- Speaker #0
Je vois quelqu'un. Bienvenue dans Je vois quelqu'un, le podcast qui raconte des expériences de thérapie. Dans chaque épisode, une personne nous partagera son histoire thérapeutique. Pourquoi a-t-il ou elle fait ce choix ? Allez voir celui qu'on a l'habitude de ne pas nommer, ce quelqu'un, le psy. Et comment ça l'a fait avancer ou bousculer ? Comment ça l'a changé ou apaisé ? Les témoins sont des hommes, des femmes. que j'ai rencontrées dans ma vie, qui pour certains viennent de commencer leur thérapie et pour d'autres retracent de nombreuses années sur le divan. Psychanalyse, thérapie brève, hypnose, gestalt-thérapie, leurs témoignages s'inscrivent dans de multiples courants d'accompagnement. L'idée de ce podcast, c'est de déconstruire les croyances autour de la thérapie, d'en percer quelques mystères et de découvrir qu'il y a finalement autant de récits thérapeutiques que d'individus et de psy. Aujourd'hui, je reçois Maxime. Maxime, il a 39 ans et il a connu plusieurs thérapeutes avec lesquels il n'a pas réussi à passer le cap des 4 mois. Parce que faire une thérapie, c'est s'engager. Et l'engagement pour lui, c'est compliqué.
- Speaker #1
Salut Alex, je suis un peu en retard, mais j'arrive là.
- Speaker #0
Dans cet épisode, il nous raconte comment il n'arrivait pas à dire la vérité à ses psys, notamment s'agissant de ses addictions. Et c'était là tout le cœur du problème.
- Speaker #1
Je mentais à ma psy en fait. J'arrivais pas à être totalement honnête dans justement mon rapport aux drogues, à la tronquerie, tout ça. Et au bout d'un moment, c'était plus supportable. Donc j'ai arrêté en me disant ça m'apporte rien. Mais c'est juste qu'en fait, je pouvais plus continuer à avoir cette espèce de... Mentir à sa psy, c'est quand même, il faut vraiment aller loin.
- Speaker #0
Mais depuis quelques temps, il a changé de thérapeute. Et avec lui, c'est différent.
- Speaker #1
Je sens jamais en lui une déception. Du coup, j'ai pas peur de lui dire en fait, d'évoquer le sujet parce que je me sens pas du jugement. Alors qu'avec les autres... Beaucoup plus.
- Speaker #0
Il revient aussi sur la difficulté à assumer de s'exposer en tant qu'homme et à faire le choix d'aller regarder sa vulnérabilité.
- Speaker #1
Aller voir quelqu'un, c'est en fait, dans l'imaginaire, en tout cas, c'est montrer nos faiblesses. En tout cas, signifier qu'il y a un truc qui ne va pas. Ce n'est pas viril, un mec qui va voir un psy.
- Speaker #0
Je vous laisse avec Maxime et son récit de thérapie. Bonne écoute.
- Speaker #1
Je vois quelqu'un.
- Speaker #0
Bonjour Maxime.
- Speaker #1
Bonjour Alexandra.
- Speaker #0
On est hyper contents que tu sois là pour ce podcast Je vois quelqu'un. Merci d'avoir accepté.
- Speaker #1
Je t'en prie.
- Speaker #0
D'ailleurs, c'est une question que je me pose. Pourquoi t'as accepté ? En quoi ça a du sens pour toi de raconter ton expérience de thérapie ?
- Speaker #1
Je dirais parce que je pense que c'est bien que les gens qui écouteront ce podcast se rendent compte à quel point ça peut être quelque chose d'important la thérapie. Souvent on pense que c'est... Parce qu'on est malade, qu'on ne va pas bien, que ça doit être quelque chose qui va guérir, alors qu'en fait, ça peut être juste quelque chose qui permet d'ouvrir d'autres horizons.
- Speaker #0
Toi, ça a quelle place pour toi, la thérapie, dans ta vie ?
- Speaker #1
Ça dépend de quel moment de ma vie. Là, en ce moment, elle a une place assez importante, mais ça peut être soit tel cas.
- Speaker #0
C'est-à-dire une place importante ?
- Speaker #1
Ça veut dire que là, en ce moment, je travaille avec quelqu'un et je pense être au bon âge, au bon endroit, avec la bonne personne. Du coup, c'est un travail, je pense, qui sera peut-être plus efficace que ce que j'ai pu rencontrer précédemment.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous dire en quoi ton âge a un impact ? Pourquoi c'est la bonne personne ? Pourquoi c'est la bonne période ?
- Speaker #1
Je ne pense pas qu'il y ait une seule vérité par rapport à la rencontre d'un psy. Je pense qu'à chaque période de sa vie, on a des besoins différents. Chaque psy est très différent. Donc, trouver, en fait, c'est comme une sorte d'amour. Quand tu trouves la bonne personne, au moins, il y a une sorte de timing qui rentre en compte. Donc, pour que toutes ces planètes soient alignées... c'est assez difficile et ça demande d'ailleurs un travail en amont. C'est rare que ça arrive comme ça la première fois du premier coup.
- Speaker #0
Pour toi, qu'est ce qui fait que tu sens que c'est cet alignement de planète en ce moment ?
- Speaker #1
Parce que quand j'y vais, quand je vais le voir, en fait, ça ne fait pas chier. Quand je le paye, je ne me dis pas ça coûte cher. C'est horrible, ça coûte cher, c'est clair. Mais je suis toujours content d'aller le voir en fait. Et ça, c'est vrai que c'est la première fois que ça m'arrive avec un psy. Ça arrive souvent au début, mais à bout de deux séances, ça s'estompe, trois séances, ça s'estompe. Et là, en fait, ça ne le fait pas.
- Speaker #0
Tu peux raconter un peu ton CV thérapeutique, entre guillemets. Ce que je comprends, c'est que tu as eu des psys avant et qu'il y avait cette lassitude qui pouvait s'installer rapidement, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, alors je n'ai pas eu beaucoup de psys, finalement. En fait, le premier que j'ai eu, je devais avoir 20 ans peut-être. Maintenant, 22, je rentrais de voyage et je ne me souviens plus trop, en fait. J'ai dû le voir une ou deux fois. C'est un moment où je n'allais pas très bien, j'étais limite un peu en dépression de retour d'un gros voyage. Et je ne garde pas un souvenir de ce psy. Et celui d'après, c'était plus de 10 ans après. Donc, elle a quand même eu un grand espace. Après, j'étais à voir un deuxième psy où là, ça a duré 3-4 mois. Ça s'est arrêté assez brutalement. Et deux ans plus tard, je suis retourné voir un psy. Pareil, 3-4 mois. Et ça s'est arrêté également brutalement, un peu le même principe. Et là, maintenant, ça fait 4 mois justement que je revois. Donc, j'ai dû encore attendre 2 ans. Un nouveau psy, et là, ça fait 4 mois. je ne pense pas que ça va s'arrêter brutalement. C'est pour ça que je disais que je suis sur un bon timing et un bon moment.
- Speaker #0
Tu peux nous raconter cette rupture brutale qui s'est répétée avec deux psys différentes ?
- Speaker #1
Je pense que la cause est quelque chose qui n'a pas beaucoup de rapport avec mon envie d'arrêter. Je pense que j'avais déjà envie d'arrêter parce que je trouvais que ça n'avançait pas. Et la première fois, qu'est-ce qui s'est passé ? C'était que je devais... En fait, lui a loupé une séance. Je suis arrivé devant son cabinet et la psy, enfin la psy en l'occurrence,
- Speaker #0
C'était une femme. Ouais,
- Speaker #1
n'était pas là. Et je l'appelle et il me dit Ah, je suis désolé, je vais mettre mon billet de rendez-vous. Je lui dis Bah écoutez, c'est pas grave, pas de souci. Et en fait, je sais pas, ça devait être deux semaines plus tard, là c'est moi qui l'appelle la veille pour lui dire finalement je pourrais pas venir parce que j'avais un truc au taf et tout. Elle me fait Ah oui d'accord, je comprends, mais bon la séance est réservée donc il va quand même devoir payer. Et en fait j'ai fait mes… Je ne comprends pas, genre quand vous arrivez en retard, je ne me fais pas, je ne sais pas, c'est pas grave, là je vous préviens en amont, c'est la première fois que ça m'arrive. Elle m'a dit oui mais c'est comme ça, blablabla, et en fait ça m'a saoulé, donc j'ai dit ok on arrête. Et je n'ai jamais remboursé la séance.
- Speaker #0
C'est en général la règle de l'engagement, où je peux imaginer qu'elle a posé dans son cadre au début que les séances étaient dues s'il n'y avait pas de report 48 heures en avance. Est-ce que vous avez pu ouvrir le sujet de... de l'engagement ou vous n'avez vraiment pas eu de dialogue sur le sujet ?
- Speaker #1
Non, parce que j'ai arrêté. Elle m'a dit non, mais ce serait quand même bien qu'on en parle. Moi, j'ai arrêté. C'est vrai que j'en ai parlé avec mes psys d'après de cette histoire. D'ailleurs, parce que l'histoire de psy suivant, ça a arrêté de la même manière pour les mêmes raisons. Donc oui, je pense qu'il y avait un problème d'engagement. Mais dans les psys d'après, je pense aussi qu'il y a d'autres éléments qui ont fait que... que j'ai arrêté. Mais oui, c'est sûr que de toute façon, je vous dis, ça ressemble un peu à une relation avec son psy. On a vraiment une relation d'engagement, justement. Mais je n'ai pas aimé qu'elle me dise qu'elle oublie et que deux semaines après, ce soit moi. Même si je sais qu'on n'a pas le même rapport, parce que je suis le patient et elle est le docteur. Mais moi, sur le moment, ça n'avait pas plu.
- Speaker #0
Et le sujet de l'engagement, c'est un thème qui est présent dans tes sujets thérapeutiques ?
- Speaker #1
Oui, très, très présent. J'ai plutôt compris d'où venait ma... peur de l'engagement en fait, et quel événement traumatique a généré cette peur et à quel point elle pouvait m'empêcher de vivre plein de choses, que ce soit évidemment en amour, mais dans tout plein d'autres aspects de ma vie, qui fait que j'ai une vie très basée sur le plaisir de l'instant et non pas sur les éléments construits dans lesquels on s'engage, justement les projets à long terme. Et effectivement c'est le psy qui m'a en tout cas ouvert, m'a fait comprendre peut-être où ça provenait.
- Speaker #0
Ton psy actuel ?
- Speaker #1
Avec qui ça se passe bien ? Non, ça a commencé déjà avec... J'ai quand même fait des travails assez intéressants avec mes psys récents, et je pense que je n'aurais pas ce travail-là avec mon psy actuel si je n'avais pas fait le travail précédent. Je pense que ça a servi. Donc je ne regrette pas du tout d'avoir fait tel ou tel psy au départ.
- Speaker #0
Oui, il y a un cheminement.
- Speaker #1
Oui, il y a un cheminement, et je pense que chaque rencontre est importante. Le premier psy m'a ouvert plein de portes, m'a permis aussi d'avancer sur mon travail, qui a fait que j'étais plus rapide avec l'autre psy, parce que j'avais déjà avancé, donc j'avais déjà raconté ce que j'avais fait. Et la même chose ensuite avec mon troisième psy. Moi, ce qui m'avait le plus surpris dans mon premier psy, c'était en fait, j'ai toujours cru que mon problème venait un peu de ma relation avec mon père. Et en fait, elle m'a fait comprendre que ce qu'elle avait travaillé, c'était plus ma relation avec ma mère. Alors que moi, jamais j'aurais pensé que c'était ce chemin-là qui allait s'assévérer. Effectivement, c'est vrai pour l'après. C'était le lien. A l'amour de ma mère, en fait, tout ce qui est bien, du coup, moi, je voyais ça comme quelque chose de positif, mais dans cet amour peut-être un peu trop inconditionnel, il y a eu des éléments peut-être qui m'ont empêché de penser de telle ou telle manière. En fait, je me suis tellement focalisé sur ma relation avec mon père que parfois, j'en ai oublié qu'à quel point la relation de ma mère a pu aussi, chez moi, changer certains principes de pensée ou certaines façons de percevoir la femme, la relation, l'amour, etc. C'est un peu le truc. je pense un peu cliché du est-ce qu'une femme arrivera à la hauteur de l'amour que ma mère m'a porté mais au delà de ça c'est Aussi la capacité à concevoir l'amour, non pas comme être avec quelqu'un qui doit cocher toutes les cases, moins sur la femme parfaite qu'on cherche tous à trouver. Et aussi le côté que ma mère n'était pas parfaite, de détruire cette image des femmes parfaites et de dire que tout ce qu'elle m'a donné, parfois, n'était pas la bonne chose par rapport à ce qu'un enfant avait besoin. Donc c'est aussi désacraliser cet amour mystique.
- Speaker #0
Est-ce que tu te souviens dans cette première thérapie, le moment où... Qu'est-ce que ta psy a fait pour que tu aies cette prise de conscience ?
- Speaker #1
En fait, dans cette thérapie, ce qui est assez fou, c'est que... Moi, j'étais venu la voir parce que je ressentais un peu un vide. Moi, je n'étais pas malheureux, mais je sentais un peu un vide. Et je s'enchaînais un peu les histoires, comme ça, sans lendemain, sans trop de sentiments. Ça ne me rendait pas malheureux. Sur la base, ça me rendait même plutôt heureux de vivre comme ça. Elle me disait, mais pourquoi tu ne vas pas... invité au restaurant telle ou telle fille, et il m'a dit mais en ce moment tu as vu qui hier par exemple ? Et je lui ai dit bah j'ai vu cette fille là, elle te plaît ? Bah ouais elle était chouette et tout. Bah invite-la au resto. Bah non je sais pas, j'avais même pas l'habitude en fait de me dire je vais revoir une fille avec qui j'ai passé la nuit. Et finalement je l'ai fait et il s'est avéré que bah j'ai bien approché avec cette fille et qu'on est resté, on a fait tous les thé ensemble. Et après d'ailleurs elle m'a quitté, ça a été très très difficile. Et le lien avec ma mère c'était justement de donner de la chance à quelqu'un qui n'était pas à la base parfait, qui n'avait pas le coup de foudre absolu sur l'instant. En fait, très vite, j'ai vu que c'était une fille. Mais je pense que si ma psy ne m'avait pas dit ça au rendez-vous, je n'aurais jamais été dîner. Cela dit, je n'aurais pas eu le cœur brisé trois mois plus tard.
- Speaker #0
Est-ce que ta deuxième thérapie a œuvré à réparer ce cœur brisé ou pas ?
- Speaker #1
Non. Par contre, là, je suis en train de travailler sur cette histoire que j'ai un peu laissée de côté. En fait, c'est un truc tellement qui a été tellement... court mais tellement dur. Hier j'étais d'ailleurs en thérapie avec mon psy et on a évoqué cette histoire d'ailleurs. Je pense que c'est une histoire qu'il faudrait que je retravaille et que je comprenne parce que le cœur brisé que j'ai eu, la tristesse était beaucoup trop importante par rapport à la relation de trois mois avec une fille que je connaissais à peine. J'ai un cœur beaucoup trop brisé par rapport à l'histoire qu'on a vécue.
- Speaker #0
Oui et en même temps, de ce que tu racontes, c'était la première fois que tu... laissé une chance à un engagement possible par rapport à tout ce que tu avais vécu avant ?
- Speaker #1
Du coup ça m'a peut-être pas aidé dans les relations d'après. Donc ça c'est sûr que quand tu dis enfin vas-y, ok je vais un peu ouvrir mon cœur, et que tu as ça, genre ouais c'est marrant parce que j'ai eu d'autres histoires mais celle-ci c'est vraiment celle qui m'a fait le plus de mal. Le cœur brisé je l'ai senti plus profond de moi.
- Speaker #0
Donc le premier chapitre c'était plutôt sur revisiter ton rapport à l'amour de ta mère, déconstruire en fin de compte la figure maternelle. La deuxième thérapie, s'il y avait un apprentissage avec lequel tu es ressorti ?
- Speaker #1
C'était en fait ma peur ou mon incapacité à être heureux. C'était mon rapport au bonheur. Parce que j'avais plein de problèmes d'addiction et je pensais que c'était ça le problème. Et en fait, c'était encore une fois, quand je crois que c'était mon père, finalement, c'était ma mère. Et là, ce n'est pas mon rapport aux drogues et à des conséquences négatives, mais plutôt mon rapport à mon incapacité à être heureux et comment je pouvais détruire tous ces éléments-là.
- Speaker #0
En fait, tes addictions avaient pour fonction de confirmer que tu ne pouvais pas être heureux dans le réel, c'est ça ?
- Speaker #1
Mes addictions, j'ai... compris que mes addictions, ouais c'était une forme d'échappatoire à ce réel, notamment quand ils pouvaient être heureux, comme si en fait, ça le pire c'est que mes addictions étaient notamment plus fortes quand j'étais presque heureux en fait.
- Speaker #0
Une forme de sabotage.
- Speaker #1
Ouais, en fait les addictions quelque part ont ensuite créé chez moi, pas une autre personne, mais quelqu'un évidemment qui a moins d'inhibition et c'est cette personne là qui va ensuite saboter toutes mes cas, mes éléments, mes capacités à être heureux. Je ne vais pas saboter mon bonheur net en fait. Je vais saboter mon bonheur en étant sous l'effet des drogues.
- Speaker #0
Quand tu parles d'addiction, donc c'est drogue ?
- Speaker #1
Drogue, alcool, sorties, fêtes, des addictions de beaucoup de gens à Paris. Le truc qu'il y a à ajouter dans la deuxième thérapie, c'est que je mentais à ma psy en fait. J'avais vu que je m'aimais, j'avais une copine à l'époque. Et j'avais fait des conneries un petit peu et je lui racontais cette histoire, je lui racontais que j'avais fait une ou deux conneries mais j'arrivais pas à être totalement honnête dans justement mon rapport aux drogues, à la tronquerie, tout ça. Et au bout d'un moment, c'était plus supportable. J'ai arrêté en me disant ça m'apporte rien. Mais c'est juste que je ne pouvais plus continuer à avoir cette espèce de... Mentir à sa psy, c'est quand même, il faut vraiment aller loin. C'est-à-dire que je vois quel est l'intérêt d'aller voir une psy si tu mens à cette personne-là. Ce ne sont pas des mensonges gros, mais je me suis rendu compte après que je n'étais pas totalement sincère dans cette démarche. Et je pense que le premier truc à faire quand on va voir un psy, c'est d'être extrêmement sincère avec soi-même et avec... avec la personne en face, sinon ça sert strictement à rien.
- Speaker #0
Dans une relation thérapeutique, il se réactualise souvent, ce qui peut être problématique dans son mode relationnel. Et donc, dans ce que tu décris, le mensonge, c'est aussi un sujet pour toi ?
- Speaker #1
Le mensonge, oui, le mensonge, quand on a, je pense, des addictions très fortes, je pense qu'on vit un peu avec le mensonge, parce que... Pour protéger ses proches déjà, pour protéger ceux qui nous aiment parce qu'on n'a pas envie de les inquiéter. Et parce que je pense que les addicts, les vrais addicts, en fait arrivent très bien à cacher leur jeu. C'est pas l'image du drogué avec sa piqûre, de clignancourt. C'est vraiment celui qui boit tous les jours, qui se drogue tous les jours, mais qui a aussi à côté une vie. Donc ces personnes sont souvent effectivement beaucoup dans le mensonge.
- Speaker #0
Tu dis ces personnes-là, est-ce que toi tu te considères comme addict ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et c'est à ce moment-là que tu l'as compris ou c'est arrivé plus tard ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est par rapport à ma dernière relation ou par rapport à mon rapport au psy. Je ne pense pas que je l'ai compris véritablement avec le psy. Mais en tout cas le psy m'a aidé, ça c'est sûr. Mais ce n'est pas dans le cabinet où je me suis dit tiens, je suis addict. Je pense que c'est... C'est par rapport aux conséquences d'actes que j'ai pu faire dans la vraie vie. Mais oui, je pense que le travail avec le psy t'aide aussi à t'assumer, à voir la vérité de ce que tu es.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, sur cette troisième thérapie avec un homme, est-ce que tu continues à ouvrir ce sujet d'addiction ? Est-ce qu'il y a d'autres sujets qui ont émergé ?
- Speaker #1
Ah non, j'ouvre totalement ce sujet d'addiction. C'est d'ailleurs un des principaux éléments de notre discussion. Mais cette fois-ci, je ne suis plus dans un... dans une démarche où je lui mens. D'ailleurs, l'anecdote, c'était, je crois qu'il y a trois séances, je le voyais le vendredi. On se voyait le vendredi à 14h, et moi je suis sorti la veille, je ne travaillais pas le vendredi. Je suis sorti, je me suis retrouvé en after, je ne sais pas, à 9h du mat. Et là je me dis, putain, j'ai rendez-vous avec mon psy, comment je vais faire ? Les gens avec qui j'étais me disent, tu ne vas pas aller voir ton psy comme ça, annule et tout, dis-lui que tu es malade. Moi je dis, je vous, je ne peux pas. pas. Je commence à écrire le message et je dis mais je peux pas mentir, si je commence à faire ça c'est pas possible, c'est mort. Je savais que si je venais pas je devais payer la séance. Je lui dis soit j'y vais pas et je paie la séance, soit j'y vais, je suis défoncé ou je suis en tout ce que tu veux mais c'est comme ça quoi. Ce que j'aurais peut-être pas fait les fois d'avant. Donc là je me suis vraiment, alors que j'étais défoncé à 9h du mat, je me suis dit non mais là c'est dans ce psy là tu lui mens pas, c'est pas possible. Finalement je suis arrivé à 14h, j'avais dormi je sais pas 2-3 heures. Il m'a vu et m'a dit ça va pas ? et je lui ai raconté la vérité tout de suite. Mais même sans honte, parce qu'avec lui justement, j'ai pas cette honte, parce que je suis dans une démarche vraiment de vérité.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui fait, tu penses, qu'il y a cette alliance avec lui, cette confiance à être en vérité ?
- Speaker #1
Je pense qu'avant lui, je pense que c'est moi déjà. C'est-à-dire avant de voir lui, c'était une rupture qui s'est passée six mois précédemment. A cause des mensonges, je me suis dit que je devais me rendre dans une démarche de vérité, je ne pouvais plus mentir. C'est là que j'ai commencé à assumer que j'étais un addict, à en parler autour de moi, à mes amis. C'est aussi un psy qui fait les choses un peu différemment de mes anciens psy. Il a une démarche un peu différente. La deuxième fois, j'étais sur un canapé, ça ne me plaisait pas trop.
- Speaker #0
C'était plutôt une psychanalyse ?
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et là, c'est quoi sa couleur d'accompagnement ?
- Speaker #1
Là, c'est la gestat-thérapie. C'est vrai que c'est vraiment une forme différente. Lui, ce n'est pas un psy de... de formation à la base, il a fait autre chose. Il y a une discussion beaucoup plus... Il y a eu un vrai échange. Ça passe aussi par le corps, par mon ressenti. Moi je pense que mon sexe sonne aussi parfois beaucoup par le corps, donc parfois il me fait des petits exercices. C'est vrai que c'est... Je ne sais pas, je trouve qu'il y a plusieurs choses. Déjà moi, j'étais prêt à ce moment-là de faire un truc dans une démarche de vérité. Je l'ai fait pour moi, je l'ai pas fait pour sauver mon couple, je l'ai pas fait pour arrêter d'être drogué, non je l'ai fait juste parce que j'avais envie d'avoir une sincérité, d'avoir déjà ça, et puis lui aussi il a une espèce de douceur, une espèce de gentillesse, que ce soit un homme je pense que c'est ce qu'il me fallait, parce que mon rapport aux femmes est peut-être un peu trop biaisé, alors qu'avant je m'étais pas vu imaginer, raconter ma vie à un homme, je sais pas pourquoi, alors qu'en fait je trouve ça beaucoup mieux.
- Speaker #0
Et vous ouvrez quand même le sujet de tes relations avec les femmes, mais avec lui qui est qu'une figure masculine.
- Speaker #1
Ouais ça le fait marrer parfois mais si si, j'évoque vraiment, j'ai aucun tabou, j'ai dit des trucs, je lui ai dit des trucs que j'aurais jamais dit, que j'aurais même pas osé dire à un psy en fait. Genre je suis vraiment rentré dans une... Et quand je le dis, bah après ça crée aussi ce lien de confiance. Et là, la dernière fois, moi j'hésite à partir un peu l'année prochaine vivre à l'étranger, et il me disait, ah mais ça voudrait dire qu'on arrête notre relation et tout, ce que j'y avais pensé. Donc voilà, on a vraiment un lien qui va jusque là.
- Speaker #0
Ça t'a fait quoi quand il t'a dit ça ?
- Speaker #1
Ça m'a fait plaisir, oui, de me dire qu'il serait triste qu'on arrête cette relation. Après, on pourrait pouvoir continuer par visio ou autre, mais c'est vrai que ce n'est pas pareil.
- Speaker #0
Si je demandais à ton psy actuel quel type de patient tu es, qu'est-ce qu'il dirait ?
- Speaker #1
Que je suis son préféré, je pense. Je ne sais pas. Non, je pense qu'il dirait que... Ça, il faut que je sois genre... Faut que je me la raconte un peu ou est-ce que non ? Je pense qu'il m'aime bien, je pense qu'il me trouve intéressant. Après parfois je me dis mais peut-être qu'il se fout de ma gueule derrière la face, j'ai toujours ce côté peut-être qu'il se fout de ma gueule, je sais pas, mais qu'est-ce que... j'en peux plus de ces histoires à la con, genre il se plaît pour rien, c'est pas possible. En vrai j'en sais rien mais je dis peut-être je me pose pas la question en fait. Moi je crois, je pense et je crois en cette connexion, faut aussi croire en ce qu'on ressent. Moi je pense que ouais, je pense qu'il aime bien notre relation. Par exemple, hier, il a débordé d'un quart d'heure sur la séance. Alors que c'est déjà une heure, donc une heure et quart. Ça ne m'était jamais arrivé qu'un psy. Les psys, normalement, ils laissent leur horloge. Donc là, non. Je me dis que c'est quand même un signe. Non ? Qu'est-ce que tu en penses ? Pas sur moi.
- Speaker #0
En tout cas, ce que j'observe, c'est qu'il y a une vraie alliance et qu'il y a des actes qui sont faits pour que... tes confiances dans votre engagement.
- Speaker #1
C'est une technique en fait. C'est pas mal.
- Speaker #0
Connaissant la Gestalt, je pense qu'il fait ce qui est aussi vivant pour lui, pour lui dans le lien avec toi. Voilà mon retour, cher Maxime. Merci. Comment tu t'es vu évoluer ? Il y a un rapport à la vérité que tu réhabilites dans la thérapie. Est-ce qu'il y a d'autres endroits où tu te vois bouger ? En tout cas, où il y a un impact sur ta vie ?
- Speaker #1
Oui, peut-être le rapport à tes parents. Je pense que ça joue sur... Ça te permet de prendre un peu de hauteur, d'arrêter de voir... tout ce ton prisme et d'aller voir les choses soi-même au niveau familial, toutes les histoires familiales qu'on peut raconter. Je pense que c'est intéressant. En fait, moi, ce qui est fou, c'est que depuis ce nouveau psy, j'engage des discussions avec ma mère, avec mes frères et sœurs, auxquelles je n'avais pas pensé avant. En fait, ça nous fait un dîner avec ma mère où j'avais été voir le psy justement la veille. On avait discuté de choses. Je racontais ma séance des psys, en fait, et ça nous a permis de faire un dîner, notre meilleur dîner depuis. Donc oui, ça te permet de revoir ta vie, de revoir toi avec un peu plus de hauteur et avec une vision un peu différente. Alors pas toujours mieux ou moins bien, ce n'est pas ça, c'est juste que c'est un autre point de vue.
- Speaker #0
Ces discussions dont on parle avec la famille, c'est t'autoriser à avoir des discussions intimes, profondes, en vérité, avec les gens qui t'entourent ? Oui,
- Speaker #1
et vous pouvez le faire. En fait, il y a aussi cet élément qui, quand tu vas voir un psy, tu vois à quel point parler, communiquer, ça peut faire du bien. Et en fait, juste parfois décrire sans trouver de solution, ça peut aussi engendrer des choses vachement intéressantes. Donc c'est pour ça que j'ai dit qu'il y a le côté, de moins en moins, mais tu vas voir un psy, qu'est-ce qui va pas ? Alors qu'en fait, non, c'est pas obligatoirement dans ce sens-là. Tout va bien, mais peut-être que je peux en aller encore mieux, peut-être que je peux en aller découvrir des choses que je n'imaginais pas. Dans le premier psy dont je te parlais tout à l'heure, il y avait aussi de donner confiance en moi en me disant... fait tu peux aussi plaire peut-être que la fille tu as invité au restaurant elle va aussi beaucoup aimé il y avait aussi plein de choses par rapport à soi par rapport à la famille évidemment par rapport à l'amour tu me parlais de d'exercice que tu fais des mises en situation avec toi est ce que tu peux nous en raconter une qui a été qui t'a marqué ouais bah en plus parce que j'étais avec l'avancement je fréquente notamment une une fille il me disait vas-y imaginons je vois monter une sorte que nous qui nous est arrivé On ressentait que j'avais eu sur elle. Et là, il me disait, vas-y, on va prendre ce coussin. C'est cette fille là, vas-y, imagine que là tu sors de la salle, qu'est-ce que tu as envie de lui dire ? Elle est là, elle est devant toi, genre parle de lui. C'est un espèce de polochon qu'il avait mis là, donc au début tu peux dire mais c'est quoi cet exercice ? Et en fait, ouais c'est assez intéressant de verbaliser ce que toi tu dis, et quand tu t'entends dire, effectivement ça sonne différemment que quand tu te dis dans ta tête. Ça c'est vraiment assez fou, et après je lui ai même parlé de cette histoire à la fille en question.
- Speaker #0
C'est à autoriser en fin de compte à dire avec la personne en vrai ?
- Speaker #1
C'est à autoriser de lui parler de cette anecdote avec mon psy et peut-être derrière aussi d'évoquer ces sujets-là en fait. Derrière on racontait cette anecdote plutôt amusante.
- Speaker #0
C'était des sujets de quel ordre ?
- Speaker #1
C'était par rapport au fait qu'un jour on était chez elle et je ne sais pas, je ressentais un espèce de... Je ne sais pas, je ne me sentais pas très bien en fait. Je me sentais... Alors qu'elle était toute mignonne et du coup je lui en voulais un petit peu d'être trop mignonne alors que moi j'avais juste envie de partir.
- Speaker #0
Ça a pu ouvrir en tout cas la discussion sur des sentiments que tu vis à son contact.
- Speaker #1
Ah ouais, en fait, grâce à l'opénie, j'ai compris d'où ça venait. Évidemment, ça venait pas du tout d'elle. Elle, elle y était pour rien, mais elle subissait en fait, pas ma mauvaise humeur, mais le fait que je sois pas très bien sur ce moment-là. C'est elle qui le subissait, qui évidemment, elle pouvait le prendre personnellement. Et moi, j'essayais de comprendre, mais qu'est-ce qu'elle a rien fait ? La pauvre, en plus, elle est plus laissée d'être mignonne, plus moi j'étais désagréable. Donc j'essayais de comprendre d'où ça venait. Moi, sur le moment où je suis parti d'elle, ma vie m'a choqué. Je me disais, mais en fait, j'y arriverai jamais, c'est pas possible. De toute façon, à chaque fois, c'est ce qui m'arrive, je peux pas être avec quelqu'un longtemps. Bah non, d'en parler au psy, d'en parler, de mettre des mots, tu te rends compte qu'en fait, c'est pas la fille. Et du coup, ça m'est plus du tout arrivé avec cette fille depuis.
- Speaker #0
Aujourd'hui, sur le sujet des addictions, est-ce qu'à cet endroit-là aussi, tu vois des choses qui bougent dans ton rapport à l'addiction ?
- Speaker #1
Ce qui est très agréable avec le... Le piste en ce moment par rapport à celui d'avant, c'est que l'autre d'avant me disait Ah mais t'aimes pas, tu te plains quand tu prends des drogues et tout blabla J'avais le lundi donc j'étais un peu en descente le lundi. Eh ben t'as qu'à faire ce week-end prochain, t'as qu'à pas apprendre et puis on verra comment ça se passe Je lui dis Non mais en fait, super j'y avais pas pensé quoi Donc en gros je me dis en fait c'est pas ça qu'il me faut quoi. Oui, évidemment que j'ai pensé à arrêter, mais un addict, il n'arrête pas. Déjà, il essaie de comprendre pourquoi il en prend. C'est pendant 10 ans, soit il va avoir une clinique, mais si je pouvais arrêter comme ça, je le ferais, évidemment. Alors qu'avec lui, on n'est pas encore dans le sujet. Il ne me culpabilise pas d'en prendre. On est vraiment sur un travail qui est beaucoup plus profond. Donc oui, mon rapport aux drogues évolue. Je n'ai pas arrêté d'en prendre, mais je commence à comprendre à quel point... il y a un problème avec ça, ou j'aime de moins en moins ça, ou il y a un truc qui évolue, mais c'est petit à petit. Et il ne me le fait pas d'incapabilité en fait, il me le fait, voilà, quand on l'évoque, on l'évoque, mais je ne sens jamais en lui une déception. En fait, là il me fait prendre conscience, quelque part, de ce que peut être, à quel point la réalité, donc la pleine conscience, peut apporter. Donc au lieu de me dire, les drogues c'est pas bien, Il va plutôt me pousser, d'ailleurs ça, je te le dis, je n'avais pas pensé avant, mais je pense que c'est comme ça qu'il le fait, en tant que parlant que je comprends ça, c'est qu'il va plutôt me pousser vers les bonheurs de la pleine conscience, plutôt que de me dire, voilà en quoi la drogue c'est mal. Et je pense que ça c'est plus intelligent d'aller dans ce sens-là, parce que l'idée c'est que j'arrête la drogue de manière... Pas d'un coup, parce que sinon, si j'arrête d'un coup, je vais dans une clinique et peut-être que j'arrêterai. Trois mois après, tu recommences. Mais voilà, il prend son temps et je ne sais pas. Après, je ne sais pas dans sa tête, je ne sais pas comment, s'il a une technique ou pas. Mais moi, ça me plaît en tout cas, la façon dont il le fait. Évidemment, je n'ai pas arrêté la drogue. Est-ce que je l'ai diminuée ? Pas vraiment. Un petit peu quand même. Mais en tout cas, je pense que c'est un cheminement qui, à terme, me sortira de là.
- Speaker #0
Oui, et puis j'imagine... Quand tu réfléchis à comment on met de la conscience sur ses choix et peut-être sur son rapport à l'addiction, tu as peut-être un autre niveau de conscience quand tu drogues en fait.
- Speaker #1
Ouais, ça m'est déjà arrivé en me disant, j'étais sous drogue, alors ça m'arrive, j'ai un moment et je me dis, mais qu'est-ce que je fais là ? Elle est en train de me dire, mais en fait c'était nul. Et derrière, je suis à une soirée en pleine conscience, je me dis, mais c'est dix fois mieux quoi. Donc ouais, je pense que c'est comme ça que je vais m'en sortir.
- Speaker #0
En fait, en étant dégoûté, ces trucs-là, en les aimant de moins en moins et en refaisant basculer la balance d'une autre manière. Mais ça ne passe pas par arrêter la drogue, ça passe par travailler sur d'autres sujets qui... La drogue, c'est comme un symptôme, je ne sais pas comment on dit ça, mais c'est une conséquence. C'est pas parce que je suis drogué, il m'arrive ça. C'est, je suis comme ça et donc du coup, j'ai besoin de me droguer.
- Speaker #1
Il y a comme réapprendre à savourer le réel.
- Speaker #0
Réapprendre à savourer le réel. comprendre que quelque part peut-être que j'aurais toujours cette addiction mais peut-être comment réussir à la transformer pour qu'elle ne flingue pas la santé, pour qu'elle ne flingue pas mes relations sociales ou amoureuses.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une question que tu avais envie que je te pose ou un sujet que tu avais absolument envie de partager aux gens qui nous écoutent ?
- Speaker #0
Je sais pas mais j'ai remarqué un truc sur les gens intéressants que je rencontre en soirée. Il y a toujours ces deux qualités que les gens ont, les gens profonds, les gens qui ont envie de réfléchir, qui ont des choses à dire. C'est qu'ils aiment les animaux et qu'ils voient un thérapeute ou qu'ils ont déjà vu un thérapeute. Et en fait ça génère ces personnes là. Alors souvent c'est des filles effectivement, il y a moins de garçons, mais de plus en plus cela dit. Mais beaucoup les filles et c'est vrai que ça donne en fait... Ça permet d'avoir un peu, en fait, ça sonne un côté un peu curieux de quelqu'un qui ne sait pas tout sur lui, qui n'a pas d'espèce de certitude. Et ça, les gens comme ça, c'est tellement chanceux qu'ils pensent avoir une vérité, qu'ils pensent détenir la vérité. En fait, la thérapie, c'est la remise en cause de la vérité. Et c'est marrant parce qu'on parlait tout à l'heure de vérité, mais je pense que c'est le mot principal pour moi que je lis la thérapie. C'est de se dire qu'il n'y a pas une seule vérité, mais que la vérité est quelque part le seul chemin possible pour pouvoir se sortir.
- Speaker #1
Ça me donne juste envie de tirer un autre fil, parce que tu disais que c'était les filles qui allaient en thérapie, etc. Te connaissant et connaissant ta vie un petit peu, je sais que tu as plein de copains. Est-ce que tu dis à tes copains, à tes amis garçons, que tu es en thérapie ? Est-ce que pour toi c'est un sujet, la thérapie, quand on est un homme ?
- Speaker #0
Bien sûr, je leur dis, mais maintenant que je suis dans une phase où je leur dis que je suis addict, je peux leur dire que je vais voir un psy, mais ça, pour le coup, je l'ai toujours dit. Donc je n'ai pas du tout de problème à le dire. Et même, là, j'en avais un de mes potes qui n'allait pas très bien. Et je lui ai dit, mais va voir un psy. Il me fait, non, non, mais je n'aime pas faire ça. Et je lui ai dit, non, mais essaie, tu as essayé au moins. Il me fait, non, alors qu'est-ce que tu peux faire que tu n'aimes pas ? Genre, tu n'as pas essayé, essaye. Moi, je suis prêt après à te prendre le rendez-vous. Il n'y a pas de souci, je connais des gens. Genre, je te trouve le rendez-vous. Tu me dis, prête ton travail. Et moi, demain, il n'y a pas... Parce que soit c'est la démarche qui est compliquée à faire, la première démarche de prendre le rendez-vous. Ce n'est vraiment pas évident. Donc ouais je les pousse en tout cas pour certains, je pense que ça leur ferait de temps bien fou d'aller voir quelqu'un.
- Speaker #1
Donc t'as aucun ami qui est du genre masculin qui va voir un psy autour de toi ?
- Speaker #0
Si, ouais j'en ai un. Mais alors lui le problème c'est qu'il a été voir un psy mais parce que ça allait pas bien avec sa copine et c'est sa copine qui lui a choisi. Sinon non j'en ai pas beaucoup.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu penses qui freine quand on est un homme à aller voir un psy ? Parce que c'est vrai que... Aujourd'hui, quand on regarde les patientelles, même si ça évolue un peu, c'est plutôt autorisé chez les femmes, là où chez les hommes, il y a plus de freins.
- Speaker #0
Je pense que c'est la construction qu'on a reçue, l'éducation qu'on a reçue. L'homme qui garde ses émotions pour lui, qui est fort, qui ne peut pas être faible. Et aller voir quelqu'un, c'est en fait, dans l'imaginaire, en tout cas, pas moins aujourd'hui, mais c'est montrer nos faiblesses. En tout cas, signifier qu'il y a un truc qui ne va pas. Alors comme moi je ne suis pas d'accord avec cet élément-là, mais c'est un peu cette idée. Et l'homme, bah non, l'homme il ne s'y plaît même pas, l'homme il est fort, l'homme ses sentiments il les garde pour lui. Et du coup, ça crée beaucoup d'hommes malheureux, cette façon de penser. Et beaucoup d'hommes immatures, et beaucoup d'hommes non respectueux avec les femmes, beaucoup d'hommes qui n'arrivent pas à s'engager, beaucoup d'hommes qui mentent. Et je pense qu'il y en aurait moins s'il y avait justement cette capacité à l'homme à se remettre en question. J'ai lu un essai. C'est de Olivia Gazalet, ça s'appelle Le mythe de la virilité, un piège pour les deux sexes. C'est un truc assez intéressant, justement, tu me parlais tout à l'heure des hommes et de leur rapport à la psychanalyse, ou au fait d'aller voir un psy. Mais il y a peut-être cette notion de virilité, effectivement, c'est pas viril un mec qui va voir un psy. Donc c'est pas attirant.
- Speaker #2
Le devoir d'obéissance à la mythologie virile exerce une violence symbolique sur les hétérosexuels. Sommé de satisfaire aux requisits sociaux en termes de performance professionnelle, sexuelle, sportive, de surface financière, parce que sans pognon on n'est rien et d'allure. Certains s'accommodent très bien de la rétention émotionnelle et affective que leur impose l'idéal viriliste. Mais pas seulement. Beaucoup d'hommes détestent se battre et se sentent exclus ou ratés. Ils souffrent de ne pas être perçus comme pleinement hommes. La refondation des masculinités offrirait à ces hommes la possibilité historique de sortir du piège. La révolution du féminin sera pleinement accomplie quand aura lieu la révolution du masculin, quand les hommes se seront libérés des assignations sexuées. Pour que les hommes changent le regard qu'ils portent sur les femmes, il faut qu'ils changent le regard qu'ils portent sur eux-mêmes, et vice-versa.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un livre, un film, un podcast, une œuvre en tout cas, qui a eu un impact thérapeutique sur toi ?
- Speaker #0
Je sais qu'il y a un film qui m'a un peu marqué, qui s'appelle... qui est un petit film français, sans grande envergure, on n'a pas trop entendu parler. Mais moi, j'ai beaucoup aimé ce film-là.
- Speaker #1
Si le réalisateur nous entend, il va inscrire.
- Speaker #0
Alors déjà, c'est une réalisatrice, figure-toi. Et je ne sais plus comment elle s'appelle, mais c'était une des actrices de Kéchiche, dans la Grenelle Mulet. Et son film, c'est Tu mérites un amour.
- Speaker #1
Ce n'est pas du tout un film sans envergure, c'est un superbe film d'auteur.
- Speaker #0
Oui mais c'est pas un film box-office qui a fait une promo de dingue. Mais ouais c'est un film avec beaucoup de finesse. Effectivement sur, encore une fois, le rapport à l'eau, sur de quoi on tombe amoureux, pourquoi on est amoureux, et en fait la façon dont on se construit un schéma amoureux qui est complètement... qui est mauvais. Et tant qu'on est encore dans ce schéma, on se dira toujours, mais pourquoi je tombe sur la mauvaise personne ? Pourquoi mes histoires finissent pareilles ? Peut-être parce que ton schéma amoureux, il faut le revoir. Et peut-être qu'aller voir un psy permet justement de reconstruire notamment ce schéma amoureux.
- Speaker #1
Le titre de ce film d'Abia Herzi, il s'inspire d'ailleurs d'un poème de Frida Kahlo qui s'intitule Tu mérites un amour et décrit ce schéma amoureux sain dont tu parles. Ça te dit de le lire ensemble, pour leur faire honneur ?
- Speaker #2
Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir.
- Speaker #1
Tu mérites un amour qui te fasse te sentir en sécurité, capable de décrocher la lune alors qu'il marche à tes côtés, qui pense que tes bras sont parfaits pour sa peau.
- Speaker #2
Tu mérites un amour qui veuille danser avec toi, qui trouve le paradis chaque fois qu'il regarde dans tes yeux, qui ne s'ennuie jamais d'écrire tes expressions.
- Speaker #1
Tu mérites un amour qui t'écoute quand tu chantes, qui te soutient lorsque tu es ridicule, qui respecte ta liberté, qui t'accompagne dans ton vol, qui n'a pas peur de tomber.
- Speaker #2
Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t'apporterait le rêve, le café et la poésie.
- Speaker #1
Est-ce que toi aujourd'hui, tu as l'impression que tu mérites un amour ?
- Speaker #2
Pas encore,
- Speaker #0
mais j'y travaille, ouais. J'y travaille. Est-ce que je mérite d'aimer ? Est-ce que je mérite d'être aimé ? C'est deux questions qu'on ne peut pas indissocier en fait. Parce qu'être aimé c'est une chose, mais savoir aimer l'autre c'est aussi une autre. Et pour savoir aimer, il faut s'aimer sans aimer, tout ça, tu connais le dicton. Donc est-ce que je mérite un amour ? On va dire ça dans les deux sens. J'espère, je suis beaucoup plus proche maintenant qu'il y a un an. Beaucoup plus proche qu'il y a encore dix ans. Donc je prends le bon chemin, mais je pense que... il est encore long.
- Speaker #1
Merci Maxime. Merci pour votre écoute du podcast Je vois quelqu'un. N'hésitez pas à partager cet épisode s'il vous a interpellé ou intéressé. Si vous avez envie de témoigner aussi, n'hésitez pas à me contacter. Vos partages peuvent inspirer des envies, autoriser à se faire aider, soutenir, avoir quelqu'un. pour traverser les escales de l'existence. A bientôt.