- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à ce nouveau Café Bébion. Bonjour Richard.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors une fois n'est pas coutume, je suis ravie de vous accueillir dans les locaux de l'Intercontinental de l'Hôtel Dieu à Lyon avec Richard Brunel. Vous êtes un homme, comme chacun aura pu le remarquer, vous êtes notre invité masculin pour la saison. Parce que vous savez, dans cette émission, on aime beaucoup le principe de donner la parole une fois par an pour la rentrée à un homme, pour voir quelle est votre vision à vous de la place des femmes dans la société, dans le débat public. et alors je suis... hyper honoré de vous accueillir parce que franchement, quoi de mieux qu'un metteur en scène, un comédien, le directeur général et directeur artistique de l'Opéra de Lyon. Franchement, je suis ravi Richard qu'on soit ensemble ce matin.
- Speaker #1
Moi, je suis ravi aussi. Il faut qu'on se parle. Vous avez plein de trucs à nous dire.
- Speaker #0
Richard, ça tombe bien. Première question de l'émission, vous la connaissez. Est-ce que vous êtes un homme engagé, vous ? Et ça veut dire quoi, l'engagement ?
- Speaker #1
Alors... Il faut être modeste avec l'engagement. Pour moi, l'engagement, c'est tous les jours être à la direction de cette Opéra de Lyon et donc de faire évoluer ce qu'est une grande institution comme l'Opéra de Lyon dans une société. Et être aussi engagé auprès des publics, c'est-à-dire tous ceux à qui cela s'adresse, qui sont bien plus nombreux qu'ils ne le pensent, et de se dire qu'on peut avoir la ville entière comme public. et qu'on s'adresse à tous et qu'on a suffisamment de propositions diverses et variées pour pouvoir faire entrer la culture, l'art, l'art lyrique, l'art chorégraphique dans les pratiques de tous les habitants de cette ville et de la métropole et de la région bien évidemment. Donc je dirais que c'est un engagement en fait, c'est en tant que directeur, c'est de mettre en lien des gens et des œuvres et de se dire que l'œuvre, l'œuvre d'art... à une vocation d'émancipation, à une vocation d'ouverture, de diversité culturelle, de manière à ce que tout un chacun puisse se dire « Ah, cet opéra me parle à moi aussi, d'où que je vienne, quelles que soient mes origines sociales, géographiques. » Et même si, j'allais dire, je n'ai jamais mis les pieds. Pour moi, c'est très important d'ouvrir la porte et de faire découvrir quelque chose d'un monde qui est absolument inconnu à beaucoup de gens. Donc à ce titre-là, oui, je peux dire que je suis engagé. Alors je suis engagé parce qu'il y a une utilité sociale réelle, à mon sens, des équipements culturels. Alors moi, je suis là pour parler de l'opéra, mais je peux parler des autres aussi, des théâtres, Maison de la danse, etc. Enfin, de tous les équipements culturels de la ville. ont un rôle fondamental et considérable à jouer dans le ciment de la société et aussi dans l'éducation. Je pense qu'il faut aussi que ces maisons entrent plus encore dans le rapport à l'éducation et aussi auprès de tous les jeunes garçons et jeunes filles.
- Speaker #0
Et alors justement, précisément à l'aune de votre expérience à la fois de directeur de grandes institutions, parce qu'on va le voir, on va parler de votre parcours, donc vous allez nous expliquer ce que vous avez fait, mais... Vous avez été à la tête de plusieurs institutions culturelles, mais en plus vous avez votre propre expérience à vous de metteur en scène. Quel regard vous portiez sur la place des femmes ? Est-ce que vous trouvez qu'aujourd'hui, la société a évolué bien évidemment, mais est-ce qu'en France les femmes elles ont toute leur place ? Elles expriment toute leur place ? Ou est-ce qu'on peut encore améliorer les choses ?
- Speaker #1
Alors moi c'est difficile pour moi de parler pour toute la France et pour toutes les femmes, mais je vais parler de ce que j'ai fait et de la manière dont je vois les choses. Quand j'étais à la Comédie de Valence, il y avait un collectif artistique qui était paritaire. Autant d'artistes masculins que féminins. Et j'ai fait, avec ce collectif, j'ai accompagné des jeunes femmes qui aujourd'hui, notamment je pense à une merveilleuse metteuse en scène qui s'appelle Caroline Guéla Nguyen, qui est sortie de l'école du Théâtre National de Strasbourg, qui était d'ailleurs dans un groupe, elle était presque mon élève, je pourrais dire, puis mon assistante à Valence, et puis elle a fondé sa compagnie. La Comédie de Valence l'a accompagnée pendant dix ans et aujourd'hui elle dirige le Théâtre National de Strasbourg. C'est la seule femme qui dirige un Théâtre National en France. Et pour dire que cette... comment dirais-je... Ce souci de la parité, de l'égalité professionnelle, c'est une chose qui m'est très importante. De même à l'Opéra de Lyon, et de même dans les opéras français, on peut dire que la programmation des femmes, comme metteuses en scène, comme chefs d'orchestre, comme chorégraphes, ce n'était pas toujours une chose évidente. Moi, il m'est arrivé de regarder des saisons de mon prédécesseur, 11 productions, 11 hommes à la mise en scène. Mais pourquoi ?
- Speaker #0
Parce qu'il n'y a pas de femmes pour le faire ?
- Speaker #1
Non, je pense que la société, en tout cas l'environnement culturel, n'a pas forcément mis l'accent sur cette donnée-là. Et donc il y a toute une génération aujourd'hui de jeunes metteuses en scène qui arrivent, il faut leur faire de la place. Et c'est pour ça que dès la saison dernière, nous aussi, on avait neuf productions. Et sur les neuf, c'était les productions, cinq femmes ont mis en scène. ces productions sur le grand plateau ou sur des plus petits plateaux. De même, les compositrices, vous ne pouvez pas vous imaginer la difficulté de faire entrer des compositrices, alors qu'il y en a des merveilleuses, de les faire entrer à l'opéra. Et là, j'ai réussi à en faire entrer deux et je vais continuer dans les années à venir. Les chefs d'orchestre, c'est vraiment complexe. Et là, c'est de se dire aussi qu'il faut aussi changer les mentalités des... des phalanges d'orchestre. Alors, il y a des grandes chefs d'orchestre, mais elles se consacrent essentiellement aux symphoniques, et il faut pouvoir accompagner des chefs d'orchestre qui viennent travailler sur du lyrique, sur de l'opéra. Alors, il y en a, mais c'est vrai qu'elles sont très très prises, donc il faut former, on va dire, les plus grandes chefs d'orchestre sont vraiment très occupés, donc il faut former des nouvelles, de manière à ce que dans quelques années, ce ne soit plus du tout une question. plus du tout... C'est vrai qu'il y a une majorité d'hommes, il faut le dire. Et je vois bien, là, on est en train de penser avec l'orchestre le renouvellement de la direction musicale de l'opéra. Et c'est vrai que quand il y a une liste, qu'on en a fait une liste ensemble, eh bien, il y a 15 noms, et sur les 15 noms, il y a 3 femmes. Alors, top niveau. Vraiment. Mais je pense qu'il faut... Dans nos projets, et c'est vrai qu'avec notre équipe de direction, on est soucieux de ça, de la présence des femmes peu à peu dans la maison. Alors nous, on a à l'intérieur de l'Opéra de Lyon, on fait toute une chose très importante qui est un accord. On a signé sur l'égalité professionnelle à l'intérieur de l'Opéra. Et la maison, en gros, est à 48% femmes-hommes. On a une parité dans les 147 métiers. il y a une parité. Mais on a du boulot. à faire, par exemple, du côté technique, pour que les femmes accèdent à des postes côté technique, pour rééquilibrer, par exemple, il y a des phénomènes clichés, mais qui se vérifient, côté atelier de couture, majoritairement, c'est, je dirais, 90% des femmes, mais il y a un homme. Voilà. Côté, par exemple, dans l'orchestre, ça s'équilibre dans certains pupitres, mais par exemple, le pupitre des cuivres, c'est que des hommes. Donc, voilà, peu à peu, On a fait l'analyse de la situation et avec les représentants du personnel et avec la direction des ressources humaines, on travaille sur cette... Par exemple, l'année dernière, dans l'accord, on a consacré, parce que ça passe par des mesures concrètes, on a consacré 60 000 euros pour accompagner, rééquilibrer le salaire de 15 femmes sur deux ans pour qu'on trouve une équité. une égalité entre les hommes et les femmes. Donc ça c'est un sujet. Mais ça par exemple, l'égalité salariale, c'est une chose qui me semble absolument très concrète et je pense que ça c'est sur un des grands enjeux de l'égalité hommes-femmes, ça pour moi c'est une chose importante.
- Speaker #0
Ah oui, c'est étonnant que dans le milieu de la culture on en soit encore là.
- Speaker #1
Je suis surprise. Alors ça commence vraiment à se développer, mais il y a encore du travail. Il y a encore du travail à faire.
- Speaker #0
Alors, elles manquent de quoi, les femmes ? Elles apportent quoi dans le volet artistique ou de la direction artistique ?
- Speaker #1
Moi, je suis incapable de répondre à cette question. Parce que moi, j'allais dire... la différence de genre. Je travaille avec des partenaires. Par exemple, je travaille avec une dramaturge, qui est donc une femme, qui est quelqu'un dont j'apprécie énormément le regard et la capacité de rebond avec moi, homme, metteur en scène. Mais je ne me suis pas dit que je travaillais avec elle parce que c'est une femme, je travaillais avec elle parce qu'il y a une intelligence, il y a une collaboration hyper intéressante qui est très stimulante pour l'artistique. de même Il m'est arrivé aussi, par exemple, avec les scénographes. Je peux travailler aussi bien avec un homme qu'avec une femme. J'ai travaillé avec plusieurs scénographes. Et selon les projets, en fait, je demande à Anouk Delahira, qui est une scénographe avec laquelle je travaille. Et puis parfois, je me dis non, ce n'est pas pour elle, c'est plutôt pour Stéphane. Donc,
- Speaker #0
en fait, chacun apporte plutôt une pâte artistique. Voilà, oui. Une coloration. Je pense que,
- Speaker #1
en fait, peut-être je dis une bêtise, mais il n'y a pas de... pas de connotation de genre. En revanche, à l'opéra, il faut déjouer le genre. Pourquoi ? Parce que l'opéra, je dirais le genre opéra, les sujets d'opéra, là, c'est le metteur en scène qui parle. Moi, il m'importe beaucoup quand je monte par exemple, je ne sais pas, Pelléas et Mélisande, mes versions Mélisande, je me consacre à Mélisande et je montre comment l'opéra a dans sa structure fait souvent des femmes, entre guillemets, des victimes ou des femmes qui sont dans des situations impossibles, qui les conduisent au suicide. Donc, il y a un moment donné, je rééquilibre dans le traitement dramaturgique ou, je dirais, de thématique, non plus des femmes qui subissent des situations, mais qui prennent en main leur destin. Et même si ça finit tragiquement parce que c'est écrit comme ça dans l'œuvre, la vision que je peux avoir de la femme est beaucoup... et déplacé parce que notre société bouge et que ça me semble très important que le contenu artistique fasse cela. Par exemple, en ce moment, je suis en train de travailler sur Lohengrin de Wagner et il y a une femme qui s'appelle Elsa, qui est un personnage magnifique, mais qui est toujours vécue comme une femme pure, innocente et qui subit les événements. Soit peut-être qu'elle subit une partie des événements, mais elle va être aussi dans ma mise en scène. maîtresse de son destin, et elle va transformer, elle va même devenir, je peux le révéler, elle va devenir à la fin la chef des armées, là où Lohengrin démissionne. Elle, elle va prendre le pouvoir, elle va prendre la place. Mais parce que je pense qu'il faut aussi montrer sur scène d'autres représentations des femmes, pour que si les femmes puissent prendre la place qu'il leur est due, c'est-à-dire la moitié de l'humanité, la moitié du destin de l'humanité. Donc voilà, ça me semble extrêmement important.
- Speaker #0
Richard, vous êtes vraiment pile poil dans l'émission. Je pense qu'on est bien dans le thème aujourd'hui. Moi, j'ai envie de savoir, on va parler de vous, de votre parcours, mais j'ai envie de savoir, quand vous étiez petit garçon, vous vouliez faire quoi plus grand ? Vous saviez que vous vouliez déjà être metteur en scène ou aller dans le milieu de la culture ?
- Speaker #1
À l'âge de 4 ans, j'avais décidé d'être acteur.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord.
- Speaker #1
Donc très tôt, c'est acteur que je veux faire. Et je fais, on va dire, je fais beaucoup d'ateliers de théâtre à l'école, dans des associations. Mais sur tout mon parcours, jusqu'à un moment donné, vers 15 ans, je me dis non, je vais plutôt être journaliste. Et puis ça rebascule à 17-18 ans. C'est vraiment un tout petit passage. Parce que j'avais l'impression qu'avec le journalisme, on pouvait aussi faire passer un certain nombre de messages, changer les choses, etc.
- Speaker #0
Et vous venez d'une famille ou d'un milieu artistique ?
- Speaker #1
Pas du tout. Ah, Moi, je veux faire du théâtre dès que j'ai l'âge de 4 ans, mais je ne viens pas du tout d'un milieu artistique. Alors, j'ai découvert, mais bien à posteriori, par ma grand-mère, que mon grand-père chantait à l'Opéra de Saint-Etienne. Mais je n'ai jamais connu mon grand-père. Il est mort, il avait une petite trentaine d'années, donc je ne l'ai jamais connu. Et on n'a jamais parlé de ça dans la famille. J'ai découvert vraiment, quand ma grand-mère était très âgée, elle m'a dit « Ah, mais je ne t'ai jamais dit, mais ton grand-père... » Voilà, j'ai découvert ça, mais je ne le savais pas. Donc, comme quoi, il peut y avoir des liens inconscients. Oui, inconscients, oui. Ma mère, à un moment donné, a chanté, puisque je me souviens qu'elle m'a raconté que quand elle était jeune, elle avait eu la possibilité, avec des musiciens, de faire une carrière, et que ma grand-mère avait dit, non, non, tu ne vas pas aller à Paris pour faire cette carrière, parce que là, c'est fini, tu vas devenir une prostituée, c'est hors de question, et tu restes en province, et tu vas travailler, etc. Donc, on va dire qu'il y a eu des tentatives dans la famille artistique. Mais je ne peux pas dire que, quand j'étais petit, je voulais jouer du piano. C'était beaucoup trop cher d'acheter un piano pour notre milieu. Et donc, on m'a dit, tu vas faire de la guitare. J'ai fait de la guitare deux ans et puis j'ai arrêté parce que je trouvais ça grotesque. J'ai une grande admiration pour les guitaristes. Non, non, non, j'ai une grande admiration et je travaille avec beaucoup de guitaristes. Mais je trouvais ça grotesque pour moi. Je trouvais que c'était pas juste, ça ne me correspondait pas. donc oui c'est un parcours très Plutôt d'acteur, alors j'ai eu une chance aussi assez étonnante, très petite. de faire un film. À l'époque, c'était la télévision locale qui est venue dans ma classe pour filmer. Alors l'émission, c'était, on filme des enfants dans une scène. Il y avait, je me souviens, c'était la petite sirène et le petit prince. Moi, je me souviens, c'est lointain. Et donc, en gros, c'était, on filme une scène et ensuite, il y a un petit débat où on pose des questions aux enfants sur... qu'est-ce qu'ils pensent de telle ou telle version. Et à l'époque, La Petite Sirène, c'était une femme qui avait retravaillé l'histoire de La Petite Sirène, d'ailleurs, avec un côté plus féministe que le vrai conte, puisque la fin est terrible. Et je me souviens qu'on a vu un débat sur ce sujet. Là, je ne sais pas, je devais être en CM1, CM2. Et d'ailleurs, c'est même le moment où j'ai pris conscience, parce que moi, je viens de Saint-Étienne. que j'avais un accent stéphanois à couper au couteau. Et que quand je me suis vu à la télévision jouer avec l'accent stéphanois, je me suis dit, non mais ce n'est pas possible, les acteurs ne parlent pas comme ça. Il va falloir changer, il va falloir faire quelque chose.
- Speaker #0
Il y a vachement conscience de... Non,
- Speaker #1
mais c'est juste des petits éléments dans mon parcours, parce que je voulais vraiment être acteur. Pour moi, c'était très important. Et c'est vraiment à l'âge de... Quand j'ai fait l'école de la comédie de Saint-Etienne, entre 18 et 21 ans, où j'ai commencé à comprendre que... L'acteur, ça m'intéressait, mais que c'était sans doute une chose trop égocentrique, enfin trop, en tout cas égocentrique, où il fallait penser à soi, travailler sur soi, et travailler pour jouer son personnage, etc. Et qu'en fait, peut-être la mise en scène était quelque chose qui m'intéresserait davantage, parce que c'était une chose, j'allais dire, plus collective. Même si, évidemment, il y a celui qui décide, etc., mais il y a un leader. Mais quand même, il y a une chose, le théâtre, c'est quand même un art collectif.
- Speaker #0
Mais ça veut dire que vos parents vous ont laissé faire ce que vous aviez envie de faire ?
- Speaker #1
Franchement, oui. De A à Z. Je me rappelle juste de mon père qui me disait « Tu feras ce que tu voudras, mais il faut que tu aies ton bac. » Je me souviens avoir passé des concours. Ils n'étaient pas rassurés parce qu'ils pensaient vraiment que cette voie d'acteur pouvait être vraiment une impasse ou qu'on pouvait être vraiment très déçus. Ils m'ont suivi et en fait, non, ils ne m'ont jamais, jamais... Ils m'ont toujours dit « Attention ! » Mais j'ai toujours fait ce que je voulais faire. Et ils m'ont encouragé. Ils m'ont vraiment encouragé. Je me souviens, quand j'ai réussi le modeste concours du conservatoire de Saint-Etienne, il y avait deux places et j'étais dedans. Je me souviens que ma mère était extrêmement heureuse. Et moi, je n'avais pas mesuré que ça pouvait être une chose importante.
- Speaker #0
Ça veut dire que vous vous êtes nourri tout seul. Parce que ça nécessite quand même une grande culture générale. se pencher dans des grandes œuvres, on n'a pas forcément les guides.
- Speaker #1
Oui, mais mes parents m'ont toujours laissé travailler avec des compagnies amateurs, travailler au lycée. Mon père m'a accompagné. Il se disait, il va faire une option au théâtre, comment ça va se passer ? Mais j'étais embarqué là-dedans. C'est vrai que l'éducation, le lycée, a contribué énormément. Le théâtre, la Comédie de Saint-Etienne a contribué énormément. À partir du moment où j'ai découvert cet endroit, j'allais tout voir, tout le temps. des répétitions, je voyais du cinéma tout le temps. J'étais très, très passionné. J'allais dire, j'avais une vie parallèle au collège et au lycée qui était le théâtre. Et je dois dire que pratiquer le théâtre aussi au collège, ça a été une révélation. Parce que moi, je suis un enfant qui a eu d'énormes problèmes au collège. Problèmes de discipline, problèmes de... Voilà, c'était très compliqué. Non, je n'étais pas en blague. J'ai fait quand même deux quatrièmes et deux troisièmes. D'accord. Mais il y a eu le théâtre. Et je me souviens que le théâtre m'a nourri, canalisé. J'ai compris beaucoup de choses sur le rapport à l'autre, sur le rapport à la société. Et c'est vrai que cette instabilité... Alors, mes parents ne comprenaient pas parce qu'à la maison, j'étais très calme. Et à l'école, j'étais absolument intenable. Ils me disaient, mais ce n'est pas la même personne. Je me souviens, même certains profs étaient vraiment... Mais c'est vrai que la voie artistique était très très importante.
- Speaker #0
Vous avez trouvé votre place dans la voie artistique. Oui,
- Speaker #1
mais grâce d'ailleurs, mais grâce j'allais dire d'abord à des enseignantes. J'ai quand même dans mon parcours, deux, trois, d'abord au collège et ensuite au lycée, des enseignantes qui ont été très déterminantes en termes de découverte, de mise en perspective, de culture, d'apprentissage. Et de se dire, bon non, il faut... Et puis d'ailleurs, je revois aujourd'hui, j'ai des profs de français très importantes qui suivent mon parcours aujourd'hui comme metteur en scène et comme directeur de l'opéra.
- Speaker #0
Mais alors, expliquez-moi comment on devient metteur en scène ? Alors moi, c'est le truc le plus fascinant, je crois. C'est un des métiers, je me demande comment on fait.
- Speaker #1
Il y a deux solutions. La première solution, on a l'idée d'être metteur en scène et puis on met en scène. Et la deuxième solution, on est acteur et on descend du plateau et on fait travailler les autres. Ce qui est plutôt mon cas. J'ai d'abord été un acteur et puis au bout d'un moment, avec mes collègues de promotion, je suis descendu du plateau et j'ai commencé à dire, tiens, si on faisait ça comme ça, et travailler avec eux.
- Speaker #0
Parce que vous aviez l'expérience d'être acteur et de vous dire, tiens, peut-être que moi, j'aurais fait les choses différemment ?
- Speaker #1
Alors, il y a ça, premièrement. Et puis, il y a surtout ma première mise en scène où, alors là, je ne sais pas comment vous dire, j'ai une sorte d'inspiration. intérieur où je sais la lumière, je connais l'espace, j'arrive à diriger les acteurs et j'embarque tout le monde dans mon premier spectacle. Et d'ailleurs, on avait fait une trilogie, on était trois metteurs en scène et toute la compagnie m'a dit mais le suivant c'est toi qui dois le faire. Et donc c'est presque les autres qui m'ont embarqué en me disant, j'en étais convaincu mais on doute parce qu'en fait le travail artistique c'est fait de doutes. C'est ce que j'allais vous demander. C'est fait d'insatisfaction, de perfectionnement. d'acharnement, de « c'est pas comme ça, il faut faire autrement » . Voilà, donc il y a ça. Et puis peut-être, et là j'en reviens à la famille, peut-être aussi, c'est rétrospectivement que je dis ça, quand j'étais enfant et qu'il y avait les moments de Noël, qui n'a pas fait ça à Noël dans sa famille, de rassembler ses cousins, ses cousines, son frère, sa soeur, et puis fabriquer des spectacles un peu critiques sur la famille, où on peut dire des choses au passage.
- Speaker #0
Oui, deux, trois messages. Ou même parfois un petit peu,
- Speaker #1
un peu comme, voilà, un petit peu guignol de la... Enfin, où on fait passer un peu des messages ou des caricatures pour se moquer de la famille dans laquelle on est. Mais tout en restant tendre, évidemment. Tendrement critique. Voilà, il y a eu ça, j'ai fait ça à un moment donné. Et avec, rétrospectivement, je me dis, mais en fait, oui, finalement, faire de la mise en scène, rassembler des gens, écrire. Jouer de la musique, c'était déjà là, à un niveau très enfantin. Oui, oui, c'est ça, bien sûr. C'était déjà là. Et je me souviens même, l'été, quand on partait dans une maison de campagne, j'avais toujours l'envie de rassembler tous les copains et les copines et de faire des spectacles. Je fabriquais des spectacles dans une cave, on avait une très grande cave, très jolie, on se réunissait et on faisait des spectacles. Je me rends compte en fait que, presque, j'allais dire que j'ai fait ça tout le temps. à des niveaux différents, avec des histoires différentes, mais c'est une... C'est quand même fascinant,
- Speaker #0
parce que là aujourd'hui, vous mettez en scène des opéras. Je veux dire, ça n'arrive pas comme ça, le matin on ne se réveille pas, on se dit « Tiens, je vais mettre en scène un opéra ! »
- Speaker #1
Il y a la formation, alors si je fais le parcours, d'abord acteur, puis ensuite metteur en scène de compagnie, avec mes coéquipiers, on fonde une compagnie, on va chercher des subventions, on développe cet outil de travail qu'est la compagnie. Puis à un moment donné, le ministère repère le travail et dit « Mais vous ne voudriez pas diriger un théâtre ? Ça ne vous intéresse pas ? » Et puis bon, voilà. Et puis on va voir, je me souviens, puisque j'ai rencontré le ministère à ce moment-là, j'ai dit « Ben non, non, ça, ça ne m'intéresse pas. En revanche, peut-être ça plus tard. » Et donc j'ai été candidat, puis retenu, puis etc. Et puis il y a le moment assez important où on sent que j'ai des intuitions sur la mise en scène, sur le jeu, etc. Mais pas suffisamment de formation. Et donc, je décide de passer le conservatoire de Paris, mais là, je dois avoir une petite... Je dois avoir pas tout à fait 30 ans. Et là, je décide de faire la formation à la mise en scène, la formation continue. Mais j'avais déjà dans les pattes 10 ans de mise en scène, j'allais dire empirique, avec mes coéquipiers de l'époque. Et là, je pars au Festival d'Aix-en-Provence avec Patrice Chéreau. Je fais un stage avec Bob Wilson, Peter Stein. Donc, je rencontre des très grands metteurs en scène. Elle est là qui me secoue, avec lesquelles j'apprends énormément. Et donc, je me mets à développer ce côté mise en scène et particulièrement de l'opéra. Et j'alterne création d'opéra et création de théâtre. Mais j'allais dire, je ne sais faire que ça depuis l'âge de 4 ans. Et quand je dis je ne sais faire, ça ne veut pas dire que quand je fais un nouveau projet, je sais. J'oublie tout et je recommence à zéro. On recommence au début. et aussi parce que il y a des grands sujets qui me préoccupent, notamment la question de la justice et de l'injustice je ne sais pas pourquoi mais ça me et c'est vrai que souvent d'ailleurs dans les spectacles qui ont marqué parce qu'évidemment dans les je ne sais pas la petite cinquantaine de spectacles que j'ai dû mettre en scène d'un tout petit spectacle avec un acteur deux acteurs à un plus grand spectacle avec une vingtaine d'acteurs ... Et après de l'opéra, il y a toujours eu des sujets comme ça très importants, des thématiques qui ont été importantes pour moi et que j'ai voulu mettre à l'œuvre. Alors c'est vrai que faire de la mise en scène, c'est évidemment, il faut rester modeste parce qu'on peut réussir. un spectacle, et puis on peut en rater un autre. Et il y a des spectacles, je sais, qui sont des marches pour aller vers un autre. Dans un parcours, c'est normal. On ne fait pas que des spectacles extraordinaires. Il y a des étapes, il y a des spectacles où on se dit « Tiens, je suis allé au bout de quelque chose, et ce spectacle m'a servi à passer une étape, à dépasser soit un style, soit un tic de mise en scène, et puis un souci de l'autocritique, et d'entendre les critiques. » des gens qui appréhensent et de se dire, quand même, quand tu fais ça... Il y a aussi, j'ai appris en travaillant.
- Speaker #0
Mais alors, ça semble tellement différent d'être à la fois metteur en scène et en même temps, diriger des grandes institutions culturelles. L'Opéra de Lyon, j'imagine que... C'est un symbole de quelque chose de fort dans un parcours professionnel.
- Speaker #1
C'est inattendu. Moi, je ne m'attendais pas du tout à diriger un opéra dans ma vie. En fait, je venais de faire dix années à la Comédie de Valence. Le bilan de ces dix années de Valence était excellent sur le plan de la gestion financière, et évidemment sur le plan artistique. La pépinière d'artiste était devenue une pépinière européenne. Et j'avais vraiment, voilà, on avait, enfin je dis je, mais on avait le projet que j'ai conduit à Valence avec toutes les équipes. avait un très très bon bilan et donc il s'est trouvé que l'Opéra de Lyon était... il y avait un appel à candidature et qu'on m'a dit mais pourquoi tu n'es pas candidat ? Je dois dire que j'ai pris un long moment avant de dire oui et puis d'ailleurs au début je me suis dit bah non quand même ça non bah oui quelles sont mes forces, quels sont mes points faibles ? J'ai rencontré deux ou trois directeurs d'opéra qui m'ont conseillé et puis je me suis lancé dans l'aventure. Et les politiques m'ont choisi, non sans peur, non sans... Mais c'est vrai, je me souviens.
- Speaker #0
C'est forcément un pari. Oui,
- Speaker #1
exactement. L'audace. Comment ça va se passer ? Voilà. Moi-même, d'ailleurs. Alors, je connaissais l'opéra parce que pendant ces dix années de Valence et un peu avant, j'avais mis en scène à peu près une vingtaine d'opéras. Donc, j'avais travaillé dans pas mal d'institutions françaises et européennes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, j'avais une connaissance de... du fonctionnement de la production d'un opéra, pas forcément de la gestion d'un opéra. Même si j'étais confronté, dans chaque opéra où j'allais, à des problématiques de fonctionnement et de règles.
- Speaker #0
Il y a la structure,
- Speaker #1
il y a un ballet, il y a un orchestre, il y a un chœur, il y a une maîtrise, il y a une structure administrative, technique très importante, il y a 360 salariés, il y a 147 métiers différents. La comédie de Valence, c'était 35 salariés. Donc, c'est quasiment 10 fois plus. Et en plus, je suis arrivé avec le Covid. Bon, voilà. Et donc, c'est vrai qu'au moment du jury, je me souviendrai toujours de Gérard Collomb me demandant « Mais vous n'avez pas peur ? » Et j'ai dit deux choses.
- Speaker #0
Très bonne question. Je crois que j'avais posé la même question.
- Speaker #1
Mais vous n'avez pas peur. Parce qu'ils avaient l'air intéressés par le projet. Mais voilà. Vous n'avez pas peur. Et moi, je leur ai dit « Écoutez, J'ai une formation d'acteur, oui, en coulisses je peux avoir peur, mais une fois que je suis en scène, j'ai plus peur. Première chose, et j'ai retourné en disant, mais est-ce que c'est pas vous qui avez peur ? Et ne sommes-nous pas dans la ville dans laquelle le pape a dit n'ayez pas peur ? Donc on s'est amusé autour de ça, on a ri, mais surtout je pense que la question c'est l'énergie, c'est l'engagement dont vous parliez au début, l'engagement auprès des équipes, l'engagement... sur le territoire et de passer, je crois que je passe ma vie à ce que cette opéra se développe et soit un bel outil de démocratisation culturelle, un bel outil d'audace artistique et un bel outil de service public de l'art et de la culture pour tous les habitants.
- Speaker #0
C'est intéressant ce que vous nous dites parce que finalement, vous venez de nous décrire ce que beaucoup de femmes disent. lorsqu'elles hésitent à prendre des postes à plus grande responsabilité que celles qu'elles occupent en ce moment, c'est cette notion de peur, de peur de ne pas être au niveau, de peur de ne pas réussir. En fait, ce que vous me dites, c'est que tout le monde le ressent, ça, à partir du moment où on change d'échelle.
- Speaker #1
Absolument, mais je pense que... Et d'ailleurs, moi, là, récemment, j'avais une directrice générale adjointe formidable qui a quitté l'Opéra pour occuper un poste très important à la préfecture du Rhône. Et c'était aussi important pour moi. Euh... Alors...
- Speaker #0
Vous allez me dire, j'avais vraiment envie d'avoir une co-directrice, plutôt une femme. Et dans les 48 candidatures, dans les dernières, j'avais trois femmes extrêmement formidables. Donc je pense qu'effectivement, et puis qu'ils n'avaient pas peur. Oui, c'est ça. Et qu'ils ne le montraient pas. Non, mais je veux dire, sur les deux, il y en a une que j'ai retenue, qui est vraiment quelqu'un qui a un parcours, un beau parcours. Festival d'Aix, Opéra de Rouen, Théâtre de la Monnaie à Bruxelles qui va me rejoindre le 1er septembre. Et puis deux autres femmes qui n'étaient pas encore dans ce poste. Et j'ai gardé des contacts avec ces deux femmes pour leur dire non, non, mais il faut continuer. Vraiment, vos candidatures étaient excellentes. J'ai fait un choix qui est celui-là, mais vraiment, il faut poursuivre. Et j'ai encore des discussions de temps en temps. Il y en a une autre qui m'a appelé il n'y a pas longtemps pour un autre poste. Elle m'a demandé qu'est-ce que tu penses. Je les encourage parce que je pense que vraiment, il y a de grandes qualités. Il ne faut pas avoir peur, même si la marche est un peu haute. Il faut oser parce que les hommes, eux, osent. Et parfois, osent avec, excusez-moi de le dire, parfois avec un bagage comme ça qui, sur le papier, n'est pas aussi haut niveau. Mais ils osent. Donc il faut que les femmes osent.
- Speaker #1
C'est la question que j'allais vous poser, c'est quel conseil vous pourriez donner aux femmes qui nous regardent et qui se disent, c'est vrai que moi j'aurais toujours eu envie d'aller dans une filière culturelle, mais j'ai l'impression que c'est trop élitiste, que j'y arriverais pas, que la marche est beaucoup trop haute.
- Speaker #0
Vraiment, je dirais, en plus, là il y a un renouvellement. On voit par exemple à la Direction Générale des Opéras, en l'espace de deux ans, il y a eu la nomination d'à peu près quatre femmes, cinq femmes, et peut-être encore... D'autres bientôt. Donc on est dans un mouvement vraiment de reconsidération de l'égalité professionnelle, de la parité à la direction des opéras, des structures culturelles. Il y a vraiment un mouvement. On est loin du compte, mais c'est en route. De même, les metteuses en scène, c'est aussi en route. Là, il y a le travail à faire sur les chefs d'orchestre. Il y a un travail à faire sur les compositrices. Voilà. Mais ça, c'est... Voilà. C'est en route, mais il va falloir accélérer un peu, là.
- Speaker #1
Donc ça veut dire qu'il faut se former, même faire de la formation continue, aller à l'opéra, évidemment.
- Speaker #0
Bien sûr. Après, c'est vrai qu'il y a aussi la question de l'environnement personnel, c'est-à-dire la question des enfants, la question de l'équilibre avec le conjoint. Toutes ces questions à régler au sein de la cellule familiale. Mais moi, je vois ma directrice générale adjointe, c'était très clair. elle a vraiment donné les moyens d'assumer ce poste et aujourd'hui elle occupe un poste encore plus important donc pour dire que c'est une chose qui est absolument possible mais il faut sans relâche aller de l'avant et favoriser ce genre de possibilités et puis il faut vraiment oser il faut vraiment oser Dernière question de l'émission,
- Speaker #1
Richard, vous la connaissez ... Si vous aviez une baguette magique, vous, quelle mesure vous prendriez pour que les femmes soient plus présentes, plus visibles dans l'espace public, dans le débat public demain ?
- Speaker #0
Je pense qu'il faudrait, si j'avais une baguette magique, je pense qu'il faut, alors c'est déjà à l'œuvre, mais il faut continuer, agir à l'endroit de l'éducation. Voilà, c'est-à-dire très tôt, très tôt pour qu'il n'y ait pas de... catégories ou d'assignations, hommes ou femmes d'ailleurs, dans tel ou tel registre ou dans tel ou tel domaine, de manière à ce que la liberté de choix ou en tout cas de l'intention puisse être naturelle et pas de se dire, ah ben non, moi au fond, je pourrais dire, comme candidat à l'Opéra de Lyon, j'étais un outsider. Voilà, j'avais autour de moi. que des directeurs d'opéra qui avaient déjà dirigé un opéra. J'étais le seul qui n'avait pas dirigé d'opéra. Et j'ai osé, d'abord. Et voilà, c'est ce qui s'est passé. Mais je dirais ça, il faut vraiment travailler sur l'éducation. Et puis l'autre chose, permettre aussi aux structures collectives... comme les ballets, comme les orchestres, comme les choeurs, et bien aussi de faire un travail de l'intérieur pour... admettre que la place des femmes soit la plus importante. Il y a beaucoup d'endroits dans des orchestres internationaux où il y a quand même un peu de machisme à l'intérieur des orchestres. Alors, il y a une féminisation des orchestres, mais la place du chef, vous voyez ce que je veux dire ? Là, il y a quelque chose à faire. Donc là, s'il y avait une baguette magique, je transformerais de l'intérieur. Alors finalement, des structures de la société ou des collectifs de la société. Pour que... Voilà, après... Je dirais, si j'avais une baguette magique, j'aimerais bien qu'on ait une présidente de la République. Alors, pas celle que tout le monde nous promet, si je puis dire. Mais vraiment que le principe des femmes en politique soit aussi une évidence. C'est très important.
- Speaker #1
Tout à fait. Richard, merci beaucoup d'être partagé ce premier Café des Lyon de la saison. On est ravis de vous avoir donné la parole et d'avoir eu votre regard sur la place des femmes dans la société d'aujourd'hui. On ira voir l'excellente programmation de l'Opéra de Lyon.
- Speaker #0
Dans laquelle, on fait une belle place aux femmes, d'ailleurs, chorégraphes, metteuses en scène dans la saison prochaine et les saisons à venir.
- Speaker #1
Je suis certaine que nous nous accueillerons les Lyon bientôt à l'Opéra de Lyon. Je vous remercie d'avoir suivi cette émission et moi, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un prochain Café des Lyon. Bonne semaine.