- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans l'état d'esprit. A travers chaque rencontre avec mon invité, nous explorons le pouvoir de la parole. Une parole qui éclaire, qui engage et qui parfois répare. Bonjour Antoine Nicou.
- Speaker #1
Bonjour Olivier.
- Speaker #0
Quel joueur vous étiez avant de sur le terrain, dans la vie de groupe, avant de devenir entraîneur ?
- Speaker #1
Alors j'étais un joueur pas bien grand, donc par conséquent il fallait trouver une place au milieu de... au milieu de tous les costauds. J'étais quelqu'un de passionné par le jeu, passionné par le jeu et passionné un peu par les gens, par le groupe, par être au milieu du groupe, par faire partie du groupe. Le côté social du rugby m'a tout de suite beaucoup plu et continue à me plaire beaucoup. On prend beaucoup de décisions, on réfléchit un peu avec les autres, pour les autres. Ça s'est fait naturellement, mais c'est quelque chose dans lequel je me suis engouffré. J'ai assez vite été passionné par le jeu, par le ballon, par le jeu.
- Speaker #0
Et le passage de joueur à entraîneur, il se fait naturellement ou pas forcément ?
- Speaker #1
Alors pour moi vraiment naturellement, parce que j'ai toujours pensé entraîner, sans imaginer un quelconque niveau de performance ou quoi, mais j'ai toujours imaginé entraîner, parce que peut-être de par mon poste ou par ma construction, j'ai toujours... J'ai essayé de beaucoup réfléchir au jeu, à comment manipuler les défenses, comment organiser l'équipe, comment aller vite, comment jouer vite. C'est quelque chose qui m'a toujours plu, beaucoup échanger avec mes entraîneurs, avec les camarades. J'ai essayé d'avoir ce petit temps de réflexion. C'était naturel, j'avais passé très tôt des diplômes quand j'étais étudiant, les premiers diplômes d'entraîneur. Je ne savais pas ce que j'allais en faire vraiment de ce diplôme. Je savais que j'allais entraîner, je ne savais pas le niveau, mais en tout cas je voulais le faire.
- Speaker #0
A la section paloise, vous êtes en charge de la défense. En quoi consiste votre rôle ?
- Speaker #1
Mon rôle, c'est qu'on n'a pas le ballon et c'est vite le récupérer pour marquer des essais. Pour schématiser, c'est s'organiser le mieux possible quand on n'a pas le ballon. Ou quand on l'a dans notre camp, très proche de notre ligne, comment on s'en sépare pour le récupérer vite ou pour ne pas se mettre en danger. C'est organiser l'équipe, alors beaucoup autour d'un état d'esprit. On n'a pas le ballon, donc le but c'est quand même d'avoir le ballon, de posséder le ballon, de marquer des essais, c'est quand même ça un peu le truc du rugby.
- Speaker #0
Sans trahir de secret, qu'est-ce que vous travaillez ? Parce que travailler à défendre son ballon, c'est pas intuitif quand on joue.
- Speaker #1
Non mais il y a des repères, évidemment des repères communs, des principes alors qu'ils varient d'une équipe à l'autre pour le coup. Et puis après, donc ça c'est l'organisation un peu générale, c'est le plan large et puis sur le zoom. c'est la question du placage, du ruck, du contact c'est comment on est dominant, alors là pareil il y a plein d'écoles donc c'est un domaine où on peut encore faire mieux ça c'est le zoom, il y a le plan large l'organisation globale et le zoom, vraiment le contact les rôles de chacun dans le placage c'est très très varié comme fonction, on va dire. Je suis aidé par pas mal de collègues. C'est bien, c'est très interpénétré, on ne travaille pas en silo. C'est quelque chose dans lequel je me retrouve, parce que c'est quelque chose qui bouge aussi beaucoup. C'est un domaine qui bouge beaucoup.
- Speaker #0
Alors, on est ici au centre d'entraînement de la section Pallois, vous faites partie d'un staff. Comment on arrive à trouver sa place dans un staff ? Parce que vous êtes plusieurs entraîneurs. Comment on trouve sa place ? Vous, vous restez dans la défense, si je puis dire, où vous... Vous allez aussi donner votre avis sur d'autres éléments.
- Speaker #1
C'est une bonne question parce que je crois que maintenant on est 27 dans le staff. On a quand même ici un manager qui a une vision lointaine, un chemin pour y arriver. Donc j'ai envie de dire qu'on ne se marche pas dessus parce que chacun a une mission aussi. On partage beaucoup les choses. Je parle des entraîneurs rugby. Chacun a un domaine de responsabilité, mais on ne veut surtout pas travailler en silo. Évidemment qu'on essaye de véhiculer un message commun entre staff, entre coach. rugby, donc tout le monde est au courant de tout.
- Speaker #0
Comment on peut gérer les désaccords et à ce moment-là, qui les gère ?
- Speaker #1
La parole de chacun est très importante dans notre fonctionnement, tout est entendu. Quand il y a des accords, ça ne va pas plus loin que ça, c'est le manager qui va trancher, mais on n'est jamais non plus arrivé à des compromis. Tout le monde comprend aussi pourquoi quelqu'un défend une opinion peut-être un peu différente, il y a toujours des raisons.
- Speaker #0
Vous avez joué et vous avez entraîné dans plusieurs clubs, dans plusieurs équipes. Comment vous avez fait le choix ? C'est une idée d'un club ou c'est une rencontre avec un manager, avec un dirigeant ?
- Speaker #1
C'est un petit peu à chaque fois comme ça. Moi à chaque fois c'était des rencontres. Quand j'ai fini de jouer à Lyon, au Loup, je suis parti à la ville urbaine. J'étais très jeune, pas encore entraîneur ou très jeune entraîneur, et c'était le club à côté de Lyon qui cherchait du monde. Après je suis revenu au Loup parce que j'y avais joué, ils m'ont ressolicité. Puis après je suis allé à Chambéry, Dosan, qui est ma ville natale. Et après c'est la section paloise via le manager que je connaissais de la Fédération Française de Rugby qui m'a contacté. Donc à chaque fois c'est plus des rencontres, des opportunités.
- Speaker #0
La section paloise vient de réaliser une très belle saison. Est-ce que vous êtes plus fier des résultats ou finalement de la progression du groupe ?
- Speaker #1
C'est une bonne question encore une fois. Je vais être peut-être un peu direct. Moi je suis très fier des résultats. Pourquoi ? Parce que ça marque, ça reste ancré, ça marque quelque chose. C'est palpable, c'est évaluable. On a un nombre de points au classement qu'on n'avait jamais eu. Donc toute l'année, le résultat du week-end est... est quand même très impactant sur notre quotidien. Staff, je parle au staff, mais pour l'environnement du club, c'est quand même conditionné aux résultats du week-end. Donc on a eu une saison, et j'espère que la prochaine sera du même acabit, où on a beaucoup gagné, notamment en début de saison, où ça s'enchaînait, et ça nous a donné une énergie incroyable. Donc vraiment, les résultats ont eu un impact, jusqu'à la qualification. Et évidemment que, si je prends un peu de recul, la progression du groupe, en tout cas, c'est comment on a emmené le groupe vers des intentions très claires. Pour ceux qui ont suivi la section paloise, tout le monde a parlé de notre domination sur les ballons hauts, notre nouvelle domination sur les ballons portés, donc on sentait qu'il y avait des choses qui bougeaient, qui bougeaient, qui s'ancraient un peu, mais elles sont remises à zéro cet été. Donc ça c'était fort de voir l'environnement, plus ou moins proche, reconnaître dans la section des points forts, peut-être qu'elle n'avait pas les autres années. Donc c'était satisfaisant aussi, même si ça reste quelque chose de fragile.
- Speaker #0
Et justement, ces points forts, c'est quoi ? technique, de la confiance des deux ?
- Speaker #1
Oui, c'est d'avoir d'abord des idées, les partager avec les joueurs, que ça devienne des intentions, qu'on n'en sorte pas au premier accro, premier échec, et après, évidemment de la technique, nous on a développé quelque chose un peu sur les ballons hauts, pourquoi ? Parce que d'abord, on a un arrière australien qui est arrivé il y a longtemps, Jack Maddox, qui prenait tous les ballons très haut, qui est grand, qui est haut. Puis après, Théo Atisogbe s'est challengé là-dessus. Puis après, est arrivé Aaron Grandidier du rugby A7, qui a une détente verticale incroyable et qui prend les ballons au-dessus de la tête. Donc eux se sont mis à bosser très fort. Puis Greg Harfeuil est arrivé un peu plus jeune, a voulu bosser comme ça, et ainsi de suite. Et puis du coup, on a eu des résultats très probants là-dessus. Et à un moment, tous les regards étaient un peu tournés vers ça. Il ne faut pas qu'on s'enferme là-dedans. et... Eux ont développé leur technique au service d'une intention très forte. Donc, on a réussi à bien aligner le staff et les joueurs sur ça. C'était chouette.
- Speaker #0
Et comment on travaille la confiance ? Parce que la technique, ok, mais la confiance, ça se travaille ? Comment ça se...
- Speaker #1
Ce que je disais, c'est que si on est persuadé, si tout le monde est aligné, si on est sur la même page, pour reprendre le terme de nos joueurs anglo-saxons, et qu'on sait que c'est ça qui va nous faire réussir, c'est-à-dire qu'on ne va pas... On ne va pas changer au moindre en avant, au moindre ballon tombé. Après, c'est un cercle un peu vertueux. Si on n'est pas bon, on s'encourage un peu. Puis le coup d'après, on est bon. Puis après, on a dominé très fort un match. Ça donne de la confiance. On a fait un match à Bordeaux. On avait écrasé les Bordelais en novembre là-dessus. Donc oui, la confiance, elle se construit un peu petit à petit. Elle redescend très vite des fois, mais se construit petit à petit. Puis après, on a eu une base, un standard qui était assez haut. On n'est jamais redescendu dessous, même si on a eu des... Une petite déconvenue dans l'année, donc voilà, ça s'auto-alimente un petit peu, avec du travail aussi, mais le fait d'être tous très alignés, tous très déterminés à réussir ça, ça a mis quelque chose de chouette.
- Speaker #0
Après une défaite ou une victoire, comment on trouve les mots justes ?
- Speaker #1
Alors après la victoire, il faut faire un petit peu attention, parce que c'est plutôt source d'ennuis que moindre mise en question, donc la victoire elle est un peu piégeuse. Alors on a moins perdu cette année que les autres années, c'était quand même très agréable, mais jamais on n'a changé notre... Nous on avait pris le parti de se concentrer beaucoup plus sur nous que sur l'adversaire. On a dit on arrête de montrer des images de l'adversaire, ou très peu, en disant nous on veut jouer comme ça, quelle que soit l'équipe en face, et on pense que c'est nos qualités, on pense qu'on sera meilleurs en faisant ça. Donc on n'a pas remis les choses en cause, donc des fois on a perdu, mais d'un point de vue collectif on n'a pas remis les choses en cause, donc il n'y a pas eu de bouleversement. Et après... Sur le focus individuel, le joueur qui est passé à travers, oui, il est vu en entretien individuel, on passe un petit peu plus de temps pour discuter, comprendre, expliquer, essayer de, si c'est un peu récurrent, l'erreur technique, de corriger, de mettre en place des choses. Mais collectivement, on n'a jamais changé de discours, que ce soit après une victoire ou une défaite, sur ce qu'on voulait mettre en place. Je pense que ça aide aussi à passer à la suite.
- Speaker #0
Vous avez été joueur, vous êtes entraîneur. La légende dit que souvent, il y a des fois des remontées un peu de bretelles durant les mi-temps. Alors, est-ce que c'est d'abord une légende et est-ce que c'est vraiment utile ?
- Speaker #1
Alors, ça a été très très vrai. Après, si vous regardez un petit peu les images à la télé, vous voyez bien que tous les managers, tous les entraîneurs ont... pas la même personnalité. Chez nous, ce n'est pas comme ça, même si des fois, on manifeste notre mécontentement. Je me rappelle du match à Montauban qui était dernier avant Noël. On est mené à la mi-temps. On est un petit peu suffisant, ce qui n'est pas un mot très positif, notamment dans le rugby. Là, oui, ça a un petit peu... Alors, ça n'a pas hurlé, mais on m'a expliqué très clairement et directement qu'on n'était pas dans... Dans ce qui fait un peu le rugby, c'est l'engagement, le combat. Donc on ne peut pas dire que ça tremble, parce qu'on a affaire à des joueurs internationaux qui viennent d'autres nations et qui ont déjà été internationaux. Ça ne crie pas dans tous les sens, mais ça a le mérite d'être direct par moment.
- Speaker #0
Quand vous voyez un joueur que vous entraînez, que vous suivez devenir international, qu'est-ce que ça vous procure ? Est-ce que vous dites, j'y suis un peu pour quelque chose, de la fierté ? Ou finalement, c'est bien pour lui ?
- Speaker #1
Nous, on est de passage sur son évolution. Alors déjà, on a eu beaucoup de joueurs à la section balloise à qui c'est arrivé ces derniers 24-36 mois. Donc c'est plutôt agréable parce que ça met en valeur le club et la progression du club, ça c'est chouette. Mais moi, je suis assez convaincu quand même qu'on assiste le joueur, on l'aide, mais lui, il est pour 95% dans ce qui lui arrive. C'est lui qui a convaincu, c'est lui qui a mis ce qu'il fallait pour progresser sur tels aspects, c'est lui qui s'est convaincu des efforts qu'il devait faire, donc très content pour lui. Non, je ne me dis pas que je suis lui, je me dis peut-être que je l'ai aidé un petit peu, mais pour moi c'est le joueur qui est déterminé, c'est son autodétermination qui fait la différence. Il a su, parce que ce n'est pas simple, ça veut dire des fois faire des sacrifices peut-être plus que d'autres, ou travailler ça plus que d'autres. Chez nous, il n'y en a pas beaucoup qui sont meilleurs naturellement et qui savent qu'ils sont pour 10 ans. Donc quand même des jeunes joueurs chez nous qui travaillent quand même beaucoup, qui sont très conscients, qui ont des gros cuits rugby, qui savent très bien ce qu'on attend d'eux, ce qui les rendra meilleurs. Donc c'est eux qui bossent. Donc oui, on est à leur côté, on les aide, on les assiste, on est vraiment disponible. Mais pour moi, les... Après, il y a forcément quelque chose à la section qui aide ces joueurs, un climat, un environnement, des façons de travailler qui aident ces joueurs à grimper. Mais en tout cas, je crois aussi qu'on est sur des jeunes très ambitieux, très déterminés et c'est ça la grosse différence.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui fait la différence entre un bon joueur et un très grand joueur ?
- Speaker #1
Forcément, une base de talent au départ, mais c'est tout ce qui se passe là-haut, c'est tout ce qui se passe dans la tête. Pour le rugby, il faut quand même des qualités athlétiques, évidemment. Il y en a que tu travailles, que tu développes, d'autres moins. La vitesse, bon, celui qui ne va pas vite n'ira jamais très vite, mais le reste, tu peux le travailler. Mais après, pour moi, les habiletés techniques, tu peux les travailler, mais après, il y a l'autodétermination, encore une fois. Nous, on a un exemple, je ne vais pas citer, mais on a des joueurs qui travaillent beaucoup. Le petit Desperès, il est de Garlin, qui est un village du Nord-Béarn. Il n'est encore pas international, mais il avance. Il est toujours dans le groupe France. Il se construit vraiment par son travail, son engagement, sa détermination. Il sait ce qu'il doit faire. C'est là qu'ils sont bons. Et le très grand joueur, il y a la remise en question, il y a la relation aux autres. Je pense qu'ils sont très importants.
- Speaker #0
Ce podcast s'appelle L'État d'Esprit. Qu'est-ce qui vous anime au quotidien ?
- Speaker #1
C'est un mélange de plaisir d'être là parce que vraiment je suis dans un environnement qui me plaît beaucoup et après vraiment l'ambition très ferme d'un jour faire une demi-finale ou une finale ou un titre de top 14. C'est quand même de gagner un titre ou en tout cas vraiment d'être sur le haut de la pyramide de performance. C'est ça, voilà. Et puis avec le plaisir parce que... Parce qu'on joue au rugby, on ne travaille pas au rugby, on joue au rugby, donc pour moi c'est un jeu, un jeu sérieux, pas un jeu grave, un jeu sérieux, donc ce qui est sérieux n'est pas grave, donc on s'amuse beaucoup. Il faut que ça sourie, il faut que ça vive, qu'il y ait de la joie, des sourires, de la musique, des choses comme ça. Ce qui n'empêche pas d'avoir une ligne directrice et d'être focus sur aller haut, sur grimper. Moi c'est ça, c'est un mélange d'ambition et de plaisir.
- Speaker #0
Et est-ce qu'un jour vous voyez manager ?
- Speaker #1
Alors il y a plein de définitions de manager au rugby, en top 14, il y en a qui entraînent, il y en a qui n'entraînent pas, il y en a qui gèrent les contrats, les agents, le budget, c'est un peu... Non, aujourd'hui je vous réponds que non, peut-être que dans 5-6 ans j'aurai moins d'énergie pour... Peut-être, j'espère pas, moins d'énergie pour être sur le terrain et je me tournerai vers ça, mais aujourd'hui j'ai besoin de bouger, j'ai besoin d'être actif. Je viens de partager des choses très techniques ou stratégiques avec les joueurs. Aujourd'hui, j'ai moins envie d'avoir une position de hauteur et de gérer des choses qui ne me touchent pas vraiment au terrain. Ça arrivera peut-être, mais ce n'est pas encore mon temps.
- Speaker #0
Merci beaucoup Antoine.
- Speaker #1
Merci Olivier.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté l'état d'esprit. Retrouvez prochainement une nouvelle rencontre autour d'une parole qui éclaire, qui engage ou qui répare. En attendant, réécoutez sur les bonnes plateformes de podcast d'autres épisodes de l'état d'esprit.