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Izakna - Entrepreneuriat à Lyon et en Auvergne-Rhône-Alpes

🎙️ 2 - Richard Sève (pâtissier-chocolatier fondateur de Maison Sève) : « Aller doucement pour se relever vite »

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48min |26/11/2024
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Description

Richard Sève : c’est l’un des plus grands chocolatiers au monde, une fierté de la pâtisserie fine à la française, et évidemment, une très grande réussite entrepreneuriale lyonnaise. Avec aujourd'hui 8 points de vente physiques dans la métropole, un site e-commerce qui livre jusqu’au bout du monde, un grand laboratoire de pâtisserie, un musée-manufacture du chocolat plus grand encore, des milliards de vues sur TikTok, et j’en passe, Richard Sève nous a raconté son histoire, qui a démarré en 1991 avec le rachat d'une jolie petite pâtisserie à Champagne-au-Mont-d'Or...


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Transcription

  • Diana Gochgarian

    Bonjour, je suis Diana Gauchegarian et je vous accueille dans le premier podcast qui parle d'entrepreneuriat en Auvergne-Rhône-Alpes. Je vous emmène à la rencontre d'entrepreneurs et d'entrepreneuses qui forcent l'admiration et vous racontent leur parcours en toute transparence, mais aussi de prestataires de services, expertes et experts dans leur domaine, qui vous donnent des clés pour réussir dans votre propre cheminement professionnel. Mon espoir ? Que ces héros et héroïnes locaux participent à vous emplir d'inspiration, de motivation et de confiance dans votre ambition à créer, vous aussi. dans une région à la fois si riche et si dynamique. Que vous vous trouviez déjà à bord des montagnes russes de l'entrepreneuriat ou que vous aimiez tout simplement observer les téméraires qui osent y grimper, je vous souhaite la bienvenue parmi une communauté de formidables business makers ronalpins et auvergnats. Bienvenue dans le podcast Isacna. Ce podcast est soutenu par Evolème, une merveilleuse holding d'investissement familial lyonnaise qui consacre en grande partie son énergie à faire grandir des PME françaises. Merci à eux pour leur confiance. Et maintenant, place à l'épisode. Richard Sève C'est l'un des plus grands chocolatiers au monde, une fierté de la pâtisserie fine à la française et évidemment une très grande réussite entrepreneuriale lyonnaise. L'histoire commence en 1991 dans une petite pâtisserie du très chic village de Champagne-aux-Mondeurs où le gourmand Richard et son épouse Gaëlle, à peine vintenaires l'un et l'autre, se rêvent entrepreneurs. 33 ans plus tard, la maison sève ses 8 points de vente physiques dans la métropole, un site e-commerce qui livre jusqu'au bout du monde, un grand laboratoire de pâtisserie, un musée manufacture du chocolat plus grand encore, des milliards de vues sur TikTok et j'en passe. Bien sûr, cette machine à régaler a toujours su rester artisanale, car on a le goût de l'excellence où on ne l'a pas. Chaque année, 20 000 bûches de Noël, 25 000 galettes des rois, 80 000 oursons guimauves et 300 tonnes de fèves de cacao passent entre des mains dont le geste est d'une précision exemplaire et n'échappent pas à la révision perpétuelle du grand maître. Car Sève réussit l'exploit d'allier tradition et modernité en innovant sans cesse pour avoir toujours un temps d'avance. Richard Sèvres, c'est aussi une générosité infinie et une immense modestie que j'admire secrètement depuis des années. et de plus en plus à mesure que je connais la maison. Je l'ai rencontrée au Musco, au beau milieu d'un bureau jusqu'auquel montaient des effluves de chocolat et vous entendrez d'ailleurs dans cet épisode le bruit des machines à torréfier les précieuses fèves pour une immersion parfaite. Je vous laisse écouter notre conversation et j'espère que vous y glanerez autant d'inspiration que moi. Bonjour Richard.

  • Richard Sève

    Bonjour Diana.

  • Diana Gochgarian

    Merci beaucoup d'être avec moi aujourd'hui. Ça sent le chocolat. On est au Musco.

  • Richard Sève

    Tout à fait.

  • Diana Gochgarian

    Alors bon, je ne sais pas si on va pouvoir goûter, mais moi je ne vais peut-être pas tenir toute l'interview sans goûter. Ça fait pour ! On est réunis aujourd'hui pour parler d'entrepreneuriat. Vous êtes une belle réussite entrepreneuriale. Ça fait plus de 30 ans en fait que vous avez démarré votre activité. Donc voilà, j'aimerais que vous puissiez me raconter votre parcours, votre histoire, vos projets d'avenir. Vous êtes... Classé parmi les 10 meilleurs chocolatiers de France depuis les années 2000, vous êtes membre de l'association Relais des Sers, membre de l'Académie française du chocolat et de la confiserie. On parle de votre galette comme la meilleure galette des rois du monde. Vous avez la belle entreprise du patrimoine vivant. Bref, d'où vous vient ce goût de l'excellence ?

  • Richard Sève

    Depuis tout petit, j'ai toujours aimé les belles choses, les bonnes choses, puisqu'en fait, je suis gourmand.

  • Diana Gochgarian

    Vous avez des parents peut-être qui sont dans ce milieu-là ou pas du tout ?

  • Richard Sève

    Mes parents ne sont pas du tout dans le milieu de la gastronomie, puisqu'ils étaient dans le bâtiment. Simplement, à la maison, on a toujours aimé fabriquer des gâteaux et manger des gâteaux. En fait, nous sommes gourmands et nous aimons les choses, les gâteaux, les chocolats qui ont du goût, des vraies choses faites avec des bons produits du terroir.

  • Diana Gochgarian

    D'accord, donc ça vient quand même pas mal de l'éducation. Ces 30 années de travail, ça a été des années aussi pour aller chercher cette excellence. Vous avez beaucoup évolué entre... entre les années 90 et aujourd'hui. On parlera tout à l'heure peut-être de votre façon de faire le chocolat qui n'est plus du tout la même qu'au démarrage. Il y a une quête perpétuelle de s'améliorer ?

  • Richard Sève

    Tout à fait, une quête de l'excellence perpétuelle. Nous sommes dans une société qui évolue en permanence, on ne peut pas le nier. Donc derrière, à nous de faire en sorte de rester dans le train et d'être tout le temps, on va dire, nous sommes tout le temps en veille. pour pouvoir trouver les meilleurs partenaires, les meilleurs producteurs, les meilleurs collaborateurs.

  • Diana Gochgarian

    Alors, on va revenir un petit peu en arrière. Il y a 30 ans, quand vous achetez la pâtisserie du village de Champagne au Mont d'Or, qui est-ce que vous êtes à cette époque ?

  • Richard Sève

    J'étais tout jeune puisque j'avais 23 ans. Et avec ma femme Gaëlle qui avait 21 ans, on cherchait une maison. à reprendre une maison pour pouvoir s'installer, puisqu'en fait, moi, j'avais voulu faire pâtissier depuis tout petit pour deux raisons. Il y avait la première raison, parce que je suis gourmand, j'aimais faire des gâteaux. Et une deuxième raison, j'avais détecté qu'on pouvait être chef d'entreprise. Et pour moi, mes parents étant, on va dire, issus de ce milieu-là, c'était naturel. Donc Gaëlle était tout à fait partante, donc on a regardé pour trouver une maison pour pouvoir s'installer. Et puis il y avait cette maison à Champagne-aux-Mondeurs, c'est-à-dire au nord de Lyon, sachant que Champagne c'est limite à Lyon, puisque le panneau Lyon est au bout de la rue, et donc ce sont les beaux quartiers de Lyon, et donc cette maison était à vendre, elle nous a plu. Donc, on a jeté notre dévolu dessus. C'est une maison qui datait depuis 1905, qui avait toujours eu une très bonne réputation parce qu'en fait, les différents propriétaires qu'il y a eu depuis 1905 ont tous fait à peu près carrière ici puisqu'ils ont tous resté entre 30 et 40 ans. Donc, forcément, il n'y en a pas eu beaucoup, ils n'en auront plus. Et pourquoi ? Parce qu'en fait, quand vous êtes dans une maison où les gens font carrière, surtout dans un village, les enfants... des propriétaires, aller à l'école avec les enfants des clients. Et donc, quand vos clients deviennent également vos amis, vous ne pouvez pas faire n'importe quoi. Vous ne pouvez faire que des bonnes choses et avoir une très bonne réputation. Et c'est ce qui nous a plu, on va dire, en postulat de départ.

  • Diana Gochgarian

    OK. Et vous aviez déjà repéré que c'était aussi une maison qui avait fait la véritable tarte aux pralines. Tout ça, c'était... C'était conscientisé à l'époque ou c'est aujourd'hui, avec le recul, que vous trouvez que c'est une super opportunité marketing aussi ?

  • Richard Sève

    Non, ce n'était pas du tout conscientisé, comme vous dites au départ. Il y avait différentes choses qui étaient faites dans cette maison, comme quand on reprend une maison. Il y a des choses qui font partie du patrimoine de la maison et en fait, on a mis en exergue ces savoir-faire qui étaient dans la maison. utiliser les anciennes machines, les restaurer et tout, pour garder ce côté artisanal et ses recettes ancestrales. Et on les a développées, on les a améliorées. La tarte à la praline, je l'ai un petit peu améliorée, je l'ai un petit peu modifiée pour la rendre plus au goût du jour. Il faut savoir qu'à l'époque, la tarte à la praline, c'était très confidentiel. Il n'y en avait pratiquement que là. on n'entendait pas parler et puis de fil en aiguille c'est devenu une spécialité lyonnaise, une grande spécialité lyonnaise, on en trouve de partout. Il y en a même qui en font sans praline, ça c'est pas bien. Et donc maintenant la tarte à la praline c'est une grande spécialité, mais à l'époque c'était la spécialité de la maison uniquement.

  • Diana Gochgarian

    Donc à l'époque vous êtes un jeune gourmand. avide d'aventure entrepreneuriale et vous démarrez tout de suite l'aventure en couple. Comment est-ce que vous avez rencontré Gaël ?

  • Richard Sève

    Comment j'ai rencontré Gaël ? Moi, je suis originaire de Fontaine-sur-Saône, donc le Val-de-Saône. Gaël est originaire de Collange-aux-Mondeurs. Et bien, il y a la Saône qui nous sépare. Donc, en fait, on s'est rencontrés via des amis communs et puis, ça a tout de suite matché et puis ça continue.

  • Diana Gochgarian

    Alors aujourd'hui, Seb, c'est 8 boutiques, un site marchand, vous livrez dans le monde entier.

  • Richard Sève

    Tout à fait.

  • Diana Gochgarian

    C'est des millions de vues sur TikTok, grâce à Arthur, votre fils, notamment. Des ateliers, des cours de pâtisserie, un musée du chocolat. Comment toutes ces idées se sont développées au fil du temps ? Comment on est passé de cette pâtisserie de Champagne au Mont d'Or, qui était une pâtisserie historique, et vous dites vous-même, il y a d'autres personnes qui avaient géré cette entreprise, qui étaient restées finalement... siégé à Champagne et qui n'a pas dépassé les frontières de Champagne au monde. Alors, comment vous, vous avez fait évoluer l'entreprise ? Par quelle étape vous avez procédé ? Parce que moi, c'est vrai que je découvre l'histoire 30 ans plus tard, enfin un petit peu avant quand même, parce que j'ai goûté vos gâteaux avant, mais je m'intéresse à l'histoire aujourd'hui. Et c'est vrai qu'on se dit, mais comment on arrive à faire tout ça ? Comment ça s'est passé pendant ces 30 années ?

  • Richard Sève

    En fait, on a évolué dans notre époque. Tout simplement, il faut savoir qu'à l'époque, les... les pâtissiers ne faisaient des chocolats pratiquement que de la Toussaint à Pâques. Pourquoi ? Parce que quand il fait trop chaud, c'est compliqué de fabriquer du chocolat. A l'époque, il n'y avait que le magasin qui était climatisé, il n'y avait pas de banque réfrigérée. Donc quand il commençait à faire trop chaud après Pâques, le pâtissier chocolatier rangeait ses gamelles de chocolat et il les ressortait pour la Toussaint. Et moi, du départ, j'ai dit, je vais faire du chocolat, mais je vais en faire toute l'année. Parce que si on présente des chocolats, on a des chances d'en vendre. Si on n'en présente pas, c'est sûr qu'on n'en vend pas. Donc, au tout début, on n'avait que la boutique qui était climatisée. Et j'attendais que la boutique ferme et j'allais tremper mes chocolats dans le magasin le soir. Donc, il fallait vraiment le croire. J'étais vraiment un peu pris pour un fou. Et puis, de fil en aiguille, le fait de proposer. des chocolats au client, de proposer des choses très fines et tout, le développement de la clientèle a été exponentiel. Et petit à petit, il faut savoir qu'à l'époque, le pâtissier chocolatier avait une seule boutique. C'est-à-dire, en principe, il y avait Madame devant, Monsieur derrière, et puis ça s'arrêtait là, avec quelques collaborateurs. personne n'avait plusieurs boutiques. Les seuls qui avaient plusieurs boutiques à ce moment-là, c'était Dalloyaux et Le Nôtre à Paris. Donc, ce n'était pas commun. Nous sommes en province. Mais très rapidement, Gaëlle a détecté que nos clients allaient au Halle de Lyon. Et quand ils revenaient, ils s'arrêtaient chez nous et ils parlaient avec Gaëlle et tout. Et donc, assez rapidement, Gaëlle a détecté que ce serait peut-être pas mal que l'on s'installe dans les Halles. Vous savez, avec Gaëlle. Quand on y est allé, c'était moribond. Il y avait beaucoup de lots fermés, personne n'en voulait. Le lot où on est, il était fermé depuis 5 ans, donc vous imaginez un peu. Personne n'en voulait. C'était un des plus gros lots des Halles puisque c'était une ancienne poissonnerie. Et cette poissonnerie était très importante sur la place de Lyon. elle fournissait même à l'époque les moules pour Carrefour. Donc vous voyez à peu près les volumes. Après, il y a eu une succession. A priori, les successeurs n'ont pas pris le train dans le bon sens, on peut dire. Et donc l'entreprise, elle avait coulé, donc c'est resté fermé pendant cinq ans. Et donc quand on s'est installé là-bas, moi dans le métier, ils me disaient, mes confrères, tu ne vas pas travailler là-bas. Tu vas travailler de la Toussaint à Pâques et puis après, tu vas manger tout ce que tu as gagné. Bon, nous, on y croyait. Donc, on a investi gros. C'était qui ? Tout double à l'époque.

  • Diana Gochgarian

    C'était en quelle année l'investissement ?

  • Richard Sève

    Les Halles, ça remonte à 25 ans, je crois à peu près. Je ne sais plus exactement.

  • Diana Gochgarian

    C'était longtemps après l'ouverture de Champagne en fait.

  • Richard Sève

    Oui, une dizaine d'années, je pense, après l'ouverture de Champagne. Et... Donc, on a fait des gros travaux, on s'est installés et du jour au lendemain, quand on a ouvert, les commerces autour ont fait 35% de chiffre d'affaires en plus. Donc, autant dire que ça leur a plu. C'est pour ça qu'on a été très, très bien accueillis. Parce qu'en fait, on est dans un endroit où plus personne n'investissait depuis pas mal d'années. Donc, il devenait moribond. Le fait que nous, on ait osé investir. On est osé faire quelque chose qui soit sympa, en plus de la porte d'entrée et tout. Leur chiffre d'affaires a explosé. Donc là, ils ont demandé à Gaëlle, ma femme, ils l'ont demandé si elle était d'accord pour prendre la présidence des Halles. Et puis, ils l'ont élue à la présidence des Halles. Et puis, suite à ça, Gaëlle, avec les chambres consulaires, la ville de Lyon, l'Europe et tout, ils ont récupéré des fonds du FISAC et tout. pour rénover les Halles de Lyon. C'est à ce moment-là que les Halles de Lyon ont été rénovées. Et comme Gaëlle est originaire de Colonge, son grand-père jouait à l'époque au boule avec le papa de Paul Bocuse. Donc il y avait une histoire un peu familiale et amicale. Donc elle lui a demandé s'il voulait prêter son nom pour rebaptiser les Halles de Lyon en Halles de Lyon Paul Bocuse. Et puis il était ravi parce que c'était un lieu qu'il affectionnait particulièrement. Après, le train est reparti dans quelque chose qui a été en haut de l'affiche, qui était tombé très bas et est remonté maintenant. C'est un lieu qui est affectionné aussi bien par les Lyonnais qui adorent venir faire leurs courses dans l'Alpes parce qu'ils trouvent les meilleurs produits de la région. Et également, c'est un lieu où tous les touristes passent, tous les touristes qui viennent à Lyon viennent au HAL. Et il y a eu des études qui ont été faites, je crois, par l'Office du tourisme. C'est l'endroit qu'ils préfèrent à Lyon. Parce que les Halles de Lyon, à Paul Bocuse maintenant, sont uniques en France. On n'en trouve pas d'autres comme ça en France. Il y a des Halles un peu dans toutes les villes, mais c'est jamais comme ça qu'ils sont ouverts déjà tout le temps.

  • Diana Gochgarian

    C'est génial comme histoire. Donc en fait, il aura fallu le flair de Gaëlle. Finalement, ça lui est venu parce qu'elle parlait beaucoup aux clients. Donc écouter les clients, c'est une bonne leçon.

  • Richard Sève

    Ah ben bien sûr, parce que le client, c'est celui qui nous fait vivre.

  • Diana Gochgarian

    Et de l'audace aussi, parce qu'investir là-bas, en effet, ça ne paraissait pas évident. Donc voilà, ça c'est pour la boutique des Halles. Et après, il y en a eu d'autres ?

  • Richard Sève

    Après, il y a eu d'autres boutiques. Donc on avait été approché par les galeries Lafayette qui voulaient qu'on reproduise la même chose dans les galeries Lafayette de Bron. On a ouvert Quai Saint-Antoine, c'est un petit peu la carte postale de Lyon. Quai Saint-Antoine, vous avez ce quai qui est magnifique là, face à Fourvière, avec tous ces arbres et tout. On a ouvert après, qu'est-ce qu'il y a eu ? Il y a eu Craponne-la-Croix. Rousse récemment. Donc après, on avait ouvert, on manquait de place chaque fois, donc on a agrandi les laboratoires et tout. On avait construit un premier laboratoire avant d'ouvrir Oual à Champagne-Mondeur et après on manquait vraiment toujours de place. Donc pour délocaliser toute la partie chocolaterie, c'est là où on a construit ce bâtiment dans le parc du Puy-d'Or à Limonnet, donc un parc qui est magnifique, qui est dédié plutôt... à tout ce qui est entreprise de l'univers informatique. Et donc là, ce qui plaisait également à la Serle et tout, c'est ce côté artisanal. Et donc, on a installé toutes nos anciennes machines pour fabriquer du chocolat. On a sourcé des nouvelles et tout. Et au lieu d'être en vase clos, fermé, on a également adjoint ce fameux musée.

  • Diana Gochgarian

    Ok, donc le laboratoire de pâtisserie est resté à Champagne-le-Monde d'or. Ici, on fabrique le chocolat.

  • Richard Sève

    Voilà.

  • Diana Gochgarian

    On peut venir visiter. Donc, c'est une collection privée.

  • Richard Sève

    Voilà, c'est un, on va dire, c'est une sorte de cabinet de curiosité. Donc, vous avez un premier espace qui est dédié plutôt à l'histoire du chocolat, d'où vient le chocolat. Ensuite, dans les plantations, un film immersif dans une plantation de cacao avec laquelle on travaillait au Mexique, dans l'état du Tabasco. Et puis, toute la partie production du chocolat, de la fève à la tablette, qui est vitrée. Donc, en fait, on voit les vrais gens travailler.

  • Diana Gochgarian

    Ok, donc ça, on va en parler, justement. Donc, vous êtes chocolatier bean to bar, on dit aujourd'hui, donc de la fève à la tablette. Ça n'a pas toujours été le cas.

  • Richard Sève

    Tout à fait. Au tout début, je veux dire, par là, on n'avait pas… Déjà, ça n'existait pas.

  • Diana Gochgarian

    Ça n'existait pas,

  • Richard Sève

    voilà. remonter parce qu'aujourd'hui on a l'expression de bing to bar mais comment vous vous êtes dit non je vais plutôt aller chercher mes fèves de cacao alors le bing to bar c'est un terme qui vient on va dire qui est anglo-saxon il faut savoir que jusqu'aux années 50 il n'y avait que des artisans qui fabriquaient du chocolat et puis il y a eu la guerre qui a fait arrêter tous les outils de production plein de gens ne sont pas revenus Quand vous arrêtez quelque chose, c'est compliqué de le relancer. Il y a du savoir-faire qui se perd. Il y a des mutations qui se font. Regardez, là, on parle de mutations actuelles de la société suite à la pandémie de la Covid. Et donc, vous imaginez une guerre comme il y a eu la guerre de 39-45. Là, les mutations, elles ont été vraiment phénoménales. Et donc, dans les années 50, c'est à ce moment-là où une poignée... d'industriel, quand je dis une poignée, c'est une poignée d'industriel, s'est accaparé le monde, a dit, on va faire du chocolat pour tout le monde, et les chocolatiers, les pâtissiers, ils font, ils feront refondre les blocs de chocolat, et puis ils les mouleront et ça ira très bien.

  • Diana Gochgarian

    Vous voulez dire qu'avant les années 50, les chocolatiers torréfiaient déjà leurs fèves ?

  • Richard Sève

    Et on était dans la région, en France, où il y avait le plus de chocolaterie. Parce qu'où il y avait le plus de chocolaterie, c'était Lyon-Saint-Etienne. C'est là où il y en avait vraiment le peu plus, parce que les cacaos remontaient entre autres par le Rhône et tout. Et ça s'est arrêté à ce moment-là, avec la guerre et tout, et ça n'a pas redémarré. Donc, cette poignée d'industriels s'est accaparée le monde. Ils ont récupéré toutes les entreprises. Soit ils les ont rachetées, soit ils les ont récupérées au rabais, toutes ces entreprises. Ils les ont fermées ou elles sont fermées. Chaque fois, ils récupéraient les machines. Ils les détruisaient pour être sûrs que personne n'allait s'en servir. C'est pour ça que toutes les machines que l'on a rachetées, des nouvelles machines, on est allé les chercher en Allemagne, en Autriche et en Italie. En France, on ne trouve rien.

  • Diana Gochgarian

    Ok, d'accord.

  • Richard Sève

    Donc c'est... pathétique et c'est très triste.

  • Diana Gochgarian

    Là, on mène la concurrence parfois. Ok, d'accord. Et donc, à quel moment vous vous êtes dit ça ne peut plus durer ?

  • Richard Sève

    Moi, j'ai fait ce métier-là parce que j'adorais la pâtisserie et les gâteaux. Et donc, j'avais détecté qu'on pouvait également s'installer. Donc, moi, du départ, c'est fabriquer le produit à partir de la matière agricole. Alors, au début, vous faites un petit... peu comme tout le monde. Des choses, elles n'émergent pas comme ça. Donc au début, vous faites un petit peu comme tout le monde. Vous avez quand même votre idée. Et petit à petit, comme vous avez votre idée, vous tracez votre route. Et votre route, vous essayez de rester sur votre route, de ne pas trop tomber dans le fossé. Et ce qui vous donne, on va dire, ce qui vous rend un petit peu différent des autres. Et petit à petit, on est arrivé jusqu'à pouvoir avoir suffisamment de volume pour pouvoir prendre produire le chocolat. Parce qu'avoir des machines, c'est bien, c'est des machines anciennes et tout. Il faut savoir qu'à l'époque, on ne trouvait personne fabriquer des machines pour fabriquer du chocolat. Ou alors c'était des machines qui étaient énormes, qui coûtaient un ou deux millions d'euros et qui étaient grandes comme le bâtiment. Parce qu'elles s'étaient dédiées uniquement pour ces gros industriels. Donc ça, c'était surdimensionné pour nous. Déjà, non seulement on n'avait pas les moyens, et puis surdimensionné pour fabriquer du chocolat. Parce qu'il faut fabriquer du chocolat par rapport au volume que l'on peut distribuer derrière.

  • Diana Gochgarian

    Oui, bien sûr. Et puis, comme vous dites, il faut avoir la place de mettre ces machines et donc investir dans un nouveau bâtiment. Ça fait un coût énorme.

  • Richard Sève

    Voilà.

  • Diana Gochgarian

    D'accord. Et vous avez combien de kilos, de tonnes de fèves de chocolat qui transitent ?

  • Richard Sève

    On reçoit plusieurs tonnes de fèves de cacao chaque année. Et donc, forcément, on produit plusieurs tonnes de chocolat chaque année.

  • Diana Gochgarian

    Ok. Alors, justement, comment, quand on fait plusieurs tonnes de chocolat chaque année comme vous, quand on fait 20 000 galettes des rois chaque année aussi ?

  • Richard Sève

    25 000 ! 25 000,

  • Diana Gochgarian

    80 000 pour son guillemot par an, j'ai vu ça quelque part. Et qu'on est autant attaché que vous à l'artisanat, au fait main. Enfin, on le voit quand on passe dans vos... Dans vos laboratoires, on voit que le geste manuel est absolument primordial. Rien n'est fait par des machines, à part broyer. Comment on fait pour ne pas s'industrialiser quand on a de tels volumes ?

  • Richard Sève

    On reste sur des volumes, on va dire, qui sont artisanaux. Parce que même s'il y a plusieurs tonnes qui sont produites chaque année, on ne peut pas s'installer. On va dire l'année, elle dure quand même pendant 365 jours. Donc si on divise, on reste, on va dire, sur des périmètres qui sont complètement artisanaux.

  • Diana Gochgarian

    Et cet amour du savoir-faire, vous l'avez appris aussi, j'imagine, pendant votre formation. Aujourd'hui, vous, comment vous le transmettez ?

  • Richard Sève

    Eh bien, en fait, je l'ai forcément appris pendant ma formation, pendant mes expériences chez mes... différents patrons en sans suite, j'en ai pas eu 50 puisque je me suis installé tôt. Et après, on le transmet à nos collaborateurs, à nos apprenants au quotidien par la répétabilité. De toute façon, c'est quand vous êtes confronté au quotidien avec quelqu'un que vous vous nourrissez de la personne. Pourquoi un enfant chez monsieur A et un enfant dans la famille A et un enfant dans la famille B sont-ils ? qui habitent dans la même ville, ont des éducations parce qu'ils vont aller à l'école, mettons, dans la même école, mais ils seront différents parce que, je veux dire par là, chaque famille a des particularités qui leur sont propres. Il y a des familles qui préfèrent manger, il y a des familles qui préfèrent les vacances, il y a des familles qui préfèrent les voitures. Chacun est un petit peu différent et donc on cultive dans chaque famille, on va dire, une... à une sorte d'esprit.

  • Diana Gochgarian

    Et aujourd'hui, il y a combien de collaborateurs chez Sèvres ?

  • Richard Sève

    Il y a à peu près une cinquantaine de collaborateurs, plus des apprenants et tout. Il y a les temps partiels et tout. On parle au quotidien à peu près à 80 personnes.

  • Diana Gochgarian

    Ok. Et il y a des saisons peut-être où vous avez du renfort ?

  • Richard Sève

    Alors, il y a des saisons où on a du renfort, mais nous, on a du travail toute l'année puisqu'en fait, il faut tout produire. Quand on produit tout, on va dire qu'il y a des choses qu'il faut faire en amont. Un petit peu comme quand vous êtes à la maison, vous avez un jardin. Eh bien, quand c'est le moment des haricots, vous allez ramasser les haricots, vous allez faire vos conserves. Et après, quand ce sera l'hiver, vous allez sortir vos conserves pour manger avec le rôti, des choses comme ça. Donc forcément, quand vous fabriquez à partir de la matière agricole, il y a des périodes de l'année qui sont creuses au niveau des ventes, mais qui ont de l'importance sur la production parce que si vous ne faites pas... suffisamment de travail en amont, eh bien, le jour J, il va vous manquer de la matière puisqu'en fait, vous ne prenez pas votre téléphone pour dire qu'il faut livrer tant.

  • Diana Gochgarian

    Oui, par exemple, votre chocolat framboise...

  • Richard Sève

    Il faut prendre les framboises quand c'est l'été. Donc, en fait, nous sommes très fourmis et pas si gals du tout. Tandis que la société dans laquelle nous évoluons actuellement... en France et dans le monde, c'est plutôt une société qui est quand même cigale puisqu'en fait, les gens aiment surtout tout ce qui est one-shot et tout. Tandis que dans notre façon de faire, c'est une façon plutôt peut-être à l'ancienne qui peut être peut-être désuète, mais c'est ce qui fait notre force. Donc, c'est cigale. Fourmi. Fourmi,

  • Diana Gochgarian

    tout à fait. Et au-delà de cette capacité à s'économiser, à... Il y a aussi cette capacité à prévoir, moi, qui me bluffe. Moi, je ne suis pas très bonne pour ça. C'est-à-dire que moi, j'ai toujours mes idées, un peu au dernier moment, je me dis, ah tiens, c'est Pâques, j'ai une super idée de contenu, je vais faire ça. Mais c'est déjà presque un peu tard parce que, voilà, alors je le fais, mais du coup, je ne dors pas pendant quelques jours. Mais vous, non, en fait, vous êtes obligés, bien sûr, d'anticiper Noël, d'anticiper la Galette des Rois, d'anticiper la Saint-Valentin, Pâques. Vous avez un secret ?

  • Richard Sève

    Eh bien, en fait, on apprend au fil du temps, surtout. D'année en année, il faut essayer d'anticiper un petit peu plus, déjà par rapport aux collaborateurs, puisque les collaborateurs, je veux dire par là, ils vont faire leur journée de travail, et qu'il y ait plus de travail ou pas plus de travail, ils vont faire leur journée de travail. Et ça, je suis très regardant là-dessus, parce que je pars du principe, on est à fond quand on travaille, mais quand le travail est fini, Il y a une vie après le travail et donc je veux qu'ils pensent à autre chose pour être efficients dans leur travail le lendemain. Et donc, à cause de ça, on est obligé d'en anticiper puisqu'on a des périodes très hautes d'activité, des périodes qui sont plus basses. Donc les périodes basses, il ne faut pas qu'on se regarde dans le blanc des yeux. Et les périodes de forte activité, si on veut pouvoir répondre avec des produits de qualité, il faut en anticiper.

  • Diana Gochgarian

    Oui. Donc ça, c'est pour la partie production et pour toute la partie créativité, parce que ça tient une place importante aussi dans votre identité de marque. Il y a des nouveautés qui sortent en permanence, même s'il y a des rééditions, il y a aussi des nouvelles collections qui sont mises à jour chaque année. Il y a vraiment énormément de références. D'ailleurs, je ne sais pas si vous avez un nombre un peu de... Non, on ne se donne pas d'objectif à dire qu'il faut faire tant de créations. On fait des créations un petit peu comme vous allez au marché, vous dites, je ne sais pas ce que je vais manger. Vous voyez un joli poisson, on va faire du poisson. Vous voyez une jolie côte de bœuf, je vais faire une côte de bœuf. Ça se travaille un petit peu comme ça. Forcément, on a certains marronniers qu'il faut arriver à gérer. On utilise entre autres les périodes calmes pour faire les essais. pour faire les essais, donc on le fait en famille, avec les équipes, chacun met sa pierre à l'édifice pour que ça puisse bien se passer, parce qu'en fonction du service dans lequel évolue le collaborateur, il va avoir telle problématique à gérer, et chaque fois qu'on crée un nouveau produit, derrière, ça engendre forcément une problématique plus ou moins qui peut subvenir, donc à chacun d'apporter sa pierre à l'édifice, de dire oui, mais attention, il y a ça, ça. Parce que c'est bien d'avoir cette idée-là, mais ça va être trop long à réaliser. Enfin, il y a toujours quelque chose.

  • Richard Sève

    OK. Oui, il n'y a pas que le goût final qui compte, il y a aussi l'aspect pratique.

  • Diana Gochgarian

    L'aspect pratique, l'aspect, on va dire, économique, l'aspect, je ne veux pas dire par là, on est chef d'entreprise, donc il y a une réalité économique derrière, il ne faut pas l'oublier.

  • Richard Sève

    Oui, et puis il faut que les gâteaux se transportent. J'imagine qu'il y a plein de choses auxquelles vous devez penser. En tout cas, sur le processus créatif, c'est un petit peu au feeling quand même, au départ, au démarrage. L'idée, elle vous vient ?

  • Diana Gochgarian

    L'idée qui vient, qui germe, en fait, elle germe petit à petit de la rencontre avec des producteurs, des amis, les collaborateurs. Quand vous regardez les réseaux, quand vous regardez Internet, quand vous regardez la télé, quand vous allez voir des expositions, on va dire que c'est un tout qui fait que... on évolue dans une société et on a des capteurs et on se dit, ça, ça peut être pas mal. Et puis, le fait de discuter entre nous, on arrive à faire germer quelque chose.

  • Richard Sève

    Sur les idées qui vous viennent aussi, j'ai vu passer quelque part l'expression de carnet de tendance que vous auriez pendant vos voyages. Est-ce que j'ai peut-être mal compris ? Est-ce que vous avez... Parce que vous voyagez beaucoup, évidemment, pour aller vous-même dans les plantations de cacao. Est-ce que là-bas, vous prenez des notes ? C'est tout dans votre tête ? Comment vous répertoriez tout ça ?

  • Diana Gochgarian

    C'est beaucoup dans notre tête, puisqu'on ne prend pas forcément toujours le temps de réédiger ce qu'on devrait faire. Ce serait encore mieux. Il y aurait encore plus de matière. Mais globalement, il y a plein de rencontres qui sont faites. Et puis, avec tout ça, vous prenez des notes. directement dans votre tête, des photos dans votre tête. Et puis après, en échangeant, on arrive à faire germer quelque chose de nouveau.

  • Richard Sève

    Et sur votre mode de vie, vous voyagez beaucoup, vous travaillez beaucoup.

  • Diana Gochgarian

    Ça oui.

  • Richard Sève

    À quoi ressemble votre année ? À quoi ressemble vos journées aujourd'hui ?

  • Diana Gochgarian

    Mes journées, elles sont très remplies puisque j'arrive le matin à 5-6 heures et je pars le soir à 20. 21h, 22h. Oui,

  • Richard Sève

    c'est ça, parce que j'ai déjà reçu un mail de votre part à 5h du matin et le soir même, je vous ai vu faire les liqueurs dans les papillotes au moment de Noël.

  • Diana Gochgarian

    En fait, quand on est chef d'entreprise, il n'y a pas de césure finalement entre la vie privée et la vie professionnelle. Et donc finalement, on travaille un petit peu tout le temps sans s'en rendre compte. Mon métier, je ne le vois pas vraiment comme une profession. C'est un petit peu, on va dire, c'est une façon de faire. C'est un mode de vie. On se lève le matin parce qu'il y a plein de choses à faire. Donc, on est tout de suite dans la mouvance et tout. Et puis finalement, la journée a passé. On ne l'a pas vu passer. Et donc, il y a encore plein de choses à faire. Après, finalement, comme Gaël, ma femme, je la vois très peu la journée. Les collaborateurs, je les vois, comme on est quand même relativement nombreux, je les vois chacun, mais peu aussi. Donc, on fait de l'échange. Et entre autres, le dernier échange qui va être fait, ça va être avec Gaëlle, ma femme ou mes enfants. Donc, ça va être le soir, finalement, au moment du dîner.

  • Richard Sève

    OK. Et vos tâches au quotidien ? Vous continuez d'être au laboratoire, surtout en chocolaterie, non ?

  • Diana Gochgarian

    Alors ? Je suis ponctuellement au laboratoire en chocolaterie ou en pâtisserie, soit pour développer des nouvelles choses ou pour réorienter certaines choses, parce qu'on évolue en permanence. Il y a des gâteaux que l'on fait. qui sont classiques pour nous, des classiques, mais qui n'ont pratiquement plus rien à voir ou qui ont beaucoup muté par rapport au tout début. Ce qui est logique, on ne peut pas garder les mêmes choses indéfinies. Si on ne bouge pas, le gâteau devient désuet, il ne répond plus à tant de la clientèle. À l'époque, par exemple, quand on s'est installé, quelque chose qui est aberrant, ou quand j'ai démarré dans le métier, La crème chantilly, pour donner un exemple, était sucrée à 20-30%. Vous imaginez, 300 grammes de sucre pour un litre de crème. Maintenant, on met 8%, c'est-à-dire 80 grammes maximum.

  • Richard Sève

    Parce qu'on s'adapte au goût de l'époque aussi.

  • Diana Gochgarian

    On s'adapte au goût de l'époque, voilà. C'est pour ça qu'il faut être dans notre temps. Au début, quand on a démarré, on n'avait que des gâteaux. plutôt type crème au beurre ganache, tout simplement parce qu'on n'avait pas de banque réfrigérée déjà. Ça commençait à exister, mais nous, on n'en avait pas. Donc, on a fait des gâteaux qui répondaient, on va dire, avec les moyens qu'on avait.

  • Richard Sève

    Oui, oui. Et c'était une question que j'avais justement, vous avez du coup répondu en partie, mais en effet, comment est-ce qu'on reste garant d'un certain classicisme ? Parce que... Il y a aussi ça chez Sèvres, il y a des gâteaux qui existent depuis toujours. Il y a les pierres des Mondores qui sont votre confiserie. C'est peut-être pas une confiserie, comment on appelle ça ?

  • Diana Gochgarian

    Oui, c'est une confiserie.

  • Richard Sève

    Confiserie signature, voilà, depuis le début presque. Comment on fait le lien entre ça et comment on fait pour conserver une image moderne aussi ? Et il y a la communication, il y a tout le travail que vous faites, notamment avec Arthur, pour être visible sur les réseaux sociaux, raconter une histoire, montrer les coulisses. Mais il y a aussi le produit en lui-même, donc vous le transformez régulièrement. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Il y a des choses qui m'échappent peut-être, peut-être les packagings aussi ?

  • Diana Gochgarian

    C'est un tout en fait. Finalement, tout évolue un petit peu tout le temps. Pourquoi ? Parce qu'en fait, la société évolue, donc on se doit d'évoluer en même temps et on fait partie également intégrante de l'évolution du produit et de la profession. Vous regardez, à l'époque, comme je disais, un pâtissier, il avait une seule boutique. Tandis que maintenant, pratiquement tous les pâtissiers ont plusieurs points de vente. Tout simplement parce que de nos jours, on a besoin de moyens. on va dire, dans les laboratoires qui sont plus importants qu'à l'époque. À l'époque, vous aviez un plan de travail et un frigo, et puis en gros, vous faisiez tout. Tandis que maintenant, si on n'a que ça, ça ne peut plus fonctionner parce que c'est plus rationnel. Nos jours, il faut faire attention, par exemple, également au niveau des collaborateurs, c'est-à-dire tout ce qui est troubles musculosquelétiques, des choses comme ça. Donc, ça veut dire qu'il va falloir avoir des moyens, des machines pour limiter ces troubles et tout. Et donc... Il faut évoluer.

  • Richard Sève

    On a parlé du fait que vous travaillez avec Gaëlle, votre épouse, mais que vous ne la voyez pas beaucoup au quotidien pour autant. Parce qu'elle, elle s'occupe plutôt de la partie... Alors, elle a fait les beaux-arts, donc elle dessine beaucoup. Tout à fait. Comment vous répartissez un petit peu les rôles depuis le début ?

  • Diana Gochgarian

    Ça s'est fait naturellement du départ. Un petit peu comme dans un couple à la maison, on va dire. Il y a celui qui va faire à manger et celui qui va faire... le ménage ou qui va faire autre chose dans la maison, les travaux. Donc ça s'est fait naturellement. Moi, je suis plutôt quelqu'un, on va dire, de réservé. Et mon rôle en tant que professionnel, c'était d'assurer la partie production. Gaëlle, elle n'avait pas à savoir. À la base, elle s'en est imprégnée. Mais ce n'était pas son métier à la base. En revanche, elle avait appris la vente. Et c'était un petit peu plus inné pour elle et tout. Donc, forcément, elle s'est occupée de la partie commerciale, de discuter avec les clients et tout. Et c'est comme ça que ça a démarré. Et puis après, Gaël est plutôt maintenant sur la partie tout ce qui est développement de l'entreprise. Je suis devenu, on va dire, une vraie entreprise. Et moi, je continue à m'occuper de tout ce qui est... la partie production aussi bien gérer les équipes gérer on va dire tout ce qui est achats parce que les achats c'est très important si on veut faire des bons produits les relations avec les les paysans tous les partenaires et tout et Et puis après, il y a toute la partie communication qui est très importante dans une entreprise. Et là, c'est plus Arthur qui s'en occupe.

  • Richard Sève

    Et le nom de l'entreprise, c'est Sèvres, c'est votre nom de famille, ce n'est pas Richard Sèvres. La famille, c'est une place importante pour vous dans la gestion de votre entreprise ?

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait, parce qu'en fait, si j'avais mis souvent, vous voyez, le nom d'une pâtisserie, c'est un prénom et un nom. Moi je ne voulais pas ça du départ, je ne voulais pas que ça repose que sur moi, puisqu'en fait déjà à la base c'était un travail d'équipe familiale. Donc c'était le nom de famille, et le nom de famille ça regroupe aussi bien Madame, Monsieur, on va dire ensuite il y a les enfants et tout, et puis le nom Sèvres correspond bien de nos jours à l'essence, on va dire, de tout ce qui se passe au niveau RSE, qui à l'époque n'était pas du tout d'actualité dans les cas de nos jours.

  • Richard Sève

    Oui, tout à fait. Et peut-être parmi vos collaborateurs, il y en a d'autres qui travaillent en famille chez vous ?

  • Diana Gochgarian

    On a des collaborateurs. On a un collaborateur qui est là depuis 25 ans, le grand chef pâtissier, qui est dans l'entreprise et qui, maintenant, il y a d'ailleurs plusieurs de ses enfants.

  • Richard Sève

    D'accord.

  • Diana Gochgarian

    Avec nous, voilà, tout à fait. En fait, on a des collaborateurs qui sont là depuis plusieurs mois, voire une année. Ça remonte à 25 ou 27 ans.

  • Richard Sève

    Vous disiez que vous étiez plutôt réservé. Vous êtes aussi assez modeste. On vous voit peu, finalement, derrière ce nom qui est votre patronyme et qui ne porte pas votre prénom. C'est un effort que vous faites quand vous vous montrez ?

  • Diana Gochgarian

    Alors... En fait, ce qui est important, ce que vient chercher le client, c'est un produit. Un produit, forcément, qui va être emballé dans une boîte et c'est ça qui est important. Le professionnel qui est derrière, c'est bien, mais c'est un exécutant. Donc, en fait, je n'ai pas de raison particulière, on va dire, de me mettre en avant. Ce qui doit être mis en avant, on va dire, c'est la matière première et le produit final.

  • Richard Sève

    D'accord, voilà, c'est ça votre vision. Il y a aussi des pâtissiers qui ont construit toutes leurs identités de marques sur leur identité personnelle.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait. Après, tout dépend. Chacun a un égo qui lui est propre. Il n'y en a qu'un des égos plus surdimensionnés que d'autres. Moi, ce qui est important, l'égo, c'est le produit. Parce qu'en fait, c'est vraiment ce que vient chercher le client.

  • Richard Sève

    Et vous disiez tout à l'heure que vos collaborateurs, pour vous, c'est important qu'après le travail, ils sortent et qu'ils fassent autre chose. Vous, comment vous conciliez votre vie ? Alors, j'ai compris que votre vie professionnelle, c'est aussi votre vie personnelle. Évidemment que c'est un lifestyle, l'entrepreneuriat. Mais est-ce que vous avez des choses qui vous permettent de vous ressourcer vraiment ? Je ne sais pas, est-ce que vous faites du sport ?

  • Diana Gochgarian

    Oui, tout à fait. C'est important aussi d'avoir, même si on a des passions, il faut avoir une passion, mais il faut avoir les écoutilles qui soient… toujours en éveil et si vous êtes en permanence que dans votre labo ou dans votre entreprise vous regardez rien d'autre au bout d'un moment vous devenez bourru et puis vous pensez qu'au problème il n'y a rien qui va quand vous sentez on va dire le centre de la terre et puis à côté il n'y a rien qui va moi je fais du sport aussi donc le fait de faire du sport ça permet de s'extérioriser donc essentiellement en sport je cours Je fais des rentroutes, des marathons, des choses comme ça.

  • Richard Sève

    D'accord. Vous n'êtes pas que gourmand. Ça explique pourquoi vous avez encore la ligne, après 30 ans de carrière. OK. On peut peut-être parler de la place du design. On en a un petit peu parlé. Gaëlle dessine beaucoup. Arthur aussi, votre fils. Les packagings sont régulièrement refaits. Ils sont magnifiques. Les couronnes des rois sont dessinées par des artistes. Quelle place a l'esthétique dans votre métier ?

  • Diana Gochgarian

    La place à l'esthétique a toujours été importante dans notre métier. On l'a toujours traité un petit peu comme, surtout pour la période de Noël ou de Pâques, comme une collection, à l'instar un petit peu des maisons de couture. Parce qu'en fait, pourquoi ? On était sur une mouvance, on fait partie, on est dans la même génération. que Pierre Hermé qui lui, on va dire, est sur le devant de la scène à Paris, qui a tiré tout le métier de la pâtisserie vers le haut et donc étant, on va dire, dans la même mouvance, On fait un peu les mêmes choses, on peut dire, mais forcément à notre échelle.

  • Richard Sève

    Vous avez une renommée internationale maintenant. Pourtant, pour l'instant, vous avez fait le choix d'avoir une implantation de boutique très locale. Est-ce que c'est une ambition pour vous de vous développer ailleurs ? Vous avez le e-commerce qui vous permet de livrer.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait. Le e-commerce a permis d'être présent de partout. sans frontières, c'est une des vraies valeurs de tout ce qui est commerce en ligne. Après, on a fait un choix de rester local parce qu'en fait, déjà, l'entreprise est bâtie sur des capitaux familiaux. Et nous, notre objectif, c'est vraiment de faire plaisir à nos clients. Ça, c'est vraiment le... le postulat de départ. Donc, est-ce que le client aille gagner que l'on soit présent à Paris ou à Marseille ? Est-ce que nous, on a de l'intérêt pour les collaborateurs, pour l'entreprise et tout ? Peut-être que ça se fera un jour, peut-être pas, je ne sais pas. Il faut laisser le temps au temps. Il y a des choses, souvent, quand on a ouvert des boutiques, ça s'est fait un petit peu... naturellement en fait, sans trop... Il n'y a pas vraiment un plan de développement particulier qui dit, « Tiens, il faut qu'on le fasse. »

  • Richard Sève

    Oui, vous saisissez des opportunités.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait.

  • Richard Sève

    D'accord. Mais en tout cas, il n'y a pas de volonté de se développer ailleurs.

  • Diana Gochgarian

    Non, il n'y a pas de volonté parce qu'il n'y a pas de besoin particulier. Parce que souvent, quand il y a une volonté, c'est qu'il y a un besoin derrière ou il y a quelqu'un qui pousse.

  • Richard Sève

    Ce podcast, c'est un podcast qui est vraiment régional. Est-ce que vous avez un avis à nous partager sur ce que c'est qu'entreprendre en région Auvergne-Rhône-Alpes ou plus précisément en métropole de Lyon ?

  • Diana Gochgarian

    En région Auvergne-Rhône-Alpes ou surtout à Lyon, on est hyper bien placé. De part les axes routiers, ferroviaires et tout, Lyon entre Paris et la Côte d'Azur et puis les Alpes, il y a un pouvoir d'achat. qui est relativement important puisqu'il y a énormément d'entreprises. Les entreprises se développent, il n'y a pas de déclin sur le Grand Lyon, sur la région Rhône-Alpes. Et la population ne fait que croître, donc il y a plein de choses à faire.

  • Richard Sève

    Ok, ça me fait penser d'ailleurs, vous avez sûrement une activité aussi, vous, en B2B, vous vendez aussi à des entreprises pour des événements, pour je ne sais pas.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait, on vend également à quelques entreprises et tout. Mais ce n'est pas notre cheval de bataille. On le fait parce qu'on sait faire, on est pertinent, mais ce n'est pas quelque chose que l'on cherche à développer. On va dire que c'est de l'information rentrante.

  • Richard Sève

    D'accord. Et si vous deviez revenir en arrière, qu'est-ce que vous feriez différemment ? Et à l'inverse, qu'est-ce que vous feriez absolument ? Referiez absolument ?

  • Diana Gochgarian

    Ouh là ! Ça, c'est une grande question. Non. Du départ, en fait, on n'avait pas du tout imaginé que l'on serait ce que l'on est devenu. En fait, c'est vivre une vie. Donc, en fait, vous ne savez pas exactement ce que vous allez être dans 20 ou 30 ans. Donc, est-ce qu'on aurait fait mieux ou moins bien ? Je ne sais pas.

  • Richard Sève

    Vous n'avez pas de regrets, des opportunités manquées ou au contraire des grosses erreurs que vous avez l'impression d'avoir faites ?

  • Diana Gochgarian

    Non, on n'a pas d'erreurs qui nous ont pénalisé. Des regrets, non, parce qu'en fait, on est heureux au quotidien. J'ai une famille formidable, des collaborateurs qui sont formidables également, des clients fidèles, heureux. Donc, que demander mieux finalement ?

  • Richard Sève

    Et alors, ce que vous referiez absolument ou en tout cas, ce que vous pourriez conseiller à des bébés entrepreneurs ? des gens moins avancés, en tout cas dans leur projet, qu'est-ce que vous pourriez conseiller ?

  • Diana Gochgarian

    Alors, ce qu'il faut surtout, nos jours, par exemple, les nouvelles générations veulent aller très vite. Et ça, il faut être vigilant, parce que le fait d'aller très vite, souvent, vous boulez les ailes. Quand vous allez doucement, même si vous commencez à tomber, vous relevez facilement. Le fait d'aller très vite, plus vous allez vite, plus la chute est brutale.

  • Richard Sève

    D'accord. Donc, il faut être audacieux, comme vous l'avez dit tout à l'heure, et oser certaines choses, mais en restant, enfin, en mesurant les risques.

  • Diana Gochgarian

    Il faut mesurer les risques. Surtout, on va dire, quand on est dans une entreprise, sinon, c'est vite la catastrophe.

  • Richard Sève

    D'accord. Merci beaucoup pour ce partage d'expérience. C'était passionnant.

  • Diana Gochgarian

    Merci beaucoup.

  • Richard Sève

    Et à bientôt.

  • Diana Gochgarian

    À bientôt.

  • Richard Sève

    Et voilà, c'est la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous aura plu. Si vous appréciez ce podcast et avez envie de contribuer à le faire perdurer, sachez que vous pouvez distribuer 5 précieuses étoiles sur l'appli Apple Podcast et que je lirai tous vos commentaires avec beaucoup d'attention. Vous pouvez aussi en parler autour de vous aux entrepreneurs et entrepreneuses, dirigeants, dirigeantes de votre entourage et de manière générale, toutes les personnes intéressées par la thématique de l'entrepreneuriat. Je vous remercie pour votre soutien et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode.

Description

Richard Sève : c’est l’un des plus grands chocolatiers au monde, une fierté de la pâtisserie fine à la française, et évidemment, une très grande réussite entrepreneuriale lyonnaise. Avec aujourd'hui 8 points de vente physiques dans la métropole, un site e-commerce qui livre jusqu’au bout du monde, un grand laboratoire de pâtisserie, un musée-manufacture du chocolat plus grand encore, des milliards de vues sur TikTok, et j’en passe, Richard Sève nous a raconté son histoire, qui a démarré en 1991 avec le rachat d'une jolie petite pâtisserie à Champagne-au-Mont-d'Or...


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Transcription

  • Diana Gochgarian

    Bonjour, je suis Diana Gauchegarian et je vous accueille dans le premier podcast qui parle d'entrepreneuriat en Auvergne-Rhône-Alpes. Je vous emmène à la rencontre d'entrepreneurs et d'entrepreneuses qui forcent l'admiration et vous racontent leur parcours en toute transparence, mais aussi de prestataires de services, expertes et experts dans leur domaine, qui vous donnent des clés pour réussir dans votre propre cheminement professionnel. Mon espoir ? Que ces héros et héroïnes locaux participent à vous emplir d'inspiration, de motivation et de confiance dans votre ambition à créer, vous aussi. dans une région à la fois si riche et si dynamique. Que vous vous trouviez déjà à bord des montagnes russes de l'entrepreneuriat ou que vous aimiez tout simplement observer les téméraires qui osent y grimper, je vous souhaite la bienvenue parmi une communauté de formidables business makers ronalpins et auvergnats. Bienvenue dans le podcast Isacna. Ce podcast est soutenu par Evolème, une merveilleuse holding d'investissement familial lyonnaise qui consacre en grande partie son énergie à faire grandir des PME françaises. Merci à eux pour leur confiance. Et maintenant, place à l'épisode. Richard Sève C'est l'un des plus grands chocolatiers au monde, une fierté de la pâtisserie fine à la française et évidemment une très grande réussite entrepreneuriale lyonnaise. L'histoire commence en 1991 dans une petite pâtisserie du très chic village de Champagne-aux-Mondeurs où le gourmand Richard et son épouse Gaëlle, à peine vintenaires l'un et l'autre, se rêvent entrepreneurs. 33 ans plus tard, la maison sève ses 8 points de vente physiques dans la métropole, un site e-commerce qui livre jusqu'au bout du monde, un grand laboratoire de pâtisserie, un musée manufacture du chocolat plus grand encore, des milliards de vues sur TikTok et j'en passe. Bien sûr, cette machine à régaler a toujours su rester artisanale, car on a le goût de l'excellence où on ne l'a pas. Chaque année, 20 000 bûches de Noël, 25 000 galettes des rois, 80 000 oursons guimauves et 300 tonnes de fèves de cacao passent entre des mains dont le geste est d'une précision exemplaire et n'échappent pas à la révision perpétuelle du grand maître. Car Sève réussit l'exploit d'allier tradition et modernité en innovant sans cesse pour avoir toujours un temps d'avance. Richard Sèvres, c'est aussi une générosité infinie et une immense modestie que j'admire secrètement depuis des années. et de plus en plus à mesure que je connais la maison. Je l'ai rencontrée au Musco, au beau milieu d'un bureau jusqu'auquel montaient des effluves de chocolat et vous entendrez d'ailleurs dans cet épisode le bruit des machines à torréfier les précieuses fèves pour une immersion parfaite. Je vous laisse écouter notre conversation et j'espère que vous y glanerez autant d'inspiration que moi. Bonjour Richard.

  • Richard Sève

    Bonjour Diana.

  • Diana Gochgarian

    Merci beaucoup d'être avec moi aujourd'hui. Ça sent le chocolat. On est au Musco.

  • Richard Sève

    Tout à fait.

  • Diana Gochgarian

    Alors bon, je ne sais pas si on va pouvoir goûter, mais moi je ne vais peut-être pas tenir toute l'interview sans goûter. Ça fait pour ! On est réunis aujourd'hui pour parler d'entrepreneuriat. Vous êtes une belle réussite entrepreneuriale. Ça fait plus de 30 ans en fait que vous avez démarré votre activité. Donc voilà, j'aimerais que vous puissiez me raconter votre parcours, votre histoire, vos projets d'avenir. Vous êtes... Classé parmi les 10 meilleurs chocolatiers de France depuis les années 2000, vous êtes membre de l'association Relais des Sers, membre de l'Académie française du chocolat et de la confiserie. On parle de votre galette comme la meilleure galette des rois du monde. Vous avez la belle entreprise du patrimoine vivant. Bref, d'où vous vient ce goût de l'excellence ?

  • Richard Sève

    Depuis tout petit, j'ai toujours aimé les belles choses, les bonnes choses, puisqu'en fait, je suis gourmand.

  • Diana Gochgarian

    Vous avez des parents peut-être qui sont dans ce milieu-là ou pas du tout ?

  • Richard Sève

    Mes parents ne sont pas du tout dans le milieu de la gastronomie, puisqu'ils étaient dans le bâtiment. Simplement, à la maison, on a toujours aimé fabriquer des gâteaux et manger des gâteaux. En fait, nous sommes gourmands et nous aimons les choses, les gâteaux, les chocolats qui ont du goût, des vraies choses faites avec des bons produits du terroir.

  • Diana Gochgarian

    D'accord, donc ça vient quand même pas mal de l'éducation. Ces 30 années de travail, ça a été des années aussi pour aller chercher cette excellence. Vous avez beaucoup évolué entre... entre les années 90 et aujourd'hui. On parlera tout à l'heure peut-être de votre façon de faire le chocolat qui n'est plus du tout la même qu'au démarrage. Il y a une quête perpétuelle de s'améliorer ?

  • Richard Sève

    Tout à fait, une quête de l'excellence perpétuelle. Nous sommes dans une société qui évolue en permanence, on ne peut pas le nier. Donc derrière, à nous de faire en sorte de rester dans le train et d'être tout le temps, on va dire, nous sommes tout le temps en veille. pour pouvoir trouver les meilleurs partenaires, les meilleurs producteurs, les meilleurs collaborateurs.

  • Diana Gochgarian

    Alors, on va revenir un petit peu en arrière. Il y a 30 ans, quand vous achetez la pâtisserie du village de Champagne au Mont d'Or, qui est-ce que vous êtes à cette époque ?

  • Richard Sève

    J'étais tout jeune puisque j'avais 23 ans. Et avec ma femme Gaëlle qui avait 21 ans, on cherchait une maison. à reprendre une maison pour pouvoir s'installer, puisqu'en fait, moi, j'avais voulu faire pâtissier depuis tout petit pour deux raisons. Il y avait la première raison, parce que je suis gourmand, j'aimais faire des gâteaux. Et une deuxième raison, j'avais détecté qu'on pouvait être chef d'entreprise. Et pour moi, mes parents étant, on va dire, issus de ce milieu-là, c'était naturel. Donc Gaëlle était tout à fait partante, donc on a regardé pour trouver une maison pour pouvoir s'installer. Et puis il y avait cette maison à Champagne-aux-Mondeurs, c'est-à-dire au nord de Lyon, sachant que Champagne c'est limite à Lyon, puisque le panneau Lyon est au bout de la rue, et donc ce sont les beaux quartiers de Lyon, et donc cette maison était à vendre, elle nous a plu. Donc, on a jeté notre dévolu dessus. C'est une maison qui datait depuis 1905, qui avait toujours eu une très bonne réputation parce qu'en fait, les différents propriétaires qu'il y a eu depuis 1905 ont tous fait à peu près carrière ici puisqu'ils ont tous resté entre 30 et 40 ans. Donc, forcément, il n'y en a pas eu beaucoup, ils n'en auront plus. Et pourquoi ? Parce qu'en fait, quand vous êtes dans une maison où les gens font carrière, surtout dans un village, les enfants... des propriétaires, aller à l'école avec les enfants des clients. Et donc, quand vos clients deviennent également vos amis, vous ne pouvez pas faire n'importe quoi. Vous ne pouvez faire que des bonnes choses et avoir une très bonne réputation. Et c'est ce qui nous a plu, on va dire, en postulat de départ.

  • Diana Gochgarian

    OK. Et vous aviez déjà repéré que c'était aussi une maison qui avait fait la véritable tarte aux pralines. Tout ça, c'était... C'était conscientisé à l'époque ou c'est aujourd'hui, avec le recul, que vous trouvez que c'est une super opportunité marketing aussi ?

  • Richard Sève

    Non, ce n'était pas du tout conscientisé, comme vous dites au départ. Il y avait différentes choses qui étaient faites dans cette maison, comme quand on reprend une maison. Il y a des choses qui font partie du patrimoine de la maison et en fait, on a mis en exergue ces savoir-faire qui étaient dans la maison. utiliser les anciennes machines, les restaurer et tout, pour garder ce côté artisanal et ses recettes ancestrales. Et on les a développées, on les a améliorées. La tarte à la praline, je l'ai un petit peu améliorée, je l'ai un petit peu modifiée pour la rendre plus au goût du jour. Il faut savoir qu'à l'époque, la tarte à la praline, c'était très confidentiel. Il n'y en avait pratiquement que là. on n'entendait pas parler et puis de fil en aiguille c'est devenu une spécialité lyonnaise, une grande spécialité lyonnaise, on en trouve de partout. Il y en a même qui en font sans praline, ça c'est pas bien. Et donc maintenant la tarte à la praline c'est une grande spécialité, mais à l'époque c'était la spécialité de la maison uniquement.

  • Diana Gochgarian

    Donc à l'époque vous êtes un jeune gourmand. avide d'aventure entrepreneuriale et vous démarrez tout de suite l'aventure en couple. Comment est-ce que vous avez rencontré Gaël ?

  • Richard Sève

    Comment j'ai rencontré Gaël ? Moi, je suis originaire de Fontaine-sur-Saône, donc le Val-de-Saône. Gaël est originaire de Collange-aux-Mondeurs. Et bien, il y a la Saône qui nous sépare. Donc, en fait, on s'est rencontrés via des amis communs et puis, ça a tout de suite matché et puis ça continue.

  • Diana Gochgarian

    Alors aujourd'hui, Seb, c'est 8 boutiques, un site marchand, vous livrez dans le monde entier.

  • Richard Sève

    Tout à fait.

  • Diana Gochgarian

    C'est des millions de vues sur TikTok, grâce à Arthur, votre fils, notamment. Des ateliers, des cours de pâtisserie, un musée du chocolat. Comment toutes ces idées se sont développées au fil du temps ? Comment on est passé de cette pâtisserie de Champagne au Mont d'Or, qui était une pâtisserie historique, et vous dites vous-même, il y a d'autres personnes qui avaient géré cette entreprise, qui étaient restées finalement... siégé à Champagne et qui n'a pas dépassé les frontières de Champagne au monde. Alors, comment vous, vous avez fait évoluer l'entreprise ? Par quelle étape vous avez procédé ? Parce que moi, c'est vrai que je découvre l'histoire 30 ans plus tard, enfin un petit peu avant quand même, parce que j'ai goûté vos gâteaux avant, mais je m'intéresse à l'histoire aujourd'hui. Et c'est vrai qu'on se dit, mais comment on arrive à faire tout ça ? Comment ça s'est passé pendant ces 30 années ?

  • Richard Sève

    En fait, on a évolué dans notre époque. Tout simplement, il faut savoir qu'à l'époque, les... les pâtissiers ne faisaient des chocolats pratiquement que de la Toussaint à Pâques. Pourquoi ? Parce que quand il fait trop chaud, c'est compliqué de fabriquer du chocolat. A l'époque, il n'y avait que le magasin qui était climatisé, il n'y avait pas de banque réfrigérée. Donc quand il commençait à faire trop chaud après Pâques, le pâtissier chocolatier rangeait ses gamelles de chocolat et il les ressortait pour la Toussaint. Et moi, du départ, j'ai dit, je vais faire du chocolat, mais je vais en faire toute l'année. Parce que si on présente des chocolats, on a des chances d'en vendre. Si on n'en présente pas, c'est sûr qu'on n'en vend pas. Donc, au tout début, on n'avait que la boutique qui était climatisée. Et j'attendais que la boutique ferme et j'allais tremper mes chocolats dans le magasin le soir. Donc, il fallait vraiment le croire. J'étais vraiment un peu pris pour un fou. Et puis, de fil en aiguille, le fait de proposer. des chocolats au client, de proposer des choses très fines et tout, le développement de la clientèle a été exponentiel. Et petit à petit, il faut savoir qu'à l'époque, le pâtissier chocolatier avait une seule boutique. C'est-à-dire, en principe, il y avait Madame devant, Monsieur derrière, et puis ça s'arrêtait là, avec quelques collaborateurs. personne n'avait plusieurs boutiques. Les seuls qui avaient plusieurs boutiques à ce moment-là, c'était Dalloyaux et Le Nôtre à Paris. Donc, ce n'était pas commun. Nous sommes en province. Mais très rapidement, Gaëlle a détecté que nos clients allaient au Halle de Lyon. Et quand ils revenaient, ils s'arrêtaient chez nous et ils parlaient avec Gaëlle et tout. Et donc, assez rapidement, Gaëlle a détecté que ce serait peut-être pas mal que l'on s'installe dans les Halles. Vous savez, avec Gaëlle. Quand on y est allé, c'était moribond. Il y avait beaucoup de lots fermés, personne n'en voulait. Le lot où on est, il était fermé depuis 5 ans, donc vous imaginez un peu. Personne n'en voulait. C'était un des plus gros lots des Halles puisque c'était une ancienne poissonnerie. Et cette poissonnerie était très importante sur la place de Lyon. elle fournissait même à l'époque les moules pour Carrefour. Donc vous voyez à peu près les volumes. Après, il y a eu une succession. A priori, les successeurs n'ont pas pris le train dans le bon sens, on peut dire. Et donc l'entreprise, elle avait coulé, donc c'est resté fermé pendant cinq ans. Et donc quand on s'est installé là-bas, moi dans le métier, ils me disaient, mes confrères, tu ne vas pas travailler là-bas. Tu vas travailler de la Toussaint à Pâques et puis après, tu vas manger tout ce que tu as gagné. Bon, nous, on y croyait. Donc, on a investi gros. C'était qui ? Tout double à l'époque.

  • Diana Gochgarian

    C'était en quelle année l'investissement ?

  • Richard Sève

    Les Halles, ça remonte à 25 ans, je crois à peu près. Je ne sais plus exactement.

  • Diana Gochgarian

    C'était longtemps après l'ouverture de Champagne en fait.

  • Richard Sève

    Oui, une dizaine d'années, je pense, après l'ouverture de Champagne. Et... Donc, on a fait des gros travaux, on s'est installés et du jour au lendemain, quand on a ouvert, les commerces autour ont fait 35% de chiffre d'affaires en plus. Donc, autant dire que ça leur a plu. C'est pour ça qu'on a été très, très bien accueillis. Parce qu'en fait, on est dans un endroit où plus personne n'investissait depuis pas mal d'années. Donc, il devenait moribond. Le fait que nous, on ait osé investir. On est osé faire quelque chose qui soit sympa, en plus de la porte d'entrée et tout. Leur chiffre d'affaires a explosé. Donc là, ils ont demandé à Gaëlle, ma femme, ils l'ont demandé si elle était d'accord pour prendre la présidence des Halles. Et puis, ils l'ont élue à la présidence des Halles. Et puis, suite à ça, Gaëlle, avec les chambres consulaires, la ville de Lyon, l'Europe et tout, ils ont récupéré des fonds du FISAC et tout. pour rénover les Halles de Lyon. C'est à ce moment-là que les Halles de Lyon ont été rénovées. Et comme Gaëlle est originaire de Colonge, son grand-père jouait à l'époque au boule avec le papa de Paul Bocuse. Donc il y avait une histoire un peu familiale et amicale. Donc elle lui a demandé s'il voulait prêter son nom pour rebaptiser les Halles de Lyon en Halles de Lyon Paul Bocuse. Et puis il était ravi parce que c'était un lieu qu'il affectionnait particulièrement. Après, le train est reparti dans quelque chose qui a été en haut de l'affiche, qui était tombé très bas et est remonté maintenant. C'est un lieu qui est affectionné aussi bien par les Lyonnais qui adorent venir faire leurs courses dans l'Alpes parce qu'ils trouvent les meilleurs produits de la région. Et également, c'est un lieu où tous les touristes passent, tous les touristes qui viennent à Lyon viennent au HAL. Et il y a eu des études qui ont été faites, je crois, par l'Office du tourisme. C'est l'endroit qu'ils préfèrent à Lyon. Parce que les Halles de Lyon, à Paul Bocuse maintenant, sont uniques en France. On n'en trouve pas d'autres comme ça en France. Il y a des Halles un peu dans toutes les villes, mais c'est jamais comme ça qu'ils sont ouverts déjà tout le temps.

  • Diana Gochgarian

    C'est génial comme histoire. Donc en fait, il aura fallu le flair de Gaëlle. Finalement, ça lui est venu parce qu'elle parlait beaucoup aux clients. Donc écouter les clients, c'est une bonne leçon.

  • Richard Sève

    Ah ben bien sûr, parce que le client, c'est celui qui nous fait vivre.

  • Diana Gochgarian

    Et de l'audace aussi, parce qu'investir là-bas, en effet, ça ne paraissait pas évident. Donc voilà, ça c'est pour la boutique des Halles. Et après, il y en a eu d'autres ?

  • Richard Sève

    Après, il y a eu d'autres boutiques. Donc on avait été approché par les galeries Lafayette qui voulaient qu'on reproduise la même chose dans les galeries Lafayette de Bron. On a ouvert Quai Saint-Antoine, c'est un petit peu la carte postale de Lyon. Quai Saint-Antoine, vous avez ce quai qui est magnifique là, face à Fourvière, avec tous ces arbres et tout. On a ouvert après, qu'est-ce qu'il y a eu ? Il y a eu Craponne-la-Croix. Rousse récemment. Donc après, on avait ouvert, on manquait de place chaque fois, donc on a agrandi les laboratoires et tout. On avait construit un premier laboratoire avant d'ouvrir Oual à Champagne-Mondeur et après on manquait vraiment toujours de place. Donc pour délocaliser toute la partie chocolaterie, c'est là où on a construit ce bâtiment dans le parc du Puy-d'Or à Limonnet, donc un parc qui est magnifique, qui est dédié plutôt... à tout ce qui est entreprise de l'univers informatique. Et donc là, ce qui plaisait également à la Serle et tout, c'est ce côté artisanal. Et donc, on a installé toutes nos anciennes machines pour fabriquer du chocolat. On a sourcé des nouvelles et tout. Et au lieu d'être en vase clos, fermé, on a également adjoint ce fameux musée.

  • Diana Gochgarian

    Ok, donc le laboratoire de pâtisserie est resté à Champagne-le-Monde d'or. Ici, on fabrique le chocolat.

  • Richard Sève

    Voilà.

  • Diana Gochgarian

    On peut venir visiter. Donc, c'est une collection privée.

  • Richard Sève

    Voilà, c'est un, on va dire, c'est une sorte de cabinet de curiosité. Donc, vous avez un premier espace qui est dédié plutôt à l'histoire du chocolat, d'où vient le chocolat. Ensuite, dans les plantations, un film immersif dans une plantation de cacao avec laquelle on travaillait au Mexique, dans l'état du Tabasco. Et puis, toute la partie production du chocolat, de la fève à la tablette, qui est vitrée. Donc, en fait, on voit les vrais gens travailler.

  • Diana Gochgarian

    Ok, donc ça, on va en parler, justement. Donc, vous êtes chocolatier bean to bar, on dit aujourd'hui, donc de la fève à la tablette. Ça n'a pas toujours été le cas.

  • Richard Sève

    Tout à fait. Au tout début, je veux dire, par là, on n'avait pas… Déjà, ça n'existait pas.

  • Diana Gochgarian

    Ça n'existait pas,

  • Richard Sève

    voilà. remonter parce qu'aujourd'hui on a l'expression de bing to bar mais comment vous vous êtes dit non je vais plutôt aller chercher mes fèves de cacao alors le bing to bar c'est un terme qui vient on va dire qui est anglo-saxon il faut savoir que jusqu'aux années 50 il n'y avait que des artisans qui fabriquaient du chocolat et puis il y a eu la guerre qui a fait arrêter tous les outils de production plein de gens ne sont pas revenus Quand vous arrêtez quelque chose, c'est compliqué de le relancer. Il y a du savoir-faire qui se perd. Il y a des mutations qui se font. Regardez, là, on parle de mutations actuelles de la société suite à la pandémie de la Covid. Et donc, vous imaginez une guerre comme il y a eu la guerre de 39-45. Là, les mutations, elles ont été vraiment phénoménales. Et donc, dans les années 50, c'est à ce moment-là où une poignée... d'industriel, quand je dis une poignée, c'est une poignée d'industriel, s'est accaparé le monde, a dit, on va faire du chocolat pour tout le monde, et les chocolatiers, les pâtissiers, ils font, ils feront refondre les blocs de chocolat, et puis ils les mouleront et ça ira très bien.

  • Diana Gochgarian

    Vous voulez dire qu'avant les années 50, les chocolatiers torréfiaient déjà leurs fèves ?

  • Richard Sève

    Et on était dans la région, en France, où il y avait le plus de chocolaterie. Parce qu'où il y avait le plus de chocolaterie, c'était Lyon-Saint-Etienne. C'est là où il y en avait vraiment le peu plus, parce que les cacaos remontaient entre autres par le Rhône et tout. Et ça s'est arrêté à ce moment-là, avec la guerre et tout, et ça n'a pas redémarré. Donc, cette poignée d'industriels s'est accaparée le monde. Ils ont récupéré toutes les entreprises. Soit ils les ont rachetées, soit ils les ont récupérées au rabais, toutes ces entreprises. Ils les ont fermées ou elles sont fermées. Chaque fois, ils récupéraient les machines. Ils les détruisaient pour être sûrs que personne n'allait s'en servir. C'est pour ça que toutes les machines que l'on a rachetées, des nouvelles machines, on est allé les chercher en Allemagne, en Autriche et en Italie. En France, on ne trouve rien.

  • Diana Gochgarian

    Ok, d'accord.

  • Richard Sève

    Donc c'est... pathétique et c'est très triste.

  • Diana Gochgarian

    Là, on mène la concurrence parfois. Ok, d'accord. Et donc, à quel moment vous vous êtes dit ça ne peut plus durer ?

  • Richard Sève

    Moi, j'ai fait ce métier-là parce que j'adorais la pâtisserie et les gâteaux. Et donc, j'avais détecté qu'on pouvait également s'installer. Donc, moi, du départ, c'est fabriquer le produit à partir de la matière agricole. Alors, au début, vous faites un petit... peu comme tout le monde. Des choses, elles n'émergent pas comme ça. Donc au début, vous faites un petit peu comme tout le monde. Vous avez quand même votre idée. Et petit à petit, comme vous avez votre idée, vous tracez votre route. Et votre route, vous essayez de rester sur votre route, de ne pas trop tomber dans le fossé. Et ce qui vous donne, on va dire, ce qui vous rend un petit peu différent des autres. Et petit à petit, on est arrivé jusqu'à pouvoir avoir suffisamment de volume pour pouvoir prendre produire le chocolat. Parce qu'avoir des machines, c'est bien, c'est des machines anciennes et tout. Il faut savoir qu'à l'époque, on ne trouvait personne fabriquer des machines pour fabriquer du chocolat. Ou alors c'était des machines qui étaient énormes, qui coûtaient un ou deux millions d'euros et qui étaient grandes comme le bâtiment. Parce qu'elles s'étaient dédiées uniquement pour ces gros industriels. Donc ça, c'était surdimensionné pour nous. Déjà, non seulement on n'avait pas les moyens, et puis surdimensionné pour fabriquer du chocolat. Parce qu'il faut fabriquer du chocolat par rapport au volume que l'on peut distribuer derrière.

  • Diana Gochgarian

    Oui, bien sûr. Et puis, comme vous dites, il faut avoir la place de mettre ces machines et donc investir dans un nouveau bâtiment. Ça fait un coût énorme.

  • Richard Sève

    Voilà.

  • Diana Gochgarian

    D'accord. Et vous avez combien de kilos, de tonnes de fèves de chocolat qui transitent ?

  • Richard Sève

    On reçoit plusieurs tonnes de fèves de cacao chaque année. Et donc, forcément, on produit plusieurs tonnes de chocolat chaque année.

  • Diana Gochgarian

    Ok. Alors, justement, comment, quand on fait plusieurs tonnes de chocolat chaque année comme vous, quand on fait 20 000 galettes des rois chaque année aussi ?

  • Richard Sève

    25 000 ! 25 000,

  • Diana Gochgarian

    80 000 pour son guillemot par an, j'ai vu ça quelque part. Et qu'on est autant attaché que vous à l'artisanat, au fait main. Enfin, on le voit quand on passe dans vos... Dans vos laboratoires, on voit que le geste manuel est absolument primordial. Rien n'est fait par des machines, à part broyer. Comment on fait pour ne pas s'industrialiser quand on a de tels volumes ?

  • Richard Sève

    On reste sur des volumes, on va dire, qui sont artisanaux. Parce que même s'il y a plusieurs tonnes qui sont produites chaque année, on ne peut pas s'installer. On va dire l'année, elle dure quand même pendant 365 jours. Donc si on divise, on reste, on va dire, sur des périmètres qui sont complètement artisanaux.

  • Diana Gochgarian

    Et cet amour du savoir-faire, vous l'avez appris aussi, j'imagine, pendant votre formation. Aujourd'hui, vous, comment vous le transmettez ?

  • Richard Sève

    Eh bien, en fait, je l'ai forcément appris pendant ma formation, pendant mes expériences chez mes... différents patrons en sans suite, j'en ai pas eu 50 puisque je me suis installé tôt. Et après, on le transmet à nos collaborateurs, à nos apprenants au quotidien par la répétabilité. De toute façon, c'est quand vous êtes confronté au quotidien avec quelqu'un que vous vous nourrissez de la personne. Pourquoi un enfant chez monsieur A et un enfant dans la famille A et un enfant dans la famille B sont-ils ? qui habitent dans la même ville, ont des éducations parce qu'ils vont aller à l'école, mettons, dans la même école, mais ils seront différents parce que, je veux dire par là, chaque famille a des particularités qui leur sont propres. Il y a des familles qui préfèrent manger, il y a des familles qui préfèrent les vacances, il y a des familles qui préfèrent les voitures. Chacun est un petit peu différent et donc on cultive dans chaque famille, on va dire, une... à une sorte d'esprit.

  • Diana Gochgarian

    Et aujourd'hui, il y a combien de collaborateurs chez Sèvres ?

  • Richard Sève

    Il y a à peu près une cinquantaine de collaborateurs, plus des apprenants et tout. Il y a les temps partiels et tout. On parle au quotidien à peu près à 80 personnes.

  • Diana Gochgarian

    Ok. Et il y a des saisons peut-être où vous avez du renfort ?

  • Richard Sève

    Alors, il y a des saisons où on a du renfort, mais nous, on a du travail toute l'année puisqu'en fait, il faut tout produire. Quand on produit tout, on va dire qu'il y a des choses qu'il faut faire en amont. Un petit peu comme quand vous êtes à la maison, vous avez un jardin. Eh bien, quand c'est le moment des haricots, vous allez ramasser les haricots, vous allez faire vos conserves. Et après, quand ce sera l'hiver, vous allez sortir vos conserves pour manger avec le rôti, des choses comme ça. Donc forcément, quand vous fabriquez à partir de la matière agricole, il y a des périodes de l'année qui sont creuses au niveau des ventes, mais qui ont de l'importance sur la production parce que si vous ne faites pas... suffisamment de travail en amont, eh bien, le jour J, il va vous manquer de la matière puisqu'en fait, vous ne prenez pas votre téléphone pour dire qu'il faut livrer tant.

  • Diana Gochgarian

    Oui, par exemple, votre chocolat framboise...

  • Richard Sève

    Il faut prendre les framboises quand c'est l'été. Donc, en fait, nous sommes très fourmis et pas si gals du tout. Tandis que la société dans laquelle nous évoluons actuellement... en France et dans le monde, c'est plutôt une société qui est quand même cigale puisqu'en fait, les gens aiment surtout tout ce qui est one-shot et tout. Tandis que dans notre façon de faire, c'est une façon plutôt peut-être à l'ancienne qui peut être peut-être désuète, mais c'est ce qui fait notre force. Donc, c'est cigale. Fourmi. Fourmi,

  • Diana Gochgarian

    tout à fait. Et au-delà de cette capacité à s'économiser, à... Il y a aussi cette capacité à prévoir, moi, qui me bluffe. Moi, je ne suis pas très bonne pour ça. C'est-à-dire que moi, j'ai toujours mes idées, un peu au dernier moment, je me dis, ah tiens, c'est Pâques, j'ai une super idée de contenu, je vais faire ça. Mais c'est déjà presque un peu tard parce que, voilà, alors je le fais, mais du coup, je ne dors pas pendant quelques jours. Mais vous, non, en fait, vous êtes obligés, bien sûr, d'anticiper Noël, d'anticiper la Galette des Rois, d'anticiper la Saint-Valentin, Pâques. Vous avez un secret ?

  • Richard Sève

    Eh bien, en fait, on apprend au fil du temps, surtout. D'année en année, il faut essayer d'anticiper un petit peu plus, déjà par rapport aux collaborateurs, puisque les collaborateurs, je veux dire par là, ils vont faire leur journée de travail, et qu'il y ait plus de travail ou pas plus de travail, ils vont faire leur journée de travail. Et ça, je suis très regardant là-dessus, parce que je pars du principe, on est à fond quand on travaille, mais quand le travail est fini, Il y a une vie après le travail et donc je veux qu'ils pensent à autre chose pour être efficients dans leur travail le lendemain. Et donc, à cause de ça, on est obligé d'en anticiper puisqu'on a des périodes très hautes d'activité, des périodes qui sont plus basses. Donc les périodes basses, il ne faut pas qu'on se regarde dans le blanc des yeux. Et les périodes de forte activité, si on veut pouvoir répondre avec des produits de qualité, il faut en anticiper.

  • Diana Gochgarian

    Oui. Donc ça, c'est pour la partie production et pour toute la partie créativité, parce que ça tient une place importante aussi dans votre identité de marque. Il y a des nouveautés qui sortent en permanence, même s'il y a des rééditions, il y a aussi des nouvelles collections qui sont mises à jour chaque année. Il y a vraiment énormément de références. D'ailleurs, je ne sais pas si vous avez un nombre un peu de... Non, on ne se donne pas d'objectif à dire qu'il faut faire tant de créations. On fait des créations un petit peu comme vous allez au marché, vous dites, je ne sais pas ce que je vais manger. Vous voyez un joli poisson, on va faire du poisson. Vous voyez une jolie côte de bœuf, je vais faire une côte de bœuf. Ça se travaille un petit peu comme ça. Forcément, on a certains marronniers qu'il faut arriver à gérer. On utilise entre autres les périodes calmes pour faire les essais. pour faire les essais, donc on le fait en famille, avec les équipes, chacun met sa pierre à l'édifice pour que ça puisse bien se passer, parce qu'en fonction du service dans lequel évolue le collaborateur, il va avoir telle problématique à gérer, et chaque fois qu'on crée un nouveau produit, derrière, ça engendre forcément une problématique plus ou moins qui peut subvenir, donc à chacun d'apporter sa pierre à l'édifice, de dire oui, mais attention, il y a ça, ça. Parce que c'est bien d'avoir cette idée-là, mais ça va être trop long à réaliser. Enfin, il y a toujours quelque chose.

  • Richard Sève

    OK. Oui, il n'y a pas que le goût final qui compte, il y a aussi l'aspect pratique.

  • Diana Gochgarian

    L'aspect pratique, l'aspect, on va dire, économique, l'aspect, je ne veux pas dire par là, on est chef d'entreprise, donc il y a une réalité économique derrière, il ne faut pas l'oublier.

  • Richard Sève

    Oui, et puis il faut que les gâteaux se transportent. J'imagine qu'il y a plein de choses auxquelles vous devez penser. En tout cas, sur le processus créatif, c'est un petit peu au feeling quand même, au départ, au démarrage. L'idée, elle vous vient ?

  • Diana Gochgarian

    L'idée qui vient, qui germe, en fait, elle germe petit à petit de la rencontre avec des producteurs, des amis, les collaborateurs. Quand vous regardez les réseaux, quand vous regardez Internet, quand vous regardez la télé, quand vous allez voir des expositions, on va dire que c'est un tout qui fait que... on évolue dans une société et on a des capteurs et on se dit, ça, ça peut être pas mal. Et puis, le fait de discuter entre nous, on arrive à faire germer quelque chose.

  • Richard Sève

    Sur les idées qui vous viennent aussi, j'ai vu passer quelque part l'expression de carnet de tendance que vous auriez pendant vos voyages. Est-ce que j'ai peut-être mal compris ? Est-ce que vous avez... Parce que vous voyagez beaucoup, évidemment, pour aller vous-même dans les plantations de cacao. Est-ce que là-bas, vous prenez des notes ? C'est tout dans votre tête ? Comment vous répertoriez tout ça ?

  • Diana Gochgarian

    C'est beaucoup dans notre tête, puisqu'on ne prend pas forcément toujours le temps de réédiger ce qu'on devrait faire. Ce serait encore mieux. Il y aurait encore plus de matière. Mais globalement, il y a plein de rencontres qui sont faites. Et puis, avec tout ça, vous prenez des notes. directement dans votre tête, des photos dans votre tête. Et puis après, en échangeant, on arrive à faire germer quelque chose de nouveau.

  • Richard Sève

    Et sur votre mode de vie, vous voyagez beaucoup, vous travaillez beaucoup.

  • Diana Gochgarian

    Ça oui.

  • Richard Sève

    À quoi ressemble votre année ? À quoi ressemble vos journées aujourd'hui ?

  • Diana Gochgarian

    Mes journées, elles sont très remplies puisque j'arrive le matin à 5-6 heures et je pars le soir à 20. 21h, 22h. Oui,

  • Richard Sève

    c'est ça, parce que j'ai déjà reçu un mail de votre part à 5h du matin et le soir même, je vous ai vu faire les liqueurs dans les papillotes au moment de Noël.

  • Diana Gochgarian

    En fait, quand on est chef d'entreprise, il n'y a pas de césure finalement entre la vie privée et la vie professionnelle. Et donc finalement, on travaille un petit peu tout le temps sans s'en rendre compte. Mon métier, je ne le vois pas vraiment comme une profession. C'est un petit peu, on va dire, c'est une façon de faire. C'est un mode de vie. On se lève le matin parce qu'il y a plein de choses à faire. Donc, on est tout de suite dans la mouvance et tout. Et puis finalement, la journée a passé. On ne l'a pas vu passer. Et donc, il y a encore plein de choses à faire. Après, finalement, comme Gaël, ma femme, je la vois très peu la journée. Les collaborateurs, je les vois, comme on est quand même relativement nombreux, je les vois chacun, mais peu aussi. Donc, on fait de l'échange. Et entre autres, le dernier échange qui va être fait, ça va être avec Gaëlle, ma femme ou mes enfants. Donc, ça va être le soir, finalement, au moment du dîner.

  • Richard Sève

    OK. Et vos tâches au quotidien ? Vous continuez d'être au laboratoire, surtout en chocolaterie, non ?

  • Diana Gochgarian

    Alors ? Je suis ponctuellement au laboratoire en chocolaterie ou en pâtisserie, soit pour développer des nouvelles choses ou pour réorienter certaines choses, parce qu'on évolue en permanence. Il y a des gâteaux que l'on fait. qui sont classiques pour nous, des classiques, mais qui n'ont pratiquement plus rien à voir ou qui ont beaucoup muté par rapport au tout début. Ce qui est logique, on ne peut pas garder les mêmes choses indéfinies. Si on ne bouge pas, le gâteau devient désuet, il ne répond plus à tant de la clientèle. À l'époque, par exemple, quand on s'est installé, quelque chose qui est aberrant, ou quand j'ai démarré dans le métier, La crème chantilly, pour donner un exemple, était sucrée à 20-30%. Vous imaginez, 300 grammes de sucre pour un litre de crème. Maintenant, on met 8%, c'est-à-dire 80 grammes maximum.

  • Richard Sève

    Parce qu'on s'adapte au goût de l'époque aussi.

  • Diana Gochgarian

    On s'adapte au goût de l'époque, voilà. C'est pour ça qu'il faut être dans notre temps. Au début, quand on a démarré, on n'avait que des gâteaux. plutôt type crème au beurre ganache, tout simplement parce qu'on n'avait pas de banque réfrigérée déjà. Ça commençait à exister, mais nous, on n'en avait pas. Donc, on a fait des gâteaux qui répondaient, on va dire, avec les moyens qu'on avait.

  • Richard Sève

    Oui, oui. Et c'était une question que j'avais justement, vous avez du coup répondu en partie, mais en effet, comment est-ce qu'on reste garant d'un certain classicisme ? Parce que... Il y a aussi ça chez Sèvres, il y a des gâteaux qui existent depuis toujours. Il y a les pierres des Mondores qui sont votre confiserie. C'est peut-être pas une confiserie, comment on appelle ça ?

  • Diana Gochgarian

    Oui, c'est une confiserie.

  • Richard Sève

    Confiserie signature, voilà, depuis le début presque. Comment on fait le lien entre ça et comment on fait pour conserver une image moderne aussi ? Et il y a la communication, il y a tout le travail que vous faites, notamment avec Arthur, pour être visible sur les réseaux sociaux, raconter une histoire, montrer les coulisses. Mais il y a aussi le produit en lui-même, donc vous le transformez régulièrement. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Il y a des choses qui m'échappent peut-être, peut-être les packagings aussi ?

  • Diana Gochgarian

    C'est un tout en fait. Finalement, tout évolue un petit peu tout le temps. Pourquoi ? Parce qu'en fait, la société évolue, donc on se doit d'évoluer en même temps et on fait partie également intégrante de l'évolution du produit et de la profession. Vous regardez, à l'époque, comme je disais, un pâtissier, il avait une seule boutique. Tandis que maintenant, pratiquement tous les pâtissiers ont plusieurs points de vente. Tout simplement parce que de nos jours, on a besoin de moyens. on va dire, dans les laboratoires qui sont plus importants qu'à l'époque. À l'époque, vous aviez un plan de travail et un frigo, et puis en gros, vous faisiez tout. Tandis que maintenant, si on n'a que ça, ça ne peut plus fonctionner parce que c'est plus rationnel. Nos jours, il faut faire attention, par exemple, également au niveau des collaborateurs, c'est-à-dire tout ce qui est troubles musculosquelétiques, des choses comme ça. Donc, ça veut dire qu'il va falloir avoir des moyens, des machines pour limiter ces troubles et tout. Et donc... Il faut évoluer.

  • Richard Sève

    On a parlé du fait que vous travaillez avec Gaëlle, votre épouse, mais que vous ne la voyez pas beaucoup au quotidien pour autant. Parce qu'elle, elle s'occupe plutôt de la partie... Alors, elle a fait les beaux-arts, donc elle dessine beaucoup. Tout à fait. Comment vous répartissez un petit peu les rôles depuis le début ?

  • Diana Gochgarian

    Ça s'est fait naturellement du départ. Un petit peu comme dans un couple à la maison, on va dire. Il y a celui qui va faire à manger et celui qui va faire... le ménage ou qui va faire autre chose dans la maison, les travaux. Donc ça s'est fait naturellement. Moi, je suis plutôt quelqu'un, on va dire, de réservé. Et mon rôle en tant que professionnel, c'était d'assurer la partie production. Gaëlle, elle n'avait pas à savoir. À la base, elle s'en est imprégnée. Mais ce n'était pas son métier à la base. En revanche, elle avait appris la vente. Et c'était un petit peu plus inné pour elle et tout. Donc, forcément, elle s'est occupée de la partie commerciale, de discuter avec les clients et tout. Et c'est comme ça que ça a démarré. Et puis après, Gaël est plutôt maintenant sur la partie tout ce qui est développement de l'entreprise. Je suis devenu, on va dire, une vraie entreprise. Et moi, je continue à m'occuper de tout ce qui est... la partie production aussi bien gérer les équipes gérer on va dire tout ce qui est achats parce que les achats c'est très important si on veut faire des bons produits les relations avec les les paysans tous les partenaires et tout et Et puis après, il y a toute la partie communication qui est très importante dans une entreprise. Et là, c'est plus Arthur qui s'en occupe.

  • Richard Sève

    Et le nom de l'entreprise, c'est Sèvres, c'est votre nom de famille, ce n'est pas Richard Sèvres. La famille, c'est une place importante pour vous dans la gestion de votre entreprise ?

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait, parce qu'en fait, si j'avais mis souvent, vous voyez, le nom d'une pâtisserie, c'est un prénom et un nom. Moi je ne voulais pas ça du départ, je ne voulais pas que ça repose que sur moi, puisqu'en fait déjà à la base c'était un travail d'équipe familiale. Donc c'était le nom de famille, et le nom de famille ça regroupe aussi bien Madame, Monsieur, on va dire ensuite il y a les enfants et tout, et puis le nom Sèvres correspond bien de nos jours à l'essence, on va dire, de tout ce qui se passe au niveau RSE, qui à l'époque n'était pas du tout d'actualité dans les cas de nos jours.

  • Richard Sève

    Oui, tout à fait. Et peut-être parmi vos collaborateurs, il y en a d'autres qui travaillent en famille chez vous ?

  • Diana Gochgarian

    On a des collaborateurs. On a un collaborateur qui est là depuis 25 ans, le grand chef pâtissier, qui est dans l'entreprise et qui, maintenant, il y a d'ailleurs plusieurs de ses enfants.

  • Richard Sève

    D'accord.

  • Diana Gochgarian

    Avec nous, voilà, tout à fait. En fait, on a des collaborateurs qui sont là depuis plusieurs mois, voire une année. Ça remonte à 25 ou 27 ans.

  • Richard Sève

    Vous disiez que vous étiez plutôt réservé. Vous êtes aussi assez modeste. On vous voit peu, finalement, derrière ce nom qui est votre patronyme et qui ne porte pas votre prénom. C'est un effort que vous faites quand vous vous montrez ?

  • Diana Gochgarian

    Alors... En fait, ce qui est important, ce que vient chercher le client, c'est un produit. Un produit, forcément, qui va être emballé dans une boîte et c'est ça qui est important. Le professionnel qui est derrière, c'est bien, mais c'est un exécutant. Donc, en fait, je n'ai pas de raison particulière, on va dire, de me mettre en avant. Ce qui doit être mis en avant, on va dire, c'est la matière première et le produit final.

  • Richard Sève

    D'accord, voilà, c'est ça votre vision. Il y a aussi des pâtissiers qui ont construit toutes leurs identités de marques sur leur identité personnelle.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait. Après, tout dépend. Chacun a un égo qui lui est propre. Il n'y en a qu'un des égos plus surdimensionnés que d'autres. Moi, ce qui est important, l'égo, c'est le produit. Parce qu'en fait, c'est vraiment ce que vient chercher le client.

  • Richard Sève

    Et vous disiez tout à l'heure que vos collaborateurs, pour vous, c'est important qu'après le travail, ils sortent et qu'ils fassent autre chose. Vous, comment vous conciliez votre vie ? Alors, j'ai compris que votre vie professionnelle, c'est aussi votre vie personnelle. Évidemment que c'est un lifestyle, l'entrepreneuriat. Mais est-ce que vous avez des choses qui vous permettent de vous ressourcer vraiment ? Je ne sais pas, est-ce que vous faites du sport ?

  • Diana Gochgarian

    Oui, tout à fait. C'est important aussi d'avoir, même si on a des passions, il faut avoir une passion, mais il faut avoir les écoutilles qui soient… toujours en éveil et si vous êtes en permanence que dans votre labo ou dans votre entreprise vous regardez rien d'autre au bout d'un moment vous devenez bourru et puis vous pensez qu'au problème il n'y a rien qui va quand vous sentez on va dire le centre de la terre et puis à côté il n'y a rien qui va moi je fais du sport aussi donc le fait de faire du sport ça permet de s'extérioriser donc essentiellement en sport je cours Je fais des rentroutes, des marathons, des choses comme ça.

  • Richard Sève

    D'accord. Vous n'êtes pas que gourmand. Ça explique pourquoi vous avez encore la ligne, après 30 ans de carrière. OK. On peut peut-être parler de la place du design. On en a un petit peu parlé. Gaëlle dessine beaucoup. Arthur aussi, votre fils. Les packagings sont régulièrement refaits. Ils sont magnifiques. Les couronnes des rois sont dessinées par des artistes. Quelle place a l'esthétique dans votre métier ?

  • Diana Gochgarian

    La place à l'esthétique a toujours été importante dans notre métier. On l'a toujours traité un petit peu comme, surtout pour la période de Noël ou de Pâques, comme une collection, à l'instar un petit peu des maisons de couture. Parce qu'en fait, pourquoi ? On était sur une mouvance, on fait partie, on est dans la même génération. que Pierre Hermé qui lui, on va dire, est sur le devant de la scène à Paris, qui a tiré tout le métier de la pâtisserie vers le haut et donc étant, on va dire, dans la même mouvance, On fait un peu les mêmes choses, on peut dire, mais forcément à notre échelle.

  • Richard Sève

    Vous avez une renommée internationale maintenant. Pourtant, pour l'instant, vous avez fait le choix d'avoir une implantation de boutique très locale. Est-ce que c'est une ambition pour vous de vous développer ailleurs ? Vous avez le e-commerce qui vous permet de livrer.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait. Le e-commerce a permis d'être présent de partout. sans frontières, c'est une des vraies valeurs de tout ce qui est commerce en ligne. Après, on a fait un choix de rester local parce qu'en fait, déjà, l'entreprise est bâtie sur des capitaux familiaux. Et nous, notre objectif, c'est vraiment de faire plaisir à nos clients. Ça, c'est vraiment le... le postulat de départ. Donc, est-ce que le client aille gagner que l'on soit présent à Paris ou à Marseille ? Est-ce que nous, on a de l'intérêt pour les collaborateurs, pour l'entreprise et tout ? Peut-être que ça se fera un jour, peut-être pas, je ne sais pas. Il faut laisser le temps au temps. Il y a des choses, souvent, quand on a ouvert des boutiques, ça s'est fait un petit peu... naturellement en fait, sans trop... Il n'y a pas vraiment un plan de développement particulier qui dit, « Tiens, il faut qu'on le fasse. »

  • Richard Sève

    Oui, vous saisissez des opportunités.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait.

  • Richard Sève

    D'accord. Mais en tout cas, il n'y a pas de volonté de se développer ailleurs.

  • Diana Gochgarian

    Non, il n'y a pas de volonté parce qu'il n'y a pas de besoin particulier. Parce que souvent, quand il y a une volonté, c'est qu'il y a un besoin derrière ou il y a quelqu'un qui pousse.

  • Richard Sève

    Ce podcast, c'est un podcast qui est vraiment régional. Est-ce que vous avez un avis à nous partager sur ce que c'est qu'entreprendre en région Auvergne-Rhône-Alpes ou plus précisément en métropole de Lyon ?

  • Diana Gochgarian

    En région Auvergne-Rhône-Alpes ou surtout à Lyon, on est hyper bien placé. De part les axes routiers, ferroviaires et tout, Lyon entre Paris et la Côte d'Azur et puis les Alpes, il y a un pouvoir d'achat. qui est relativement important puisqu'il y a énormément d'entreprises. Les entreprises se développent, il n'y a pas de déclin sur le Grand Lyon, sur la région Rhône-Alpes. Et la population ne fait que croître, donc il y a plein de choses à faire.

  • Richard Sève

    Ok, ça me fait penser d'ailleurs, vous avez sûrement une activité aussi, vous, en B2B, vous vendez aussi à des entreprises pour des événements, pour je ne sais pas.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait, on vend également à quelques entreprises et tout. Mais ce n'est pas notre cheval de bataille. On le fait parce qu'on sait faire, on est pertinent, mais ce n'est pas quelque chose que l'on cherche à développer. On va dire que c'est de l'information rentrante.

  • Richard Sève

    D'accord. Et si vous deviez revenir en arrière, qu'est-ce que vous feriez différemment ? Et à l'inverse, qu'est-ce que vous feriez absolument ? Referiez absolument ?

  • Diana Gochgarian

    Ouh là ! Ça, c'est une grande question. Non. Du départ, en fait, on n'avait pas du tout imaginé que l'on serait ce que l'on est devenu. En fait, c'est vivre une vie. Donc, en fait, vous ne savez pas exactement ce que vous allez être dans 20 ou 30 ans. Donc, est-ce qu'on aurait fait mieux ou moins bien ? Je ne sais pas.

  • Richard Sève

    Vous n'avez pas de regrets, des opportunités manquées ou au contraire des grosses erreurs que vous avez l'impression d'avoir faites ?

  • Diana Gochgarian

    Non, on n'a pas d'erreurs qui nous ont pénalisé. Des regrets, non, parce qu'en fait, on est heureux au quotidien. J'ai une famille formidable, des collaborateurs qui sont formidables également, des clients fidèles, heureux. Donc, que demander mieux finalement ?

  • Richard Sève

    Et alors, ce que vous referiez absolument ou en tout cas, ce que vous pourriez conseiller à des bébés entrepreneurs ? des gens moins avancés, en tout cas dans leur projet, qu'est-ce que vous pourriez conseiller ?

  • Diana Gochgarian

    Alors, ce qu'il faut surtout, nos jours, par exemple, les nouvelles générations veulent aller très vite. Et ça, il faut être vigilant, parce que le fait d'aller très vite, souvent, vous boulez les ailes. Quand vous allez doucement, même si vous commencez à tomber, vous relevez facilement. Le fait d'aller très vite, plus vous allez vite, plus la chute est brutale.

  • Richard Sève

    D'accord. Donc, il faut être audacieux, comme vous l'avez dit tout à l'heure, et oser certaines choses, mais en restant, enfin, en mesurant les risques.

  • Diana Gochgarian

    Il faut mesurer les risques. Surtout, on va dire, quand on est dans une entreprise, sinon, c'est vite la catastrophe.

  • Richard Sève

    D'accord. Merci beaucoup pour ce partage d'expérience. C'était passionnant.

  • Diana Gochgarian

    Merci beaucoup.

  • Richard Sève

    Et à bientôt.

  • Diana Gochgarian

    À bientôt.

  • Richard Sève

    Et voilà, c'est la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous aura plu. Si vous appréciez ce podcast et avez envie de contribuer à le faire perdurer, sachez que vous pouvez distribuer 5 précieuses étoiles sur l'appli Apple Podcast et que je lirai tous vos commentaires avec beaucoup d'attention. Vous pouvez aussi en parler autour de vous aux entrepreneurs et entrepreneuses, dirigeants, dirigeantes de votre entourage et de manière générale, toutes les personnes intéressées par la thématique de l'entrepreneuriat. Je vous remercie pour votre soutien et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode.

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Richard Sève : c’est l’un des plus grands chocolatiers au monde, une fierté de la pâtisserie fine à la française, et évidemment, une très grande réussite entrepreneuriale lyonnaise. Avec aujourd'hui 8 points de vente physiques dans la métropole, un site e-commerce qui livre jusqu’au bout du monde, un grand laboratoire de pâtisserie, un musée-manufacture du chocolat plus grand encore, des milliards de vues sur TikTok, et j’en passe, Richard Sève nous a raconté son histoire, qui a démarré en 1991 avec le rachat d'une jolie petite pâtisserie à Champagne-au-Mont-d'Or...


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  • Diana Gochgarian

    Bonjour, je suis Diana Gauchegarian et je vous accueille dans le premier podcast qui parle d'entrepreneuriat en Auvergne-Rhône-Alpes. Je vous emmène à la rencontre d'entrepreneurs et d'entrepreneuses qui forcent l'admiration et vous racontent leur parcours en toute transparence, mais aussi de prestataires de services, expertes et experts dans leur domaine, qui vous donnent des clés pour réussir dans votre propre cheminement professionnel. Mon espoir ? Que ces héros et héroïnes locaux participent à vous emplir d'inspiration, de motivation et de confiance dans votre ambition à créer, vous aussi. dans une région à la fois si riche et si dynamique. Que vous vous trouviez déjà à bord des montagnes russes de l'entrepreneuriat ou que vous aimiez tout simplement observer les téméraires qui osent y grimper, je vous souhaite la bienvenue parmi une communauté de formidables business makers ronalpins et auvergnats. Bienvenue dans le podcast Isacna. Ce podcast est soutenu par Evolème, une merveilleuse holding d'investissement familial lyonnaise qui consacre en grande partie son énergie à faire grandir des PME françaises. Merci à eux pour leur confiance. Et maintenant, place à l'épisode. Richard Sève C'est l'un des plus grands chocolatiers au monde, une fierté de la pâtisserie fine à la française et évidemment une très grande réussite entrepreneuriale lyonnaise. L'histoire commence en 1991 dans une petite pâtisserie du très chic village de Champagne-aux-Mondeurs où le gourmand Richard et son épouse Gaëlle, à peine vintenaires l'un et l'autre, se rêvent entrepreneurs. 33 ans plus tard, la maison sève ses 8 points de vente physiques dans la métropole, un site e-commerce qui livre jusqu'au bout du monde, un grand laboratoire de pâtisserie, un musée manufacture du chocolat plus grand encore, des milliards de vues sur TikTok et j'en passe. Bien sûr, cette machine à régaler a toujours su rester artisanale, car on a le goût de l'excellence où on ne l'a pas. Chaque année, 20 000 bûches de Noël, 25 000 galettes des rois, 80 000 oursons guimauves et 300 tonnes de fèves de cacao passent entre des mains dont le geste est d'une précision exemplaire et n'échappent pas à la révision perpétuelle du grand maître. Car Sève réussit l'exploit d'allier tradition et modernité en innovant sans cesse pour avoir toujours un temps d'avance. Richard Sèvres, c'est aussi une générosité infinie et une immense modestie que j'admire secrètement depuis des années. et de plus en plus à mesure que je connais la maison. Je l'ai rencontrée au Musco, au beau milieu d'un bureau jusqu'auquel montaient des effluves de chocolat et vous entendrez d'ailleurs dans cet épisode le bruit des machines à torréfier les précieuses fèves pour une immersion parfaite. Je vous laisse écouter notre conversation et j'espère que vous y glanerez autant d'inspiration que moi. Bonjour Richard.

  • Richard Sève

    Bonjour Diana.

  • Diana Gochgarian

    Merci beaucoup d'être avec moi aujourd'hui. Ça sent le chocolat. On est au Musco.

  • Richard Sève

    Tout à fait.

  • Diana Gochgarian

    Alors bon, je ne sais pas si on va pouvoir goûter, mais moi je ne vais peut-être pas tenir toute l'interview sans goûter. Ça fait pour ! On est réunis aujourd'hui pour parler d'entrepreneuriat. Vous êtes une belle réussite entrepreneuriale. Ça fait plus de 30 ans en fait que vous avez démarré votre activité. Donc voilà, j'aimerais que vous puissiez me raconter votre parcours, votre histoire, vos projets d'avenir. Vous êtes... Classé parmi les 10 meilleurs chocolatiers de France depuis les années 2000, vous êtes membre de l'association Relais des Sers, membre de l'Académie française du chocolat et de la confiserie. On parle de votre galette comme la meilleure galette des rois du monde. Vous avez la belle entreprise du patrimoine vivant. Bref, d'où vous vient ce goût de l'excellence ?

  • Richard Sève

    Depuis tout petit, j'ai toujours aimé les belles choses, les bonnes choses, puisqu'en fait, je suis gourmand.

  • Diana Gochgarian

    Vous avez des parents peut-être qui sont dans ce milieu-là ou pas du tout ?

  • Richard Sève

    Mes parents ne sont pas du tout dans le milieu de la gastronomie, puisqu'ils étaient dans le bâtiment. Simplement, à la maison, on a toujours aimé fabriquer des gâteaux et manger des gâteaux. En fait, nous sommes gourmands et nous aimons les choses, les gâteaux, les chocolats qui ont du goût, des vraies choses faites avec des bons produits du terroir.

  • Diana Gochgarian

    D'accord, donc ça vient quand même pas mal de l'éducation. Ces 30 années de travail, ça a été des années aussi pour aller chercher cette excellence. Vous avez beaucoup évolué entre... entre les années 90 et aujourd'hui. On parlera tout à l'heure peut-être de votre façon de faire le chocolat qui n'est plus du tout la même qu'au démarrage. Il y a une quête perpétuelle de s'améliorer ?

  • Richard Sève

    Tout à fait, une quête de l'excellence perpétuelle. Nous sommes dans une société qui évolue en permanence, on ne peut pas le nier. Donc derrière, à nous de faire en sorte de rester dans le train et d'être tout le temps, on va dire, nous sommes tout le temps en veille. pour pouvoir trouver les meilleurs partenaires, les meilleurs producteurs, les meilleurs collaborateurs.

  • Diana Gochgarian

    Alors, on va revenir un petit peu en arrière. Il y a 30 ans, quand vous achetez la pâtisserie du village de Champagne au Mont d'Or, qui est-ce que vous êtes à cette époque ?

  • Richard Sève

    J'étais tout jeune puisque j'avais 23 ans. Et avec ma femme Gaëlle qui avait 21 ans, on cherchait une maison. à reprendre une maison pour pouvoir s'installer, puisqu'en fait, moi, j'avais voulu faire pâtissier depuis tout petit pour deux raisons. Il y avait la première raison, parce que je suis gourmand, j'aimais faire des gâteaux. Et une deuxième raison, j'avais détecté qu'on pouvait être chef d'entreprise. Et pour moi, mes parents étant, on va dire, issus de ce milieu-là, c'était naturel. Donc Gaëlle était tout à fait partante, donc on a regardé pour trouver une maison pour pouvoir s'installer. Et puis il y avait cette maison à Champagne-aux-Mondeurs, c'est-à-dire au nord de Lyon, sachant que Champagne c'est limite à Lyon, puisque le panneau Lyon est au bout de la rue, et donc ce sont les beaux quartiers de Lyon, et donc cette maison était à vendre, elle nous a plu. Donc, on a jeté notre dévolu dessus. C'est une maison qui datait depuis 1905, qui avait toujours eu une très bonne réputation parce qu'en fait, les différents propriétaires qu'il y a eu depuis 1905 ont tous fait à peu près carrière ici puisqu'ils ont tous resté entre 30 et 40 ans. Donc, forcément, il n'y en a pas eu beaucoup, ils n'en auront plus. Et pourquoi ? Parce qu'en fait, quand vous êtes dans une maison où les gens font carrière, surtout dans un village, les enfants... des propriétaires, aller à l'école avec les enfants des clients. Et donc, quand vos clients deviennent également vos amis, vous ne pouvez pas faire n'importe quoi. Vous ne pouvez faire que des bonnes choses et avoir une très bonne réputation. Et c'est ce qui nous a plu, on va dire, en postulat de départ.

  • Diana Gochgarian

    OK. Et vous aviez déjà repéré que c'était aussi une maison qui avait fait la véritable tarte aux pralines. Tout ça, c'était... C'était conscientisé à l'époque ou c'est aujourd'hui, avec le recul, que vous trouvez que c'est une super opportunité marketing aussi ?

  • Richard Sève

    Non, ce n'était pas du tout conscientisé, comme vous dites au départ. Il y avait différentes choses qui étaient faites dans cette maison, comme quand on reprend une maison. Il y a des choses qui font partie du patrimoine de la maison et en fait, on a mis en exergue ces savoir-faire qui étaient dans la maison. utiliser les anciennes machines, les restaurer et tout, pour garder ce côté artisanal et ses recettes ancestrales. Et on les a développées, on les a améliorées. La tarte à la praline, je l'ai un petit peu améliorée, je l'ai un petit peu modifiée pour la rendre plus au goût du jour. Il faut savoir qu'à l'époque, la tarte à la praline, c'était très confidentiel. Il n'y en avait pratiquement que là. on n'entendait pas parler et puis de fil en aiguille c'est devenu une spécialité lyonnaise, une grande spécialité lyonnaise, on en trouve de partout. Il y en a même qui en font sans praline, ça c'est pas bien. Et donc maintenant la tarte à la praline c'est une grande spécialité, mais à l'époque c'était la spécialité de la maison uniquement.

  • Diana Gochgarian

    Donc à l'époque vous êtes un jeune gourmand. avide d'aventure entrepreneuriale et vous démarrez tout de suite l'aventure en couple. Comment est-ce que vous avez rencontré Gaël ?

  • Richard Sève

    Comment j'ai rencontré Gaël ? Moi, je suis originaire de Fontaine-sur-Saône, donc le Val-de-Saône. Gaël est originaire de Collange-aux-Mondeurs. Et bien, il y a la Saône qui nous sépare. Donc, en fait, on s'est rencontrés via des amis communs et puis, ça a tout de suite matché et puis ça continue.

  • Diana Gochgarian

    Alors aujourd'hui, Seb, c'est 8 boutiques, un site marchand, vous livrez dans le monde entier.

  • Richard Sève

    Tout à fait.

  • Diana Gochgarian

    C'est des millions de vues sur TikTok, grâce à Arthur, votre fils, notamment. Des ateliers, des cours de pâtisserie, un musée du chocolat. Comment toutes ces idées se sont développées au fil du temps ? Comment on est passé de cette pâtisserie de Champagne au Mont d'Or, qui était une pâtisserie historique, et vous dites vous-même, il y a d'autres personnes qui avaient géré cette entreprise, qui étaient restées finalement... siégé à Champagne et qui n'a pas dépassé les frontières de Champagne au monde. Alors, comment vous, vous avez fait évoluer l'entreprise ? Par quelle étape vous avez procédé ? Parce que moi, c'est vrai que je découvre l'histoire 30 ans plus tard, enfin un petit peu avant quand même, parce que j'ai goûté vos gâteaux avant, mais je m'intéresse à l'histoire aujourd'hui. Et c'est vrai qu'on se dit, mais comment on arrive à faire tout ça ? Comment ça s'est passé pendant ces 30 années ?

  • Richard Sève

    En fait, on a évolué dans notre époque. Tout simplement, il faut savoir qu'à l'époque, les... les pâtissiers ne faisaient des chocolats pratiquement que de la Toussaint à Pâques. Pourquoi ? Parce que quand il fait trop chaud, c'est compliqué de fabriquer du chocolat. A l'époque, il n'y avait que le magasin qui était climatisé, il n'y avait pas de banque réfrigérée. Donc quand il commençait à faire trop chaud après Pâques, le pâtissier chocolatier rangeait ses gamelles de chocolat et il les ressortait pour la Toussaint. Et moi, du départ, j'ai dit, je vais faire du chocolat, mais je vais en faire toute l'année. Parce que si on présente des chocolats, on a des chances d'en vendre. Si on n'en présente pas, c'est sûr qu'on n'en vend pas. Donc, au tout début, on n'avait que la boutique qui était climatisée. Et j'attendais que la boutique ferme et j'allais tremper mes chocolats dans le magasin le soir. Donc, il fallait vraiment le croire. J'étais vraiment un peu pris pour un fou. Et puis, de fil en aiguille, le fait de proposer. des chocolats au client, de proposer des choses très fines et tout, le développement de la clientèle a été exponentiel. Et petit à petit, il faut savoir qu'à l'époque, le pâtissier chocolatier avait une seule boutique. C'est-à-dire, en principe, il y avait Madame devant, Monsieur derrière, et puis ça s'arrêtait là, avec quelques collaborateurs. personne n'avait plusieurs boutiques. Les seuls qui avaient plusieurs boutiques à ce moment-là, c'était Dalloyaux et Le Nôtre à Paris. Donc, ce n'était pas commun. Nous sommes en province. Mais très rapidement, Gaëlle a détecté que nos clients allaient au Halle de Lyon. Et quand ils revenaient, ils s'arrêtaient chez nous et ils parlaient avec Gaëlle et tout. Et donc, assez rapidement, Gaëlle a détecté que ce serait peut-être pas mal que l'on s'installe dans les Halles. Vous savez, avec Gaëlle. Quand on y est allé, c'était moribond. Il y avait beaucoup de lots fermés, personne n'en voulait. Le lot où on est, il était fermé depuis 5 ans, donc vous imaginez un peu. Personne n'en voulait. C'était un des plus gros lots des Halles puisque c'était une ancienne poissonnerie. Et cette poissonnerie était très importante sur la place de Lyon. elle fournissait même à l'époque les moules pour Carrefour. Donc vous voyez à peu près les volumes. Après, il y a eu une succession. A priori, les successeurs n'ont pas pris le train dans le bon sens, on peut dire. Et donc l'entreprise, elle avait coulé, donc c'est resté fermé pendant cinq ans. Et donc quand on s'est installé là-bas, moi dans le métier, ils me disaient, mes confrères, tu ne vas pas travailler là-bas. Tu vas travailler de la Toussaint à Pâques et puis après, tu vas manger tout ce que tu as gagné. Bon, nous, on y croyait. Donc, on a investi gros. C'était qui ? Tout double à l'époque.

  • Diana Gochgarian

    C'était en quelle année l'investissement ?

  • Richard Sève

    Les Halles, ça remonte à 25 ans, je crois à peu près. Je ne sais plus exactement.

  • Diana Gochgarian

    C'était longtemps après l'ouverture de Champagne en fait.

  • Richard Sève

    Oui, une dizaine d'années, je pense, après l'ouverture de Champagne. Et... Donc, on a fait des gros travaux, on s'est installés et du jour au lendemain, quand on a ouvert, les commerces autour ont fait 35% de chiffre d'affaires en plus. Donc, autant dire que ça leur a plu. C'est pour ça qu'on a été très, très bien accueillis. Parce qu'en fait, on est dans un endroit où plus personne n'investissait depuis pas mal d'années. Donc, il devenait moribond. Le fait que nous, on ait osé investir. On est osé faire quelque chose qui soit sympa, en plus de la porte d'entrée et tout. Leur chiffre d'affaires a explosé. Donc là, ils ont demandé à Gaëlle, ma femme, ils l'ont demandé si elle était d'accord pour prendre la présidence des Halles. Et puis, ils l'ont élue à la présidence des Halles. Et puis, suite à ça, Gaëlle, avec les chambres consulaires, la ville de Lyon, l'Europe et tout, ils ont récupéré des fonds du FISAC et tout. pour rénover les Halles de Lyon. C'est à ce moment-là que les Halles de Lyon ont été rénovées. Et comme Gaëlle est originaire de Colonge, son grand-père jouait à l'époque au boule avec le papa de Paul Bocuse. Donc il y avait une histoire un peu familiale et amicale. Donc elle lui a demandé s'il voulait prêter son nom pour rebaptiser les Halles de Lyon en Halles de Lyon Paul Bocuse. Et puis il était ravi parce que c'était un lieu qu'il affectionnait particulièrement. Après, le train est reparti dans quelque chose qui a été en haut de l'affiche, qui était tombé très bas et est remonté maintenant. C'est un lieu qui est affectionné aussi bien par les Lyonnais qui adorent venir faire leurs courses dans l'Alpes parce qu'ils trouvent les meilleurs produits de la région. Et également, c'est un lieu où tous les touristes passent, tous les touristes qui viennent à Lyon viennent au HAL. Et il y a eu des études qui ont été faites, je crois, par l'Office du tourisme. C'est l'endroit qu'ils préfèrent à Lyon. Parce que les Halles de Lyon, à Paul Bocuse maintenant, sont uniques en France. On n'en trouve pas d'autres comme ça en France. Il y a des Halles un peu dans toutes les villes, mais c'est jamais comme ça qu'ils sont ouverts déjà tout le temps.

  • Diana Gochgarian

    C'est génial comme histoire. Donc en fait, il aura fallu le flair de Gaëlle. Finalement, ça lui est venu parce qu'elle parlait beaucoup aux clients. Donc écouter les clients, c'est une bonne leçon.

  • Richard Sève

    Ah ben bien sûr, parce que le client, c'est celui qui nous fait vivre.

  • Diana Gochgarian

    Et de l'audace aussi, parce qu'investir là-bas, en effet, ça ne paraissait pas évident. Donc voilà, ça c'est pour la boutique des Halles. Et après, il y en a eu d'autres ?

  • Richard Sève

    Après, il y a eu d'autres boutiques. Donc on avait été approché par les galeries Lafayette qui voulaient qu'on reproduise la même chose dans les galeries Lafayette de Bron. On a ouvert Quai Saint-Antoine, c'est un petit peu la carte postale de Lyon. Quai Saint-Antoine, vous avez ce quai qui est magnifique là, face à Fourvière, avec tous ces arbres et tout. On a ouvert après, qu'est-ce qu'il y a eu ? Il y a eu Craponne-la-Croix. Rousse récemment. Donc après, on avait ouvert, on manquait de place chaque fois, donc on a agrandi les laboratoires et tout. On avait construit un premier laboratoire avant d'ouvrir Oual à Champagne-Mondeur et après on manquait vraiment toujours de place. Donc pour délocaliser toute la partie chocolaterie, c'est là où on a construit ce bâtiment dans le parc du Puy-d'Or à Limonnet, donc un parc qui est magnifique, qui est dédié plutôt... à tout ce qui est entreprise de l'univers informatique. Et donc là, ce qui plaisait également à la Serle et tout, c'est ce côté artisanal. Et donc, on a installé toutes nos anciennes machines pour fabriquer du chocolat. On a sourcé des nouvelles et tout. Et au lieu d'être en vase clos, fermé, on a également adjoint ce fameux musée.

  • Diana Gochgarian

    Ok, donc le laboratoire de pâtisserie est resté à Champagne-le-Monde d'or. Ici, on fabrique le chocolat.

  • Richard Sève

    Voilà.

  • Diana Gochgarian

    On peut venir visiter. Donc, c'est une collection privée.

  • Richard Sève

    Voilà, c'est un, on va dire, c'est une sorte de cabinet de curiosité. Donc, vous avez un premier espace qui est dédié plutôt à l'histoire du chocolat, d'où vient le chocolat. Ensuite, dans les plantations, un film immersif dans une plantation de cacao avec laquelle on travaillait au Mexique, dans l'état du Tabasco. Et puis, toute la partie production du chocolat, de la fève à la tablette, qui est vitrée. Donc, en fait, on voit les vrais gens travailler.

  • Diana Gochgarian

    Ok, donc ça, on va en parler, justement. Donc, vous êtes chocolatier bean to bar, on dit aujourd'hui, donc de la fève à la tablette. Ça n'a pas toujours été le cas.

  • Richard Sève

    Tout à fait. Au tout début, je veux dire, par là, on n'avait pas… Déjà, ça n'existait pas.

  • Diana Gochgarian

    Ça n'existait pas,

  • Richard Sève

    voilà. remonter parce qu'aujourd'hui on a l'expression de bing to bar mais comment vous vous êtes dit non je vais plutôt aller chercher mes fèves de cacao alors le bing to bar c'est un terme qui vient on va dire qui est anglo-saxon il faut savoir que jusqu'aux années 50 il n'y avait que des artisans qui fabriquaient du chocolat et puis il y a eu la guerre qui a fait arrêter tous les outils de production plein de gens ne sont pas revenus Quand vous arrêtez quelque chose, c'est compliqué de le relancer. Il y a du savoir-faire qui se perd. Il y a des mutations qui se font. Regardez, là, on parle de mutations actuelles de la société suite à la pandémie de la Covid. Et donc, vous imaginez une guerre comme il y a eu la guerre de 39-45. Là, les mutations, elles ont été vraiment phénoménales. Et donc, dans les années 50, c'est à ce moment-là où une poignée... d'industriel, quand je dis une poignée, c'est une poignée d'industriel, s'est accaparé le monde, a dit, on va faire du chocolat pour tout le monde, et les chocolatiers, les pâtissiers, ils font, ils feront refondre les blocs de chocolat, et puis ils les mouleront et ça ira très bien.

  • Diana Gochgarian

    Vous voulez dire qu'avant les années 50, les chocolatiers torréfiaient déjà leurs fèves ?

  • Richard Sève

    Et on était dans la région, en France, où il y avait le plus de chocolaterie. Parce qu'où il y avait le plus de chocolaterie, c'était Lyon-Saint-Etienne. C'est là où il y en avait vraiment le peu plus, parce que les cacaos remontaient entre autres par le Rhône et tout. Et ça s'est arrêté à ce moment-là, avec la guerre et tout, et ça n'a pas redémarré. Donc, cette poignée d'industriels s'est accaparée le monde. Ils ont récupéré toutes les entreprises. Soit ils les ont rachetées, soit ils les ont récupérées au rabais, toutes ces entreprises. Ils les ont fermées ou elles sont fermées. Chaque fois, ils récupéraient les machines. Ils les détruisaient pour être sûrs que personne n'allait s'en servir. C'est pour ça que toutes les machines que l'on a rachetées, des nouvelles machines, on est allé les chercher en Allemagne, en Autriche et en Italie. En France, on ne trouve rien.

  • Diana Gochgarian

    Ok, d'accord.

  • Richard Sève

    Donc c'est... pathétique et c'est très triste.

  • Diana Gochgarian

    Là, on mène la concurrence parfois. Ok, d'accord. Et donc, à quel moment vous vous êtes dit ça ne peut plus durer ?

  • Richard Sève

    Moi, j'ai fait ce métier-là parce que j'adorais la pâtisserie et les gâteaux. Et donc, j'avais détecté qu'on pouvait également s'installer. Donc, moi, du départ, c'est fabriquer le produit à partir de la matière agricole. Alors, au début, vous faites un petit... peu comme tout le monde. Des choses, elles n'émergent pas comme ça. Donc au début, vous faites un petit peu comme tout le monde. Vous avez quand même votre idée. Et petit à petit, comme vous avez votre idée, vous tracez votre route. Et votre route, vous essayez de rester sur votre route, de ne pas trop tomber dans le fossé. Et ce qui vous donne, on va dire, ce qui vous rend un petit peu différent des autres. Et petit à petit, on est arrivé jusqu'à pouvoir avoir suffisamment de volume pour pouvoir prendre produire le chocolat. Parce qu'avoir des machines, c'est bien, c'est des machines anciennes et tout. Il faut savoir qu'à l'époque, on ne trouvait personne fabriquer des machines pour fabriquer du chocolat. Ou alors c'était des machines qui étaient énormes, qui coûtaient un ou deux millions d'euros et qui étaient grandes comme le bâtiment. Parce qu'elles s'étaient dédiées uniquement pour ces gros industriels. Donc ça, c'était surdimensionné pour nous. Déjà, non seulement on n'avait pas les moyens, et puis surdimensionné pour fabriquer du chocolat. Parce qu'il faut fabriquer du chocolat par rapport au volume que l'on peut distribuer derrière.

  • Diana Gochgarian

    Oui, bien sûr. Et puis, comme vous dites, il faut avoir la place de mettre ces machines et donc investir dans un nouveau bâtiment. Ça fait un coût énorme.

  • Richard Sève

    Voilà.

  • Diana Gochgarian

    D'accord. Et vous avez combien de kilos, de tonnes de fèves de chocolat qui transitent ?

  • Richard Sève

    On reçoit plusieurs tonnes de fèves de cacao chaque année. Et donc, forcément, on produit plusieurs tonnes de chocolat chaque année.

  • Diana Gochgarian

    Ok. Alors, justement, comment, quand on fait plusieurs tonnes de chocolat chaque année comme vous, quand on fait 20 000 galettes des rois chaque année aussi ?

  • Richard Sève

    25 000 ! 25 000,

  • Diana Gochgarian

    80 000 pour son guillemot par an, j'ai vu ça quelque part. Et qu'on est autant attaché que vous à l'artisanat, au fait main. Enfin, on le voit quand on passe dans vos... Dans vos laboratoires, on voit que le geste manuel est absolument primordial. Rien n'est fait par des machines, à part broyer. Comment on fait pour ne pas s'industrialiser quand on a de tels volumes ?

  • Richard Sève

    On reste sur des volumes, on va dire, qui sont artisanaux. Parce que même s'il y a plusieurs tonnes qui sont produites chaque année, on ne peut pas s'installer. On va dire l'année, elle dure quand même pendant 365 jours. Donc si on divise, on reste, on va dire, sur des périmètres qui sont complètement artisanaux.

  • Diana Gochgarian

    Et cet amour du savoir-faire, vous l'avez appris aussi, j'imagine, pendant votre formation. Aujourd'hui, vous, comment vous le transmettez ?

  • Richard Sève

    Eh bien, en fait, je l'ai forcément appris pendant ma formation, pendant mes expériences chez mes... différents patrons en sans suite, j'en ai pas eu 50 puisque je me suis installé tôt. Et après, on le transmet à nos collaborateurs, à nos apprenants au quotidien par la répétabilité. De toute façon, c'est quand vous êtes confronté au quotidien avec quelqu'un que vous vous nourrissez de la personne. Pourquoi un enfant chez monsieur A et un enfant dans la famille A et un enfant dans la famille B sont-ils ? qui habitent dans la même ville, ont des éducations parce qu'ils vont aller à l'école, mettons, dans la même école, mais ils seront différents parce que, je veux dire par là, chaque famille a des particularités qui leur sont propres. Il y a des familles qui préfèrent manger, il y a des familles qui préfèrent les vacances, il y a des familles qui préfèrent les voitures. Chacun est un petit peu différent et donc on cultive dans chaque famille, on va dire, une... à une sorte d'esprit.

  • Diana Gochgarian

    Et aujourd'hui, il y a combien de collaborateurs chez Sèvres ?

  • Richard Sève

    Il y a à peu près une cinquantaine de collaborateurs, plus des apprenants et tout. Il y a les temps partiels et tout. On parle au quotidien à peu près à 80 personnes.

  • Diana Gochgarian

    Ok. Et il y a des saisons peut-être où vous avez du renfort ?

  • Richard Sève

    Alors, il y a des saisons où on a du renfort, mais nous, on a du travail toute l'année puisqu'en fait, il faut tout produire. Quand on produit tout, on va dire qu'il y a des choses qu'il faut faire en amont. Un petit peu comme quand vous êtes à la maison, vous avez un jardin. Eh bien, quand c'est le moment des haricots, vous allez ramasser les haricots, vous allez faire vos conserves. Et après, quand ce sera l'hiver, vous allez sortir vos conserves pour manger avec le rôti, des choses comme ça. Donc forcément, quand vous fabriquez à partir de la matière agricole, il y a des périodes de l'année qui sont creuses au niveau des ventes, mais qui ont de l'importance sur la production parce que si vous ne faites pas... suffisamment de travail en amont, eh bien, le jour J, il va vous manquer de la matière puisqu'en fait, vous ne prenez pas votre téléphone pour dire qu'il faut livrer tant.

  • Diana Gochgarian

    Oui, par exemple, votre chocolat framboise...

  • Richard Sève

    Il faut prendre les framboises quand c'est l'été. Donc, en fait, nous sommes très fourmis et pas si gals du tout. Tandis que la société dans laquelle nous évoluons actuellement... en France et dans le monde, c'est plutôt une société qui est quand même cigale puisqu'en fait, les gens aiment surtout tout ce qui est one-shot et tout. Tandis que dans notre façon de faire, c'est une façon plutôt peut-être à l'ancienne qui peut être peut-être désuète, mais c'est ce qui fait notre force. Donc, c'est cigale. Fourmi. Fourmi,

  • Diana Gochgarian

    tout à fait. Et au-delà de cette capacité à s'économiser, à... Il y a aussi cette capacité à prévoir, moi, qui me bluffe. Moi, je ne suis pas très bonne pour ça. C'est-à-dire que moi, j'ai toujours mes idées, un peu au dernier moment, je me dis, ah tiens, c'est Pâques, j'ai une super idée de contenu, je vais faire ça. Mais c'est déjà presque un peu tard parce que, voilà, alors je le fais, mais du coup, je ne dors pas pendant quelques jours. Mais vous, non, en fait, vous êtes obligés, bien sûr, d'anticiper Noël, d'anticiper la Galette des Rois, d'anticiper la Saint-Valentin, Pâques. Vous avez un secret ?

  • Richard Sève

    Eh bien, en fait, on apprend au fil du temps, surtout. D'année en année, il faut essayer d'anticiper un petit peu plus, déjà par rapport aux collaborateurs, puisque les collaborateurs, je veux dire par là, ils vont faire leur journée de travail, et qu'il y ait plus de travail ou pas plus de travail, ils vont faire leur journée de travail. Et ça, je suis très regardant là-dessus, parce que je pars du principe, on est à fond quand on travaille, mais quand le travail est fini, Il y a une vie après le travail et donc je veux qu'ils pensent à autre chose pour être efficients dans leur travail le lendemain. Et donc, à cause de ça, on est obligé d'en anticiper puisqu'on a des périodes très hautes d'activité, des périodes qui sont plus basses. Donc les périodes basses, il ne faut pas qu'on se regarde dans le blanc des yeux. Et les périodes de forte activité, si on veut pouvoir répondre avec des produits de qualité, il faut en anticiper.

  • Diana Gochgarian

    Oui. Donc ça, c'est pour la partie production et pour toute la partie créativité, parce que ça tient une place importante aussi dans votre identité de marque. Il y a des nouveautés qui sortent en permanence, même s'il y a des rééditions, il y a aussi des nouvelles collections qui sont mises à jour chaque année. Il y a vraiment énormément de références. D'ailleurs, je ne sais pas si vous avez un nombre un peu de... Non, on ne se donne pas d'objectif à dire qu'il faut faire tant de créations. On fait des créations un petit peu comme vous allez au marché, vous dites, je ne sais pas ce que je vais manger. Vous voyez un joli poisson, on va faire du poisson. Vous voyez une jolie côte de bœuf, je vais faire une côte de bœuf. Ça se travaille un petit peu comme ça. Forcément, on a certains marronniers qu'il faut arriver à gérer. On utilise entre autres les périodes calmes pour faire les essais. pour faire les essais, donc on le fait en famille, avec les équipes, chacun met sa pierre à l'édifice pour que ça puisse bien se passer, parce qu'en fonction du service dans lequel évolue le collaborateur, il va avoir telle problématique à gérer, et chaque fois qu'on crée un nouveau produit, derrière, ça engendre forcément une problématique plus ou moins qui peut subvenir, donc à chacun d'apporter sa pierre à l'édifice, de dire oui, mais attention, il y a ça, ça. Parce que c'est bien d'avoir cette idée-là, mais ça va être trop long à réaliser. Enfin, il y a toujours quelque chose.

  • Richard Sève

    OK. Oui, il n'y a pas que le goût final qui compte, il y a aussi l'aspect pratique.

  • Diana Gochgarian

    L'aspect pratique, l'aspect, on va dire, économique, l'aspect, je ne veux pas dire par là, on est chef d'entreprise, donc il y a une réalité économique derrière, il ne faut pas l'oublier.

  • Richard Sève

    Oui, et puis il faut que les gâteaux se transportent. J'imagine qu'il y a plein de choses auxquelles vous devez penser. En tout cas, sur le processus créatif, c'est un petit peu au feeling quand même, au départ, au démarrage. L'idée, elle vous vient ?

  • Diana Gochgarian

    L'idée qui vient, qui germe, en fait, elle germe petit à petit de la rencontre avec des producteurs, des amis, les collaborateurs. Quand vous regardez les réseaux, quand vous regardez Internet, quand vous regardez la télé, quand vous allez voir des expositions, on va dire que c'est un tout qui fait que... on évolue dans une société et on a des capteurs et on se dit, ça, ça peut être pas mal. Et puis, le fait de discuter entre nous, on arrive à faire germer quelque chose.

  • Richard Sève

    Sur les idées qui vous viennent aussi, j'ai vu passer quelque part l'expression de carnet de tendance que vous auriez pendant vos voyages. Est-ce que j'ai peut-être mal compris ? Est-ce que vous avez... Parce que vous voyagez beaucoup, évidemment, pour aller vous-même dans les plantations de cacao. Est-ce que là-bas, vous prenez des notes ? C'est tout dans votre tête ? Comment vous répertoriez tout ça ?

  • Diana Gochgarian

    C'est beaucoup dans notre tête, puisqu'on ne prend pas forcément toujours le temps de réédiger ce qu'on devrait faire. Ce serait encore mieux. Il y aurait encore plus de matière. Mais globalement, il y a plein de rencontres qui sont faites. Et puis, avec tout ça, vous prenez des notes. directement dans votre tête, des photos dans votre tête. Et puis après, en échangeant, on arrive à faire germer quelque chose de nouveau.

  • Richard Sève

    Et sur votre mode de vie, vous voyagez beaucoup, vous travaillez beaucoup.

  • Diana Gochgarian

    Ça oui.

  • Richard Sève

    À quoi ressemble votre année ? À quoi ressemble vos journées aujourd'hui ?

  • Diana Gochgarian

    Mes journées, elles sont très remplies puisque j'arrive le matin à 5-6 heures et je pars le soir à 20. 21h, 22h. Oui,

  • Richard Sève

    c'est ça, parce que j'ai déjà reçu un mail de votre part à 5h du matin et le soir même, je vous ai vu faire les liqueurs dans les papillotes au moment de Noël.

  • Diana Gochgarian

    En fait, quand on est chef d'entreprise, il n'y a pas de césure finalement entre la vie privée et la vie professionnelle. Et donc finalement, on travaille un petit peu tout le temps sans s'en rendre compte. Mon métier, je ne le vois pas vraiment comme une profession. C'est un petit peu, on va dire, c'est une façon de faire. C'est un mode de vie. On se lève le matin parce qu'il y a plein de choses à faire. Donc, on est tout de suite dans la mouvance et tout. Et puis finalement, la journée a passé. On ne l'a pas vu passer. Et donc, il y a encore plein de choses à faire. Après, finalement, comme Gaël, ma femme, je la vois très peu la journée. Les collaborateurs, je les vois, comme on est quand même relativement nombreux, je les vois chacun, mais peu aussi. Donc, on fait de l'échange. Et entre autres, le dernier échange qui va être fait, ça va être avec Gaëlle, ma femme ou mes enfants. Donc, ça va être le soir, finalement, au moment du dîner.

  • Richard Sève

    OK. Et vos tâches au quotidien ? Vous continuez d'être au laboratoire, surtout en chocolaterie, non ?

  • Diana Gochgarian

    Alors ? Je suis ponctuellement au laboratoire en chocolaterie ou en pâtisserie, soit pour développer des nouvelles choses ou pour réorienter certaines choses, parce qu'on évolue en permanence. Il y a des gâteaux que l'on fait. qui sont classiques pour nous, des classiques, mais qui n'ont pratiquement plus rien à voir ou qui ont beaucoup muté par rapport au tout début. Ce qui est logique, on ne peut pas garder les mêmes choses indéfinies. Si on ne bouge pas, le gâteau devient désuet, il ne répond plus à tant de la clientèle. À l'époque, par exemple, quand on s'est installé, quelque chose qui est aberrant, ou quand j'ai démarré dans le métier, La crème chantilly, pour donner un exemple, était sucrée à 20-30%. Vous imaginez, 300 grammes de sucre pour un litre de crème. Maintenant, on met 8%, c'est-à-dire 80 grammes maximum.

  • Richard Sève

    Parce qu'on s'adapte au goût de l'époque aussi.

  • Diana Gochgarian

    On s'adapte au goût de l'époque, voilà. C'est pour ça qu'il faut être dans notre temps. Au début, quand on a démarré, on n'avait que des gâteaux. plutôt type crème au beurre ganache, tout simplement parce qu'on n'avait pas de banque réfrigérée déjà. Ça commençait à exister, mais nous, on n'en avait pas. Donc, on a fait des gâteaux qui répondaient, on va dire, avec les moyens qu'on avait.

  • Richard Sève

    Oui, oui. Et c'était une question que j'avais justement, vous avez du coup répondu en partie, mais en effet, comment est-ce qu'on reste garant d'un certain classicisme ? Parce que... Il y a aussi ça chez Sèvres, il y a des gâteaux qui existent depuis toujours. Il y a les pierres des Mondores qui sont votre confiserie. C'est peut-être pas une confiserie, comment on appelle ça ?

  • Diana Gochgarian

    Oui, c'est une confiserie.

  • Richard Sève

    Confiserie signature, voilà, depuis le début presque. Comment on fait le lien entre ça et comment on fait pour conserver une image moderne aussi ? Et il y a la communication, il y a tout le travail que vous faites, notamment avec Arthur, pour être visible sur les réseaux sociaux, raconter une histoire, montrer les coulisses. Mais il y a aussi le produit en lui-même, donc vous le transformez régulièrement. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Il y a des choses qui m'échappent peut-être, peut-être les packagings aussi ?

  • Diana Gochgarian

    C'est un tout en fait. Finalement, tout évolue un petit peu tout le temps. Pourquoi ? Parce qu'en fait, la société évolue, donc on se doit d'évoluer en même temps et on fait partie également intégrante de l'évolution du produit et de la profession. Vous regardez, à l'époque, comme je disais, un pâtissier, il avait une seule boutique. Tandis que maintenant, pratiquement tous les pâtissiers ont plusieurs points de vente. Tout simplement parce que de nos jours, on a besoin de moyens. on va dire, dans les laboratoires qui sont plus importants qu'à l'époque. À l'époque, vous aviez un plan de travail et un frigo, et puis en gros, vous faisiez tout. Tandis que maintenant, si on n'a que ça, ça ne peut plus fonctionner parce que c'est plus rationnel. Nos jours, il faut faire attention, par exemple, également au niveau des collaborateurs, c'est-à-dire tout ce qui est troubles musculosquelétiques, des choses comme ça. Donc, ça veut dire qu'il va falloir avoir des moyens, des machines pour limiter ces troubles et tout. Et donc... Il faut évoluer.

  • Richard Sève

    On a parlé du fait que vous travaillez avec Gaëlle, votre épouse, mais que vous ne la voyez pas beaucoup au quotidien pour autant. Parce qu'elle, elle s'occupe plutôt de la partie... Alors, elle a fait les beaux-arts, donc elle dessine beaucoup. Tout à fait. Comment vous répartissez un petit peu les rôles depuis le début ?

  • Diana Gochgarian

    Ça s'est fait naturellement du départ. Un petit peu comme dans un couple à la maison, on va dire. Il y a celui qui va faire à manger et celui qui va faire... le ménage ou qui va faire autre chose dans la maison, les travaux. Donc ça s'est fait naturellement. Moi, je suis plutôt quelqu'un, on va dire, de réservé. Et mon rôle en tant que professionnel, c'était d'assurer la partie production. Gaëlle, elle n'avait pas à savoir. À la base, elle s'en est imprégnée. Mais ce n'était pas son métier à la base. En revanche, elle avait appris la vente. Et c'était un petit peu plus inné pour elle et tout. Donc, forcément, elle s'est occupée de la partie commerciale, de discuter avec les clients et tout. Et c'est comme ça que ça a démarré. Et puis après, Gaël est plutôt maintenant sur la partie tout ce qui est développement de l'entreprise. Je suis devenu, on va dire, une vraie entreprise. Et moi, je continue à m'occuper de tout ce qui est... la partie production aussi bien gérer les équipes gérer on va dire tout ce qui est achats parce que les achats c'est très important si on veut faire des bons produits les relations avec les les paysans tous les partenaires et tout et Et puis après, il y a toute la partie communication qui est très importante dans une entreprise. Et là, c'est plus Arthur qui s'en occupe.

  • Richard Sève

    Et le nom de l'entreprise, c'est Sèvres, c'est votre nom de famille, ce n'est pas Richard Sèvres. La famille, c'est une place importante pour vous dans la gestion de votre entreprise ?

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait, parce qu'en fait, si j'avais mis souvent, vous voyez, le nom d'une pâtisserie, c'est un prénom et un nom. Moi je ne voulais pas ça du départ, je ne voulais pas que ça repose que sur moi, puisqu'en fait déjà à la base c'était un travail d'équipe familiale. Donc c'était le nom de famille, et le nom de famille ça regroupe aussi bien Madame, Monsieur, on va dire ensuite il y a les enfants et tout, et puis le nom Sèvres correspond bien de nos jours à l'essence, on va dire, de tout ce qui se passe au niveau RSE, qui à l'époque n'était pas du tout d'actualité dans les cas de nos jours.

  • Richard Sève

    Oui, tout à fait. Et peut-être parmi vos collaborateurs, il y en a d'autres qui travaillent en famille chez vous ?

  • Diana Gochgarian

    On a des collaborateurs. On a un collaborateur qui est là depuis 25 ans, le grand chef pâtissier, qui est dans l'entreprise et qui, maintenant, il y a d'ailleurs plusieurs de ses enfants.

  • Richard Sève

    D'accord.

  • Diana Gochgarian

    Avec nous, voilà, tout à fait. En fait, on a des collaborateurs qui sont là depuis plusieurs mois, voire une année. Ça remonte à 25 ou 27 ans.

  • Richard Sève

    Vous disiez que vous étiez plutôt réservé. Vous êtes aussi assez modeste. On vous voit peu, finalement, derrière ce nom qui est votre patronyme et qui ne porte pas votre prénom. C'est un effort que vous faites quand vous vous montrez ?

  • Diana Gochgarian

    Alors... En fait, ce qui est important, ce que vient chercher le client, c'est un produit. Un produit, forcément, qui va être emballé dans une boîte et c'est ça qui est important. Le professionnel qui est derrière, c'est bien, mais c'est un exécutant. Donc, en fait, je n'ai pas de raison particulière, on va dire, de me mettre en avant. Ce qui doit être mis en avant, on va dire, c'est la matière première et le produit final.

  • Richard Sève

    D'accord, voilà, c'est ça votre vision. Il y a aussi des pâtissiers qui ont construit toutes leurs identités de marques sur leur identité personnelle.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait. Après, tout dépend. Chacun a un égo qui lui est propre. Il n'y en a qu'un des égos plus surdimensionnés que d'autres. Moi, ce qui est important, l'égo, c'est le produit. Parce qu'en fait, c'est vraiment ce que vient chercher le client.

  • Richard Sève

    Et vous disiez tout à l'heure que vos collaborateurs, pour vous, c'est important qu'après le travail, ils sortent et qu'ils fassent autre chose. Vous, comment vous conciliez votre vie ? Alors, j'ai compris que votre vie professionnelle, c'est aussi votre vie personnelle. Évidemment que c'est un lifestyle, l'entrepreneuriat. Mais est-ce que vous avez des choses qui vous permettent de vous ressourcer vraiment ? Je ne sais pas, est-ce que vous faites du sport ?

  • Diana Gochgarian

    Oui, tout à fait. C'est important aussi d'avoir, même si on a des passions, il faut avoir une passion, mais il faut avoir les écoutilles qui soient… toujours en éveil et si vous êtes en permanence que dans votre labo ou dans votre entreprise vous regardez rien d'autre au bout d'un moment vous devenez bourru et puis vous pensez qu'au problème il n'y a rien qui va quand vous sentez on va dire le centre de la terre et puis à côté il n'y a rien qui va moi je fais du sport aussi donc le fait de faire du sport ça permet de s'extérioriser donc essentiellement en sport je cours Je fais des rentroutes, des marathons, des choses comme ça.

  • Richard Sève

    D'accord. Vous n'êtes pas que gourmand. Ça explique pourquoi vous avez encore la ligne, après 30 ans de carrière. OK. On peut peut-être parler de la place du design. On en a un petit peu parlé. Gaëlle dessine beaucoup. Arthur aussi, votre fils. Les packagings sont régulièrement refaits. Ils sont magnifiques. Les couronnes des rois sont dessinées par des artistes. Quelle place a l'esthétique dans votre métier ?

  • Diana Gochgarian

    La place à l'esthétique a toujours été importante dans notre métier. On l'a toujours traité un petit peu comme, surtout pour la période de Noël ou de Pâques, comme une collection, à l'instar un petit peu des maisons de couture. Parce qu'en fait, pourquoi ? On était sur une mouvance, on fait partie, on est dans la même génération. que Pierre Hermé qui lui, on va dire, est sur le devant de la scène à Paris, qui a tiré tout le métier de la pâtisserie vers le haut et donc étant, on va dire, dans la même mouvance, On fait un peu les mêmes choses, on peut dire, mais forcément à notre échelle.

  • Richard Sève

    Vous avez une renommée internationale maintenant. Pourtant, pour l'instant, vous avez fait le choix d'avoir une implantation de boutique très locale. Est-ce que c'est une ambition pour vous de vous développer ailleurs ? Vous avez le e-commerce qui vous permet de livrer.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait. Le e-commerce a permis d'être présent de partout. sans frontières, c'est une des vraies valeurs de tout ce qui est commerce en ligne. Après, on a fait un choix de rester local parce qu'en fait, déjà, l'entreprise est bâtie sur des capitaux familiaux. Et nous, notre objectif, c'est vraiment de faire plaisir à nos clients. Ça, c'est vraiment le... le postulat de départ. Donc, est-ce que le client aille gagner que l'on soit présent à Paris ou à Marseille ? Est-ce que nous, on a de l'intérêt pour les collaborateurs, pour l'entreprise et tout ? Peut-être que ça se fera un jour, peut-être pas, je ne sais pas. Il faut laisser le temps au temps. Il y a des choses, souvent, quand on a ouvert des boutiques, ça s'est fait un petit peu... naturellement en fait, sans trop... Il n'y a pas vraiment un plan de développement particulier qui dit, « Tiens, il faut qu'on le fasse. »

  • Richard Sève

    Oui, vous saisissez des opportunités.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait.

  • Richard Sève

    D'accord. Mais en tout cas, il n'y a pas de volonté de se développer ailleurs.

  • Diana Gochgarian

    Non, il n'y a pas de volonté parce qu'il n'y a pas de besoin particulier. Parce que souvent, quand il y a une volonté, c'est qu'il y a un besoin derrière ou il y a quelqu'un qui pousse.

  • Richard Sève

    Ce podcast, c'est un podcast qui est vraiment régional. Est-ce que vous avez un avis à nous partager sur ce que c'est qu'entreprendre en région Auvergne-Rhône-Alpes ou plus précisément en métropole de Lyon ?

  • Diana Gochgarian

    En région Auvergne-Rhône-Alpes ou surtout à Lyon, on est hyper bien placé. De part les axes routiers, ferroviaires et tout, Lyon entre Paris et la Côte d'Azur et puis les Alpes, il y a un pouvoir d'achat. qui est relativement important puisqu'il y a énormément d'entreprises. Les entreprises se développent, il n'y a pas de déclin sur le Grand Lyon, sur la région Rhône-Alpes. Et la population ne fait que croître, donc il y a plein de choses à faire.

  • Richard Sève

    Ok, ça me fait penser d'ailleurs, vous avez sûrement une activité aussi, vous, en B2B, vous vendez aussi à des entreprises pour des événements, pour je ne sais pas.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait, on vend également à quelques entreprises et tout. Mais ce n'est pas notre cheval de bataille. On le fait parce qu'on sait faire, on est pertinent, mais ce n'est pas quelque chose que l'on cherche à développer. On va dire que c'est de l'information rentrante.

  • Richard Sève

    D'accord. Et si vous deviez revenir en arrière, qu'est-ce que vous feriez différemment ? Et à l'inverse, qu'est-ce que vous feriez absolument ? Referiez absolument ?

  • Diana Gochgarian

    Ouh là ! Ça, c'est une grande question. Non. Du départ, en fait, on n'avait pas du tout imaginé que l'on serait ce que l'on est devenu. En fait, c'est vivre une vie. Donc, en fait, vous ne savez pas exactement ce que vous allez être dans 20 ou 30 ans. Donc, est-ce qu'on aurait fait mieux ou moins bien ? Je ne sais pas.

  • Richard Sève

    Vous n'avez pas de regrets, des opportunités manquées ou au contraire des grosses erreurs que vous avez l'impression d'avoir faites ?

  • Diana Gochgarian

    Non, on n'a pas d'erreurs qui nous ont pénalisé. Des regrets, non, parce qu'en fait, on est heureux au quotidien. J'ai une famille formidable, des collaborateurs qui sont formidables également, des clients fidèles, heureux. Donc, que demander mieux finalement ?

  • Richard Sève

    Et alors, ce que vous referiez absolument ou en tout cas, ce que vous pourriez conseiller à des bébés entrepreneurs ? des gens moins avancés, en tout cas dans leur projet, qu'est-ce que vous pourriez conseiller ?

  • Diana Gochgarian

    Alors, ce qu'il faut surtout, nos jours, par exemple, les nouvelles générations veulent aller très vite. Et ça, il faut être vigilant, parce que le fait d'aller très vite, souvent, vous boulez les ailes. Quand vous allez doucement, même si vous commencez à tomber, vous relevez facilement. Le fait d'aller très vite, plus vous allez vite, plus la chute est brutale.

  • Richard Sève

    D'accord. Donc, il faut être audacieux, comme vous l'avez dit tout à l'heure, et oser certaines choses, mais en restant, enfin, en mesurant les risques.

  • Diana Gochgarian

    Il faut mesurer les risques. Surtout, on va dire, quand on est dans une entreprise, sinon, c'est vite la catastrophe.

  • Richard Sève

    D'accord. Merci beaucoup pour ce partage d'expérience. C'était passionnant.

  • Diana Gochgarian

    Merci beaucoup.

  • Richard Sève

    Et à bientôt.

  • Diana Gochgarian

    À bientôt.

  • Richard Sève

    Et voilà, c'est la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous aura plu. Si vous appréciez ce podcast et avez envie de contribuer à le faire perdurer, sachez que vous pouvez distribuer 5 précieuses étoiles sur l'appli Apple Podcast et que je lirai tous vos commentaires avec beaucoup d'attention. Vous pouvez aussi en parler autour de vous aux entrepreneurs et entrepreneuses, dirigeants, dirigeantes de votre entourage et de manière générale, toutes les personnes intéressées par la thématique de l'entrepreneuriat. Je vous remercie pour votre soutien et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode.

Description

Richard Sève : c’est l’un des plus grands chocolatiers au monde, une fierté de la pâtisserie fine à la française, et évidemment, une très grande réussite entrepreneuriale lyonnaise. Avec aujourd'hui 8 points de vente physiques dans la métropole, un site e-commerce qui livre jusqu’au bout du monde, un grand laboratoire de pâtisserie, un musée-manufacture du chocolat plus grand encore, des milliards de vues sur TikTok, et j’en passe, Richard Sève nous a raconté son histoire, qui a démarré en 1991 avec le rachat d'une jolie petite pâtisserie à Champagne-au-Mont-d'Or...


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Transcription

  • Diana Gochgarian

    Bonjour, je suis Diana Gauchegarian et je vous accueille dans le premier podcast qui parle d'entrepreneuriat en Auvergne-Rhône-Alpes. Je vous emmène à la rencontre d'entrepreneurs et d'entrepreneuses qui forcent l'admiration et vous racontent leur parcours en toute transparence, mais aussi de prestataires de services, expertes et experts dans leur domaine, qui vous donnent des clés pour réussir dans votre propre cheminement professionnel. Mon espoir ? Que ces héros et héroïnes locaux participent à vous emplir d'inspiration, de motivation et de confiance dans votre ambition à créer, vous aussi. dans une région à la fois si riche et si dynamique. Que vous vous trouviez déjà à bord des montagnes russes de l'entrepreneuriat ou que vous aimiez tout simplement observer les téméraires qui osent y grimper, je vous souhaite la bienvenue parmi une communauté de formidables business makers ronalpins et auvergnats. Bienvenue dans le podcast Isacna. Ce podcast est soutenu par Evolème, une merveilleuse holding d'investissement familial lyonnaise qui consacre en grande partie son énergie à faire grandir des PME françaises. Merci à eux pour leur confiance. Et maintenant, place à l'épisode. Richard Sève C'est l'un des plus grands chocolatiers au monde, une fierté de la pâtisserie fine à la française et évidemment une très grande réussite entrepreneuriale lyonnaise. L'histoire commence en 1991 dans une petite pâtisserie du très chic village de Champagne-aux-Mondeurs où le gourmand Richard et son épouse Gaëlle, à peine vintenaires l'un et l'autre, se rêvent entrepreneurs. 33 ans plus tard, la maison sève ses 8 points de vente physiques dans la métropole, un site e-commerce qui livre jusqu'au bout du monde, un grand laboratoire de pâtisserie, un musée manufacture du chocolat plus grand encore, des milliards de vues sur TikTok et j'en passe. Bien sûr, cette machine à régaler a toujours su rester artisanale, car on a le goût de l'excellence où on ne l'a pas. Chaque année, 20 000 bûches de Noël, 25 000 galettes des rois, 80 000 oursons guimauves et 300 tonnes de fèves de cacao passent entre des mains dont le geste est d'une précision exemplaire et n'échappent pas à la révision perpétuelle du grand maître. Car Sève réussit l'exploit d'allier tradition et modernité en innovant sans cesse pour avoir toujours un temps d'avance. Richard Sèvres, c'est aussi une générosité infinie et une immense modestie que j'admire secrètement depuis des années. et de plus en plus à mesure que je connais la maison. Je l'ai rencontrée au Musco, au beau milieu d'un bureau jusqu'auquel montaient des effluves de chocolat et vous entendrez d'ailleurs dans cet épisode le bruit des machines à torréfier les précieuses fèves pour une immersion parfaite. Je vous laisse écouter notre conversation et j'espère que vous y glanerez autant d'inspiration que moi. Bonjour Richard.

  • Richard Sève

    Bonjour Diana.

  • Diana Gochgarian

    Merci beaucoup d'être avec moi aujourd'hui. Ça sent le chocolat. On est au Musco.

  • Richard Sève

    Tout à fait.

  • Diana Gochgarian

    Alors bon, je ne sais pas si on va pouvoir goûter, mais moi je ne vais peut-être pas tenir toute l'interview sans goûter. Ça fait pour ! On est réunis aujourd'hui pour parler d'entrepreneuriat. Vous êtes une belle réussite entrepreneuriale. Ça fait plus de 30 ans en fait que vous avez démarré votre activité. Donc voilà, j'aimerais que vous puissiez me raconter votre parcours, votre histoire, vos projets d'avenir. Vous êtes... Classé parmi les 10 meilleurs chocolatiers de France depuis les années 2000, vous êtes membre de l'association Relais des Sers, membre de l'Académie française du chocolat et de la confiserie. On parle de votre galette comme la meilleure galette des rois du monde. Vous avez la belle entreprise du patrimoine vivant. Bref, d'où vous vient ce goût de l'excellence ?

  • Richard Sève

    Depuis tout petit, j'ai toujours aimé les belles choses, les bonnes choses, puisqu'en fait, je suis gourmand.

  • Diana Gochgarian

    Vous avez des parents peut-être qui sont dans ce milieu-là ou pas du tout ?

  • Richard Sève

    Mes parents ne sont pas du tout dans le milieu de la gastronomie, puisqu'ils étaient dans le bâtiment. Simplement, à la maison, on a toujours aimé fabriquer des gâteaux et manger des gâteaux. En fait, nous sommes gourmands et nous aimons les choses, les gâteaux, les chocolats qui ont du goût, des vraies choses faites avec des bons produits du terroir.

  • Diana Gochgarian

    D'accord, donc ça vient quand même pas mal de l'éducation. Ces 30 années de travail, ça a été des années aussi pour aller chercher cette excellence. Vous avez beaucoup évolué entre... entre les années 90 et aujourd'hui. On parlera tout à l'heure peut-être de votre façon de faire le chocolat qui n'est plus du tout la même qu'au démarrage. Il y a une quête perpétuelle de s'améliorer ?

  • Richard Sève

    Tout à fait, une quête de l'excellence perpétuelle. Nous sommes dans une société qui évolue en permanence, on ne peut pas le nier. Donc derrière, à nous de faire en sorte de rester dans le train et d'être tout le temps, on va dire, nous sommes tout le temps en veille. pour pouvoir trouver les meilleurs partenaires, les meilleurs producteurs, les meilleurs collaborateurs.

  • Diana Gochgarian

    Alors, on va revenir un petit peu en arrière. Il y a 30 ans, quand vous achetez la pâtisserie du village de Champagne au Mont d'Or, qui est-ce que vous êtes à cette époque ?

  • Richard Sève

    J'étais tout jeune puisque j'avais 23 ans. Et avec ma femme Gaëlle qui avait 21 ans, on cherchait une maison. à reprendre une maison pour pouvoir s'installer, puisqu'en fait, moi, j'avais voulu faire pâtissier depuis tout petit pour deux raisons. Il y avait la première raison, parce que je suis gourmand, j'aimais faire des gâteaux. Et une deuxième raison, j'avais détecté qu'on pouvait être chef d'entreprise. Et pour moi, mes parents étant, on va dire, issus de ce milieu-là, c'était naturel. Donc Gaëlle était tout à fait partante, donc on a regardé pour trouver une maison pour pouvoir s'installer. Et puis il y avait cette maison à Champagne-aux-Mondeurs, c'est-à-dire au nord de Lyon, sachant que Champagne c'est limite à Lyon, puisque le panneau Lyon est au bout de la rue, et donc ce sont les beaux quartiers de Lyon, et donc cette maison était à vendre, elle nous a plu. Donc, on a jeté notre dévolu dessus. C'est une maison qui datait depuis 1905, qui avait toujours eu une très bonne réputation parce qu'en fait, les différents propriétaires qu'il y a eu depuis 1905 ont tous fait à peu près carrière ici puisqu'ils ont tous resté entre 30 et 40 ans. Donc, forcément, il n'y en a pas eu beaucoup, ils n'en auront plus. Et pourquoi ? Parce qu'en fait, quand vous êtes dans une maison où les gens font carrière, surtout dans un village, les enfants... des propriétaires, aller à l'école avec les enfants des clients. Et donc, quand vos clients deviennent également vos amis, vous ne pouvez pas faire n'importe quoi. Vous ne pouvez faire que des bonnes choses et avoir une très bonne réputation. Et c'est ce qui nous a plu, on va dire, en postulat de départ.

  • Diana Gochgarian

    OK. Et vous aviez déjà repéré que c'était aussi une maison qui avait fait la véritable tarte aux pralines. Tout ça, c'était... C'était conscientisé à l'époque ou c'est aujourd'hui, avec le recul, que vous trouvez que c'est une super opportunité marketing aussi ?

  • Richard Sève

    Non, ce n'était pas du tout conscientisé, comme vous dites au départ. Il y avait différentes choses qui étaient faites dans cette maison, comme quand on reprend une maison. Il y a des choses qui font partie du patrimoine de la maison et en fait, on a mis en exergue ces savoir-faire qui étaient dans la maison. utiliser les anciennes machines, les restaurer et tout, pour garder ce côté artisanal et ses recettes ancestrales. Et on les a développées, on les a améliorées. La tarte à la praline, je l'ai un petit peu améliorée, je l'ai un petit peu modifiée pour la rendre plus au goût du jour. Il faut savoir qu'à l'époque, la tarte à la praline, c'était très confidentiel. Il n'y en avait pratiquement que là. on n'entendait pas parler et puis de fil en aiguille c'est devenu une spécialité lyonnaise, une grande spécialité lyonnaise, on en trouve de partout. Il y en a même qui en font sans praline, ça c'est pas bien. Et donc maintenant la tarte à la praline c'est une grande spécialité, mais à l'époque c'était la spécialité de la maison uniquement.

  • Diana Gochgarian

    Donc à l'époque vous êtes un jeune gourmand. avide d'aventure entrepreneuriale et vous démarrez tout de suite l'aventure en couple. Comment est-ce que vous avez rencontré Gaël ?

  • Richard Sève

    Comment j'ai rencontré Gaël ? Moi, je suis originaire de Fontaine-sur-Saône, donc le Val-de-Saône. Gaël est originaire de Collange-aux-Mondeurs. Et bien, il y a la Saône qui nous sépare. Donc, en fait, on s'est rencontrés via des amis communs et puis, ça a tout de suite matché et puis ça continue.

  • Diana Gochgarian

    Alors aujourd'hui, Seb, c'est 8 boutiques, un site marchand, vous livrez dans le monde entier.

  • Richard Sève

    Tout à fait.

  • Diana Gochgarian

    C'est des millions de vues sur TikTok, grâce à Arthur, votre fils, notamment. Des ateliers, des cours de pâtisserie, un musée du chocolat. Comment toutes ces idées se sont développées au fil du temps ? Comment on est passé de cette pâtisserie de Champagne au Mont d'Or, qui était une pâtisserie historique, et vous dites vous-même, il y a d'autres personnes qui avaient géré cette entreprise, qui étaient restées finalement... siégé à Champagne et qui n'a pas dépassé les frontières de Champagne au monde. Alors, comment vous, vous avez fait évoluer l'entreprise ? Par quelle étape vous avez procédé ? Parce que moi, c'est vrai que je découvre l'histoire 30 ans plus tard, enfin un petit peu avant quand même, parce que j'ai goûté vos gâteaux avant, mais je m'intéresse à l'histoire aujourd'hui. Et c'est vrai qu'on se dit, mais comment on arrive à faire tout ça ? Comment ça s'est passé pendant ces 30 années ?

  • Richard Sève

    En fait, on a évolué dans notre époque. Tout simplement, il faut savoir qu'à l'époque, les... les pâtissiers ne faisaient des chocolats pratiquement que de la Toussaint à Pâques. Pourquoi ? Parce que quand il fait trop chaud, c'est compliqué de fabriquer du chocolat. A l'époque, il n'y avait que le magasin qui était climatisé, il n'y avait pas de banque réfrigérée. Donc quand il commençait à faire trop chaud après Pâques, le pâtissier chocolatier rangeait ses gamelles de chocolat et il les ressortait pour la Toussaint. Et moi, du départ, j'ai dit, je vais faire du chocolat, mais je vais en faire toute l'année. Parce que si on présente des chocolats, on a des chances d'en vendre. Si on n'en présente pas, c'est sûr qu'on n'en vend pas. Donc, au tout début, on n'avait que la boutique qui était climatisée. Et j'attendais que la boutique ferme et j'allais tremper mes chocolats dans le magasin le soir. Donc, il fallait vraiment le croire. J'étais vraiment un peu pris pour un fou. Et puis, de fil en aiguille, le fait de proposer. des chocolats au client, de proposer des choses très fines et tout, le développement de la clientèle a été exponentiel. Et petit à petit, il faut savoir qu'à l'époque, le pâtissier chocolatier avait une seule boutique. C'est-à-dire, en principe, il y avait Madame devant, Monsieur derrière, et puis ça s'arrêtait là, avec quelques collaborateurs. personne n'avait plusieurs boutiques. Les seuls qui avaient plusieurs boutiques à ce moment-là, c'était Dalloyaux et Le Nôtre à Paris. Donc, ce n'était pas commun. Nous sommes en province. Mais très rapidement, Gaëlle a détecté que nos clients allaient au Halle de Lyon. Et quand ils revenaient, ils s'arrêtaient chez nous et ils parlaient avec Gaëlle et tout. Et donc, assez rapidement, Gaëlle a détecté que ce serait peut-être pas mal que l'on s'installe dans les Halles. Vous savez, avec Gaëlle. Quand on y est allé, c'était moribond. Il y avait beaucoup de lots fermés, personne n'en voulait. Le lot où on est, il était fermé depuis 5 ans, donc vous imaginez un peu. Personne n'en voulait. C'était un des plus gros lots des Halles puisque c'était une ancienne poissonnerie. Et cette poissonnerie était très importante sur la place de Lyon. elle fournissait même à l'époque les moules pour Carrefour. Donc vous voyez à peu près les volumes. Après, il y a eu une succession. A priori, les successeurs n'ont pas pris le train dans le bon sens, on peut dire. Et donc l'entreprise, elle avait coulé, donc c'est resté fermé pendant cinq ans. Et donc quand on s'est installé là-bas, moi dans le métier, ils me disaient, mes confrères, tu ne vas pas travailler là-bas. Tu vas travailler de la Toussaint à Pâques et puis après, tu vas manger tout ce que tu as gagné. Bon, nous, on y croyait. Donc, on a investi gros. C'était qui ? Tout double à l'époque.

  • Diana Gochgarian

    C'était en quelle année l'investissement ?

  • Richard Sève

    Les Halles, ça remonte à 25 ans, je crois à peu près. Je ne sais plus exactement.

  • Diana Gochgarian

    C'était longtemps après l'ouverture de Champagne en fait.

  • Richard Sève

    Oui, une dizaine d'années, je pense, après l'ouverture de Champagne. Et... Donc, on a fait des gros travaux, on s'est installés et du jour au lendemain, quand on a ouvert, les commerces autour ont fait 35% de chiffre d'affaires en plus. Donc, autant dire que ça leur a plu. C'est pour ça qu'on a été très, très bien accueillis. Parce qu'en fait, on est dans un endroit où plus personne n'investissait depuis pas mal d'années. Donc, il devenait moribond. Le fait que nous, on ait osé investir. On est osé faire quelque chose qui soit sympa, en plus de la porte d'entrée et tout. Leur chiffre d'affaires a explosé. Donc là, ils ont demandé à Gaëlle, ma femme, ils l'ont demandé si elle était d'accord pour prendre la présidence des Halles. Et puis, ils l'ont élue à la présidence des Halles. Et puis, suite à ça, Gaëlle, avec les chambres consulaires, la ville de Lyon, l'Europe et tout, ils ont récupéré des fonds du FISAC et tout. pour rénover les Halles de Lyon. C'est à ce moment-là que les Halles de Lyon ont été rénovées. Et comme Gaëlle est originaire de Colonge, son grand-père jouait à l'époque au boule avec le papa de Paul Bocuse. Donc il y avait une histoire un peu familiale et amicale. Donc elle lui a demandé s'il voulait prêter son nom pour rebaptiser les Halles de Lyon en Halles de Lyon Paul Bocuse. Et puis il était ravi parce que c'était un lieu qu'il affectionnait particulièrement. Après, le train est reparti dans quelque chose qui a été en haut de l'affiche, qui était tombé très bas et est remonté maintenant. C'est un lieu qui est affectionné aussi bien par les Lyonnais qui adorent venir faire leurs courses dans l'Alpes parce qu'ils trouvent les meilleurs produits de la région. Et également, c'est un lieu où tous les touristes passent, tous les touristes qui viennent à Lyon viennent au HAL. Et il y a eu des études qui ont été faites, je crois, par l'Office du tourisme. C'est l'endroit qu'ils préfèrent à Lyon. Parce que les Halles de Lyon, à Paul Bocuse maintenant, sont uniques en France. On n'en trouve pas d'autres comme ça en France. Il y a des Halles un peu dans toutes les villes, mais c'est jamais comme ça qu'ils sont ouverts déjà tout le temps.

  • Diana Gochgarian

    C'est génial comme histoire. Donc en fait, il aura fallu le flair de Gaëlle. Finalement, ça lui est venu parce qu'elle parlait beaucoup aux clients. Donc écouter les clients, c'est une bonne leçon.

  • Richard Sève

    Ah ben bien sûr, parce que le client, c'est celui qui nous fait vivre.

  • Diana Gochgarian

    Et de l'audace aussi, parce qu'investir là-bas, en effet, ça ne paraissait pas évident. Donc voilà, ça c'est pour la boutique des Halles. Et après, il y en a eu d'autres ?

  • Richard Sève

    Après, il y a eu d'autres boutiques. Donc on avait été approché par les galeries Lafayette qui voulaient qu'on reproduise la même chose dans les galeries Lafayette de Bron. On a ouvert Quai Saint-Antoine, c'est un petit peu la carte postale de Lyon. Quai Saint-Antoine, vous avez ce quai qui est magnifique là, face à Fourvière, avec tous ces arbres et tout. On a ouvert après, qu'est-ce qu'il y a eu ? Il y a eu Craponne-la-Croix. Rousse récemment. Donc après, on avait ouvert, on manquait de place chaque fois, donc on a agrandi les laboratoires et tout. On avait construit un premier laboratoire avant d'ouvrir Oual à Champagne-Mondeur et après on manquait vraiment toujours de place. Donc pour délocaliser toute la partie chocolaterie, c'est là où on a construit ce bâtiment dans le parc du Puy-d'Or à Limonnet, donc un parc qui est magnifique, qui est dédié plutôt... à tout ce qui est entreprise de l'univers informatique. Et donc là, ce qui plaisait également à la Serle et tout, c'est ce côté artisanal. Et donc, on a installé toutes nos anciennes machines pour fabriquer du chocolat. On a sourcé des nouvelles et tout. Et au lieu d'être en vase clos, fermé, on a également adjoint ce fameux musée.

  • Diana Gochgarian

    Ok, donc le laboratoire de pâtisserie est resté à Champagne-le-Monde d'or. Ici, on fabrique le chocolat.

  • Richard Sève

    Voilà.

  • Diana Gochgarian

    On peut venir visiter. Donc, c'est une collection privée.

  • Richard Sève

    Voilà, c'est un, on va dire, c'est une sorte de cabinet de curiosité. Donc, vous avez un premier espace qui est dédié plutôt à l'histoire du chocolat, d'où vient le chocolat. Ensuite, dans les plantations, un film immersif dans une plantation de cacao avec laquelle on travaillait au Mexique, dans l'état du Tabasco. Et puis, toute la partie production du chocolat, de la fève à la tablette, qui est vitrée. Donc, en fait, on voit les vrais gens travailler.

  • Diana Gochgarian

    Ok, donc ça, on va en parler, justement. Donc, vous êtes chocolatier bean to bar, on dit aujourd'hui, donc de la fève à la tablette. Ça n'a pas toujours été le cas.

  • Richard Sève

    Tout à fait. Au tout début, je veux dire, par là, on n'avait pas… Déjà, ça n'existait pas.

  • Diana Gochgarian

    Ça n'existait pas,

  • Richard Sève

    voilà. remonter parce qu'aujourd'hui on a l'expression de bing to bar mais comment vous vous êtes dit non je vais plutôt aller chercher mes fèves de cacao alors le bing to bar c'est un terme qui vient on va dire qui est anglo-saxon il faut savoir que jusqu'aux années 50 il n'y avait que des artisans qui fabriquaient du chocolat et puis il y a eu la guerre qui a fait arrêter tous les outils de production plein de gens ne sont pas revenus Quand vous arrêtez quelque chose, c'est compliqué de le relancer. Il y a du savoir-faire qui se perd. Il y a des mutations qui se font. Regardez, là, on parle de mutations actuelles de la société suite à la pandémie de la Covid. Et donc, vous imaginez une guerre comme il y a eu la guerre de 39-45. Là, les mutations, elles ont été vraiment phénoménales. Et donc, dans les années 50, c'est à ce moment-là où une poignée... d'industriel, quand je dis une poignée, c'est une poignée d'industriel, s'est accaparé le monde, a dit, on va faire du chocolat pour tout le monde, et les chocolatiers, les pâtissiers, ils font, ils feront refondre les blocs de chocolat, et puis ils les mouleront et ça ira très bien.

  • Diana Gochgarian

    Vous voulez dire qu'avant les années 50, les chocolatiers torréfiaient déjà leurs fèves ?

  • Richard Sève

    Et on était dans la région, en France, où il y avait le plus de chocolaterie. Parce qu'où il y avait le plus de chocolaterie, c'était Lyon-Saint-Etienne. C'est là où il y en avait vraiment le peu plus, parce que les cacaos remontaient entre autres par le Rhône et tout. Et ça s'est arrêté à ce moment-là, avec la guerre et tout, et ça n'a pas redémarré. Donc, cette poignée d'industriels s'est accaparée le monde. Ils ont récupéré toutes les entreprises. Soit ils les ont rachetées, soit ils les ont récupérées au rabais, toutes ces entreprises. Ils les ont fermées ou elles sont fermées. Chaque fois, ils récupéraient les machines. Ils les détruisaient pour être sûrs que personne n'allait s'en servir. C'est pour ça que toutes les machines que l'on a rachetées, des nouvelles machines, on est allé les chercher en Allemagne, en Autriche et en Italie. En France, on ne trouve rien.

  • Diana Gochgarian

    Ok, d'accord.

  • Richard Sève

    Donc c'est... pathétique et c'est très triste.

  • Diana Gochgarian

    Là, on mène la concurrence parfois. Ok, d'accord. Et donc, à quel moment vous vous êtes dit ça ne peut plus durer ?

  • Richard Sève

    Moi, j'ai fait ce métier-là parce que j'adorais la pâtisserie et les gâteaux. Et donc, j'avais détecté qu'on pouvait également s'installer. Donc, moi, du départ, c'est fabriquer le produit à partir de la matière agricole. Alors, au début, vous faites un petit... peu comme tout le monde. Des choses, elles n'émergent pas comme ça. Donc au début, vous faites un petit peu comme tout le monde. Vous avez quand même votre idée. Et petit à petit, comme vous avez votre idée, vous tracez votre route. Et votre route, vous essayez de rester sur votre route, de ne pas trop tomber dans le fossé. Et ce qui vous donne, on va dire, ce qui vous rend un petit peu différent des autres. Et petit à petit, on est arrivé jusqu'à pouvoir avoir suffisamment de volume pour pouvoir prendre produire le chocolat. Parce qu'avoir des machines, c'est bien, c'est des machines anciennes et tout. Il faut savoir qu'à l'époque, on ne trouvait personne fabriquer des machines pour fabriquer du chocolat. Ou alors c'était des machines qui étaient énormes, qui coûtaient un ou deux millions d'euros et qui étaient grandes comme le bâtiment. Parce qu'elles s'étaient dédiées uniquement pour ces gros industriels. Donc ça, c'était surdimensionné pour nous. Déjà, non seulement on n'avait pas les moyens, et puis surdimensionné pour fabriquer du chocolat. Parce qu'il faut fabriquer du chocolat par rapport au volume que l'on peut distribuer derrière.

  • Diana Gochgarian

    Oui, bien sûr. Et puis, comme vous dites, il faut avoir la place de mettre ces machines et donc investir dans un nouveau bâtiment. Ça fait un coût énorme.

  • Richard Sève

    Voilà.

  • Diana Gochgarian

    D'accord. Et vous avez combien de kilos, de tonnes de fèves de chocolat qui transitent ?

  • Richard Sève

    On reçoit plusieurs tonnes de fèves de cacao chaque année. Et donc, forcément, on produit plusieurs tonnes de chocolat chaque année.

  • Diana Gochgarian

    Ok. Alors, justement, comment, quand on fait plusieurs tonnes de chocolat chaque année comme vous, quand on fait 20 000 galettes des rois chaque année aussi ?

  • Richard Sève

    25 000 ! 25 000,

  • Diana Gochgarian

    80 000 pour son guillemot par an, j'ai vu ça quelque part. Et qu'on est autant attaché que vous à l'artisanat, au fait main. Enfin, on le voit quand on passe dans vos... Dans vos laboratoires, on voit que le geste manuel est absolument primordial. Rien n'est fait par des machines, à part broyer. Comment on fait pour ne pas s'industrialiser quand on a de tels volumes ?

  • Richard Sève

    On reste sur des volumes, on va dire, qui sont artisanaux. Parce que même s'il y a plusieurs tonnes qui sont produites chaque année, on ne peut pas s'installer. On va dire l'année, elle dure quand même pendant 365 jours. Donc si on divise, on reste, on va dire, sur des périmètres qui sont complètement artisanaux.

  • Diana Gochgarian

    Et cet amour du savoir-faire, vous l'avez appris aussi, j'imagine, pendant votre formation. Aujourd'hui, vous, comment vous le transmettez ?

  • Richard Sève

    Eh bien, en fait, je l'ai forcément appris pendant ma formation, pendant mes expériences chez mes... différents patrons en sans suite, j'en ai pas eu 50 puisque je me suis installé tôt. Et après, on le transmet à nos collaborateurs, à nos apprenants au quotidien par la répétabilité. De toute façon, c'est quand vous êtes confronté au quotidien avec quelqu'un que vous vous nourrissez de la personne. Pourquoi un enfant chez monsieur A et un enfant dans la famille A et un enfant dans la famille B sont-ils ? qui habitent dans la même ville, ont des éducations parce qu'ils vont aller à l'école, mettons, dans la même école, mais ils seront différents parce que, je veux dire par là, chaque famille a des particularités qui leur sont propres. Il y a des familles qui préfèrent manger, il y a des familles qui préfèrent les vacances, il y a des familles qui préfèrent les voitures. Chacun est un petit peu différent et donc on cultive dans chaque famille, on va dire, une... à une sorte d'esprit.

  • Diana Gochgarian

    Et aujourd'hui, il y a combien de collaborateurs chez Sèvres ?

  • Richard Sève

    Il y a à peu près une cinquantaine de collaborateurs, plus des apprenants et tout. Il y a les temps partiels et tout. On parle au quotidien à peu près à 80 personnes.

  • Diana Gochgarian

    Ok. Et il y a des saisons peut-être où vous avez du renfort ?

  • Richard Sève

    Alors, il y a des saisons où on a du renfort, mais nous, on a du travail toute l'année puisqu'en fait, il faut tout produire. Quand on produit tout, on va dire qu'il y a des choses qu'il faut faire en amont. Un petit peu comme quand vous êtes à la maison, vous avez un jardin. Eh bien, quand c'est le moment des haricots, vous allez ramasser les haricots, vous allez faire vos conserves. Et après, quand ce sera l'hiver, vous allez sortir vos conserves pour manger avec le rôti, des choses comme ça. Donc forcément, quand vous fabriquez à partir de la matière agricole, il y a des périodes de l'année qui sont creuses au niveau des ventes, mais qui ont de l'importance sur la production parce que si vous ne faites pas... suffisamment de travail en amont, eh bien, le jour J, il va vous manquer de la matière puisqu'en fait, vous ne prenez pas votre téléphone pour dire qu'il faut livrer tant.

  • Diana Gochgarian

    Oui, par exemple, votre chocolat framboise...

  • Richard Sève

    Il faut prendre les framboises quand c'est l'été. Donc, en fait, nous sommes très fourmis et pas si gals du tout. Tandis que la société dans laquelle nous évoluons actuellement... en France et dans le monde, c'est plutôt une société qui est quand même cigale puisqu'en fait, les gens aiment surtout tout ce qui est one-shot et tout. Tandis que dans notre façon de faire, c'est une façon plutôt peut-être à l'ancienne qui peut être peut-être désuète, mais c'est ce qui fait notre force. Donc, c'est cigale. Fourmi. Fourmi,

  • Diana Gochgarian

    tout à fait. Et au-delà de cette capacité à s'économiser, à... Il y a aussi cette capacité à prévoir, moi, qui me bluffe. Moi, je ne suis pas très bonne pour ça. C'est-à-dire que moi, j'ai toujours mes idées, un peu au dernier moment, je me dis, ah tiens, c'est Pâques, j'ai une super idée de contenu, je vais faire ça. Mais c'est déjà presque un peu tard parce que, voilà, alors je le fais, mais du coup, je ne dors pas pendant quelques jours. Mais vous, non, en fait, vous êtes obligés, bien sûr, d'anticiper Noël, d'anticiper la Galette des Rois, d'anticiper la Saint-Valentin, Pâques. Vous avez un secret ?

  • Richard Sève

    Eh bien, en fait, on apprend au fil du temps, surtout. D'année en année, il faut essayer d'anticiper un petit peu plus, déjà par rapport aux collaborateurs, puisque les collaborateurs, je veux dire par là, ils vont faire leur journée de travail, et qu'il y ait plus de travail ou pas plus de travail, ils vont faire leur journée de travail. Et ça, je suis très regardant là-dessus, parce que je pars du principe, on est à fond quand on travaille, mais quand le travail est fini, Il y a une vie après le travail et donc je veux qu'ils pensent à autre chose pour être efficients dans leur travail le lendemain. Et donc, à cause de ça, on est obligé d'en anticiper puisqu'on a des périodes très hautes d'activité, des périodes qui sont plus basses. Donc les périodes basses, il ne faut pas qu'on se regarde dans le blanc des yeux. Et les périodes de forte activité, si on veut pouvoir répondre avec des produits de qualité, il faut en anticiper.

  • Diana Gochgarian

    Oui. Donc ça, c'est pour la partie production et pour toute la partie créativité, parce que ça tient une place importante aussi dans votre identité de marque. Il y a des nouveautés qui sortent en permanence, même s'il y a des rééditions, il y a aussi des nouvelles collections qui sont mises à jour chaque année. Il y a vraiment énormément de références. D'ailleurs, je ne sais pas si vous avez un nombre un peu de... Non, on ne se donne pas d'objectif à dire qu'il faut faire tant de créations. On fait des créations un petit peu comme vous allez au marché, vous dites, je ne sais pas ce que je vais manger. Vous voyez un joli poisson, on va faire du poisson. Vous voyez une jolie côte de bœuf, je vais faire une côte de bœuf. Ça se travaille un petit peu comme ça. Forcément, on a certains marronniers qu'il faut arriver à gérer. On utilise entre autres les périodes calmes pour faire les essais. pour faire les essais, donc on le fait en famille, avec les équipes, chacun met sa pierre à l'édifice pour que ça puisse bien se passer, parce qu'en fonction du service dans lequel évolue le collaborateur, il va avoir telle problématique à gérer, et chaque fois qu'on crée un nouveau produit, derrière, ça engendre forcément une problématique plus ou moins qui peut subvenir, donc à chacun d'apporter sa pierre à l'édifice, de dire oui, mais attention, il y a ça, ça. Parce que c'est bien d'avoir cette idée-là, mais ça va être trop long à réaliser. Enfin, il y a toujours quelque chose.

  • Richard Sève

    OK. Oui, il n'y a pas que le goût final qui compte, il y a aussi l'aspect pratique.

  • Diana Gochgarian

    L'aspect pratique, l'aspect, on va dire, économique, l'aspect, je ne veux pas dire par là, on est chef d'entreprise, donc il y a une réalité économique derrière, il ne faut pas l'oublier.

  • Richard Sève

    Oui, et puis il faut que les gâteaux se transportent. J'imagine qu'il y a plein de choses auxquelles vous devez penser. En tout cas, sur le processus créatif, c'est un petit peu au feeling quand même, au départ, au démarrage. L'idée, elle vous vient ?

  • Diana Gochgarian

    L'idée qui vient, qui germe, en fait, elle germe petit à petit de la rencontre avec des producteurs, des amis, les collaborateurs. Quand vous regardez les réseaux, quand vous regardez Internet, quand vous regardez la télé, quand vous allez voir des expositions, on va dire que c'est un tout qui fait que... on évolue dans une société et on a des capteurs et on se dit, ça, ça peut être pas mal. Et puis, le fait de discuter entre nous, on arrive à faire germer quelque chose.

  • Richard Sève

    Sur les idées qui vous viennent aussi, j'ai vu passer quelque part l'expression de carnet de tendance que vous auriez pendant vos voyages. Est-ce que j'ai peut-être mal compris ? Est-ce que vous avez... Parce que vous voyagez beaucoup, évidemment, pour aller vous-même dans les plantations de cacao. Est-ce que là-bas, vous prenez des notes ? C'est tout dans votre tête ? Comment vous répertoriez tout ça ?

  • Diana Gochgarian

    C'est beaucoup dans notre tête, puisqu'on ne prend pas forcément toujours le temps de réédiger ce qu'on devrait faire. Ce serait encore mieux. Il y aurait encore plus de matière. Mais globalement, il y a plein de rencontres qui sont faites. Et puis, avec tout ça, vous prenez des notes. directement dans votre tête, des photos dans votre tête. Et puis après, en échangeant, on arrive à faire germer quelque chose de nouveau.

  • Richard Sève

    Et sur votre mode de vie, vous voyagez beaucoup, vous travaillez beaucoup.

  • Diana Gochgarian

    Ça oui.

  • Richard Sève

    À quoi ressemble votre année ? À quoi ressemble vos journées aujourd'hui ?

  • Diana Gochgarian

    Mes journées, elles sont très remplies puisque j'arrive le matin à 5-6 heures et je pars le soir à 20. 21h, 22h. Oui,

  • Richard Sève

    c'est ça, parce que j'ai déjà reçu un mail de votre part à 5h du matin et le soir même, je vous ai vu faire les liqueurs dans les papillotes au moment de Noël.

  • Diana Gochgarian

    En fait, quand on est chef d'entreprise, il n'y a pas de césure finalement entre la vie privée et la vie professionnelle. Et donc finalement, on travaille un petit peu tout le temps sans s'en rendre compte. Mon métier, je ne le vois pas vraiment comme une profession. C'est un petit peu, on va dire, c'est une façon de faire. C'est un mode de vie. On se lève le matin parce qu'il y a plein de choses à faire. Donc, on est tout de suite dans la mouvance et tout. Et puis finalement, la journée a passé. On ne l'a pas vu passer. Et donc, il y a encore plein de choses à faire. Après, finalement, comme Gaël, ma femme, je la vois très peu la journée. Les collaborateurs, je les vois, comme on est quand même relativement nombreux, je les vois chacun, mais peu aussi. Donc, on fait de l'échange. Et entre autres, le dernier échange qui va être fait, ça va être avec Gaëlle, ma femme ou mes enfants. Donc, ça va être le soir, finalement, au moment du dîner.

  • Richard Sève

    OK. Et vos tâches au quotidien ? Vous continuez d'être au laboratoire, surtout en chocolaterie, non ?

  • Diana Gochgarian

    Alors ? Je suis ponctuellement au laboratoire en chocolaterie ou en pâtisserie, soit pour développer des nouvelles choses ou pour réorienter certaines choses, parce qu'on évolue en permanence. Il y a des gâteaux que l'on fait. qui sont classiques pour nous, des classiques, mais qui n'ont pratiquement plus rien à voir ou qui ont beaucoup muté par rapport au tout début. Ce qui est logique, on ne peut pas garder les mêmes choses indéfinies. Si on ne bouge pas, le gâteau devient désuet, il ne répond plus à tant de la clientèle. À l'époque, par exemple, quand on s'est installé, quelque chose qui est aberrant, ou quand j'ai démarré dans le métier, La crème chantilly, pour donner un exemple, était sucrée à 20-30%. Vous imaginez, 300 grammes de sucre pour un litre de crème. Maintenant, on met 8%, c'est-à-dire 80 grammes maximum.

  • Richard Sève

    Parce qu'on s'adapte au goût de l'époque aussi.

  • Diana Gochgarian

    On s'adapte au goût de l'époque, voilà. C'est pour ça qu'il faut être dans notre temps. Au début, quand on a démarré, on n'avait que des gâteaux. plutôt type crème au beurre ganache, tout simplement parce qu'on n'avait pas de banque réfrigérée déjà. Ça commençait à exister, mais nous, on n'en avait pas. Donc, on a fait des gâteaux qui répondaient, on va dire, avec les moyens qu'on avait.

  • Richard Sève

    Oui, oui. Et c'était une question que j'avais justement, vous avez du coup répondu en partie, mais en effet, comment est-ce qu'on reste garant d'un certain classicisme ? Parce que... Il y a aussi ça chez Sèvres, il y a des gâteaux qui existent depuis toujours. Il y a les pierres des Mondores qui sont votre confiserie. C'est peut-être pas une confiserie, comment on appelle ça ?

  • Diana Gochgarian

    Oui, c'est une confiserie.

  • Richard Sève

    Confiserie signature, voilà, depuis le début presque. Comment on fait le lien entre ça et comment on fait pour conserver une image moderne aussi ? Et il y a la communication, il y a tout le travail que vous faites, notamment avec Arthur, pour être visible sur les réseaux sociaux, raconter une histoire, montrer les coulisses. Mais il y a aussi le produit en lui-même, donc vous le transformez régulièrement. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Il y a des choses qui m'échappent peut-être, peut-être les packagings aussi ?

  • Diana Gochgarian

    C'est un tout en fait. Finalement, tout évolue un petit peu tout le temps. Pourquoi ? Parce qu'en fait, la société évolue, donc on se doit d'évoluer en même temps et on fait partie également intégrante de l'évolution du produit et de la profession. Vous regardez, à l'époque, comme je disais, un pâtissier, il avait une seule boutique. Tandis que maintenant, pratiquement tous les pâtissiers ont plusieurs points de vente. Tout simplement parce que de nos jours, on a besoin de moyens. on va dire, dans les laboratoires qui sont plus importants qu'à l'époque. À l'époque, vous aviez un plan de travail et un frigo, et puis en gros, vous faisiez tout. Tandis que maintenant, si on n'a que ça, ça ne peut plus fonctionner parce que c'est plus rationnel. Nos jours, il faut faire attention, par exemple, également au niveau des collaborateurs, c'est-à-dire tout ce qui est troubles musculosquelétiques, des choses comme ça. Donc, ça veut dire qu'il va falloir avoir des moyens, des machines pour limiter ces troubles et tout. Et donc... Il faut évoluer.

  • Richard Sève

    On a parlé du fait que vous travaillez avec Gaëlle, votre épouse, mais que vous ne la voyez pas beaucoup au quotidien pour autant. Parce qu'elle, elle s'occupe plutôt de la partie... Alors, elle a fait les beaux-arts, donc elle dessine beaucoup. Tout à fait. Comment vous répartissez un petit peu les rôles depuis le début ?

  • Diana Gochgarian

    Ça s'est fait naturellement du départ. Un petit peu comme dans un couple à la maison, on va dire. Il y a celui qui va faire à manger et celui qui va faire... le ménage ou qui va faire autre chose dans la maison, les travaux. Donc ça s'est fait naturellement. Moi, je suis plutôt quelqu'un, on va dire, de réservé. Et mon rôle en tant que professionnel, c'était d'assurer la partie production. Gaëlle, elle n'avait pas à savoir. À la base, elle s'en est imprégnée. Mais ce n'était pas son métier à la base. En revanche, elle avait appris la vente. Et c'était un petit peu plus inné pour elle et tout. Donc, forcément, elle s'est occupée de la partie commerciale, de discuter avec les clients et tout. Et c'est comme ça que ça a démarré. Et puis après, Gaël est plutôt maintenant sur la partie tout ce qui est développement de l'entreprise. Je suis devenu, on va dire, une vraie entreprise. Et moi, je continue à m'occuper de tout ce qui est... la partie production aussi bien gérer les équipes gérer on va dire tout ce qui est achats parce que les achats c'est très important si on veut faire des bons produits les relations avec les les paysans tous les partenaires et tout et Et puis après, il y a toute la partie communication qui est très importante dans une entreprise. Et là, c'est plus Arthur qui s'en occupe.

  • Richard Sève

    Et le nom de l'entreprise, c'est Sèvres, c'est votre nom de famille, ce n'est pas Richard Sèvres. La famille, c'est une place importante pour vous dans la gestion de votre entreprise ?

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait, parce qu'en fait, si j'avais mis souvent, vous voyez, le nom d'une pâtisserie, c'est un prénom et un nom. Moi je ne voulais pas ça du départ, je ne voulais pas que ça repose que sur moi, puisqu'en fait déjà à la base c'était un travail d'équipe familiale. Donc c'était le nom de famille, et le nom de famille ça regroupe aussi bien Madame, Monsieur, on va dire ensuite il y a les enfants et tout, et puis le nom Sèvres correspond bien de nos jours à l'essence, on va dire, de tout ce qui se passe au niveau RSE, qui à l'époque n'était pas du tout d'actualité dans les cas de nos jours.

  • Richard Sève

    Oui, tout à fait. Et peut-être parmi vos collaborateurs, il y en a d'autres qui travaillent en famille chez vous ?

  • Diana Gochgarian

    On a des collaborateurs. On a un collaborateur qui est là depuis 25 ans, le grand chef pâtissier, qui est dans l'entreprise et qui, maintenant, il y a d'ailleurs plusieurs de ses enfants.

  • Richard Sève

    D'accord.

  • Diana Gochgarian

    Avec nous, voilà, tout à fait. En fait, on a des collaborateurs qui sont là depuis plusieurs mois, voire une année. Ça remonte à 25 ou 27 ans.

  • Richard Sève

    Vous disiez que vous étiez plutôt réservé. Vous êtes aussi assez modeste. On vous voit peu, finalement, derrière ce nom qui est votre patronyme et qui ne porte pas votre prénom. C'est un effort que vous faites quand vous vous montrez ?

  • Diana Gochgarian

    Alors... En fait, ce qui est important, ce que vient chercher le client, c'est un produit. Un produit, forcément, qui va être emballé dans une boîte et c'est ça qui est important. Le professionnel qui est derrière, c'est bien, mais c'est un exécutant. Donc, en fait, je n'ai pas de raison particulière, on va dire, de me mettre en avant. Ce qui doit être mis en avant, on va dire, c'est la matière première et le produit final.

  • Richard Sève

    D'accord, voilà, c'est ça votre vision. Il y a aussi des pâtissiers qui ont construit toutes leurs identités de marques sur leur identité personnelle.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait. Après, tout dépend. Chacun a un égo qui lui est propre. Il n'y en a qu'un des égos plus surdimensionnés que d'autres. Moi, ce qui est important, l'égo, c'est le produit. Parce qu'en fait, c'est vraiment ce que vient chercher le client.

  • Richard Sève

    Et vous disiez tout à l'heure que vos collaborateurs, pour vous, c'est important qu'après le travail, ils sortent et qu'ils fassent autre chose. Vous, comment vous conciliez votre vie ? Alors, j'ai compris que votre vie professionnelle, c'est aussi votre vie personnelle. Évidemment que c'est un lifestyle, l'entrepreneuriat. Mais est-ce que vous avez des choses qui vous permettent de vous ressourcer vraiment ? Je ne sais pas, est-ce que vous faites du sport ?

  • Diana Gochgarian

    Oui, tout à fait. C'est important aussi d'avoir, même si on a des passions, il faut avoir une passion, mais il faut avoir les écoutilles qui soient… toujours en éveil et si vous êtes en permanence que dans votre labo ou dans votre entreprise vous regardez rien d'autre au bout d'un moment vous devenez bourru et puis vous pensez qu'au problème il n'y a rien qui va quand vous sentez on va dire le centre de la terre et puis à côté il n'y a rien qui va moi je fais du sport aussi donc le fait de faire du sport ça permet de s'extérioriser donc essentiellement en sport je cours Je fais des rentroutes, des marathons, des choses comme ça.

  • Richard Sève

    D'accord. Vous n'êtes pas que gourmand. Ça explique pourquoi vous avez encore la ligne, après 30 ans de carrière. OK. On peut peut-être parler de la place du design. On en a un petit peu parlé. Gaëlle dessine beaucoup. Arthur aussi, votre fils. Les packagings sont régulièrement refaits. Ils sont magnifiques. Les couronnes des rois sont dessinées par des artistes. Quelle place a l'esthétique dans votre métier ?

  • Diana Gochgarian

    La place à l'esthétique a toujours été importante dans notre métier. On l'a toujours traité un petit peu comme, surtout pour la période de Noël ou de Pâques, comme une collection, à l'instar un petit peu des maisons de couture. Parce qu'en fait, pourquoi ? On était sur une mouvance, on fait partie, on est dans la même génération. que Pierre Hermé qui lui, on va dire, est sur le devant de la scène à Paris, qui a tiré tout le métier de la pâtisserie vers le haut et donc étant, on va dire, dans la même mouvance, On fait un peu les mêmes choses, on peut dire, mais forcément à notre échelle.

  • Richard Sève

    Vous avez une renommée internationale maintenant. Pourtant, pour l'instant, vous avez fait le choix d'avoir une implantation de boutique très locale. Est-ce que c'est une ambition pour vous de vous développer ailleurs ? Vous avez le e-commerce qui vous permet de livrer.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait. Le e-commerce a permis d'être présent de partout. sans frontières, c'est une des vraies valeurs de tout ce qui est commerce en ligne. Après, on a fait un choix de rester local parce qu'en fait, déjà, l'entreprise est bâtie sur des capitaux familiaux. Et nous, notre objectif, c'est vraiment de faire plaisir à nos clients. Ça, c'est vraiment le... le postulat de départ. Donc, est-ce que le client aille gagner que l'on soit présent à Paris ou à Marseille ? Est-ce que nous, on a de l'intérêt pour les collaborateurs, pour l'entreprise et tout ? Peut-être que ça se fera un jour, peut-être pas, je ne sais pas. Il faut laisser le temps au temps. Il y a des choses, souvent, quand on a ouvert des boutiques, ça s'est fait un petit peu... naturellement en fait, sans trop... Il n'y a pas vraiment un plan de développement particulier qui dit, « Tiens, il faut qu'on le fasse. »

  • Richard Sève

    Oui, vous saisissez des opportunités.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait.

  • Richard Sève

    D'accord. Mais en tout cas, il n'y a pas de volonté de se développer ailleurs.

  • Diana Gochgarian

    Non, il n'y a pas de volonté parce qu'il n'y a pas de besoin particulier. Parce que souvent, quand il y a une volonté, c'est qu'il y a un besoin derrière ou il y a quelqu'un qui pousse.

  • Richard Sève

    Ce podcast, c'est un podcast qui est vraiment régional. Est-ce que vous avez un avis à nous partager sur ce que c'est qu'entreprendre en région Auvergne-Rhône-Alpes ou plus précisément en métropole de Lyon ?

  • Diana Gochgarian

    En région Auvergne-Rhône-Alpes ou surtout à Lyon, on est hyper bien placé. De part les axes routiers, ferroviaires et tout, Lyon entre Paris et la Côte d'Azur et puis les Alpes, il y a un pouvoir d'achat. qui est relativement important puisqu'il y a énormément d'entreprises. Les entreprises se développent, il n'y a pas de déclin sur le Grand Lyon, sur la région Rhône-Alpes. Et la population ne fait que croître, donc il y a plein de choses à faire.

  • Richard Sève

    Ok, ça me fait penser d'ailleurs, vous avez sûrement une activité aussi, vous, en B2B, vous vendez aussi à des entreprises pour des événements, pour je ne sais pas.

  • Diana Gochgarian

    Tout à fait, on vend également à quelques entreprises et tout. Mais ce n'est pas notre cheval de bataille. On le fait parce qu'on sait faire, on est pertinent, mais ce n'est pas quelque chose que l'on cherche à développer. On va dire que c'est de l'information rentrante.

  • Richard Sève

    D'accord. Et si vous deviez revenir en arrière, qu'est-ce que vous feriez différemment ? Et à l'inverse, qu'est-ce que vous feriez absolument ? Referiez absolument ?

  • Diana Gochgarian

    Ouh là ! Ça, c'est une grande question. Non. Du départ, en fait, on n'avait pas du tout imaginé que l'on serait ce que l'on est devenu. En fait, c'est vivre une vie. Donc, en fait, vous ne savez pas exactement ce que vous allez être dans 20 ou 30 ans. Donc, est-ce qu'on aurait fait mieux ou moins bien ? Je ne sais pas.

  • Richard Sève

    Vous n'avez pas de regrets, des opportunités manquées ou au contraire des grosses erreurs que vous avez l'impression d'avoir faites ?

  • Diana Gochgarian

    Non, on n'a pas d'erreurs qui nous ont pénalisé. Des regrets, non, parce qu'en fait, on est heureux au quotidien. J'ai une famille formidable, des collaborateurs qui sont formidables également, des clients fidèles, heureux. Donc, que demander mieux finalement ?

  • Richard Sève

    Et alors, ce que vous referiez absolument ou en tout cas, ce que vous pourriez conseiller à des bébés entrepreneurs ? des gens moins avancés, en tout cas dans leur projet, qu'est-ce que vous pourriez conseiller ?

  • Diana Gochgarian

    Alors, ce qu'il faut surtout, nos jours, par exemple, les nouvelles générations veulent aller très vite. Et ça, il faut être vigilant, parce que le fait d'aller très vite, souvent, vous boulez les ailes. Quand vous allez doucement, même si vous commencez à tomber, vous relevez facilement. Le fait d'aller très vite, plus vous allez vite, plus la chute est brutale.

  • Richard Sève

    D'accord. Donc, il faut être audacieux, comme vous l'avez dit tout à l'heure, et oser certaines choses, mais en restant, enfin, en mesurant les risques.

  • Diana Gochgarian

    Il faut mesurer les risques. Surtout, on va dire, quand on est dans une entreprise, sinon, c'est vite la catastrophe.

  • Richard Sève

    D'accord. Merci beaucoup pour ce partage d'expérience. C'était passionnant.

  • Diana Gochgarian

    Merci beaucoup.

  • Richard Sève

    Et à bientôt.

  • Diana Gochgarian

    À bientôt.

  • Richard Sève

    Et voilà, c'est la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous aura plu. Si vous appréciez ce podcast et avez envie de contribuer à le faire perdurer, sachez que vous pouvez distribuer 5 précieuses étoiles sur l'appli Apple Podcast et que je lirai tous vos commentaires avec beaucoup d'attention. Vous pouvez aussi en parler autour de vous aux entrepreneurs et entrepreneuses, dirigeants, dirigeantes de votre entourage et de manière générale, toutes les personnes intéressées par la thématique de l'entrepreneuriat. Je vous remercie pour votre soutien et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode.

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