- Speaker #0
Je vais juste faire une petite introduction à ce séminaire. A la demande d'Alain Sarfati, qui est le directeur provisoire de l'INSEAC, qui s'excuse de ne pas pouvoir être présent, il m'a demandé d'introduire ce séminaire. que nous lançons, je l'ai dit au tout début de l'après-midi, c'est un séminaire particulier parce qu'il est sur une dimension, on lance aussi un ciné-club donc on est ravis de pouvoir le faire sur le thème de la jeunesse. C'est le sens que ça avait de pouvoir l'inscrire dans le cadre des séminaires de l'INSEC. Cette séance du séminaire de recherche de l'INSEC s'inscrit dans une réflexion centrale de l'éducation artistique et culturelle contemporaine. Il s'agit de s'interroger comment penser et outiller les conditions d'une véritable formation citoyenne des jeunes à l'articulation entre recherche, pratiques artistiques et dispositifs territoriaux de participation démocratique. Le choix d'inviter Joël Bordet et Philippe Lasserie répond donc à cette ambition scientifique. Il repose sur la volonté d'interroger non seulement les finalités de la citoyenneté, mais aussi les conditions concrètes de sa mise en œuvre, à travers des dispositifs d'écoute, de parole et de médiation, conçus avec et pour les jeunes. Le documentaire que nous venons de voir l'illustre parfaitement. Psychosociologue Joël Bordet développe depuis de nombreuses années les ateliers de pensée critique. auprès d'adolescentes et d'adolescents, notamment dans des contextes territoriaux et sociaux très divers, avec une focalisation sur les quartiers populaires, dits populaires. Ces ateliers ne visent pas à transmettre un discours normatif sur la citoyenneté, mais à créer les conditions d'une élaboration collective à partir des expériences vécues, des conflits de normes et des tensions démocratiques que les jeunes traversent. La citoyenneté y est pensée comme un processus et non comme un état acquis. Donc merci à Philippe d'avoir réalisé ce film et de nous donner l'opportunité de le découvrir ou de le redécouvrir. Ce documentaire constitue un objet particulièrement précieux pour la recherche. Il ne se contente pas de rendre visibles les ateliers, il interroge les conditions de sa mise en récit audiovisuel de cette parole juvénile que nous avons entendue. La place du dispositif filmique dans l'accompagnement des processus réflexifs et le rôle du cinéma comme médiation entre expérience individuelle, débat collectif et espace public. Donc, je le disais, nous sommes, je remercie aussi Manuel Neves d'avoir accepté cette mission un peu au pied levé. Il représente là aujourd'hui le... le Conseil citoyen de Guingampap à l'agglomération, et à travers ce projet de Ciné-Club, nous avons voulu aujourd'hui mettre en lumière cette prise de parole adolescente, la construction de la pensée critique et de l'engagement citoyen à l'échelle d'un territoire, dans une logique d'accessibilité culturelle et de participation démocratique. Le choix de ce séminaire, puis de cette séance du nouveau Cineclub, s'inscrit ainsi dans une continuité assumée entre recherche académique, création artistique et action territoriale. Le dispositif que nous avons appelé la toile citoyenne est soutenu dans le cadre du programme européen LEADER. Ce projet vise explicitement à faire du cinéma un outil de débat public. La modération de cette rencontre est donc assurée par Manuel, en tant que membre du conseil citoyen de Guingamp-Apalloc-Lumération. Son rôle est à ce titre pleinement structurant. En tant qu'acteur engagé de la démocratie participative locale, il incarne le lien entre le dynamique de recherche, les enjeux territoriaux et les formes concrètes d'animation du débat citoyen. Donc, encore une fois, merci à tous les trois et surtout à Philippe et à Joël d'avoir accepté cette invitation pour partager un peu à la fois ce documentaire et les paroles et les débats qu'il ne manquera pas de susciter.
- Speaker #1
et merci à Emmanuel d'avoir accepté ce nouveau c'était un petit peu la casquette du conseil citoyen c'est un plaisir surtout un privilège moi j'ai une première question qui pour moi invite à une belle histoire qui est comment est-ce que vous en êtes venu à faire ce documentaire
- Speaker #2
Par mon dentiste.
- Speaker #0
Voilà, c'est pour ça que j'ai invité à l'histoire, parce que j'aime bien cette histoire.
- Speaker #2
En fait, j'avais un dentiste, parce que maintenant il était à la retraite, qui connaissait mon travail, qui connaissait mon intérêt pour le documentaire. l'adolescence des quartiers. Et il avait une autre patiente à qui il m'a demandé est-ce que je peux lui montrer votre film que vous avez fait sur le site Instagram ? stade à Aubervilliers. Je lui ai dit oui bien sûr. Donc je lui ai envoyé le lien et puis un tout petit peu de temps après il m'a dit est-ce que je peux donner votre numéro de téléphone à cette dame ? Je lui ai dit oui bien sûr et puis il y a Joël Bordet qui m'a appelé. Donc le dentiste excellait dans l'art dentaire mais aussi dans la mise en lien puisque il a fait une belle rencontre. On s'est rencontré avec Joël à Place de la Nation dans un café et elle m'a raconté ce qu'elle faisait. Une partie des choses qu'on voit dans ce film, c'est une partie, mais en tout cas, ce qui m'a particulièrement accroché dans... Dans son travail, c'est ces ateliers de la pensée éthique critique qui coordonnaient un certain nombre de préoccupations personnelles. Le rapport à... à la banlieue, à la banlieue qu'on dit difficile, et le rapport à une forme de pédagogie. Comme je vous ai dit, je suis en partie pédagogue, et le travail qu'elle fait était exotique pour moi, dans le sens où ça prolongeait des réflexions, ça prolonge toujours des réflexions que j'ai sur mon travail, avec pas du tout le même public mais finalement comment dire, aller à l'intérieur de quelqu'un, essayer de lui permettre de se découvrir, de trouver ce qui fait sens pour lui, ce qui fait penser pour lui, c'est ce qui nous rejoint. Donc, on est allé un peu plus loin, on s'est revus. Elle m'a fait lire des textes que... qu'elle avait écrit sur les ateliers de la pensée critique. Et puis on a vu des ateliers... Je suis venu assister à des ateliers à Corbeil-Essonne. Et la question après était de se poser comment on pouvait filmer ça, comment une caméra pouvait s'introduire dans ce travail qui est si intime. Et là, il a fallu à Joël... Un moment à la fois de confiance et de vertige en se disant oui c'est possible. Et à partir de ce moment là on a essayé de filmer pour voir ce que ça donnait. Et ça a donné des résultats inattendus d'une certaine manière pour elle plus que pour moi, pour moi ailleurs, en tout cas par rapport à l'intrusion d'une caméra à l'intérieur de ses ateliers. étant donné que ces adolescents sont... sont toujours avec l'image en fait. Au lieu de les mettre en représentation, ça les a mis en concentration. Et c'est ça qui était étonnant pour Joël, qui vous en parlera après certainement. Donc en fait, il fallait être discret, mais en fait, ils étaient prédisposés à ça. Et donc ça s'est plutôt très bien passé.
- Speaker #3
Oui, mais j'ai envie de dire, ça s'est bien passé aussi grâce à la discrétion de Philippe.
- Speaker #1
Philippe leur disait un truc,
- Speaker #3
si vous regardez à la caméra, vous ne serez pas dans le film. alors du coup c'est vrai tu leur disais si tu peux regarder la caméra vous ne serez pas dans le film alors du coup ils oubliaient ça contribuait à oublier la caméra mais je dois dire aussi que Philippe a une façon de filmer parce que là il y a des très gros plans quand même mais en fait on ne voyait pas la caméra et il y a la caméra et il y a l'ingénieur du son et c'est vrai que le couple que vous avez fait tous les deux moi j'ai trouvé ça extraordinaire cette façon de pouvoir être là tout en s'effaçant, ce qui est à peu près mon inverse, il faut le dire ça je ne sais pas faire c'est vrai, de ce point de vue là nous n'avons pas les mêmes personnalités et on fait aussi ce qu'on sait faire et donc je crois que Philippe il a cette grande capacité et il y a aussi qu'il a un rapport à la caméra Comme objet, comme... Enfin ça, si vous pourrez en parler, il faut mieux que moi. Qui d'une certaine façon est un tiers avec la scène du réel. Et du coup, lui, il est un tiers. Et ça, ils l'ont tout de suite perçu. Alors à la fin, on a fait une grande séance à Courbeil. Malheureusement, cette municipalité n'a pas été réélue. Donc c'est un film historique. Et c'est le système d'assaut, qui est quand même un bon système mafieux, qui a repris la ville. C'est vrai, beaucoup à dire. Et c'est toujours émouvant parce que tout d'un coup je me dis mais c'est fini, on n'est plus dans le même monde. Et cette question du tiers c'est important pour les jeunes. C'est-à-dire en fait ils ont compris qu'on n'était pas là pour les juger, on n'était pas là pour les noter, mais on était là pour être là. Et du coup beaucoup des professionnels qui étaient là étaient déjà dans cette position-là, ou en tout cas étaient capables de la prendre. Parce que s'il n'y avait eu que nous deux, ça ne marchait pas. Et juste en réaction à ce que disait Philippe, c'est vrai que moi je me disais, mais je ne suis pas de la même génération, je me disais, oh là là, puis d'ailleurs moi j'ai eu peur d'être vu à l'écran quand même, tout le temps. passer à l'écran, alors là franchement et qu'on me voit travailler, il y a combien de psychosociologues qui acceptent d'être filmés et projetés sur un écran comme ça j'ai fait une réunion avec les psychosociaux ils l'ont dit ils ont dit mais ça c'est du cran parce que être filmé en train de travailler et que ce soit projeté à l'extérieur dans les scènes on sait bien qu'on travaille quand même entre l'intimité et le public moi j'ai eu peur je peux vous dire j'ai eu peur tout le temps Philippe a eu quelques capacités de réassurance. On pourra en parler. Mais en tout cas, c'est sûr que... Et eux, ils n'avaient pas peur. Alors, ils avaient une peur, qu'ils ont dit, parce qu'à la fin, ça a été présenté à Corbeil, à tout le monde, dont le maire qui était là. Là, pour le coup, il y avait les élus, les cadres, etc. Et il y a une gamine, les jeunes ont pris la parole, ils étaient tous là, et il y en a une qui dit « Oh ben dis-donc, je ne pensais pas du tout que ça irait jusqu'au bout. » Puis il dit « Oh ben, vous avez vu, j'ai changé de coiffure entre-temps. » Voilà, donc il l'avait intériorisé quand même, mais avec un défi quoi. Ils sont vraiment capables de faire un film de nous ? Non. Il y avait de ça. C'était quand même une aventure à plusieurs registres, dont les élus. Parce qu'on a un élu, prendre le risque d'avoir des oseaux comme nous là, qui vont aller filmer avec la parole le plus libre possible, mais penser des jeunes en sachant que ça va aller à l'extérieur. Je ne dis pas que ça a contribué à leur défaite, je ne le pense pas, j'espère que non, mais quand même, il y en a combien d'élus aujourd'hui, des villes populaires, qui vont réellement donner la parole aux jeunes et prendre le risque que cette parole soit devenue publique ? Parce que ça allait passer sur France 3 quand même, ils le savaient. Moi, je pense quand même que ce n'est pas rien. C'est un risque d'un élu pour la jeunesse. Et on peut avoir une pensée pour Bruno Pierriou, qui a été... Le premier conseil municipal a été horrible. Et il a été ramené par la police chez lui avec la bague devant et la bague derrière. On arrive à des violences, mais voilà. Donc la prise de risque des élus municipaux, de tous les professionnels... Tous les professionnels, même si maintenant ils insultent le maire, enfin bon je ne vous raconterai pas les salades parce que c'est trop... Mais je veux dire, le risque qu'ils ont pris en faisant ces ateliers, il est aussi fort que le nôtre, je peux vous le dire. Parce qu'eux en plus, les jeunes et tout ça, ils se les revoient tous les jours. Enfin voilà, moi j'ai toujours beaucoup de...
- Speaker #1
C'est intéressant d'entendre parler de cette question du risque sur le plan politique, d'autant que nous avons quelques acteurs parmi nous. moi ce qui m'a beaucoup interpellé sur ce documentaire c'est cette capacité à filmer la pensée en train de se faire en fait et je le vois mais je n'arrive pas à saisir la technique qu'il y a derrière cette on va y arriver Il faut lui donner un peu de temps. Il faut que j'éteigne le bien. Mais tout à l'heure, ça marchait bien.
- Speaker #2
Il y a une technique d'enfer. Non, il n'y a pas de technique du tout. Il y a une technique, c'est ce qu'a dit Joël en fait, la capacité à être transparent déjà, arriver à être transparent. Alors on était dans des toutes petites salles, ça se voit peut-être pas obligatoirement, mais j'avais du mal à passer derrière les chaises la plupart du temps. Donc il ne fallait surtout pas briser le cercle que Joël avait mis en place parce que sinon je n'étais plus tiers comme elle dit mais j'étais agissant, ce n'était pas ce qu'il fallait. Donc voilà, il fallait se débrouiller. J'étais au cadre parce que j'adore ça, mais aussi parce qu'il était impossible qu'on soit une personne de plus dans l'équipe. Et d'autre part... Ce qui était très compliqué aussi, c'est que quand je prenais un cadre, par exemple de profil, évidemment il y avait souvent un adolescent qui arrivait dans le cadre, qui le bouchait, donc il fallait que je me déplace, donc je ne tenais pas ce que je voulais. Donc c'était d'autant plus compliqué. Ça se joue au tournage et au montage. Au tournage, c'est vraiment l'écoute de ce qui va advenir, sans savoir ce qui va advenir, puisque de toute façon, j'étais obligé d'improviser en permanence. Et au montage, j'avais une matière, et c'est là que ça s'est joué, en fait. Précisément, je... Je savais ce que je voulais obtenir, je voulais en effet obtenir ces corps qui pensent, en silence ou pas. Donc il fallait arriver à raconter l'histoire et c'est à partir de ce moment-là que mon travail de scénariste entre en jeu. Je me suis dit que le plus simple, c'était de raconter la pensée de Joël pour arriver à la pensée des jeunes. d'exposer son travail pédagogique dans les réunions qu'il y avait pour donner à voir ce que je voulais donner à voir et ce qui l'intéresse, c'est-à-dire comment ça se déplace pour eux, pour ces jeunes gens. pas que pour les jeunes gens d'ailleurs pour les professionnels aussi ça se déplace et donc le fait de de montrer la réflexion pédagogique qui se passait entre Joël et les professionnels donnait pour le spectateur à voir ce que j'avais envie qu'il voit en fait et c'est une manière de guider en fait et puis après il y a eu de la chance qu'il y ait ce jeune homme qui au début parle de femme comme de pute qui revient et qui a une évolution absolument magnifique dans le film ça c'est les chances du documentaire
- Speaker #3
Peut-être qu'il y a quelque chose qui m'a aussi marquée, parce que je ne l'attendais pas, c'est que je pense que c'est une écriture, le film de Philippe. Alors, peut-être que tous les documentaires sont écrits, moi je n'y connais rien. Enfin, il ne faut pas exagérer. je ne suis pas du tout spécialiste, mais il y a une écriture qui transcende le documentaire. C'est-à-dire, il y a quelque chose d'écrit. Et ce qui marque l'écriture, c'est son autorisation qu'il ne donne jamais, mais qu'il m'a donné. venez, mais il a aussi compris que s'il n'ouvrait pas un peu avec moi, ça allait être ou la fermeture ou la guerre donc en tout cas je ne pourrais pas supporter et il a accepté que je vienne voir les rushs j'ai pas accepté
- Speaker #2
J'ai proposé, c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de pression de la part de Joël. C'est-à-dire que j'ai anticipé peut-être la guerre qu'elle annonçait, mais qu'elle n'annonçait pas en fait, du tout.
- Speaker #3
Et j'avais envie aussi de profiter de l'expérience. Et comme moi, je ne me vois pas faire. Et que je ne vois pas non plus le processus. Je l'entends, mais je ne le vois pas. Et je me suis dit, j'aimerais vraiment... Vraiment aller voir la controverse sur l'humiliation. J'en ai un autre que j'aimerais voir, mais un jour je vais l'embêter, j'espère que j'irai. C'est les valeurs. Parce que, en fait, quand on est psychosociologue, quand on est professionnel, quand on est dans l'action, on retient des choses. Moi je pense aussi qu'encore plus les psychosociologues, on doit vraiment tisser le fil de ce qu'on fait en permanence pour pouvoir être dans cette façon de penser où on ouvre à la circulation de la pensée, mais aussi pour nous-mêmes. l'interprétation et en particulier de ce que j'appelle le contre-transfert. C'est-à-dire en fait, qu'est-ce que ça nous fait à nous qu'on fait qu'on va réagir comme ça ? On est des psychosociologues, ce n'est pas la même chose qu'animateur ou éducateur. On a, nous, ce travail à faire, un peu comme un psychanalyste, sur le contre-transfert. Et donc je me suis dit, tiens, c'est l'occasion de voir comment ça se passe. Et donc, j'ai été voir la controverse, les rushs sur l'humiliation. Et en rentrant à la maison, tout de suite, j'ai écrit un article que j'ai envoyé à Philippe. Et c'est là que Philippe...
- Speaker #2
Et en fait, il s'est passé quelque chose de très curieux, c'est-à-dire, je ne sais pas quelle intuition, puisqu'il s'agit d'intuition, comme la technique c'est une sorte d'intuition, comme ça, je ne sais pas quelle intuition m'est venue de lui dire, viens donc voir les rushs. Les rushs c'est quand même quelque chose de très très ingrat, dans le sens où on filme, on décadre, la caméra part dans tous les sens et puis elle revient, etc. Donc je me mettais à nu face à Joël dans... dans mon travail et en fait elle a réagi en m'envoyant ce texte donc elle a été très plus qu'émue en voyant les rushs puisque en effet pour la première fois elle voyait quelqu'un qui voyait son travail et qui le lui montrait en fait et donc ça lui a provoqué une écriture et cette écriture je lui ai dit on va le mettre dans le film donc en fait on s'est mis à Merci. Travailler ensemble, en fait. Oui, monsieur ?
- Speaker #4
Terminer, c'était pour dire que j'avais une question à poser après.
- Speaker #2
Voilà, et en fait, un jour, je lui ai dit ce texte. On va le filmer, tu vas le dire, on va le filmer, et il prendra une place prépondérante. Donc, en fait, pour arriver à entrer dans la pensée des jeunes, il fallait que j'entre dans la pensée de Joël. Je m'y suis pris.
- Speaker #0
Juste avant de te donner la parole Romain, c'est justement pour te présenter, que chaque personne qui prenne la parole. Non mais Philippe ne connaît pas, donc je veux bien que tu te présentes avant, et ça vaut pour tout le monde.
- Speaker #4
Oui, bien sûr Laurent, c'est vrai qu'on l'a fait tout à l'heure, mais effectivement, Romain Roland, je suis le directeur général des services de l'agglomération Guingamp-Pimpol, je suis ancien élu, comme Bruno Périou, j'ai été battu aux élections municipales dernière, et puis je suis actuellement auditeur du cycle des hautes études pour la culture auprès du ministère de la culture. Et justement, je voulais rebondir sur votre propos, sur l'écriture du documentaire d'une certaine façon, puisque moi, c'est peut-être ce qui m'a perdu. Alors j'ai trouvé réellement intéressant le film documentaire, réellement, sur beaucoup de sujets, mais du coup j'en ai plein. Et par exemple, je ne sais pas si le film raconte les ateliers. comment ça se passe avec, finalement, le processus. Je ne sais pas s'il raconte les sujets de fond, le sujet de fond que j'ai cru percevoir, vous venez de l'évoquer, sur l'humiliation et les processus d'humiliation. Je ne sais pas s'il raconte les sujets... de débats que les jeunes mettent en débat et qui ont eux-mêmes leur propre valeur ou vertu ou des sujets sous-jacents, vous l'avez évoqué à l'instant par exemple le fait qu'il y ait les élus, est-ce que ça raconte quelque chose aussi et je suis allé voir pareil quel avait été le sort électoral de Bruno Piriot et donc moi je trouve que c'est autant de sujets qui sont réellement intéressants mais du coup j'ai plutôt dans le film été perdu parce que je ne sais pas quel était le principal fil conducteur. mais j'ai aimé l'ensemble des fils.
- Speaker #2
Je comprends ce que vous voulez dire. En effet, quand on bâtit un film, il y a toujours un sujet qui doit être sous-sujet, d'une certaine manière. Et la complication, c'est d'arriver à tricoter ça suffisamment pour en faire un sujet. Il me semble, en tout cas pour ma part, il y a le sujet objectif et le sujet plus subjectif. Je dirais que le sujet objectif c'est qu'est-ce que ça produit ? De se tourner et d'écouter des adolescents des quartiers populaires, ça serait le sujet objectif. Et ce qui m'a intéressé le plus, et c'est pour ça que j'ai voulu tourner ce film, c'est comment on écoute l'autre et comment on arrive, par son écoute, à le rendre digne. Il me semble que... Alors peut-être que ça ne se voit pas assez, j'en suis désolé, mais c'est vraiment ça ce que je voulais faire.
- Speaker #3
J'aimerais dire quelque chose sur le fait aussi que j'ai accepté de travailler avec Philippe, parce que j'ai entendu cette subjectivité. Et le respect qu'il avait pour moi, mais qu'il aurait... D'abord, j'ai regardé le respect qu'il avait dans son film Tous ensemble à Aubervilliers. Parce qu'en fait, Philippe, il est parti habiter Aubervilliers, mais il n'est pas du tout d'Aubervilliers. Et il est parti faire du sport dans un city-stade et il s'est filmé dans cette rencontre avec les habitants d'Aubervilliers qui, eux, ne sont pas du tout de la même classe sociale, ni sont souvent des gens de vie post-coloniale, post-ouvrière, prendre les propos de la psychosociologue et quand je l'ai vu faire ça je me suis dit là respect quoi et ça a été quand même pour moi la porte d'entrée parce qu'il n'était pas question que j'accepte de travailler avec quelqu'un ou dans le surplomb ou dans le jugement ou dans je sais déjà Donc là, je me suis dit, il a une position, qui est une position proche pour moi des anthropologues, je peux faire avec. Après, je ne savais pas tout. Et l'autre chose qui me tient beaucoup à cœur, et que Philippe ne porte pas de la même façon, mais le porte parce qu'il le fait, et parce qu'il est, je trouve, c'est la circulation. Et je pense que ce que j'ai appris avec les psychanalystes de l'adolescence, c'est que l'adolescence, c'est d'abord des circulations. C'est-à-dire qu'il n'y a pas forcément d'objets. Et de les ramener tout le temps à des objets, c'est les empêcher d'être dans le processus d'étonnement de l'adolescence. Disait Erickson, 1950, la crise d'identité à l'adolescence. Mais aussi Anna Rennes, c'est pas mal non plus, dans la crise de la culture. et dans d'autres. Donc réellement, moi je suis très attachée, j'ai fait des podcasts, vous pouvez l'écouter, il y en a 6 heures, vous n'êtes pas obligés de tout écouter, sur Carnet d'art, avec un ami d'ailleurs de Laurent qui s'appelle Antoine Guyot, où j'essaye d'explorer ce que c'est aujourd'hui de faire son adolescence. Et j'ai trouvé que Philippe avait cette résonance Parce que justement, il n'entrait pas dans un univers de démonstration ou dans un univers didactique de... d'un discours construit, mais il rentrait dans une circulation, ou dans des circulations, et on le voit bien quand on le présente à des gens, c'est que chacun n'accroche pas au même endroit. Mais quand même, à Corbeil, quand on a pris et l'a présenté, la première femme, il y avait beaucoup d'habitants, et la première femme qui a pris la parole, elle a dit, c'est un film qui me rend digne. Voilà. Moi, je peux vous dire, quand j'ai entendu ça, je me suis dit, chapeau. Parce que pourquoi l'humiliation ? Parce qu'effectivement, ce n'est pas le seul processus dans les quartiers populaires. Mais il est quand même sacrément prégnant. Et que cette atteinte à la dignité, elle nous vaut quand même beaucoup de violence actuelle. Liba Gayoko, je le connais depuis cinq ans. Depuis très longtemps, j'ai travaillé cinq ans avec lui. Comment on peut traiter cet homme-là, de cette façon-là, à la télévision française ? Mais je veux dire qu'il faut se rendre compte de la mesure. Alors, il n'y a pas que les jeunes de quartier populaire, ni que les Noirs, les Arabes qui sont maltraités en France. Mais le racisme est quand même une des composantes réelles que vivent tous les jours. Et là, ça a éclaté autour de Bali. Bali, il a la force à répondre à ça. Comme on dit, il en a vu d'autres. Mais cependant... Cependant. Et donc cette question de la dignité-humiliation, elle n'est pas par hasard. Il fallait aussi trouver un réalisateur qui s'engage dans cette pente démocratique qui n'est quand même pas si simple. A porter aujourd'hui, c'est une très belle rencontre. Souvent j'ai dit à Philippe, et c'est un cadeau de la vie, moi d'abord je ne connaissais pas de réalisateur, et ceux que je connaissais, il y avait, j'en pense à un que j'aime beaucoup, mais il ne peut pas se défaire de l'aspect exactement que vous dites. Il faut qu'il ait un objet pour qu'il puisse faire le film. Il ne peut pas se laisser emporter.
- Speaker #0
Philippe, c'est un artiste. Il y a quelque chose qui se laisse emporter. C'est vrai. C'est un créateur. Et moi, je ne voulais pas de quelqu'un parce que je pense qu'accompagner de l'adolescence, et c'est ce que j'ai envie aussi de promouvoir avec les professionnels, c'est qu'ils aient suffisamment de sûreté en eux-mêmes pour dire, ben oui, je ne sais pas. Mais c'est pas grave, je me rappelle une fois, c'était au moment où il y avait les... Non, j'en ai fait plein des ateliers, hein. Ça, c'était à Romainville. Et il y avait... C'était au moment de l'Afghanistan, et qu'ils voulaient rentrer, là, tous les gens étaient... Et il y a une gamine qui dit, ah oui, ils étaient sur les roues des avions. Ah oui. C'était où ? Flottement. Kaboul. Puis tout d'un coup, ils se disent, mais Kaboul, c'est où ? Personne ne savait des animatrices. On ne sait pas. Tu le dis. Je finis par le dire. L'Afghanistan. Mais on a cherché ensemble. Vous voyez, c'est quelque chose comme ça.
- Speaker #1
Et en fait, pour finir de répondre à votre question, et pour... Je vais continuer ce que dit Joël. En fait, mon souhait, c'est de donner des impressions. Après que ça se formalise en mots, très bien. Si ça ne se formalise pas en mots, ce n'est pas grave. Dans tous mes travaux documentaires... en tout cas sur cette question c'est toujours cette question de la dignité qui l'emporte et la dignité c'est un grand mot en même temps on peut en parler là mais ça ne peut pas se dire dans un film ça doit se ressentir
- Speaker #2
Je trouve ça super de pouvoir interagir comme ça avec la salle et donc j'invite toutes et tous à faire de même, à se saisir du micro et à prendre la parole. Moi ce que je voulais rebondir un petit peu sur cette notion de dignité et d'écoute. C'est quand même assez particulier dans ce cadre d'Aubervilliers par rapport à l'expérience du film que vous avez fait, que Joël a évoqué tout à l'heure. tous ensemble, mais aussi par rapport à celui-ci qu'on vient de voir. Moi, je ne peux pas m'empêcher de me projeter un petit peu sur ce territoire qui est guingamp-pompol-agglomération, mais aussi la Nyon-Trégoire communauté, mais aussi les Farmore communauté. En tout cas, ce territoire des Côtes d'Armor du Nord, qui est très particulier, qui est très soumis à un environnement rural, mais aussi à la fois à certaines zones urbaines en difficulté. je ne cesse d'essayer d'établir des points. ponts, et ma question va un peu à vous deux, quelque part, à la psychosociologue, mais aussi aux comédiens, mine de rien, scénaristes et réalisateurs, comment est-ce que vous, de votre côté, à distance, avec cette objectivité qui vous impose de cette distance, comment est-ce que vous arriverez à établir des ponts avec ce territoire rural et urbain à la fois ?
- Speaker #1
Mais c'est pas particulièrement avec ce territoire, moi je me circule dans tous les territoires, celui-là me touche particulièrement. Mais quand je travaille à la FEMIS avec des étudiants, j'en ai 6 par an, donc j'en ai 24 en tout, puisque c'est 4 ans. Ils viennent de tous les milieux. La question c'est de regarder l'autre, c'est pas de regarder l'autre par rapport à son étiquette sociale. Je dirais que, bon, évidemment, quand on fait, quand il y a une sorte d'éloignement social entre moi et l'autre, bien sûr, il faut aller chercher un peu plus. Mais je me dirais, je dirais qu'au fond, c'est la même chose. C'est comment parler à l'autre et comment, comment, comment s'entendre, comment s'écouter et comment aller plus loin que le vernis. Mouah !
- Speaker #0
Je vais vous montrer quelque chose d'un peu décalé parce que je viens quand même de vivre une expérience ici assez particulière. Je suis venue pour trois ciné-clubs où le premier il y avait cinq personnes et les deux autres il n'y avait personne. Alors on peut beaucoup discuter sur les problèmes d'organisation, mais on peut aussi le prendre comme un symptôme. C'est que quand même, ce n'est pas si simple de passer un film comme ça. Pour qu'il fasse sens, pour que les gens viennent. Et pourquoi ? Parce que je pense qu'on a vraiment des ruptures entre les jeunesses. Et qu'on a un travail démocratique à faire considérable parce que cette rupture, elle est largement utilisée. Je ne vais pas vous dire qu'il n'y a pas de vote RN aujourd'hui dans les quartiers populaires. Il y a du vote RN dans les quartiers populaires aujourd'hui, parce qu'il y a un désir de revanche. Et qu'il y a un désir de revanche en disant, nous, on est les immigrés légitimes, et puis les nouveaux immigrés, on n'en veut pas. Parce que le carton, il n'est pas pour tout le monde. Nous, on a fait l'effort, nos familles, elles ont construit la France. Ceux-là, on n'en veut pas. Donc je ne dirais pas du tout que le RN n'est pas... pas présent, mais il est aussi présent au milieu rural. J'ai fait assez d'entretiens au milieu rural pour savoir que les représentations des stéréotypes sur les jeunes des quartiers populaires urbains, elles sont sacrément puissantes. Le racisme dans les stades, le racisme dans les séjours de jeunes, et le nombre de fois où ces jeunesses n'ont jamais à se rencontrer. Et donc moi, j'étais férocement contre le service national universel, donc j'ai fait partie des collectifs de l'éducation populaire contre entre l'USNU, et j'avais proposé à l'époque, à la Ligue de l'enseignement et à la compagnie, au KRAJEP, de prendre l'argent de l'USNU pour faire des rencontres entre les jeunesses, en disant, si vous voulez faire de la démocratie, il faut travailler entre les jeunesses. Et je pense qu'un travail sur un territoire comme ça, vous avez en fait des jeunesses très différentes, parce que par contre, je me suis renseignée du territoire. Je n'ai quand même pas tout à fait perdu mon temps en deux jours, J'ai rencontré des gens charmants et intéressants qui m'ont expérimenté. expliquer le territoire. Et quand on a la chance d'avoir des internats aussi forts que vous avez, avec des gens qui viennent, de Mayotte, qui sont musulmans, qui sont en terre catholique comme vous êtes, je veux dire qu'il n'y a pas de travail à faire de la rencontre de l'autre, je n'y crois pas. Il y a un travail à faire de la rencontre de l'autre. Alors comment le construire ici, je n'en sais rien, je ne suis pas d'ici. Mais vous avez des internats qui sont hyper importants, vous avez des lycées agricoles, vous avez des lycées généraux, vous avez des lycées professionnels, vous avez certainement des amicales laïques, vous avez des structures de jeunesse. C'est quoi faire en France ? rencontrer des jeunesses. Pourquoi on ferait des ateliers de la pensée critique qu'avec des jeunes de Corbeil-Essonne ou de Gilles Millier ? Et pourquoi pas avec les bourgeois, là ? Moi, ce qui m'a le plus marquée, c'est un séminaire. Enfin, pas le plus, mais quand même, ça m'a marquée. C'est un séminaire que j'ai fait pendant... pendant une dizaine d'années, à l'école centrale, donc l'élite de la nation, avec des futurs très grands ingénieurs. Et c'était en dernière année. Et le séminaire, c'était Rencontre des jeunesses. Et là, je les amenais à traverser le périphérique pour aller rencontrer des animateurs et des jeunes de banlieue. Et je déconstruisais leurs stéréotypes pour qu'ils aient des vraies questions. Ils me détestaient. Ils passaient le périph, ils allaient voir pas n'importe quels animateurs, je peux vous dire. et puis après il les a dérivés et les animateurs venait à l'école centrale et les centraliens devait rendre compte de ce qu'ils avaient entendu aux animateurs des quartiers populaires j'ai fait ça dix ans c'était rigolo et c'est une petite revanche sociale quand même mais pas seulement et bien sûr 200 il y en avait vingt qui avaient traversé le périphérique pour aller au stade de France. Donc on est réellement dans un pays incroyablement morcelé. Et si on a effectivement une grande difficulté, je pense, de vision de nation dans la démocratie, c'est aussi qu'on est dans un morcellement et forcément ça construit nécessairement des stéréotypes. C'est-à-dire, nécessairement, on voit l'autre à travers ce qu'on en imagine et la peur de l'autre. Moi, j'ai vu des entretiens que j'ai fait en milieu rural à 40 km de Grenoble. Des gamins me dirent « Ah non, non, moi, je n'irai jamais au centre de Grenoble, c'est vraiment trop dangereux. » Ah, attends, voilà, on est à 40 km de Grenoble, quoi. Donc, je pense que réellement, le travail à faire, si on veut faire un travail démocratique, il commence et il se fait avec cette question de l'autre, quoi. Si l'autre fait peur, je peux vous dire, pour avoir travaillé en Israël-Palestine pendant 15 ans, je suis sûre que la construction du mur a contribué absolument à la situation d'aujourd'hui. Tout Israélien était absolument interdit d'aller en territoire palestinien. Avant, on passait en territoire palestinien. Mais bon, c'est vrai, il y a eu des attentats, 250 morts sur une place. La construction du mur, elle n'est pas venue de rien. Mais à partir du moment où il y a eu la construction du mur, il y a eu vraiment quand même l'interdiction de l'autre. Au mieux, les Palestiniens, ils venaient travailler dans les hôpitaux. Mais ils repartaient le soir en Palestine. Donc, je vous dis ça parce que, évidemment, l'exemple est un peu lourd. Mais c'est pourquoi j'anime un réseau international aujourd'hui. Exactement pour qu'il y ait cette altérité de l'autre. Et pour qu'il y ait cette altérité, il faut du tiers. Et un film comme ça, en fait, c'est un objet tiers. Et je vois bien, parce que maintenant c'est plusieurs fois que je le projette, et qu'il fait sens au sens où il fait travailler de l'autre. Voilà, je l'ai passé à des psychosociologues, à qui je l'ai passé dernièrement, ça fait vraiment un objet tiers. C'est-à-dire, on ne peut pas ne pas s'y projeter quelque part. On ne peut pas ne pas en prendre un fil. Et quel que soit le fil, du coup, ça nous renvoie à nous-mêmes. Vous voyez ? Moi, je ne vois pas pourquoi ici, ça ne serait pas possible de le faire. Alors, peut-être pas les mêmes ateliers, encore que, honnêtement, maintenant, vous avez vu le film, il y a cinq hypothèses. La première, c'est sur la question de la responsabilité de la parole. Si tu ne peux pas dire, j'ai dit, mais je n'ai pas dit, mais j'ai dit quand même. Et ça, c'est une question sur les réseaux sociaux. Voilà. Et ça, ça ne concerne pas que les jeunes des quartiers populaires postcoloniaux, post-ouvriers. Deuxième, les valeurs. Pareil. La troisième, c'est sur la question du géopolitique. Alors peut-être qu'il faut l'amener autrement. Parce que j'ai vu quand même beaucoup de jeunes de quartiers de milieu rural dire « le monde, moi, ça ne m'intéresse pas. Moi, je veux être bien chez moi » . Qu'est-ce qu'on fait de ça ? C'est peut-être une autre hypothèse de travail. Et la dernière, c'est la peur d'exister. Donc, il y a des points qui seraient communs, puis il y a peut-être d'autres hypothèses plus fortes, mais pour ça, il faudrait les écouter. Puis en les écoutant, de se dire, tiens, c'est quoi les hypothèses principales ? À partir de là, on peut faire des pédagogies, voyez ? Mais qu'on ne me dise pas qu'on ne peut pas faire d'atelier de la pensée critique avec tous les adolescents du monde. Je l'ai fait avec des Russes, avec... Et ça marche. Et ça marche parce que la question de l'autre intéresse les adolescents. C'est une des caractéristiques de l'adolescence, sauf s'ils sont vraiment très malades, ou trop sous addiction, l'autre n'existe plus. Mais sinon, c'est un âge de la curiosité de l'autre. Donc c'est vrai que, et j'ai trouvé que, moi j'avais envie d'écrire un article, avec Philippe s'il veut, si on peut, je ne sais rien, sur pourquoi un film peut être aussi un objet de transformation sociale. Parce que l'expérience qu'on a maintenant de l'utiliser dans différents contextes fait qu'à chaque fois, il ne se passe pas la même chose. Il n'est pas approprié de la même façon. Typiquement, la question que tu as posée, moi je vais être passée à Aubervilliers, jamais on ne va poser cette question-là.
- Speaker #2
En effet, c'est très intéressant. Et justement, tu m'ouvres une brèche sur cette notion de mise en scène de la citoyenneté. Je voulais vous demander à tous les deux, encore une fois, en quoi est-ce que la présence de la caméra et du micro a pu jouer sur le fait que les jeunes se sont investis dans un rôle citoyen ? davantage parce qu'il y avait cette caméra, un peu comme une mise en scène. Est-ce que vous l'avez senti, ça ?
- Speaker #1
Ok. La question, c'est la confiance, en fait. C'est avant tout la confiance. C'est-à-dire, de mon point de vue, c'est comment je me présente à l'autre avec ma caméra. Et avec mon ingénieur du son que j'ai choisi pour sa qualité de transparence aussi, comment on se présente pour que l'autre nous accueille en fait. Donc évidemment arriver avec une caméra pour beaucoup, pas pour tous, mais pour beaucoup ça peut être une chance. du moment où ils n'ont pas l'impression que on est dans une émission qui va les pointer du doigt. Donc, qui va les pointer du doigt, qui va se moquer d'eux d'une manière ou d'une autre. Donc, en fait, il faut, je ne sais pas comment dire, il faut montrer un regard non jugeant. un regard non jugeant et curieux d'eux il faut qu'ils comprennent que ma caméra ne me donne pas un pouvoir sur eux que je n'en profite pas pour me mettre en scène vis-à-vis d'eux Une fois qu'ils ont pris conscience de ça, j'ai eu une expérience comme ça avec le maire par exemple. Le maire, je crois que c'était son premier adjoint qui lui avait pris rendez-vous avec moi. On devait avoir rendez-vous à 9h, il m'appelle à 6h30 du matin en me disant mais qu'est-ce que vous me voulez ? Mais donc en fait il voulait savoir s'il était en position d'interviewer pour un journal, pour un journal télévisé, pour n'importe quoi, ou s'il était dans un autre positionnement. On ne lui avait pas expliqué. Donc il était, en fait il a tourné autour du pot pour faire en sorte que ce rendez-vous n'ait pas lieu. Et en fait, on a discuté, il a compris mon positionnement. Je l'ai félicité aussi pour cette entreprise qu'il avait faite d'introduire Joël dans sa ville. Dans la discussion, il a pris conscience. que j'admirais ce travail d'une certaine manière, que j'en étais pas fanatique, mais que je le respectais ce travail. Et ce qui l'a fait basculer, c'est qu'il a dit, bon, est-ce que vous croyez que Joël pourrait venir comme ça, on fait un entretien à Troyes ? Je lui ai dit oui, je pense, je vais appeler Joël. Donc je l'ai appelé, elle m'a dit oui, bien sûr, évidemment. Et une fois que Joël était là, en fait, il n'a plus eu besoin d'elle. C'était un monologue. Voilà. Et il s'est senti en confiance. Il ne s'est pas senti face à un journaliste.
- Speaker #0
Je veux dire que Bruno Pieriot, je le connais depuis 30 ans. Ah, voilà. Bruno, je le connais depuis 30 ans. C'était aussi une caution que si je prenais le risque de travailler avec Philippe pour un film, je ne devais pas faire n'importe quoi. Mais moi, je ne suis pas sûre qu'on ait réussi à faire des citoyens. Et là, il manque une marche en fait. C'est-à-dire, je pense qu'on leur a redonné confiance, je pense que c'est une expérience positive, je pense que réellement se parler à eux, aux autres et tout, la question du respect, beaucoup de choses, je pense que ça les a fait bouger et ça a fait besoin. surtout beaucoup bouger les professionnels. Et surtout, c'est leur redonner une confiance. Mais il manque un étage, il manque l'étage de la citoyenneté. Et s'ils ont perdu la mairie, il y a plein de raisons, mais moi, je pense que, heureusement qu'il y a... qu'il y avait Michel Noa, l'élu à l'éducation, qui a apporté à tout prix ce projet. C'est très difficile dans une ville comme ça, même de faire que les professionnels de la jeunesse se rencontrent. Parce qu'on a perdu les chefs de projet. En politique de la ville, on n'a plus de chefs de projet qui, en fait, animent les territoires. On a effectivement un chef de projet cité éducative, parce que ça, ça a été payé dans le cadre des cités éducatives. Le problème, c'est que les chefs de projet cité éducative, Ils ont un bureau à... un boulot bureaucratique à faire qui est considérable et que de fait, ce n'est pas eux qui vont aller coordonner les professionnels. Donc moi, je l'ai fait pas mal, il faut le dire, mais l'élu à l'éducation avait l'autorité pour le faire. Donc si je n'avais pas eu cette confiance de l'élu à l'éducation, jamais ça n'aurait tenu ce travail-là. Et il y a des villes où on n'a jamais passé l'obstacle. C'est-à-dire qu'en fait, on a fait les ateliers, effectivement, mais on n'a jamais passé l'étape. politique c'est à dire ce travail n'a jamais jamais jamais été repris porté validé par le politique après moi je pense qu'avec les jeunes il manque là tout un travail mais qui est pas mon travail à moi en tout cas pas comme ça c'est d'expliquer les institutions Ils n'ont aucune idée de ce que c'est que les institutions. Ils n'ont aucune idée de ce que c'est qu'un réel programme politique. Par-delà, mais c'est un super influenceur. C'est un genre idéal. Demandez-leur un élément du programme du RN. Ils ne connaissent rien du tout. Mais ils sont prêts à aller voter Bardella. Donc réellement, on est dans un déficit démocratique d'explication du fonctionnement même des institutions, mais qui est complètement considérable. complètement considérable. Et l'école ne le fait pas. À l'école, on peut de moins en moins parler. Donc, s'ils ne peuvent pas parler, là, c'est... En tout cas, dans ces écoles-là, s'ils étaient repassés, je devais faire un boulot d'écoute des parents, avec les parents d'élèves et avec les collèges. pour justement, j'allais dire, passer à un niveau de citoyenneté. Parce que si on n'a pas un autre niveau d'engagement des adultes, comme les élus, comme les parents d'élèves, en fait, c'est un bon boulot pédagogique, mais je ne crois pas que demain, ils soient plus prêts à aller être citoyens au sens conscient de ce que ça veut dire. Un petit peu quand même, parce que je pense quand même que ça les a fait réfléchir, etc. Mais il y a quand même un moment, il faut qu'ils aient des interlocuteurs, et politiques, et techniques, qui fassent quelque chose de ce boulot-là, quoi. Voilà. Corbeil, c'est là où on en a fait le plus sur 14 cités éducatives. On a quand même une vraie question autour de ça.
- Speaker #1
Je voudrais dire aussi par rapport à la confiance qu'il y a un retour de confiance. Et par rapport à la citoyenneté dont parle Jean, ça ne correspond pas à grand monde, mais tous les gens qui ont été filmés là, ils ont un marqueur maintenant. ils ont un marqueur de leur état de citoyenneté au moment où ils ont été filmés et qu'ils regardent le film ou qu'ils ne le regardent pas de toute façon ils savent que c'est une étape dans leur vie et donc Le travail de Joël est très intéressant comme marqueur, mais là il y a un double marqueur. Il y a aussi le fait que ça a été imprimé sur, entre guillemets, de la pellicule, et que ça a été montré. Donc en fait, ils peuvent le voir. C'est ce que je peux remarquer en fait, sur le travail documentaire que je fais, avec la plupart des gens, à Aubervilliers, par exemple dans ce CityStade. Il y a avant et après ce film, la plupart des sportifs que j'ai filmés, d'abord le marqueur c'est « Il me respecte » . Pourquoi ils me respectent ? Parce que je les ai regardés et que j'en ai fait un film. Donc en fait c'est une fierté pour eux, c'est une fierté pour eux, c'est une reconnaissance pour eux. En fait dans mon travail documentaire je m'intéresse à, grosso modo à deux choses. Tout ce qui a rapport avec, disons la banlieue et qu'est-ce qui se passe dans la tête d'un artiste. Et j'ai filmé quelques artistes comme ça en allant chercher... des questions que personne ne leur pose. Là, par exemple, j'ai fait un film sur Patrice Lecomte qui m'a dit, vous savez, j'en ai dit beaucoup, je ne sais pas ce que vous allez pouvoir raconter plus sur moi. je lui ai dit vous inquiétez pas et en fait il a vu le film et il m'a dit on se tutoie maintenant mais comment t'es arrivé à sortir ça de moi il ne l'avait jamais dit sa monteuse qui a monté 90% de ses films m'a dit je ne savais même pas ça de lui et de ce fait lui qui a été filmé dans tous les angles qui a fait des interviews à la radio, à la télévision il se reconnait dans le film il me reconnait à travers ce film j'ai filmé une artiste une plasticienne et je lui dis qui est tellement contente du film on te pose des questions sur ton travail elle me dit Ben non. On ne m'en pose jamais. On admire mon travail. Mais on ne me dit pas comment tu as fait ça. Alors que moi, c'est ça qui m'intéresse. Donc, qu'est-ce que je veux dire ? C'est pour me féliciter d'une certaine manière, mais c'est aussi pour dire qu'en fait, c'est briser une sorte de glace, aller chercher l'autre là où il est évident, mais où il est tellement évident que personne ne lui pose la question. Donc c'est ce que tu fais toi aussi, d'une autre manière que moi. Tant que ce n'est pas dit, ça n'est pas sous-entendu. Et si ça reste en termes de sous-entendu, on ne reconnaît pas l'autre. Il me semble. Alors moi j'ai l'avantage d'avoir une caméra, mais je pense qu'utiliser une caméra, on en a tous une dans notre poche, utiliser une caméra et prendre l'autre. littéralement pour ce qu'il est sans induire des choses ou sans stéréotypes justement, mais en lui disant qui tu es et en posant des questions c'est de le reconnaître par exemple et lui offrir une restitution de comment on le voit
- Speaker #2
Moi ça me fait encore de vous entendre encore et encore parler de cette difficulté politique. Ça m'interpelle un petit peu parce que j'avoue que je ne l'avais pas vu venir. Je m'en doutais un petit peu mais pas à ce point. Non en vrai, je suis content du coup que tout le monde partage un peu cette vision, cette alerte. cette attention qu'il faut avoir sur la dignité et sur l'importance d'accorter la parole à toute une nouvelle génération qui arrive et c'est un peu le souhait du conseil citoyen justement, c'est d'aller voir les jeunes citoyens, les citoyens en devenir et toute cette question de la dignité est tellement importante toute cette question de la place qu'on leur accorde ça me fait penser à des travaux de recherche en lien avec le pop art si je m'abuse Merci. et qui parle de cette notion de la capacitation, de l'empowerment, de la volonté de donner le pouvoir en quelque sorte, sans aller dans ce sens-là justement. C'est pour ça que la capacitation est intéressante dans ce sens, mais grosso modo c'est l'idée de pouvoir... Tendre le bâton de parole en quelque sorte à ces jeunes, de manière à ce qu'ils puissent s'exprimer en toute dignité. Et j'ai confiance en tout cas que ce documentaire pourra peut-être être un levier. de sensibilisation à tous les acteurs publics dans ce sens-là, de leur dire n'ayez pas peur de cautionner des projets de ce genre dans lesquels on va pouvoir enfin donner la place à ces jeunes générations qui vont pouvoir s'en saisir de leur destin.
- Speaker #0
Là pour le coup une question à poser à Laurent. pour croire qu'il va passer sous la table comme ça. C'est que Laurent, il m'a invité, il anime, il a créé un festival avec d'autres, à vitrer sur les images persanes sur l'Iran, ce qui est quand même une sacrée prise de risque. avec les réalisateurs. Et moi, il m'a invitée à être dans le jury international. Alors je peux vous dire que je me suis dit, mais qu'est-ce que je vais faire là-dedans ? Je n'y connais que dalle. Mais en même temps, c'est très passionnant. Mais ce que je voulais demander, ce que je voudrais, c'est un peu décaler ma question, mais vous allez voir que ce n'est pas totalement décalé. C'est qu'est-ce qui a amené Laurent à prendre cette prise de risque en tant que passionné du cinéma et aussi chercheur dans le domaine du cinéma ? de prendre ce risque de visibiliser, et d'une façon pas directement dénonciatrice politique, l'Iran. Je dis ça, c'est pas sans lien à Laurent.
- Speaker #3
Alors, il n'y a pas de dentiste dans l'origine de ce festival. Non, mais c'est évidemment une question de rencontre. Alors après tu parlais de mon parcours de chercheur en cinéma, en éducation à l'image, j'ai commis une thèse il y a quelques années sur l'histoire de la censure cinématographique en France dans une approche... exploration d'archives, des archives du CNC, du Centre National du Cinéma, sur les dossiers de censure. Et c'est vrai que c'était sur cette histoire de la censure entre 1945 et 1975, c'était un peu une manière d'accéder à une espèce de matière, de fond, qui raconte l'évolution des mentalités. Comment on s'en saisit, comment on voit, comment on comprend. Comment la société française, ou la société, peut-être la France dans le monde, puisqu'il y avait aussi la question de l'image de la France internationale, comment elle concernait la commission de censure. Et donc j'avais déjà cette première attention, intérêt, curiosité sur cette histoire de France, vu d'un point de vue... tout à fait méconnu et incontinent, puisque les fonds d'archives de la censure sont colossaux. Donc tous les films qui passent en France depuis les années 30 sont forcément examinés par cette commission. Donc vous voyez les mètres linéaires d'archives que ça peut représenter.
- Speaker #0
J'en arrive à l'Iran, c'est sûr qu'à l'époque de la thèse, je ne pouvais pas explorer autre chose que les fonds français. Et c'était une approche historique. Le cas de l'Iran, c'est un pays que j'ai découvert en 2019 suite à des... en m'y rendant avec des amis communs. Et d'une certaine manière, les thèmes de censure en France de ces années-là, c'était la religion, la famille, la politique, l'histoire, la société. C'est des thèmes qui... Il y avait la question de la sexualité aussi comme motif de censure en France. qui nous paraissait en France complètement dépassée, la question on peut la relativiser, mais en Iran c'est évidemment, c'était des thématiques d'une actualité très très très forte. Donc l'idée de faire un festival de cinéma iranien, ou autour de la culture iranienne, c'était une manière aussi de pouvoir s'interroger sur Sur cette société qui était, avec une jeunesse très connectée et donc très ouverte, les rencontres que je pouvais faire en Iran avec cette jeunesse, je crois que la moyenne d'âge des ados qui portent le mouvement Femmes, Vie et Liberté, c'est 17 ans. Donc voilà, c'était une manière de pouvoir continuer à travailler sur une thématique comme ça, mais dans un contexte Et c'est vrai que cette jeunesse iranienne qu'on pouvait rencontrer en se promenant à Ispahan, qui venait à nous, on était quand même quelques occidentaux, on était très peu nombreux à être en Iran. en 2019, avaient vraiment envie de pouvoir parler de tous ces thèmes. Et cette parole, elle était spontanée. Ces jeunes, ces ados... et parlaient très spontanément du carcan, de la question de leurs conditions de vie, des interdits, des tabous. Et donc ça m'a rappelé vraiment quitter les archives, changer de statut. J'étais rat de cinémathèque à ces rencontres dans le pays en Iran. Avec des créateurs qui voulaient aussi rendre compte, témoigner, et malgré les interdits, malgré la censure, j'ai trouvé que c'était une vraie mission de pouvoir leur donner une visibilité, un rayonnement et les programmer. Je ne sais pas si je réponds bien à la question.
- Speaker #1
Sur la jeunesse, dont Astéroïde, il y a des productions faites par des jeunes ou des impubes jeunes adultes. sur la jeunesse et sur ce qu'ils vivent j'ai posé au réalisateur d'Astéroïde qui a un film magnifique sur l'adolescence j'ai dit mais est-ce que vous parlez des droits des enfants et des adolescents il dit oui bien sûr on en parle beaucoup mais à l'extérieur on parle que des droits des femmes mais en fait ça va ensemble donc c'est le fait que s'intéresser aussi à des sociétés qui sont j'allais dire sous carcan mais qui en même temps sont des créatrices de démocratie parce que pour... elle, ça veut vraiment dire quelque chose. C'est-à-dire que l'absence de liberté, ils savent ce que c'est. Et d'une certaine façon, quand je fais les rencontres internationales, et qu'il y a effectivement les Brésiliens, avec quand même les paramilitaires, qu'il y a effectivement des Ukrainiens, il y avait les Russes, je veux dire, toutes ces questions-là. Et c'est pour ça que ça m'a tellement intéressée. Et là, on est dans la citoyenneté. Là, on fait de la citoyenneté politique. Parce que réellement, Il y a quelque chose... chose qu'on entend du côté des jeunes, qui est aussi cette demande démocratique. Il faut-il encore l'entendre ? Il faut-il encore l'apporter ? Donc, de ce point de vue-là, moi je suis très claire sur le fait que tout le monde d'ailleurs qui bosse avec moi le sait, il y a un engagement. Voilà, ça ne peut pas être, je ne sais pas, d'avoir le psychosociologue dire ils ne sont jamais neutres, mais il y a un engagement. Et cet engagement, c'est aussi cette confiance fondamentale que la jeunesse peut tenir. Alors, elle peut être facho, on le sait, je veux dire, elle peut tout faire, la jeunesse. Mais dans le monde entier en ce moment, la jeunesse se bagarre pour des conquêtes démocratiques au Sénégal. Mais comment ils se sont battus pour que le gouvernement n'impose pas, je veux dire, qu'il garde le système démocratique ? Ce qui se passe en ce moment, c'est bien compliqué. Mais cependant, vous voyez, les jeunes maorais dont on ne parle que dans la violence. Moi, j'ai vécu des situations de solidarité avec eux incroyables. Donc, vous voyez, et ça m'a beaucoup intéressée dans le choix des films du Festival sur l'Iran, c'est-à-dire cette espèce d'espoir que portent ces jeunes, enfin, qui sont vraiment, qui viennent... Là, dernièrement, j'ai vu un film, moi, qui m'a marquée, d'une jeune femme qui s'appelle Je suis née soldat. Elle est en France parce qu'elle est réfugiée en France en fait, et elle explique comment dès toute petite, à l'école, elle était soldat, et finalement à la maison, elle a compris que sa mère était contre le régime, et elle est devenue révolutionnaire, et elle a été jusqu'à maintenant devoir s'exiler. Donc c'est des chemins, vous voyez, et en fait on a en France des jeunes comme ça. C'est-à-dire qu'on a en France des jeunes qui prennent des risques, on ne peut même pas le savoir. Et c'est vrai que dans les quartiers populaires, on a des jeunes qui ont vécu par exemple des migrations. Une fois on avait passé dans une rencontre internationale un film sur la migration, il y a six jeunes qui ont pris la parole après pour dire mais nous on l'a traversé comme ça le Sahara. Ils n'avaient jamais parlé à leurs éducateurs. Ils ne leur en avaient jamais parlé. Parce que pour eux, ils étaient installés à Saint-Etienne-du-Rouvray ou je ne sais où. Et c'était... Voilà, ils n'en parlaient plus. Donc vous voyez, et je suis persuadée qu'en milieu rural, les jeunes... sont face certainement à des enjeux que moi je ne connais pas mais qui sont aussi ces enjeux de liberté d'affirmation je reprends la propriété agricole je ne la reprends pas je suis héritier, je ne suis pas héritier je prends ma propre vie on a un risque, vous voyez, j'imagine qu'il y a d'autres questions, à vous surtout. Ce n'est pas grave quand même.
- Speaker #2
Je prends la parole.
- Speaker #1
Présentez-vous.
- Speaker #2
Virginie Turbeau, je suis chargée de projet à la mission locale du territoire. Je voulais savoir déjà le fait d'avoir travaillé avec la mission locale dans le film, c'est ce que j'ai vu. Il y avait des ateliers qui ont eu lieu avec des jeunes accompagnés et des professionnels. Je voulais savoir si ça avait été évidence. si ça avait été... Vous avez expliqué tout à l'heure la question du financement du projet aussi, financement de la cité éducative. En fait, en mission locale, en tout cas pour ma part, je vais parler de notre territoire, on... Je pense qu'on donne de l'énergie, on fait le maximum pour pouvoir s'appuyer sur des projets collectifs, inspirants, pour créer des espaces de parole pour les jeunes, pour développer l'esprit critique. On collabore beaucoup avec les artistes et on le fait parce qu'on a une volonté en interne, parce qu'on a des partenariats avec des filles. Je me vois dans l'écran alors ça me déstabilise un peu. On s'appuie beaucoup sur les financements qui existent au niveau politique aussi, de l'éducation artistique et culturelle. parce qu'on a découvert des artistes et des démarches intéressantes et c'est une réelle opportunité. Et on a envie de continuer, mais vous parlez de la coordination, que ça prend du temps de coordonner tous ces acteurs sur trois ans. Et en fait, c'est aussi des volontés politiques d'investir de l'argent aussi sur la jeunesse, sur quelque chose qui ne rapporte pas immédiatement un bénéfice. Et pourtant c'est essentiel. Je voulais dire aussi cette création de climat de confiance. l'importance que les conseillers en insertion ou les intervenants des maisons de quartier soient présents avec vous dans les ateliers, c'était dit par les jeunes aussi, vous les avez questionnés si je me souviens bien et je trouve que c'est bien et il faut que ça se sache aussi que qu'on a besoin que les professionnels enfin voilà c'est pas une prestation de service qu'on délègue à une sociologue et à un artiste, c'est aussi un travail de collaboration pour pouvoir... maintenir ce lien de confiance pour que plus tard, les jeunes aient envie aussi de s'engager en tant que citoyens et que l'écoute, elle se crée, elle se noue et qu'on puisse aller un peu plus loin et qu'ils osent aussi s'exprimer parce qu'on aura beau créer un atelier, un sas de 15 à 16 heures entre jeunes, en fait, ça se construit dans le temps et il faut le vouloir. Nous, on en est intimement persuadés. Effectivement, il y a des enjeux autour de la ruralité. Nous, notre territoire, on va jusqu'au territoire de Calac. Et on essaye de trouver la façon d'eux. Et j'ai bien aimé ce que vous avez dit au début. C'était d'abord, posez-vous la question de l'hypothèse. Qu'est-ce que vous avez envie de mettre en questionnement avant de voir la mise en forme ? Et souvent, on fait les choses un peu en sens inverse. Et puis parfois, on se met aussi une pression hyper importante, je trouve. Alors que... Déjà d'écouter, de laisser du temps à ces jeunes. Je dis beaucoup de choses. J'ai noté le mot hospitalité. Nous, dans notre milieu, on parle beaucoup d'accueil, l'accueil inconditionnel. En fait, ce n'est pas la même chose. Je trouve ça vachement intéressant parce que c'est aussi comme ça que les jeunes disaient que je me sens respectée aussi parce qu'on me regarde peut-être dans les yeux avec... Respect, j'allais dire respect, mais voilà, la façon dont on me regarde, dont on m'accueille, dont on me sourit, dont on m'écoute. Et en fait, les financeurs publics aujourd'hui, pour des structures comme les nôtres, je vais faire un petit parté, des structures aussi qui sont financées par des budgets qui sont en baisse, ben voilà, on voudrait pouvoir le faire le mieux possible, et parfois on est pressé par le temps, et c'est regrettable, je trouve. Donc voilà, je pense que dans les projets, dans les futurs projets à monter, il faut prévoir du temps pour tout ça et continuer à s'appuyer sur tous ces acteurs de territoire. Parce qu'effectivement, là, on parle de région parisienne, mais voilà, quel que soit le territoire, tous les jeunes ont les mêmes aspirations. Il ne faut pas... Enfin voilà, moi, j'en suis persuadée en tout cas. J'ai beaucoup parlé, je ne suis pas sûre d'avoir posé de questions, mais...
- Speaker #1
avec le film et que vous êtes dedans. Vous êtes vraiment dans l'objet de ce que je cherche à travailler. Là, je pars à Nantes parce qu'en fait, Nantes m'a demandé de travailler avec eux pour faire des séminaires avec les acteurs, pour définir une hospitalité éducative. Donc, justement, et moi, je crois que l'hospitalité éducative, ce n'est pas l'accueil des jeunes. C'est l'hospitalité entre professionnels, entre structures, avec le politique. Si ça, ça n'existe pas. L'accueil, en fait, ne débouche pas. Oui, ça fait de l'édu... je ne veux pas dire qu'il ne faut pas les accueillir c'est très bien mais si on veut en faire des citoyens politiques il faut qu'il y ait une hospitalité éducative c'est le bouquin de Derrida qui s'appelle l'hospitalité qui m'a fait beaucoup travailler là-dessus c'est-à-dire Derrida il explique comment il n'y a aucune évidence à accepter l'étranger et comment ça demande effectivement un travail d'hospitalité qui est au sens de travail de l'autre mais aussi le travail de la forme qu'on va lui donner donc si on ne veut pas passer de temps à ça. Et c'est ce qu'avait inventé quand même la politique de la ville au départ avec le développement social urbain. Et on en est très loin. Et les cités éducatives, l'axe que je portais là, qui était sur les esprits critiques, était un axe national. C'est terminé. Ils ne sont plus que dans la mesure d'impact. Un sous-préfet qui m'a dit, mais c'est quoi la mesure d'impact de vos ateliers et en quoi ça rééquilibre le quartier ? Je l'ai, je dois dire, fait la honte devant tout le monde parce que de l'évaluation, j'en ai fait dans ma vie. mais Mais c'est insupportable. Et moi, je peux répondre. Mais le professionnel à qui il demande ça, le directeur de centre social qui l'aligne devant sa mesure d'impact, il fait quoi ? Donc, réellement, c'est vrai que soutenir ce genre d'approche, elle est plus difficile qu'avant. Maintenant, je crois qu'il ne faut rien lâcher de ça, parce que c'est la meilleure, comment dire, pour moi, c'est une des meilleures façons de faire de ne pas tomber dans la haine. C'est quoi l'ERN ? C'est le laïcité. ressentiment. On est à la porte de ça. Et plus on sera dans la rationalité technocratique, plus on ouvre la porte à ça. Donc, moi, c'est vrai que c'est très engagé, ce que je fais de ce point de vue, et je crois vraiment aux acteurs, enfin, aux gens qui sont, et c'est pas seulement, d'ailleurs, des professionnels payés pour ça, c'est aussi le commerçant, c'est aussi l'imam, c'est aussi le curé, c'est aussi le parent d'élève, c'est à la communauté de vie. Et on a beaucoup écrit avec des collègues, sur la communauté de vie ou la communauté de destin. Et je crois que cette question de la communauté de destin, si on ne la trouve pas, comment on fait le lien avec la question de la nation et la question du politique ? Alors si, on peut faire du nationalisme, mais ce n'est pas la même chose. Donc réellement, on est en ce moment avec des vrais enjeux de ça. Et donc, oui, et ça a beaucoup bougé. Et là, la mission locale, en réel, on était dans les locaux de la mission locale, mais ils sont très peu venus parce que les conseillers sont tellement sous pression des résultats qu'ils disent qu'ils n'ont pas le temps de le faire. Et c'est vrai que si l'élu n'avait pas mouillé sa chemise, personne n'aurait coordonné, l'élu et moi. Là j'étais en train de penser, j'ai fait une boucle WhatsApp avec tous, je vais leur écrire, je vais leur dire, vous voyez le film, il est en train de vivre, merci à vous. Mais c'est ce que vous êtes en train de dire. de service. Là je travaille beaucoup avec des nouvelles coopératives qui font une forme de prestations de service. Ce ne sont pas des idiots, des sociologues, des architectes, des paysagistes, etc. Et je leur dis alors maintenant quel lien vous avez avec les professionnels qui sont là tous les jours ? Parce que le problème des sites éducatifs, avec le logiciel de mise en concurrence, je l'ai fait l'exercice moi-même, pour voir ce que c'était que de se faire mettre en concurrence. Un quart d'heure pour expliquer un projet comme ça, les gens qui sont autour de la table se le refaitent. présente même pas et jamais de réponse d'accord donc voilà c'est une caricature parce que dans les sites éducatifs on a tout mais réellement je pense que là moi je pense que on ne pourra pas faire que ces jeunes et vous évolue s'il n'y a pas un lien permanent avec des gens. Et si ça tourne tout le temps, ou si on n'est que de la prestation de service à prestation de service, il n'y aura pas d'éducation. C'est tout. Il y aura ou du contrôle, ou de l'encadrement, ou de la consommation, mais il n'y aura pas d'éducation. Donc là, on est sur des enjeux extrêmement importants en ce moment quand on voit comment aujourd'hui, par exemple, toutes les CPO de l'éducation populaire sont remises en cause. Ça veut dire qu'aujourd'hui, en 2026, ils n'ont toujours pas les financements 2025 pour pouvoir clore les comptabilités. On est sur des trucs extrêmement précis, ce qui fait que, comment on est employeur ? de gens dont on ne peut pas savoir avoir bouclé son budget, comment on fait ? Et on s'étonne après que les employeurs ne soient pris que par le management et plus sur l'objet de la jeunesse. Mais comment font-ils ? Donc là, je dis ça aux professionnels aussi qui sont là, il faut tenir le coup. Qu'est-ce que vous en pensez, vous ? Allez, l'animateur là.
- Speaker #3
Moi, tous les propos qui ont été donnés, et plus le film, ça fait vachement écho au travail que je réalise sur mon territoire. Moi, depuis 14 ans, j'interviens dans un petit collège de 200 élèves, 240 élèves, où j'anime tout un travail autour de la cohésion de groupe, la connaissance de soi, et après, au fur et à mesure des années, sur les addictions, et un peu l'esprit critique aussi. Donc ça c'est mon intervention au collège, à côté j'ai un accueil jeune où je suis le seul animateur sur le territoire, où on propose des animations comme un service jeunesse. Et du coup, avec la maturité aussi, je mets l'animation, n'est plus qu'une excuse pour développer l'esprit critique chez les jeunes. Donc on va dans... Au Carré Magique, une salle de spectacle où on a la chance de pouvoir voir au moins six spectacles à l'année et à la fin du spectacle, le public part et nous on reste et on travaille avec l'artiste et du coup les jeunes au fur et à mesure de la donne. dans la vie de l'année, commencent à égayer leur esprit critique et devenir des adultes, des adolescents en construction. Et après, il y a plein d'autres projets. L'interroge, c'est qu'au fur et à mesure des années, on voit qu'on perd beaucoup de moyens humains autour de nous, que notre métier n'est plus le métier d'un simple animateur jeunesse. On perd des éduques de rue, de proximité, et du coup, on devient aussi cet éduque. On perd des temps sur des points à accueillir les coups de jeunes, où des psychologues, des assistants sociaux sont là. Et du coup, on devient une petite partie de ces assistants sociaux, même si moi, j'ai la chance. avec l'expérience d'avoir des contacts et de pouvoir orienter les jeunes. Un animateur qui arrive aujourd'hui sur nos territoires, des territoires qui sont quand même enclavés où la difficulté de trouver de l'emploi n'est pas simple, s'il n'a pas un lien avec la mission locale ou un service jeunesse expérimenté, c'est un peu compliqué pour lui. Et du coup, dans cette complexité, on voit que les jeunes d'ici partent et deviennent citoyens ailleurs. Et ça, c'est une réflexion à avoir sur nos territoires. Mais le travail que vous avez fait là, nous sommes quelques acteurs sur GPA, sur l'ensemble des Côtes d'Armor et de la Bretagne, à surtout des Côtes d'Armor, à réaliser ça. Voilà, et on a la chance d'avoir un conseil régional qui engage une politique jeunesse assez forte avec l'ouverture de financement pour les jeunes, pour l'engagement des jeunes. C'est un plaisir. Et juste pour rajouter, pour aller plus loin dans le travail que je fais auprès des jeunes... Parce que je suis sollicité avec des instituteurs, avec des professeurs pour intervenir dans les écoles, mais je n'ai pas le temps tout seul, donc du coup ma réflexion était d'aller les former. Donc je me suis lancé cette année dans un DU en référent en compétences psychosociales pour l'objectif d'être formateur. Donc bon, la première promo... en compétences psychosociales au niveau national et ça va amener à une politique jusqu'à 2037 là-dessus, en espérant que l'éducation nationale aussi freine le pas.
- Speaker #1
Je crois aussi beaucoup, pour faire communauté de destin, à ceux qui ne sont pas des professionnels, mais qui vont s'engager et qui ont envie de faire, comme le comité citoyen, cette présence éducative qui ne relève pas évidemment que des professionnels. Parce que quand on est un animateur tout seul sur un territoire, on a forcément plein d'autres alliés que celui du professionnel.
- Speaker #3
Effectivement. Ah pardon, juste pour continuer. C'est sûr. Et tout seul, du coup, on est seul et on n'est pas assez. Donc j'organise des cafés parents pour m'entourer des parents qui sont aussi formés en tant que secouristes en santé mentale sur le territoire. et il y a les amicales du comité des fêtes sur nos territoires aussi qui ont fait équipe. Toutes les communautés éducatives, que ce soit professionnelles. ou de parents.
- Speaker #4
Merci. En fait, les deux professionnels qui viennent de prendre la parole ont illustré par le concret ce que je voulais évoquer. Je voulais rebondir quand vous évoquiez le fait qu'il y a les jeunes des quartiers politiques de la ville ou quartiers prioritaires. Finalement, On a la même chose quand on n'est pas en quartier politique de la ville. J'aime bien votre expression, jeunesse post-coloniale et post-ouvrière, finalement. Et je repensais à des jeunes à Calac, par exemple, avec les sujets que ça peut signifier aussi. quand on est issu de ces jeunesses-là et quand on a aussi des jeunes qui viennent s'installer, des familles qui s'installent aussi hors quartier politique de la ville dans un territoire hospitalier. Mais voilà, je trouve que c'était une façon d'illustrer. Et puis, je voulais juste, parce qu'on évoque des expériences, mais un travail qui a été fait ici par les animateurs jeunesse de l'agglomération autour de la notion d'engagement, mais parce que vous l'évoquiez tout à l'heure sur la connaissance des institutions, tout un parcours qui a été réalisé avec des groupes de jeunes du territoire et de plusieurs communes du territoire à la rencontre des institutions, des élus, etc., y compris par des séquences de voyage jusqu'aux institutions européennes. et je pense qu'effectivement c'est par ce type de projet aussi qu'on arrive à illustrer. Voilà, mais mon propos c'était exactement d'indiquer que finalement ces jeunes postcoloniaux, post-ouvriers, on les a aussi hors des quartiers politiques. politiques de la ville et les quartiers politiques de la ville, on en a un grand aussi, donc ce n'est pas que l'affaire effectivement des grandes villes et je trouve que la rencontre des jeunesses est essentielle pour ça
- Speaker #5
Oui Moi, c'est peut-être un petit retour en arrière par rapport à ce que enfin, pardon Ah, je m'appelle Janie Carmon et j'étais prof et j'étais aussi responsable d'un service éducatif dans une scène nationale, enfin pendant, sur la rive gauche de Rouen. Donc j'avais aussi mes plus petits, c'était des petits... puisque je m'occupais plutôt des maternelles, des élèves qui allaient devenir ce que vous montrez vous à l'adolescence. Et justement, je voudrais réagir par rapport à votre attitude, ce que vous avez dit tout à l'heure. Je comprends que vous soyez déçus, parce que ce n'est pas quelque chose qui se poursuit. Mais en même temps, je pense que... Il y a des gens dont vous n'avez pas parlé et pourtant c'est à eux que vous consacrez les dernières minutes dans le film. Alors je comprends bien aussi que l'objectif du travail aujourd'hui, c'est de former des citoyens, mais moi je pense que vous avez aussi joué un rôle de formation de citoyens au niveau des éducateurs ou des... médiateurs, je ne sais pas trop quels sont leurs titres à Corbeil mais il y avait toute une série de moments que vous avez forcément semé dans le film et je dis en plus je trouve ça dommage que vous donniez l'impression que ça ne débouchera pas sur quelque chose quand vous avez choisi ces minutes là peut-être que j'ai tort mais je trouve que vraiment évidemment vous étiez là vous étiez là il y avait les ados mais il y avait aussi ces médiateurs et c'est très évident et elle le dit par plusieurs fois la femme très très belle avait des grosses lunettes elle le dit que de toute façon jamais il n'osait faire ça Donc ça veut dire qu'elle est en train de réfléchir à ce qu'elle est en train d'apprendre sur le plan... Il y en a plusieurs qui le disent, il n'y en a qu'un qui a l'air de résister, mais ils sont en train de réfléchir aussi à leur démarche pédagogique. Et ça, j'ai trouvé ça passionnant parce que c'est vraiment... Alors là, pour le coup, en termes de futur... C'est essentiel, il ne faut surtout pas omettre ce maillon-là, parce que vous n'avez pas, moi je voyais, et puis bon il y a le maillon aussi de nous, spectateurs, dont vous n'avez pas trop parlé, mais moi je dis que quand même, le boulot que vous avez fait là, c'est un boulot, vous parlez de l'évolution des ados, mais tout le monde est en train d'évoluer dans ce que vous montrez, et nous aussi on a évolué. en deux heures, en travaillant sur ce que vous nous avez dit, parce que ça, c'est quand même... Je veux dire, je ne suis pas dans un optimisme béat, surtout dans le contexte actuel, mais quand même, il y a des choses qui sont relativement porteuses de futur. Je ne dis pas de promesses, d'ailleurs, parce que je ne donne pas de qualificatif à ces promesses, mais il y a du futur dans ce que vous avez fait, là. Et ça, c'est fondamental.
- Speaker #6
Si, merci, mais on en a parlé un tout petit peu et puis bon, évidemment si je les ai filmés, si je leur ai laissé une place aussi importante dans le film, c'est pas pour rien parce que...
- Speaker #5
Ah bah je me doute ! Je me doute, mais je trouvais dommage que vous ne l'ayez pas répercuté après.
- Speaker #6
C'est-à-dire que ce qui m'intéressait quand je les voyais, quand je les regardais, quand je les filmais, c'est qu'après j'ai eu confirmation. par Joël, la plupart ont sans doute été ces adolescents-là. Pas tous. Il y a en même temps un réflexif sur eux-mêmes, sur leur destinée et une pensée sur comment ils peuvent agir sur Sur les adolescents, il semblerait que ce n'est pas le cas de la dame qui parle beaucoup, qui parle pas mal, qui est frisée, qui est psychologue, qui vient visiblement d'un autre endroit, que j'en sais rien. rien, je ne sais pas, je ne les ai pas catégorisées. Mais en tout état de cause, ce qui m'épatait, c'était, même si ça ne se voyait pas à l'image, c'était l'ouverture. de leurs yeux et de leur coeur qui était déjà grand ouvert mais qui s'ouvre à un autre endroit grâce à ce qui se passe et évidemment en tout cas j'espère je n'en doute pas que ce travail va se poursuivre à travers eux ça c'est la force de Joël de faire ça à plusieurs niveaux oui parce que pour ce qui est du travail j'allais dire sur le sens Merci.
- Speaker #1
Je réagissais à la mission locale et aussi à la question sur la citoyenneté. Je ne suis pas déçue, moi j'aime ce que je fais, en plus je suis une passionnée de cette affaire, et même maintenant je continue d'ailleurs avec les parents.
- Speaker #0
La sortie de ça, ça a été qu'à Dieppe, aujourd'hui on me dit maintenant t'écoutes les parents. Et des parents, je peux vous dire, c'est gratiné là. C'est pas de la tarte. Et la première chose qu'ils m'ont dit, c'est on comprend rien à ce que vous dites. Je leur ai dit, écoutez-moi, je vais vous dire, moi, je n'ai pas d'enfant. Mais par contre, écouter des ados, être avec les ados, ça, j'ai fait. Alors, si ça peut servir. Maintenant, ils comprennent tout. Il n'y a plus de souci. Et je me suis dit, mais comment je vais commencer avec eux ? Parce qu'il faut voir les familles que c'est. Là, au début, j'ai deux éducateurs et il y a la maison des... Il y a la sauce des ados, là. Je me dis, mais comment je vais faire ? Il y en a une... Enfin bon, c'est des cas à chaque fois, là. Je leur ai dit, mais moi, je ne suis pas... là pour le coup je ne fais pas de la psychothérapie et bien c'est drôle, ça marche et alors la première question que je leur ai posée c'est pour vous votre enfant quand est-ce qu'il est devenu adolescent là ? comment vous avez vu qu'il était adolescent ? oh ben c'est parti tout seul oh les chaussettes qui traînent et puis ils puent, et puis ils ne rangent plus leurs affaires et puis alors il faut que je dise que s'ils se conduisent mal les HLM vont nous mettre dehors l'autre qui dit je mets ses affaires dans un sac et je mets tout par la fenêtre c'est parti, mais à fond c'est à dire je comprends crois énormément à la question d'être avec ces gens qui n'ont pas de lieu pour dire. Et donc, ce que disait Philippe tout à l'heure sur l'émancipation, ça passe par les mots. Paolo Frère, la prise de conscience. Et alors, c'est vachement intéressant. À un moment donné, il y a une dame qui dit « Nous, on n'a quand même jamais été à la maison des ados. » Eh bien, la prochaine réunion, on l'a fait à la maison des ados. Puis il y en a une qui dit « Tout ce qu'on fait là, il faut que ça serve au quartier. » Eh bien, on est en train d'inventer un webinaire où elles vont prendre des messages du travail qu'on fait, et on va faire un webinaire pour tout le quartier. C'est aussi des questions de processus. Non, là où est... Ce n'est pas une déception, c'est une inquiétude. C'est que quand je vois l'énergie d'un monsieur comme ça, l'énergie d'une dame comme ça, la force d'invention qu'il y a en ce moment, et notre incapacité d'une traduction politique pour en faire un vrai projet politique. Et que demain on a le RN aux fesses, quoi. Je veux dire, c'est pas pour rigoler, quoi. Et voilà, on n'en rigole pas, quoi. Et que quand je vois toutes ces énergies, et qu'on n'a pas de capacité politique à la traduire dans quelque chose qui fait que les gens, ils vont y croire, ils vont pouvoir passer de ça à une perspective politique. Ça, ça m'inquiète. Je ne sais pas le faire. Ce n'est pas mon métier direct, mais je sais trop bien comment les professionnels... Alors si, ce que je pense, c'est que, et on est là avec le Conseil citoyen, c'est aussi à ça que je réagis, c'est que je crois qu'effectivement, les conseils citoyens, les structures locales, du plus local, on peut faire ce que je suis en train de dire là, c'est-à-dire ces articulations-là. et que je suis venue aussi ici, entre autres, pour ça. C'est-à-dire, Laurent, il me connaît bien. Ce n'est pas par hasard que je vais dans un endroit. C'est que j'ai confiance totalement dans Laurent pour savoir qu'il a posé une graine quelque part et que cette graine-là, je l'ai retrouvée. Même s'il n'y a pas de public, je m'en fous. Je sais que cette graine-là, elle est là. La preuve. Donc moi, je vous remercie. Non, je suis dans une inquiétude. C'est vrai, je suis à la Ligue des droits de l'homme. On est quand même convoqués tous les jours sur ces questions-là. Et c'est vrai que ça m'inquiète. Mais mon boulot, c'est aussi de rassurer les adolescents. C'est aussi de ne pas les convoquer. Et donc, qu'est-ce qu'on peut faire de mieux que de mettre avec eux des mots qui permettent d'être, comme dirait Gutton, témoins-interprètes de leur réalité ? Et qu'à partir de là, eux-mêmes puissent... Cyrulnik, il disait un truc vachement intéressant, parce que moi, j'adorais mon chat. Mais Philippe, il adore les scienciers. Et alors, il dit un truc dans un bouquin qui s'appelle Les hommes et les animaux. Il dit la différence entre l'homme et l'animal. Alors, peut-être que Philippe ne serait pas d'accord. C'est que les hommes, les animaux pensent, mais ils ne parlent pas. En tout cas, on ne les comprend pas forcément. Moi, je pense que j'ai presque fait parler ma chatte. Merci. Je vous assure que c'est vrai. Mais cependant, quand même, il y a une différence. C'est la question de la conscience des mots. Et là, tout ce qu'on est ici, on est des gens des mots. Et il y a quelque chose avec les mots, les images, la circulation artistique. Et ça, les Iraniens, ils sont incroyables. C'est-à-dire que, et les Afghans, moi j'ai des copains dans des associations d'Afghanistan. jusqu'au bout du bout l'humain ne renonce pas à cette conscience d'humanité et en ça alors là je sais d'où je viens et en ça j'ai une confiance totale après il faut quand même trouver les énergies d'alliance pour soutenir la question Donc voilà, c'est... Excusez-moi. Monsieur là-haut. Vous vous représentez,
- Speaker #1
hein ? Oui, oui. Christophe Guilloux, doctorant à l'INSEAC et professeur des écoles. Je vais m'excuser par avance parce que ce que je vais dire, c'est par rapport à ma propre réception du film et je ne suis pas cinéphile, donc... Donc, encore une fois, mes excuses, je n'ai pas la qualité de regard de beaucoup d'entre vous dans cette salle. Simplement, vous veniez de dire que ce qui nous distingue peut-être, c'est le fait d'avoir ce rapport avec les mots. Et moi, j'aimerais nuancer un petit peu ce propos et interroger, par exemple, la présence de la caméra dont vous aviez parlé tout à l'heure, qui se faisait peu à peu invisible de celles et ceux qui étaient en présence, que ce soit les professionnels, que ce soit vous-même, Madame Bordet, mais aussi les jeunes. Moi, je trouve que quand même, la caméra, vous allez me le dire parce que je n'y connais encore une fois pas grand-chose, mais elle n'est pas neutre. Je trouve que, que ce soit la caméra d'ailleurs, mais aussi le regard de... de l'adulte, de celui ou de celle qui se présente d'une manière ou d'une autre comme telle en tout cas, leur présence même ne peuvent pas être un impensé dans l'observation d'une situation sociale. J'ai l'impression que vous avez filmé une parole qui est institutionnelle ou du moins institutionnalisée dans des scènes qui sont socialisées et même dans des scènes de socialisation au sens processuel. C'est-à-dire qu'on a vu assez peu de discussions informelles. ou hors cadre, on avait un peu l'impression d'un huis clos. Ce qu'on a pu percevoir, c'est de la parole normée, de la parole normalisée. On l'a vu par exemple dans des situations où la parole pouvait parfois se corriger par exemple. Et c'est intéressant, parce qu'on peut lancer des mots et puis ensuite les rattraper, les retravailler, les partager. Donc il y a cette notion de formation, formation citoyenne, du citoyen, mais aussi la formation directement des idées. C'est ce qu'on a pu voir, j'ai l'impression, dans ce film, comment une idée L'idée se forme à partir du moment où on pose des mots dessus, avec la possibilité de se tromper, la possibilité d'écouter et de réévaluer ce que l'on a dit. On pense notamment aux jeunes de la première partie sur la question de l'humiliation. Par contre, le film me paraît court par rapport à ce que j'aurais voulu voir des à côté, notamment de ces aspects informels, parce que je trouve qu'il y a... assez peu de dimensions non verbales justement de façons de s'exprimer qui ne sont pas exprimées par des mots pour avoir aussi une habitude sans forcément donner d'exemple parce que rien n'est véritablement comparable dans un groupe il y en a toujours qui ne parlent pas ou du moins qui parlent forcément moins que d'autres en tout cas c'est une impression que j'ai je n'ai pas une... de statistiques ou d'observations empiriques à donner, mais c'est une impression. Certes sont filmées des hésitations, sont filmées des phrases qui ne se terminent pas ou qui se terminent avec de l'aide, que ce soit de l'aide des accompagnants, des adultes ou même au sein du groupe, mais ne sont pas filmées les absences totales de réponses, les postures de non-participation ou de pas-engagement comme le définissait Goffman par exemple. Ce qui m'a par contre intéressé, intéressé, c'est de voir qu'il y avait des rires dans ce film, et que les rires, eux, pouvaient raconter quelque chose du social, c'est-à-dire de ce part-engagement en disant « là, je ris et le groupe rit parce que ce que je viens de dire dépasse le cadre social » , c'est-à-dire que c'est soit une infraction au cadre social attendu ou à la norme. Et en tout cas, voilà, ça, j'ai pu le percevoir dans le film. Donc une question. Désolé, j'ai été long et un peu brouillon. Une question qui concerne non seulement la façon de filmer, d'après moi, mais aussi de considérer pédagogiquement, socialement, l'absence d'avis ou plutôt de son expression, c'est que faire envers et pour comprendre, entendre celles et ceux qui ne disent pas. Peut-on leur donner d'autres façons d'exprimer dans ces mêmes espaces-temps où on s'échange les questionnements de vivre ensemble, de citoyenneté ? Et vous l'avez montré pour des choses à la fois incommensurables et d'importance comme des notions de respect, non pas au sens conceptuel mais au sens d'expérience vécue.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #2
bien sûr. C'est très intéressant tout ce que vous dites, merci. Alors, j'espère que je vais me souvenir de tout, mais en tout cas, pour commencer par la caméra invisible, évidemment qu'elle n'est pas invisible. et c'est ça qui est intéressant elle est là, elle n'est pas là mais elle est là puisque si elle n'était pas là ce qu'on a dit au début si elle n'était pas là, ça ne serait pas produit comme ça ça serait produit autrement donc le rapport entre la représentation et la non-représentation est très intéressant c'est à dire que qu'est-ce que ça produit comme effet Une caméra dont on sait qu'elle est là et qu'on oublie qu'elle est là, sans jamais complètement l'oublier puisqu'elle est là et qu'elle circule dans l'espace. Donc c'est dans ce... dans cette vibration-là ou dans cette indécision-là que ça se produit et que ça peut peut-être mieux se produire. Il m'est arrivé dans mes premiers films, je me souviens très bien de mon premier film, où je filmais une femme qui avait un certain nombre de problèmes. d'obésité et qui faisait une expérience, une expérience d'amaigrissement. Elle a perdu 50 kilos pendant le film et le rapport c'était le rapport entre elle et moi à travers la caméra. Et en parlant à la caméra et en me parlant à moi, elle parlait à son miroir. Donc la caméra était là, mais elle n'était quasiment plus là, mais elle était là. En fait, c'est le principe de Narcisse qui se regarde dans l'eau. Alors il peut tomber, mais il peut ne pas tomber aussi. C'est-à-dire, est-ce que l'eau le regarde ? Quand il se regarde dans l'eau, qu'est-ce qu'il regarde ? Et qui est regardé ? C'est toute la question. Et de ce fait, en tout cas, ça fait une sorte de précipité qui fait que la personne, en tout cas telle que je la filme, la personne est encore plus présente que si elle n'était pas filmée. Donc ça c'est pour répondre à la première question, visiblement. Joël, on a quelque chose à dire là-dessus.
- Speaker #0
Quand on est pédagogue. Moi, c'est vrai que je fais le choix d'un dispositif sur le cercle. Et je me suis beaucoup inspirée des travaux de Peter Brook dans l'espace du vide. Et de penser que la pensée, ça ne vient pas tout seul. Alors, il y a plein de façons de penser. Ils ont plein de moments aussi entre eux de pensée informelle ou formelle, d'ailleurs. Mais ce qui est certain, c'est qu'on n'avait pas une attente normative. Par contre, on a vu une attente de concentration, et effectivement d'effort de concentration, mais sûrement pas de parole normative. Donc, par contre, le cercle, et on a choisi la forme du cercle, parce que le cercle est à la fois un cercle d'égalité, mais dans lequel il y a une dissymétrie des rôles. Et donc c'est dans ces espaces de dissymétrie et d'égalité que je trouve que Philippe a hyper bien filmé ce rapport qui est vraiment spécifique à mon avis aux ados, où on voit en même temps le corps, les émotions et ce qu'ils disent. Donc c'est vrai qu'ils ne parlent pas tous. D'abord, dans le film, ça dure un peu plus longtemps que ça, les ateliers. Et puis il y a des moments en grand groupe et des moments en petit groupe. Donc quand ils sont en petit groupe, il y en a beaucoup plus qui parlent que quand ils sont en grand groupe. Donc il y a quand même, de ce point de vue-là, une évolution aussi des modes de parole. Ce n'est pas pour justifier, mais pour dire qu'il y a de fait une pensée de dispositif. Moi, je pense qu'en ce moment, vu la surcharge d'informations dans laquelle ils sont... en termes d'information, de réseaux sociaux, mais aussi à l'école, mais aussi partout, c'est qu'ils ont besoin qu'on invente avec eux, enfin pour eux, en tant que présence d'adultes, quelque chose qui donne des formes. Ce n'est pas forcément un cadre, c'est des formes. Ce n'est pas la même chose. Et du coup, il va se former comme une sculpture d'un moment, dans un atelier, qui va, pour moi, et c'est là que Guto m'a beaucoup intéressée, pour beaucoup c'est à dire que on fait pas une activité on ne sait pas ce qui va se passer exactement mais on saura la fin de l'atelier si on a fait événement ce qu'on n'a pas fait événement alors on fera pas événement pour tous de la même façon mais Quelque part, en tant que pédagogue, on saura s'il s'est passé quelque chose ou pas. Donc, vous voyez, il y a la prise de risque du pédagogue, et pour moi, la prise de risque du pédagogue, aujourd'hui, avec des ados, c'est la prise de risque de la forme, et de les mettre dans une forme qu'eux-mêmes vont habiter, pour qu'eux-mêmes puissent accéder à des formes de mots et de pensées qu'ils vont pouvoir habiter autrement. Ou même aussi, des fois, catégoriser. Par exemple, la carte. Voilà, ils savent énormément de choses, mais si ce n'est pas catégorisé quelque part, ça devient très aliénant. Donc il y a aussi toute une réflexion à avoir sur l'aliénation aujourd'hui des émotions, de l'information et de ce qu'ils en font. qui les submerge. Donc voilà, en tout cas, il y a plein d'autres façons de faire. Moi, c'est celle que j'ai inventée pour en ce moment, que j'avais envie d'inventer par rapport au référentiel que j'avais, qui était autour du psychodrame, du théâtre. Et d'ailleurs, j'ai animé ces ateliers avec des comédiens psychologues. Parce qu'en tant que comédien psychologue ou en tant que psychosocial, on avait cette capacité de travailler le contre-transfert et donc aussi ce qui se transférait avec les professionnels. Parce qu'en fait, les passeurs centraux de cette affaire, c'est effectivement les professionnels. Pourquoi ? Parce que moi, quand je viens travailler, c'est dans l'espoir que quand je ne suis plus là, ça continue. Donc il y a des choses qui continuent. Et je sais qu'à Corbeil, et je sais que sur plein de villes où on a été, il continue des choses. Mon regret aujourd'hui, c'est quand même vrai, c'est qu'il y a trop peu de gens pour coordonner ces choses-là et leur redonner une visibilité et leur redonner une forme. ce qu'on avait quand même inventé dans la politique de la ville à un moment donné. Parce que s'il n'y a pas de visibilité, il y a plein d'ateliers où il n'y a pas eu de caméra quand même, sur les 14 villes. Et même à Corbeil, on a fait deux ans d'atelier avant ce que vous voyez là. C'est-à-dire qu'il y a eu une formation de 18 mois avant, avant que Philippe arrive sur l'affaire. Donc 18 mois où une journée et demie, ils faisaient le module entre eux ensuite on le faisait avec les jeunes et ensuite on avait un debriefing donc vous voyez là des professionnels qui ont déjà traversé toute une histoire qui se sont déjà appropriés le truc et qui l'ont déjà refait pour eux-mêmes mais après pour moi la pédagogie il y a des pédagogues ici c'est le choix qu'on en fait et comment on est capable de se l'expliciter je me méfie aujourd'hui absolument du formel à formel comme catégorie avec les adolescents parce que je pense qu'au nom de l'informel on fait vraiment des fois absolument du n'importe quoi et on appelle ça de la démocratie et bien ça je pense que franchement c'est un leurre et ça c'est une discussion que j'ai avec les animateurs voilà, après on peut en discuter mais voilà
- Speaker #2
Et justement là-dessus, sur l'institutionnel dont vous parliez, pour reprendre le mot que vous avez utilisé, ce qui m'intéressait c'était le cadre justement, ce n'était pas le hors-cadre. Je n'ai... Tout ce que vous voyez à l'écran de ce qui ne se passe pas pendant les interventions des ateliers critiques, vous l'avez quasiment à l'image, ça ne m'intéressait pas. Ce qui m'intéressait, c'était justement ce cadre qui permettait, non pas, je ne suis pas d'accord avec ce mot-là, émancipation, c'est plutôt l'affranchissement, en fait l'affranchissement par la parole. Et je trouve ça vraiment très intéressant que le Verbe puisse avoir cette puissance-là. C'est ça qui m'intéressait. Donc, aller filmer ce qui se passait ailleurs dans une parole... Dans une parole de « ouais, qu'est-ce que t'as ressenti, moi j'ai ressenti ça, etc. » , j'avais envie que le spectateur puisse l'interpréter à travers ce qu'on voyait dans les regards, dans les silences, dans leur silence. Ensuite,
- Speaker #1
le problème, c'est que Joël fait parler tout le monde.
- Speaker #2
Il n'y a personne qui ne parle pas. Après, j'ai choisi des paroles plus que d'autres parce qu'il fallait que j'aille. La télé propose 52 minutes, donc je fais 52 minutes. Je ne peux pas faire une heure et demie. Mais en effet, ils parlaient tous. Et ceux qui ne parlaient pas, ils rigolaient. Ceux qui avaient du mal à s'y mettre, ils rigolaient par nervosité. Parce qu'en fait, ils avaient un peu honte. Donc c'est... On rigole parce qu'on ne sait pas comment se placer. Et c'est ça qui est très joli avec ce garçon qui dit l'air, elle est pure. Et hors champ, il y a une fille qui se moque de lui parce qu'il a dit l'air, elle est pure. Mais en même temps, son émotion est tellement profonde qu'évidemment, ça provoque du rire parce que ça provoque du malaise.
- Speaker #0
En fait, il rigole parce que dans les quartiers, ils ne sont jamais tout seuls. Et tout d'un coup, l'autre, il dit c'est bien d'être seul à la montagne. Alors, Alors que le gars en question, il vit que dans le quartier, il n'est jamais tout seul. Donc tout d'un coup, les autres, ils disent, attends, il est en train de parler de quoi là ? Et donc, ça fait un mouvement collectif, l'histoire de la pute là. Pourquoi il est revenu et que tout d'un coup, il me dit, madame, non, Parce qu'au début, en fait, la première question, je n'ai pas répondu. Je lui ai dit, oh, moi, je suis un peu fatiguée. Je lui ai dit, oh, ben, en fait, je n'ai pas répondu. Et puis c'est là, il est monté d'un cran, il m'a dit, soyez transparente. Et c'était pas par rapport à moi, mais c'était surtout par rapport au copain. Il savait qu'il allait se faire prendre la tête après. Ah non, t'as trop mal parlé là. Ça, ça se dit pas. Eh ben, il a préféré le dire en direct et reconnaître devant tout le monde que c'était de la vulgarité. Donc, on est en dynamique de groupe. Là, on est typiquement dans la dynamique des groupes restreints, d'idées en yeux. Mais vraiment. Et d'ailleurs, le nombre compte beaucoup. On n'est jamais... plus de 15. Pourquoi ? Parce que sinon, on n'est plus dans la dynamique des groupes au sens du psychodrame ou des travaux de Didier Anzieux. On est ailleurs. Et ce n'est pas non plus de l'intimisme. Jamais un atelier comme ça ne le fera à trois. Donc, il y a effectivement des choix. Après, on peut discuter. Moi, je ne remets pas en cause la parole intimiste à trois. Je ne remets pas en cause les assemblées générales. Mais il faut savoir ce qu'on fait. La question pour moi d'un pédagogue, c'est de savoir ce qu'on fait et chez qui on a aussi un minimum de référence quand même. Parce qu'il y a des gens qui ont travaillé avant nous, il y a des gens qui travailleront après nous. Si on ne veut pas perdre tout, on a intérêt à... Voilà, c'est ça. Et je pense qu'en tant que chercheur, entre autres, si je peux me permettre, on n'a pas n'importe quelle position par rapport à ça. C'est qu'on est un maillon d'une transition de quelque chose. Vous-même, en faisant de la recherche, vous contribuez à quelque chose qui s'inscrit dans une transition qui va être typiquement un travail quand même de mots. C'est de la pensée que vous allez écrire. Et n'empêche que c'est ce travail-là qui va faire à un moment donné pourquoi je suis devenue chercheure. J'aurais pu rester strictement pédagogue. Moi, j'aime la pédagogie. Mais qu'est-ce que j'aime penser ? Qu'est-ce que j'aime ce travail de recherche ? Alors, la joie de pouvoir mettre en lien la recherche. Il y a un bouquin de Sophie de Mijola qui s'appelle « Le plaisir de penser » . C'est une merveille. Donc, j'ai rencontré des personnes qui m'ont tellement aidée à faire ces passages-là. Voyez ? Et franchement, la recherche, moi, c'est un monde qui me passionne. Je pense que, avec la retraite, j'espère qu'à ma façon, j'arrêterai jamais. Vous voyez, c'est une attitude au monde.
- Speaker #2
Il y a quelque chose de très joli aussi dans le cadre, à l'intérieur du cadre, c'est que tout à coup on parle d'ailleurs du cadre. Quand les jeunes femmes voilées commencent à parler de la violence et commencent à interpréter chacune différemment cette image qui fait peur, elles parlent de quoi ? Elles ne parlent pas de leur imaginaire, elles parlent de leur expérience, elles parlent de ce qui se passe chez elles, ou chez leurs voisins, ou chez leurs cousins, ou leurs cousines, etc. Donc en fait, l'extérieur on l'a, et c'était ça qui... que je trouvais très jolie dans son travail et que je voulais restituer dans le film, c'est qu'on est à l'intérieur et on voit tout ce qui se passe en dehors. On voit une partie de ce qui se passe en dehors. Et on n'a pas besoin d'aller frapper aux portes d'un HLM pour le savoir. Là, dans cet endroit-là, ils nous ouvrent, elles en l'occurrence, puisque je parle de ce moment-là, elles nous ouvrent leurs portes, les portes de chez elles. C'est quand même... ça me paraît plus digne. Quoi ? C'est comme ça que je l'envisage.
- Speaker #1
Vous voulez parler ? Oui, il y a une question en effet.
- Speaker #3
Oui merci, je suis Anne-Emmanuelle, je suis médiatrice culturelle à l'abbaye de Beauport, donc un monument historique à Paimpol, et j'ai trois questions, pardonnez-moi, des questions assez pratico-pratiques. J'aimerais savoir d'une part comment se sont constituées les groupes. Peut-être que mes collègues qui travaillent en mission locale pourront, ou ailleurs, pourront peut-être y répondre, puisque je suppose que ça repose sur le volontariat, mais comment on fait pour solliciter ces jeunes dans ce cadre-là ? Ma seconde question a un lien avec l'atelier sur les peurs et ce qui rassure. J'ai cru comprendre que les groupes ont été séparés entre un groupe uniquement masculin et un groupe uniquement féminin. Non, ok, c'est juste alors... D'accord, super. Et enfin, ma dernière question porte sur l'importance du lieu, le rapport au lieu. Et là, je me tourne peut-être un peu plus vers aussi mes collègues du territoire, puisque donc moi je travaille dans un monument historique qui est... qui a une vocation à laisser en tout cas une grande place aux sensibles et une place à chacun. C'est une abbaye,
- Speaker #2
l'abbaye de Beauport à Paimpol,
- Speaker #3
où il y a une très grande place qui est laissée à la nature et notamment la réflexion qui est menée entre le rapport entre les humains et la nature. Et donc ma question était un peu de savoir si ça pouvait avoir un intérêt aussi de proposer ces espaces de parole. espaces de parole différents ou s'il vaut mieux un lieu qui est déjà connu, qui est déjà rassurant. Tu parlais d'allier tout à l'heure. Donc voilà, je me demande si avoir différents sites qui puissent être alliés, qui puissent être différents espaces de parole, si ça peut être intéressant. A titre personnel, je suis convaincue que oui, mais il y a différentes problématiques liées à l'espace rural et à la mobilité qui peuvent questionner probablement d'autres que je ne connais pas. Et voilà.
- Speaker #0
c'est déjà pas mal la première question, moi dans mes travaux de recherche je travaille à partir de la notion de groupe naturel c'est à dire je n'échantillonne pas je ne suis pas une sociologue je suis vraiment psychosociologue et je suis très comment dire Je suis investie par les travaux de Vereux et les travaux sur les questions d'anthropologie. Donc ça veut dire que je travaille avec des groupes qui de fait existent à leur façon déjà d'une certaine façon. Et là, en l'occurrence dans les cités du Calais. je travaille avec des groupes, alors là pour le coup, qui ne se sont pas formés entre jeunes. J'ai partagé, ma thèse en fait, c'est que je vais partager la vie d'un groupe de jeunes pendant six ans. Enfin, plus ou moins régulièrement, mais en tout cas beaucoup. Et sur la même dalle, pendant six ans, voilà, à Montreuil. Et c'est un bouquin qui s'appelle Les jeunes de la cité. Là, c'est typiquement un groupe naturel de jeunes. Là, c'est des groupes plus institués, puisque c'est des groupes de jeunes qui transfèrent sur des professionnels. Mais il n'y a aucun échantillonnage. c'est à dire que c'est les jeunes qui ont voulu venir et c'est donc les professionnels et en soi ça faisait symptôme c'est à dire moi je me rappelle une ville où j'ai bossé où il n'y avait aucun jeune là ce que j'ai vécu hier c'était rien là la colère que j'ai piqué ça a été quelque chose parce que ça je savais ce que ça voulait dire ça voulait dire qu'ils n'avaient pas investi le travail alors dans ce cas là c'est pas la peine de me faire venir de Paris pour ne rien foutre donc il y a aussi des notions d'engagement avec les professionnels mais les professionnels... ils ont aussi des supérieurs hiérarchiques. Donc s'ils peuvent se permettre de faire ça, c'est que les autres, ils n'en avaient rien à foutre. Et que le travail, il avait été apporté par la préfecture. C'est la préfecture qui l'avait imposée à la cité éducative. Donc on est dans des systèmes, il ne faut pas rigoler, quand on est payé, on est forcément inscrit dans des systèmes sociopolitiques. Et nous, notre boulot, c'est quand même de les décoder et de savoir ce qu'on accepte et ce qu'on n'accepte pas. Hier par exemple je ne me suis pas mis en colère, j'étais pas payée. J'ai accepté de venir, j'en ai pris le risque. Ok, on peut analyser ensemble pourquoi. Bon, c'est pas que ça m'a plu totalement, mais c'est comme ça. Voilà. C'est un risque que j'ai pris. Par contre, en tant que professionnel, alors là, c'est autre chose. C'est un engagement. Donc, un, il y a de l'engagement à tous les niveaux. Sinon, ça ne marche pas, un truc comme ça. Et effectivement, c'est des groupes naturels, naturels institués. Mais tous ces jeunes qui sont dans la maison de quartier, avec Walid, bien sûr que c'est leur lieu. Et il a raison, Walid, quand il dit, mais ce n'est pas que moi, c'est le lieu. lieu parce que c'est chez eux. Alors, la question d'arriver à faire venir des jeunes ailleurs que dans leur lieu, c'est déjà toute une histoire. Et là, par exemple, celui qui a évolué là, en fait, il a fait tous les lieux, lui. Lui, justement, il s'est accroché au truc, il s'est déplacé partout. Il a quitté son groupe naturel pour faire les ateliers. Bon, ils ne l'ont pas tous fait, quoi. Donc, en fait, c'est des groupes déjà présents sur le territoire, mais avec des professionnels. qui, eux, ont été formés et sont absolument co-animateurs avec moi. Alors, c'est vrai aussi que dans le film de Philippe, on me voit beaucoup parler. Et c'est voulu. Parce que, comme c'est un film qui a été fait après la formation et qui était monté à France 3, je me suis dit, là... je ne peux pas m'invisibiliser. Mais quand je suis en formation et que c'est les ateliers avec eux, ça ne se passe pas exactement de la même façon. Je parle moins. Même si je suis bavarde, je parle quand même moins. Non, non. Parce que mon enjeu, c'est que ce soit les professionnels qui reprennent. Donc mon positionnement, là, il était différent que dans le film. Là, j'avais un truc à démontrer quand même. Il fallait quand même que les gens qui voient le film disent qu'il se passe quelque chose et que de fait, voilà, le temps de la... maturation, il n'était pas le même. Alors qu'avant, il était là. Donc ça, il y a tout ça pour que ça, ce soit possible. Effectivement, la question des lieux, elle est fondamentale. Donc, un site qui a déjà créé une hospitalité éducative, ça veut dire qu'on s'est déjà co-accueillis. À ce moment-là, on va pouvoir faire circulation. Mais c'est circulation des identités masculins, féminins. Pourquoi à la maison de quartier du centre-ville, il y a essentiellement des mecs ? Les filles n'ont pas voulu venir, elles n'ont pas voulu se mélanger avec les garçons. On ne les a pas imposés. Par contre, effectivement, le groupe à la mission locale a été fait. fait par la réussite éducative. Alors là, c'est des jeunes nominativement qui ont été choisis. Donc là, ils n'ont plus faire de la mixité. Mais Corbeil Project, c'est une association de femmes. Donc c'est pour ça que c'est que des filles.
- Speaker #1
Il y avait un garçon et je l'ai mal filmé. Donc, je ne l'ai pas mis dans le film, mais il y avait un garçon.
- Speaker #0
Mais franchement, c'est une association de femmes. Donc, vous voyez, ce qui est intéressant, c'est que tout soit possible. C'est-à-dire qu'il y a effectivement deux lieux où c'est mixte, l'école, le lieu qui a été créé par la réussite éducative, donc lié à la question scolaire. Et donc, c'est aussi intéressant d'avoir des lieux qui obligent à la mixité comme des lieux qui vont permettre de ne pas être mixtes. En fait, c'est là que se fait circulation. Mais ça, ça se pense, quoi. Réellement, là, je suis en train de vous dévoiler, en fait, tout un travail qui est absolument nécessaire pour faire un travail comme celui-là. C'est-à-dire, c'est pas hop, ça y est, on met un atelier demain en place. Ça demande réellement un travail collectif. Et donc, il y a un intérêt porté de façon, j'allais dire, hiérarchique par rapport aux professionnels impliqués pour que ça fasse sens pour le territoire. territoire. Ça, j'en suis certaine. Parce que les ateliers où on a fait, où il n'y a pas eu ça et ça a existé, c'est une expérience négative. Mais moi, je sais qu'il y a un atelier, je peux le dire, c'est à Reims. J'ai refusé d'aller faire le bilan en disant non, moi, le bilan, il est en présence de ceux qui ont commandité le travail. Si ça ne les intéresse pas, je ne viens pas. Je ne suis pas venue. Mais je savais aussi que les professionnels, ils s'en foutaient du bilan. eu envie, je serais venue. Vous voyez, il faut aussi, parce qu'aujourd'hui, les employeurs et les gens qui payent, ils se fichent du monde parfois, parce qu'ils disent faites faire des bilans professionnels, mais eux, où est-ce qu'ils se mouillent là-dedans ? Nulle part. C'est eux qui ont pris la responsabilité de l'engagement. Donc ils ont aussi à s'expliquer face aux professionnels, pourquoi ils ont payé ce travail-là. Et là, on a des vraies questions de politique publique. Non, je suis... C'est vrai. Mais merci pour les questions. Parce que c'est dans ces questions que vous appelez pratico-pratiques que se fait le sociopolitique. Exactement.
- Speaker #2
J'ai une petite question à poser, mais qui est à la limite du hors-champ par rapport au film. Moi je suis Thomas Berthe, mais je suis complètement incompétent dans les matières sociologiques à aborder. Et je suis que l'adjoint à la culture ici à la ville de Guingamp. Et il y a un point qui m'a surlupiné un petit peu. J'ai compris que le travail il est ciblé. sur la jeunesse et qu'il y avait quelque part un objectif de fond de rapprocher cette jeunesse du fonctionnement démocratique que l'on a. Et la question que j'avais, c'est qu'au travers de tous ces ateliers, tout ce travail, toutes ces rencontres, vous avez peut-être pu percevoir une réponse à cette question. est-ce que finalement Cet éloignement que l'on ressent par rapport à ces jeunes vis-à-vis de la vie démocratique, est-il si différent de ceux qui ne sont pas jeunes ? Dans les échanges que vous avez pu avoir, c'est-à-dire ce qui doit faire transparaître aussi les échanges que les jeunes ont avec leurs adultes, en tout cas entourage, est-ce qu'ils sont différents dans le désintérêt sur la vie démocratique ou pas ? Est-ce que vous avez une approche là-dessus ?
- Speaker #0
D'abord, critique. Enfin, ça, c'est la psychosociologue. Philippe pourra parler aussi de ce que lui, il a ressenti de la question. Moi, d'abord, je crois qu'ils sont intéressés par la question démocratique. Donc, la question, c'est comment les adultes sont présents à eux sur la question démocratique et quel est le pouvoir réel. Alors, par contre, ils sont très vigilants de savoir s'ils sont manipulés ou pas. Autant ils sont naïfs sur les réseaux sociaux, autant dans le réel, ils ne le sont pas beaucoup. Je pense qu'en fait, c'est vraiment la question de la prise de risque des adultes. Et si on est en prise de risque, même avec les plus branquignoles, alors ça ne veut pas dire que pour autant, ça va se refixer complètement sur quelque chose de loyal avec le système démocratique. Dans les gens qui sont dans le film, il y en a qui ont fait voter, et dans les professionnels. C'est le système d'assaut, Corbeil. C'est le système mafieux de Dassault. Il y en a là-dedans, je le sais, qui ont insulté le maire, enfin ils ne sont pas repassés, et qui vraiment ont travaillé pour la droite fachou. Et c'était les mêmes. Donc on a affaire à des systèmes de facettes qui sont hyper compliqués. Et ça, c'est vraiment, et là, ce n'est pas que les jeunes. Le problème, c'est ça. C'est que que les jeunes soient à facettes, adolescents, c'est totalement normal. Mais que par contre, des adultes qui sont payés comme animateurs soient aussi à facette et puissent être autant dans, j'allais dire, le clientélisme mafieux que dans leur travail d'animateur, alors ça, ça ne va pas. Eh bien, ça, je peux vous dire que se sortir de ça, ils ne s'en sont pas sortis. Donc, c'est vrai que la question du travail dans le système politique où on se retrouve, eh bien, on ne va pas faire les mêmes choses. Du coup, là où j'ai fait les ateliers, ça n'a pas produit les mêmes choses. Mais pas tant à cause des jeunes qu'à cause des professionnels et du système politique local que j'ai rencontré. Et on a vraiment affaire à des systèmes politiques locaux différents aujourd'hui. Là, je viens d'écrire un article qui s'appelle « Religion et politique dans les quartiers populaires » qui va être publié dans Topic. J'ai fait des idéotypes pour montrer comment on va du plus identitaire aux Arrangs et comment la laïcité est complètement prise dans cette question-là. Lorsque je suis allée à l'église des droits de l'homme, j'anime le groupe laïcité. Donc on est allé sur des sites pour voir comment se vivait la laïcité. Selon les systèmes mis en place avec les habitants postcoloniaux, postouvriers, on n'a pas le même vécu de la laïcité. On a des villes qui vont refuser totalement tout dialogue avec les musulmans en disant de toute façon ils sont inintégrables et qui vont assumer totalement la ségrégation socio-spatiale. Comme on va avoir des villes à l'inverse qui vont chercher des arrangements parce qu'ils ont 15 000 musulmans qui veulent faire l'Aïd en même temps et qui vont ouvrir les terrains de sport. et qui vont avoir des liens en permanence avec la mosquée. Donc aujourd'hui, on a sur cette question démocratique, pour les quartiers populaires je parle, en fait, des différences, mais pour moi la différence ne tient pas tant des jeunes que de l'environnement social-politique qu'ils rencontrent et donc de comment on fait vivre l'environnement social-politique. Et je pense qu'aujourd'hui c'est une vraie complexité au champ national, c'est-à-dire comment effectivement on fédère au champ national. Ces différences, pour qu'elles soient entendables, par exemple dans un espoir à gauche, eh bien allons-y tiens, c'est extrêmement compliqué. En fait c'est extrêmement compliqué. Mais moi ce que je pense, c'est que dans ces ateliers c'est modeste, mais ces jeunes à un moment donné auront fait l'épreuve d'une épreuve démocratique, parce qu'on a créé un cercle, ils ont tous été égaux sur le cercle, on a vraiment fait que chacun puisse parler en fonction de ce qu'il avait à dire. On a écouté ce qu'ils avaient à dire, on n'a pas jugé ce qu'ils avaient à dire, on a reformulé ce qu'ils avaient à dire, on a poussé plus loin. Et ça, je pense que moi j'aime, enfin moi c'est ce que j'essaye de faire, c'est de faire des micro-épreuves démocratiques pour faire que de fait, ces jeunes, et je suis persuadée de ça, que des jeunes qui l'ont vécu une fois dans leur vie quand on fait l'événement, ça marque quelque chose. Jeanne Nîmes à Réseau International avec huit pays. Non pas les plus simples, puisqu'il y a l'Ukraine, les Palestiniens, les Mayottes, les quartiers populaires français, tous des quartiers populaires, le Brésil, le Sénégal, tout ça. Et on va travailler sur quoi ? Sur le vécu des menaces et comment on fait avec les menaces. Premier programme, c'était transformer les colères des jeunes des quartiers populaires. Donc moi, je ne suis que là-dessus. Et c'est vrai que je travaille beaucoup les travaux de l'école de Francfort et d'Anna Arendt, parce que c'est encore ceux qui me parlent le plus. aujourd'hui d'un univers démocratique. Alors, on peut se dire, c'est le XXIe siècle, peut-on penser pareil ? C'est une bonne question. Mais cependant, et puis rencière sur l'émancipation, parce que je pense qu'il faut aussi avoir des références pour ça. Mais vous voyez, pour pouvoir travailler cette espèce d'éclatement démocratique, il faut vraiment avoir des références de pensée, en fait. Et donc, quand on est élu, en plus élu à la culture, Je pense que ce n'est vraiment pas neutre, alors là, du tout, la position que vous avez sur cette question de l'épreuve démocratique. Et c'est vrai que moi, je fais le pari, mais je suis un peu altérondialiste pour ça, c'est que plus on aura d'épreuves démocratiques positives, je ne dis pas que ça arrêtera la montée de l'extrême droite magiquement, mais ça armera plus les jeunes et les gens à pouvoir dire non au bon moment et à pouvoir inventer d'autres choses. C'est un pari de pédagogue.
- Speaker #2
Ça rejoint aussi effectivement les objectifs et les paris développés dans nos actions éducatives. éducation artistique et culturelle qui sont développées fortement ici à Guingamp mais c'est un des intérêts du film aussi pour nous c'est vrai qu'on parle de contextes qui sont très différents d'une région à l'autre et d'un contexte politique à un autre et de ce point de vue là pour nous on a un peu un côté exotique à ce reportage parce qu'on n'a pas du tout les mêmes contextes et du coup pas forcément les... mêmes outils développables ou utiles pour atteindre ce même objectif de rapprocher les gens du fonctionnement et de l'idéal démocratique. Mais je pense que sur les jeunes, on est pas mal équipés. Mais ma question de départ venait, c'est, voilà, comment on fait après ? Il n'y a pas que les jeunes, quoi.
- Speaker #0
J'arrêterai, je donnerai la parole à Philippe. Je suis en train de faire des ateliers avec les parents, sur le rapport entre les parents et les adolescents, avec les éducateurs et la maison des adolescents. Je retrouve des difficultés qui ne sont pas très loin de ce que j'ai vécu avec les adolescents. Avec des familles qui sont sur trois générations au RSA, parce que c'est la crise des dockers et donc le travail a disparu. Comment on fait avec des jeunes pour se projeter dans l'avenir sans le travail ou avec le travail, comment on remet les gens ou pas dans le... Donc à chaque fois, j'allais dire, effectivement, dans chaque contexte, en fait il faut réinventer du processus. Et moi c'est ça qui me passionne. C'est que j'étais partie d'ailleurs sur une façon de penser. Et puis quand je les ai vues, en plus les parents, au début je me suis dit, je ne vais jamais y arriver. Ils sont tous dans des situations, mais c'est à se prendre la tête. Et puis première présentation, il y a une des dames, ils ont fait une université pour parents avant quand même, et qui dit, de toute façon on ne comprend rien à ce que vous dites. Bon, je leur dis, écoutez, je vais vous dire un truc. C'est que moi je ne suis pas mère de famille, c'est que des mères de famille. Moi je n'ai pas d'enfant. La seule chose que je peux vous dire, c'est que j'ai écouté des adolescents. Donc si ça vous intéresse, vous pouvez peut-être essayer de travailler ensemble. Ah ben après, elles ont toujours tout compris. Mais moi je me suis dit, il faut que je commence autrement. Et là, première séance de travail, mais j'ai les éducateurs et les psychologues de la maison des ados avec moi quand même. Donc on travaille en petits groupes et en grands groupes. Et donc la première question, c'est qu'est-ce qui fait que votre enfant, comment vous voyez qu'il est devenu un adolescent ? Et alors là, c'est parti, tout seul. Donc, si on retrouve l'expérience, on arrive en fait à rentrer dans les spirales de travail de processus démocratique. Et alors là, il y en a une qui a dit, bon, on n'est jamais allé à la maison des ados, ben on va aller à la maison des ados, hein.
- Speaker #1
Ben j'ai dit, ouais,
- Speaker #0
prochaine réunion. Puis il y en a une qui dit, mais il faut qu'on parle au quartier, hein. Alors on a inventé un truc, c'est que chacune va reprendre des messages des séances de travail, et on va faire un webinaire pour tout le quartier. Voilà. Donc je crois beaucoup aussi dans le travail démocratique à l'invention en fait. Mais il y a un certain nombre de principes et du coup on peut aller travailler dans des milieux hyper différents. Voilà, excuse-moi Philippe.
- Speaker #1
Mais pour répondre à votre question monsieur d'une autre manière.
- Speaker #0
Attends, Laurent, Laurent.
- Speaker #1
Pour répondre à votre question d'une autre manière et pour rejoindre les adolescents aux adultes sur la question du démocratique, je ne dirais pas inventer, je dirais créer, puisque c'est votre chemin à vous. La culture, à partir du moment où vous mettez les gens en mouvement, où vous leur demandez de penser, de penser, de créer, de créer une pensée, de créer. À partir de ce moment-là, ils regardent l'autre. À partir du moment où ils regardent l'autre, ils peuvent réfléchir autrement et s'intéresser à la République. Mais ce n'est pas de leur donner des activités à faire, c'est de les faire créer, ce qui est complètement différent. Et ce qui m'a intéressé dans le travail de Joël, c'est bien ça. C'est-à-dire que par ses ateliers de la pensée critique, elle les fait penser, elle leur fait créer de la pensée. Alors évidemment, après, on est paradoxal. C'est pas parce que tout d'un coup, on a un penchant qui est vers la démocratie qu'on ne peut pas être attrapé par d'autres forces. Mais ça, c'est l'être humain en général.
- Speaker #0
D'autres questions ? Je crois qu'il n'y a pas beaucoup de temps. Peut-être encore une ou deux questions quand même ? Voilà,
- Speaker #1
là c'est bon.
- Speaker #3
Ok, c'est quand même dommage de ne pas savoir se servir. Donc, moi je suis Amélie Moine et je travaille à Guingamp, un peu l'agglomération. Mais ça on s'en fiche un peu. Moi je voulais simplement vous dire que j'avais été très émue par votre film. Aussi bien sur la façon dont il a été filmé et sur votre approche, Madame Bordet. J'ai trouvé que c'était plein de pudeur et en même temps vous êtes allée chercher... Au plus profond de ces jeunes-là qui m'ont beaucoup touchée, j'ai envie de les rencontrer en fait maintenant. Et ma question est la suivante. Non, j'en ai deux en fait. Elles sont très concrètes. Est-ce que vous avez diffusé ce film aux parents et comment ils ont pris les témoignages de leurs enfants ? Enfin, moi, je suis maman et j'aurais été fière. Donc, j'aimerais bien savoir. Et la deuxième question, est-ce que des jeunes ont accepté de se faire filmer au départ et puis se sont rétractés parce qu'on était un petit peu trop dans leur... Intimité
- Speaker #0
La première c'était... Oui alors... Il y a eu une séance, une grande séance organisée par le maire là, et donc en fait il y avait 150 personnes dont beaucoup de parents, tous les jeunes sont venus, tous les professionnels, tous les cadres de la ville et la première chose qu'une dame a pris la parole, une mère de famille, elle a dit ce film me donne de la dignité. Voilà. Et donc, en miroir de ce qu'ont vécu les jeunes, alors les jeunes étaient très fiers, ils étaient fiers parce que déjà le film était allé jusqu'au bout et qu'ils en ont parlé, mais surtout, alors il y a un certain nombre de garçons, ils ont écouté, ils sont partis, mais les parents sont restés. Et si la municipalité était restée, mais elle s'est fait virer, je devais faire un travail d'écoute des parents avec les écoles. et avec les parents d'élus. Mais malheureusement, ils se sont fait virer. Donc, à mon avis, c'est fini. Et puis bon, je n'irai pas travailler pour le système d'assaut. Donc, voilà. Mais effectivement, c'est tout de suite un... Voilà. Alors, à Dieppe, on a pris le chemin différent. C'est de travailler directement, parce qu'ils sont aussi très en lien avec les parents. au travail des parents, mais ils ont déjà fait des ateliers de la pensée critique. Et après, on va faire une grande séance au cinéma pour présenter le film. Donc ce travail intergénérationnel, il est absolument nécessaire.
- Speaker #1
Et sur la question du droit à l'image, alors il faut savoir qu'il y avait quelque chose qui était très très compliqué, c'est qu'il y avait une partie de la salle qui ne voulait pas être filmée, ce qui est tout à fait légitime, donc je ne les filmais pas, mais des fois ils se mettaient en plein milieu, ou des fois ils disaient après, ah mais non je ne veux pas être filmé. Ça a rendu le montage un petit peu compliqué, mais pour l'essentiel, ceux qui avaient dit je suis d'accord pour être filmé avec autorisation des parents, ils ne se sont pas dédiés.
- Speaker #0
Au contraire, ils étaient extrêmement fiers. Alors là, moi j'ai été très étonnée. C'est qu'en fait, ils parlaient presque avec plus de sincérité, d'authenticité, en sachant que Philippe, avec aussi énormément de pudeur, énormément de discrétion, l'ingénieur du son, faisait aussi qu'il n'était pas intrusif du tout.
- Speaker #1
Et d'autre part, en fait, plusieurs passaient derrière la caméra pour voir. Et je leur montrais bien volontiers ce que j'étais en train de filmer, donc ils étaient rassurés aussi. Ils voyaient que je faisais quoi. Ils pouvaient voir qu'il y avait de la qualité et que je n'allais pas chercher des choses qui auraient été désagréables pour ceux que je filmais quand ils regardaient. Oui, bonjour. Moi ce qui me vient comme commentaire... Ce qui me vient comme commentaire en fait... Se présenter s'il vous plaît.
- Speaker #4
Oui, je vais me présenter. En fait j'ai deux parties dans ma vie. J'ai 25 ans de travail d'éducateur spécialisé. J'ai œuvré en santé éducative fermée, en séjour de rupture, en protection de l'enfance, dans le champ du handicap. Et j'ai aussi une partie de ma vie qui est dans la critique de cinéma. Et en fait, ce que je voulais dire, cette expérience de film... Ça rejoint un peu le débat qu'il y a eu tout à l'heure sur l'évaluation des politiques publiques, en fait. Et ça a fait co en me disant, cette expérience de pensée critique, elle existe là, parce qu'un film a eu lieu, en réalité. Et donc, j'ai revisité, moi, ma carrière d'éducateur spécialisé. Et notamment une expérience où je traversais une partie de l'Afrique, notamment dans un 4x4 dans le désert, avec des délinquants qui avaient été virés de toutes les structures de France et de Navarre. Et on était seuls dans le désert avec ces gamins en très grande difficulté. Sauf que pour le citoyen, ça n'existe pas en fait, cette expérience. Moi elle existe parce que j'étais avec les gamins au milieu du désert, etc. Et ce que je trouve merveilleux dans le cinéma, dans l'image, c'est que toutes ces expériences magnifiques dans les villes, ce que font les élus, le travail social, ce que font des enseignants, ce que font des personnes à la communauté de communes, etc., ça existe parce qu'il y a du cinéma.
- Speaker #1
Ce qui est amusant, c'est que je m'en suis rendu compte après. Ce n'est pas pour ça que j'ai fait le film. Mais j'avais lu des écrits de Joël, après l'avoir rencontré. Et en fait, elle a été publiée, elle a écrit des articles, etc. Mais tant que ce n'est pas vivant, ça a une drôle d'existence. Parce qu'elle relate dans ses écrits une expérience humaine. qu'on ne peut pas y prouver. Et en fait, je trouve ça formidable parce que, encore une fois, ce n'est pas pour ça que j'ai fait le film, mais tout d'un coup, Joël s'en est emparé comme un outil de travail. Donc en fait, ça filme son travail et ce film sert à son travail.
- Speaker #0
C'est une prise de risque, il n'y a quand même pas tous les psychosociologues qui acceptent d'être filmés en train de travailler quand même. Moi j'ai eu bien peur quand même pendant tout le temps, jusqu'à ce que je vois le film fini, mais j'avais une grande confiance. dans Philippe et je sentais aussi à cause des films qu'il avait déjà fait mais c'est quand même une prise de risque que de savoir qu'on va passer à la télévision sans filtre là et en plus sans introduction c'est à dire que je serais même pas là pour garantir quoi que ce soit donc c'était pas si simple que ça après, moi c'est vrai que j'avais dit à Philippe j'aimerais écrire un texte parce que je suis pas tout à fait d'accord avec toi je pense qu'il y a certaines écritures qui comme quand on fait de la littérature donnent des émotions et permettent de partager des choses si vous lisez mon premier livre, Les jeunes de la cité moi je peux vous dire que pour ceux qui l'ont lu il y a quand même quelque chose qui réveille quelque chose de l'imaginaire, de la représentation, des émotions tout n'est pas... théorique à distance, surtout chez moi donc c'est une autre forme, en tout cas c'est une autre forme et c'est une autre approche de la sensibilité mais j'ai découvert moi ce que ça pouvait faire effectivement que d'être filmé comme tu dis, dans une expérience que toi tu vis comme singulière et au plus fort de ce que tu peux vivre et tout d'un coup tu la vois en image et tu te vois aussi d'un point de vue spéculaire aussi moi quand je me suis vue et vue avec les animateurs et vu même toute seule physiquement et vu en image comme ça, demanda Philippe c'était pas toujours si simple que ça, moi je ne m'étais jamais vue la petite boule au milieu des autres elle a un peu maigri parce qu'elle a été malade depuis, mais elle n'est plus la même ça c'est drôle aussi donc il y a un effet spéculaire et c'est vrai aussi pour tous les professionnels pour tous les jeunes tout d'un coup ils se voient comme ils ne se voient jamais et ça c'est une prise de risque très intéressante et je pense qu'avec des adolescents Non. en difficulté, parce qu'il faut voir les oiseaux qu'il y a là-dedans quand même. Tu vois, celui qui ouvre et ferme son bouson là, il a une sacrée trajectoire, celui-là. Bon, j'espère qu'il en fera quelque chose. Réellement, je trouve, effectivement, je n'avais jamais appréhendé à quel point... Mais c'est Philippe, c'est-à-dire que c'est aussi une capacité de respect, de pudeur, de rapport à l'autre et d'écriture du film, que je trouve très rare. Merci. c'est à dire on n'est pas dans un reportage on est réellement dans une écriture et ça pour moi ça change tout c'est à dire il y a un espace transitionnel où on peut penser des choses imaginer, créer et surtout créer c'est à dire on n'est pas face à l'objet en direct il y a quelque chose où on est emmené dans le fait de penser, tous les gens trouvent que c'est trop court parce qu'en fait ils sont emmenés dans un travelling ils sont emmenés dans une forme de voyage un gel clé. quelque part, ils se projettent eux-mêmes. Donc ça, c'est Philippe qui l'a fait. Et c'est vrai que là, par exemple, pour dire, et j'arrêterai là, j'anime depuis 20 ans un travail avec SOS Racisme et l'Union des étudiants juifs de France où on travaille dans les classes pour déconstruire les stéréotypes. Vous imaginez que depuis deux ans, depuis longtemps, mais depuis deux ans, ça donne à mort, quoi, entre l'UEJF et les militants antiracistes et les militants sur l'antisémitisme. Vous pouvez imaginer ce que ça peut donner. C'est vachement dur. Mais moi, je tiens à Coexiste. Parce qu'on a travaillé avec 25 000 élèves. On vient de leur présenter le film. Moi, je peux dire, parce que Philippe, il n'a pas forcément entendu pareil, mais qu'il y a eu des éléments de débat qui se sont passés après la projection de ce film, dont on n'arrivait pas à parler depuis deux ans. Depuis le 7 octobre, en fait. Donc, c'est vraiment intéressant de voir comment un film peut faire tiers. Et là, c'est des militants. C'est des militants qui, sous la pression de leur direction, veulent bien encore faire des formations pour aller dans les classes, mais il y a une sacrée a priori idéologique à dépasser pour faire bosser ensemble les antiracistes et les antisionistes. Ou surtout les antisémites. Enfin, tout ça est très compliqué. Donc, c'est pour dire que ce film, moi, je découvre en marchant que selon à qui il est projeté... il ne va pas faire le même travail, il ne va pas être mis au travail de la même façon. Et moi je parie que si c'était un reportage totalement rationnel, où on est spectateur des choses mais pas impliqué en train de regarder la chose, il ne travaillerait pas pareil. Et ça c'est l'écriture de Philippe. C'est son regard, c'est l'écriture, c'est parce que c'est un scénariste. Ça, j'en suis absolument persuadée. Parce que j'ai déjà passé des reportages, ça ne fait pas ça. C'est exactement ce que je voulais dire, que le cinéma est d'utilité publique. Les cinéastes, les réalisateurs, les documentaristes sont des cinéastes, ce ne sont pas des journalistes. Justement, ils réécrivent une réalité qui est plus réelle que le réel. mais qui est signifiante en fait. Et c'est ça qui est formidable dans ce genre d'expérience, et ce serait bien que ce soit multiplié auprès des enfants autistes, handicap invisible, protection de l'enfance, où il se passe des choses merveilleuses, mais qui n'ont pas eu cette chance de la mise en cinéma.
- Speaker #1
Complètement, quand tu vois la fermeture des CEF, non pas que j'étais pour les CEF forcément, mais n'empêche que la façon dont va se faire la fermeture des CEF, où on va refaire de l'emprisonnement d'enfants de 13 ans aujourd'hui, si on avait quelques films comme ça, on aurait plus de rapports de force que le fait que tout est invisibilisé, et en particulier dans le travail avec les jeunes en difficulté. Et là, je t'appuie totalement, je veux dire, entre l'effort qui a été fait. le nombre d'inventions qui ont été faites, et effectivement, à quel point c'est pas mis en valeur et porté devant le public pour faire rapport de force, c'est monstrueux.
- Speaker #2
Merci Joël, merci Philippe, merci Manuel, merci à vous tous.
- Speaker #0
Merci Laurent, merci Maëline.