tout ça, juste les lettres, les lettres, encore les lettres, des lettres accumulées, et dans les lettres, des chiffres, des chiffres accumulés, négatifs, des chiffres, encore des chiffres, des additions, toujours impayées. Un tas recouvrant la fenêtre avant. On y voyait le clocher de l'église, le temps du monde par les neuf carreaux devant l'évier et le reflet au loin de la petite colline, l'utopie d'une harmonie horizontale. Mais depuis, les lettres avec leurs chiffres, dedans, accumulées, rien, plus aucune lumière naturelle, seule la lumière d'un néon artificiel dans la cuisine, la couleur fade et criarde d'un soleil factice. mon frère enfermé derrière ces lettres de rappel, etc.
Je sens que tu as aimé l'écriture de Guillaume Caillé, je te sentais bien partie, c'est beau.
Il y a très peu de ponctuation, c'est comme ça, c'est de grandes... Il est allé comme ça, voilà,
tout à fait, et à l'entendre comme ça, ça me donne vraiment envie de le travailler parce que c'est vraiment superbe. Donc voilà. Petit tour du théâtre. Voilà, exactement. L'envie de partager quelques textes. Merci à toi, Régis.
Merci à toi, surtout, de nous avoir fait découvrir tous ces auteurs et autrices.
Nous mettrons la liste de ce que nous avons lu, si vous voulez aller plus loin. Et nous vous souhaitons une belle journée.
Merci,
au revoir.
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Description
Clarence Massiani nous parle théâtre.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora BC. Le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiami, le poète c'est Régis Dequet.
Bonjour !
Bonjour Clarence !
Bonjour Régis !
Alors, aujourd'hui on est un peu dans ton élément puisqu'on va parler théâtre, et plus particulièrement de quelques textes de théâtre que tu nous as sélectionnés.
Oui, j'avais envie de faire entendre quelques écritures, des langages de différents auteurs et autrices. que ce soit dans du classique ou dans du contemporain. Donc ce que je propose, c'est qu'on va prendre quelques extraits et lire quelques phrases simplement, quelques lignes, pour pouvoir se donner une idée.
Eh bien, c'est parti alors.
Très bien, donc je commence avec un extrait d'un monologue de Psyché, dans Psyché de Molière. La fameuse scène où elle arrive dans un endroit et qu'elle se questionne. Où suis-je ? Et dans un lieu que je croyais barbare. Quel savantement a bâti ce palais que l'art, que la nature part de l'assemblage, le plus rare que l'œil puisse admirer jamais ? Tout rit, tout brille, tout éclate dans ces jardins, dans ces appartements, dont les pompeuses à meublement n'ont rien, qui n'enchantent et ne flattent. Et de quelque côté que tournent mes frayeurs, je ne vois soumets pas que de l'or ou des fleurs. Le ciel aurait-il fait cet amas de merveilles pour la demeure d'un serpent ? Et lorsque par leur vue il amuse et suspend de mon destin jaloux les rigueurs sans pareil, veut-il montrer qu'il s'en repent ? Non. Non, c'est de sa haine en cruauté féconde, le plus noir, le plus rude trait, qui, par une rigueur nouvelle et sans seconde, étale ce choix qu'elle a fait, de sa cas de plus beau le monde, qu'afin que je le quitte avec plus de regrets. Voilà. Donc c'était un petit extrait d'un monologue de Psyché de Molière.
Merci Clarence, c'est super. Maintenant, que vas-tu nous proposer ?
Alors, je vous propose de faire une petite lecture à deux voix.
Ok, oh là !
Tout petite !
Je suis impliqué, je suis impliqué.
Toute petite de l'annonce faite à Marie de Paul Claudel. Donc c'est dans l'acte 2 et c'est la scène 3. C'est le moment où Violaine vient annoncer à Jacques qu'elle ne va pas l'épouser. Je te laisse commencer. Ah non, c'est moi qui commence.
Vas-y.
Ne me touchez pas, Jacques.
Suis-je donc un lépreux ?
Jacques, je veux vous parler. Ah, que c'est difficile ! Ne me manquez point qu'il n'est plus que vous seul.
Mais qui vous veut du mal ?
Sachez ce que vous faites en me prenant pour femme. Laissez-moi vous parler bien humblement, Seigneur Jacques, qui allait recevoir mon âme et mon corps en commande des mains de Dieu et de mon Père qui les ont fait. Et sachez la dot que je vous apporte qui n'est point celle des autres femmes, mais cette sainte montagne en prière jour et nuit devant Dieu, comme un autel toujours fumant. Et cette lampe toujours allumée dont notre charge est de nourrir l'huile, et témoin n'est à notre mariage aucun homme, mais ce Seigneur dont nous tenons seul le fief, qui est le Tout-Puissant, le Dieu des armées. Et ce n'est point le soleil de juillet qui nous éclaire, mais la lumière même de sa face. Voilà, petit aperçu de Paul Claudel. Je souhaitais qu'on lise deux petits extraits de Leonora Miano, qui a écrit un de ses ouvrages qui s'appelle « Écrit pour la parole » . Ce sont des petits monologues et je voulais qu'on les partage. Je te propose de commencer par celui-ci qui s'intitule…
« À quoi ça sert ? À quoi ça sert d'enseigner ? » L'histoire des grands empires subsahariens aux petits français, si on ne leur dit rien de la présence noire en France, s'ils ne connaissent pas les chaînes de la mulatresse solitude, les Saramaca de la Guyane, Félix Héboué, la police des Noirs au XVIIIe, la Jean Duval, Kéma Baudelaire, Gaston Monerville, à quoi ça sert de leur dire qu'il y eut des royaumes, des pyramides améroées, des reines guerrières dans l'ancienne Angola, où la loi salique n'avait pas cours, des Amazones du Dahomey, un grand Congo, un Mono-Mo-Tapa, des rois Moses, Ashantis, Zulu, un grand enclos du Zimbabwe, des églises monolithes en Éthiopie, déjà au Moyen-Âge l'origine du monde, à Ibe-Ife. À quoi ça sert si le corps découpé de sarges, les os humains, l'exposition coloniale, à quoi ça sert si ce n'est Pour leur apprendre qu'ils descendent de puissants, qui sur-terrassaient des peuples qui avaient eux aussi créé la beauté. C'est comme jouer aux indiens après les avoir effacés.
Merci Régis, merci. Je vais en lire un autre qui s'intitule « On ne se fait pas » . Assez d'entendre ça, partout, tout le temps. C'est une violence insoutenable. Incroyable qu'on entend de ça partout, tout le temps. Même les bouches autorisées, militantes, affligées, compatissantes, expulsent ce crachat partout, tout le temps, comme si les mots n'avaient pas de sens, comme s'il était possible d'exprimer les choses n'importe comment, comme si la vérité allait de soi, comme s'il n'était pas utile de l'énoncer clairement, sans équivoque. Dire une fois pour toutes et qu'on l'entende une fois pour toutes, qu'on l'imprime une fois pour toutes, que non, non. On ne se fait pas. On ne se fait pas violer. On ne se fait pas. On ne se fait pas. On ne se fait pas violer. On est violé. On est. On est. On est violé. On ne fait rien. On est. C'est l'autre qui fait. Le viol, c'est l'autre qui le fait. Personne, jamais, ni dans la brousse, ni dans les buildings, ni dans les champs, ni dans le métro, ni dans la savane, ni sous les porches, ni après un premier dîner, ni même chez soi... dans aucun des cas, précisément parce qu'il n'en est pas question, personne jamais ne se fait violer. Voilà, donc à retenir, Léonora Miano, c'est un travail magnifique, vraiment à découvrir cette autrice. Je poursuis avec un petit extrait d'un classique, Pierre Corneille, dans La Place Royale. Donc scène 6, au moment où Angélique voit Alidor rentrer dans son cabinet. D'où viens-tu déloyale ? Avec quelle impudence oses-tu redoubler mes mots par ta présence ? Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs ? Et qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs ? Et il dit que tes yeux te mettront hors de doute et t'apprendront combien ta trahison me coûte. Après qu'effrontément ton adieu m'a fait voir qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir, tu te mets à genoux. Et tu veux, misérable, que ton fin repentir m'en donne un véritable. Va ! Va, n'espère rien de ces submissions, porte-les à l'objet de tes affections, ne me présente plus les traits qui m'ont déçu, n'attaque point mon cœur en me blessant la vue. Penses-tu que je sois après ton changement ou sans en ressouvenir ou sans ressentiment ? S'il te souvient encore de ton brutal caprice, dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice ? Voilà, j'arrête là. Donc, Angélique, dans la place royale de Corneille.
Merci, Clare.
Et pour continuer, je nous propose de lire un extrait d'Alexandra Badea dans un ouvrage qui s'appelle Contrôle d'identité. Petite scène à deux, voilà. Un petit dialogue. Police, courez !
Où ça ?
Laissez tout, courez !
J'entends rien !
Cours, cours !
Merde !
Plus vite !
Merde !
Putain mais cours !
J'en ai marre !
Cours c'est tout !
Ras le bol !
Ne pense plus, ne parle plus, cours bordel !
Où ?
Mais cours !
T'es fou ?
Cours !
Mais y'a personne !
Cours !
Hérol, y'a personne !
Cours !
Attends, arrête ! Cours ! Respire !
Cours !
Y'a personne !
Cours !
Regarde, y'a rien !
Cours !
Écoute, y'a rien !
Cours !
C'était un cauchemar, c'est tout !
Cours !
Ça va aller, viens !
Cours !
Mais ça, tu trembles !
Cours !
Bois ça !
Cours !
Ça va te faire du bien !
Cours !
Allez, on dort là !
Cours !
Je suis là, y'a personne !
Cours !
Dors !
Cours ! Voilà, petit dialogue à deux voix d'Alexandra Badea, pareil, une autrice absolument fabuleuse. Nous poursuivons avec quelqu'un que j'aime beaucoup et avec qui je fais beaucoup travailler à mes élèves, Neuf petites filles de Sandrine Roche. Voilà, Sandrine Roche, avec une écriture de ce qu'elle entend et comment elle le restitue. J'habite pas là, je suis pas de là, je suis arrivée par hasard, c'est pas chez moi ici, je connais rien ici, qu'est-ce qu'on mange ?
Je comprends pas ce que vous dites, c'est pas ma langue, ma langue elle est belle, vous connaissez pas ma langue, je sais pas pourquoi je suis venu, c'est pas moi qui ai décidé de venir, je repars quand je veux, je repars si je veux.
Ici, il pleut, chez moi c'est mieux, il fait beau, chez moi je suis bien. Chez moi, je suis chez moi.
Ici, je suis chez vous. Ici, je suis pas bien. Chez vous, c'est tout gris. Vous voyez pas que chez vous, c'est moche ?
T'es pas chez toi. T'es pas de là. Tire-toi de là. Rentre chez toi. On comprend pas ce que tu dis. On comprend pas ta langue. Elle est moche, comme toi. Nous, on se comprend. T'es pas d'ici, ça se voit. T'as un drôle d'accent, tu viens d'où ? On connaît pas. Tais-toi. T'es pas d'ici. Dès comme toi, on n'en veut pas.
Merci Clarence. Et merci à...
A Sandrine Roche surtout. A Sandrine Roche, magnifique texte. Qui a une écriture fort puissante à découvrir. Je poursuis avec un petit monologue d'un ouvrage qui s'intitule Bleu de Clémence Veil. Et c'est un hommage à Angelica Lidl, autre autrice à découvrir. Je te donne mon cœur, je te donne mon sang, je te donne ma moelle, mes plaquettes. Tu les aimes mes plaquettes ? Ma moelle osseuse et épinière, mon os à moelle. Je t'offre mes reins, l'espace entre mes reins, mes rognons. Un lobe de mon foie, je te donne mon poumon, j'ai le droit ? Un de mes lobes pulmonaires, je te donne mes globules, mes ovocytes bien vivants, je te donne mes valves cardiaques, mes tissus, mes membranes intestinales, ma peau, mes organes en vrac, lesquels veux-tu ? Je te vends mes cheveux, mes ongles, mes dents, mon lait. Je te loue mon ventre, je te laisse ma cervelle, ma langue. Là, cette partie-là, ici, je te la... je me la...
Merci.
Clémence Bale, bleu.
Super, belle écriture. Oui, oui.
On poursuit.
Ok.
Avec Julie Rosélo-Rouchet, donc écriture contemporaine. Avec un petit extrait qui s'intitule « Entre ses mains » . C'est une scène où elle décrit les gestes que les mains font avec l'enfant.
D'accord.
Je commence. L'enfant babille, l'enfant regarde les stris de lumière à travers la persienne.
L'enfant s'agace, ses mains le soulèvent. L'enfant sourit et pleure.
Ses mains dégraffent la chemise de l'enfant. L'enfant ouvre la bouche, il tète, elle se repose.
La bouche de l'enfant lâche le sein. Elle lui dit des mots de plaisir.
De bonheur, de joie, de nouvelle journée. L'enfant sourit,
babille, crie de plaisir.
Ses mains le soulèvent jusqu'à la salle de bain, le posent sur la table allongée. Voilà, c'était un petit aperçu. Et c'est comme ça,
après ça continue. Voilà,
et ça continue sur un long monologue, sur deux pages, jusqu'au soir en fait. Et c'est assez, j'aime beaucoup la description en fait des gestes et des mouvements.
Tout est basé là-dessus, sur les mains qui agissent.
Tout est basé sur le mouvement auprès de son enfant. Je trouvais qu'au niveau littéraire et théâtral, c'était assez magnifique. Euh... Je vais poursuivre avec un petit monologue de Agathe Charné, ça s'appelle « Ceci est mon corps » et voilà, j'avais envie de partager. Ah ben tu peux commencer, tiens, si tu veux. Ah bon, je commence. Oui, allez, voilà, tu lis. On improvise, on improvise. Voilà, on improvise, voilà. Qu'est-ce que je dis ? Jusque là, tout ça.
Voilà, c'est beau. Oui, ouais, vas-y. Vous vous entendez, vous m'entendez ? Est-ce que vous m'entendez ? Dites-moi que vous m'entendez, parce que je vous regarde. Oui, je vous regarde et je vous parle. Et je dis ici et devant. Tout ce que je n'aurai pas peur, je n'ai pas peur. Parce qu'aussi longtemps que je respire, je le sais à présent, il sera là, mon corps.
Mon corps, ce corps, il aura toujours besoin de marcher. Vouter peut-être, tasser sûrement, mais de se tenir droit à l'intérieur. Mon corps, il aura toujours besoin de l'autre, besoin de lui-même, besoin d'exulter, de contempler, de respirer le soleil et d'écouter le vent. Et ma bouche, même édentée d'avoir trop dit, ne voudra pas taire la grande litanie qui s'échappe cette nuit. Ma voix qui s'éraille et que je ne parviens plus à faire taire du fond de ma gorge, parce qu'avant, regardez-moi. Mais oui, c'était bloqué, obstrué, étranglé, étouffé, vous comprenez ? Oui, je sais. Que vous savez, et c'est bien une supplique pour la douceur qui s'échappe de mes lèvres ouvertes, un mot après l'autre. Une complainte pour un autre monde, un monde où l'apaisement sera trouvé, où l'apaisement sera possible, un mot après l'autre, encore un et encore un, et vous ferez cela en mémoire de nous. Car je sais, à présent, dans la grande nuit tachetée d'étoiles, où les gens continuent de se rassembler, qu'il y aura toujours quelqu'un ou quelqu'une d'autre pour se tenir debout et dire « Regardez-moi, entendez-moi » . Je me tiens droite, regardez-moi, je n'ai plus peur. Entendez-moi, je vous parle, je vous parle, et ceci est mon corps. Voilà, Agathe Charné, jeune autrice. à découvrir également. Ce sont des coups de cœur, évidemment. Ce sont des auteurs et des autrices que soit moi j'ai travaillé, soit je fais travailler à d'autres et que je voulais partager. Et là, c'est un auteur que je découvre, Guillaume Caillé, « Neuf mouvements pour une cavale » aux éditions théâtrales. Je voulais qu'on lise un petit passage chacun. Si tu veux, je commence. Je commence avec un texte qui s'appelle Mouvement 3, puisqu'il y a 9 mouvements pour une cavale. Donc ça, c'est le troisième. Et c'est écrit janvier-février 2015, le gel. Je suis désolée, mais je n'y peux rien. C'est la réglementation, c'est comme ça. Pas la peine de... Je veux dire de me regarder comme ça. Je ne suis pas... Je veux dire, quelqu'une qui vous veut du mal, pas la peine, vos yeux comme ça, de les tenir devant moi, j'ai l'autorité. Vous avez la haine qui gagne depuis le 1er juillet 2010, vous êtes obligés de puisser vos bêtes de plus d'un mois destinées à l'élevage et l'abattage. Puisser, je sais, le verbe n'existe pas dans le dictionnaire, il faudra vous y faire. Nous inventons un monde à venir où le langage n'a pas été encore commis. Je veux dire, nous sommes en janvier 2015, vos bêtes doivent être brûlées, rassurez-vous, pas toutes. Juste celles non bouclées, celles sans identité, vos migrantes là, non identifiées, une cinquantaine. Il nous faut des labels sûrs, un terroir labellisé, il va falloir s'en débarrasser, ne rien valoriser, vous ne pouvez pas vendre de la viande sans papier. Voilà, donc c'est vraiment le début parce que c'est un très long monologue et je te propose de lire le début du mouvement
6. Mouvement 6 Des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, encore des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, accumulées sur le buffet dans la cuisine, à côté du verre, la bouteille de vin indemne. Ce n'est pas l'alcool, cela aurait été plausible, noyer ses yeux dans la bouteille, plausible, voire appréciable, un acte physique, une réaction épidermique, de la drogue, de la marijuana, des antidépresseurs, mais rien de tout ça, juste les lettres, les lettres, encore les lettres, des lettres accumulées, et dans les lettres, des chiffres, des chiffres accumulés, négatifs, des chiffres, encore des chiffres, des additions, toujours impayées. Un tas recouvrant la fenêtre avant. On y voyait le clocher de l'église, le temps du monde par les neuf carreaux devant l'évier et le reflet au loin de la petite colline, l'utopie d'une harmonie horizontale. Mais depuis, les lettres avec leurs chiffres, dedans, accumulées, rien, plus aucune lumière naturelle, seule la lumière d'un néon artificiel dans la cuisine, la couleur fade et criarde d'un soleil factice. mon frère enfermé derrière ces lettres de rappel, etc.
Je sens que tu as aimé l'écriture de Guillaume Caillé, je te sentais bien partie, c'est beau.
Il y a très peu de ponctuation, c'est comme ça, c'est de grandes... Il est allé comme ça, voilà,
tout à fait, et à l'entendre comme ça, ça me donne vraiment envie de le travailler parce que c'est vraiment superbe. Donc voilà. Petit tour du théâtre. Voilà, exactement. L'envie de partager quelques textes. Merci à toi, Régis.
Merci à toi, surtout, de nous avoir fait découvrir tous ces auteurs et autrices.
Nous mettrons la liste de ce que nous avons lu, si vous voulez aller plus loin. Et nous vous souhaitons une belle journée.
Merci,
au revoir.
Description
Clarence Massiani nous parle théâtre.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans notre podcast Isadora BC. Le podcast où une comédienne et un poète partagent une tasse de café. La comédienne c'est Clarence Massiami, le poète c'est Régis Dequet.
Bonjour !
Bonjour Clarence !
Bonjour Régis !
Alors, aujourd'hui on est un peu dans ton élément puisqu'on va parler théâtre, et plus particulièrement de quelques textes de théâtre que tu nous as sélectionnés.
Oui, j'avais envie de faire entendre quelques écritures, des langages de différents auteurs et autrices. que ce soit dans du classique ou dans du contemporain. Donc ce que je propose, c'est qu'on va prendre quelques extraits et lire quelques phrases simplement, quelques lignes, pour pouvoir se donner une idée.
Eh bien, c'est parti alors.
Très bien, donc je commence avec un extrait d'un monologue de Psyché, dans Psyché de Molière. La fameuse scène où elle arrive dans un endroit et qu'elle se questionne. Où suis-je ? Et dans un lieu que je croyais barbare. Quel savantement a bâti ce palais que l'art, que la nature part de l'assemblage, le plus rare que l'œil puisse admirer jamais ? Tout rit, tout brille, tout éclate dans ces jardins, dans ces appartements, dont les pompeuses à meublement n'ont rien, qui n'enchantent et ne flattent. Et de quelque côté que tournent mes frayeurs, je ne vois soumets pas que de l'or ou des fleurs. Le ciel aurait-il fait cet amas de merveilles pour la demeure d'un serpent ? Et lorsque par leur vue il amuse et suspend de mon destin jaloux les rigueurs sans pareil, veut-il montrer qu'il s'en repent ? Non. Non, c'est de sa haine en cruauté féconde, le plus noir, le plus rude trait, qui, par une rigueur nouvelle et sans seconde, étale ce choix qu'elle a fait, de sa cas de plus beau le monde, qu'afin que je le quitte avec plus de regrets. Voilà. Donc c'était un petit extrait d'un monologue de Psyché de Molière.
Merci Clarence, c'est super. Maintenant, que vas-tu nous proposer ?
Alors, je vous propose de faire une petite lecture à deux voix.
Ok, oh là !
Tout petite !
Je suis impliqué, je suis impliqué.
Toute petite de l'annonce faite à Marie de Paul Claudel. Donc c'est dans l'acte 2 et c'est la scène 3. C'est le moment où Violaine vient annoncer à Jacques qu'elle ne va pas l'épouser. Je te laisse commencer. Ah non, c'est moi qui commence.
Vas-y.
Ne me touchez pas, Jacques.
Suis-je donc un lépreux ?
Jacques, je veux vous parler. Ah, que c'est difficile ! Ne me manquez point qu'il n'est plus que vous seul.
Mais qui vous veut du mal ?
Sachez ce que vous faites en me prenant pour femme. Laissez-moi vous parler bien humblement, Seigneur Jacques, qui allait recevoir mon âme et mon corps en commande des mains de Dieu et de mon Père qui les ont fait. Et sachez la dot que je vous apporte qui n'est point celle des autres femmes, mais cette sainte montagne en prière jour et nuit devant Dieu, comme un autel toujours fumant. Et cette lampe toujours allumée dont notre charge est de nourrir l'huile, et témoin n'est à notre mariage aucun homme, mais ce Seigneur dont nous tenons seul le fief, qui est le Tout-Puissant, le Dieu des armées. Et ce n'est point le soleil de juillet qui nous éclaire, mais la lumière même de sa face. Voilà, petit aperçu de Paul Claudel. Je souhaitais qu'on lise deux petits extraits de Leonora Miano, qui a écrit un de ses ouvrages qui s'appelle « Écrit pour la parole » . Ce sont des petits monologues et je voulais qu'on les partage. Je te propose de commencer par celui-ci qui s'intitule…
« À quoi ça sert ? À quoi ça sert d'enseigner ? » L'histoire des grands empires subsahariens aux petits français, si on ne leur dit rien de la présence noire en France, s'ils ne connaissent pas les chaînes de la mulatresse solitude, les Saramaca de la Guyane, Félix Héboué, la police des Noirs au XVIIIe, la Jean Duval, Kéma Baudelaire, Gaston Monerville, à quoi ça sert de leur dire qu'il y eut des royaumes, des pyramides améroées, des reines guerrières dans l'ancienne Angola, où la loi salique n'avait pas cours, des Amazones du Dahomey, un grand Congo, un Mono-Mo-Tapa, des rois Moses, Ashantis, Zulu, un grand enclos du Zimbabwe, des églises monolithes en Éthiopie, déjà au Moyen-Âge l'origine du monde, à Ibe-Ife. À quoi ça sert si le corps découpé de sarges, les os humains, l'exposition coloniale, à quoi ça sert si ce n'est Pour leur apprendre qu'ils descendent de puissants, qui sur-terrassaient des peuples qui avaient eux aussi créé la beauté. C'est comme jouer aux indiens après les avoir effacés.
Merci Régis, merci. Je vais en lire un autre qui s'intitule « On ne se fait pas » . Assez d'entendre ça, partout, tout le temps. C'est une violence insoutenable. Incroyable qu'on entend de ça partout, tout le temps. Même les bouches autorisées, militantes, affligées, compatissantes, expulsent ce crachat partout, tout le temps, comme si les mots n'avaient pas de sens, comme s'il était possible d'exprimer les choses n'importe comment, comme si la vérité allait de soi, comme s'il n'était pas utile de l'énoncer clairement, sans équivoque. Dire une fois pour toutes et qu'on l'entende une fois pour toutes, qu'on l'imprime une fois pour toutes, que non, non. On ne se fait pas. On ne se fait pas violer. On ne se fait pas. On ne se fait pas. On ne se fait pas violer. On est violé. On est. On est. On est violé. On ne fait rien. On est. C'est l'autre qui fait. Le viol, c'est l'autre qui le fait. Personne, jamais, ni dans la brousse, ni dans les buildings, ni dans les champs, ni dans le métro, ni dans la savane, ni sous les porches, ni après un premier dîner, ni même chez soi... dans aucun des cas, précisément parce qu'il n'en est pas question, personne jamais ne se fait violer. Voilà, donc à retenir, Léonora Miano, c'est un travail magnifique, vraiment à découvrir cette autrice. Je poursuis avec un petit extrait d'un classique, Pierre Corneille, dans La Place Royale. Donc scène 6, au moment où Angélique voit Alidor rentrer dans son cabinet. D'où viens-tu déloyale ? Avec quelle impudence oses-tu redoubler mes mots par ta présence ? Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs ? Et qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs ? Et il dit que tes yeux te mettront hors de doute et t'apprendront combien ta trahison me coûte. Après qu'effrontément ton adieu m'a fait voir qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir, tu te mets à genoux. Et tu veux, misérable, que ton fin repentir m'en donne un véritable. Va ! Va, n'espère rien de ces submissions, porte-les à l'objet de tes affections, ne me présente plus les traits qui m'ont déçu, n'attaque point mon cœur en me blessant la vue. Penses-tu que je sois après ton changement ou sans en ressouvenir ou sans ressentiment ? S'il te souvient encore de ton brutal caprice, dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice ? Voilà, j'arrête là. Donc, Angélique, dans la place royale de Corneille.
Merci, Clare.
Et pour continuer, je nous propose de lire un extrait d'Alexandra Badea dans un ouvrage qui s'appelle Contrôle d'identité. Petite scène à deux, voilà. Un petit dialogue. Police, courez !
Où ça ?
Laissez tout, courez !
J'entends rien !
Cours, cours !
Merde !
Plus vite !
Merde !
Putain mais cours !
J'en ai marre !
Cours c'est tout !
Ras le bol !
Ne pense plus, ne parle plus, cours bordel !
Où ?
Mais cours !
T'es fou ?
Cours !
Mais y'a personne !
Cours !
Hérol, y'a personne !
Cours !
Attends, arrête ! Cours ! Respire !
Cours !
Y'a personne !
Cours !
Regarde, y'a rien !
Cours !
Écoute, y'a rien !
Cours !
C'était un cauchemar, c'est tout !
Cours !
Ça va aller, viens !
Cours !
Mais ça, tu trembles !
Cours !
Bois ça !
Cours !
Ça va te faire du bien !
Cours !
Allez, on dort là !
Cours !
Je suis là, y'a personne !
Cours !
Dors !
Cours ! Voilà, petit dialogue à deux voix d'Alexandra Badea, pareil, une autrice absolument fabuleuse. Nous poursuivons avec quelqu'un que j'aime beaucoup et avec qui je fais beaucoup travailler à mes élèves, Neuf petites filles de Sandrine Roche. Voilà, Sandrine Roche, avec une écriture de ce qu'elle entend et comment elle le restitue. J'habite pas là, je suis pas de là, je suis arrivée par hasard, c'est pas chez moi ici, je connais rien ici, qu'est-ce qu'on mange ?
Je comprends pas ce que vous dites, c'est pas ma langue, ma langue elle est belle, vous connaissez pas ma langue, je sais pas pourquoi je suis venu, c'est pas moi qui ai décidé de venir, je repars quand je veux, je repars si je veux.
Ici, il pleut, chez moi c'est mieux, il fait beau, chez moi je suis bien. Chez moi, je suis chez moi.
Ici, je suis chez vous. Ici, je suis pas bien. Chez vous, c'est tout gris. Vous voyez pas que chez vous, c'est moche ?
T'es pas chez toi. T'es pas de là. Tire-toi de là. Rentre chez toi. On comprend pas ce que tu dis. On comprend pas ta langue. Elle est moche, comme toi. Nous, on se comprend. T'es pas d'ici, ça se voit. T'as un drôle d'accent, tu viens d'où ? On connaît pas. Tais-toi. T'es pas d'ici. Dès comme toi, on n'en veut pas.
Merci Clarence. Et merci à...
A Sandrine Roche surtout. A Sandrine Roche, magnifique texte. Qui a une écriture fort puissante à découvrir. Je poursuis avec un petit monologue d'un ouvrage qui s'intitule Bleu de Clémence Veil. Et c'est un hommage à Angelica Lidl, autre autrice à découvrir. Je te donne mon cœur, je te donne mon sang, je te donne ma moelle, mes plaquettes. Tu les aimes mes plaquettes ? Ma moelle osseuse et épinière, mon os à moelle. Je t'offre mes reins, l'espace entre mes reins, mes rognons. Un lobe de mon foie, je te donne mon poumon, j'ai le droit ? Un de mes lobes pulmonaires, je te donne mes globules, mes ovocytes bien vivants, je te donne mes valves cardiaques, mes tissus, mes membranes intestinales, ma peau, mes organes en vrac, lesquels veux-tu ? Je te vends mes cheveux, mes ongles, mes dents, mon lait. Je te loue mon ventre, je te laisse ma cervelle, ma langue. Là, cette partie-là, ici, je te la... je me la...
Merci.
Clémence Bale, bleu.
Super, belle écriture. Oui, oui.
On poursuit.
Ok.
Avec Julie Rosélo-Rouchet, donc écriture contemporaine. Avec un petit extrait qui s'intitule « Entre ses mains » . C'est une scène où elle décrit les gestes que les mains font avec l'enfant.
D'accord.
Je commence. L'enfant babille, l'enfant regarde les stris de lumière à travers la persienne.
L'enfant s'agace, ses mains le soulèvent. L'enfant sourit et pleure.
Ses mains dégraffent la chemise de l'enfant. L'enfant ouvre la bouche, il tète, elle se repose.
La bouche de l'enfant lâche le sein. Elle lui dit des mots de plaisir.
De bonheur, de joie, de nouvelle journée. L'enfant sourit,
babille, crie de plaisir.
Ses mains le soulèvent jusqu'à la salle de bain, le posent sur la table allongée. Voilà, c'était un petit aperçu. Et c'est comme ça,
après ça continue. Voilà,
et ça continue sur un long monologue, sur deux pages, jusqu'au soir en fait. Et c'est assez, j'aime beaucoup la description en fait des gestes et des mouvements.
Tout est basé là-dessus, sur les mains qui agissent.
Tout est basé sur le mouvement auprès de son enfant. Je trouvais qu'au niveau littéraire et théâtral, c'était assez magnifique. Euh... Je vais poursuivre avec un petit monologue de Agathe Charné, ça s'appelle « Ceci est mon corps » et voilà, j'avais envie de partager. Ah ben tu peux commencer, tiens, si tu veux. Ah bon, je commence. Oui, allez, voilà, tu lis. On improvise, on improvise. Voilà, on improvise, voilà. Qu'est-ce que je dis ? Jusque là, tout ça.
Voilà, c'est beau. Oui, ouais, vas-y. Vous vous entendez, vous m'entendez ? Est-ce que vous m'entendez ? Dites-moi que vous m'entendez, parce que je vous regarde. Oui, je vous regarde et je vous parle. Et je dis ici et devant. Tout ce que je n'aurai pas peur, je n'ai pas peur. Parce qu'aussi longtemps que je respire, je le sais à présent, il sera là, mon corps.
Mon corps, ce corps, il aura toujours besoin de marcher. Vouter peut-être, tasser sûrement, mais de se tenir droit à l'intérieur. Mon corps, il aura toujours besoin de l'autre, besoin de lui-même, besoin d'exulter, de contempler, de respirer le soleil et d'écouter le vent. Et ma bouche, même édentée d'avoir trop dit, ne voudra pas taire la grande litanie qui s'échappe cette nuit. Ma voix qui s'éraille et que je ne parviens plus à faire taire du fond de ma gorge, parce qu'avant, regardez-moi. Mais oui, c'était bloqué, obstrué, étranglé, étouffé, vous comprenez ? Oui, je sais. Que vous savez, et c'est bien une supplique pour la douceur qui s'échappe de mes lèvres ouvertes, un mot après l'autre. Une complainte pour un autre monde, un monde où l'apaisement sera trouvé, où l'apaisement sera possible, un mot après l'autre, encore un et encore un, et vous ferez cela en mémoire de nous. Car je sais, à présent, dans la grande nuit tachetée d'étoiles, où les gens continuent de se rassembler, qu'il y aura toujours quelqu'un ou quelqu'une d'autre pour se tenir debout et dire « Regardez-moi, entendez-moi » . Je me tiens droite, regardez-moi, je n'ai plus peur. Entendez-moi, je vous parle, je vous parle, et ceci est mon corps. Voilà, Agathe Charné, jeune autrice. à découvrir également. Ce sont des coups de cœur, évidemment. Ce sont des auteurs et des autrices que soit moi j'ai travaillé, soit je fais travailler à d'autres et que je voulais partager. Et là, c'est un auteur que je découvre, Guillaume Caillé, « Neuf mouvements pour une cavale » aux éditions théâtrales. Je voulais qu'on lise un petit passage chacun. Si tu veux, je commence. Je commence avec un texte qui s'appelle Mouvement 3, puisqu'il y a 9 mouvements pour une cavale. Donc ça, c'est le troisième. Et c'est écrit janvier-février 2015, le gel. Je suis désolée, mais je n'y peux rien. C'est la réglementation, c'est comme ça. Pas la peine de... Je veux dire de me regarder comme ça. Je ne suis pas... Je veux dire, quelqu'une qui vous veut du mal, pas la peine, vos yeux comme ça, de les tenir devant moi, j'ai l'autorité. Vous avez la haine qui gagne depuis le 1er juillet 2010, vous êtes obligés de puisser vos bêtes de plus d'un mois destinées à l'élevage et l'abattage. Puisser, je sais, le verbe n'existe pas dans le dictionnaire, il faudra vous y faire. Nous inventons un monde à venir où le langage n'a pas été encore commis. Je veux dire, nous sommes en janvier 2015, vos bêtes doivent être brûlées, rassurez-vous, pas toutes. Juste celles non bouclées, celles sans identité, vos migrantes là, non identifiées, une cinquantaine. Il nous faut des labels sûrs, un terroir labellisé, il va falloir s'en débarrasser, ne rien valoriser, vous ne pouvez pas vendre de la viande sans papier. Voilà, donc c'est vraiment le début parce que c'est un très long monologue et je te propose de lire le début du mouvement
6. Mouvement 6 Des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, encore des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, des lettres, accumulées sur le buffet dans la cuisine, à côté du verre, la bouteille de vin indemne. Ce n'est pas l'alcool, cela aurait été plausible, noyer ses yeux dans la bouteille, plausible, voire appréciable, un acte physique, une réaction épidermique, de la drogue, de la marijuana, des antidépresseurs, mais rien de tout ça, juste les lettres, les lettres, encore les lettres, des lettres accumulées, et dans les lettres, des chiffres, des chiffres accumulés, négatifs, des chiffres, encore des chiffres, des additions, toujours impayées. Un tas recouvrant la fenêtre avant. On y voyait le clocher de l'église, le temps du monde par les neuf carreaux devant l'évier et le reflet au loin de la petite colline, l'utopie d'une harmonie horizontale. Mais depuis, les lettres avec leurs chiffres, dedans, accumulées, rien, plus aucune lumière naturelle, seule la lumière d'un néon artificiel dans la cuisine, la couleur fade et criarde d'un soleil factice. mon frère enfermé derrière ces lettres de rappel, etc.
Je sens que tu as aimé l'écriture de Guillaume Caillé, je te sentais bien partie, c'est beau.
Il y a très peu de ponctuation, c'est comme ça, c'est de grandes... Il est allé comme ça, voilà,
tout à fait, et à l'entendre comme ça, ça me donne vraiment envie de le travailler parce que c'est vraiment superbe. Donc voilà. Petit tour du théâtre. Voilà, exactement. L'envie de partager quelques textes. Merci à toi, Régis.
Merci à toi, surtout, de nous avoir fait découvrir tous ces auteurs et autrices.
Nous mettrons la liste de ce que nous avons lu, si vous voulez aller plus loin. Et nous vous souhaitons une belle journée.
Merci,
au revoir.
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