Description
"Nous prendrons les verbes pour en faire des étendards" !
Clarence Massiani et Régis Decaix s'amusent avec les verbes.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Description
"Nous prendrons les verbes pour en faire des étendards" !
Clarence Massiani et Régis Decaix s'amusent avec les verbes.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète autour d'une tasse de café, la comédienne Clarence Massiani et le poète Régis Dequet. Bonjour Clarence. »
« Bonjour Régis. »
« Je pense que tu as remarqué, il manquait quelque chose dans la présentation. »
« Il me semble que tu n'as pas mis de verbe. »
« Eh bien oui, c'est ça, voilà, parce que... » justement, aujourd'hui, j'ai envie qu'on s'amuse avec les verbes, avec ces verbes qui sont l'action, qui sont l'état, le mouvement. Donc, je pense qu'on va célébrer le verbe avec des petits exercices, des petits jeux.
D'accord, très bien.
Alors, par exemple, je te propose de, mettons, le verbe « je mange » .
Donc, « je mange » , ça m'évoque croquer, mordre, grignoter. mordiller, ronger, déchiqueter, faim, se nourrir, alimenter, allaiter, sustenter. Mais aussi engraisser, gaver, embêter, consommer, ingérer, avoir de l'appétit, avoir l'écrot, avoir la dalle, voracité et gourmandise.
Tu cours, il s'allonge.
De long en large, de long en long, tout du long, le long de, le long de la rivière, le long du lit de travers. De côté, sur le dos, sur le ventre, s'allonger et dormir.
Nous lisons, vous dormez, ils lisent.
Allonger, ils lisent. Dévore, se nourrissent d'eux, mangent les mots, ont faim de nourriture littéraire. Littérature sans rature, mots à avaler à pleine bouche, elles lisent. Hier, je suis allée à la pêche. Hier, j'ai été surprise. Hier, je suis rentrée à la maison. Hier, je fus opérée. Hier, j'ai été sage. Hier, j'ai couru chez le coiffeur. Hier, j'ai lu attentive. Hier n'est pas demain, pas aujourd'hui, pas fini, pas mort. Bribe d'hier dans mon corps de ce jour, pensée d'hier se mêlant à celle de demain. Hier, j'ai vécu.
Et si on enlevait les verbes ?
La pluie sur le chemin, ta main dans la mienne, le ballon à terre, la chaise haute sur la chaise basse, la table ronde, le papier peint en lambeaux, ta bouche sur sa bouche. Plus de rêver, vivre, languir, construire, dire, escalader, contempler. Plus de... mourir, espérer, crier, marcher, tomber, se perdre. Plus de s'aimer, se retrouver, s'embrasser. Mais que nous resterait-il si on n'avait pas les verbes ?
Il y a un grand auteur de théâtre qui nous a quittés récemment, Valère Novarina, qui nous disait « 16 temps sont, quand il est encore temps, le présent lointain. » Le futur avancé, l'inactif présent, le désactif passé, le plus que présent, son projectif passé, le passé postérieur, le pire que passé, le jamais possible, le futur achevé, le passé terminé, le possible antérieur, le futur postérieur. le plus que perdu, l'achevatif, la tentative.
Mais si on enlevait les verbes, que nous resterait-il ? Nous ne mangerions plus, nous ne dormirions plus, nous ne nous laverions plus, nous ne nagerions plus, nous ne voyagerions plus, nous ne nous regarderions plus, nous ne respirerions plus, nous n'existerions plus, nous mourrions. Où nous mourrons, où nous disparaîtrons, Que nous resterait-il ?
Chanter en modulant. Moduler, verbe transitif.
Je module.
J'ai modulé.
Je modulerai.
Verbe qui exprime soit une action.
Qu'il se soit fait chair ou pas, le verbe est action.
Il avance.
Il est.
Il ébranle, il bouge, palpite. et me transforment.
Ils sont légion.
Cuisiner. Sopoudrer, émincer, saler, poivrer, beurrer, séparer, dresser, verser, servir.
Manger, avaler, mâcher, déglutir, digérer.
Le verbe de l'action qui agit, modèle, coupe, lacère, tranche.
Le verbe de l'avoir qui accumule à mon sel, garde.
Le verbe qui est, resplendit, brille, s'affirme, se nomme, s'exhibe.
Nous pouvons tout faire avec un verbe.
Nous pouvons faire d'étranges choses. Petit jeu ?
Oui.
Je te propose donc un exemple. On va lire un extrait de Paul-Éluard dans l'ouvrage « Donner à voir » . Je commence. Il faut que j'éclaircisse aujourd'hui l'espèce de réussite que sont mes rêves. Et je dis réussite parce que de me coucher auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi... inattendus, aussi répugnants que sont par exemple une cuisine ou une salle de musée, me fait entrevoir les limites de la vie, ne me laisse rien à subir que la mort.
Donc si je change les verbes, cela devient il faut, donc avec le même texte, d'accord, il faut que j'endorme. Aujourd'hui, l'espèce de réussite que génèrent mes rêves et je pense réussite parce que de me nourrir auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que paraissent par exemple une cuisine ou une salle de musée, me transforme les limites de la vie, ne me nourrit rien à haïr que la mort.
Là, on est vraiment dans un exercice quasi surréaliste. Alors, toujours le même texte, mais avec d'autres verbes. Il faut que j'entende aujourd'hui l'espèce de réussite que disent mes rêves. Et j'espère réussite. parce que de me blottir auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que génère par exemple une cuisine ou une salle de musée me rétrécit les limites de la vie, ne me traverse rien, n'a engendré que la mort.
J'en fais un dernier, toujours avec le même texte de Paul-Éluard. Il faut que j'applaudisse aujourd'hui l'espèce de réussite que dissolvent mes rêves. et je brandis réussite parce que de me croire auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que furent par exemple une cuisine ou une salle de musée, me fait vomir les limites de la vie, ne me donne rien à pleurer que la mort.
Conjugons. Ah non, non. Un verbe donne sens. Sculpte. Comme l'araignée tisse sa toile. Le marin oriente sa voile, comme le peintre utilise sa couleur et son pinceau.
Conjuguons donc le verbe, ses formes, ses personnes, ses nombres, ses temps.
Le verbe est mouvant, mouvage, orage, ancrage, encre et rage, sage à la page, c'est son œuvre qui mobilise. Peser, finir, vouloir, doux rêve d'un soir.
Rire, coudre, materner, liberté d'aimer.
Mater, matraquer, manœuvrer, dilapider, moucharder, moutonner, mandigoter, capitonner, cannevasser, doux breuvage de la langue.
Carillonner, crachouiller, crapoter, créaliser, obliterer, énervurer, que de champs et de cailloux dans ces rivières de mots.
Verbaliser, verbiager. zigzaguer,
zyoter zigouiller il est des verbes que l'on emploie peu je dis, je disais je dirais les verbes et leur beauté parfois leur étrangeté tu auras ri de mes fautes d'orthographe j'avais pas lit devant cette erreur de conjugaison nous prendrons les verbes pour en faire des étendards nous irons côtoyer les verbes hideux les difficiles, les peu usités Nous enverrons nos verbes comme des flèches incandescentes.
Je podcaste. Tu podcastes. Il podcaste. Elle podcaste. Nous podcastons. Vous podcastez. Il podcaste. Elle podcaste.
Je podcastais.
Nous podcastâmes.
Vous podcasterez.
Nous hume podcastez.
Que juste podcastez.
Nous aurions podcasté.
Qu'ils aient podcasté.
Vous podcasteriez.
Ayant podcasté, il est maintenant, Régis, l'heure de se quitter.
Nous vous retrouverons bientôt pour un prochain podcast.
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"Nous prendrons les verbes pour en faire des étendards" !
Clarence Massiani et Régis Decaix s'amusent avec les verbes.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète autour d'une tasse de café, la comédienne Clarence Massiani et le poète Régis Dequet. Bonjour Clarence. »
« Bonjour Régis. »
« Je pense que tu as remarqué, il manquait quelque chose dans la présentation. »
« Il me semble que tu n'as pas mis de verbe. »
« Eh bien oui, c'est ça, voilà, parce que... » justement, aujourd'hui, j'ai envie qu'on s'amuse avec les verbes, avec ces verbes qui sont l'action, qui sont l'état, le mouvement. Donc, je pense qu'on va célébrer le verbe avec des petits exercices, des petits jeux.
D'accord, très bien.
Alors, par exemple, je te propose de, mettons, le verbe « je mange » .
Donc, « je mange » , ça m'évoque croquer, mordre, grignoter. mordiller, ronger, déchiqueter, faim, se nourrir, alimenter, allaiter, sustenter. Mais aussi engraisser, gaver, embêter, consommer, ingérer, avoir de l'appétit, avoir l'écrot, avoir la dalle, voracité et gourmandise.
Tu cours, il s'allonge.
De long en large, de long en long, tout du long, le long de, le long de la rivière, le long du lit de travers. De côté, sur le dos, sur le ventre, s'allonger et dormir.
Nous lisons, vous dormez, ils lisent.
Allonger, ils lisent. Dévore, se nourrissent d'eux, mangent les mots, ont faim de nourriture littéraire. Littérature sans rature, mots à avaler à pleine bouche, elles lisent. Hier, je suis allée à la pêche. Hier, j'ai été surprise. Hier, je suis rentrée à la maison. Hier, je fus opérée. Hier, j'ai été sage. Hier, j'ai couru chez le coiffeur. Hier, j'ai lu attentive. Hier n'est pas demain, pas aujourd'hui, pas fini, pas mort. Bribe d'hier dans mon corps de ce jour, pensée d'hier se mêlant à celle de demain. Hier, j'ai vécu.
Et si on enlevait les verbes ?
La pluie sur le chemin, ta main dans la mienne, le ballon à terre, la chaise haute sur la chaise basse, la table ronde, le papier peint en lambeaux, ta bouche sur sa bouche. Plus de rêver, vivre, languir, construire, dire, escalader, contempler. Plus de... mourir, espérer, crier, marcher, tomber, se perdre. Plus de s'aimer, se retrouver, s'embrasser. Mais que nous resterait-il si on n'avait pas les verbes ?
Il y a un grand auteur de théâtre qui nous a quittés récemment, Valère Novarina, qui nous disait « 16 temps sont, quand il est encore temps, le présent lointain. » Le futur avancé, l'inactif présent, le désactif passé, le plus que présent, son projectif passé, le passé postérieur, le pire que passé, le jamais possible, le futur achevé, le passé terminé, le possible antérieur, le futur postérieur. le plus que perdu, l'achevatif, la tentative.
Mais si on enlevait les verbes, que nous resterait-il ? Nous ne mangerions plus, nous ne dormirions plus, nous ne nous laverions plus, nous ne nagerions plus, nous ne voyagerions plus, nous ne nous regarderions plus, nous ne respirerions plus, nous n'existerions plus, nous mourrions. Où nous mourrons, où nous disparaîtrons, Que nous resterait-il ?
Chanter en modulant. Moduler, verbe transitif.
Je module.
J'ai modulé.
Je modulerai.
Verbe qui exprime soit une action.
Qu'il se soit fait chair ou pas, le verbe est action.
Il avance.
Il est.
Il ébranle, il bouge, palpite. et me transforment.
Ils sont légion.
Cuisiner. Sopoudrer, émincer, saler, poivrer, beurrer, séparer, dresser, verser, servir.
Manger, avaler, mâcher, déglutir, digérer.
Le verbe de l'action qui agit, modèle, coupe, lacère, tranche.
Le verbe de l'avoir qui accumule à mon sel, garde.
Le verbe qui est, resplendit, brille, s'affirme, se nomme, s'exhibe.
Nous pouvons tout faire avec un verbe.
Nous pouvons faire d'étranges choses. Petit jeu ?
Oui.
Je te propose donc un exemple. On va lire un extrait de Paul-Éluard dans l'ouvrage « Donner à voir » . Je commence. Il faut que j'éclaircisse aujourd'hui l'espèce de réussite que sont mes rêves. Et je dis réussite parce que de me coucher auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi... inattendus, aussi répugnants que sont par exemple une cuisine ou une salle de musée, me fait entrevoir les limites de la vie, ne me laisse rien à subir que la mort.
Donc si je change les verbes, cela devient il faut, donc avec le même texte, d'accord, il faut que j'endorme. Aujourd'hui, l'espèce de réussite que génèrent mes rêves et je pense réussite parce que de me nourrir auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que paraissent par exemple une cuisine ou une salle de musée, me transforme les limites de la vie, ne me nourrit rien à haïr que la mort.
Là, on est vraiment dans un exercice quasi surréaliste. Alors, toujours le même texte, mais avec d'autres verbes. Il faut que j'entende aujourd'hui l'espèce de réussite que disent mes rêves. Et j'espère réussite. parce que de me blottir auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que génère par exemple une cuisine ou une salle de musée me rétrécit les limites de la vie, ne me traverse rien, n'a engendré que la mort.
J'en fais un dernier, toujours avec le même texte de Paul-Éluard. Il faut que j'applaudisse aujourd'hui l'espèce de réussite que dissolvent mes rêves. et je brandis réussite parce que de me croire auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que furent par exemple une cuisine ou une salle de musée, me fait vomir les limites de la vie, ne me donne rien à pleurer que la mort.
Conjugons. Ah non, non. Un verbe donne sens. Sculpte. Comme l'araignée tisse sa toile. Le marin oriente sa voile, comme le peintre utilise sa couleur et son pinceau.
Conjuguons donc le verbe, ses formes, ses personnes, ses nombres, ses temps.
Le verbe est mouvant, mouvage, orage, ancrage, encre et rage, sage à la page, c'est son œuvre qui mobilise. Peser, finir, vouloir, doux rêve d'un soir.
Rire, coudre, materner, liberté d'aimer.
Mater, matraquer, manœuvrer, dilapider, moucharder, moutonner, mandigoter, capitonner, cannevasser, doux breuvage de la langue.
Carillonner, crachouiller, crapoter, créaliser, obliterer, énervurer, que de champs et de cailloux dans ces rivières de mots.
Verbaliser, verbiager. zigzaguer,
zyoter zigouiller il est des verbes que l'on emploie peu je dis, je disais je dirais les verbes et leur beauté parfois leur étrangeté tu auras ri de mes fautes d'orthographe j'avais pas lit devant cette erreur de conjugaison nous prendrons les verbes pour en faire des étendards nous irons côtoyer les verbes hideux les difficiles, les peu usités Nous enverrons nos verbes comme des flèches incandescentes.
Je podcaste. Tu podcastes. Il podcaste. Elle podcaste. Nous podcastons. Vous podcastez. Il podcaste. Elle podcaste.
Je podcastais.
Nous podcastâmes.
Vous podcasterez.
Nous hume podcastez.
Que juste podcastez.
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Nous vous retrouverons bientôt pour un prochain podcast.
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Clarence Massiani et Régis Decaix s'amusent avec les verbes.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète autour d'une tasse de café, la comédienne Clarence Massiani et le poète Régis Dequet. Bonjour Clarence. »
« Bonjour Régis. »
« Je pense que tu as remarqué, il manquait quelque chose dans la présentation. »
« Il me semble que tu n'as pas mis de verbe. »
« Eh bien oui, c'est ça, voilà, parce que... » justement, aujourd'hui, j'ai envie qu'on s'amuse avec les verbes, avec ces verbes qui sont l'action, qui sont l'état, le mouvement. Donc, je pense qu'on va célébrer le verbe avec des petits exercices, des petits jeux.
D'accord, très bien.
Alors, par exemple, je te propose de, mettons, le verbe « je mange » .
Donc, « je mange » , ça m'évoque croquer, mordre, grignoter. mordiller, ronger, déchiqueter, faim, se nourrir, alimenter, allaiter, sustenter. Mais aussi engraisser, gaver, embêter, consommer, ingérer, avoir de l'appétit, avoir l'écrot, avoir la dalle, voracité et gourmandise.
Tu cours, il s'allonge.
De long en large, de long en long, tout du long, le long de, le long de la rivière, le long du lit de travers. De côté, sur le dos, sur le ventre, s'allonger et dormir.
Nous lisons, vous dormez, ils lisent.
Allonger, ils lisent. Dévore, se nourrissent d'eux, mangent les mots, ont faim de nourriture littéraire. Littérature sans rature, mots à avaler à pleine bouche, elles lisent. Hier, je suis allée à la pêche. Hier, j'ai été surprise. Hier, je suis rentrée à la maison. Hier, je fus opérée. Hier, j'ai été sage. Hier, j'ai couru chez le coiffeur. Hier, j'ai lu attentive. Hier n'est pas demain, pas aujourd'hui, pas fini, pas mort. Bribe d'hier dans mon corps de ce jour, pensée d'hier se mêlant à celle de demain. Hier, j'ai vécu.
Et si on enlevait les verbes ?
La pluie sur le chemin, ta main dans la mienne, le ballon à terre, la chaise haute sur la chaise basse, la table ronde, le papier peint en lambeaux, ta bouche sur sa bouche. Plus de rêver, vivre, languir, construire, dire, escalader, contempler. Plus de... mourir, espérer, crier, marcher, tomber, se perdre. Plus de s'aimer, se retrouver, s'embrasser. Mais que nous resterait-il si on n'avait pas les verbes ?
Il y a un grand auteur de théâtre qui nous a quittés récemment, Valère Novarina, qui nous disait « 16 temps sont, quand il est encore temps, le présent lointain. » Le futur avancé, l'inactif présent, le désactif passé, le plus que présent, son projectif passé, le passé postérieur, le pire que passé, le jamais possible, le futur achevé, le passé terminé, le possible antérieur, le futur postérieur. le plus que perdu, l'achevatif, la tentative.
Mais si on enlevait les verbes, que nous resterait-il ? Nous ne mangerions plus, nous ne dormirions plus, nous ne nous laverions plus, nous ne nagerions plus, nous ne voyagerions plus, nous ne nous regarderions plus, nous ne respirerions plus, nous n'existerions plus, nous mourrions. Où nous mourrons, où nous disparaîtrons, Que nous resterait-il ?
Chanter en modulant. Moduler, verbe transitif.
Je module.
J'ai modulé.
Je modulerai.
Verbe qui exprime soit une action.
Qu'il se soit fait chair ou pas, le verbe est action.
Il avance.
Il est.
Il ébranle, il bouge, palpite. et me transforment.
Ils sont légion.
Cuisiner. Sopoudrer, émincer, saler, poivrer, beurrer, séparer, dresser, verser, servir.
Manger, avaler, mâcher, déglutir, digérer.
Le verbe de l'action qui agit, modèle, coupe, lacère, tranche.
Le verbe de l'avoir qui accumule à mon sel, garde.
Le verbe qui est, resplendit, brille, s'affirme, se nomme, s'exhibe.
Nous pouvons tout faire avec un verbe.
Nous pouvons faire d'étranges choses. Petit jeu ?
Oui.
Je te propose donc un exemple. On va lire un extrait de Paul-Éluard dans l'ouvrage « Donner à voir » . Je commence. Il faut que j'éclaircisse aujourd'hui l'espèce de réussite que sont mes rêves. Et je dis réussite parce que de me coucher auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi... inattendus, aussi répugnants que sont par exemple une cuisine ou une salle de musée, me fait entrevoir les limites de la vie, ne me laisse rien à subir que la mort.
Donc si je change les verbes, cela devient il faut, donc avec le même texte, d'accord, il faut que j'endorme. Aujourd'hui, l'espèce de réussite que génèrent mes rêves et je pense réussite parce que de me nourrir auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que paraissent par exemple une cuisine ou une salle de musée, me transforme les limites de la vie, ne me nourrit rien à haïr que la mort.
Là, on est vraiment dans un exercice quasi surréaliste. Alors, toujours le même texte, mais avec d'autres verbes. Il faut que j'entende aujourd'hui l'espèce de réussite que disent mes rêves. Et j'espère réussite. parce que de me blottir auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que génère par exemple une cuisine ou une salle de musée me rétrécit les limites de la vie, ne me traverse rien, n'a engendré que la mort.
J'en fais un dernier, toujours avec le même texte de Paul-Éluard. Il faut que j'applaudisse aujourd'hui l'espèce de réussite que dissolvent mes rêves. et je brandis réussite parce que de me croire auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que furent par exemple une cuisine ou une salle de musée, me fait vomir les limites de la vie, ne me donne rien à pleurer que la mort.
Conjugons. Ah non, non. Un verbe donne sens. Sculpte. Comme l'araignée tisse sa toile. Le marin oriente sa voile, comme le peintre utilise sa couleur et son pinceau.
Conjuguons donc le verbe, ses formes, ses personnes, ses nombres, ses temps.
Le verbe est mouvant, mouvage, orage, ancrage, encre et rage, sage à la page, c'est son œuvre qui mobilise. Peser, finir, vouloir, doux rêve d'un soir.
Rire, coudre, materner, liberté d'aimer.
Mater, matraquer, manœuvrer, dilapider, moucharder, moutonner, mandigoter, capitonner, cannevasser, doux breuvage de la langue.
Carillonner, crachouiller, crapoter, créaliser, obliterer, énervurer, que de champs et de cailloux dans ces rivières de mots.
Verbaliser, verbiager. zigzaguer,
zyoter zigouiller il est des verbes que l'on emploie peu je dis, je disais je dirais les verbes et leur beauté parfois leur étrangeté tu auras ri de mes fautes d'orthographe j'avais pas lit devant cette erreur de conjugaison nous prendrons les verbes pour en faire des étendards nous irons côtoyer les verbes hideux les difficiles, les peu usités Nous enverrons nos verbes comme des flèches incandescentes.
Je podcaste. Tu podcastes. Il podcaste. Elle podcaste. Nous podcastons. Vous podcastez. Il podcaste. Elle podcaste.
Je podcastais.
Nous podcastâmes.
Vous podcasterez.
Nous hume podcastez.
Que juste podcastez.
Nous aurions podcasté.
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Ayant podcasté, il est maintenant, Régis, l'heure de se quitter.
Nous vous retrouverons bientôt pour un prochain podcast.
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"Nous prendrons les verbes pour en faire des étendards" !
Clarence Massiani et Régis Decaix s'amusent avec les verbes.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
« Bienvenue dans notre podcast Isadora BC, le podcast où une comédienne et un poète autour d'une tasse de café, la comédienne Clarence Massiani et le poète Régis Dequet. Bonjour Clarence. »
« Bonjour Régis. »
« Je pense que tu as remarqué, il manquait quelque chose dans la présentation. »
« Il me semble que tu n'as pas mis de verbe. »
« Eh bien oui, c'est ça, voilà, parce que... » justement, aujourd'hui, j'ai envie qu'on s'amuse avec les verbes, avec ces verbes qui sont l'action, qui sont l'état, le mouvement. Donc, je pense qu'on va célébrer le verbe avec des petits exercices, des petits jeux.
D'accord, très bien.
Alors, par exemple, je te propose de, mettons, le verbe « je mange » .
Donc, « je mange » , ça m'évoque croquer, mordre, grignoter. mordiller, ronger, déchiqueter, faim, se nourrir, alimenter, allaiter, sustenter. Mais aussi engraisser, gaver, embêter, consommer, ingérer, avoir de l'appétit, avoir l'écrot, avoir la dalle, voracité et gourmandise.
Tu cours, il s'allonge.
De long en large, de long en long, tout du long, le long de, le long de la rivière, le long du lit de travers. De côté, sur le dos, sur le ventre, s'allonger et dormir.
Nous lisons, vous dormez, ils lisent.
Allonger, ils lisent. Dévore, se nourrissent d'eux, mangent les mots, ont faim de nourriture littéraire. Littérature sans rature, mots à avaler à pleine bouche, elles lisent. Hier, je suis allée à la pêche. Hier, j'ai été surprise. Hier, je suis rentrée à la maison. Hier, je fus opérée. Hier, j'ai été sage. Hier, j'ai couru chez le coiffeur. Hier, j'ai lu attentive. Hier n'est pas demain, pas aujourd'hui, pas fini, pas mort. Bribe d'hier dans mon corps de ce jour, pensée d'hier se mêlant à celle de demain. Hier, j'ai vécu.
Et si on enlevait les verbes ?
La pluie sur le chemin, ta main dans la mienne, le ballon à terre, la chaise haute sur la chaise basse, la table ronde, le papier peint en lambeaux, ta bouche sur sa bouche. Plus de rêver, vivre, languir, construire, dire, escalader, contempler. Plus de... mourir, espérer, crier, marcher, tomber, se perdre. Plus de s'aimer, se retrouver, s'embrasser. Mais que nous resterait-il si on n'avait pas les verbes ?
Il y a un grand auteur de théâtre qui nous a quittés récemment, Valère Novarina, qui nous disait « 16 temps sont, quand il est encore temps, le présent lointain. » Le futur avancé, l'inactif présent, le désactif passé, le plus que présent, son projectif passé, le passé postérieur, le pire que passé, le jamais possible, le futur achevé, le passé terminé, le possible antérieur, le futur postérieur. le plus que perdu, l'achevatif, la tentative.
Mais si on enlevait les verbes, que nous resterait-il ? Nous ne mangerions plus, nous ne dormirions plus, nous ne nous laverions plus, nous ne nagerions plus, nous ne voyagerions plus, nous ne nous regarderions plus, nous ne respirerions plus, nous n'existerions plus, nous mourrions. Où nous mourrons, où nous disparaîtrons, Que nous resterait-il ?
Chanter en modulant. Moduler, verbe transitif.
Je module.
J'ai modulé.
Je modulerai.
Verbe qui exprime soit une action.
Qu'il se soit fait chair ou pas, le verbe est action.
Il avance.
Il est.
Il ébranle, il bouge, palpite. et me transforment.
Ils sont légion.
Cuisiner. Sopoudrer, émincer, saler, poivrer, beurrer, séparer, dresser, verser, servir.
Manger, avaler, mâcher, déglutir, digérer.
Le verbe de l'action qui agit, modèle, coupe, lacère, tranche.
Le verbe de l'avoir qui accumule à mon sel, garde.
Le verbe qui est, resplendit, brille, s'affirme, se nomme, s'exhibe.
Nous pouvons tout faire avec un verbe.
Nous pouvons faire d'étranges choses. Petit jeu ?
Oui.
Je te propose donc un exemple. On va lire un extrait de Paul-Éluard dans l'ouvrage « Donner à voir » . Je commence. Il faut que j'éclaircisse aujourd'hui l'espèce de réussite que sont mes rêves. Et je dis réussite parce que de me coucher auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi... inattendus, aussi répugnants que sont par exemple une cuisine ou une salle de musée, me fait entrevoir les limites de la vie, ne me laisse rien à subir que la mort.
Donc si je change les verbes, cela devient il faut, donc avec le même texte, d'accord, il faut que j'endorme. Aujourd'hui, l'espèce de réussite que génèrent mes rêves et je pense réussite parce que de me nourrir auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que paraissent par exemple une cuisine ou une salle de musée, me transforme les limites de la vie, ne me nourrit rien à haïr que la mort.
Là, on est vraiment dans un exercice quasi surréaliste. Alors, toujours le même texte, mais avec d'autres verbes. Il faut que j'entende aujourd'hui l'espèce de réussite que disent mes rêves. Et j'espère réussite. parce que de me blottir auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que génère par exemple une cuisine ou une salle de musée me rétrécit les limites de la vie, ne me traverse rien, n'a engendré que la mort.
J'en fais un dernier, toujours avec le même texte de Paul-Éluard. Il faut que j'applaudisse aujourd'hui l'espèce de réussite que dissolvent mes rêves. et je brandis réussite parce que de me croire auprès d'un être nouveau dans des lieux aussi inattendus, aussi répugnants que furent par exemple une cuisine ou une salle de musée, me fait vomir les limites de la vie, ne me donne rien à pleurer que la mort.
Conjugons. Ah non, non. Un verbe donne sens. Sculpte. Comme l'araignée tisse sa toile. Le marin oriente sa voile, comme le peintre utilise sa couleur et son pinceau.
Conjuguons donc le verbe, ses formes, ses personnes, ses nombres, ses temps.
Le verbe est mouvant, mouvage, orage, ancrage, encre et rage, sage à la page, c'est son œuvre qui mobilise. Peser, finir, vouloir, doux rêve d'un soir.
Rire, coudre, materner, liberté d'aimer.
Mater, matraquer, manœuvrer, dilapider, moucharder, moutonner, mandigoter, capitonner, cannevasser, doux breuvage de la langue.
Carillonner, crachouiller, crapoter, créaliser, obliterer, énervurer, que de champs et de cailloux dans ces rivières de mots.
Verbaliser, verbiager. zigzaguer,
zyoter zigouiller il est des verbes que l'on emploie peu je dis, je disais je dirais les verbes et leur beauté parfois leur étrangeté tu auras ri de mes fautes d'orthographe j'avais pas lit devant cette erreur de conjugaison nous prendrons les verbes pour en faire des étendards nous irons côtoyer les verbes hideux les difficiles, les peu usités Nous enverrons nos verbes comme des flèches incandescentes.
Je podcaste. Tu podcastes. Il podcaste. Elle podcaste. Nous podcastons. Vous podcastez. Il podcaste. Elle podcaste.
Je podcastais.
Nous podcastâmes.
Vous podcasterez.
Nous hume podcastez.
Que juste podcastez.
Nous aurions podcasté.
Qu'ils aient podcasté.
Vous podcasteriez.
Ayant podcasté, il est maintenant, Régis, l'heure de se quitter.
Nous vous retrouverons bientôt pour un prochain podcast.
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