- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Jouran, le podcast qui explore les chemins vers la sobriété sous l'angle lifestyle. Car oui, pour nous les addicts, être sobre, c'est cool. Je m'appelle Cédric Couvet, je suis alcoolique abstinent et je suis le fondateur de Jouran. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Alice, notre invitée et coach sportif et bien-être. Elle habite à Paris et elle va nous raconter son histoire, sans filtre et sans phare. Salut Alice, merci infiniment d'être avec nous. Pour commencer cette entrevue, peux-tu nous dire depuis combien de temps tu es sobre ?
- Speaker #1
Salut Cédric, merci à toi de m'avoir avec toi aujourd'hui. Je suis sob depuis 4 mois maintenant, je vais entamer le cinquième mois là, soon, dans 2 jours. J'ai compté pour toi, ça fait du coup 120 jours.
- Speaker #0
Félicitations, c'est superbe, bravo pour ton parcours, bravo pour ta démarche. Est-ce que tu peux nous raconter comment l'alcool s'est immiscé dans ta vie ? Quelles ont été les prémices ?
- Speaker #1
Il s'est immiscé relativement jeune. Je me souviens à l'école, au collège même d'ailleurs, donc je devais avoir 13-14 ans peut-être, c'était un peu hype de sécher les cours et d'aller dans les terrasses de café, les fameuses terrasses à Saint-Germain-en-Laye, boire notre Monaco. Donc tout a démarré par des petits Monaco, puis un tous les jours, ainsi de suite. Puis tu passes au vin, puis tu passes au hard, et en fait petit à petit tu bois de plus en plus, de plus en plus fréquemment. Ils s'invitent dans toutes les soirées, dans tous les événements, donc en fait tu n'y échappes jamais. puis au fur et à mesure il y a certaines personnes qui peut-être résistent mieux ou en tout cas je sais pas, en tout cas moi je n'arrivais plus à m'arrêter en fait très rapidement, je pense que ça a été toxique pour ma personne très très rapidement et ça j'ai mis longtemps du coup à me sortir de toutes ces situations que ça m'a créé du coup de mon adolescence à la proche
- Speaker #0
trentaine Tu as senti cette perte de contrôle de façon assez sournoise, insidieuse, ou au contraire, c'est arrivé d'un coup, à un moment, tu t'es dit, oh là là, c'est plus possible. On parlera tout à l'heure, évidemment, de ton déclic, ainsi de suite, mais c'est juste pour voir la progression effectivement de l'alcool dans ta vie.
- Speaker #1
De base, c'était plutôt gentil et t'as l'impression que tout est beau, t'es stylé, t'es encore plus courageuse, t'es pleine de confiance, que c'est un truc waouh et que... que c'est un truc même plutôt bien, entre guillemets, pour toi, parce que ça t'apporte énormément de bienfaits. Après, évidemment, on sait par la suite que ce n'est qu'une illusion avec le temps. Et en fait, comme moi, j'avais un parent assez strict, je devais rentrer le soir à minuit. Donc, en fait, je buvais de plus en plus vite pour pouvoir avoir cet état rapidement, pour pouvoir profiter de ma soirée jusqu'à ce que mon parent vienne me chercher ou que je doive rentrer. donc en fait ça s'est rapidement intégré dans ma vie de manière assez... En fait, je ne l'ai pas vu venir. Je ne l'ai pas vu venir. Je t'avoue que comme je buvais rapidement, très vite et beaucoup, ça me créait beaucoup de blackout. Donc, j'ai toute une période de ma vie où c'est un peu un noir avec certains souvenirs qui reviennent au fur et à mesure. Ça a été compliqué, oui. Une grosse période noire.
- Speaker #0
À la sortie de l'adolescence, on a compris que l'alcool s'était immiscé dans ta vie. Ensuite, en tant que construction d'une jeune femme, comment ça s'est passé ? Est-ce que tu as étudié et l'alcool faisait partie de tes soirées étudiantes ? Est-ce que tu as commencé à travailler, pareil, tu avais une proximité avec la bouteille ? Raccontons un petit peu ta vie de jeune femme.
- Speaker #1
Ma vie de jeune femme, pour que ce soit bien plus facile pour moi et atteignable en termes de consommation d'alcool, j'ai été barmaid. Donc là, évidemment, j'étais en plein dedans. dès mes 18 ans. C'était compliqué parce que pour les études, j'arrivais en gueule de bois régulièrement. Je m'endormais sur mon clavier. Je me souviens aux matières où je ne comprenais rien. Pourtant, avec du recul, tu sais que les études, c'est très important, voire primordial. Je le cachais. Je le cachais de par mon métier, de par mon travail, notamment, surtout. Et ce, pendant longtemps, en fait. Pendant longtemps, j'étais dans le déni, dans la fuite. Je me cachais.
- Speaker #0
Et là, à ce moment précis où tu étudies et tu es barmaid, est-ce que tu consommes sur ton lieu de travail ?
- Speaker #1
Ah oui, complètement. Barmaid, tu consommes, tu te fais offrir des shots à tout va, donc tu consommes. Et en plus, tu as 18 ans. Bon, one life, ça y est, ça part. Shot, shot. En plus de ça, du coup... potentiellement tu peux aller en after derrière parce que tu as bossé la nuit donc toi tu as fini ta journée allez go c'est ma soirée c'est mon tour mais du coup c'est la journée en fait tu te mets dans un cercle vicieux très rapidement quoi et j'ai été plusieurs années dans le déni À vivre ça, du coup, à me foutre en l'air, à foutre ma santé en l'air, autodestruction, fuite, déni, mensonge à moi-même, honte. Ouais, tu perds un peu ta dignité au fur et à mesure.
- Speaker #0
Tu sentais qu'il y avait des impacts précis sur ta vie à ce moment-là ? Est-ce que tu te dis, oh là là, ça dérape, je dois faire quelque chose ? Ou alors tu te dis justement, one life, allez go, on y va, et puis on verra bien. Je suis encore très jeune, évidemment, donc il sera temps à terme de mettre en place des mesures.
- Speaker #1
Oui, j'avais de ça dans ma tête, mais je voyais très bien qu'il y avait quelque chose qui clochait. Mais tu sais, au début, t'oses pas le mettre en lumière. Donc, t'es vraiment dans le déni. T'es là, ouais, mais non, non, non, c'est pas possible, pas moi, etc. Et du coup, ça s'est émissé qu'au travail, tu peux pas tenir tout le temps la gueule dans le cul. C'est pas possible, en fait, t'es claqué. Ça nie à toutes tes relations. donc j'ai foutue en l'air de nombreuses relations, qu'elles soient amicales ou de partenaires. Beaucoup de conflits dans ma famille aussi, parce que je buvais beaucoup. Donc forcément, ça te crée de l'agressivité, de la tristesse et beaucoup de soucis, parce que du coup, tu ne vas pas forcément en cours ou alors tu te détruis. Forcément, tes parents, ils ne sont pas pour ça. Donc ils essaient de te protéger comme ils le peuvent, ce qu'ils ont fait d'ailleurs. Mais tête de mule que j'étais et que je suis toujours, je fonçais droit dans le mur. Et en même temps, je savais qu'en continu, j'avais cette idée dans la tête qu'après l'orage, j'étais certaine qu'il y aurait le soleil. Et je gardais cette foi au fond de moi qui a fait qu'au fur et à mesure de ma vie et du coup de ma vingtaine notamment, j'ai mis en lumière toutes ces addictions. J'ai essayé d'aller, j'ai été cherchée. J'ai essayé de comprendre mes comportements. pourquoi je faisais ça, d'où ça venait. Enfin, j'ai creusé.
- Speaker #0
Alors justement, raconte-nous ce parcours-là, c'est hyper intéressant, là où on comprend que tu sors du déni parce que tu as compris qu'il y a quelque chose qui est nuisible à ta vie, tout simplement. Par où tu vas creuser ? Quels sont tes axes de recherche à ce moment précis ?
- Speaker #1
Moi, dans un premier temps, j'ai adoré écrire, délivrer tout ça par des mots sur mes carnets, différents carnets. Bon, parfois, j'écrivais souvent alcoolisé, d'ailleurs, où j'arrivais à ressortir cette tristesse et cette noirceur que j'avais en moi. Et ça m'a permis un peu déjà de dégager, de mettre en lumière déjà dans un premier temps. Ensuite, de trouver une psy qui allait me correspondre ou qui est géniale, enfin, elle était exceptionnelle. J'ai fait cinq séances avec elle où en fait, elle m'a juste donné les bonnes clés où j'avais déjà les réponses en moi. En fait, je savais déjà et j'ai tout dénoué un peu. parce que l'alcool te crée un brouillard monstre dans la tête, donc tu n'as vraiment pas les idées claires. Donc, il fallait dénouer un peu tout ça, le pourquoi, du comment, par rapport au fait que je pense que c'est intergénérationnel, que c'est un problème qui a existé longuement dans ma famille. Il y en a un dernier alcoolique qui vit encore aujourd'hui et qui l'est toujours, mais beaucoup d'autres se sont suicidés ou ont eu des gros soucis d'alcoolisme. Je me suis dit, putain, c'est moi qui me le tape. Mais OK, si j'ai cette mission, OK, je l'accueille, je l'accepte. Je vais continuer, du coup, à me prendre les murs, à aller dans la soirée, à aller dans la fête, à essayer de comprendre ces comportements destructeurs, finalement. Et en fait, j'ai compris que mon devoir, c'était de couper ce lien toxique, que ce soit pour moi, pour ma famille, pour mon environnement et pour mes enfants futurs. Et là,
- Speaker #0
ce moment précis, tu parles effectivement d'une consommation qui est festive. Raconte-nous un petit peu, c'était quoi ton quotidien festif ? Tu sortais énormément et à chaque fois, tu te mettais une caisse. Raconte-nous un peu comment ça se passait.
- Speaker #1
Alors, je sortais énormément. Je sortais presque tous les soirs. Tout était excuse à boire. Donc, je cherchais même des personnes pour pouvoir boire mon verre de vin initialement, pour pouvoir avoir une excuse, pour pouvoir consommer. jusqu'au jour où j'ai dit, je ne vais pas attendre les gens, je vais m'acheter ma bouteille, je vais boire chez moi, etc. Donc après, consommation solo, consommation solo dans des bars, pourquoi pas, où au final, tu es un peu alcoolisée, tu sympathises avec tout le monde, mais du coup, tu te mets aussi potentiellement en danger. Je me suis beaucoup manqué de respect dans ces années-là, que ce soit sexuellement, peut-être de manière de parole, de honte, de choses que je n'aurais jamais dû dire de cette manière-là, bref. Je me suis mis beaucoup de monde à dos jusqu'à ne plus m'aimer moi-même, en fait, parce que je me suis mis moi-même sur mon propre dos, finalement. Donc, c'était assez dur à vivre. Mais en même temps, j'ai... Comme je te disais, j'ai toujours eu foi et je me suis toujours dit, je vais me sortir de là. Il faut que je me sorte de là. Là, il y a un moment, c'est stop. Et je n'ai pas arrêté de mes 24 ans. Aujourd'hui, j'en ai 30. Je n'ai pas arrêté de travailler sur moi par maintes et maintes pratiques, que ce soit, comme je te disais, l'écriture, la psyche. J'ai vu un petit peu la lecture, beaucoup le sport, le sport énormément. Là, ces dernières années, depuis trois ans. J'ai démarré des sessions de breastwork sur moi-même dans un premier temps. Ça m'a énormément permis à me reconnecter à mon corps. Et en fait, plus tu te reconnectes à ton corps, ton corps, c'est ton temple. En fait, c'est ta maison. Donc, ta maison, tu ne vas pas lui foutre de la merde à l'intérieur. Tu ne vas pas mettre tes déchets comme ça. Tout va. Ton corps, c'est pareil. Ou en fait, j'ai cette image-là qui est très forte en moi. Et je me dis, attends, mais pourquoi j'ingérerais ces substances toxiques qui détruisent en fait ce qui me permet de vivre ? Ou la vie, elle est magnifique. Genre, pourquoi ? Pourquoi me la gâcher ainsi ?
- Speaker #0
Merci. Pour revenir un tout petit peu en arrière, je l'ai dit en intro, donc aujourd'hui tu es coach sportif et bien-être, c'est justement hyper paradoxal parce qu'effectivement tu as passé le début de ta vingtaine à être plutôt dans une attitude de mise en danger, d'autodestruction et tu étais déjà dans ce domaine-là, tu étais déjà, comment ça s'est goupillé tout ça ?
- Speaker #1
Non, alors j'ai… J'ai fait pas mal de métiers, mais sur la fin de ma vingtaine, on va dire de mes 25 ans jusqu'à mes 20, non, de mes 24 ans jusqu'à mes 28, donc pendant 4 ans, je suis retournée dans la nuit. J'ai été physio de club parisien, donc encore une fois dans la nuit, où au départ, je buvais aussi à la porte, etc. Comme ça, j'étais dans le même mood que les gens. Et à la fin, j'étais là, mais c'est pas possible, je peux pas tenir et à la porte et en même temps, c'est pas possible. Et de fil en aiguille, plus je me reconnectais à moi, à qui j'étais, à mon corps. Plus j'arrêtais de boire et de fumer à la porte, je refusais tous les verres que les clients pouvaient m'offrir. Je leur disais « je suis désolée, je ne peux pas boire, je n'allais plus en after » . Forcément, il y avait un décalage entre ces personnes-là qui venaient à moi et ma personne, où je n'arrivais plus. J'étais en train de subir ce métier, ce n'était plus possible, donc j'ai pris la décision de quitter définitivement. Et ça a été la meilleure décision de mon début de nouvelle vie. Parce que du coup, j'ai réellement en tête... Tu sais la phrase qui dit « ta vraie vie démarre au moment où tu comprends que tu n'en as qu'une » . Et voilà, là, ma vraie vie, elle démarre clairement.
- Speaker #0
Cette pression sociale de par le milieu de la nuit, qui est effectivement un milieu de fête, où pour beaucoup de personnes, ça ne pose pas de problème, parce que c'est de façon très épisodique. Ils peuvent se mettre en énorme caramel, mais ils ne sont pas dans l'obsession de la consommation, dans l'obsession de l'alcool, alors qu'effectivement, quand on travaille dans ce milieu-là... C'est en quotidien, pour le coup, tous les jours, il y a de la fête, tous les jours, il y a de l'alcool, tous les jours, il y a ce bouillonnement-là. Toi, tu te sentais un petit peu esclave, je mets des grands guillemets esclave, mais de cet environnement-là, c'est comme ça un peu que je le perçois ?
- Speaker #1
Très clairement, en fait, tu te sens, tu es un peu prisonnière de cet environnement, tu es en train de subir ta vie, très clairement. Quand tu es alcoolisé, le lendemain, tu es en cuite, enfin, tu es en gueule de bois, clairement, tu subis. Tu n'es pas du tout maître de ta vie, tu n'as pas les rênes. C'est ce rythme que... Enfin, c'est un cercle vicieux, en fait. C'est très clairement un cercle vicieux jusqu'au jour où tu le mets en lumière et que tu parviens à l'éclater un peu en éclat jusqu'à ce qu'il disparaisse. Dans tous les cas, plus tu vas conscientiser quelque chose, plus tu vas le mettre en lumière et plus la lumière va l'anéantir, si on peut dire. Et ce que j'ai fait, ça a mis de nombreuses années, mais ce que j'ai fait... Puis du coup, naturellement, en fait, je me suis éloignée du milieu de la nuit, déjà, parce qu'en fait, j'ai plus grand intérêt... Dans les échanges, je ne suis plus du tout en recherche d'after, en recherche de la prochaine fête. Ce n'est plus du tout mon objectif de vie. On va dire là où à l'époque, tu n'as que ça. Tu ne penses qu'à l'after, qu'est-ce qu'on va consommer, qui est-ce que je vais rencontrer. C'est terrible. Et pour en revenir avant tout ça, pendant ma vingtaine aussi, je me suis mis énormément en danger. Je me suis retrouvée nombreuses fois à l'hôpital avec des grammes excessifs dans le sang. où vraiment j'étais inconsciente. Des fois, certainement, où j'étais totalement inconsciente, sauf que le truc, comme je faisais des blackouts, je ne sais même pas forcément les choses terribles potentiellement qui ont pu m'arriver, que ce soit peut-être des attouchements, des vols énormément, nombreux vêtements ou sacs de créateurs qui m'ont été volés. Heureusement, ce n'était que matériel au final, jusqu'au moment où je comprenne. Mais en fait, quand tu bois régulièrement, tu es constamment dans une énergie qui est faible. qui est basse. Mais comme tu connais pas l'énergie haute, en fait, tu... Tu restes là-dedans et tu te dis que c'est peut-être la normalité. Mais une fois que tu goûtes, tu as l'énergie haute. En fait, plus jamais tu n'as envie de redescendre, ne serait-ce que pour une goutte qui, tu sais, va enchaîner un deuxième verre, une bouteille, etc. Pour rigoler, ces dernières années, je m'appelais le tonneau de vin parce que vraiment, franchement, j'avais que du vin dans les veines. Ce n'est pas possible, vu la quantité que je buvais.
- Speaker #0
Et effectivement, le milieu de la nuit, moi qui l'ai connu en tant que DJ, il y a un peu ce côté, tu sais, c'est un peu comme les surfers qui attendent toujours la vague d'après parce qu'ils se disent il va y avoir une énorme vague et ça va être trop, trop bien. Et en fait, c'est une quête perpétuelle. Donc, on sort effectivement tous les jours. Il y a une espèce de routine qui se crée. Effectivement, pour les personnes qui sont addictes, c'est compliqué parce que finalement, la vague, tu peux l'attendre tout le temps. le temps et tu te prends toutes les vaguelettes en pleine tête, mais tu peux attendre toujours la grosse vague. Et puis surtout, tu ne peux jamais sortir de l'eau. C'est un peu notre problème. Alors là,
- Speaker #1
c'est clairement, tu te noies, tu te noies. C'est un peu un cercle vicieux du vide, en fait. T'es vide. En fait, on remplit par une substance ce vide intérieur. Et plus tu vas te connecter à ton corps, plus tu vas te remplir d'amour en fait envers toi-même. Moi, en fait, plus tu t'écartes de tout ça, que ce soit l'alcool, la drogue, la cigarette. Parce que j'ai tout consommé pour le tout coup. Mais c'est vraiment l'alcool, moi, qui m'a causé souci.
- Speaker #0
Là, on voit bien que ça rentre en commun à notre catégorie qui, effectivement, le premier verre déclenchait l'incendie. Et là, c'était parti, mon Kiki. Mais toi, c'est comme ça. C'est comme ça que tu... Ah ouais,
- Speaker #1
t'oublies tout le lendemain, le travail, peu importe, balèque. Allez, là, c'est le moment présent. Bien que du coup, je ne m'en souvenais même pas au final. Parfois, je rencontrais des personnes, le lendemain, je les recroisais en Séville. Ah putain, ouais, la honte quoi. Donc toujours à jouer le jeu, à jouer un personnage que tu n'es pas. C'est terrible, c'est terrible. Tu te fous dans une merde. Au final, tu n'as jamais de vrai lien qui se crée non plus. Donc tu te sens aussi seule. Finalement, c'est une grande solitude parce que tous les gens que tu rencontres la nuit, en fait, c'est que superficiel.
- Speaker #0
Les lendemains de soirée, on a évoqué, donc tes blackouts devaient être effectivement assez douloureux. Là, il y avait quel type de... sentiment ou d'émotion qui émanait de toi ? C'est-à-dire que quand tu te réveillais, tu te dis « Waouh ! »
- Speaker #1
C'était terrible, terrible. Je pense que c'était les pires journées de toute ma vie entière. Et c'est bien pour ça, pour ne plus vivre ce genre de moment, que vraiment j'ai décidé de vraiment prendre les choses en main. Ça a été long et sinueux, mais je l'ai fait, donc je suis trop fière. Les effets, en fait, c'est chanter que vraiment j'avais fait du mal à mon corps, donc je m'en voulais. Donc culpabilité à mort, mais à mort. Pensée noire. pensé de mort, je vais mourir crise d'angoisse, anxiété crise de panique c'était terrible vraiment, je me prenais d'épisodes de panique mais monstrueux où du coup je devais appeler ma mère où je disais maman, maman, je suis prise d'une énorme panique si je meurs, je suis dans telle rue je devenais dingue quoi je devenais dingo et malheureusement et en même temps heureusement à cette époque là je devais prendre des anxios pour pouvoir couper court et m'endormir parce qu'en fait c'était pas possible à vivre Et en fait, tu te pourris la vie. Et c'est un cercle vicieux parce que l'alcool engendre cigarette, engendre potentiellement peut-être drogue s'il y en a, engendre fatigue, engendre anxiolytique, où en fait, tu es tout le temps en train de consommer de la culture, enfin du vide, des choses qui te détruisent et qui t'intoxiquent de l'intérieur. Et après, ça se voit sur l'extérieur aussi, évidemment.
- Speaker #0
Comment ton entourage essayait de gérer cette situation ? C'est très compliqué pour les accompagnants, qu'ils soient familiaux, amicaux, amoureux, voire professionnels, de voir quelqu'un qui s'enfonce. mais qui en même temps est dans cette spirale un peu infernale. C'est très compliqué parce que les personnes qui ne sont pas passées par là ne peuvent pas vraiment comprendre ce qui arrive. Toi, comment ton entourage a tenté de te sauver à ce moment précis ou de t'éveiller sur le fait qu'il va falloir faire en cap à 180 degrés ?
- Speaker #1
Alors moi, c'est beaucoup ma maman. D'ailleurs, je la remercie profondément. Elle a été... d'une attention et d'une écoute profonde. En fait, c'est ce dont j'avais besoin, je pense. Donc, elle était constamment en train de m'écouter et d'essayer de me comprendre, de chercher d'où ça vient, cette profonde tristesse ou cette profonde envie de s'alcooliser constamment pour fuir la vie, finalement, la réalité. Et le fait qu'elle m'écoute, à chaque fois, ça m'apaisait. Et donc, ça m'a permis aussi de me dire que non, mais rien que pour elle, pour ma famille, je ne peux pas, en fait. Surtout que c'est du côté de sa famille qui a eu beaucoup de cas. Elle n'a pas du tout ça, elle ne boit pas du tout. Ma famille justement ne boit pas. C'est ça le pire, c'est que je n'ai presque personne qui ne boit encore. Donc, je n'ai pas du tout été éduquée là-dedans en plus.
- Speaker #0
Il y a quelque chose d'hyper intéressant que tu viens de dire. Effectivement, on trouve toujours quelqu'un qui picole plus que nous ou alors quelqu'un qui picole un peu pareil, mais qui a certes peut-être un degré de tolérance différent ou alors qui n'est pas addict, donc qui peut s'arrêter quand il veut. Et c'est souvent des éléments en biais qui nous permettent de nous rassurer, en biais de confirmation. En fait, moi, tout va bien aussi. Tu le ressentais ça aussi, cette idée ?
- Speaker #1
Bien sûr, j'allais me cacher derrière n'importe quoi. j'allais te trouver forcément le plus... Une personne beaucoup plus alcoolique ou une personne qui a fait encore une plus grosse connerie ou des personnes où c'est plus grave en termes de comportement ou de choses qui leur sont arrivées. Bien sûr, je me cachais. J'étais, comme je te dis, vraiment dans le déni, dans la fuite totale. C'était terrible.
- Speaker #0
Niveau pro, il y a eu des impacts ? Est-ce que tu as déjà perdu des jobs, par exemple, où tu t'es mis en danger dans ta relation pro avec ton employeur ou le cadre qui t'employait à cause de ça ? Ou pour le coup, ça glissait, ça passait ?
- Speaker #1
Comme c'était dans la nuit, non. Par contre, j'ai subi certaines fois où je n'avais pas dormi. C'était dur. Et en fait, je me disais, mais pourquoi je me fais ça ? Pourquoi je me fais subir ça ? C'est dingue. Je suis censée être la personne que j'aime le plus et je lui fais subir ça. Je ne le ferai pas pour mon enfant. Je ne le ferai pas pour... Enfin, ça ne va pas. Et donc, non, au niveau travail, ça allait. Après, évidemment, je me suis mis pas mal de personnes à dos. Comme il y avait de la fatigue, il y avait un peu d'agressivité ou il y avait un peu de colère. Donc, c'était... Ça peut être conflictuel quand même.
- Speaker #0
De toute façon, l'alcool est un exhausteur d'émotions, grosso modo. Et comme généralement, on a une façon de gérer nos émotions assez particulière, moi, je vais qualifier la mienne de chaotique. Forcément, là, tu jettes de l'huile sur le feu et ça s'enflamme très vite. Et donc, effectivement, il peut y avoir des accès de colère ou des trucs, des broutilles en plus, pour des trucs qui n'ont rien à voir, mais qui peuvent être assez chiants à gérer. Là, on voit pendant toute la vingtaine... tu as commencé quand même à vraiment te poser des questions à rechercher, à creuser, à faire un travail sur toi-même donc là tu sortais du déni petit à petit est-ce qu'à un moment l'idée de perdre ton cercle social au sens large du terme, tu vois ton environnement en fait a fait partie voilà fait partie d'une peur en fait qui est intégrée, c'est-à-dire que tu vois souvent on retrouve des personnes qui disent waouh mais si j'arrête En fait, je ne vais plus avoir de potes, je ne vais plus avoir d'entourage. Toi, c'est quelque chose qui est rentré en jeu ou pas du tout ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Parce qu'en fait, je me disais, mais attends, ça fait 15 ans que je me suis construit autour de l'alcool. Donc, en fait, je me suis créé une personnalité qui n'est pas la mienne, remplie de masques, full dans l'ego. Et donc, pendant 15 ans, j'étais en partie avec cette personnalité-là. Donc, d'un coup, ne plus l'avoir parce que forcément, avec l'alcool, tu es différent. tu as d'autres objectifs de vie, tu as d'autres ambitions, tu as d'autres envies, tout simplement. C'était dur. Tu te dis, putain, attends, attends, parce que ça veut dire que 15 ans de ma vie, je remonte, j'avais 13 ans, 13 ans. J'étais comment ? Tu es en pleine construction de ta personne. Donc, je me suis construite autour de ça. Donc, au début, j'étais terrifiée. Sauf que j'ai une devise qui est que là où ça fait peur, c'est le chemin. C'est que tu dois y aller. C'est qu'il y a une source d'évolution. pour ton développement personnel. Donc, je suis une grande adepte d'aller là où j'ai peur. Donc, j'y ai été et c'est merveilleux.
- Speaker #0
Justement, c'est là où on va aussi dans l'interview. Tu vas nous parler de ce moment qui est hyper intéressant, c'est le déclic pour arrêter, effectivement. Là, on l'a senti. Toute ta vie, tu as senti qu'il y avait ce problème-là. Tu as essayé de le gérer et puis, à un moment, il y a eu vraiment le déclic qui est intervenu sur ton chemin de sobriété. J'aimerais beaucoup que tu nous en parles.
- Speaker #1
Oui, j'en ai pas mal des déclics et pas mal de fois où j'ai tenté d'arrêter sur peut-être… De base, c'était gentil, c'était peut-être deux semaines et puis après, tu retournes au premier verre. La première soirée, elle est cool, la deuxième, ça va aussi, mais la troisième, c'est reparti pour un tour et de plus belle et ainsi de suite. En fait, tu continues, il faut arrêter tout court. Donc, ça a été assez long, ça m'a pris quand même pas mal d'années. Mais du coup… J'ai mis plein de choses en place, en fait. C'était compliqué parce que j'ai eu pas mal de rechutes, de moments où vraiment je tournais en rond dans ma tête, je continuais quand même à picoler. Alors, j'en ai plusieurs. Là, il y en a un qui est plutôt récent. On va dire il y a un an, j'ai lu un livre qui s'appelle « La méthode simple » et qui m'a donné des images de l'alcool qui m'ont énormément parlé. en fait, il... Il parle... ils parlent de l'alcool comme le nepenthes, le nectar que les plantes carnivores ont pour attirer la bête au fond et la dévorer. Et en fait, l'alcool, c'est un peu ça. Le premier verre, OK, puis en fait, il t'amène dans un gouffre, quoi. Et tu deviens prisonnier de cette consommation, de cette dépendance. Et ça m'a énormément parlé. Je me suis dit, mais attends, mais je n'ai pas envie d'être prisonnière, ce n'est pas possible, en fait. Et en fait, c'est vraiment un poison parce que ça te fait du mal. Et du coup, suite à cette lecture et à... Plein d'autres choses. Je me suis formée du coup au métier du sport. Donc forcément, métier du sport, ça veut dire anatomie, physiologie. Donc une fois que tu comprends ton anatomie, ta physiologie, ton corps humain, ton corps, comment il fonctionne, tu te dis mais pourquoi je lui... Enfin, c'est pas possible. Pourquoi je lui apporte des choses toxiques qui m'empêchent de vivre ma réelle vie, quoi. Ma vie pleine de joie, de bonne humeur, de confiance, etc. Donc plus tu te reconnectes à ton corps, en fait, moins tu as envie de le détruire. Du coup, suite à ça, mes consommations d'alcool ont été de plus en plus espacées. J'ai réussi à dire non à nombreuses soirées où je me disais, mais en fait, aucun intérêt, je n'ai pas envie d'être fatiguée demain, ça ne vaut pas le coup, non. Amusez-vous bien, vous me racontez demain, voilà. Donc, de plus en plus, j'ai intégré le non. Puis en fait, au fur et à mesure, je buvais une fois par semaine. Puis ensuite, c'est devenu une fois par mois. Jusqu'à là, avant l'arrêt définitif, où en fait, j'ai essayé... Je me suis achetée comme habituellement ma petite bouteille de rouge. Moi, en plus, le pire, c'était que l'alcool, c'était quand même un plaisir. Vraiment, c'était associé à des moments plaisir. Où je suis bien, je suis fière de ma semaine, j'ai bien bossé. Vas-y, je m'ouvre ma bouteille. Donc, c'était compliqué de le dissocier. Mais en même temps, il y a tellement d'autres choses pour te fêter. Mais il faut le comprendre. Du coup, je m'achetais ma bouteille, je me l'ouvrais. Et j'essayais de boire en conscience. Donc, je buvais ma première gorgée et j'étais là, attends, qu'est-ce que je trouve ? Ah putain, mais je n'aime pas en fait. Je continuais et en fait, au fur et à mesure, j'étais là, ah ouais, je n'aime pas du tout en fait, mais pourquoi je bois ça ? Pareil avec la cigarette où je l'allumais, j'étais là, mais c'est dégueulasse. Mais qu'est-ce que j'ai fait pendant de nombreuses années à boire ça comme ça ? Pas du tout. Donc, j'ai vidé la bouteille, j'ai jeté la clope. Et ça, je l'ai fait à deux, trois reprises pour vraiment être sûre. Et en fait, jusqu'au dernier où en ouvrant la bouteille, je me suis dit, non Alice, tu sais déjà que tu n'aimes pas et j'ai arrêté. Et j'ai eu une... Oui, j'ai eu une dernière cuite après parce que j'étais énervée. Donc, je suis sortie un peu boire à outrance où je pensais avoir de nouveau perdu un de mes sacs préférés. Je pensais l'avoir pris avec moi, blackout évidemment, comme d'habitude parce que je bois tellement vite. Et dans mon petit gabarit, n'importe quoi, qu'est-ce que tu vas mettre autant d'alcool ? Enfin bon. Et du coup, je pensais avoir perdu encore un nouveau sac. Le lendemain, je devais aller chez ma grand-mère. J'étais là, mais tu ne peux pas te présenter comme ça à ta mamie encore. Enfin, ce n'est pas possible. Alice, c'est du manque de respect et pour elle et pour toi. Et encore de nouveau, une crise d'angoisse. Ce n'était pas possible. Ce qui est drôle, c'est que de ce jour-là, je me suis dit, Alice, plus jamais. Stop. Ça suffit. Je n'ai plus bu une goutte. Cette fois-ci, je l'avais vraiment intégré. Je n'étais pas là sur un calendrier à mettre des croix avec les jours de non-consommation. Je l'ai intégré comme une nouvelle routine. Pas d'alcool. Et c'est drôle parce qu'au bout de deux mois, je l'ai retrouvé, ce sac, accroché en plus. sur un porte-manteau comme ça, avec, bon, pour ceux qui croient, il y avait mon pendule dedans, des ésotériques. Donc, c'était trop drôle. Donc, c'est que ça y est, j'ai compris la leçon. Et là, ça fait quatre mois. Et franchement, quelle vie ! La vie est trop belle.
- Speaker #0
C'est extraordinaire. Les mesures que tu as mises en place, donc tu nous dis, ouais, toi, tu ne notais pas tes jours, justement. Il y a vraiment deux méthodes. Il n'y en a pas une qui marche plus que l'autre. Pour moi, ça dépend vraiment de chacun, de toute façon. Il y a des personnes qui... Moi, au début, par exemple, de ma sobriété, je pense que ça a duré réellement trois mois où chaque jour était tellement une victoire de ne pas consommer que j'avais besoin de ce truc-là. Et puis, au bout d'un moment, ça s'espace. Moi, aujourd'hui, j'ai encore un compteur de sobriété qui tourne sur mon téléphone. Je ne l'ai pas ouvert depuis, je ne sais pas, quatre mois. Enfin, très sincèrement, je ne compte plus non plus. Et puis, effectivement, tu as donné le mot routine qui est hyper important pour moi puisqu'effectivement, ça doit être une nouvelle vie. et puis... Puis ça rentre dans ton quotidien, un peu comme finalement l'alcool est entré dans le nôtre. Mais là, il est sorti et ça devient bien. Tu as mis des mesures en place spécifiques pour éviter d'être justement dans des zones un peu touchy, typiquement des soirées où tu as continué ta vie juste en t'écartant du premier verre. En fait, c'est la première fois de ma vie que j'étais certaine de ma décision, que je savais que c'était la bonne. Ça y est. Parce que moi aussi, nombreuses fois où j'ai tenté d'arrêter, j'étais avec des croix, avec un compteur de jour, etc. En fait, du coup, pour moi, ça équivalait à… Je ne suis pas certaine de mon arrêt. Je suis en train de calculer, de me dire « Ah ouais, ouais, c'est bien pour justement continuer. » Alors que là, en fait, sans tous ces appuis, c'est comme quand tu arrêtes la cigarette et que tu prends une cigarette électronique. En fait, c'est t'appuyer sur une autre béquille. Pour moi, c'est une espèce de petite béquille. En fait, j'en avais pas. pas besoin et j'en ai pas besoin et pour le coup je n'ai pas du tout arrêté ma vie au contraire j'ai continué à sortir jusque à 22 23h quand les gens commencent à être bourrés, à t'emmener sur des autoroutes du même sujet et puer l'alcool, la cigarette en fait je suis là ok it's time les gars je rentre à la maison ravie de vous avoir vu mais moi je vais dormir et en fait c'est génial parce que depuis cet arrêt Je n'ai plus aucune peur de prévoir quelque chose. Parce que je sais que dans tous les cas, je serai en forme. Je serai réveillée à 7h le matin. Bon, chacun sa routine. Mais je serai réveillée tôt le matin. Je serai en forme. Tu deviens fiable et fidèle à ce que tu as envie de faire, à tes projets, tes ambitions. C'est trop génial de pouvoir faire autant de choses finalement. Ça te libère un temps monstrueux.
- Speaker #1
Bien sûr. Souvent, tu sais, moi, c'est ce que je dis aussi aux personnes que j'accompagne qui sont en phase d'arrêt. Ne pensez pas que vous allez perdre quelque chose. Au contraire, vous allez regagner une liberté et une fiabilité. Et c'est ça qui est assez incroyable avec ça. C'est qu'on se reconnecte à soi-même. On se reconnecte aussi à la version de soi-même. Moi, par exemple, j'étais ado avant de consommer. Et je trouve que c'est assez fantastique parce qu'en fait, c'est vraiment une sorte de cure de jouvence où tu reprends une deuxième jeunesse. Moi, je suis beaucoup plus âgé que toi. Je vais avoir 45 ans. Mais tu vois où j'ai l'impression d'être à nouveau en ado, mais pas en ado qui est perturbé par... construction égocentrique ou par prendre ma place dans le groupe ou ainsi de suite, juste à dire, bon, j'ai envie de faire ça, je fais ça, et effectivement, d'être fiable. C'est vraiment un truc qui est génial, parce que souvent, une personne addict, c'est pas qu'elle ne le veut pas, c'est qu'elle ne le peut pas. Elle ne peut pas être fiable, parce que la bonne et simple raison, c'est que, une fois sur X, ça part en cacahuète, et c'est compliqué, et tu ne peux pas le gérer, et ainsi de suite. Alors que là, au moins, tu es conscient de ce que tu fais, tu maîtrises où tu vas, et c'est génial. Comment ton cercle, justement, amical, amoureux et professionnel, a accueilli ce début de sobriété ? Pour eux, ça devait être aussi un chamboulement, même si on comprenait que tu étais dans un arrêt qui a été plutôt progressif, une transformation plus consciente. Et puis, à un moment, ça s'arrête. Comment ton entourage a vécu ça ?
- Speaker #0
Alors, ma famille, trop fière. Justement, on reconnecte tous ensemble. On se revoit régulièrement. On a des discussions stables, constructives, de joie. On n'est pas du tout en guerre, etc. Donc, j'essaie de reconnecter un peu avec toutes les personnes de ma famille. Mon amoureux, il a joué un rôle très important. Ça fait deux ans qu'on est ensemble bientôt. Et il m'a connue dès le départ. Dès le départ où, en fait, j'avais quitté la nuit. Mais comme ça faisait longtemps que je n'avais pas fait de gros stuff pour moi, pendant deux mois, en fait, je n'ai fait que ça, Et je lui disais, je crois que c'est la fin d'un chapitre. En fait, là, je profite, je profite. Mais je crois que ça va couper à un moment ou un autre où j'en voudrais plus. Donc là, je profite. Donc, on s'est connus dans la fête. Et au fur et à mesure, il a vu que ça me rendait triste. Forcément, ton partenaire ne te souhaite pas triste, au contraire. Donc, il m'a énormément soutenue. Il m'a apporté énormément d'ancrage. Et je pense que le fait d'être de plus en plus ancrée, ça te permet de te détacher de toutes ces conneries et de mettre ton énergie ailleurs. Et aussi, le fait de maintenant être devenue coach sportif, c'est complètement contradictoire avec ce que je coach et ce que j'apporte aux personnes. Et en général, nombreuses personnes qui quittent la nuit et qui arrêtent toutes ces conneries deviennent des thérapeutes du bien-être et du sport.
- Speaker #1
Il y a souvent une filiation qui est hyper logique. C'est-à-dire qu'on a pu connaître les enfers, je mets des grands guillemets à enfer, parce qu'il y a eu des choses qui étaient hyper cool même quand on était complètement satellisés. Il ne faut pas se mentir. Moi, j'aime pas... tu sais il y a toujours un truc qui m'a toujours énervé c'était les gens qui disent oh ouais alors la fin pour moi par exemple a été hyper dure la chute a été très compliquée l'atterrissage violent mais en revanche il y a eu des super moments quand même qui se sont passés dans la fête faut pas non plus tout annulier selon moi en tout cas par rapport à ça mais effectivement le fait de devenir sobre et d'en retirer tous les avantages tous les bénéfices forcément te fait complètement dévier ton cap et pour le coup ce renouveau là t'as envie de le transmettre t'as envie de planter des graines aussi, t'as envie de... Oui, complètement. Et ton parcours est hyper corrélé, c'est-à-dire qu'effectivement, là maintenant, tu es coach sportif et bien-être, rien de plus logique parce qu'en même temps, tu incarnes ça.
- Speaker #0
Oui, complètement. Comme je suis passée par là, je sais de quoi je parle. Je ne peux que partager et t'aider. On va dire que ça a été un long travail, mais aujourd'hui, je me sens complète. Je me sens bien avec moi-même. Je suis en paix. Je n'ai pas du tout besoin d'aller dans des soirées ou de rencontrer tout le monde et n'importe qui. Mes moments passés avec des personnes, c'est parce que je les ai choisis. Je ne suis plus du tout en train de les subir ou de me cacher derrière quoi que ce soit pour pouvoir boire. Je profite des moments. Je m'en souviens. Je rigole vraiment, justement, comme tu disais, je me suis reconnectée à la Alice d'avant. L'insouciance, la pleine confiance, qui se déguise, qui s'en fiche, qui danse, qui chante, enfin, qui vit, quoi. Et c'est merveilleux.
- Speaker #1
Ça s'entend, en tout cas, qu'il y a beaucoup de vie dans ton parcours. Et c'est vraiment chouette. Est-ce que pendant ces premiers jours ou ces premières semaines, tu as quand même eu des petites tentations où ton cerveau commençait à se dire, allez, pourquoi pas, juste envers ? Ou alors, vraiment, ça y est, c'était… L'obsession était partie.
- Speaker #0
L'obsession était partie. Après, forcément, tu réfléchis avec toi-même. Attends, et si je prends un verre, ça ne fait rien. Et directement, je me reprends et je me disais, mais pas du tout. Tu sais très bien qu'un verre en engraine un autre. Et en fait, c'est reparti pour un tour. Et c'est arrivé une fois, je crois, et jamais. Même dans des moments où j'aurais pu, j'ai préféré ne pas toucher. Je me suis pris un mocktail pour... C'était des moments un peu de colère. C'est arrivé deux fois. Tu as envie dans ces moments-là d'aller te défouler sur quelque chose. L'alcool, c'est parfait pour ça. Je me suis dit non. C'est là où je me suis dit que mon combat était terminé et que je l'avais remporté sur cet alcool.
- Speaker #1
Bravo parce qu'effectivement, la mise sous tension et la gestion de certaines émotions peut vraiment nous rapprocher de ce fameux premier verre. qui fout tout en l'air. Et effectivement, c'est des moments qui sont vraiment, c'est des triggers qu'il faut vraiment tout de suite analyser. Wow, tout de suite réussir à pivoter. Et ça peut être, effectivement, ça peut nous sauver tout simplement. C'est vraiment chouette. Toi, aujourd'hui, quel est le plus beau cadeau que la sobriété t'ait apporté dans ta vie ?
- Speaker #0
Clairement, la liberté. La vie, tout simplement. La confiance, la bonne humeur, la pleine santé. Je ne suis plus malade. Plus. Je suis tout le temps en pleine forme et comme j'écoute continuellement mon corps, en fait, dès qu'il y a un certain symptôme, ça y est, je le repose et il n'y a plus rien. Donc, plus de perte de temps, du temps, du temps, énormément de temps. Et c'est ce code plus précieux que le temps, finalement, dans la vie. On peut faire tellement de choses. Il y a tout à faire, en fait, tout est possible. Et une fois que tu sors de ça, en fait, tout est lumineux. Même dans les petits moments où tu as des humeurs, forcément, surtout nous, les femmes avec nos cycles. Mais tu les comprends. Donc, tu en rigoles, tu es là, bon, ok, je suis un peu colorique. on sait ce que ça signifie bon voilà ça va passer mais donc même tes émotions en fait tu les régules naturellement ton système nerveux je suis plus du tout en mode survie je suis vraiment dans le parasympathique dans le calme, dans la paix je gère mon stress, c'est du bon stress en fait c'est plus du tout un stress qui va me bouffer mon sommeil mais n'en parlons pas c'est à l'époque je pouvais cogiter pendant je passais des nuits blanches à cogiter à angoisser à penser à l'avenir, au passé alors qu'aujourd'hui en fait c'est j'éteins Merci. Dodo, sommeil profond, je fais full rêve, je m'en souviens. Et j'ai aussi énormément de souvenirs qui pop-up dans ma tête. Donc je récupère ma mémoire, mes souvenirs, donc je suis trop trop heureuse. Parce que j'avais pris peur une fois où j'avais fait une retraite, un peu dans ma période justement où je cherchais à sortir de tout ça, où j'avais fait une retraite méditation, sophrologie et yoga. Et durant une sophrologie en fait, elle est partie nous faire chercher dans notre cerveau. notamment dans nos lobes occipitales, je crois, où il y a la mémoire. Et en fait, j'ai eu une image dans ma tête d'une énorme caverne, mais remplie de vin. Et donc, j'étais incapable d'aller chercher mes souvenirs. Et cette image m'a fait peur, vraiment peur, où je me suis dit, c'est grave. Donc, tous mes souvenirs, toute ma mémoire, en fait, elle est engloutie sous cette vignasse. Donc, clairement, mon image de tonneau de vin, je n'étais pas très loin. Et là, depuis que j'ai arrêté, clairement, il y a tout qui revient. Et je suis là, j'avais une vie merveilleuse avant tout ça en fait. J'ai trop de beaux souvenirs de vie.
- Speaker #1
C'est incroyable, c'est génial. J'adore ton parcours et c'est des très belles images qui émergent de tout ça. Pour conclure cette entrevue, quel est le message que tu aimerais passer à quelqu'un qui s'interroge sur sa liberté face à l'alcool ?
- Speaker #0
Qui s'interroge sur sa liberté ? Déjà, si tu t'interroges, c'est que tu es pris au piège d'une certaine manière. Se poser des questions, c'est un commencement de chemin vers la sobriété. C'est déjà mettre en lumière le fait d'avoir potentiellement un souci avec. On est nombreuses personnes, on en a, parce que notamment à Paris, on a des barres autour de nous partout. Donc, en fait, c'est devenu une normalité, malheureusement. Mais du coup, c'est bien qu'il continue à se poser des questions, peut-être à les mettre sur papier ou à en parler autour de lui. Parce que plus tu vas le mettre en lumière, plus tu vas le conscientiser, plus tu vas le faire sortir par la parole ou par l'art ou par l'écriture, peu importe. Plus, en fait, il va s'évanouir, s'estomper. et être de moins en moins important jusqu'à disparaître et la liberté reviendra
- Speaker #1
Eh bien écoute Alice, merci infiniment pour ton témoignage sans filtre et sans phare c'est vraiment toujours un plaisir d'explorer les chemins de sobriété de chacun de mes invités et j'espère sincèrement que ton chemin de sobriété inspirera nos auditeurs autant qu'il m'a inspiré Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode de Jour 1 et d'ici là n'oubliez pas Pour nous les addicts, jamais le premier verre et 24h à la fois. A très vite les amis en commercialisme.