Speaker #0Il y a la douleur, et il y a tout ce qu'on ajoute par-dessus. La première ne dépend pas de nous, la deuxième presque toujours. Bonjour à tous, je m'appelle Xavier, et je vous souhaite la bienvenue sur l'équinoxe. Dans ce podcast, je vous propose des outils et des pistes de réflexion autour du coaching et du développement personnel. Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de la deuxième flèche. Il existe une vieille parabole qui nous vient de la tradition bouddhiste. Imaginez vos émotions de douleur ou de souffrance comme une flèche qu'on vous tire dessus. Ça fait mal, mais vous n'y pouvez rien. C'est la première flèche. Un raté au travail, une remarque qui pique, une émotion qui surgit comme ça, sans prévenir. Cette douleur ou cette souffrance, là, vous ne l'avez pas choisie. Elle arrive, c'est tout. Et puis, juste après, arrive une seconde flèche. Celle-là, personne ne vous la tire. C'est vous. C'est le « je suis nul » . C'est « j'aurais dû savoir » . C'est l'histoire que vous vous racontez par-dessus la douleur. La première flèche peut durer quelques secondes. Ça n'empêchera pas la deuxième de durer des heures, des jours, parfois des années. Un exemple tout bête. La semaine dernière, je vous parlais de ces moments où on reprend son téléphone sans s'en rendre compte. La première flèche, c'est le réflexe. Deux secondes. Il est déjà dans la main, on ressent de l'agacement. La deuxième, c'est tout ce qui vient après. Je n'y arrive même pas. Je suis incapable de tenir. Je n'y arriverai jamais. Et là, on ne parle plus de deux secondes. L'avantage de cette parabole, c'est que la deuxième flèche, on peut apprendre à ne plus la tirer. Pourquoi on la tire ? cette seconde flèche. Parce qu'on prend souvent la première pour un défaut, un défaut à soi. On se dit cette peur c'est la mienne, cette colère c'est moi, cette envie que je n'arrive pas à contrôler, c'est ma faiblesse. Mais il existe un autre courant de pensée. La peur, la colère, l'envie, vous ne les avez pas inventées. Vous serez d'accord avec moi. Elles font partie de notre fonctionnement humain. Un cerveau façonné par des centaines de milliers d'années d'évolution. Des gènes que vous n'avez pas choisis. Une éducation que vous n'avez pas choisie non plus. Une époque, une culture, une histoire. Bref, rien de tout ça, vous ne l'avez décidé. C'est une idée qu'on retrouve dans les enseignements de Tara Brach, enseignante de méditation et psychologue. Elle propose une solution. Déplacez votre regard sur ce que vous ressentez. Tant que vous vivez cette peur comme quelque chose qui vous appartient, comme quelque chose qui serait uniquement à vous, la deuxième flèche peut continuer à faire mal. Mais si vous arrivez simplement à vous dire « Ce n'est pas ma peur, c'est la peur. Ce n'est pas ma colère, c'est la colère. » Ce n'est pas mon envie, c'est une envie. Si vous changez seulement votre rapport à l'émotion, quelque chose se dessert. Ce petit déplacement est très important parce qu'on ne se bat plus contre soi. On regarde maintenant quelque chose qui fait simplement partie de l'expérience humaine. Là je vous entends venir parce que moi aussi c'est ce que je me suis dit. Si la première flèche, ce n'est pas de ma faute. Si les émotions de souffrance et de douleur font partie de l'expérience humaine et ne m'appartiennent pas. Alors, je peux tout me permettre. J'arrête d'être responsable. Si je ressens de la colère, ce n'est pas ma faute. Non, et c'est même l'inverse. Les émotions viennent. Que vous le vouliez ou non, ça c'est vrai. Ce n'est pas votre fait. Mais votre réaction, elle... vous rend toute votre responsabilité. Et se blâmer de ressentir ces émotions ne vous rend pas meilleur. Ça vous enferme. Quand vous passez votre temps à vous répéter que vous êtes nul, à vous battre contre une émotion, vous ne changez rien. Vous recommencez. Toute votre énergie part dans le procès que vous vous faites. Et il ne vous en reste plus beaucoup pour avancer. Lâcher le blâme ne vous donne pas une excuse. Ça ne vous enlève pas votre responsabilité. Ça vous libère juste suffisamment pour enfin faire autrement. Il y a également un courant de pensée pour ça. C'est le courant de l'autocompassion. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, être plus doux avec soi ne semble pas nous rendre moins motivés. Les recherches sur l'autocompassion montre qu'elle est associée à davantage de résilience et qu'elle n'est pas une forme de complaisance envers soi-même. Accepter de ne pas être responsable de son émotion ne vous permettra pas de tout vous laisser passer. Se pardonner ne vous rendra pas moins responsable. C'est même le contraire. Ça vous donnera enfin de la place pour agir. Quand j'étais au collège, Je me faisais harceler. Ça a créé des émotions en moi. Tristesse, honte, rejet. Ces émotions ne dépendaient pas de moi. Elles sont arrivées, c'est tout. C'est la première flèche. Mais ensuite, je me suis dit, t'es nul. Tu mérites de ressentir ça. Si tu te fais harceler, c'est que tu n'es pas assez bien. Si tu étais plus fort, tu t'en ficherais. Tu ne ressentirais ni tristesse, ni honte. Voici la deuxième flèche. Vous voyez où je veux en venir ? La première flèche, c'est un instant. Et ça fait des années, des décennies que c'est terminé. Et pourtant, au lieu de simplement vivre mes émotions, au lieu de me dire « je ressens de la tristesse ou de la honte » , je me suis dit « je suis faible, je le sais, regarde ma honte et ma tristesse » . Je me suis jugé bien plus durement que les autres ne m'ont jamais jugé. Aujourd'hui, j'ai beaucoup travaillé sur moi et je mesure ce que je me suis fait subir. Je ne pense bien sûr plus ça de moi, mais ça m'a pris des décennies rien que pour le voir et des années pour m'en libérer. La première flèche, ce n'est vraiment pas celle qui m'a fait le plus mal. Mais je suis d'accord avec vous, vous pouvez vous dire que c'est un exemple extrême. Et j'aimerais vous en proposer un autre, un peu plus quotidien. En ce moment, je travaille sur un dossier pour ma certification. Et souvent, quand arrive le moment de travailler, je ressens de l'agacement, de l'évitement, et une envie de fuir le travail. Ça, c'est les émotions que je ressens, je n'y peux rien. C'est la première flèche. Et parfois, je vis ces émotions, je les accepte, je les laisse venir, et elles finissent par passer. Je me mets alors au travail, et je m'en sors très bien. Et parfois, quand je reçois la première flèche, je me dis « Pfff, t'es vraiment un feignant, tu mérites pas de réussir avec ce genre de comportement. Bouge-toi un peu le cul. » Et là, je rajoute de la honte, de la colère et du stress. C'est la deuxième flèche. Ça dure toute la journée et très souvent, ça m'empêche de produire quoi que ce soit de qualité. Oui, la première flèche, personne ne peut l'éviter. Elle ne dépend pas de nous, on peut parfois en diminuer l'impact avec du travail, mais elle arrivera toujours. La seconde par contre, c'est uniquement la nôtre, et il est possible d'apprendre à ne plus la tirer. Et comme vous pouvez le constater, la plupart du temps, elle fait beaucoup plus mal que la première. Observez la deuxième flèche, cette petite voix qui commente après coup, celle qui juge, qui compare. qui condamne. Vous n'avez pas à la faire taire, juste à la voir. Acceptez de laisser la première flèche exister sans lui ajouter automatiquement la seconde. La douleur est là, d'accord, mais ça ne veut rien dire de vous. Décidez du ton que vous prenez avec vous. La prochaine fois que vous entendrez cette voix dans votre tête, vous pouvez la suivre ou pas. La prochaine flèche, vous pouvez la décocher. ou pas. Cette semaine, une chose toute simple. Quand vous vous surprenez à vous juger, arrêtez-vous une seconde et notez la phrase exacte que vous êtes en train de vous dire, mot pour mot. Puis posez-vous une seule question. Est-ce que je dirais ça, de cette manière, à quelqu'un que j'aime de tout mon cœur ? Si la réponse est non... Vous venez de repérer une deuxième flèche. Vous n'avez besoin de rien faire de plus. Pas besoin de corriger ou de réparer quoi que ce soit. Observez simplement vos secondes flèches. Le reste se fera tout naturellement. La douleur fait partie de la vie. La première flèche, on ne l'évite pas toujours. Un raté, une perte, une peur, ça arrive. Et ça arrivera encore. Mais la deuxième, celle qu'on se tire soi-même, celle-là, on peut apprendre à l'arrêter. Ce n'est pas votre faute d'avoir peur. Ce n'est pas votre faute d'être en colère. Ce n'est pas votre faute d'avoir une envie. Ce n'est pas votre faute d'être jaloux. C'est humain, c'est tout. Et le jour où vous arrêtez de vous en vouloir d'être humain, vous trouverez enfin toute la place qu'il vous faut pour avancer. Entre ce qui se passe et ce que vous en pensez, il existe un espace. C'est ici que tout commence. Merci d'avoir écouté l'équinoxe. Si cet épisode vous a parlé, n'hésitez pas à vous abonner, à laisser 5 étoiles et à le partager à quelqu'un qui pourrait en avoir besoin. Vous trouverez dans la description Un lien vers la newsletter, les ressources de l'épisode et le site si vous souhaitez découvrir le coaching. A bientôt sur l'équinoxe.