- Audrey
Bonjour, moi c'est Audrey.
- Laure
Bonjour, moi c'est Laure.
- Audrey
Combien de fois avez-vous pensé « J'en ai marre de mon job » ?
- Laure
Combien de fois l'avez-vous dit ?
- Audrey
Nous, on l'a entendu plein de fois.
- Laure
Ce qu'on vous propose, c'est d'écouter ces personnes qui ont franchi le cap, celles et ceux qui ont entamé une reconversion professionnelle.
- Audrey
Pourquoi ? Comment ? Combien ? C'est ce qu'on a voulu savoir.
- Laure
Ici, vous entendrez des histoires de reconversion.
- Audrey
Bonne écoute !
- Brian
Salut les gens bons, c'est Brian. À 27 ans, j'en ai eu marre, j'ai décidé de changer d'orientation pro. J'étais concepteur rédacteur en agence et aujourd'hui je suis boucher. Et voilà, c'est le kiff !
- Thomas
Bonjour les gens bons, moi c'est Thomas et à 30 ans, j'en ai eu marre et j'ai décidé de changer d'orientation pro. Avant, j'étais responsable marketing digital dans une grosse boîte et aujourd'hui, je suis boucher.
- Laure
Bonjour Brian, bonjour Thomas. On est très content de vous recevoir aujourd'hui sur notre podcast, "J'en ai marre ! Histoires de reconversion".
- Thomas
Bonjour. Très content d'être là.
- Brian
Ravi.
- Laure
Alors aujourd'hui, l'idée c'est de retracer un petit peu votre parcours et de savoir comment vous êtes devenu bouchers. Et avant ça, ce qu'on fait généralement, c'est qu'on remonte le temps et on aimerait bien savoir si l'un, l'autre, vous aviez des rêves d'enfant. Est-ce que c'était quelque chose que vous portiez en vous déjà depuis petit ?
- Thomas
Moi non, aucun rêve d'enfant ne me menait à la boucherie. Rien.
- Audrey
T'avais quand même, je ne sais pas, tu voulais être pompier, médecin ou rien ?
- Thomas
Moi je voulais être pilote. Pilote d'avion de chasse.
- Laure
On est loin de la boucherie.
- Thomas
C'était mon rêve. On est loin de la boucherie, ouais.
- Brian
Il est marié à un avion de chasse, donc ça va.
- Thomas
C'est sa sœur.
- Brian
C'est ma sœur. Non, alors pour moi, oui, il y avait un rêve de gosse. Quand j'étais sur les bancs de l'école, il y avait cette fiche de renseignement où je disais à chaque fois que je voulais être soit écrivain, soit boucher. Bon, pour le coup, j'étais concepteur rédacteur dans mon ancien métier, donc avant la reconversion, donc j'ai un petit peu écrit. Donc pas un bouquin personnel, mais j'ai écrit malgré tout. Et aujourd'hui, j'ai la chance d'être boucher. Donc, professionnellement parlant, j'ai réalisé mes deux rêves.
- Audrey
Et pourquoi boucher ? Il n'y avait personne dans l'entourage qui était boucher ? Ça venait d'où ? Tu as une idée ?
- Brian
Bon, dans la famille quand même, il y a pas mal de gourmands. En plus de ça, moi j'ai toujours une attirance pour, je ne sais pas si on peut parler comme ça, mais la "matière" viande. Il y en a qui sont faits pour le bois, il y en a qui sont faits pour la ferronnerie. Moi, c'était plutôt l'hémoglobine et la matière viande. Donc, j'ai toujours eu une attirance pour ça. Et voilà, quand je rentrais dans une boucherie, je n'ouvrais pas la bouche une seule fois parce que j'étais timide, mais ça me faisait rêver. J'avais les yeux qui brillaient.
- Laure
Ok, et du coup, comment tu as choisi tes études ? Tu as étudié... Comment on dit, les métiers de bouche, c'est ça ? Ou rien à voir ?
- Brian
En fait, au début, nous, on est dans une famille où il y a des médecins, des instituteurs, enfin que des métiers avec quand même un gros bagage d'études. Je ne pense pas qu'il y ait un moins de bac plus 5 dans mes ancêtres. Et en fait, naturellement, on m'a poussé vers les études, parfois contre mon plein gré, on va dire. Mais malgré tout, j'ai suivi la route de la famille. Et ça m'a mené vers un master en communication et j'ai exercé le métier, donc au travers de conception rédaction, donc la communication. Mais c'était pas ce à quoi j'aspirais. Je suis plus un manuel. Et dès que j'avais du temps libre c'était plutôt... J'allais bricoler des trucs. Enfin, me servir de mes mains parce qu'au final j'en avais assez de me servir de mon cerveau. Bon, après, on se sert de notre cerveau aussi en boucherie et surtout dans l'entrepreneuriat. Mais voilà, je voulais utiliser mes mains pour façonner ou transformer quelque chose.
- Audrey
Donc du coup, un choix d'études un peu forcé, entre guillemets, ou poussé ?
- Brian
Alors forcé, peut-être un petit peu pour me pousser à apprendre, à être curieux et à faire des efforts même quand ça ne me plaît pas. Et je pense que ça, je peux remercier la famille là-dessus, parce qu'effectivement, il faut faire des efforts, même quand on n'aime pas à 100% ce qu'on fait. Ça permet de comprendre, même ce en quoi on n'a pas forcément des facilités. Et aujourd'hui, en fait, le cursus scolaire, je le dis aussi bien pour Thomas, parce que lui, pareil, il a fait des longues études, ça nous sert énormément dans notre métier de tous les jours.
- Thomas
Plus que les études, c'est surtout nos parcours professionnels et nos expériences qui nous aident énormément aujourd'hui. On sert de tout ce qu'on a pu voir, que ce soit la communication, le digital, gérer les budgets... C'est tout ce qu'on fait aujourd'hui en tant qu'entrepreneur, même si on travaille de la viande tous les jours.
- Laure
Ok, donc toi tu étais loin de la boucherie initialement.
- Thomas
Moi, rien à voir.
- Laure
Comment tu as choisi tes études ?
- Thomas
Moi, c'est schéma expatrié, donc lycée français à l'étranger, puis après... Comme tout le monde, c'est-à-dire école de commerce. J'ai fait une école au Canada. J'ai commencé à travailler dans la finance. Ca ne m'a pas spécialement plu, donc j'ai repris des études. Je suis rentré en France où j'ai fait une école de commerce à Montpellier et j'ai enchaîné plutôt dans la communication digitale, dans le monde du luxe et de l'art. J'ai commencé en agence, où là c'était marrant, on voyait plein de choses différentes, la culture était sympa. Et après j'ai essayé de rentrer chez l'annonceur. Et là c'était un peu plus compliqué pour moi, tout ce qui est hiérarchie et politique, ça ne m'allait pas. Ce n'était pas nécessairement la boucherie qui m'attirait au départ, c'était plus la cuisine. Et donc j'ai regardé un peu ce qu'ils faisaient. J'ai deux enfants... Compliqué les horaires. Et je me suis lancé... Ayant grandi aux Etats-Unis où le barbecue, le travail de la viande, c'était quelque chose qu'on faisait souvent et que j'aimais beaucoup. Et après, il y avait tout le côté charcuterie où je faisais des pâtés en croûte toutes les semaines et je m'éclatais là-dessus. Et donc j'ai regardé un peu ce qui se faisait en termes de reconversion dans ces milieux-là. Et il y a eu l'école, l'ENSMV, l'école qui est dédiée à la reconversion dans la boucherie... On était devant un barbecue avec Brian. Moi je sais que la reconversion seul, le projet de se relancer seul, ça aurait été compliqué... Et j'avais Brian avec moi qui lui aussi se cherchait un petit peu à ce moment-là. Et lui, quand je lui ai annoncé que je voulais chercher quelque chose dans la boucherie, il m'a fait « Mais non, moi c'est un rêve de gosse et tout »... Et c'est parti de là.
- Audrey
Donc il y avait quand même eu la réflexion chacun de votre côté avant de vous rendre compte que finalement vous aviez un peu la même idée.
- Brian
En fait, il y a eu toute une vague, je pense que c'était les "Covid passage à vide". On a réalisé en fait avec le télétravail que ce qu'on aimait dans notre taf... c'était les collègues. Et là, Covid, plus de collègues, à part en visio, mais ça compte pas. Et on s'est dit, allez, c'est le moment ou jamais ! On se lance, on tente. Au pire, on n'aime pas, on retourne dans notre boulot. C'est pas comme si on perdait les études en quittant le boulot pendant 6 mois. Donc on a tenté, le tout pour le tout.
- Laure
Donc on est en 2020 et vous aviez quel âge là, respectivement ?
- Thomas
2020, 2021, moi je me suis lancé, j'avais 30 ans.
- Brian
Je devais avoir 27.
- Laure
Ok, et tout ça avec une vie de famille déjà établie, en tout cas pour toi Thomas ?
- Thomas
J'avais un enfant déjà et on attendait le deuxième.
- Laure
Et comment on décide de mettre ça en route ? Ok, je comprends que...
- Thomas
Ça ne se décide pas tout seul. C'est-à-dire que c'est un couple, c'est une famille, donc le projet ça s'est fait à deux. Et voilà, j'ai eu la chance d'avoir quelqu'un qui me soutient à 200 000% et donc ça m'a facilité cette reconversion. J'ai pu me lancer sans me poser trop de questions.
- Audrey
Du coup, on a entendu que Thomas, toi, ton déclic, c'était plutôt arrivé dans la grande entreprise où là, tu ne te sentais pas trop à ta place. Toi, Brian, qu'est-ce qui a fait dans tes postes que tu as eu envie de passer à autre chose ?
- Brian
Moi, on m'a caractérisé une fois d'instable. Donc instable au niveau du travail. Je suis passé d'entreprises CDI, j'ai fait intermittent du spectacle pendant un court moment, et à ce moment-là, j'étais auto-entrepreneur. Dans cette start-up, ça ne se passait pas hyper bien, Covid, pas de rencontre d'investisseurs... Enfin bref, ça capotait. Et je me suis vraiment dit, il n'y a rien qui me retient. J'en ai rêvé petit, il n'y a pas de raison qu'aujourd'hui, j'en rêve pas encore. Donc, on a lancé.
- Thomas
C'est le boulot que tu as tenu pendant le plus longtemps, non ?
- Brian
Absolument, Thomas...
- Audrey
Il faut quand même repositionner, tu étais quand même dans le truc... Là, aujourd'hui, tu es dans le pur concret. À l'époque, tu étais dans... C'était quoi, les paris en ligne sur les e-sports ?
- Brian
Ouais, en fait, on devait lancer un site de paris e-sportifs. Aujourd'hui le pari e-sportif, beaucoup de personnes y jouent. Le e-sport aujourd'hui a pris une place énorme dans la scène internationale et il y a un potentiel énorme sur le pari e-sport en France. Et donc, voilà, la start-up dans laquelle j'étais à l'époque devait lancer une plateforme de paris e-sportifs.
- Audrey
En plus tu travaillais en total remote de chez toi,t'étais pas avec tes collègues, non ?
- Brian
Alors oui et non. C'était le confinement donc j'ai eu une grosse partie à la maison. J'ai eu une partie dans un appartement parisien les uns sur les autres, enfin vraiment en mode start up plus start que up. Et donc oui on a créé des liens, des tensions... Mais bon voilà l'expérience s'est mal terminée donc j'ai enchaîné sur la boucherie. Un coup de couperet. On est passé à autre chose.
- Laure
Ok, donc, 2020, projet de reconversion qui commence à se concrétiser. Donc toi Thomas, de ton côté, tu avais regardé déjà les formations, ce que tu disais. Et concrètement, comment ça se passe pour un financement d'une formation ? Vous êtes partis tous les deux, vous avez démissionné, vous êtes partis avec quelque chose ? Comment on finance ça ?
- Thomas
Moi, c'était un peu compliqué de partir là où j'étais, ils ne voulaient pas me laisser partir. Donc à l'époque, j'ai pu faire un abandon de poste pour pouvoir ensuite toucher le chômage. Pour ce qui est formation, en tout cas dans la reconversion dans la boucherie, Il y a un OPCO Et en gros c'est en apprentissage donc c'est l'OPCO qui gère la majorité des charges de la formation. Et derrière il y a la boucherie pour qui on travaille aussi.
- Laure
D'accord. Et c'est une formation qui dure combien de temps ?
- Thomas
On est sur un an de formation. C'est sur un rythme où tu commences, tu es six semaines à l'école. Là tu vois toutes les bases, tu commences à travailler la viande pour que, quand tu arrives dans la boucherie, tu saches déjà faire quelque chose. Et après, tu es sept semaines en boucherie et une semaine en cours. Donc tu es dans le concret tout de suite.
- Laure
Et c'est sanctionné par un diplôme, il y a un examen ?
- Thomas
Oui, il y a un examen. Le diplôme, c'est un CQP, donc c'est reconnu par le milieu de la boucherie. Ce n'est pas un CAP, ce n'est pas reconnu par l'État. Donc nous, ce qu'on a fait, c'est qu'on a passé notre CQP et, en candidat libre, on a passé le CAP aussi pour avoir les deux diplômes.
- Audrey
Et du coup, j'imagine que par rapport au job dans la grande entreprise, ce n'était quand même pas la même rémunération. Comment tu as financé ? Comment tu as fait pour vivre avec cette baisse de rémunération ? Tu avais des économies peut-être ?
- Laure
Est-ce qu'il faut aimer les patates ?
- Thomas
Après, ce n'est pas facile, mais on s'adapte. Au final, on a la chance d'être dans un pays où tu touches quand même le chômage. Cocorico. Voilà, le plus grand financeur des entrepreneurs... Et non, ça aide quand même énormément. Donc moi, je touchais un salaire en tant qu'apprenti et, derrière, j'avais les ARE pour compléter mon salaire pour toucher la totalité de mon chômage.
- Laure
L'ARE, je crois que c'est un dispositif qui aide les entrepreneurs où il y a une réduction de charge, d'est ça, pendant la première année ?
- Thomas
En fait, c'est l'Aide au Retour à l'Emploi. Moi, je touchais X euros de salaire en tant qu'apprenti et l'ARE complétait cette somme-là pour que j'atteigne le montant global de mon chômage.
- Laure
Oui, allocation chômage.
- Thomas
Exactement.
- Audrey
Et dans la chronologie, par contre, si je ne me trompe pas, c'est Brian qui s'est lancé d'abord,c'est ça ?
- Brian
Ouais, en fait, j'avais beaucoup moins d'attaches que lui en auto-entrepreneur. J'étais libre. Donc, une semaine après notre discussion, en fait, je lui ai dit j'y vais en éclaireur. J'ai trouvé une entreprise très rapidement parce que c'est le plein emploi en boucherie. J'ai essayé, il y avait une rentrée scolaire à ce moment-là dans l'école, l'ENSMV, qui est à Porte Dorée. Et du coup, j'ai enclenché et je suis parti voir comment ça se passait de ce côté-là. Et Thomas m'a rejoint à peu près six mois après.
- Thomas
Ouais, toi, t'as fait la rentrée de janvier et moi j'ai commencé en septembre.
- Audrey
Et vous aviez déjà l'idée, derrière, de vous installer ensemble ?
- Brian
C'est sûr que quand on a déjà un background, quand on a déjà une expérience avant, on ne veut pas forcément être simple boucher technicien. On a un peu les dents longues et on veut potentiellement ouvrir notre boucherie ou faire partie d'un groupe et avoir des responsabilités dans la filière. Parce que déjà il y a un gap salarial. Et puis le métier de boucher, je ne vais pas du tout dire qu'on en fait vite le tour, mais il y a beaucoup de choses qui sont très intéressantes aussi dans la partie gestion d'un commerce qu'un boucher qualifié ne touche pas en fait. Et nous, ce qui nous intéressait avec Thomas, c'était la partie aussi entrepreneuriat. Donc voilà, oui, on avait un projet, c'était d'ouvrir à terme une boucherie, ensemble ou pas. Le fait est qu'on l'a fait ensemble et j'en suis ravi. La petite histoire c'est que la boucherie qu'on a ouvert à Saint-Maur, donc la boucherie Les Garçons, on l'avait repérée avant même la reconversion. En fait, on s'était dit avec Thomas qu'on allait poser des questions à des bouchers pour savoir comment ça se passait en fait les formations en boucherie. Et on était allé toquer à la porte du Parfait Gigo, ça s'appelait comme ça à l'époque, tenu par Michel. On avait posé des premières questions. Et on nous avait plutôt bien reçu et dit qu'il y avait du travail, que c'était pas une mauvaise idée. Enfin voilà, on nous avait plutôt soutenu et on avait gardé un contact.
- Laure
Et c'était quoi le profil de Michel ? Il était fin de carrière, il cédait sa boucherie ou rien à voir ?
- Brian
Boucher depuis toujours.
- Thomas
Ça faisait 30 ans qu'il était installé là et au départ quand on est allé le voir, il pensait pas à céder sa boucherie. Il disait qu'il était pas à la recherche. d'acheteurs ou quoi que ce soit. Et il y a eu le Covid qui est passé par là. Quelques problèmes de santé aussi ne l'ont pas aidé. Et il a été en liquidation judiciaire.
- Laure
D'accord. Donc concrètement, comment on fait pour ouvrir une boucherie ?
- Thomas
Pour ouvrir une boucherie, il faut avoir un diplôme qui est reconnu par l'État, déjà. Ou avoir trois ans d'expérience en temps que boucher. Et après, il faut trouver un fonds de commerce, trouver une banque qui suit notre projet, trouver un financement pour pouvoir financer le prêt aussi. Et derrière, une fois que ça, c'est fait, il y a aussi la structure à monter, structure d'une entreprise, ça on n'y pense pas tout de suite. Donc tout de suite, s'entourer de personnes qui s'y connaissent, un expert comptable. Nous on a eu la chance d'avoir quelqu'un aussi qui suit le projet depuis le début, qui nous a aidé sur tout le côté administratif qu'on ne connaissait pas. On n'avait aucune idée de tout ce qu'il fallait faire... Et ensuite, une fois que tout est fait, qu'on a un prêt, qu'on a acheté un fonds de commerce, qu'on a le matériel, il faut aussi avoir tout le réseau d'éleveurs qu'on a eu la chance d'accumuler à travers nos expériences respectives avec Brian, tous les deux dans deux boucheries différentes. On travaillait direct éleveur, les animaux entiers, et c'était comme ça qu'on voulait travailler aussi. Donc on a pu se faire un petit agenda d'éleveurs et aller les voir avant d'ouvrir pour voir s'ils étaient intéressés de travailler avec nous, pour derrière avoir les animaux qu'il faut pour ouvrir la boucherie. Les éleveurs. Les abattoirs ensuite, parce que nous c'était important d'avoir des abattoirs qui se trouvent proches de nos éleveurs et surtout qui travaillent correctement. Respect animal total. Et ensuite transporteurs, parce qu'il faut amener ces animaux à Paris. Nous on ne travaille pas avec Rungis, on ne va pas chercher nos carcasses sur Rungis, on travaille vraiment en direct éleveur, et donc il y a toute une logistique aussi derrière à construire.
- Audrey
Et combien de temps après que vous vous soyez lancés dans la reconversion arrive ce projet d'ouverture de commerce ? Il me semble que c'est finalement assez rapide ?
- Thomas
Deux ans et demi.
- Brian
Ouais, donc moi j'arrivais à trois ans et Thomas, logiquement deux ans et demi.
- Laure
Donc c'est quoi, entre le début de la formation et l'ouverture ?
- Thomas
Ouais. C'est ça ? En gros, moi j'ai fait un an d'études, donc un an de CQP en alternance et ensuite j'ai travaillé un an et demi en CDI dans ma boucherie.
- Brian
C'est facile en fait, c'est 2020 reconversion et 2023 ouverture. Donc on a eu trois ans à quelques mois près. Trois ans.
- Laure
Et la phase où vous avez étudié le projet, c'était une phase que vous avez fait en parallèle, c'est ça, de votre travail ? Toi, tu étais en CDI à ce moment-là ?
- Thomas
Ouais, c'était en parallèle, mais Covid, donc chez moi. Je faisais mes recherches en même temps.
- Laure
Et c'est compliqué d'ouvrir une boucherie ? Je reviens là-dessus parce qu'en fait, quand j'entends qu'il faut un expert comptable, il faut créer sa structure juridique, vous avez été accompagné...
- Thomas
Moi, je ne l'aurais pas fait tout seul.
- Brian
En fait... Je pense que le fait d'entreprendre, c'est compliqué. Le fait d'entreprendre en France ou ailleurs... Bon, en France, il y a pas mal de lourdeurs administratives, mais je pense qu'on n'est pas les moins bien lotis non plus. Il y a plein de choses auxquelles on ne pense pas. Naturellement, nous, en tant que bouchers, on était plus sur la recherche des éleveurs, etc. Et toute la partie vraiment opérationnelle, la partie administrative est colossale. Même si on a été bien accompagné, on a fait quelques erreurs en termes de statut, etc. Voilà. Maintenant on sait.
- Thomas
On apprend. De toute façon, tant qu'on n'est pas dedans, on ne connaît pas.
- Audrey
Parce que finalement, même toi, en école de commerce, tu n'avais pas spécialement eu de module sur l'entrepreneuriat ?
- Thomas
Si, j'en ai fait, mais...
- Audrey
Ce n'était pas assez concret ?
- Thomas
Ce n'est pas assez concret, puis tu oublies au final, parce que je n'ai pas continué là-dedans et j'ai fait d'autres choses, et entre-temps, j'ai appris d'autres choses. Et donc, si tu ne lis pas, ne va pas rechercher à droite et à gauche et que tu te lances, sans avoir les bonnes personnes autour de toi, tu vas tout droit dans un mur. Donc c'est hyper important de s'instruire, de lire, d'avoir des gens qui s'y connaissent, de mettre un peu les moyens pour construire quelque chose de solide au départ. Parce que tu peux très vite te retrouver dans une situation où en fait t'es en totale illégalité d'ouvrir quelque chose.
- Brian
Et puis les lois changent aussi. Il faut quelqu'un qui s'y connaisse et qui soit à jour. Aujourd'hui si les juristes, les experts comptables, etc. ont une légitimité, c'est parce qu'ils se tiennent à jour et qu'ils sont au courant des dernières lois, ils font de la veille. Nous, nos études remontaient à 5 à 10 ans. Clairement, il y a plein de choses qui étaient vraies autrefois qui ne l'étaient plus du tout au moment où on a lancé l'entreprise.
- Audrey
Et du coup, vous vous lancez avec l'aide d'un expert comptable et au départ, c'est tous les deux seulement, pas d'employés ?
- Thomas
Au départ, oui, c'est ça, tous les deux. On a vite eu un apprenti, qui est arrivé mi-octobre, mais qui est comme nous reconverti, donc qui ne connaissait pas le milieu de la boucherie au départ, qui ne savait pas grand chose en fait. Et ce qui est compliqué c'est qu'on est deux, donc il y a une boîte à gérer, des clients, et en même temps il faut que tu donnes du temps pour apprendre à cette personne le métier. C'était compliqué au départ, mais aujourd'hui voilà, on arrive, on était deux, et aujourd'hui en nous comptant tous les deux, on est dix.
- Audrey
Oui c'est ça et très rapidement du coup la boucherie grandit et accueille même, je sais pas combien de temps après, c'est ça La Petite Soeur.
- Thomas
Un an après, un peu plus, un an et un mois après.
- Brian
Un an et un mois après. Après, il y a quelque chose aussi quand on veut ouvrir un commerce qui est hyper important, c'est l'emplacement. On nous le répète beaucoup et on appuie forcément pas assez dessus. Un bon emplacement pour un commerce c'est 70% du boulot en termes de prospection dans le sens où, vous pouvez faire les meilleurs produits du monde, si vous êtes, sans mauvais jeu de mots, dans le trou du cul de la vache, personne ne viendra vous acheter les meilleurs produits du monde parce que parce que vous êtes invisible.
- Laure
Vous avez bénéficié finalement de la clientèle que Michel avait constitué et quand vous dites vous avez ouvert la petite soeur c'est à dire vous avez ouvert un second emplacement ?
- Thomas
Oui, en fait on a ouvert la boucherie en septembre 2023 et on avait un four derrière, on faisait des plats du jour, on faisait de la charcuterie mais c'était très petit. La boutique, l'espace de vente, fait 20 mètres carrés. On n'avait pas de labo, donc on s'est très vite retrouvé à l'étroit et en fait on avait une demande sur ces plats préparés, sur la charcuterie qui commençait à être importante et donc on cherchait un espace pour avoir un labo, avoir une cuisine et pouvoir faire tout ça.
- Audrey
Sachant aussi que toi, c'est un peu ton dada.
- Thomas
Oui, c'est mon dada donc moi j'étais content. Et il y a un fleuriste à une boutique de chez nous qui se libérait. Au sous-sol, il avait 60 m² d'espace qu'on pouvait transformer en cuisine, et c'est ce qui s'est passé. Mais, ça venait aussi avec un espace de vente donc on a dû ouvrir une deuxième boutique. Donc La Petite Soeur. Elle s'appelle vraiment "La Petite Soeur" des Garçons. C'est une Charcuterie Traiteur où on va travailler toute la viande de la boucherie, le but étant de valoriser les carcasses et faire du zéro gâchis sur tous les animaux qu'on travaille. Et là, on va faire toute la fabrication des terrines, la charcuterie, on fait même nos jambons, le boudin, tout ce qui est plat du jour, des friands. On s'amuse un petit peu sur plein de produits un peu marrants. On fait des saucisses bizarres, des saucisses au Big Mac, des saucisses cocktail pour les grands qui reprennent des marquants cocktail avec de l'alcool. Non, non, on se marre bien.
- Audrey
Mais donc oui, finalement, ouvrir la deuxième boutique, ce n'était pas spécialement un projet initial, c'est un peu l'opportunité qui a...
- Thomas
C'est l'opportunité, comme le dirait Brian, qui fait le lardon.
- Audrey
On reconnaît bien les jeux de mots de Brian, qui voulait être écrivain.
- Laure
Tu souris, on ne sait pas, si c'est un sourire de fierté sur cette blague, un peu d'embarras...
- Brian
Non, mais je suis très fier de toutes mes blagues, je suis boucher, mais pas que...
- Laure
Je suis aussi blagueur.
- Brian
Absolument, on fait des farces.
- Thomas
On rigole bien.
- Audrey
Et donc aujourd'hui, comment vous vous organisez ? C'est plutôt Thomas dans la charcuterie parce que effectivement c'est plus le côté cuisine et du coup vous avez un peu chacun votre boutique et votre périmètre ?
- Thomas
Non, on évite d'être chacun dans sa boutique parce que c'est un projet commun, on a tous les deux ouvert la boucherie, on a tous les deux ouvert la charcuterie. Brian aussi est très cuisine et c'est lui d'ailleurs qui faisait la cuisine, tout ce qui était plat du jour à la boucherie avant. Donc non, le but c'est que tout le monde participe sur les deux boutiques, surtout qu'on a deux équipes différentes, donc il faut qu'ils nous voient aussi tous les deux, qu'on ait nos relations avec nos employés. On essaie de créer une famille qui aime travailler avec nous, qui nous connaisse tous les deux. On a tous les deux nos savoir-faire, tous les deux nos défauts, on se complète vraiment bien. Donc c'est important qu'on passe du temps dans les deux boutiques.
- Laure
Passer du monde de la grande entreprise à la boucherie, c'est un peu grand écart, mais est-ce qu'il y a des compétences que vous aviez acquises pendant vos expériences pro/perso dont vous servez aujourd'hui ? J'ai bien compris qu'il y a des choses que vous avez transposées, mais plus précisément ?
- Brian
Alors oui, forcément, ça va nous permettre de temps en temps d'avoir une compréhension plus grande de certaines choses, que ce soit en management, que ce soit en comptabilité, que ce soit en communication, forcément, et dans la sphère digitale de la communication notamment. Ça nous permet de faire du coup un paquet d'économies sur beaucoup de sujets et aujourd'hui on est à 100% derrière notre communication, ça vient de nous, on produit nos visuels, on produit tout à 360°. Et voilà. Sur la partie management, Thomas il avait déjà une équipe, moi je faisais partie d'un studio de création, donc voilà, on a appris à travailler en équipe. Donc voilà, il y a forcément une expérience qui nous sert aujourd'hui. On a aussi plus de diplomatie qu'un boucher pur souche qui est sorti du CAP et qui a fait que de la boucherie derrière. Voilà. Il y a une sphère du monde de l'entreprise qui nous sert aujourd'hui et qui nous permet aussi d'avoir une compréhension de notre clientèle. En fait, on a pas mal de clients qui font partie du monde de l'entreprise et aujourd'hui, en fait, leur langage, on le comprend et ça nous permet d'avoir un vrai dialogue et de pouvoir échanger avec eux sans souci. Ça crée même des vocations. On a plein de clients qui disent exactement comme votre sujet, "J'en ai marre, je cherche ma reconversion". Il y en a plein qui n'ont n'a pas encore trouvé. Mais sans nous jeter des fleurs, on pourrait être un sujet d'inspiration sur la reconversion, à ce niveau-là, pour certains de nos clients.
- Audrey
Vous êtes pour le coup presque le cliché de la reconversion... Quand on cite... Il y a des reconversions beaucoup moins spectaculaires. Vous, effectivement, passer du marketing à la boucherie, c'est un grand écart.
- Thomas
On n'aime pas faire les choses à moitié nous.
- Brian
Thomas, il aime bien revisiter les expressions françaises, c'est son côté américain, il dit on a fait un virage à 360 degrés.
- Laure
Pas tout à fait je dirais.
- Brian
Voilà donc ouais, on a fait un bon virage et pour l'instant il est bien amorcé donc on continue et on développe l'entreprise tout en s'amusant Parce que c'est le but du jeu, on s'est reconverti par passion et pour s'amuser plus qu'autrefois. Donc le but du jeu aujourd'hui c'est de continuer à avoir le sourire en allant au boulot, ne pas avoir du mal à aller au boulot comme avant. On joue en plus à domicile, on est à moins de 10 minutes de notre boulot à pied et ça c'est un confort de vie qui est extrêmement satisfaisant, surtout quand on a pas mal d'horaires. Non, pour l'instant, il n'y a que du positif.
- Audrey
Justement, qu'est-ce que ça vous apporte de plus que votre métier d'avant ?
- Brian
On se lève plus tôt qu'avant. On rentre du travail à peu près aux mêmes horaires. Sauf qu'aujourd'hui on travaille pour nous. Les jeux de mots que je fais, ils sont pour nous. Ils ne sont plus pour une marque où je ne me reconnais pas forcément dans les valeurs. Aujourd'hui on travaille nos valeurs, les producteurs qu'on aime. On travaille avec des salariés qu'on apprécie. J'apprécie Thomas, je travaille avec lui. Voilà, en fait, on fait des choix qui sont les nôtres. Et c'est un bonheur parce que quand on fait quelque chose qu'on aime moins, il n'y a qu'à nous qu'on peut en vouloir. Et on est hyper satisfait quand il y a quelque chose qui se passe bien. Donc l'implication qu'on a au boulot est hyper gratifiante puisque derrière il y a un retour sur investissement moral qui est hyper appréciable.
- Thomas
Puis t'as aussi un retour direct du client. C'est important. Tu fais un truc, tu te donnes et puis le plus gratifiant c'est quand t'as quelqu'un qui vient te voir et fait "ouah, ça c'était trop bien". Mais aussi quand c'est moins bien qui n'ait pas peur de nous le dire. C'est la première chose qu'on leur dit. Il faut dire quand c'est bien, il faut nous dire aussi quand c'est moins bien, parce que ça nous permet de nous adapter. Et d'avoir cette conversation, c'est hyper important. Et puis ça permet de créer des liens aussi avec eux, de fidéliser. Et donc non, c'est un quotidien où tu n'es plus derrière un bureau, tu es dans le concret, tu vois des gens. Ça c'est hyper gratifiant. Je ne prends plus les transports en commun. C'est incroyable. Je mets trois minutes à pied au lieu d'une heure et demie tous les matins. Ca change ! Même si tu es à la boutique à 6 heures, tu as marché, tu as banane , tu sais où tu vas, tu sais ce que tu vas faire. J'ai un truc que j'ai envie de faire, je vais le faire, je ne vais pas me poser la question. Et puis, c'est ce qu'on dit quand on est dans nos boutiques, tout ce qu'il y a dans nos vitrines, c'est des choses qu'on aime. Si on n'aime pas, on ne le mettra pas.
- Laure
Et quand vous regardez maintenant dans le rétroviseur, est-ce que vous vous dites que cette reconversion, ça a été compliqué, ça a été douloureux, pénible ? Parce qu'aujourd'hui, on peut dire qu'il y a quand même cette réussite qui est là et cette satisfaction, mais le chemin pour y arriver, il était comment ?
- Thomas
Je ne sais pas, moi je n'ai pas de rétroviseur, je ne regarde pas en arrière.
- Brian
En fait, pour nous, ça a été. On va dire que Thomas et moi, en fait, comme on a tout de suite apprécié le métier, ça a été super chouette, l'expérience elle est géniale. Là où ça a été plus dur, c'est peut-être pour nos familles. Quand on passe d'un CDI en bureau à un commerçant, donc déjà on va bosser le week-end. Le week-end en moins c'est hyper dur pour les familles, surtout quand il y a des enfants. Donc voilà, nous on a aménagé nos week-ends pour ne travailler qu'un seul jour du week-end, mais ça reste un seul jour du week-end. On a une amplitude horaire qui est parfois changeante, qui varie, etc. et surtout qui compte beaucoup d'heures. Donc voilà,la disponibilité auprès de nos familles, même si on essaye de modérer tout ça et de trouver un équilibre, c'est pas évident pour eux. Après ils nous voient heureux. Ils voient que ça marche. Ils nous soutiennent, ils se disent que ça ne peut qu'évoluer en bien, dans le sens où plus ça va aller, plus on va développer, plus on va avoir de la disponibilité. L'exemple même : on a commencé, on était à 90 heures par semaine au boulot, plus le boulot à la maison sur le côté administratif, etc. Aujourd'hui, on doit être à environ 60 heures. On a déjà gagné 30 heures par semaine, ce qui n'est pas du luxe. Et c'est qu'un début, ça fait un an et demi, donc voilà, ça ne peut que progresser en bien.
- Laure
Donc t'as pas de rétro Thomas ?
- Thomas
En fait il n'y a pas... Je suis d'accord avec Brian, c'est-à-dire que j'ai pas de regard en arrière. Moi j'ai pas de question, tout s'est bien passé, je m'éclate aujourd'hui, je pense plus à ce que je faisais avant et franchement c'était facile. Mais justement moi, c'est pas le côté regarder en arrière qui est dur, c'est vraiment la vie de famille. C'est là où c'est pour ça que c'était une décision à deux, qu'il faut impliquer, qu'il faut parler, parce que c'est vrai que c'est pas facile. Moi j'ai deux enfants. Ma femme, elle a un boulot, elle bosse énormément. Et c'est quand même elle qui doit gérer les sorties d'école, les déposer à l'école, les week-ends parce que je bosse. Donc sans ça, on ne peut pas faire ce qu'on fait. Donc ce n'est vraiment pas regarder en arrière, c'est vraiment surtout une question de gestion, de famille, une communication constante. Voilà, on a une chance énorme, c'est d'avoir des gens qui sont hyper impliqués dans le projet, qui sont heureux pour nous, qui nous aident à nous libérer du temps pour qu'on puisse justement développer. Et le but c'est pas derrière, c'est devant, c'est de regarder le futur, et justement comme Brian se dit, c'est se donner plus de temps. Construire pour que derrière on puisse justement redonner ça à nos femmes, à nos enfants, et construire là-dessus. Donc pas de rétro c'est devant, tout droit devant.
- Brian
Bah oui être être bien accompagné, c'est pas seulement le comptable, c'est pas seulement le banquier, c'est aussi la famille.
- Audrey
Comment ça s'était passé pour toi ? A l'époque t'étais pas marié ?
- Brian
Non, j'étais pas encore marié, mais c'était déjà annoncé. J'ai demandé. J'ai demandé, tout simplement, si ça posait problème. Si le fait que je sois moins disponible le week-end serait un frein. Il y a eu des questions. On m'a dit "Essaie". J'ai essayé/ Et aujourd'hui ça va, c'est pas tous les jours facile etc., mais j'ai du soutien. Et aujourd'hui, je suis papa d'un enfant et il y en a une qui arrive en août, donc ça fera deux à la fin de l'année Et voilà, on essaie de trouver un juste milieu sur la disponibilité de chacun. Pour l'instant, ça convient à ma femme et je l'en remercie. Puis voilà, ça va évoluer en bien de toute façon. Donc tout va bien. Je suis encore marié.
- Audrey
Et comment vous voyez évoluer après ? Est-ce que vous voyez faire ça toute votre vie ? Est-ce que vous avez d'autres projets ? Comment vous voyez un peu les choses ?
- Thomas
Step by step, on a déjà allé vite... Au bout d'un an, ouvrir une deuxième entreprise.... Déjà, c'est de construire sur ce qu'on a créé là. C'est de développer. Le plus compliqué aujourd'hui dans le milieu, c'est le staff, c'est les équipes, donc de maintenir une équipe qui nous permet, nous, de continuer à développer, mais surtout aussi à avoir une vie de famille, puisque c'est grâce aussi à nos employés qu'on se libère du temps. Et le but, c'est déjà de développer nos deux boîtes.
- Brian
C'est consolider tout ça. Mais forcément, on a plein de projets avec Thomas, mais il faut du temps pour les réaliser, il faut de l'argent pour les réaliser. Et oui, on espère que plus tard, les fondations qu'on a commencé à lancer, nous permettent sereinement de lancer d'autres projets. C'est un rêve. Honnêtement, monter une société, créer des business plans et lancer des projets, c'est le plus amusant. C'est hyper grisant, ça pousse la créativité, c'est génial en fait. Mais derrière, le fait de consolider et d'entretenir en fait l'entreprise, c'est là où est le plus gros du travail. C'est 98% du boulot. Donc, oui, on a des projets, mais pour l'instant on développe.
Audrey : Et est-ce que vous croyez que vous seriez lancé si vous n'aviez pas été tous les deux ?
Thomas : Nope. Zéro chance. Tout seul je l'aurais pas fait.
Brian : Non, non c'est sûr. C'était le rêve enterré pour moi.
- Laure
Oui c'est marrant parce que toi c'était vraiment un rêve d'enfant, Brian. Toi,Thomas, c'était pas le cas, et finalement c'est toi qui a impulsé ça et tu as répondu, Brian, ça fait écho en toi...
Thomas : Je savais qu'il y allait y avoir une oreille qui allait m'écouter, on passait tellement de temps déjà devant nos barbecues à juste parler bouffe et viande et recettes, etc. Donc quand je suis arrivé je savais que ça allait pas tomber dans l'oreille d'un sourd. Alors moi j'avais une question...
- Brian
Mais d'un boucher.
- Thomas
Il est bouché, c'est vrai qu'il est boucher.
- Brian
Pardoooon ????
- Laure
Elle m'a surprise celle-là.
- Thomas
Pourtant il la dit tous les jours, 15 fois par jour.
- Laure
Oui mais moi je n'entends pas, je ne suis pas là tous les jours.
- Thomas
Toi aussi tu es bouchée ?
- Laure
Non pas encore, qui sait. Apparemment c'est une voie qui a l'air épanouissante, je vais peut-être s'y songer.
- Thomas
En tout cas, il y a du taf.
- Laure
Oui mais je ne peux pas entamer une reconversion tous les deux ans. Encore que... Quoique... Non, j'avais une question. Tu parlais toi Audrey, tu disais que c'était un peu la reconversion cliché entre guillemets... J'aime pas cliché parce que ça fait un peu négatif, mais c'est la reconversion on va dire... Quand on parle de reconversion on pense toujours à ça.
- Audrey
C'est un peu l'exemple qu'on donne, voilà, parce que c'est effectivement le virage à 360°, donc c'est souvent l'exemple qui est pris.
- Brian
Non et puis c'est un peu à contre-courant. En ce moment, la viande on n'a pas forcément la bonne cote. On est sur un produit qui fait parler, et pas forcément bien, avec toute la partie industrielle de l'élevage, etc. La souffrance animale, les associations comme L214 qui tous les jours envoient un message qui est très négatif, et souvent à raison, sur la filière viande. Par contre, il y a des professionnels qui travaillent bien.
Laure : Avec une éthique.
Brian : Ouais, avec une éthique. Après, parler d'abattage sans souffrance, bon c'est toujours un petit peu touchy parce qu'au final il y a un abattage malgré tout, que la bête n'a pas forcément demandé ça malgré tout. Mais aujourd'hui, c'est une tradition qui est internationale et qui ne mourra pas demain, ni après-demain. Et autant faire les choses du mieux qu'on puisse, en limitant la souffrance, en limitant les abus, en limitant l'industrialisation des produits carnés. Et voilà, de faire les choses au mieux en fait.
- Laure
En tout cas vous proposez qu'on consomme différemment et ça c'est chouette. J'avais aussi une question justement sur cette reconversion. Il n'y a pas eu une forme de déception, de lassitude ? Par exemple, il y a beaucoup de gens qui idéalisent les métiers de la restauration en disant "J'adore cuisiner, je me lancer dans la restauration". Et puis quand tu y es, tu te rends compte que tu as des horaires grand écart. Vous n'avez pas eu ça ? Je n'ai pas l'impression.
- Brian
Je dirais que non. Bon, il y a des jours plus durs que d'autres.
- Laure
Et puis, tu sais, le côté du commerce "Bonjour ma petite dame, et avec ceci, qu'est-ce que je vous mets ?"
- Thomas
Ça, c'était juste difficile pour quelqu'un comme moi qui, au départ, n'est pas hyper sociable. Mais au final, on apprend et on se crée un rôle. Et puis aujourd'hui, ça me fait marrer.
- Laure
Et t'aimes ça en plus ?
Thomas : Bah ouais.
- Brian
Ouais, c'est de l'acting, c'est une forme de théâtre, en fait. C'est une scène, la boucherie, il y a une forme de théâtralisation. Notre billot, c'est aussi la première table avant de se mettre à table. Donc en fait, on échange autour d'un pré-buffet, pré-banquet, pré-repas. On sait que derrière, il y a huit personnes qui vont se régaler. En fait, c'est la première partie de la fête. Avant Noël, on vend des rôtis et derrière, on sait que...
- Laure
Les gens vont festoyer autour de ça.
- Brian
Oui, que les gens, notre clientèle, les gens bons, vont se régaler.
- Laure
On a entendu, Brian. On a entendu.
- Brian
On a déposé la marque pour le coup. Le Club Gens Bons, c'est une marque déposée. C'est de chez nous.
Audrey : Heu... J'ai bugué...
Brian : C'est souvent dur de s'en remettre.
- Laure
Il y a une espèce de latence post blague... Qu'est-ce que vous apporte de plus ce job que vos précédents jobs dans les grandes entreprises ?
- Thomas
Du plaisir. C'est du plaisir au quotidien. On fait quelque chose de concret. On voit des gens. On travaille des produits qu'on aime. On s'est quand même créé une belle famille. Donc franchement c'est la banane. Eh, on rigole bien.
- Brian
Mordre la vie à pleines dents.
- Thomas
Voilà.
- Brian
Et puis en plus, on a des remises sur la viande.
- Thomas
Ah ça, c'est...
- Brian
Non, non, mais... Ouais, c'est que du plaisir. On fait enfin un métier qui nous épanouit à 100%. De plus en plus, on trouve l'équilibre sur tous les points. Je pense que le professionnel, c'est un des points, la famille, c'est un autre point. Les amis, c'est un autre point. Notre développement personnel, c'en est un autre encore. Voilà, je crois au Japon c'est l'ikigai. Voilà, nous on essaie d'équilibrer tout ça et autrefois on ne l'était pas sur le point professionnel. On n'était pas épanoui et on serait peut-être resté pendant des années et des années, dans un métier qui ne nous épanouit pas.
- Thomas
Je pense qu'il y a eu ce côté entrepreneurial qui nous permet d'apprendre tous les jours sur plein de sujets différents sur lesquels on ne s'était jamais pensé auparavant ... Donc il y a le boulot au quotidien, mais après il y a le côté administratif qui est moins rigolo, mais qui est nécessaire, et au final, t'apprends. On a de la chance aussi de faire partie du réseau Entreprendre du Val-de-Marne. Et là, on a des gens comme nous qui ont monté une boîte, dix boîtes, qui passent par les mêmes problèmes qu'on peut avoir. Ça nous permet d'avoir des échanges, de découvrir plein de sujets différents. Et non, c'est hyper épanouissant en fait.
- Audrey
Et si c'était à refaire ?
- Brian
Bah à nouveau, pas tout seul, mais on y serait allé. On y serait allé.
- Thomas
Sans réfléchir.
- Brian
Ouais. Non mais c'est génial, on regrette pas du tout notre choix. Ouais on kiffe, c'est génial, honnêtement.
- Laure
En tout cas, à moins de 40 ans, d'avoir trouvé cet alignement, bravo.
- Brian
Bah, merci le Covid, merci le confinement, merci les reconversions passage à vide.
- Audrey
Oui, mais elles n'ont justement pas été toutes aussi réussies. Je me souviens d'avoir lu justement des témoignages de gens qui s'étaient lancés un peu précipitamment et qui n'avaient pas aimé le côté répétitif du métier.
- Brian
En fait, il y a aussi un alignement des planètes, dans le sens où, si on était resté et qu'on n'avait pas monté notre boîte aussi rapidement, peut-être qu'on serait plus vite lassé de notre rôle de simple boucher entre guillemets. Nous on a eu une évolution qui était crescendo. Aujourd'hui, on a plein de nouvelles tâches comme disait Thomas, aussi bien sur l'administratif, sur les RH, sur tout un tas de points. On fait de la com, on fait tout quoi. On fait du sourcing de légumes. On fait du sourcing, pas que de viande, forcément les conserves qu'on a, on est en direct producteur en fait. Notre valeur du direct producteur, elle est de A à Z. Donc tous les produits qu'on a à la boucherie, on va les chercher, on va les dégoter. C'est des rencontres tous les jours, aussi bien auprès de la clientèle que des fournisseurs. Non, là aujourd'hui, au jour d'aujourd'hui, c'est impossible qu'on se lasse du métier.
Thomas : On a pas le temps. On a pas le temps en fait.
Brian : Le peu de récurrence qu'on a, elles sont limite confortables parce qu'on se dit "Enfin je me pose, je fais un truc que je connais bien." Mais sinon, le reste du temps c'est que de la nouveauté.
- Laure
Et est-ce que vous avez des remises sur les légumes ?
- Thomas
Oui. Chez La Petite Sœur !
- Audrey
On mettra les adresses et tout bien sûr. Et puis, quand tu parlais de mise en scène aussi, ce que forcément les gens peuvent pas savoir, c'est qu'il y a aussi ce côté... La boucherie qui a... C'est pas une scénographie... Mais qui est quand même faite de manière très particulière pour que l'on vous voit préparer les produits, un peu comme les cuisines ouvertes. Et ça joue aussi sur ce côté, comme vous disiez, mise en scène.
- Brian
Au final, ça on ne l'a pas inventé, c'est plus un retour en arrière. Les boucheries autrefois, c'était un billot en plein milieu et puis on demandait au boucher un onglet, il allait dans la chambre froide le chercher. Il n'y avait pas tellement de vitrines en fait. On n'était pas équipé de vitrines, de linéaires, donc c'était comme ça avant. C'est le style anglo-saxon qui revient au goût du jour, avec des vitrines qui sont à la verticale plutôt qu'à l'horizontale. Et il y a une belle présentation, un peu comme dans une bijouterie. Parce qu'à nouveau, la matière viande, elle est belle quand elle est bien mise en scène. Et donc, oui, nous, notre rôle, il est aussi d'esthète, en fait. Sur un rôle d'esthétisme, où on va faire de la belle boucherie et de la bonne boucherie.
- Laure
Et c'est là où vos expériences précédentes vous ont servi aussi, j'imagine.
- Thomas
Un peu, sur tout le côté display. De toute façon, quand on rentre dans une boucherie, on mange avec les yeux avant de vraiment se mettre à table. Donc, c'est hyper important. Et encore une fois, on a de la chance de travailler avec des super beaux produits. Donc, autant les mettre en avant.
- Laure
Pour finir, si vous aviez un conseil, une ressource à partager ?
- Brian
On l'a répété pas mal de fois, mais allez-y... pas tout seul. En gros, une reconversion, c'est un acte de courage. On est toujours plus courageux à deux, voire à trois, voire à quatre. Il faut, entre guillemets, des frères d'armes et/ou sœurs d'armes, bien sûr. Même quand il y a un moment de doute, quand il y a un moment où c'est compliqué, où on n'est pas sûr, il y a l'autre qui vient soutenir, etc. Se lancer à plusieurs, c'est toujours plus facile qu'y aller tout seul. Donc trouvez des gens dans la même situation que vous. Essayez de ne pas vous lancer seul, clairement.
- Thomas
Et hyper important, c'est la communication, surtout avec la famille. C'est un choix qu'on ne fait pas tout seul. C'est un choix, si on est en couple, qui doit être fait en couple, parce que ça va impacter tout le monde. Donc communication. C'est la clé. Toujours en parler. Même quand il y a des choses qui sont difficiles, toujours pouvoir se sentir assez à l'aise avec son partner in crime pour pouvoir en parler, discuter. Parce que si on encaisse tout et que derrière il n'y a pas de discours, il y a une rupture à un moment qui risque d'éclater. Donc non, communication. La famille vient avant tout, donc respecter ça. Et voilà, on n'est jamais tout seul. Faire confiance à son "+1" et ne jamais avoir peur de parler de ce qui va, ce qui ne va pas. C'est hyper important parce qu'en fait, c'est notre premier support. Moi, je sais que sans ma femme, ça aurait été impossible de me lancer.
- Brian
Merci Mao.
- Laure
Eh bien merci. Belle conclusion. Merci beaucoup à tous les deux.
- Audrey
Belle conclusion, oui. Merci beaucoup à Mao. Et à Marie.
- Brian
Et à Marie. À nos femmes.
- Laure
Il fait un cœur avec les mains, vous ne l'avez pas vu. Merci en tout cas à tous les deux pour ce partage. C'est top d'entendre des histoires comme ça aussi, de dire que c'est possible. Merci les garçons. Et donc vive les gens bons, c'est ça ?
- Brian
Oui. Nous on travaille que avec des gens bons. Pour des gens bons.
- Laure
Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci à tous les deux...
Nous espérons que vous avez apprécié ce moment autant que nous.
- Audrey
Si vous avez aimé l'épisode, abonnez vous et n'hésitez pas à laisser une note positive et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Et parlez-en autour de vous. Et si vous souhaitez partager votre histoire de reconversion,
- Laure
écrivez nous. Merci pour votre écoute et à très bientôt pour un nouvel épisode.