Speaker #0J'ai été une enfant adoptée. Aujourd'hui, j'habite le monde autrement. Bienvenue dans Là où j'habite le monde. Bonjour, moi c'est Juliette. Je suis une femme adoptée, une mère, et aujourd'hui une citoyenne du monde. Dans ce podcast, je partage un chemin intime et engagé, celui d'une identité qui s'est construite à travers l'adoption, le déracinement et la réparation. le décembre c'est le jour où j'ai rencontré ma famille biologique mais ce moment-là il n'a pas commencé devant une porte il a commencé bien avant dans un voyage dans une attente dans toutes les questions que je me posais sans savoir encore que ma vie allait complètement basculer. J'avais décidé de partir pendant le temps des fêtes, deux semaines, entre le 19 décembre et le début du mois de janvier. Ce n'était pas un voyage comme les autres. C'était un voyage vers quelque chose que j'avais imaginé pendant toute une année. On était hébergés chez des amis de mes parents, des personnes qui m'avaient connue alors que j'avais à peine trois semaines. Et ça, déjà, pour commencer, c'est étrange. Être dans un endroit qui fait partie de ton histoire sans en avoir aucun souvenir. Comme si ton passé existait sans toi. J'avais pris une décision importante. Je ne voulais pas les rencontrer le 24 décembre. Je ne voulais pas que cette rencontre se mélange à Noël. Je voulais lui donner sa propre place, son propre moment, son propre espace. Et finalement... Ce moment-là a eu lieu le 26 décembre 2010. Ce matin-là, on est partis à trois. Une personne pour m'accompagner et Camilo. Camilo, c'était un peu mon pont entre deux menthes. Il parlait espagnol, il parlait français. Et ce jour-là, c'est lui qui nous conduisait. On a roulé jusqu'à Villa Alemana. De mémoire, c'est une heure et demie de route. Une heure et demie de route où je me rapprochais physiquement de ma mère. Et intérieurement. je ne savais pas du tout à quoi m'attendre et puis on est arrivé je me rappelle encore de la maison je me rappelle du moment où je suis devant la porte et là elle s'ouvre c'est rosa Ma mère. On se regarde et, sans réfléchir, on se prend dans les bras. Et ce que j'ai ressenti à ce moment-là, c'est quelque chose que j'ai encore du mal à expliquer. aujourd'hui. Parce que tout était normal. Il n'y avait pas de malaise. Il n'y avait pas de distance. C'était comme si je n'étais jamais partie. Comme si je les connaissais déjà. Comme si j'étais chez moi. Quand j'ai passé... C'est la porte. J'ai eu cette sensation immédiate d'entrer dans quelque chose de familier. Il y avait des petits chatons, des décorations de Noël, une maison pleine de vie. Ma petite sœur Rosario était là. Elle avait 11 ans. Elle me regardait avec... Un peu de distance et d'interrogation. Et sur le moment, je ne me suis pas inquiétée parce que c'était normal. Moi aussi, j'arrivais dans sa vie. Avec Rosa, on a commencé à parler, à échanger, à essayer de se comprendre. Entre l'espagnol, le français et beaucoup de gestes. Et ce qui m'a le plus surprise, c'est que je comprenais beaucoup plus que je le pensais. Comme si quelque chose passait autrement que par les mots. À un moment, je suis allée dans la cuisine avec elle, comme instinctivement, pour voir ce qu'elle était en train de préparer, comme si j'avais toujours fait ça. Et puis, après un moment, il y a quelqu'un qui est arrivé, Ariel. Mon frère, il n'était pas seul. Il était avec sa conjointe, qui était enceinte presque à terme. Et je me rappelle aussi que ce moment-là était différent. Parce que face à lui, il y avait comme une gêne, une forme de retenue. C'était la première fois que je me retrouvais vraiment face à lui. Lui que j'avais tant imaginé. On s'est regardé et puis il m'a prise dans ses bras. Comme si, malgré tout... On savait. Et en même temps, il allait devenir père. Comme si la vie continuait pendant que moi, j'essayais de rattraper la mienne. On a mangé tous ensemble. Je me rappelle encore de la salade qui avait été préparée, de Rosa qui était contente d'avoir fait des olives en forme de petits lapins, des œufs. En fait, on a mangé des choses toutes simples, mais forcément profondément marquantes. Ma grand-mère était là. Puis, à un moment, on s'est retrouvés juste nous. Rosa, ma soeur, mon frère et ma grand-mère. à regarder des photos, leurs photos, de la période de la vie où je n'étais pas là. Puis, à un moment... On m'a demandé d'accrocher... sur leur sapin, une cloche de Noël. Car chaque enfant de la famille, donc Ariel et Rosario, avait pour tradition de venir mettre cette cloche sur l'arbre. Et c'est la première fois pour eux que j'ai pu... Mettre moi-même cette cloche. C'est comme si j'avais toujours eu ma place. Comme si on me disait tu es chez toi ici. Et puis il y a eu ces moments presque irréels. on se regarde et on se reconnaît même taille même coiffure même voix douce même gestuelle avec les mains même pied et là du coup il y a quelque chose en toi qui comprend Sans mots. Que tu viens de là. Ce qui m'a aussi marquée, c'est Noël. Mais un Noël sans neige, avec la chaleur. Et ce rond-point. Un rond-point avec un arbre de Noël improvisé autour d'un poteau avec une guirlande. J'avais trouvé ça vraiment drôle. Puis en même temps, c'était complètement des paysans, comme moi. On s'est revus une autre journée. où on est allé dans un autre endroit, la maison de ma grand-mère biologique, à Valparaiso. C'était petit, très simple. On voyait que c'était la pauvreté, mais c'était tellement chaleureux. Et j'ai ressenti que c'était peut-être là que ma vie avait commencé. Même si aujourd'hui encore, il y a des morceaux de cette histoire que je dois reconstruire. Ce n'était pas prévu qu'on se revoie une troisième fois. Qu'on soit nouveau réunis. Mais quelques jours plus tard, il y a eu la naissance. La naissance de ma nièce. J'ai pu voir mon frère devenir père pour la première fois. J'étais là, dans une maternité. complètement différente de ce que je connaissais. Tout était collectif. Une chambre, ou plutôt une pièce, avec huit lits, avec huit femmes qui venaient d'avoir leur bébé. Un grand lavabo. pour les bénir. Pas de table à langer. Les bébés étaient changés sur les lits. Interdiction de visite. Rosa, qui était tellement heureuse que je sois là, a réussi à négocier avec la guardia. que la sécurité qui était en avant de la chambre, car les visites étaient interdites, pour qu'on puisse rentrer. C'était vraiment brut, réel. Et c'est la première fois que j'ai pris soin d'un nouveau-né. Comme si je reprenais ma place dans cette famille. malheureusement il a fallu repartir quitter le pays jusqu'à ce moment-là je me sentais chez moi comme si je n'étais jamais parti Mais une fois assise dans l'avion, tout s'est effondré. Je ne voulais pas partir. Je pleurais. J'avais peur. Et sans le comprendre, à cet instant... Je revivais quelque chose, comme un deuxième abandon. Comme si, encore une fois, on m'arrachait à mon pays, à ma famille. Merci d'avoir été là, d'avoir traversé cette rencontre. avec moi mais ce que je ne savais pas encore c'est que le plus difficile n'était pas de les rencontrer c'était de repartir mais ça on en parlera dans le prochain épisode ici juliette de là où j'habite le monde